Tania Balachova
Tania Balachova est une comédienne française née le à Saint-Pétersbourg et morte le à La Ferté Macé dans l'Orne[N 1].
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Татьяна Павловна Балашова |
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Biographie
modifierTania Balachova fait ses études d'art dramatique au Conservatoire royal de Bruxelles. Elle travaille en 1928 avec Antonin Artaud, qui avait tenté une autre approche du travail de l'acteur, une utopie dont elle témoigne dans un entretien avec Bernard Dort[1], le à l'Institut d'études théâtrales de la Sorbonne[2],[3].
Durant l'Occupation, elle fait la création mondiale du rôle d'Inès Serrano, le , dans Huis clos de Jean-Paul Sartre, au théâtre du Vieux-Colombier, avec Gaby Sylvia dans le rôle d'Estelle et Michel Vitold dans celui de Garcin. Ce trio incarnera l'existentialisme sartrien.
Enseignement
modifierPassionnée de pédagogie, elle commence à enseigner l'art dramatique en 1945 au Théâtre du Vieux-Colombier en compagnie de Michel Vitold, puis au Théâtre de l'Épée de Bois. Elle est très proche de la méthode du réalisme psychologique de Constantin Stanislavski ; son théâtre-école est très réputé : la formation proposée, très complète tout en rompant avec l'académisme, sera reprise par Lee Strasberg à New York au sein de l'Actors Studio fondé en 1947 où de nombreux artistes du cinéma américain recevront ce genre d'enseignement.
Une pléiade d'artistes est issue du cours Balachova : Niels Arestrup, Stéphane Audran, Darry Cowl, Robert Hossein, Tatiana Moukhine, Daniel Emilfork, Reine Bartève, Michael Lonsdale, Catherine Sellers, Antoine Vitez, Delphine Seyrig, Laurent Terzieff, Denise Péron, Véronique Nordey, Jean-Louis Trintignant, Douchka, Raymond Devos, Roger Hanin, Dominique Lavanant, Bernard Uzan, Didier Flamand, Claude Giraud, Loleh Bellon, François Berléand, Claire Magnin, Pascale de Boysson, Maurice Garrel, Daniel Ceccaldi, Josiane Balasko, Jean-Claude Dreyfus, Sylvie Joly, Pierre Arditi, Zouc, Bernard Fresson, Pierre Debauche, Anne Vernon, etc. C'est toute une génération d'acteurs et comédiens qui sera formée par Tania Balachova entre 1945 et 1973. Elle déclenchera aussi des vocations hors de l'art dramatique : la photographe Rosine Nusimovici transposera cet enseignement si particulier en l'appliquant dans son art pictural[4].
Balachova compte parmi ses collaborateurs pédagogues des comédiens, artistes et metteurs en scène de renom, comme Claude Régy[5], François Perrot, Maurice Garrel, Claude Aufaure, etc. qui assurent des cours chaque jour en divers lieux à Paris comme le théâtre de la Gaité, le théâtre Récamier, le théâtre de Poche-Montparnasse, elle-même donnant des cours jusqu'en 1973 dans son atelier personnel situé face au square des Batignolles au 6 rue des Moines. Le danseur Christian Uboldi[6], issu de la troupe de Maurice Béjart, anima des classes de danse contemporaine dans cette école.
Après son décès, son assistante, la comédienne Véra Gregh[7] (décédée à Antigua, au Guatemala, en 2008) reprend la direction du théâtre-école Tania-Balachova qu'elle installe alors à Montmartre, avenue Junot, où la journaliste reporter et photographe guatémaltèque María Cristina Orive met à sa disposition les vastes locaux de sa maison (dessinée par Adolf Loos) où résidait autrefois l'écrivain Tristan Tzara.
Quelques écrits relatifs à la pédagogie[8] de Balachova ont pu parvenir à l'actrice Juliette Binoche qui a été formée par Véra Gregh. Ces documents sont publiés dans les Cahiers du cinéma en (p. 80-81).
Un de ses célèbres anciens élèves, le comédien Michael Lonsdale, témoigne de l'enseignement reçu[9].
Vie privée
modifierSon père Pavel Balachoff est journaliste en Russie. Sa famille émigre en 1910 vers la Belgique. Tania Balachova s'est mariée en 1924 avec l'acteur et réalisateur belge Raymond Rouleau qu'elle a connu à Bruxelles où Boris Balachoff, son frère, était propriétaire de salles de cinéma ainsi que de la société belge Titra. Elle est la tante de Dimitri Balachoff, membre du conseil d'administration de la Cinémathèque royale de Belgique et journaliste à Bruxelles dans la presse écrite et télévisée mais également directeur de laboratoires et studios cinématographiques.
Elle meurt le [10] à La Ferté Macé[11] à l'âge de 71 ans, des suites d'une crise cardiaque[10]. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Coulomb, dans l'Ille-et-Vilaine[12],[13], près du camping de La Guimorais qu'elle avait fréquenté[14].
Théâtre
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Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données Les Archives du spectacle.- Sauf mention contraire, tous les théâtres indiqués sont situés à Paris.
Actrice
modifier- 1928 : Le Songe, ou Un jeu de rêves d'August Strindberg, mise en scène d'Antonin Artaud, théâtre Alfred Jarry — Agnès.
- 1930 : Patchouli ou Les Désordres de l'amour d'Armand Salacrou, mise en scène de Charles Dullin, Théâtre du Marais, Bruxelles — Fernande Jadot.
- 1931 : Amitié de Michel Mourguet, pseudonyme de Michel Duran (création), mise en scène de Raymond Rouleau, Théâtre du Marais, Bruxelles ; reprise en 1932 au Théâtre des Nouveautés - Françoise Bathut.
- 1933 : L'envers vaut l'endroit d'Aimé Declercq, Théâtre des Arts — Ruth Alderton.
- 1934
- Les Races de Ferdinand Bruckner (allemand : Die Rassen, adaptation de Renée Cave (création), mise en scène de Raymond Rouleau, Théâtre de l'Œuvre — Hélène
- Le Mal de la jeunesse, de Ferdinand Bruckner, mise en scène de Raymond Rouleau et Aimé Declercq, Théâtre de l'Œuvre ; reprise au Théâtre du Marais à Bruxelles.
- 1935 : La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, théâtre de l'Athénée - Andromaque.
- 1936
- Les Innocentes adaptation de la pièce The Children's Hour de Lillian Hellman, mise en scène de Marcelle Géniat, théâtre des Arts.
- Taïa, pièce de Henri Bauche, tirée du roman d'Albert t'Sterstevens, mise en scène Alexandre Mihalesco, théâtre des Arts.
- 1937 : La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée — Andromaque.
- 1938 : Virage dangereux de John Boynton Priestley, mise en scène Raymond Rouleau, Théâtre Pigalle.
- 1942 : Dieu est innocent de Lucien Fabre, mise en scène Marcel Herrand, Théâtre des Mathurins.
- 1944
- Forfaiture de Sessue Hayakawa, mise en scène Duard fils, Théâtre de l'Ambigu
- Huis clos de Jean-Paul Sartre, mise en scène Raymond Rouleau, Théâtre du Vieux-Colombier — Inès Serrano.
- 1945 : Rebecca de Daphné du Maurier, mise en scène Jean Wall, Théâtre de Paris — Madame Danvers.
- 1946 : Huis clos de Jean-Paul Sartre, mise en scène Michel Vitold, Théâtre de la Potinière.
- 1947
- Une mort sans importance d'Yvan Noé et A. Linou, mise en scène Yvan Noé, Théâtre de la Potinière
- L'Extravagante Théodora de Jean de Létraz, mise en scène de l'auteur, Théâtre des Capucines
- 1948
- L'Extravagante Théodora de Jean de Létraz, mise en scène de l'auteur, Théâtre des Capucines
- Joyeux Chagrins d'après Noël Coward, adaptation André Roussin et Pierre Gay, mise en scène Louis Ducreux, Théâtre Edouard VII — Monique
- 1950 : Le Fleuve de Charles Cordier, mise en scène José Squinquel, Théâtre Verlaine.
- 1952 : Dialogues des carmélites de Georges Bernanos, mise en scène de Marcelle Tassencourt, Théâtre Hébertot — Madame de Croissy.
- 1953
- La vie que je t'ai donnée (italien : La vita che ti diedi) de Luigi Pirandello (création en France), adaptation de Benjamin Crémieux, mise en scène de Claude Régy, Théâtre des Mathurins ; reprise en 1954 au Théâtre de l'Atelier dans le cadre du Festival International d'Art Dramatique — Donna Anna Luna.
- La nuit doit tomber d'Emlyn Williams, adaptation de Pierre Rocher, mise en scène de François Perrot, Théâtre de Babylone[15].
- Huis clos de Jean-Paul Sartre, Comédie-Caumartin - Inès.
- 1955
- Le Prince d'Égypte, adaptation par Thierry Maulnier et Philippe de Rotschild de The Firstborn de Christopher Fry (création en France), Théâtre du Vieux-Colombier — Anath.
- les Mouches, drame de Jean-Paul Sartre, mise en scène de Véra Korène, Théâtre romain de Fourvière dans le cadre du Festival de Lyon-Charbonnières - Clytemnestre.
- 1956 : Les Amants puérils de Fernand Crommelynck, Théâtre des Noctambules — L'étrangère.
- 1957 : La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca, mise en scène de Maurice Jacquemont, Studio des Champs-Élysées puis Théâtre de l'Ambigu — Bernarda Alba.
- 1958
- Romancero de Jacques Deval (création), mise en scène de l'auteur, Studio des Champs-Élysées — La Tarantula.
- La Cathédrale de cendres de Berta Dominguez D. (création), mise en scène d'Abel Gance, Théâtre de l'Alliance française[16].
- 1959 : Les Possédés, adaptation et mise en scène d'Albert Camus d'après le roman homonyme de Fiodor Dostoïevski, Théâtre Antoine — Varvara Petrovna Stavroguine[17].
- 1961
- Naïves Hirondelles de Roland Dubillard, mise en scène d'Arlette Reinerg, Théâtre de Poche-Montparnasse — Madame Séverin
- Les Troyennes d'Euripide, adaptation de Jacqueline Moatti, mise en scène de Jean Tasso, Jeux dramatiques d'Arras, puis au Théâtre Récamier.
- 1962 : Frank V, opéra d'une banque privée (allemand : Frank der Fünfte), comédie musicale de Friedrich Dürrenmatt (création en France), adaptation de Jean-Pierre Porret, mise en scène d'André Barsacq, Théâtre de l'Atelier — Ottilie
- 1965 : Dialogues des carmélites de Georges Bernanos, mise en scène de Marcelle Tassencourt, Théâtre des Célestins, Lyon - madame de Croissy.
- 1967
- Les Choéphores, tragédie de Paul Claudel d'après Eschyle, mise en scène de Henri Doublier, musique originale de Darius Milhaud, Théâtre des Remparts dans le cadre du Festival national de Provins.
- La Sonate des spectres d'August Strindberg, mise en scène de Jean Gillibert, Théâtre de l'Alliance française — La Momie.
- 1970 : L’Homme qui se donnait la comédie d'après La Force des ténèbres (anglais : Night Must Fall) d'Emlyn Williams, adaptation de Pierre Rocher et Mania Soïfer, mise en scène de Roger Coggio, Théâtre de l’Athénée - madame Bramson.
- 1972 : Non Stop de Maciej Zenon Bordowicz, adaptation et mise en scène de Bronislaw Horowicz, Théâtre de Poche-Montparnasse - Antonina, la cadette.
Metteur en scène
modifier- 1951 : Nausicaa du Mackenzie de Georges Arout et Tania Balachova d'après Maurice Constantin-Weyer, Studio des Champs-Élysées.
- 1952 : Le Profanateur de Thierry Maulnier, Théâtre Antoine.
- 1954
- Les Bonnes de Jean Genet, Théâtre de la Huchette — joue aussi Solange[18],[19].
- La Matinée d'un homme de lettres de Tania Balachova d'après Anton Tchekhov, Théâtre de la Huchette — joue aussi Madame Mourachkina[19].
- La Peur de Georges Soria, théâtre Monceau (disparu en 1956)
- 1956 : Les Amants puérils de Fernand Crommelynck, théâtre des Noctambules[20].
- 1968
- Lady Macbeth, texte de Tania Balachova d'après Anton Tchekhov, Théâtre Mouffetard ; reprise en au Théâtre de Poche-Montparnasse — joue aussi Teresa.
- La Matinée d'un homme de lettres de Tania Balachova d'après Anton Tchekhov, théâtre Mouffetard
- Dialogues d'exilés de Bertolt Brecht, Théâtre des Mathurins.
Filmographie
modifierCinéma
modifier- 1936 : Rose de Raymond Rouleau
- 1943 : Marie-Martine d'Albert Valentin : la dame à la gare
- 1947 : Rebecca, d'Alfred Hitchcock, post-synchronisation de Judith Anderson : La gouvernante Danvers
- 1972 : Le Grand Blond avec une chaussure noire d'Yves Robert : La mère de Toulouse
- 1973 : La Chute d'un corps de Michel Polac : Madame Lanzmann
- 1973 : Salut l'artiste d'Yves Robert : Madame Gromoff
Télévision
modifier- 1958 : Les Cinq Dernières Minutes, épisode Un crime dans le théâtre de Claude Loursais : Louise Mérinchal
- 1959 : Cristobal de Lugo de Jean-Paul Carrère
- 1960 : Les Cinq Dernières Minutes, épisode Le Dessus des cartes de Claude Loursais : Alice van den Grouw
- 1966 : Rouletabille chez les Bohémiens de Robert Mazoyer
- 1969 : Les Frères Karamazov de Marcel Bluwal : Madame Khokhlakova
- 1971 : Les Cinq Dernières Minutes, épisode Les Yeux de la tête de Claude Loursais : Clara Ledranoff
- 1973 : La Belle au bois dormant de Robert Maurice : la reine, mère du prince
- 1974 : La Folie des bêtes (série) de Fernand Marzelle : Victoire Chassebon (diffusion posthume)
Bibliographie
modifier- Bruno Villien, « Balachova Tania », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 143.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Elle est connue en France sous le nom de Tania Balachova, translittération du russe : Таня Балашова, qui est la forme forme hypocoristique de son nom complet Tatiana Pavlovna Balachova / russe : Татьяна Павловна Балашова.
Références
modifier- ↑ « Le théâtre d'Artaud » [vidéo], sur INA, (consulté le ).
- ↑ « Antonin Artaud, par Tania Balachova et Bernard Dort », sur INA, (consulté le ).
- ↑ « IET - Département : institut d'études théâtrales, Université de la Sorbonne Nouvelle », sur Onisep.fr, (consulté le ).
- ↑ « Rosine Nusimovici », sur BnF (consulté le ).
- ↑ « Biographie Claude Régy », sur THEATRE CONTEMPORAIN.NET, nn (consulté le ).
- ↑ « Christian Uboldi - Chorégraphe Danseur », sur Les Archives du Spectacle, (consulté le ).
- ↑ « Vera Gregh », sur BnF (consulté le ).
- ↑ « Tania Balachova, marche à suivre pour interpréter un rôle », sur Anne-Laure Lemaire, (consulté le ).
- ↑ « Michael Lonsdale - Un certain goût pour l'informulé- », sur Standard Magazine, (consulté le ).
- 1 2 « Mort de la comédienne Tania Balachova : L'Étrangère au turban », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Archives en ligne de Paris, 17e arrondissement, année 1973, acte de décès no 1122 transcrit par la mairie de La Ferté-Macé, cote 17D 339, vue 14/30
- ↑ Cimetières de France et d'ailleurs
- ↑ Philippe Landru, « Saint-Coulomb (35) : Cimetière », sur Cimetières de France et d'ailleurs, (consulté le ).
- ↑ Philippe de Fiorido, « Tania Balachova : Actrice », sur cineartistes.com, (consulté le ).
- ↑ Claude Sarraute, « Abel Gance présentera demain la Cathédrale de cendres », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ « La nuit doit tomber au théâtre de Babylone », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Robert Kemp, « Au Théâtre Antoine Les Possédés de Dostoïevski adaptés par Albert Camus », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Claude Sarraute, « Les Bonnes de Genet au théâtre de la Huchette », Le Monde, (lire en ligne).
- 1 2 Robert Kemp, « Mme Balachova à la Huchette », Le Monde, (lire en ligne).
- ↑ Henry Magnan, « 'Les Amants puérils de Fernand Crommelynck au Théâtre des Noctambules », Le Monde, (lire en ligne)
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives au spectacle :
- Ressources relatives à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- « Tania Balachova », sur Société d'Histoire du Théâtre.