Tlaxcaltèques

peuple indigène du Mexique

Les Tlaxcaltèques (en nahuatl tlaxcalteca) sont un peuple nahua établi dans la vallée de Puebla-Tlaxcala, dans le centre du Mexique actuel. Ils y formèrent au Postclassique récent une confédération, Tlaxcallan, articulée autour de quatre seigneuries : Tepeticpac, Ocotelulco, Tizatlán et Quiahuiztlán. Cette entité se distingua des autres États du haut plateau central par un pouvoir exercé collectivement par un conseil de seigneurs, sans souverain unique, ce qui a conduit une partie de l'historiographie et de l'archéologie à la qualifier de « république ».

Tlaxcaltèques
Tlaxcalteca
Description de cette image, également commentée ci-après
Guerriers tlaxcaltèques aux côtés de leurs alliés espagnols, planche du Lienzo de Tlaxcala, XVIe siècle.
Autres
Régions d’origine Nahuas
Langues nahuatl (variante de Tlaxcala), espagnol
Religions catholicisme ; religion mésoaméricaine avant la conquête
Ethnies liées Nahuas, Mexicas, Otomis

Encerclée par les territoires de la Triple Alliance, Tlaxcallan conserva son indépendance jusqu'à l'arrivée des Espagnols. En 1519, après plusieurs semaines d'affrontements avec la troupe d'Hernán Cortés, le conseil tlaxcaltèque conclut avec celui-ci une alliance qui fit des Tlaxcaltèques les auxiliaires indigènes les plus nombreux de la conquête de Tenochtitlan. En contrepartie, la Couronne espagnole accorda à la province de Tlaxcala un statut particulier au sein de la Nouvelle-Espagne : gouvernement indigène propre, exemptions fiscales et reconnaissance de la noblesse locale. Des contingents tlaxcaltèques participèrent ensuite aux campagnes espagnoles en Amérique centrale et à la colonisation des marges septentrionales de la vice-royauté, où ils fondèrent plusieurs établissements.

Après l'indépendance du Mexique, la construction d'un récit national centré sur la résistance mexica fit des Tlaxcaltèques une figure de la trahison, lecture que l'historiographie remet en cause depuis la fin du XXe siècle. Leurs descendants vivent principalement dans l'État de Tlaxcala, sur les pentes du volcan Matlalcueye, ainsi que dans plusieurs localités du nord du Mexique et au Guatemala.

Ethnonyme

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Le terme tlaxcalteca désigne les habitants de Tlaxcallan. Ce toponyme est généralement traduit par « lieu des tortillas » ou « lieu du pain de maïs », d'après tlaxcalli, la galette de maïs. Diego Muñoz Camargo proposa au XVIe siècle une autre étymologie, Texcallan, « lieu des rochers » ou « des escarpements », dont dériverait par corruption phonétique la forme actuelle[1]. Les sources coloniales emploient également teochichimeca pour désigner le groupe fondateur avant son installation dans la région.

En français, la forme « Tlaxcaltèques » coexiste avec « Tlaxcalans », plus rare.

Histoire

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Origines et migration

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Les chroniques du XVIe siècle, en particulier celle de Muñoz Camargo, rattachent les Tlaxcaltèques aux teochichimeca, l'un des sept lignages nahuatlaca partis de Chicomoztoc, « le lieu des sept grottes »[2].

Selon cette tradition, le groupe atteignit vers 1290 la vallée de Mexico et s'établit à Poyauhtlan, sur les rives du lac Texcoco. Chassé par les populations déjà installées, il gagna les pentes du Popocatépetl et de l'Iztaccíhuatl, passa près de Huejotzingo puis parvint dans la région correspondant à l'actuel État de Tlaxcala. Les Olmèques-Xicallanca qui l'occupaient lui concédèrent des terres au pied du mont Cuatlapanga[2].

Cette installation s'inscrit dans une occupation ancienne de la vallée de Puebla-Tlaxcala, documentée par l'archéologie depuis les phases Tzompantepec (1600-1200 av. J.-C.) et Tlatempa (1200-800 av. J.-C.), puis Texoloc et Tezoquipan, marquées par l'apparition de centres cérémoniels[3].

Formation des quatre seigneuries

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Conduits par le chef Culhuatecuhtli et placés sous la protection de leur divinité tutélaire Camaxtli, les nouveaux venus s'emparèrent du site de Tepeticpac, « au-dessus de la colline », et y fondèrent la première seigneurie. Les chroniques font ensuite dériver les trois autres d'un partage du groupe initial, entre 1348 et 1384 environ : Ocotelulco, cédée par Culhuatecuhtli à son frère cadet Teyohualminqui ; Tizatlán, fondée par des réfugiés après un conflit avec Cholula ; et Quiahuiztlán, attribuée à un groupe teochichimeca arrivé plus tardivement[4].

Chacune des quatre altepetl conserva l'administration de ses affaires internes tout en agissant de concert en matière de guerre et de diplomatie. Les sources leur prêtent des fonctions différenciées : Tepeticpac, en position dominante et fortifiée, tenait le rôle de place militaire ; Ocotelulco abritait le principal marché et passait pour la plus peuplée ; Tizatlán concentrait les fonctions politiques et religieuses ; Quiahuiztlán était réputée pour sa production artisanale[5].

Les quatre seigneuries de Tlaxcallan et leurs seigneurs vers 1519
SeigneurieSens du nom en nahuatlFonction dominanteSeigneur en 1519
Tepeticpac« au-dessus de la colline »place militaireTlahuexolotzin
Ocotelulco« au lieu des boules d'ocote »centre commercialMaxixcatzin (en)
Tizatlán« lieu de la craie »centre politique et religieuxXicoténcatl l'Ancien (en)
Quiahuiztlán« lieu de la pluie »centre artisanalCitlalpopocatzin

Relations avec la Triple Alliance

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Tlaxcallan ne fut jamais soumise à la Triple Alliance et ne lui versa pas de tribut, alors qu'elle se trouvait entourée de provinces qui en dépendaient. Les chroniques décrivent un état d'hostilité prolongé, comprenant des campagnes militaires répétées et un blocage des échanges portant sur le sel, le coton, le cacao et les plumes[6],[7].

L'efficacité réelle de ce blocus est discutée. L'analyse par fluorescence X portable des sources d'obsidienne présentes sur les sites tlaxcaltèques montre que les approvisionnements extérieurs ne varient pas significativement pendant la période d'expansion mexica, ce qui conduit ses auteurs à conclure que l'isolement de Tlaxcallan fut, au mieux, partiel[8],[9].

Les affrontements entre Tlaxcallan et la Triple Alliance sont désignés dans les sources sous le nom de xochiyaoyotl, ou guerres fleuries. Leur interprétation divise les spécialistes. Les chroniques favorables aux Mexicas et aux Acolhuas y voient des combats réglés, dont l'objet aurait été la capture de prisonniers destinés au sacrifice plutôt que la conquête ; dans cette lecture, l'indépendance de Tlaxcala aurait été délibérément préservée. D'autres travaux considèrent qu'il s'agissait de guerres d'usure, la dimension rituelle étant commune à l'ensemble des conflits mésoaméricains, et relèvent que les sources tlaxcaltèques ne mentionnent aucun pacte de ce type, que les combats firent de nombreuses victimes et que d'autres participants aux guerres fleuries, comme Huejotzingo et Cholula, furent bel et bien soumis[10],[11].

Les sources rapportent plusieurs succès militaires tlaxcaltèques, dont une défaite infligée aux troupes de la Triple Alliance en 1504, sous le règne de Moctezuma II[6]. Une partie des Otomis réfugiés à Tlaxcala fut installée dans les zones montagneuses et affectée à la défense des frontières[12].

Alliance avec les Espagnols (1519-1521)

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La troupe de Cortés, accompagnée d'auxiliaires totonaques, atteignit la frontière de Tlaxcallan en . Le conseil, soupçonnant les nouveaux venus d'être liés aux Mexicas, décida de leur opposer les armes. Les combats, menés du côté tlaxcaltèque par Xicoténcatl le Jeune (en), se déroulèrent principalement dans la région de Tecoac et de Tzompantepec[13].

L'issue indécise de ces affrontements ouvrit un débat au sein du gouvernement collectif. Xicoténcatl le Jeune plaidait pour la poursuite de la résistance, tandis que Maxixcatzin et Xicoténcatl l'Ancien estimaient qu'une alliance offrirait un avantage contre les Mexicas. Le , les seigneurs se présentèrent devant Cortés et conclurent un accord qui prévoyait la reconnaissance de l'autorité du roi d'Espagne, l'acceptation du christianisme et la remise de fils de nobles en garantie ; en échange, Tlaxcala obtenait le maintien de son gouvernement interne et des exemptions de tribut[14],[15].

Les Tlaxcaltèques fournirent ensuite des contingents, du ravitaillement et un refuge après la retraite espagnole de Tenochtitlan lors de la Noche Triste. Ils participèrent au siège de la capitale mexica en 1521, puis aux expéditions qui suivirent. Les quatre seigneurs reçurent le baptême en 1520[a].

La qualification de cette séquence fait débat. Certains auteurs insistent sur les défaites militaires tlaxcaltèques et parlent de soumission préalable ; Charles Gibson observe ainsi que l'alliance n'aurait pas existé si les Tlaxcaltèques avaient pu l'emporter par les armes[15]. D'autres soulignent le caractère négocié du pacte, le maintien de l'autonomie politique tlaxcaltèque pendant toute la période coloniale et la participation active des Tlaxcaltèques à des conquêtes ultérieures, et retiennent la notion d'alliance stratégique entre entités politiques[16].

Le point de vue tlaxcaltèque sur ces événements est consigné dans le Lienzo de Tlaxcala, document pictographique réalisé au milieu du XVIe siècle à la demande du cabildo. Destiné à établir devant la Couronne le caractère déterminant de la participation tlaxcaltèque, il représente les guerriers de Tlaxcala en nombre aux côtés des Espagnols, les seigneurs négociant d'égal à égal avec Cortés et Malintzin en médiatrice, tout en réduisant la place des autres alliés indigènes[16].

La province de Tlaxcala sous la vice-royauté

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La province de Tlaxcala fut constituée en « république d'Indiens » relevant directement de la Couronne. Elle conserva un gouvernement indigène, le cabildo, dans lequel se prolongea la structure du conseil précolombien, et obtint l'exemption du tribut et de l'alcabala. Les nobles tlaxcaltèques furent assimilés aux hidalgos, avec le droit de porter le titre de don, des armes espagnoles et de monter à cheval, prérogatives normalement interdites aux populations indigènes[15],[16].

Le cabildo dut défendre ces privilèges devant les autorités vice-royales tout au long de la période coloniale, par des procès et des ambassades auprès de la cour[16]. Charles Quint accorda par ailleurs à la ville des armoiries et le titre de ville loyale[15].

Colonisation du nord de la Nouvelle-Espagne

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Représentation de colons tlaxcaltèques établis dans le Nouveau Royaume de León.

À la fin du XVIe siècle, l'avancée espagnole vers le nord se heurtant à la résistance des populations semi-nomades regroupées sous le nom de Chichimèques, la vice-royauté fit appel aux Tlaxcaltèques. Les capitulations négociées en 1591 avec le vice-roi Luis de Velasco y Castilla prévoyaient le départ de quatre cents familles vers la frontière septentrionale. Elles garantissaient aux colons la propriété de leurs terres, l'exemption perpétuelle de tribut et de service personnel, le statut d'hidalgo, ainsi que la séparation juridique et physique de leurs quartiers d'avec les établissements espagnols[17],[18].

Les colons devaient servir de modèle de vie sédentaire aux populations chichimèques et leur transmettre l'agriculture, la doctrine chrétienne et des formes d'organisation municipale. Parmi les établissements issus de ce mouvement figurent San Esteban de Nueva Tlaxcala, aujourd'hui intégrée à Saltillo (Coahuila), San Miguel de Aguayo (actuelle Bustamante), Nueva Tlaxcala de Nuestra Señora de Guadalupe de Horcasitas (actuelle Guadalupe) et Santiago de las Sabinas (actuelle Sabinas Hidalgo) dans le Nuevo León, ainsi que la Villa de Nueva Tlaxcala de Quiahuistlán, devenue Colotlán (Jalisco)[18],[19]. À Santa María de las Parras, actuelle Parras de la Fuente, seuls les Tlaxcaltèques pouvaient élire et être élus aux charges municipales les plus élevées[17].

Cette présence contribua à l'intégration de groupes coahuiltèques (en) à la société vice-royale, en particulier des Alazapas[18].

Autres théâtres de la conquête

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Planche du Lienzo de Tlaxcala figurant la bataille de Xochipilla, pendant la guerre du Mixtón.
Prise d'Iximché par les Espagnols et leurs auxiliaires tlaxcaltèques, planche du Lienzo de Tlaxcala.

Entre 1524 et 1527, Pedro de Alvarado mena avec un contingent tlaxcaltèque important la conquête des seigneuries mayas du Guatemala et du territoire des Cuzcatlèques, dans l'actuel Salvador. Des colons s'y établirent durablement, notamment à Ciudad Vieja, où leurs descendants se désignaient encore au XVIIe siècle comme « Tlaxcaltèques » ou « Mexicains de Ciudad Vieja »[20]. La toponymie d'origine nahuatl répandue du Guatemala au Nicaragua est en partie attribuée à ces migrations[20].

Des Tlaxcaltèques participèrent également à la colonisation du Nouveau-Mexique et du Texas, où ils accompagnèrent les expéditions espagnoles et peuplèrent le Barrio de Analco (en) à Santa Fe ainsi que le quartier d'Atrisco à Albuquerque. Après la révolte des Pueblos de 1680, la plupart se replièrent sur El Paso[21].

Une participation tlaxcaltèque aux expéditions espagnoles vers les Philippines et vers le Pérou est avancée par plusieurs travaux, mais repose sur des bases documentaires inégales. Pour le Pérou, la tradition selon laquelle environ sept cent cinquante Tlaxcaltèques seraient restés dans le pays après l'expédition d'Alvarado en 1534 n'est pas confirmée par les sources espagnoles du XVIe siècle : ni Pedro Cieza de León ni Pedro Pizarro ne mentionnent d'auxiliaires mésoaméricains dans les campagnes contre l'Empire inca, et les actes de fondation de Lima n'en portent pas trace[22][réf. nécessaire].

Du XIXe siècle à nos jours

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L'indépendance du Mexique modifia la position de Tlaxcala. L'élite créole et métisse qui dirigea la construction de l'État-nation privilégia un récit des origines fondé sur l'idéalisation du passé préhispanique et sur la figure de Cuauhtémoc, dernier tlatoani indépendant, érigé en symbole de la résistance. Dans ce cadre, l'alliance tlaxcaltèque fut réinterprétée comme une trahison, lecture diffusée par l'école et le discours politique pendant plus d'un siècle[23].

Depuis la fin du XXe siècle, des travaux d'histoire et d'anthropologie, en particulier ceux d'Andrea Martínez Baracs et de Federico Navarrete, ont réexaminé ces décisions dans leur contexte, en soulignant qu'elles relevaient de la politique d'une entité souveraine et non d'une communauté indigène supposée homogène[16],[23].

Organisation politique et sociale précolombienne

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Le gouvernement collectif

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Le Sénat de Tlaxcala, huile de Rodrigo Gutiérrez (1875), représentation du XIXe siècle du conseil tlaxcaltèque délibérant sur l'alliance avec Cortés.

Tlaxcallan n'avait pas de souverain unique. Le pouvoir y était réparti entre plusieurs maisons nobles (teccalli) et exercé par des instances collégiales, sans huey tlatoani[24]. Le conseil des quatre seigneurs réunissait les tecuhtli des quatre altepetl ; les décisions les plus lourdes, comme l'entrée en guerre, y requéraient l'accord de tous. Une assemblée plus large, que les sources espagnoles désignent parfois comme un sénat, rassemblait un nombre élevé de nobles et de titulaires de charges[25].

Cortés compara dans sa deuxième lettre de relation l'ordre politique de Tlaxcala à celui de Venise, de Gênes ou de Pise, relevant l'absence de seigneur universel et la coexistence de nombreux seigneurs résidant dans la même cité[14].

L'accès aux charges ne dépendait pas seulement de la naissance. Les sources décrivent une voie ouverte aux guerriers roturiers (macehualtin), qui pouvaient accéder au rang de pilli par des faits d'armes, puis prétendre à une charge. Elles rapportent aussi un rituel d'admission au cours duquel les candidats, présentés nus sur une place publique, étaient insultés et frappés par l'assistance, épreuve interprétée comme un mécanisme de sélection favorisant la loyauté envers la collectivité[26].

La participation au gouvernement restait réservée à la noblesse et aux guerriers distingués, et les institutions ne sont connues que par des sources coloniales. Fargher, Blanton et Heredia Espinoza emploient la notion de gouvernement collectif (collective action) plutôt que celle de démocratie[25],[26]. David Graeber et David Wengrow rangent le cas tlaxcaltèque parmi les exemples de délibération politique élargie antérieurs à la colonisation européenne[27].

Stratification sociale

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La société tlaxcaltèque était hiérarchisée. Au sommet se trouvaient les tetecuhtin, seigneurs des quatre altepetl, et les tlahtoanimeh. Venaient ensuite les pipiltin, les pochteca marchands, les prêtres, les guerriers de métier et les artisans spécialisés ; la base était formée des macehualtin, paysans libres, et des tlacohtin, dépendants dont la condition n'était pas héréditaire. L'unité socio-économique de référence était le teccalli, maison noble contrôlant des terres et le travail des roturiers qui lui étaient rattachés[24].

Apports de l'archéologie

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Les fouilles menées à partir des années 2000 sur le site urbain de Tlaxcallan ont fourni des éléments matériels convergents avec le modèle d'un État collectif. Le peuplement s'y organise en un vaste espace continu intégrant plusieurs noyaux, sans centre cérémoniel monumental unique dominé par un palais et un temple principal, à la différence de Tenochtitlan. Les habitations d'élite se distinguent en outre peu de celles des roturiers par leurs dimensions et leur aménagement, ce que les fouilleurs relient à une répartition des ressources publiques orientée vers des équipements collectifs plutôt que vers des résidences seigneuriales[28].

Économie précolombienne

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Agriculture

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L'agriculture reposait sur le maïs, le haricot, la courge, la tomate et le maguey. Ce dernier fournissait l'aguamiel, le pulque et des fibres textiles. La faune domestique se limitait pour l'essentiel au dindon et au xoloitzcuintle[29].

Les zones humides de la région firent l'objet d'une mise en valeur intensive au Postclassique récent. L'exploitation de sols engorgés au moyen de champs surélevés ou drainés, désignée dans la littérature récente comme milpas de guerra, permettait des rendements supérieurs à ceux de l'agriculture pluviale. Les estimations publiées suggèrent que la mise en culture de l'ensemble des terres susceptibles de ce traitement aurait pu nourrir plusieurs centaines de milliers de personnes, ce qui ferait de cette agriculture hydraulique une base économique des institutions de Tlaxcallan[30].

Faute d'accès au littoral, les populations de la région recouraient au tequesquite (en), sel minéral prélevé dans les bassins alcalins, pour l'assaisonnement et la préparation des aliments ; l'extraction s'en poursuit dans quelques municipalités de la zone[31].

Échanges

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Le marché (tianguis) d'Ocotelulco constituait le principal lieu d'échange de la confédération. Cortés en décrit l'affluence quotidienne et la variété des produits proposés : vêtements, chaussures, métaux, denrées alimentaires, plantes médicinales, poterie, ainsi que des services de barbier et des bains[14]. Le maïs et la cochenille comptaient parmi les productions exportées, la seconde acquérant après la conquête une valeur élevée sur les marchés européens. L'obsidienne, absente du territoire, était importée[8].

Les Tlaxcaltèques contemporains

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Démographie et langues

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Les recensements mexicains ne comportent pas de catégorie « tlaxcaltèque » : la population est appréhendée à travers le nombre de locuteurs de langues indigènes. D'après le recensement de 2020 de l'INEGI, l'État de Tlaxcala compte environ 27 174 personnes de trois ans et plus déclarant parler une langue indigène, soit près de 2 % de sa population. Le nahuatl vient en tête avec 23 171 locuteurs, devant le totonaque (environ 1 910), l'otomi (602) et le mazatèque (281)[32].

Les locuteurs de nahuatl se concentrent dans les municipalités d'Ixtenco, de Mazatecochco, de Tetlanohcan et de Contla de Juan Cuamatzi ; l'otomi ne se maintient guère qu'à Ixtenco. L'effectif total des locuteurs de langues indigènes de l'État est passé de 32 994 en 2015 à 27 174 en 2020, recul que l'INALI attribue principalement à l'affaiblissement de la transmission entre générations[32].

Les communautés se répartissent surtout sur le versant occidental du volcan Matlalcueye, dans les localités d'Acxotla del Monte, San Pedro Tlalcuapan, San Pedro Muñoztla, San Felipe Cuauhtenco, San Miguel Xaltipan, San Isidro Buensuceso, San Pablo del Monte, San Cosme Mazatecochco et San Bartolomé Cuahuixmatlac[33]. Des groupes se réclamant d'une ascendance tlaxcaltèque subsistent par ailleurs à Bustamante (Nuevo León), dans la municipalité de Lagos de Moreno (Jalisco) et à San Juan Argueta, dans le département de Sololá, au Guatemala[33].

Organisation communautaire

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Plusieurs localités conservent des formes d'organisation collective que les travaux ethnographiques rattachent au calpulli : système de charges tournantes assumées sans rémunération, travaux collectifs (faenas, tequio (en)) et assemblées communautaires. Le cadre institutionnel de cette organisation est la présidence de communauté, organe infra-municipal reconnu comme autorité auxiliaire des conseils municipaux, dont le titulaire est élu pour trois ans, soit au suffrage universel, soit selon le système des usos y costumbres. Ces structures perdent de leur assise sous l'effet de l'urbanisation, des migrations et des transformations économiques[33].

Expressions culturelles

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La céramique de type Talavera (en) produite à Tlaxcala et à Puebla a été inscrite en 2019 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, au titre de procédés de fabrication artisanale transmis en atelier familial[34].

Le carnaval de Tlaxcala, organisé par des groupes appelés camadas de huehues, associe danses, musique et costumes masqués. Sa préparation, qui suppose répétitions, confection des costumes et collecte de fonds, mobilise les communautés sur plusieurs mois[35].

La cuisine régionale combine des éléments mésoaméricains et coloniaux. Le mole prieto (tlilmolli), préparé lors des fêtes patronales dans des municipalités comme Contla de Juan Cuamatzi et Santa Ana Chiautempan, les tlacoyos, les tlatlapas, les mixiotes et les escamoles en constituent des préparations caractéristiques ; le pulque et ses variantes aromatisées demeurent les boissons traditionnelles[29].

Historiographie et mémoire

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Reconstitution d'ensemble du Lienzo de Tlaxcala, d'après les lithographies de 1892.

L'histoire tlaxcaltèque est documentée par un ensemble de sources produites au XVIe siècle dans un contexte de négociation avec la Couronne : le Lienzo de Tlaxcala, l'Historia de Tlaxcala de Muñoz Camargo, les Relaciones geográficas et les actes du cabildo. Ces documents visaient à faire reconnaître les services rendus et à confirmer les privilèges obtenus[16].

La recherche a longtemps abordé Tlaxcala à travers la question de l'alliance de 1519. Les travaux de Charles Gibson sur le cabildo du XVIe siècle, puis ceux d'Andrea Martínez Baracs sur le gouvernement indigène de 1519 à 1750, ont déplacé l'attention vers le fonctionnement de la province coloniale[15],[16]. Depuis les années 2000, les fouilles conduites sur le site urbain précolombien ont ouvert un second champ d'enquête, centré sur les formes de gouvernement collectif[28].

Notes et références

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  1. La date précise du baptême des quatre seigneurs varie selon les sources ; l'année 1520 est la plus fréquemment retenue.

Références

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Voir aussi

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Bibliographie

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  • (en) Charles Gibson, Tlaxcala in the Sixteenth Century, New Haven, Yale University Press,
  • (es) Andrea Martínez Baracs, Un gobierno de indios: Tlaxcala, 1519-1750, Mexico, Fondo de Cultura Económica ; Fideicomiso Colegio de Historia de Tlaxcala, , 530 p. (ISBN 978-968-16-8538-6)
  • (en) Sean Francis McEnroe, From colony to nationhood in Mexico: laying the foundations, 1560-1840, Cambridge, Cambridge University Press, , 252 p. (ISBN 978-1-107-00630-0)
  • (es) Pedro Antonio Escalante Arce, Los tlaxcaltecas en Centro América, San Salvador, Dirección de Publicaciones e Impresos, , 170 p. (ISBN 99923-0-077-9)
  • (es) Carlos Manuel Valdés, La gente del mezquite: los nómadas del noreste en la colonia, Mexico, CIESAS, , 279 p. (ISBN 968-496-302-5)
  • (es) Thelma D. Sullivan, Documentos tlaxcaltecas del siglo XVI en lengua náhuatl, Mexico, Universidad Nacional Autónoma de México, , 350 p.
  • (en) Michael H. Crawford, The Tlaxcaltecans: prehistory, demography, morphology and genetics, Lawrence, University of Kansas, , 208 p.
  • (en) Lane F. Fargher, Richard E. Blanton et Verenice Y. Heredia Espinoza, « Egalitarian Ideology and Political Power in Prehispanic Central Mexico: The Case of Tlaxcallan », Latin American Antiquity, vol. 21, no 3, , p. 227-251

Articles connexes

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Liens externes

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