Trazegnies
Trazegnies est une section de la commune belge de Courcelles, située en Région wallonne dans la province de Hainaut. C'était une commune à part entière avant la fusion des communes de 1977. Cette localité a donné son nom à la maison de Trazegnies, issue des anciens seigneurs locaux. Sa devise est « tan que vive »[2].
| Trazegnies | |||||
Le complexe du centre civique et l'ancien hôtel communal avec son beffroi (1911, 1922 et 1924). | |||||
Héraldique |
Drapeau |
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| Administration | |||||
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| Pays | |||||
| Région | |||||
| Communauté | |||||
| Province | |||||
| Arrondissement | Charleroi | ||||
| Commune | Courcelles | ||||
| Code postal | 6183 | ||||
| Code INS | 52015C | ||||
| Zone téléphonique | 071;064 | ||||
| Démographie | |||||
| Gentilé | Trazegnien(ne)[1] | ||||
| Population | 6 825 hab. (1/1/2025) | ||||
| Densité | 765 hab./km2 | ||||
| Géographie | |||||
| Coordonnées | 50° 28′ nord, 4° 20′ est | ||||
| Superficie | 892 ha = 8,92 km2 | ||||
| Localisation | |||||
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Géolocalisation sur la carte : Belgique
Géolocalisation sur la carte : Région wallonne
Géolocalisation sur la carte : Hainaut
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Toponymie
modifierTrazegnies viendrait de Trasniacas qui signifie terres de Thraso[3].
Géographie
modifierSituation
modifierTrazegnies se trouve à 3 km à l'est de Chapelle-lez-Herlaimont, à 7 km au nord de Fontaine-l'Évêque, à 14 km au nord-ouest de Charleroi et à 30 km à l'est de Mons[4].
Localités limitrophes
modifierGéographie physique
modifierRelief
modifierLe château de Trazegnies, édifié sur un plateau dominant la région, occupe une position topographique qui lui confère une vue étendue sur la plaine environnante ainsi que sur le vallon constituant le centre historique de la commune[5]. Situé à environ 156 m d’altitude, l’édifice s’inscrit dans un relief légèrement ondulé où se distinguent plusieurs points culminants[5]. Au nord, le secteur de Corbeau atteint 170 m, tandis qu’au sud‑ouest, le lieu‑dit Malplaquet s’élève à 185 m, formant l’un des sommets naturels les plus marqués du territoire[5]. À l’inverse, la zone du Grand Moulin représente l’un des points les plus bas du paysage local, créant un contraste altimétrique notable qui structure l’organisation du site[5]. Dans son ouvrage consacré à l’histoire de Trazegnies, J. Degrouve souligne l’importance stratégique de cette implantation, qui permettait autrefois de surveiller les voies de circulation et de contrôler les accès au domaine seigneurial[5]. L’auteur insiste également sur la manière dont cette configuration géographique a influencé le développement du village, le vallon servant de pôle d’habitat tandis que le plateau accueillait les structures défensives[5]. L’ensemble du relief, tel que décrit par Degrouve, témoigne d’une organisation naturelle propice à l’établissement d’un pouvoir local fort, où le château, placé en hauteur, jouait un rôle symbolique autant que militaire. Cette disposition topographique contribue encore aujourd’hui à la compréhension de l’évolution historique et paysagère de la commune de Trazegnies[5].
La campagne de Trazegnies se déploie dans un vallon nettement marqué, où les formes du relief témoignent d’une évolution profonde liée aux activités minières. Les travaux d’extraction, menés durant plusieurs siècles, ont provoqué des affaissements du sol qui ont altéré la topographie originelle[6]. Des coteaux autrefois bien définis se sont progressivement transformés en dépressions, modifiant l’aspect général du paysage rural. Les secteurs de Corbeau et du Grand Bois illustrent particulièrement ce phénomène : les terrains, jadis légèrement ondulés, y présentent désormais des vallons plus accentués, résultat direct des exploitations souterraines[6]. Dans son étude historique, J. Degrouve souligne que ces transformations ne relèvent pas uniquement de la géologie, mais traduisent aussi l’impact durable de l’industrie sur l’organisation du territoire[6]. L’auteur insiste sur la manière dont les campagnes, façonnées par l’homme autant que par la nature, ont vu leur physionomie se recomposer au fil des générations, donnant au paysage de Trazegnies son caractère singulier[6].
Nature du sol
modifierLa localité de Trazegnies appartient à une zone géographique généralement classée parmi les régions limoneuses, mais sa composition pédologique présente des nuances importantes[6]. Une large majorité des terres cultivables environ neuf dixièmes selon J. Degrouve se caractérise par des sols d’argile douce ou sablo‑argileuse, offrant une texture plus légère que celle des limons classiques. Cette particularité influe sur les pratiques agricoles, la nature du couvert végétal et l’évolution du paysage rural[6].
Certains quartiers montrent toutefois des formations nettement distinctes. Celui de l’Argilette repose sur une argile très compacte, dense et difficile à travailler, dont la présence témoigne d’une structure géologique plus ancienne et moins altérée[6]. À l’inverse, les terrains situés au‑delà de la rue André, en direction de Thiripont, sont constitués de sols sablonneux, plus perméables et plus sensibles aux variations climatiques. Cette transition entre argile lourde et sable meuble illustre la diversité du sous‑sol local, que Degrouve décrit comme un élément déterminant dans l’organisation historique et agricole du territoire[6].
Hydrographie
modifierLe Piéton
modifierLe Piéton est un cours d’eau qui traverse la localité de Piéton et sert de limite naturelle entre les territoires de Trazegnies et de Chapelle‑lez‑Herlaimont. Il reçoit les eaux de la rivière issue de la Fontaine Colot ainsi que celles provenant des sources du Cavin, avant de poursuivre son parcours vers Thiripont[7]. De là, il s’oriente en direction de Gouy‑lez‑Piéton, où son débit s’affirme progressivement, jusqu’à devenir le Piéton proprement dit, un affluent de la Sambre qui contribue au réseau hydrographique régional[7].
Dans son ouvrage consacré à l’histoire locale, J. Degrouve rappelle que ce ruisseau, bien qu’apparemment modeste, a joué un rôle structurant dans l’organisation du territoire, tant pour les limites administratives que pour les activités humaines[7]. L’auteur souligne également les transformations imposées par l’industrialisation : les charbonnages de Bascoup‑Mariemont ont en effet détourné le cours du Piéton afin de permettre l’installation d’un chemin de fer aérien, modification qui témoigne de l’ampleur des aménagements liés à l’exploitation minière[7].
La rivière de Trazegnies ou des Étangs
modifierLa rivière de Trazegnies, également appelée rivière des Étangs, prend naissance au Petit Bois, où plusieurs résurgences alimentent son premier cours[8]. Après avoir traversé ce massif boisé, elle s’engage dans une canalisation aménagée sous le terril du charbonnage no 3, témoignant des interventions industrielles qui ont profondément modifié son tracé naturel[8]. Une fois sortie de cette zone, elle poursuit son chemin à travers les prés, dessinant un réseau hydrographique qui a longtemps structuré les terres agricoles environnantes[8].
Selon J. Degrouve, cette rivière recevait autrefois les eaux de la fontaine de la Place, avant de se diriger vers le Butia. Ce système d’alimentation, typique des petites communes rurales, a cependant disparu avec la construction des égouts, qui ont progressivement effacé le lit originel du cours d’eau[8]. L’auteur souligne que cette disparition n’est pas seulement un phénomène physique : elle marque aussi la fin d’un élément du paysage traditionnel, autrefois étroitement lié à la vie quotidienne des habitants[8].
Quartiers
modifierHameaux et quartiers
modifierCorbeau et Malplaquet[9], quartier des Coquelicots et quartier Saint-Joseph.
Lieux-dits
modifierCouturelle, Croix Sabeau, L'Yser, Fastoûmont, Pachi du Cadet, Dessus l'Église, Le Bati, Campagne des Prés, Benoîte Epine, Clabotia, L'Espinette, Tichelin, Champ du Losté, La Potte, L'Argilette, Le Dessus du Bois et Sauci.
Cités
modifierCité Achille Delattre, cité de la rue du Butia, cité de la rue de l'Epine et cité de la rue de la Marche.
Évolution démographique
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- Sources : INS, Rem. : 1831 jusqu'en 1970 = recensements, 1976 = nombre d'habitants au 31 décembre.
Histoire
modifierPréhistoire
modifierAntiquité
modifierMoyen Âge
modifierTemps modernes
modifierÉpoque contemporaine
modifierLa commune de Trazegnies prit part aux événements de 1830 en constituant un corps de volontaires qui se rendit à Bruxelles, où il se distingua lors des combats menés dans le parc. Pour financer cette expédition patriotique, une souscription publique fut organisée : elle permit de réunir environ quatre cents francs, somme à laquelle le marquis de Trazegnies ajouta cent francs ainsi que des vivres destinés aux combattants. Cette mobilisation locale témoigne, comme le souligne J. Degrouve, de l’adhésion de la population aux mouvements qui conduisirent à l’indépendance[10]. Au cours des journées de , les autorités communales appelèrent également à la formation d’une garde civile, chargée d’assurer le maintien de l’ordre en cas de nécessité. Cette initiative fut prise après le départ des douze volontaires trazegniens et en réaction aux événements survenus dans le parc de Bruxelles. La création de cette garde répondait à un besoin de sécurité intérieure dans un contexte d’incertitude politique et militaire[10]. Selon Degrouve, la population de Trazegnies se félicita, à la fin de l’année 1830, d’avoir contribué à repousser l’ennemi et d’avoir participé à l’obtention de l’indépendance nationale. Ce sentiment de fierté collective s’inscrit dans la mémoire locale comme l’un des épisodes marquants de l’engagement communal durant la révolution belge[10].
La route reliant Trazegnies à Marchienne-au-Pont fut aménagée en 1846, marquant une étape importante dans l’amélioration des communications locales. À l’origine, elle était simplement empierrée, selon les pratiques routières courantes du XIXe siècle, avant d’être progressivement bordée de peupliers qui accompagnaient son tracé sur toute sa longueur[11]. Ces arbres, plantés pour stabiliser les abords, offrir de l’ombre et structurer visuellement l’axe routier, demeurèrent en place jusqu’en 1880, année où ils furent abattus lors d’une campagne d’entretien et de modernisation de la voirie[11]. Dans son étude historique, J. Degrouve souligne que cette route joua un rôle essentiel dans l’ouverture de Trazegnies vers les communes voisines et dans le développement des échanges économiques. Son évolution, depuis une voie rudimentaire jusqu’à un axe mieux aménagé, reflète les transformations du territoire au cours du XIXe siècle[11].
En 1905, Trazegnies fut reliée aux principales communes du Centre grâce à l’établissement d’un chemin de fer vicinal, qui constitua l’une des améliorations de transport les plus marquantes du début du XXe siècle dans la région. Cette ligne permettait de rejoindre Morlanwelz et La Louvière d’un côté, Fontaine‑l’Évêque et Anderlues de l’autre, assurant une circulation plus fluide des travailleurs, des marchandises et des visiteurs[12]. Le tracé traversait la localité en empruntant les rues de Chapelle et de la Station cette dernière correspondant à l’actuelle Grande Rue et formait un axe structurant pour la vie quotidienne[12]. Dans son ouvrage, J. Degrouve souligne que l’arrivée du vicinal transforma profondément les habitudes de déplacement et contribua à l’intégration de Trazegnies dans le réseau économique régional. L’auteur insiste sur le rôle de cette infrastructure dans la modernisation du bourg, en facilitant les échanges et en renforçant les liens avec les centres industriels voisins[12].
Le , des unités françaises parvinrent à Trazegnies, mais leur présence fut de courte durée. L’annonce des affrontements de Pont‑à‑Celles, survenus le , les incita à quitter rapidement la localité afin d’éviter d’être prises dans un engagement défavorable[13]. Dans l’après‑midi du même jour, les Uhlans cavalerie légère allemande pénétrèrent dans Trazegnies, bientôt suivis par des troupes régulières qui avancèrent par les rues de Gouy et de Pont‑à‑Celles[13]. Cette armée, que J. Degrouve décrit comme puissamment équipée, bien entraînée et préparée à une progression rapide, ne fit que traverser la commune sans y établir de position durable. Le mouvement des troupes allemandes s’inscrivait dans une stratégie d’ensemble visant à atteindre les forces françaises déployées plus au sud[13]. Après avoir franchi Trazegnies, elles se dirigèrent vers Collarmont, à Carnières, où elles affrontèrent les unités françaises le . L’épisode, tel que le rapporte Degrouve, illustre la rapidité de l’avancée allemande au début du conflit et la manière dont les communes du Centre furent traversées par des colonnes militaires en route vers les zones de combat[13].
Lors de l'occupation allemande de la Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale, la commune de Trazegnies est intégrée au Grand Charleroi sous occupation allemande, Trazegnies faisait alors partie du District IV aussi nommé District de Courcelles. Le eut lieu la catastrophe minière de Trazegnies dans le charbonnage no 6 Mariemont-Bascoup lors de laquelle 39 mineurs trouvèrent la mort à cause d'un coup de grisou[14]’[15]. Trazegnies a fusionné avec Courcelles en le , à la suite de la loi sur les fusions des communes.
Armoiries
modifierBlason de Trazegnies
Blasonnement : Bandé d'or et d'azur à l'ombre d'un lion brochant sur le tout, à la bordure engrêlée de gueules. L'écu placé sur un manteau de pourpre, doublé d'hermine, frappé et houppé d'or, sommé d'une couronne cinq fleurons[16].
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Liste des bourgmestres de 1830 à 1977
modifier- Alexandre Gillon, Marquis de Trazegnies, de 1830 à 1848 (unioniste).
- Félix Ghislain, de 1848 à 1853 (Parti libéral).
- Charles-Alexandre Larsimont, de 1853 à 1888 (Parti libéral).
- Jules Labenne, faisant fonction, de 1888 à 1891 (Parti libéral).
- Ferdinand Philippe, de 1891 à 1895 (Parti catholique).
- Auguste Philippe, de 1895 à 1896 (Parti catholique).
- Jules Labenne, faisant fonction, de 1896 à 1900 (Parti libéral).
- Cyriaque Hallet, de 1900 à 1903 (Parti catholique).
- Émile Châtel, faisant fonction, de 1903 à 1908 (Parti libéral).
- Rodolphe Delval, de 1908 à 1932 (Parti libéral).
- Léon Cordier, de 1932 à 1938 (POB).
- Léon Dubois, de 1938 à 1947 (Parti catholique).
- Oswald Englebin, de 1941 à 1942 (Rex)[Note 1].
- Léon Cordier, de 1947 à 1949 (PSB).
- Louis Rayée, de 1949 à 1964 (Parti libéral).
- Arthur Beghin, de 1964 à 1976 (PSB).
Patrimoine et culture
modifierPatrimoine architectural et monuments commémoratifs
modifier- Le château des seigneurs de la Maison de Trazegnies, mentionné en 1155 dans le cartulaire de l'abbaye de Floreffe, remonte vraisemblablement à une période antérieure. Le nom d'Otton 1er, décédé en 1136, est le plus ancien connu à ce jour. Érigé en marquisat en 1614, le domaine est resté dans la famille de Trazegnies jusqu'en 1862. Les terres et le château ont ensuite été rachetés par la Société des Charbonnages de Bascoup, qui les a cédés à l'État belge en 1913. Depuis 1926, l'association des « Amis de Trazegnies », devenue propriétaire, œuvre pour la sauvegarde de ce monument[18].
- Le centre civique et ancienne maison communale. Cet ensemble de bâtiments publics, conçu dans un style éclectique ou néo-renaissance flamande, a été construit entre 1911 et 1924. Il comprend l'ancienne maison communale réalisée en 1911 par l'architecte Simon, la maison de tous en 1922, ainsi que l'école de filles en forme de « L » construite en 1924[19]. La maison communale a été rénovée en 2009 et une nouvelle flèche et quatre nouveaux clochetons est mise sur le beffroi, l'ancienne flèche avait été enlevée en 1997 pour cause de vétusté.
- L'église Saint-Martin, un édifice datant des XVIe et XVIIe siècles[20]. Rénovée au XIXe siècle et en 2020. Dans cette église, se trouvent les gisants des marquis de Trazegnies Gillion-Othon Ier de Trazegnies († 1699), et de Jacqueline de Lalaing († 1672), œuvre du sculpteur malinois Lucas Fayd'herbe, élève de Pierre Paul Rubens.
- Le presbytère, daté de 1757[21], rue Léandre Vilain.
- L'ancienne orangerie du château, datant de la 1re moitié du XIXe siècle[19].
- L'ancienne ferme du château, (XIXe et XXe siècles)[22].
- La chapelle Notre-Dame de Lorette, Grand'rue, datée de 1738[22].
- La chapelle Notre-Dame de la Salette, rue des Bois[23].
- La chapelle Saint-Roch, construite dans un style néo-gothique en 1868 à la suite d'une épidémie de peste, a été rénovée en 1937[21].
- La Ferme de la Potte est datée de 1614, comme l'indiquent les ancres sur sa façade[19].
Monuments
modifierLe monument aux morts fut inauguré le sur la place Larsimont[24].
Culture et folklore
modifierEnseignement
modifierÉconomie
modifierIndustries aux XIXe et XXe siècles
modifierL’année 1866 constitue un moment décisif dans l’évolution économique de Trazegnies. L’ouverture du charbonnage no 5, exploité par le groupe Mariemont‑Bascoup, entraîna la disparition progressive de l’industrie cloutière artisanale, déjà fragilisée par l’introduction de procédés mécaniques[29]. Les ouvriers, attirés par des salaires plus élevés, se tournèrent massivement vers l’exploitation minière, phénomène que J. Degrouve identifie comme l’un des basculements majeurs de la société locale[29].
Entre 1870 et 1878, la société de Bascoup entreprit la construction de nombreuses habitations ouvrières, notamment dans les cités de Fastoumont, de la rue de Chapelle et du Pachy du Cadet[29]. Ce programme immobilier accompagna la transformation du village : d’une communauté essentiellement agricole, Trazegnies devint progressivement une localité industrielle, ce qui provoqua une hausse notable de sa population. Degrouve souligne que cette mutation sociale et urbanistique fut rapide et profondément structurante[29].
La comparaison avec Gouy‑lez‑Piéton, commune voisine située au nord et couvrant environ 1 700 hectares, met en évidence l’impact déterminant de l’activité minière. Dépourvue de charbonnages, Gouy‑lez‑Piéton demeura stable sur le plan démographique, tandis que Trazegnies vit sa population tripler grâce à ses établissements charbonniers[29]. Ce développement ne s’explique pas uniquement par l’exploitation du sous‑sol : la position de Trazegnies, située entre la région du Centre et celle de Charleroi deux importants bassins houillers renforça son attractivité et son dynamisme industriel, comme le rappelle Degrouve[29].
Charbonnages
modifierVers 1842, les premières découvertes de charbon dans la région entraînèrent l’ouverture de puits à Bascoup et à Courcelles‑Nord. Leur exploitation demeura toutefois très limitée : comme le rappelle J. Degrouve, l’absence de machine à vapeur rendait impossible toute extraction à grande échelle[30]. Le charbon était hissé à l’aide de treuils mus par des manèges à chevaux, un procédé lent, coûteux et peu efficace, qui ne permettait qu’un rendement négligeable. Ces installations primitives témoignent des débuts hésitants de l’activité minière dans le secteur. Ce n’est qu’en 1866 que les principales infrastructures du charbonnage no 5 de Bascoup furent édifiées sur le territoire de Trazegnies. Les travaux préparatoires, menés sur plusieurs années, marquèrent l’entrée de la commune dans une phase d’exploitation industrielle plus moderne[30]. Degrouve souligne que cette transition, rendue possible par l’introduction de la vapeur et par des investissements plus conséquents, constitua un tournant majeur dans l’histoire économique locale, ouvrant la voie à l’essor charbonnier qui allait profondément transformer la région[30].
Le charbonnage no 5 connut une amélioration rapide après ses premières années de fonctionnement, au point d’être surnommé « le sans pareil ». Selon J. Degrouve, cette appellation reflétait fidèlement la réputation qu’il avait acquise : l’installation intégrait alors les innovations techniques les plus avancées du secteur minier, suscitant l’admiration des ingénieurs et des spécialistes[30]. Le puits no 5 était considéré comme l’un des mieux équipés du pays, symbole de la modernisation industrielle qui marquait la seconde moitié du XIXe siècle dans la région. Cette progression s’inscrivait dans un mouvement plus large de développement des charbonnages Mariemont‑Bascoup, dont l’histoire fut célébrée en 1928 lors du 125e anniversaire de leur installation[31]. Degrouve souligne que cette commémoration mettait en lumière l’importance de ces exploitations dans l’économie locale, leur rôle dans la transformation du paysage social et urbain, ainsi que leur contribution à l’essor industriel de Trazegnies et des communes voisines[32].
La fosse no 5 de Mariemont‑Bascoup, telle que la décrit Alain Dewier dans Le bassin charbonnier du Centre : Terre aux milles chevalements, appartient à l’un des ensembles miniers majeurs du Centre. Mise en service en 1872, elle s’inscrit dans la phase d’expansion industrielle qui marque la seconde moitié du XIXe siècle dans la région[33]. Son exploitation se poursuit jusqu’au , date qui correspond à la période de fermeture progressive des charbonnages belges, alors confrontés à la concurrence internationale et à la transformation du paysage énergétique[33]. La fosse no 6, également évoquée par Alain Dewier, commence sa production en 1900. Elle reflète l’évolution technique du début du XXe siècle, avec des installations modernisées et une extraction plus profonde[34]. Son histoire est marquée par un événement tragique : le , un coup de grisou provoque la mort de 39 mineurs, rappelant la dangerosité constante du travail au fond et les risques liés à la présence de gaz dans les veines charbonnières[34]. Cette catastrophe demeure l’un des épisodes les plus sombres du bassin du Centre. La fosse cesse définitivement ses activités le , dans un contexte de déclin généralisé du secteur[34].
Après la fermeture progressive des charbonnages du Centre, l’ancien siège concerné est intégré, à partir de 1959, à un ensemble plus vaste regroupant plusieurs exploitations voisines. Comme le rappelle Roger Brunet, cette réorganisation s’inscrit dans un mouvement de concentration des activités minières destiné à maintenir une production viable malgré le déclin du secteur[35]. Le siège rejoint ainsi la Société des Charbonnages de Ressaix, Leval, Péronnes, Sainte‑Aldegonde et Genk, structure qui rassemble différents puits du bassin afin de mutualiser les moyens techniques et humains[35]. Dans l’analyse proposée par Roger Brunet, cette intégration illustre les stratégies adoptées par les compagnies charbonnières belges à la fin des années 1950 : face à la baisse de rentabilité, elles cherchent à regrouper les exploitations pour prolonger l’activité tout en limitant les coûts. Ce type de fusion marque l’une des dernières étapes de l’histoire industrielle du charbon dans la région, avant les fermetures définitives qui s’échelonnent au cours des décennies suivantes[35].
Briqueterie
modifierUne briqueterie mécanique était implantée sur le territoire de Trazegnies, en contrebas de la ligne de chemin de fer reliant la commune à Piéton, et se situait en face des Ateliers de Trazegnies. Mise en activité en 1919, elle constituait l’une des installations industrielles marquantes de l’entre‑deux‑guerres[36]. Selon J. Degrouve, l’établissement employait alors trente‑cinq ouvriers et assurait une production annuelle moyenne comprise entre 4,5 et 5,5 millions de briques, témoignant d’un niveau de rendement élevé pour une briqueterie mécanique de cette époque[36]. L’usine participait pleinement à la dynamique industrielle qui caractérisait Trazegnies au début du XXe siècle, en complément des charbonnages et des ateliers métallurgiques. Sa présence illustre la diversification progressive des activités locales, que Degrouve décrit comme un élément essentiel de l’évolution économique de la commune[36].
La briqueterie mécanique de Trazegnies produisait des briques de construction fabriquées à partir d’un mélange de terres soigneusement préparé, puis cuit dans un four à feu continu, procédé qui garantissait une production régulière et homogène. D’après J. Degrouve, l’essentiel de cette production était destiné au marché belge : seuls quelques wagons étaient expédiés en France, ce qui souligne le caractère principalement régional de l’activité[36]. L’auteur mentionne également l’existence d’une seconde briqueterie, rattachée à l’Atelier du Piéton, situé à proximité de la voie ferrée menant à cette commune[36]. Cette installation complétait le paysage industriel local en diversifiant les activités liées aux matériaux de construction, dans un contexte où Trazegnies voyait son économie se structurer autour des charbonnages, des ateliers métallurgiques et de ces unités de production[36]. La briqueterie mécanique de Trazegnies a fermé ses portes à la fin des années 1960[37].
Métallurgie
modifierTrazegnies se transforma progressivement en un centre industriel et commercial, évolution que J. Degrouve attribue avant tout à l’implantation et au développement continu de ses charbonnages. L’activité minière, en structurant l’économie locale et en attirant une main‑d’œuvre nombreuse, joua un rôle déterminant dans cette mutation[36]. La commune bénéficiait en outre d’une position géographique particulièrement favorable : située à la jonction des bassins houillers du Centre et de Charleroi, elle se trouvait au cœur d’un espace où les échanges, les investissements et les circulations industrielles étaient particulièrement intenses[38]. Selon Degrouve, cette croissance ne s’explique pas uniquement par les ressources du sous‑sol, mais aussi par la capacité des industriels locaux à comprendre les potentialités du territoire[39]. Une génération d’entrepreneurs ambitieux, soucieux de modernisation et désireux de promouvoir le développement économique de leur commune, contribua à diversifier les activités et à renforcer l’essor commercial de Trazegnies. Leur initiative, conjuguée à la dynamique charbonnière, permit à la localité de s’affirmer comme un pôle industriel en pleine expansion[39].
À proximité de l’ancienne ligne de chemin de fer reliant Trazegnies à Piéton aujourd’hui disparue et à une centaine de mètres de la gare de Trazegnies, fut établi un atelier de construction qui prit d’abord le nom de Forge de Trazegnies[39]. Cette installation industrielle, située dans une zone où se concentraient déjà plusieurs activités liées aux charbonnages, s’inscrivait dans le mouvement de modernisation qui marquait le début du XXe siècle dans la commune. Constituée en société anonyme le , l’entreprise adopta officiellement, le , la dénomination Atelier de Trazegnies[39]. Selon J. Degrouve, cet établissement fabriquait une large gamme d’objets en fer, en acier et en cuivre, ainsi que divers équipements destinés aux infrastructures de transport : matériel pour les chemins de fer, dispositifs pour les canaux, éléments pour les ponts et autres ouvrages techniques. L’atelier jouait ainsi un rôle notable dans l’économie locale, en complétant les activités minières et en contribuant à la diversification industrielle de Trazegnies[39].
Les Ateliers du Piéton se spécialisèrent dans la construction de matériel roulant, un domaine essentiel pour les industries minières et les infrastructures de transport du début du XXe siècle[40]. On y fabriquait notamment des appareils de voie, des wagonnets de tous types, des chariots, du matériel destiné aux mines, ainsi que des ponts et charpentes, autant d’éléments indispensables au fonctionnement des réseaux ferroviaires et aux exploitations charbonnières de la région[40]. L’administrateur‑délégué de l’entreprise était Rodolphe Delval, alors bourgmestre de Trazegnies, ce qui illustre le lien étroit entre développement industriel et autorités locales. Bien que l’atelier fût implanté sur le territoire de Piéton, ses bureaux se trouvaient à Trazegnies, témoignant d’une organisation transcommunale typique des zones industrielles en expansion[40]. Fondé en 1922, l’établissement démarra ses activités avec 42 ouvriers, dont 22 originaires de Trazegnies, ce qui montre l’importance de l’industrie dans l’emploi local. Selon J. Degrouve, ces ateliers jouèrent un rôle structurant dans l’économie du secteur, en complément des charbonnages et des autres entreprises métallurgiques[40].
Transports
modifierLa localité est desservie par les lignes des TEC : 43, 51, 61, 63, 82 et 83.
Sports et vie associative
modifierPersonnalités de la commune
modifier- Alexandre Robert artiste-peintre né à Trazegnies en 1817 et décédé à Saint-Josse-ten-Noode en 1890.
- Léandre Vilain, natif de Trazegnies, il fut grand prix de Rome d'armonium[41].
- Lucien Lison (1907-1984), médecin et biochimiste, y naquit.
- Caroline Taquin, actuelle bourgmestre de l'entité de Courcelles.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Bourgmestre en fonction illégalement sous l'occupation (Brunet 2007, p. 99). Il deviendra bourgmestre du Grand Charleroi de 1942 à 1944 à la suite de l'assassinat du premier bourgmestre du Grand Charleroi Prosper Teughels.
Références
modifier- ↑ Jean Germain, Guide des gentilés : les noms des habitants en Communauté française de Belgique, Bruxelles, Ministère de la Communauté française, (lire en ligne).
- ↑ tan que vive
- ↑ « Courcelles en Belgique | Les Courcelles de France », (consulté le )
- ↑ Degrouve 1929, p. 34.
- 1 2 3 4 5 6 7 Degrouve 1929, p. 41-42.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Degrouve 1929, p. 42.
- 1 2 3 4 Degrouve 1929, p. 43-44.
- 1 2 3 4 5 Degrouve 1929, p. 44.
- ↑ Degrouve 1929, p. 33.
- 1 2 3 Degrouve 1929, p. 21.
- 1 2 3 Degrouve 1929, p. 73.
- 1 2 3 Degrouve 1929, p. 75.
- 1 2 3 4 Degrouve 1929, p. 24.
- ↑ « Commémoration de la catastrophe de Trazegnies. », sur Site internet de la RTBF.
- ↑ Dewier 2010, p. 31.
- ↑ Lieve Viaene-Awouters et Ernest Warlop, Armoiries communales en Belgique, Communes wallonnes, bruxelloises et germanophones, t. 1 : Communes wallonnes A-L, Bruxelles, Dexia, , p. 255
- ↑ Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 226.
- ↑ Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 225-226.
- 1 2 3 Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 231.
- ↑ Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 224.
- 1 2 Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 232.
- 1 2 Le patrimoine monumental de la Belgique, vol. 20, p. 230.
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- ↑ « VILAIN Léandre (1866-1945) », sur plenumorganum.org (consulté le ).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
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- Alain Dewier, Le bassin charbonnier du Centre : Terre aux milles chevalements, coll. « Mémoire en images », , 128 p. (ISBN 978-1-84588-640-0)
- Hadrien Kockerols, Les gisants du Brabant wallon, Namur, Les éditions namuroises, coll. « Art funéraire », (ISBN 978-2-930378-83-1, lire en ligne), p. 26-27
- M. Le Mayeur, La gloire de Belgique, poème national, t. second, Louvain, Chez Valinthout et Vandenzande, (lire en ligne), p. 357
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- Françoise Raes et Emmanuel Bosteels, Terrils : De l'or noir à l'or vert, Bruxelles, Editions Racine, (ISBN 2-87386-466-4, lire en ligne), p. 100
- M. Charlé de Tyberchamps, Notice descriptive et historique des principaux châteaux, grottes et mausolées de la Belgique : et des batailles qui y ont eu lieu, Bruxelles, Imprimerie et Fonderie des Frères Delemer, (lire en ligne), p. 8-13
