Victoire de France (1733-1799)

princesse française, fille de Louis XV

Victoire Marie Louise Thérèse de France, surnommée Madame Cinquième, puis Madame Victoire, née au château de Versailles le et morte à Trieste le , est une princesse française, membre de la maison de Bourbon. Elle est alors la septième enfant, et la cinquième fille, qu'eurent le roi de France Louis XV et son épouse Marie Leszczynska, et l'une des quatre enfants à leur survivre. Elle vit à la Cour avec ses sœurs, restées célibataires et appelées « Mesdames ». Proche de sa sœur, Madame Adélaïde, elles y incarnent la principale opposition face à la reine Marie-Antoinette d'Autriche, avant de fuir en Italie lors de la Révolution française.

Victoire de France
Description de cette image, également commentée ci-après
Madame Victoire de France, huile sur toile de Jean-Marc Nattier, 1748 (château de Versailles).
Biographie
Titulature Fille de France
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Victoire Marie Louise Thérèse de France
Surnom Madame Cinquième
Madame Victoire
Coche
Naissance
Château de Versailles (France)
Décès (à 66 ans)
Trieste (Saint-Empire)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Louis XV
Mère Marie Leszczynska
Fratrie Louise-Élisabeth de France
Henriette de France
Marie-Louise de France
Louis, dauphin de France
Philippe de France, duc d'Anjou
Adélaïde de France
Sophie de France
Thérèse de France
Louise de France
Conjoint Aucun
Enfants Aucun
Résidence Château de Versailles
Château de Fontainebleau
Château de Compiègne
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Victoire de France
Description de cette image, également commentée ci-après

Biographie

modifier

Enfance

modifier
Chambre de Madame Victoire au château de Versailles.
Bibliothèque de Madame Victoire au château de Versailles.

Victoire de France est née le au château de Versailles. Elle est alors la cinquième fille du roi de France Louis XV et son de épouse Marie Leszczyńska, fille du roi de Pologne Stanislas Leszczyński. Comme ses frères et sœurs, la princesse est simplement ondoyée à sa naissance. Elle sera d'abord désignée sous le nom de « Madame Cinquième » avant son baptême. Dès , l'enfant quitte la cour où elle est née pour être élevée par les religieuses, dans l'abbaye de Fontevraud, « la reine des abbayes ». Le cardinal de Fleury estime alors que le maintien des nombreuses filles du roi couterait bien trop cher du fait de leurs appartements et leurs services[1].

La jeune fille est ainsi placée sous l'autorité de Louise-Françoise de Rochechouart de Mortemart, son abbesse, réputée comme une supérieure à la fois ferme et sage. En , Louise-Claire de Montmorin de Saint-Hérem lui succède. La jeune fille est donc baptisée le à l'abbaye de Fontevraud et reçoit alors les prénoms de Victoire Marie Louise Thérèse. Elle reçoit le surnom de « Madame Victoire ». Sa sœur « Madame Sixième » est baptisée le même jour qu'elle et elles ont alors pour parrain leur frère le dauphin, Louis, et sa jeune épouse Marie-Thérèse d'Espagne[2]. Victoire est envoyée à l'abbaye en et rentre à la cour en , à quinze ans[3].

Personnalité

modifier

Victoire est considérée de son temps, comme par la suite, comme étant la plus belle fille du plus beau des rois. Pierre de Nolhac, alors conservateur du Musée de Versailles, écrivait ceci à propos de son plus célèbre portrait, réalisé par Jean-Marc Nattier durant l'année 1748[4] :

« Ses yeux sombres ont une douceur inquiétante ; la longue frange de cils ombre ses joues ; la bouche est sensuelle, le menton étroit, le front large ; les cheveux noirs (comme son père) s'harmonisent au teint mat et doré ; la robe brodée d'or, l'écharpe de soie jaune, les dentelles blanches semblent parer un corps voluptueux. »

Très proche de sa mère, Marie Lesczynska, de son frère, le dauphin, et de ses sœurs, elle souffre avec eux des adultères du roi, de la rigidité du protocole, du jeu d'influence des courtisans et elle se retire peu à peu de la vie mondaine de la cour. Elle n'en est pas moins perçue comme une fille très obéissante et dévouée, et est affectueusement surnommée « Coche » par son père. Elle apprend tout comme le reste de ses frères et de ses sœurs à jouer d'une multitude d'instruments de musique.

Elle joue de la harpe et excelle au clavecin. Des compositeurs comme Mozart[5], Jacques Duphly ou Armand-Louis Couperin, lui dédièrent des pièces ou des recueils. En revanche, elle n'apprécie guère les bals de la cour où elle est forcée de paraître. Elle montre un goût particulier pour les jardins et les plantes exotiques, un loisir à la mode parmi l'aristocratie. Elle fait ainsi installer des bacs à fleurs devant ses fenêtres bien que l'espace y fût réduit. C'est donc au château de Bellevue qu'elle s'y adonne.

Mariage

modifier
Buste par Louis-Claude Vassé (1763). Musée national d'Écosse, Édimbourg, Royaume-Uni.

Comme la majorité de ses sœurs, Victoire ne se marie jamais. Dans une certaine logique, il n'y avait en Europe pas assez de partis compatibles pour les filles du roi. Sa sœur aînée, Louise-Élisabeth, mariée dès 1739 à Philippe Ier, infant d'Espagne, souhaite alors en 1753 que Victoire épouse son beau-frère, le roi Ferdinand VI, roi d'Espagne, mais le mariage ne se fait pas.

Victoire fait également la connaissance, probablement en 1784, de Pierre André de Suffren après son retour de la campagne des Indes. Ils deviennent amis, et Suffren lui rend souvent visite, la princesse adorant entendre le récit de ses combats. C'est chez elle, le , qu'il se trouve très mal après que son médecin lui a pratiqué une saignée, car la princesse lui trouvait mauvaise mine. Le bailli meurt cependant chez lui, puisqu'il est impossible de mourir dans les appartements d'une princesse selon les usages du temps.

Révolution française

modifier

Quand éclatent les premiers troubles liés à la Révolution française, il ne reste qu'elle et sa sœur aînée, Madame Adélaïde, des dix enfants qu'avait eus Louis XV. Les deux princesses, opposées à la politique anti-chrétienne de l'assemblée révolutionnaire, quittent la France pour Rome en février 1791, non sans avoir subi quelques avanies sur leur chemin d'exil. Elles ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Mirabeau et elles se réfugient de plus en plus loin en Italie. D'abord à Turin, chez leur nièce Clotilde, alors épouse du prince de Piémont.

Les deux sœurs sont accompagnées dans leur exil par la marquise de Roquefeuil. La comptabilité de leur maison est tenue par François Croiset, chargé de leurs comptes depuis 1783, qui émigre aussi avec elles en 1791[6],[7],[8].

Victoire-Louise-Marie-Thérèse de France, dite Madame Victoire par Adélaïde Labille-Guiard, 1788.

De Turin, elles gagnent ensuite Rome, protégées par le pape Pie VI qui les loge au palais Farnèse. Lors de l'arrivée des troupes françaises, elles rejoignent Naples, où règne alors une sœur de leur nièce Marie-Antoinette, Marie-Caroline d'Autriche, peu ravie de les voir. Les deux vieilles dames doivent de nouveau fuir en 1798 et traversent l'Adriatique sur une barque à huile. Elles accostent à Trieste, ville des États de l'empereur. Victoire s'éteint alors la première, à Trieste, atteinte d'un cancer du sein, le . Adélaïde ne lui survit que huit mois.

Leurs corps sont rapatriés en France sous le règne de leur neveu Louis XVIII, et sont inhumés en la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. Bien des siècles plus tard, un roman de Frédéric Lenormand, Les Princesses vagabondes (1998), décrit la fuite de Mesdames en Italie à partir de 1791 et jusqu'à leur mort. Dans sa biographie Mesdames de France, Bruno Cortequisse rend honneur aux filles de Louis XV et décrit leur vie de princesse.


Ascendance

modifier

Filmographie

modifier

Annexes

modifier

Article connexe

modifier

Liens externes

modifier

Notes et références

modifier
  1. ↑ « Le séjour des filles de Louis XV à l'abbaye de Fontevraud », sur fr.anecdotrip.com (consulté le )
  2. ↑ Simone Poignant, L'Abbaye de Fontevrault et les filles de Louis XV, Paris, Nouvelles éditions latines, 1966, p. 186.
  3. ↑ Flavie Leroux et Élodie Vaysse, Versailles, un château au féminin, Château de Versailles Réunion des musées nationaux-Grand Palais, (ISBN 978-2-7118-7478-1), p. 84
  4. ↑ Pierre de Nolhac, Nattier: peintre de la cour de Louis XV, Paris, H. Floury, 1925, p. 137.
  5. ↑ Flavie Leroux et Élodie Vaysse, Versailles, un château au féminin, Château de Versailles Réunion des musées nationaux-Grand Palais, (ISBN 978-2-7118-7478-1), p. 86
  6. ↑ « https://francearchives.gouv.fr/authorityrecord/FRAN_NP_052637 », sur francearchives.gouv.fr (consulté le )
  7. ↑ Pierre Croiset, « Abrégé des "souvenirs d'un émigré versaillais" », Carnets Louis XVII, vol. 3,‎ , p. 14-18
  8. ↑ Th. Guilpin, Papiers de François Croiset (1794-1813). Répertoire numérique détaillé d'AB/XIX/5099, Pierrefitte-sur-Seine, Archives nationales, 2013 .
  9. ↑ Brigitte Salino, « Théâtre : Suzanne de Baecque, 27 ans, « actrice.com » », lemonde.fr, 18 octobre 2022.