Ânkhésenpépi II
Ânkhésenpépi II (Elle vit pour Pépi), ou encore Ânkhnesméryrê II, est le nom pris par Ânkhesen, fille de Khoui, grand noble d'Abydos, à son mariage avec Pépi Ier. Elle est la mère de Pépi II, devenu roi à l’âge de six (ou dix) ans à la mort de son demi-frère ou père Mérenrê Ier, disparu prématurément après un règne de quelques années ans. Elle a donc exercé la régence pendant la jeunesse de son fils avec le soutien de Djaou, vizir de Mérenrê Ier.
| Ânkhésenpépi II / Ânkhnesmérirê II | ||||||||||||||||
Statuette d'Ânkhnesmérirê et de Pépi II conservée au Brooklyn Museum de New York. | ||||||||||||||||
| Nom en hiéroglyphe | ||||||||||||||||
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| Transcription | ˁnḫ-n=s Mry-Rˁ | |||||||||||||||
| Période | Ancien Empire | |||||||||||||||
| Dynastie | VIe dynastie | |||||||||||||||
| Fonction principale | Reine d'Égypte | |||||||||||||||
| Famille | ||||||||||||||||
| Père | Khoui | |||||||||||||||
| Mère | Nebet | |||||||||||||||
| Conjoint | Pépi Ier | |||||||||||||||
| Enfant(s) | ♂ Pépi II (?)♀ Neith II (?), épouse de Pépi II | |||||||||||||||
| Deuxième conjoint | Mérenrê Ier | |||||||||||||||
| Enfants avec le 2e conjoint | ♂ Pépi II (?)♀ Ânkhésenpépi III (?) | |||||||||||||||
| Fratrie | ♀ Ânkhésenpépi Ire♂ Djaou, vizir de Mérenrê Ier | |||||||||||||||
| Sépulture | ||||||||||||||||
| Nom | Pyramide d'Ânkhésenpépi II | |||||||||||||||
| Type | Pyramide | |||||||||||||||
| Emplacement | Saqqarah | |||||||||||||||
| Date de découverte | 1997 | |||||||||||||||
| Découvreur | Audran Labrousse (MafS) | |||||||||||||||
| Fouilles | 1997-2004 puis 2016-2019 | |||||||||||||||
| Objets | sarcophage en grauwacke | |||||||||||||||
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Attestations
modifierLa reine est connue par plusieurs attestations[1] :
- le complexe funéraire de la reine à côté de celui de Pépi Ier à Saqqarah,
- la stèle (ou pilier ?) de son frère Djaou, retrouvé à Abydos et où est également nommé sa sœur Ânkhésenpépi Ire[note 1],
- un décret de protection d'une statue de la reine dans le temple de Khentamentiou à Abydos,
- une stèle rupestre gravée au Ouadi Maghara, datée du « deuxième recensement du gros et du petit bétail de Haute et Basse-Égypte »,
- une statuette de la reine avec son fils Pépi II sur ses genoux[note 2],
- une coupe d'albâtre conservée au Metropolitan Museum of Art (23.10.10),
- peut-être le décret de protection des cultes funéraires d'une « mère du roi Ânkhésenméryrê l'Aînée » et de la « mère du roi Neith », retrouvée dans le temple funéraire de Neith II[note 3].
Une stèle à Abydos montre une épouse royale (mais pas mère royale) nommée Ânkhésenpépi assise devant une table garnie de roseaux, avec en face d'elle Iouou, fils aîné du vizir Ouni. Cette mise en scène, typique des couples, n'est ici pas envisageable[5]. Si Silke Roth a pu associer cette reine à Ânkhesenpépi IV[6], cette association est explicitement réfutée par Vivienne Gae Callender et Michel Baud qui considèrent qu'il s'agit d'Ânkhesenpépi Ire ou Ânkhesenpépi II[7],[5]. La stèle est datée sur des bases stylistiques du règne de Mérenrê Ier par Edward Brovarski, datation suivie par Callender ; si cela s'avère exact, cela réduirait les possibilités à uniquement Ânkhesenpépi II, la première étant alors la « mère du roi » régnant[7]. Michel Baud considère que cette stèle serait en lien avec le complot dont parle Ouni et ayant conduit au mariage de Pépi Ier avec les deux sœurs Ânkhésenpépi[5].
Une autre stèle d'un certain Méhénou, provenant probablement d'Abydos, indique que ce Méhénou était prêtre du culte funéraire de la « mèr du roi » Ânkhésenpépi. L'identité de cette dernière reste discutée, même si Michel Baud privilégie les épouses de Pépi Ier[8].
- Fragment de relief représentant la reine et provenant de son temple funéraire à Saqqarah
- Coupe d'albâtre du Metropolitan Museum of Art 23.10.10
- Détail de la titulature de la reine dans l'inscription du Ouadi Maghara
La reine porte les titres suivants[1],[9] :
- « Grande des louanges » (wr.t ḥs.t),
- « Grande du sceptre-hétès » (wr.t ḥts),
- « Suivante du Grand » (ẖt.t-Wr),
- « Celle qui s'assoit avec Horus » (tjst-Ḥrw),
- « Compagnon d'Horus » (smr.t-Ḥrw),
- « Celle qui voit Horus et Seth » (mȝȝ.t Ḥrw Sts̆),
- « Fille du Dieu » (sȝ.t nṯr),
- « Cette fille du Dieu » (sȝ.t (t)w nṯr),
- « Enfant d'Ouadjet » (ḏstt Wȝḏ.t),
- « Aimée de Knoum » (mry(.t) Ḫnmw),
- « Aimée de tous les dieux » (mrr.t nṯr.w nbw),
- « Épouse du Roi sa bien-aimée » (ḥm.t-nsw.t mry.t=f),
- « Épouse du Roi de la pyramide de Mérenrê Ier » (ḥm.t-nsw.t Ḫˁ-Mr-n-Rˁ),
- « Épouse du Roi de la pyramide de Pépi Ier » (ḥm.t-nsw.t Mn-nfr-Mry-Rˁ),
- « Épouse du Roi de la pyramide de Pépi Ier sa bien-aimée » (ḥm.t-nsw.t mry.t=f Mn-nfr-Mry-Rˁ),
- « Mère du Roi de Haute et Basse-Égypte » (mw.t-nsw.t-bjty),
- « Mère du Roi de la pyramide de Pépi II » (mw.t-nsw.t Mn-ˁnḫ-Ppy),
- « Mère du Roi de la pyramide de Pépi II » (mw.t-nsw.t Mn-ˁnḫ-Nfr-kȝ-Rˁ),
- « Mère du Roi de Haute et Basse-Égypte de la pyramide de Pépi II » (mw.t-nsw.t-bjty Mn-ˁnḫ-Nfr-kȝ-Rˁ).
Généalogie
modifierÂnkhésenpépi II est l'une des deux filles de Khoui et Nebet, nobles d'Abydos. Elle épouse Pépi Ier comme sa sœur Ânkhésenpépi Ire, puis épouse son neveu Mérenrê Ier, fils de Pépi Ier et Ânkhésenpépi Ire. Elle a également un fils, Pépi II, qui succédera à Mérenrê Ier lorsqu'il était encore très jeune[10],[11],[12].
L'identité du père de Pépi II n'est pas certaine. Les chercheurs savent qu'Ânkhésenpépi II est une épouse de Pépi Ier depuis très longtemps, de part notamment la découverte de la stèle de Djaou et de l'inscription du Ouadi Maghara, toutes deux la présentant clairement ainsi. Cependant, la découverte du complexe funéraire de la reine à la fin des années 1990 a permis de savoir qu'elle était également devenue une épouse de son neveu Mérenrê Ier. Si, sur la base d'un raisonnement chronologique, les fouilleurs du complexe considèrent aujourd'hui que le père de Pépi II est Mérenrê Ier[note 4][13], ce n'est pas le cas de tous les chercheurs, notamment Vivienne Gae Callender qui considèrent que le père est Pépi Ier ; elle s'appuie notamment sur la stèle de Djaou et l'inscription du Ouadi Maghara qui la présentent comme une épouse de Pépi Ier et la mère de Pépi II, sans mentionner Mérenrê Ier[14].
Ânkhésenpépi II est parfois donnée comme la mère de la reine Neith II, théorie basée sur l'attribution du décret retrouvé dans le temple funéraire de Neith II[15],[16]. Cependant, si la reine est assurément la fille de Pépi Ier, le décret pourrait renvoyer à Ânkhésenpépi Ire[15] ; or, dans un relief retrouvé dans le temple funéraire d'Ânkhésenpépi II, cette dernière est représentée avec une femme nommée Neith ; si elle n'est pas accompagnée d'un titre la présentant comme sa fille, cela serait pourtant concordant avec les représentations habituelles dans ce type de contexte[16].
Ânkhésenpépi III est connue pour être la fille du roi Mérenrê Ier ; Vivienne Gae Callender et Yannis Gourdon pensent qu'elle serait la fille d'Ânkhésenpépi II car il s'agit de la seule épouse assurée de Mérenrê Ier et qu'il était courant qu'un enfant soit nommé comme son parent de même sexe[14],[17].
Biographie
modifierLa reine est l'une des plus importantes reines de la fin de l'Ancien Empire. Fille de notable d'Abydos, elle épouse, tout comme sa sœur Ânkhésenpépi Ire, le roi Pépi Ier pendant la deuxième partie du règne, probablement dans le cadre d'un rapprochement avec les élites locales pour appuyer son propre pouvoir[18]. À la mort de ce dernier, elle épouse son beau-fils et neveu Mérenrê Ier[13]. Après le court règne de ce dernier, c'est son propre fils, le très jeune Pépi II, qui monte sur le trône[19]. La reine prend alors la régence, comme le montrent les éléments suivants :
- la taille du complexe funéraire de la reine et de la présence des Textes des pyramides dans le caveau, dont elle est la première détentrice parmi les reines[20],
- un décret de Pépi II adressé à la reine-mère, selon lequel elle devait se rendre à la pyramide de Pépi II — alors en construction — pour y conduire cinq navires[21],
- la statuette du Musée Brooklyn montrant la reine tenant le très jeune roi sur ses genoux[22],
- l'inscrition du Ouadi Maghara : premièrement sa mention avec des signes presque aussi grands que ceux écrivant le nom et les titres du souverain, deuxièmement le titre « aimée de tous les dieux », version féminine d'un titre réservé jusqu'alors aux rois, et troisièmement la croix ansée qu'elle tient dans ses mains, apanage des divinités et des rois, montrent sans l'ombre d'un doute que c'est elle qui avait alors le pouvoir et que c'est elle qui a commandité l'expédition au Sinaï[23].
Sépulture
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Sa tombe a été retrouvée parmi la nécropole de son premier époux Pépi Ier au sein d'une véritable nécropole princière installée autour de la pyramide royale. Elle est constituée d'un petit complexe pyramidal complet et, pour la première fois pour une reine, son caveau a été décoré des Textes des pyramides. Ces textes rituels, au départ, n'étaient inscrits que sur les murs des tombes de pharaons, les seuls à être admis à survivre à la mort physique. La reine Ânkhésenpépi II est ainsi la première reine, à ce stade des découvertes, à avoir eu ce privilège, soulignant sans doute son statut important[24],[20].
Identifiée parmi neuf autres tombes de reines dans cette nécropole de Saqqarah sud, sa tombe a été détruite et pillée par des vandales ; il n’en reste qu'un amoncellement de gravats. Dans les déblais, l'équipe d’Audran Labrousse a trouvé, au milieu de statuettes, de vases, d’un reste de métier à tisser, des stèles portant des textes rituels et le sarcophage en grauwacke de la reine[24],[20].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Le document est conservé au Musée égyptien du Caire : CG 1431.
- ↑ Le document est conservé au Brooklyn Museum : B 39.119.
- ↑ Deux reines ont été nommées Ânkhésenméryrê : Ânkhésenpépi Ire et Ânkhésenpépi II. Si le découvreur du décret, Gustave Jéquier, mais aussi Vivienne Gae Callender, optent pour la reine Ânkhésenpépi Ire[2],[3], Yannis Gourdon opte plutôt pour la reine Ânkhésenpépi II car il considère qu'il est plus probable que le décret concerne la mère de Pépi II, la pyramide de Neith II se trouvant à côté de la pyramide de Pépi II[4].
- ↑ Le roi Pépi II semble être monté sur le trône à un très jeune âge (6 ans selon Manéthon), ce qui ne colle pas avec un règne de Mérenrê Ier, certes court, mais pas aussi court que cela, une Année après le 5e recensement étant en effet attesté, ce qui donne un règne d'au moins 6 ans (dans le cas d'un recensement irrégulier) et au moins de 11 ans (dans le cas d'un recensement bisannuel régulier)[13].
Références
modifier- 1 2 Baud 2005, p. 428.
- 1 2 Jéquier 1933, p. 5.
- ↑ Callender 2011, p. 277.
- ↑ Gourdon 2016, p. 95 et 97.
- 1 2 3 Baud 2005, p. 406.
- ↑ Roth 2001, p. 422.
- 1 2 Callender 2011, p. 306.
- ↑ Baud 2005, p. 431.
- ↑ Callender 2011, p. 262-267.
- ↑ Baud 2005, p. 428-429.
- ↑ Callender 2011, p. 267-268.
- ↑ Gourdon 2016, p. 79.
- 1 2 3 Gourdon 2016, p. 86.
- 1 2 Callender 2011, p. 268.
- 1 2 Callender 2011, p. 256-257.
- 1 2 Gourdon 2016, p. 95.
- ↑ Gourdon 2016, p. 96-97.
- ↑ Gourdon 2016, p. 79-80.
- ↑ Gourdon 2016, p. 90.
- 1 2 3 Gourdon 2016, p. 296-297.
- ↑ Gourdon 2016, p. 94.
- ↑ Gourdon 2016, p. 90-92.
- ↑ Gourdon 2016, p. 90-93.
- 1 2 Callender 2011, p. 258-262.
Bibliographie
modifier- Gustave Jéquier, Les pyramides des reines Neit et Apouit : Fouilles à Saqqarah, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, (lire en ligne) ;
- (de) Silke Roth, Die Königsmütter des Alten Ägypten von der Frühzeit bis zum Ende der 12. Dynastie, Wiesbaden, Harrassowitz, (ISBN 3-447-04368-7) ;
- Michel Baud, Famille royale et pouvoir sous l'Ancien Empire égyptien, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, coll. « Bibliothèque d'étude 126/1-2 », , 2e éd. (1re éd. 1999), 678 p. (ISBN 2-7247-0250-6, lire en ligne) ;
- Audran Labrousse, « Huit épouses de Pépy Ier », dans Alexandra Woods, Ann McFerlaine et Susanne Binder, Egyptian Culture and Society. Studies in Honour of Naguib Kanawati, vol. I, Le Caire, Conseil Suprême des Antiquités, coll. « Supplément aux Annales du Service des Antiquités de L'Egypte » (no 38), , 314 p. (ISBN 978-9774798450), p. 297-314 ;
- (en) Vivienne Gae Callender, In Hathor's Image : The Wives and Mothers from Egyptian Kings from Dynasties I-VI, vol. I, Prague, Czech Institute of Egyptology Charles University, , 406 p. (ISBN 978-80-7308-381-6) ;
- Yannis Gourdon, Pépy Ier et la VIe dynastie, Paris, Pygmalion, , 429 p. (ISBN 978-2-7564-0558-2).