Ève Szeftel
Ève Szeftel, née le , est une journaliste française. Elle est directrice de la rédaction de Marianne depuis 2025.
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Biographie
modifierNaissance et études
modifierNée lé , Ève Szeftel est diplômée de Sciences Po Paris et d'une licence de lettres modernes[1]. Elle est d'ascendance juive marocaine par sa mère (nom de famille : Attias) et d'ascendance jurassienne par son père (nom de famille : Bonnivard)[2].
Carrière
modifierDébut à l'AFP
modifierEn 2001, Ève Szeftel intègre l’Agence France-Presse, dans laquelle elle exerce pendant deux décennies. Elle couvre, depuis New York, les attentats du 11 septembre 2001, avant de rejoindre le bureau économique de l’agence à Paris. En 2014, elle est affectée au bureau de Bobigny (Seine-Saint-Denis), où elle suit durant plusieurs années l’actualité de la banlieue nord-est parisienne[1]. Elle poursuit ensuite sa carrière au service économique de l'agence.
Journaliste à Libération
modifierEn 2021, Ève Szeftel rejoint le quotidien Libération recrutée par le nouveau directeur général Denis Olivennes. Plusieurs sources la présentent, à partir de cette période, comme une proche de ce dernier[3].
Directrice de rédaction chez Marianne
modifierEn , elle quitte Libération et devient directrice de la rédaction de Marianne[4], nommée par Denis Olivennes[5]. Szeftel annonce son intention de poursuivre une « ligne républicaine et sociale, universaliste et laïque, aussi intraitable avec l'antisémitisme qu'avec le racisme »[6] et affirme, dans son premier éditorial, que le magazine occupera désormais « une place centrale, entre l'empire du mal, qui penche vers l'extrême-droite, et l'empire du bien, qui incline vers l'extrême-gauche »[6].
Le , la rédaction de Marianne adopte une motion de défiance contre sa directrice, Ève Szeftel (71 % des voix, 92 % de participation)[7], en l'accusant notamment d'un management jugé "brutal", de dénaturer l'identité "non-alignée" du titre et de "manquements graves et répétés à l'éthique journalistique", dont un voyage de presse en Israël non mentionné dans des articles sur Gaza[8]. Selon Le Figaro, la crise s'explique aussi par un contexte social dégradé et une forte réduction des effectifs[9].
Dans un message à la rédaction, Ève Szeftel affirme vouloir poursuivre la défense du pluralisme, dans le respect des faits et de leur complexité[10]. In fine le propriétaire CMI France annonce lui renouveler son soutien[11].
Le , l'Informé publie un texto envoyé par Ève Szeftel à Fabrice Arfi, de Mediapart, dans lequel elle le sollicite relativement à un article que Mediapart publie cependant[12]. Ce texto, assimilé par certains membres de Marianne à « une tentative de solliciter la censure du papier » aurait, selon la publication, accentué les tensions au sein de la rédaction de Marianne[13],[14].
Le même jour, dans un entretien au Figaro, Ève Szeftel regrette des « tentatives d’instrumentalisation » des débats internes dans la presse, qu'elle attribue notamment à son intention de refuser toute approche militante et de mettre en avant les thématiques prioritaires des lecteurs — sécurité, immigration, pouvoir d’achat. Le Figaro indique que les ventes au numéro seraient passées d’environ 16 000 exemplaires en à 19 000 à l’automne 2025 ; quant aux abonnements internet, ils plafonneraient encore sous les 20 000 abonnés[9].
Le , CMI nomme Aurélien Viers directeur-adjoint de la rédaction de Marianne pour tenter de pacifier les relations entre Ève Szeftel et la rédaction[15], une démarche sans suite[16].
En , Ève Szeftel porte plainte pour cyberharcèlement à caractère antisémite, qui se serait intensifié après la motion de défiance[17],[18],[19].
Selon Le Monde et Le Canard Enchaîné la rédaction de Marianne reproche à Ève Szeftel d'être intervenue dans un article sur Richard Ferrand — présenté comme un proche du président du conseil de surveillance de CMI France, Denis Olivennes — après des échanges avec l'actionnaire[20]. Elle conteste ces allégations, affirmant n'avoir jamais eu d'échanges avec l'actionnaire sur le contenu éditorial. La rédaction aurait aussi exprimé un « trouble » face à la « tonalité partisane » de certains accroches, notamment concernant le collectif Nous vivrons[21].
Collaborations extérieures
modifierEn 2005, elle cosigne avec Barbara Lefebvre l'ouvrage « Élèves sous influence » aux éditions Louis Audibert[22],[23], accusant l'école de « fabriquer des élèves profondément antiaméricains »[réf. à confirmer]. Elles dénoncent notamment le traitement dans les manuels scolaires des attentats du 11- qui s'alignerait sur les « prétextes politiques avancés par Ben Laden »[24]. Dans une critique de l'ouvrage, Le Monde estime cependant que « la charge est tellement forte qu'on ne peut s'empêcher d'éprouver un malaise à la lecture de l'ouvrage »[24].
En 2006 et 2007[22], elle collabore à la revue d'opinion néoconservatrice Le Meilleur des mondes[25], formée autour du Cercle de l'Oratoire.
Elle anime pendant environ dix années sur RCJ (Radio de la communauté juive) l'émission Mémoires Vives, de la Fondation pour la mémoire de la Shoah[26].
Positionnements
modifierElle se réclame de la gauche universaliste[27]. Elle se montre critique vis-à-vis de la ligne défendue par Olivier Faure et dénonce l'alliance du Parti socialiste avec La France insoumise au sein du Nouveau Front populaire[22][réf. à confirmer].
En , elle affirme au média Arrêt sur images vouloir faire du journalisme un « projet civique » qui a pour but de « ramener les lecteurs dans le giron républicain » et de les éloigner des « extrêmes »[28].
Après les attentats du 7 octobre 2023 en Israël, elle se définit comme « sioniste et propalestinienne », militant pour la solution à deux États au conflit israélo-palestinien[27].
À Libération puis à Marianne, elle prône une approche prudente et contradictoire du conflit à Gaza[28]. En , elle écrit sur X que le « droit légitime d’Israël à se défendre ne peut pas se transformer en pulsion incontrôlée de vengeance »[28]. Selon le média web TV Blast, ses réserves quant à l'accusation de « génocide » à l'encontre d'Israël auraient induit des tensions au sein de la rédaction de Marianne[22].
En , elle déclare au Figaro : « Je ne dirais pas que Marianne est pro-Israël, mais je ne laisserais pas qualifier le Hamas de mouvement de résistance dans nos pages, de même que nous parlons de massacre à Gaza sans nous positionner pour autant comme anti-Israël. Il faut traiter ce sujet avec rigueur, complexité et responsabilité »[9].
Le Maire et les barbares : accueil et controverses
modifierLe , elle publie Le Maire et les barbares, édité chez Albin Michel, une enquête dans laquelle elle accuse le député de Seine-Saint-Denis, Jean-Christophe Lagarde, d'avoir conclu un pacte pour le pouvoir avec la voyoucratie locale et les islamistes[29]. Elle révèle qu'à l'époque où il était maire de Drancy, Lagarde a logé, dans le parc HLM de la ville, Lynda Benakouche, la compagne de Jean-Christophe Soumbou, numéro deux du gang des Barbares responsable de l'assassinat d'Ilan Halimi. Le député-maire a aussi financé son association d'aide aux devoirs et facilité son embauche à la mairie de Bobigny. Ce faisant, il aurait contribué indirectement à la libération anticipée, en , de Soumbou, qui a pu présenter de solides garanties de réinsertion[30].
Le livre fait la une du Point[31] et fait l'objet de nombreuses recensions dans les médias écrits[32] et audiovisuels[33], en pleine campagne des municipales et alors qu'Emmanuel Macron annonce un premier plan d'actions contre le « séparatisme islamiste »[réf. nécessaire].
Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, annonce avoir déposé plainte en diffamation contre le livre et la journaliste, qu'il accuse d'être à la solde de l'opposition socialiste[34]. Le SNJ-CGT publie un communiqué en défense de la journaliste, dans lequel le syndicat s'insurge de la violence des attaques du député et de ses insinuations sexistes[35].
En , l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati annonce avoir saisi le procureur de Paris et le procureur national financier pour qu'ils ouvrent une enquête sur les révélations du livre[36].
En , Le Canard enchaîné révèle l'ouverture de plusieurs enquêtes judiciaires à la suite des révélations du livre, visant Jean-Christophe Lagarde ou son bras droit à Bobigny Christian Bartholmé, qui font suite à une enquête ouverte contre lui en pour détournement de fonds publics[37].
Le , la cour d'appel de Paris met hors de cause Ève Szeftel pour les supposés faits de diffamation dénoncés par Jean-Christophe Lagarde, au motif de vices de procédure et de délai de prescription[38]. Jean-Christophe Lagarde déclare ainsi à l'AFP que la justice n'a jamais évalué le contenu factuel du livre[39].
Ouvrages
modifier- Elèves sous influence, chez Louis Audibert, 2005
- Le Maire et les barbares, chez Albin Michel[30], 2020
Notes et références
modifier- 1 2 « Eve SZEFTEL », sur Les Rendez-vous de l'histoire (consulté le ).
- ↑ Joann Sfar, Que faire des juifs ?, Paris, Éditions Les Arènes, , 576 p. (ISBN 979-10-375-1306-9), p. 144-161
- ↑ « Qui est Ève Szeftel, la nouvelle directrice de la rédaction de Marianne ? », sur 20 Minutes, (consulté le ).
- ↑ « La journaliste Eve Szeftel, de « Libération », prend la tête de la rédaction de « Marianne » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Qui est Eve Szeftel, la nouvelle directrice de la rédaction de Marianne ? », sur 20 Minutes, (consulté le )
- 1 2 Ève Szeftel, « Eve Szeftel : "En 2025, la mission première de 'Marianne' sera de vous informer, sans tabous ni œillères" », sur www.marianne.net, (consulté le )
- ↑ « « Marianne » : une motion de défiance votée à l’encontre de la directrice de la rédaction, Eve Szeftel », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Libération et AFP, « Motion de défiance contre la directrice de la rédaction de «Marianne» », sur Libération (consulté le )
- 1 2 3 Amélie Ruhlmann, « «Marianne ne doit pas s’enfermer dans le militantisme» : contestée en interne, la directrice de la rédaction Eve Szeftel défend sa ligne », Le Figaro, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « « Marianne » : une motion de défiance votée à l’encontre de la directrice de la rédaction, Eve Szeftel », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « CMI France « prend acte » de la motion de défiance mais soutient la direction de Marianne », sur CB News, (consulté le )
- ↑ Yunnes Abzouz, « « On est entrés dans une guérilla » : à « Marianne », fortes tensions autour de la directrice », sur Mediapart, (consulté le )
- ↑ « La directrice de Marianne écrit à Mediapart (et dénigre Blast) », sur www.blast-info.fr, (consulté le )
- ↑ « Droit d’alerte, tentative de censure… Aurélien Viers arrive chez Marianne dans un climat tendu », sur L'Informé, (consulté le )
- ↑ LIBERATION et AFP, « Le journaliste Aurélien Viers rejoint la direction du magazine «Marianne» dans un contexte interne tendu », sur Libération (consulté le )
- ↑ « Marianne : Aurélien Viers met les voiles dans un contexte tendu - 30/03/2026 », sur La Lettre, (consulté le )
- ↑ « Justice La directrice de «Marianne» porte plainte pour cyberharcèlement à caractère antisémite », sur Libération, 12/12/2025 à 20h06 (consulté le )
- ↑ « Haine en ligne et antisémitisme : « Marianne » et sa directrice portent plainte », sur Le Point.fr (consulté le )
- ↑ « La directrice du magazine Marianne porte plainte pour cyberharcèlement à caractère antisémite », sur Ouest-France, (consulté le )
- ↑ « Indépendance de la presse : Richard Ferrand décore Denis Olivennes, son ange gardien de « Marianne » », sur Le Canard enchaîné, (consulté le )
- ↑ « A « Marianne », la directrice de la rédaction, Eve Szeftel, une nouvelle fois fragilisée », Le Monde, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 Xavier Monnier, « Tensions sur la ligne à Marianne », Blast, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Les manuels attaquent-ils l'Amérique? », sur L'Express, (consulté le ).
- 1 2 « L'antiaméricanisme des manuels scolaires », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Olivier Rolin, Eve Szeftel, François Chérèque, Pascal Bruckner, « La guerre des six-jours, quarante ans après », Le Meilleur des mondes, n° 4, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Eve Szeftel », sur rdv-histoire.com (consulté le ).
- 1 2 Mathilde Goanec et Faïza Zerouala, « Montée de l’antisémitisme : « J’ai l’impression d’être giflée en permanence » », sur Mediapart, (consulté le ).
- 1 2 3 « Flou artistique autour du futur Marianne », sur arretsurimages.net (consulté le ).
- ↑ « Le Maire et les barbares | Éditions Albin Michel », sur www.albin-michel.fr (consulté le )
- 1 2 « Bobigny, ép. 6 : un livre en forme de bombe », sur Bondy Blog, (consulté le ).
- ↑ Hugo Domenach, « Un pouvoir peut s'installer en pactisant avec la voyoucratie et le communautarisme », Le Point, (consulté le ).
- ↑ « Ève Szeftel : "À Bobigny, la peur a été l'instrument de la conquête du pouvoir" », L'Humanité, (consulté le ).
- ↑ Apolline de Malherbe, « L'interview "Savoir comprendre" : Ève Szeftel - 19/02 » [vidéo], RMC / Bourdin Direct, (consulté le ).
- ↑ « VIDÉO. Mis en cause dans un livre, Jean-Christophe Lagarde dénonce "270 pages de mensonges, de calomnies, de diffamations" », France Info, (consulté le ).
- ↑ « Jean-Christophe Lagarde préfère les insultes au débat de fond », Syndicat national des journalistes CGT, (consulté le ).
- ↑ Henri Vernet et Alex Sulzer, « Rachida Dati : "J'ai une envie, une vision" », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Nathalie Revenu et C. G., « Bobigny : la mairie UDI dans le viseur du parquet financier », Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Par AFP, « Jean-Christophe Lagarde perd toutes ses procédures en diffamation contre Eve Szeftel », sur fr.timesofisrael.com (consulté le )
- ↑ Par AFP, « Jean-Christophe Lagarde perd toutes ses procédures en diffamation contre Eve Szeftel », sur fr.timesofisrael.com (consulté le )