Arthur Dillon (1750-1794)
Arthur, comte de Dillon, né le à Bray Wick (en) en Angleterre et guillotiné le à Paris, est un général, député aux États généraux de 1789. Il est le petit-fils du général Arthur Dillon, le frère du général Théobald Dillon, le père de l'auteure Henriette-Lucy Dillon et de Elizabeth Françoise Dillon.
| Député aux États généraux de 1789 |
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Homme politique, militaire, officier |
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Charlotte Lee (d) |
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| Conjoints |
Thérèse-Lucy de Rothe (à partir de ) Marie-Françoise Laure de Girardin de Montgérald (à partir de ) |
| Enfants |
Henriette Lucy Dillon Louisa Dillon (d) Fanny Dillon |
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| Grades militaires | |
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Durant la Terreur, accusé par Vadier et Barère, qui l'attaquent pour sa proximité avec Danton et Camille Desmoulins, il finit guillotiné le .
Biographie
modifierIssu d'une famille de jacobites irlandais émigrés en France après la seconde révolution anglaise et la chute de Jacques II d'Angleterre, Arthur Dillon est le fils d'Henry Dillon, officier dans le régiment de Dillon, et le petit-fils d'Arthur Dillon, officier de l'armée française à la fin de l'Ancien Régime.
Arthur Dillon est marié une première fois en 1769 avec sa cousine Thérèse-Lucy de Rothe, dame du palais de Marie-Antoinette. De cette union naît en 1770 une fille, Henriette-Lucy Dillon, qui épousera le comte de La Tour du Pin Gouvernet, le fils de Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet (dernier ministre de la guerre de Louis XVI). Elle racontera dans son Journal d'une femme de cinquante ans (édition Mercure de France) toute l'histoire de la Révolution telle qu'elle l'a vécue.
Carrière militaire d’Ancien Régime
modifierArthur entre, à 15 ans, comme cadet au régiment de Dillon. À dix-sept ans, le , il reçoit le brevet de colonel propriétaire de ce régiment, à condition de ne prendre son commandement qu'à 23 ans ; ce qu'il fait effectivement, avec un peu d'anticipation, le .
En 1777, il passe en Amérique. En 1779, alors qu’il n’est encore que colonel, il débarque sur l’île de la Martinique, commandant l’un des trois régiments irlandais envoyé par Louis XVI sous les ordres de La Motte Piquet. La venue de ces troupes aux Antilles est la conséquence de la participation de la France à la guerre d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique. Le comte Dillon est hébergé chez Laure de Girardin de Montgérald, cousine de Marie-Joseph-Rose de Tascher de la Pagerie, future impératrice.


Signalé par sa bravoure à la conquête de la Grenade, au siège de Savannah, il devient brigadier des armées du roi en 1780. Après avoir contribué à la prise de Tobago, de Saint-Eustache, de Saint-Christophe, dont il est nommé gouverneur le , il est décoré chevalier de Saint-Louis et obtient le brevet de maréchal de camp le .
En 1784, la guerre d’indépendance américaine terminée et l'île de Saint-Christophe devant être rendue aux Anglais, il quitte ses fonctions de gouverneur. Dillon, veuf depuis 1782, est alors promu général. Il passe par la Martinique, renoue avec Laure de Girardin, elle-même veuve depuis 1779. Ils se marient, le , à Paris, en l’église Saint-Sulpice. La plantation sucrière que son épouse possède à Fort-de-France est rebaptisée « Dillon » (habitation Dillon)[1].
De cette deuxième union naît le , Elisabeth Françoise Dillon dite Fanny[2](future épouse du général comte Bertrand, grand maréchal du palais de Napoléon).
Nommé gouverneur de Tobago (6 déc. 1786 - 14 mai 1789)[3], Dillon retourne à la Martinique. avec sa nouvelle famille. Quelque temps après, Dillon fait un voyage seul à Londres, sa famille étant restée à la Martinique, et reçoit le plus brillant accueil à la cour britannique.
Révolution française
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En 1789, en tant que député de la noblesse des colons blancs de la Martinique, il va siéger aux États généraux, où il défend surtout les intérêts des colonies. Bien qu'il ait embrassé le parti révolutionnaire, il vote plusieurs fois dans le sens opposé, parlant quelquefois en faveur des ministres, contrariant très souvent les idées de ses collègues des colonies, et s'élevant aussi contre l'émancipation des gens de couleur.
Devenu lieutenant général le , il reçoit, du général en chef La Fayette, le commandement de l’aile gauche de l’armée du Nord alors en Champagne. Après la journée du 10 août 1792, il fait prêter de nouveau à ses troupes le serment de fidélité à la loi et au roi. Aux commissaires dépêchés pour le destituer, il parvient cependant à présenter ses excuses : le commandement lui est retiré le , mais il continue néanmoins d'être employé au sein de l'armée du Nord.
Il passe alors sous les ordres de Dumouriez, auquel il commandait jusque-là. Dirigeant l’avant-garde de l'armée du Centre, il contribue puissamment à la défaite des Prussiens en Champagne : il se distingue à Biermes, où il arrête la marche de l'ennemi, à Entrecœur, dans la défense du camp de Louis Bertrand de Sivray, à Verdun dont il contribue à la reddition[5]. Mais, pendant la retraite des Prussiens, alors qu'il a écrit au prince de Hesse-Cassel pour l'engager à regagner l'Allemagne, il est dénoncé par Laflotte.
Arthur Dillon et l'Irlande
modifierLe surlendemain de l'exécution de Louis XVI, la perspective d'une guerre avec l'Angleterre est sur toutes les lèvres. Il semble à tous qu'elle est inévitable, la seule question étant de savoir qui en prendrait l'initiative. À la Convention, le parti de la guerre est celui des Brissotins, du ministre des Affaires étrangères Lebrun-Tondu et de Dumouriez lui-même, sans compter Bertrand Barère de Vieuzac. En Angleterre, le gouvernement de William Pitt arme car il n'ignore pas que c'est une question de semaines. C'est dans cette situation que, le , le général Arthur Dillon propose à la Convention un plan de d'occupation de l'Irlande. L'île est le talon d'Achille de l'Angleterre, laquelle, malgré les massacres d'indépendantistes, n'a encore pas réussi à se concilier les catholiques et à pacifier le pays. Un possible soutien des Français aux indépendantistes est, depuis des années, l'obsession du ministère britannique : dès le début de la Révolution, il a dépêché à Paris un certain nombre d'agents d'influence et de renseignements, comme Nicolas Madget, pour neutraliser les velléités françaises en direction de l'Irlande. Outre leurs opérations de surveillance des Irish defenders réfugiés en Europe, et la capture de ceux-ci dans le meilleur des cas, les agents anglais cherchent à contrôler le comité diplomatique de la Constituante (sous la présidence de Mirabeau — travail de Auguste Miles et de Hugh Elliott) puis ils infiltrent progressivement le Département des Affaires étrangères dès 1792. Sous le ministère de Lebrun-Tondu, les choses semblent si faciles que cela a nourri les accusations de trahison retenues plus tard contre lui au Tribunal révolutionnaire. En réalité, la situation échappe à Lebrun-Tondu puisque, sous Barère, rapporteur et membre inamovible du Comité de salut public[6], le renseignement français est gangrené par le contre-espionnage britannique.
Lorsqu'Arthur Dillon propose son plan d'invasion de l'Irlande, Charles-Marien Somers est l'espion principal de William Pitt à Paris. Ce brillant successeur de Georges Munro - qui a été identifié et est retourné à Londres - prévient son gouvernement du projet dès le [7]. Dès lors, les anglais vont tenter d'éliminer Dillon. Bertrand Barère de Vieuzac, "l'imposteur du Comité de salut public", pour reprendre l'expression de Pierre Vergniaud, profite de la publication de la Lettre anglaise, où figure le nom de Dillon, pour accuser ce dernier de connivence avec l'Angleterre. Incarcéré aux Madelonnettes, Arthur Dillon proteste de son innocence, expliquant qu'il est victime d'une homonymie : il s'agit en fait d'un abbé Dillon, supérieur du collège irlandais de Douai, un véritable espion celui-là[8]. D'après une lettre de l'ancienne collection La Bédoyère, Arthur Dillon demande à être conduit au Comité de salut public, s'engageant à démontrer « en présence d'experts », que la fameuse Lettre anglaise et les notes du portefeuille qui l'accompagne, imprimées chez Baudouin, où se trouve son nom, sont « fausses, archi fausses et controuvées »[9]. Volant à son secours et convaincu de son innocence, Camille Desmoulins invite même la Convention à renvoyer le général Dillon devant un tribunal pour qu'il puisse amplement se justifier.

Il lui est seulement permis de demeurer à résidence chez lui, rue Jacob. Mais sentant qu'il risque de lui échapper, Barère, qui a pris le contrôle des opérations au Comité de salut public, ordonne son arrestation et son envoi immédiat à la prison du Luxembourg. Il y obtient une accusation contre lui provenant d'un autre prisonnier, Alexandre de Laflotte, lui-même en situation très précaire et qui doit ainsi témoigner à charge au Tribunal révolutionnaire.
On profite alors de l'affaire Danton, n'ignorant pas les liens existant entre Arthur Dillon et le couple Desmoulins. Dillon est d'abord dénoncé par Vadier, qui l'accuse de vouloir organiser des conspirations dans les prisons pour libérer Danton[10]. Puis, Bertrand Barère fait agréger son dossier à l'affaire Lucile Desmoulins. L'épouse de Camille Desmoulins est accusée d'avoir voulu fomenter une révolte en faveur de son mari - en cours de jugement aux côtés de Danton. Le , convaincus d'avoir voulu créer un soulèvement dans la prison du Luxembourg, Lucile Desmoulins et Arthur Dillon sont condamnés à la peine capitale - sans même que cela donne lieu à débats. Ils sont guillotinés le soir même vers dix-neuf heures. Les condamnés meurent tous avec infiniment de courage et de dignité, à commencer par les deux femmes du groupe - exécutées les premières après s'être embrassées, selon le témoignage rapporté dans un article de la presse étrangère[11].
Famille
modifier- Theobald Dillon, 7e vicomte Dillon
- Henry Dillon (1668-1713), 8e vicomte Dillon
- Richard Dillon ( -1737), 9e vicomte Dillon, dans descendance mâle,
- Arthur Dillon (1670-1733) marié avec Christina Sheldon ( -1757)
- Charles Dillon (1701-1741), 10e vicomte Dillon, sans descendance mâle,
- Henry Dillon (1705-1787), 11e vicomte Dillon de Costello-Gallen, colonel-propriétaire du régiment de Dillon, marié en 1744 avec Charlotte Lee (vers 1720-1794)
- Charles Dillon (1745-1813), 12e vicomte Dillon, marié en 1776 avec Henrietta Phipps (1757-1782)
- Henry Dillon (1777-1832), 13e vicomte Dillon
- Frances Dillon (1747-1825) mariée en 1767 avec William Jerningham (1736-1809)
- Arthur Dillon (1750-1794), comte Dillon, gouverneur de Tobago, lieutenant-général, marié en premières noces, en 1768, avec Thérèse-Lucy de Rothe (1751-1782)
- Georges Dillon
- Henriette Lucy Dillon (1770-1853) dame d'honneur de la reine Marie-Antoinette, mariée en 1787 avec Frédéric Séraphin de La Tour du Pin Gouvernet (1759-1837), marquis de La Tour du Pin, comte de Gouvernet ;
- Arthur Dillon (1750-1794), comte Dillon, gouverneur de Tobago, lieutenant-général, marié en secondes noces, en 1785, avec Laure de Girardin de Montgérald (1749-1817), veuve d'Alexandre Le Vassor de La Touche de Longré (1744-1779), lieutenant de vaisseau. de ce premier mariage est né Betsy Le Vassor de La Touche de Longpré (1775-1816) mariée en 1798 avec Édouard de Fitz-James (1776-1838), 6e duc de Fitz-James. Laure de Girardin avait été auparavant la maîtresse du vicomte de Beauharnais, mari volage de Joséphine de Beauharnais ,
- Louise Dillon (1783-1822)
- Elizabeth Françoise Dillon (1785-1836)[12], comtesse Bertrand, mariée en 1808 avec Henri-Gatien Bertrand (1773-1844), Grand maréchal du Palais
- Charles Dillon (1745-1813), 12e vicomte Dillon, marié en 1776 avec Henrietta Phipps (1757-1782)
- Arthur Richard Dillon (1720-1806), dernier archevêque de Narbonne
- Laura Dillon ( -1741)
- Henry Dillon (1668-1713), 8e vicomte Dillon
Théobald Dillon (1745-1792), général de brigade de l'armée française, parfois cité comme le frère d'Arthur Dillon, est plutôt un proche parent. Il est le parrain d'Elizabeth Françoise Dillon.
Publications
modifier- Pièces justificatives sur l'affaire de la Martinique qui constatent la conduite patriotique de M. de Damas, gouverneur général de cette colonie, 1790, lire en ligne sur Gallica
- avec Moreau de Saint-Méry, Opinion de M. Moreau de Saint-Méry, député de La Martinique à l'Assemblée nationale, sur les dangers de la division du ministère de la Marine et des Colonies. Du 28 octobre 1790, lire en ligne sur Gallica.
- Motifs de la motion faite à l'Assemblée nationale, le 4 mars 1791 (lire en ligne)
- Révolution de la Martinique depuis le premier septembre 1790 jusqu'au 10 mars 1791, lire en ligne sur Gallica.
- Aux vrais amis de la patrie, 1791, lire en ligne sur Gallica
- Compte-rendu au ministre de la guerre par le lieutenant-général A. Dillon, commandant l'armée des Ardennes ; suivi de pièces justificatives, Paris, 1792, lire en ligne sur Gallica.
- Exposition des principaux événements qui ont eu le plus d'influence sur la révolution française, Paris, 1792.
Postérité
modifierLe nom de Dillon figure sculpté sur le côté nord de l'Arc de triomphe.
Le rhum martiniquais Dillon (groupe La Martiniquaise) lui doit son nom[1]. L'uniforme du régiment d'Arthur Dillon comportait les couleurs rouge et or ; celles-ci seront reprises pour donner son identité au logo des rhums de la marque.
Notes
modifier- 1 2 « Distillerie Dillon | AZ Martinique », sur azmartinique.com (consulté le )
- ↑ Pour le prénom correct voir l'acte de baptême sur les registres de la commune de Quévy-le-Grand, transcrit par B. De Gaissart : La naissance, le mariage et la mort de Fanny Dillon, comtesse Bertrand. In : Revue du Nord, tome 49, n° 193, avril-juin 1967, pp. 333-241 (en ligne). Sa date de naissance est le 24 juillet 1785, et non pas le 25 juillet 1785, jour du baptême.
- ↑ Lire en ligne=https://www.worldstatesmen.org/Trinidad.html
- ↑ Florence Gauthier, « Chapitre 3. Arrêt sur image : la Déclaration des droits déchirée annonce le triomphe prochain de Julien Raimond et de ses alliés, Grégoire, Pétion et Robespierre », dans L’aristocratie de l’épiderme : Le combat de la Société des Citoyens de Couleur, 1789-1791, CNRS Éditions, coll. « Histoire pour aujourd'hui », , 308–321 p. (ISBN 978-2-271-09098-0, DOI 10.4000/books.editionscnrs.6285, lire en ligne)
- ↑ lire en ligne sur Gallica.
- ↑ Il y contrôle entièrement les services secrets, indépendamment du ministre "potiche" Chemin-Deforgues
- ↑ Richard Hayes, Irish and Irishmen under the French Revolution, p. 14-15 & 121-122.
- ↑ Il est encore différent de l'oncle du général, Arthur Richard Dillon (1721-1806), archevêque de Narbonne, libertin fameux et coauteur de la Feuille du matin de Parisau, sous le nom d'abbé Coquillard
- ↑ Catalogue de lettres de M. J. L.B., de Nancy, vente du 25 janvier 1855, BHVP, 32924
- ↑ Alain Cohen, « Les Procès des anciens intendants durant la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, vol. 356, no 2, , p. 29–56 (ISSN 0003-4436, DOI 10.4000/ahrf.10563, lire en ligne).
- ↑ Nouvelles politiques et étrangères du 15 avril 1794. Mais une légende qui ne repose sur rien (sources ???) prétend que Lucile Desmoulins, appelée la première à l'échafaud et saisie d'angoisse — ce qui est faux d'après les témoignages incontestables de la presse du temps et de Sanson l'exécuteur public lui-même le supplie humblement de passer avant elle. « Il n'y a rien que je ne fasse pour une dame » répond le comte en la saluant avec une politesse toute chevaleresque, et, montant rapidement les degrés de l'échelle, il livre sa tête à Sanson, en criant : « Vive le roi ! » d'une voix aussi forte que s'il eût commandé une évolution militaire.
- ↑ B. De Gaissart, La naissance, le mariage et la mort de Fanny Dillon, Comtesse Bertrand, dans Revue du Nord, 1967, no 193, p. 333-341 (lire en ligne)
Sources et bibliographie
modifier- Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Arthur Dillon (1750-1794) » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (lire sur Wikisource)
- « Arthur Dillon (1750-1794) », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
- Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 vol., (1863-1890).
- Biographie moderne, Paris Eymery Éditeur (1815).
- Georges Six (préf. André Lasseray), Dictionnaire biographique des généraux & amiraux français de la Révolution et de l'Empire : 1792-1814, Paris, Georges Saffroy, , 2 vol., 26 cm (ISBN 978-2-90154-106-6, OCLC 10054943).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
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