Distillerie Dillon
La distillerie Dillon, anciennement habitation Dillon, est une distillerie de rhum située à Fort-de-France, dans le département français de Martinique.
| Distillerie Dillon | |
La distillerie en 2008. | |
| Siège social | Martinique |
|---|---|
| Coordonnées | 14° 37′ 01″ N, 61° 02′ 58″ O |
| Activité | Rhum |
| Société mère | La Martiniquaise |
| Site web | www.rhums-dillon.com |
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L'habitation agricole coloniale, fondée à la fin du XVIIe siècle et orientée vers la production de sucre de canne, fonctionne pendant un siècle et demi grâce à la main-d'œuvre esclave. Au XIXe siècle, l'exploitation s'industrialise et se transforme en distillerie de rhum. En 1993, le groupe La Martiniquaise devient propriétaire de l’établissement. Depuis 2006, la production est répartie sur deux sites : Fort-de-France pour le chai et le poste d'embouteillage, et Saint-Pierre pour la distillerie, désormais opérée par la maison Depaz.
Histoire
modifierHabitation Girardin
modifierVers 1690, sur l'île de la Martinique, le colon français Monsieur Girardin fonde une plantation (« habitation ») à la sortie nord du Fort-Royal (aujourd'hui Fort-de-France), le long de la Rivière-Monsieur[1]. Son fils y fera construire le château de Montgérald (aujourd'hui disparu)[2].
L'arrière-petite-fille du fondateur, la créole blanche Laure de Girardin de Montgérald (1749-1817) est veuve quand elle hérite de la sucrerie Girardin, ainsi que d'une seconde habitation dite « Les Salines » située à Sainte-Anne[1].
Habitation Dillon
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En 1779, Arthur Dillon (1750-1794), colonel irlandais passé au service de la France, part avec son régiment conquérir Trinité-et-Tobago dans le cadre de la guerre d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Lors d'une escale en Martinique, il loge chez la riche créole Laure de Girardin, cousine de Joséphine de Beauharnais et veuve d’Alexandre Levassor, comte de Latouche de Longpré. Par sa mère Claire Hook, elle a également des origines jacobites irlandaises[2],[1].
Quelques années plus tard, en récompense de sa bravoure, le comte Athur Dillon est promu général en 1784, et devient gouverneur de Tobago. Veuf depuis 1782 de la comtesse Thérèse-Lucy de Rothe, il revient en Martinique et renoue avec Laure de Girardin. Alors qu'une grossesse est en cours, ils se marient le 7 février 1785 à Paris en l’église Saint-Sulpice[2],[1].

Le comte de Dillon devient alors copropriétaire des plantations sucrières de son épouse, et notamment de celle de Fort-Royal, désormais appelée « habitation Dillon », qui comprend alors les quartiers aujourd’hui appelés Dillon, Valmenière, l’Ermitage, Renéville et Morne Calebasse[2],[1].
Le coupe s'installe à Paris et gère leurs biens en propriétaires absentéistes. En 1768, la comtesse achète à crédit, à son oncle Pierre-Régis Hook, capitaine au régiment de Dillon, l'habitation Houc (connue plus tard sous le nom « Les Côteaux »), située à Sainte-Luce, pour la somme de 350 000 livres tournois[1].
En 1789, en tant que député de la noblesse des colons blancs de la Martinique, Arthur Dillon siège aux États généraux en métropole, où il défend surtout les intérêts des grands planteurs blancs et s'oppose à l'émancipation des gens de couleur[3]. Monarchiste ayant prêté serment de fidélité au roi, il meurt guillotiné le 13 avril 1794 en criant comme derniers mots « vive le roi ». La plantation est alors gérée à distance par sa veuve, émigrée en Angleterre, de retour en France sous Napoléon Ier[1].
Abolition de l'esclavage en 1848
modifierLa Deuxième République abolit définitivement l'esclavage par décret en 1848. Cette abolition s'accompagne toutefois de l'indemnisation par l'État des propriétaires esclavagistes[4].
Distillerie Dillon
modifierL’habitation est successivement revendue de 1856 à 1928, avec des phases d’arrêts de la production[2]. En 1857, le domaine est racheté par Pierre Hervé, ancien maire de Saint-Pierre, qui restaure le canal et la digue, et fait construire une sucrerie, une guildiverie et des voies ferrées[5]. En 1866, une crise de l’activité sucrière ruine le propriétaire et l'habitation Dillon est vendue au tribunal[6]. L'exploitation devient en 1869 une société anonyme gérée par Louis Domergue[5].
En 1869, une nouvelle « rhumerie » est construite, cependant, en 1891, un cyclone dévaste Fort-de-France, endommageant fortement la distillerie et entraînant la mort de Louis Domergue[5]. La maison des maîtres du XVIIIe siècle est de son côté totalement détruite. En 1900, le fils Raoul Domergue la reconstruit à partir d'une maison de Saint-Pierre qu’il fait démonter poutre par poutre. Il remet également en état la distillerie[2].
En 1922, le sort s’acharne de nouveau contre elle, une gigantesque explosion de poudre à canon détruit plusieurs bâtiments[6].
En 1928, Raphaël Domergue construit les bâtiments actuels, résistants aux cyclones[6].
En 1954, l'habitation Dillon est rachetée par la famille de Laguarigue.
Longtemps convoitées par la ville de Fort de France, les terres de la plantation Dillon (350 hectares) sont vendues par Louis de Laguarigue à la Société Immobilière des Antilles-Guyane dans les années soixante afin d'y construire des grands ensembles à forte densité de logements[2].
Puis, en 1967, c'est la société familiale bordelaise Bardinet qui acquiert l'établissment et investit dans du matériel (cuves de fermentation, des colonnes à distiller et un chai de vieillissement d''une contenance de trois mille fûts). La production est multipliée par quatre, et les ventes connaissent un essor important[5].
Depuis 1981, le rhum Dillon est régulièrement récompensé au Concours Général Agricole, confirmant ainsi sa progression qualitative et commerciale aussi bien sur les marchés martiniquais et guyanais que métropolitain, où il détient la première place. La distillerie devient la propriété de la société La Martiniquaise en 1993, et obtient trois ans plus tard l'appellation d'origine contrôlée (AOC) « rhum de la Martinique »[5].
En 2006, la distillation des rhums Dillon est transférée à la distillerie Depaz avec le transfert des colonnes de distillation de Dillon. Aujourd'hui, il ne reste plus qu'à Fort-de-France les chais de Dillon pour le vieillissement et les postes d'embouteillage[7].
Production
modifierNotes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 « Rompre avec un silence : Joséphine et l’esclavage », sur musees-nationaux-malmaison.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Mélody Moutamalle, « Un regard sur le quartier Dillon », La Mouïna Martinique, no 18, , p. 27-28 (lire en ligne [archive])
- ↑ Alfred Martineau et L-P May, Trois siècles d'histoire antillaise, Paris, Société de l'histoire des colonies françaises, , 273 p. (lire en ligne)
- ↑ « Les indemnités versées aux propriétaires d’esclaves recensées dans une base de données | CNRS », sur www.cnrs.fr, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « Distillerie Dillon », sur AZ Martinique.com (consulté le )
- 1 2 3 « Les racines de Dillon - Distillerie de rhum martiniquais agricole », sur www.rhums-dillon.com (consulté le )
- ↑ « Les distilleries de rhum de Martinique | Passion Rhum », sur La Boite à Papilles (consulté le )
- ↑ « Distillerie et rhum Dillon en Martinique (blanc, vieux, hors d'âge, prix...) », sur Guide de voyage en Martinique en famille (consulté le )