Bikhéris

pharaon égyptien

Bikhéris est le nom hélénisé d'un roi de la IVe dynastie au règne très obscur, dont la seule attestation est la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan nommée « Grande excavation ».

Bikhéris
Image illustrative de l’article Bikhéris
Inscription à l'encre rouge avec le nom des équipes d'ouvriers, 1905, dessin de A. Barsanti.
Période Ancien Empire
Dynastie IVe dynastie
Fonction principale roi
Prédécesseur Khéphren (?)
Djédefrê (?)
Dates de fonction vers -2500[note 1]
Successeur Mykérinos (?)
Khéphren (?)
Sépulture
Nom Grande excavation
Type Pyramide à faces lisses
Emplacement Zaouiet el-Aryan

Attestations

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Attestation contemporaine

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Les sources égyptiennes de l'Ancien Empire sont rares. La plus ancienne source de nom royal possible peut provenir de la pyramide inachevée à Zaouiet el-Aryan, datée de la IVe dynastie. Le site a été découvert en 1904 par l'égyptologue italien Alexandre Barsanti. Il a découvert plusieurs inscriptions à l'encre noire, dont certaines portent un nom de cartouche royal. Malheureusement, Barsanti n'a pas fait de fac-similé mais des dessins bâclés et le nom du cartouche reste illisible. Au moins le deuxième hiéroglyphe (inférieur) peut être identifié comme le hiéroglyphe des bras levés et se lisant ka, faisant ainsi du nom du roi un ...ka[1],[2].

Sources postérieures à l'Ancien Empire

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Les plus anciennes mentions des rois de la IVe dynastie remontent au Moyen Empire : une inscription rupestre découverte dans le Ouadi Hammamat et un conte que l'on nomme Les magiciens à la cour du roi Khéops et qui a été retrouvé écrit sur le papyrus Westcar. L'inscription rupestre est en fait cinq noms inscrits chacun dans un cartouche : Khoufou, Djédefrê, Khâfrê, Hordjédefrê et Baefrê[3]. Quant au conte, il s'agit d'un récit dans lequel cinq prodiges sont rapportés à Khoufou, les quatre premiers étant rapportés chacun par un fils du roi : le premier est perdu mais devait être Djédefrê, les suivants sont dans l'ordre Khâfrê, Baoufrê et Hordjédef. Les noms de la liste du Ouadi Hammamat et ceux du conte sont donc identiques, à la graphie près de certains d'entre eux et à l'ordre entre Baoufrê et Hordjédef[4]. Parmi ces cinq noms, les trois premiers (Khoufou, Djédefrê, Khâfrê) ont effectivement été rois ; Hordjédef est bien connu pour être un fils de Khoufou mais il n'a jamais été roi, il était plutôt connu comme un sage aux périodes ultérieures, auteur présumé des Instruction d'Hordjédef selon la tradition égyptienne ; quant à Baoufrê / Baefrê, il n'est attesté nulle part ailleurs que ces deux documents.

Sur la table de Saqqarah, gravée sous le règne de Ramsès II, pendant la XIXe dynastie, cinq noms de rois sont lacunaires entre Khéphren et Ouserkaf. Deux espaces sont à assigner à Mykérinos et à Chepseskaf mais trois ne correspondent pas aux rois bien connus de l'archéologie et cités dans les listes royales officielles postérieures telles que la liste d'Abydos datant du règne de Séthi Ier. L'un de ces espaces pourrait revenir à cet hypothétique roi. Sur le Canon royal de Turin, datant lui aussi du règne de Ramsès II, il existe aussi des espaces lacunaires entre les noms de Khéphren et d'Ouserkaf, mais cette fois-ci, il n'y a que quatre espaces, dont deux sont à assigner à Mykérinos et à Chepseskaf. À nouveau, l'un des espaces peut être affecté au roi de la « Grande ecavation ». La liste d'Abousir, si la reconstitution de Roman Gundacker est correcte, devait mentionner à l'origine huit rois pour la IVe dynastie, l'un des noms non conservés devant être affectés à ...ka[4].

Dans les écrits de Manéthon, datant d'environ -300, un nom hellénisé Bikhéris (ou Biurus sur une version copiée par Ératosthène) se retrouve dans la liste, entre Djédefrê et Chepseskaf[note 2].

Identité

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Selon Peter Jánosi et d'autres chercheurs[5], le nom mystérieux pourrait être lu Baka, avec un signe du bélier, or un fils de Djédefrê s'appelait en fait Baka, écrit de manière semblable. Il est possible que le prince Baka fût destiné à devenir roi sur le trône royal, mais il meurt inopinément pendant son année de couronnement, laissant sa tombe inachevée. Ceci serait appuyé par le nom Bikhéris de la liste royale de Manéthon écrite plus de deux millénaires après la IVe dynastie : Bikhéris serait la forme hellénisée du nom Bakarê, version solarisée du nom du roi[5],[note 3].

Alan B. Lloyd est convaincu que les noms Baka, Bakarê, Bafrê, Baoufrê et Biuris sont tous identiques aux Bikhéris de Manéthon. Kim Ryholt en doute, faisant remarquer que les noms Bafrê et Baoufrê ne contiennent aucune syllabe qui pourrait phonétiquement correspondre à Bikhéris. Ainsi, Ba(ou)frê et Bikhéris pourraient être deux personnages différents. Roman Gundacker est d'accord avec Ryholt, indiquant que Bikhéris est bien issue de Baka(-Rê) tandis que Baoufrê / Baefrê est issue de la tradition littéraire[8].

Aidan Dodson est quant à lui convaincu de la représentation d'un animal assis ressemblant à l'animal de Seth, lisant ainsi le nom royal comme Sethka (Seth est mon Ka)[9]. Dans ce cas, c'est Setka qui aurait en fait suivi son père sur le trône.

Position chronologique

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La position chronologique de ce roi n'est pas claire et est sujette à débat parmi les égyptologues. En effet, selon les listes du Nouvel Empire, lacunaires mais qui semblent citer ce roi, le successeur de Djédéfrê semble être Khéphren. C'est le cas de la table de Saqqarah, où Khéphren est indiqué comme le successeur direct de Djédefrê. De même, selon le Canon royal de Turin, le troisième successeur de Snéfrou a un nom commençant Khâ..., seul Khéphren (Khâfrê) correspond pour cette période. Malgré ceci, un bon millénaire sépare ces listes et la période considérée, et ces listes comportent des erreurs, même pour des périodes plus récentes que la IVe dynastie[10].

Ainsi, certains chercheurs placent ce règne entre celui de Djédefrê et Khéphren sur la base d'une analyse architecturale comparative (la pyramide inachevée est plus proche de celle de Djédefrê que de celle de Khéphren)[11],[12],[9],[13]. Cependant, cette analyse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, on peut également noter que celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, et qu'on ne peut donc en déduire la position chronologique exact de ce souverain[14].

Conclusion

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Il est clair que la succession simple de six rois pendant la IVe dynastie, de Snéfrou à Chepseskaf, ne s'est pas passée telle quelle. Les sources tardives citent pour la plupart deux ou trois rois supplémentaires dont les noms sont systématiquement perdus, hormis des formes hellénisées chez Manéthon, parfois difficilement associables aux noms égyptiens. Il y a le fait incontestable qu'il y a une pyramide inachevée à Zaouiet el-Aryan datant de la IVe dynastie et construite par un roi dont le nom fini par ...ka et qui ne fait pas partie de l'un des six rois bien connus.

Il semble donc que la succession des fils de Khéops a été confuse et peut-être que deux lignées de prétendants au trône ont existé, l'une issue de Djédefrê, l'autre issue de Khéphren, qui se serait finalement imposée.

Titulature

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Notes et références

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  1. En termes de chronologie absolue, la détermination de dates exactes de début et de fin de règne est un exercice périlleux du fait de l'ancienneté du règne ; on trouve par exemple :
    -2494 à -2490 (James Peter Allen et Jacques Kinnaer),
    v. -2520 (R. Krauss et Schneider),
    -2521 à -2514 (J. von Beckerath),
    -2477 à -2472 (D. Arnold),
    -2493 à -2488 (J. Málek),
    -2547 à -2524 (A. D. Dodson).
  2. Les trois constructeurs des pyramides de Gizeh ont été réunis dans les positions 2 à 4, alors que Djédefrê est assurément positionné entre Khéops et Khéphren ; la position de Bikhéris en tant que successeur de Djédefrê dans cette liste n'est donc pas une preuve de la position chronologique exacte de ce roi.
  3. Plusieurs noms de rois de l'Ancien Empire ont été solarisés dans les listes royales du Nouvel Empire, comme Chepseskaf, devenue Chepseskarê[6], et Ouserkaf, devenue Ouserkarê[7].

Références

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  1. von Beckerath 1997, p. 158.
  2. Verner 2001, p. 363–418.
  3. (en) « Listes mineures » (consulté le )
  4. 1 2 Gundacker 2015a, p. 59.
  5. 1 2 Gundacker 2015b, p. 121-122.
  6. Gundacker 2015b, p. 122-123.
  7. Gundacker 2015b, p. 137-138.
  8. Gundacker 2015a, p. 51-52.
  9. 1 2 Dodson et Hilton 2004, p. 50.
  10. Gundacker 2015b, p. 76-199.
  11. Edwards 1994, p. 97–105.
  12. Dobrev 1999, p. 20-21.
  13. Monnier 2017, p. 164-165.
  14. Gundacker 2015b, p. 164, note 322.

Bibliographie

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  • (de) Jürgen von Beckerath, Chronologie des pharaonischen Ägypten. Die Zeitbestimmung der ägyptischen Geschichte von der Vorzeit bis 332 v. Chr., Mainz, von Zabern, coll. « Münchner ägyptologische Studien » (no 46), (ISBN 3-8053-2310-7) ;
  • (en) Miroslav Verner, « Archaeological Remarks on the 4th and 5th Dynasty Chronology », Archiv orientální, vol. 69, no 3, , p. 363-418 ;
  • (en) Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton, The Complete Royal Families of Ancient Egypt, Thames & Hudson, [détail des éditions] (ISBN 0-500-05128-3) ;
  • (de) Roman Gundacker, « Das Fragment Ägyptisches Museum Berlin als Teil einer bislang verkannten Königsliste: ‚Die Königsliste von Abusir‘ », Wiener Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes, Vienne, no 105, 2015a, p. 33-67 (lire en ligne) ;
  • (de) Roman Gundacker, « The Chronology of the Third and Fourth Dynasties according to Manetho’s Aegyptiaca », dans Peter Der Manuelian, Thomas Schneider, Towards a New History for the Egyptian Old Kingdom: Perspectives on the Pyramid Age, BRILL, coll. « Harvard Egyptological Studies », 2015b, p. 76-199 ;
  • Vassil Dobrev, « La IVe dynastie: un nouveau regard », Égypte, Afrique et Orient, no 15, , p. 2-28 ;
  • (en) I.E.S. Edwards, « Chephren’s Place among the Kings of the Fourth Dynasty », dans Christopher Eyre (dir.), Anthony Leahy (dir.), and Lisa Montagno Leahy (dir.), The Unbroken Reed. Studies in the Culture and Heritage of Ancient Egypt in Honour of A. F. Shore, Londres, Egypt Exploration Society, coll. « Occasional Publications » (no 11), , p. 97-105 ;
  • Franck Monnier, L'ère des géants : Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, Paris VIe, Éditions De Boccard , , 268 p. (ISBN 978-2-7018-0493-4).