Djédefrê

Inscription de Djédefrê à 60 km de Dakhla

Tête de sphinx de Djédefrê (E 12626)

Tête fragmentaire de Djédefrê (E 11167)

Fragments de la statue humaine de Djédefrê avec la reine Khentetenka (E 12627)

Statue de scribe du prince Setka avec son socle (E 12629 et E 12631)

Buste de la princesse Néferhétepès (E 12632)
![Sphinx de reine, parfois faussement attribuée à la reine Hétep-Hérès II (JE 35137)]()
Sphinx de reine, parfois faussement attribuée à la reine Hétep-Hérès II (JE 35137)
![]()
Pierres de plafond provenant d'une des fosses à bateaux sud de la Grande Pyramide de Gizeh
Djédefrê (ou Djidoufrâ, Râdjédef), connu également sous la forme hellénisée de son nom Didoufri, est un roi égyptien de la IVe dynastie, sous l'Ancien Empire. Manéthon le nomme Ratoises. Il aurait régné une décennie ou plus entre le début du XXVIe siècle et le milieu du XXVe siècle[note 1], succédant à Khoufou (Khéops) et précédant Khâefrê (Khéphren) ou l'éphémère roi Bikhéris constructeur de la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan[1], que certains chercheurs pensent être son fils Baka. Sa mère n'est pas connue avec certitude. Il fut le roi qui introduisit le titre royal Sa-Rê (signifiant « Fils de Rê ») et le premier à relier le nom de son cartouche au dieu soleil Rê. Il n'a laissé que peu de traces de son règne, d'autant plus éclipsé que placé entre les trois rois illustres de la dynastie, Khéops, Khéphren et Mykérinos. Son complexe funéraire est situé à Abou Rawash, au nord du Caire.
| Djédefrê | |
Tête de Djedefrê, Musée du Louvre | |
| Période | Ancien Empire |
|---|---|
| Dynastie | IVe dynastie |
| Fonction principale | roi |
| Prédécesseur | Khéops |
| Dates de fonction | XXVIe siècle / XXVe siècle AEC[note 1] |
| Successeur | Khéphren ? Bikhéris ? |
| Famille | |
| Grand-père paternel | Snéfrou |
| Grand-mère paternelle | Hétep-Hérès Ire |
| Père | Khéops |
| Mère | ? |
| Conjoint | KhentetenkaHétep-Hérès II |
| Enfant(s) | ♂ Setka♂ Baka♂ Hernet♂ Nykaou-Djédefrê (?)♀ Néferhétepès♀ Hétep-Hérès |
| Fratrie | ♂ Khaefrê (Khéphren)♂ Kaouab Ier♂ Khoufoukhaf Ier♂ Hordjédef♂ Khnoumbaef♂ Minkhâf♂ Djaty Ier♂ Kaemsekhem♂ Douaenhor♂ Mindjédef♂ Horbaf (?)♂ Iounou (?)♂ Khentikai (?)♂ Snéfrouseneb (?)♂ Kaemâh (?)♂ Oupemneferet (?)♂ Babaef Ire (?)♂ Baoufrê (?)♀ Hétep-Hérès II♀ Mérésânkh II♀ Khâmerernebty Ire♀ Néfertkaou♀ Mérititès♀ Mérititès♀ Ounshet♀ Iabtet♀ Sédit♀ Néfertiabet (?) |
| Sépulture | |
| Nom | Pyramide de Djédefrê |
| Type | Pyramide à faces lisses |
| Emplacement | Abou Rawash |
| modifier |
|
Nom du roi
modifierLe roi est parfois nommé Djédefrê ou Râdjédef selon les chercheurs. Les hiéroglyphes écrits dans le cartouche sont placés dans l'ordre dont la transcription est la suivante : Rˁw-ḏd(j)=f ou Rˁw-(j)ḏd=f, soit Râdjédef. Cependant, le nom des dieux étant placés systématiquement en début de nom par « antéposition honorifique », un tel ordre n'exclut donc par la lecture Ḏd(j)=f-Rˁw[2]. En utilisant les versions helléniques du nom du roi, Ratoises (Ρατoισης) selon Julius Africanus et Rayosis (Ραυωσις) selon Ératosthène, Roman Gundacker privilégie la transcription Rˁ-(j)ḏd=f[3].
Généalogie
modifierAscendance
modifierÉpouses
modifierDjédefrê eut au moins trois épouses car trois de ses fils portent le titre de « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw)[5]. Deux d'entres sont connues :
- Hétep-Hérès II, sœur ou demi-sœur de Djédefrê, fille de Khéops et veuve de Kaouab Ier[6],[7],
- Khentetenka, qui nous est connue par des fragments de statue dans le temple mortuaire d'Abou Rawash[8],[9].
Descendance
modifierLes fils connus de Djédefrê sont :
- Setka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu par une statue de scribe trouvée dans le temple mortuaire de son père[10],[11], potentiel roi ;
- Baka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu grâce à une base de statue trouvée dans le temple mortuaire de son père, le représentant avec sa femme Hétep-Hérès, ainsi que probablement une seconde statue sans provenance connue[12],[13] ;
- Hernet, connu grâce à un socle de statue le représentant lui et sa femme ainsi qu'un second socle de statue, tous deux trouvés dans le temple mortuaire de son père[14],[15] ;
- Nykaou-Djédefrê, « fils du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f), enterré dans la tombe F15 dans la nécropole d'Abou Rawash ; il est possible qu'il n'était pas un fils de Djédefrê mais qu'il ait vécu plus tard et que son titre soit seulement honorifique[10],[16].
Les filles connues de Djédefrê sont :
- Néferhétepès, connue grâce à des fragments de deux statues trouvés dans le temple mortuaire de son père[10],[17] ;
- Hétep-Hérès, mentionnée sur un fragment de statue trouvé dans le temple mortuaire de son père[14],[18].
Règne
modifierDurée
modifierLa durée exacte du règne de Djédefrê est inconnue. Le Canon royal de Turin, liste royale datant du Nouvel Empire, lui attribue un règne de 8 ans[19]. La liste royale dressée par Africanus, copie fautive de l'œuvre Ægyptiaca du prêtre égyptien Manéthon, qui vécut au IIIe siècle avant l'ère commune, lui attribue 25 ans de règne[20]. Ces durées, issues des listes royales écrites des siècles, voire millénaires, après la IVe dynastie, sont à prendre avec précaution.
Les années de règne de la IVe à la VIe dynastie étaient comptés en numérotant les recensements de bétail depuis le début de chaque règne ; ces recensements avaient lieu plus ou moins tous les deux ans[note 2], avec semble-t-il des exceptions, notamment les 7e et 8e recensements de bétail du règne de Snéfrou qui ont été consécutifs selon le sixième registre des annales inscrites sur la pierre de Palerme[22],[23].
Seul un « premier recensement » de son époque est attesté avec certitude : la mention a été découverte sur des fragments de granit portant des inscriptions d'ouvriers du chantier trouvés dans la tranchée du passage descendant de la pyramide de Djédefrê. La mention d'un « dixième » ou « onzième recensement » sur une dalle de couverture d'une des fosses à barques du sud de la pyramide de Khéops de Gizeh est incertaine ; on ignore s'il s'agit de Khéops ou de Djédefrê, qui commandita la construction de ces fosses[24]. Miroslav Verner note que dans les marques de maçon et les inscriptions de l'équipe de travail, « se trouvent exclusivement soit le nom de trône de Djédefrê, soit son nom d'Horus d'or[25] ». Verner souligne également que ces marques et inscriptions concernent généralement la casse des blocs dans la carrière, leur transport, leur stockage et leur manipulation sur le chantier[26] : « Dans ce contexte, l'attribution d'une seule inscription - et de surcroît la seule avec une date - sur tous les blocs de la fosse du bateau à une personne autre que Djédefrê ne semble pas très plausible[27] ». Verner écrit que l'opinion académique actuelle concernant l'attribution de cette date à Djédefrê est contestée par les égyptologues :
- des chercheurs comme Wolfgang Helck, Anthony Spalinger, Jean Vercoutter et W.S. Smith attribuent cette date à Khéops en supposant que « le bloc plafond avec la date avait été amené sur le chantier de la fosse à barque déjà au temps de Khéops et mis en position seulement sous le règne de Djédefrê[25] »,
- d'autres chercheurs comme Rainer Stadelmann, Vassil Dobrev, Peter Jánosi et Dieter Arnold attribuent cette date à Djédefrê car, comme l'indique Dieter Arnold, les marques et les inscriptions des blocs de la fosse de Khéops semblent former une collection cohérente concernant les différentes étapes du même projet de construction réalisé par les équipes de Djédefrê[28].
Verner note également que l'équipe franco-suisse qui a fouillé la pyramide de Djédefrê a découvert que la pyramide de ce roi était vraiment terminée sous son règne. Selon Michel Valloggia, la pyramide de Djédefrê utilisait en grande partie un promontoire rocheux naturel qui représentait environ 45% de son noyau ; le côté de la pyramide faisait deux-cents coudées de long et sa hauteur 125 coudées[29]. Le volume original du monument de Djédefrê était donc à peu près égal à celui de la pyramide de Mykérinos[29]. Par conséquent, l'argument selon lequel Djédefrê a bénéficié d'un court règne parce que sa pyramide était inachevée est quelque peu discrédité[30]. Cela signifie que Djédefrê a probablement gouverné l'Égypte pendant au moins onze ans si le recensement du cheptel bovin était annuel, ou au moins vingt-deux ans s'il était bisannuel sans évènement exceptionnel : Verner soutient le chiffre plus court de onze ans et note que « les quelques monuments et documents laissés par Djédefrê ne semblent pas favoriser un très long règne » pour ce roi[30], tandis que d'autres chercheurs envisagent plutôt un règne plus long, pouvant atteindre 25 ans, compte tenu des importants travaux de construction entrepris par le roi[24].
Années conservées sur la pierre de Palerme
modifierLe règne de Djédefrê est conservé sur un ou deux fragments de la pierre de Palerme, et devait être situé sur le huitième registre du recto de la pierre initiale : une première partie, incertaine car pouvant également correspondre à la toute fin du règne de Khéops, est conservée sur le fragment du Caire no 2 et seconde sur le fragment du Caire no 3[31].
Sur le registre inférieur du fragment du Caire no 2 (huitième registre de la pierre initiale), deux « cases-années » sont partiellement préservées[32] :
- « Construction (?) ... établi pour la (fête ?)-Sed ; création (et célébration de la cérémonie d') « ouverture de la bouche » pour (une statue de) « Horus des dieux » (?) et Khnoum (?) » (ḫwz (?) ... smnt n (ḥb- ?)sd ; ms(t) wp-r(ȝ) Ḥr-nṯr.w ... H̱nmw (?) ...),
- « Apparition du roi en tant que nésout ... suivants d'Horus (?) ... » (ḫˁ(t)-nsw.t ... Šms-Ḥr (?) ... rnw ...).
Sur le registre inférieur du fragment du Caire no 3 (huitième registre de la pierre initiale), une seule « case-année » est partiellement préservée[33] :
- « ... année (?) 20 1(+x) mois (?) : le scelleur royal et scribe de dieu ... (de) 20 coudées et deux doigts (un bloc de) granit pour la chambre funéraire royale ; le roi de Haute et Basse-Égypte Djedefrê : il a fait en tant que (sa) dotation pour [sa mère] Bastet : ... » (... 20 ȝbd (?) 1(+x) ḫtmw-bjty zš-nṯr.w ... mḥ 20 ḏbˁtj mȝṯ m ḥw.t-nbw (?) ; nsw.t-bjty Ḏd.f-Rˁ jr.n.f m mn(w).f n [mw.t.f] Bȝst ... m ...).
Expéditions à l'étranger
modifier
Des inscriptions attestent que Djédefrê envoya une expédition à l'oasis de Dakhla, dans le désert libyen, à l'instar de son père Khéops à deux reprises. L'objectif de toutes ces expéditions était l'extraction de pigments minéraux. La preuve inscrite provient d'un campement situé dans le désert, à environ 60 km de Dakhla. Ce campement se trouve au pied d'une falaise de grès et était apparemment désigné à l'époque pharaonique comme la « Montagne d'eau de Djédefrê »[34].
Au sud de l'Égypte, Djédefrê a envoyé au moins une expédition dans les carrières de diorite du Gebel el-Asr, situées à 65 km au nord-ouest d'Abou Simbel car son nom y est attesté sur un bloc (Le Caire, JE 59481), carrières déjà exploitées sous le règne de Khéops comme l'atteste une stèle de ce dernier (Le Caire, JE 68752)[35].
Religion
modifierSous Djédefrê, le culte du dieu soleil Rê d'Héliopolis fut élevé au rang de religion d'État suprême. On peut d'ailleurs noter que sa pyramide, localisée à Abou Rawash, est située en face de la ville du dieu soleil. À quelques exceptions près[note 3], le nom de Nesout-bity incluaient désormais le nom de Rê jusqu'à la fin de la l'Ancien Empire. Conformément à cela, Djédefrê introduisit l'épithète « Fils de Rê » (sȝ Rˁ), qui devint partie intégrante de la titulature royale dès la Ve dynastie. Ce changement religieux nécessita également une nouvelle interprétation de la nature du roi. Alors qu'auparavant il était considéré comme l'incarnation d'Horus et donc le dieu suprême du monde, le concept de filiation divine prit alors le dessus, diminuant la divinité propre du roi et le plaçant dans une position de plus grande responsabilité vis-à-vis des dieux[36].
Succession
modifierAprès sa mort, son successeur sur le trône est soit le roi Khéphren, son frère, soit le mystérieux roi Bikhéris, qui est peut-être son fils Baka[1], ou bien son fils Setka[37]. L'ordre de succession entre ces deux rois fait débat : en effet, les listes royales du Nouvel Empire placent systématiquement Khéphren comme successeur de Djédefrê[38], mais certains chercheurs préfèrent placer Bikhéris avant Khéphren[1] : ils évoquent des arguments d'ordre architectural, qui rapprochent la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan à la pyramide de Djédefrê[39],[40],[37],[1]. Cependant, cette analyse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, on peut également noter que celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, et qu'on ne peut donc en déduire la position chronologique exact de Bikhéris sur la base d'une telle analyse[41].
Dans le cas d'une succession directe entre Djédefrê et Khéphren, et sachant que le pouvoir se transmettait normalement de père en fils, celle-ci mena à de nombreuses spéculations de la part des chercheurs. Par exemple, George Andrew Reisner supposa que des conflits familiaux avaient éclaté après la mort de Khéops, deux branches de la famille se disputant la suprématie. Selon cette théorie, Djédefrê n'était même pas destiné à être l'héritier légitime du trône, et Khéphren s'empara du pouvoir après sa mort. Cependant, l'hypothèse de Reisner n'est étayée par aucune preuve archéologique. Aucune damnatio memoriae n'eut lieu après la mort de Djédefrê ; il fut vénéré et figure dans des listes royales postérieures. Une prise de pouvoir illégitime peut donc être exclue. La question de savoir pourquoi son frère Khéphren lui succéda et non l'un de ses fils demeure cependant sans réponse[42].
Monuments et statues
modifierStatues
modifierToutes les statues connues de Djédefrê proviennent probablement de son complexe funéraire à Abou Rawash. Aucune n'est parfaitement intacte et seules quatre représentent le portrait du roi. Ces statues sont aujourd'hui conservées au Louvre à Paris, au Musée égyptien du Caire et au Musée d'État d'Art égyptien de Munich. Les pièces de Paris et du Caire ont été découvertes par Émile Chassinat lors de ses fouilles menées entre 1901 et 1902 dans la fosse à barques de la pyramide de Djédefrê et ses environs. Le matériau utilisé est essentiellement le quartzite égyptien, donnant à la statue un teint rougeâtre.
Parmi les statues du Louvre se trouvent les suivantes :
- la découverte la plus importante et la plus célèbre est une tête de sphinx en grès représentant Djédefrê[43] ; elle mesure 33,5 cm de haut, 28,8 cm de large et 26,5 cm de long ; le roi est représenté coiffé d'un némès, et son menton et son nez sont ébréchés. Des traces de peinture noire, figurant les iris, sont encore visibles sur les yeux[44],
- une autre tête de statue, nettement plus petite (12 cm de haut)[45], représente Djédefrê portant une couronne ; la partie supérieure de la couronne étant détruite, il est impossible de déterminer s'il s'agit de la couronne blanche de Haute-Égypte[44] ou de la couronne rouge de Basse-Égypte[45] ; le fragment de statue a appartenu un moment au collectionneur Maurice Nahman et fut acheté par le musée du Louvre en 1909,
- la partie inférieure d'une statue de Djédefrê assis[46] ; mesurant 28 × 19,5 × 23 cm ; elle porte à la droite des jambes du roi le nom de Nesout-bity et le nom d'Horus, deux noms de la titulature royale ; à la gauche des jambes du souverain est représentée en ronde-bosse la reine Khentetenka, de taille nettement inférieure[8],[47].
Le Musée égyptien du Caire possède deux têtes de statue représentant Djédefrê. La première (JE 35138)[48],[49] mesure 14 cm de haut et le représente coiffé d'un némès ; la seconde (JE 35139) mesure 19 cm et porte la couronne blanche de Haute-Égypte[48],[49].
Enfin, le Musée d'État d'Art égyptien de Munich possède 39 fragments de statue, acquis auprès d'une collection privée, qui pourraient également provenir à l'origine des fouilles d'Abou Rawash[50]. L'un de ces fragments représente aussi la reine Khentetenka (inv. ÄS 5243)[8].
Enfin, il faut ajouter une découverte vfaite en 2019 : deux statues ont été découvertes dans une fosse funéraire située à 1,8 km à l'est de la pyramide et du complexe funéraire Djédefrê. L'une, en pierre, portait le nom de du roi, tandis que l'autre, en bois d'acacia égyptien, est également attribuée à ce dernier[51].
Outre les statues royales, plusieurs statues de membres de sa famille, dont certaines en très bon état, ont également été découvertes à Abou Rawash. Parmi celles-ci figurent le socle d'une statue de son fils Baka (Le Caire 5.11.24.8=CG 57004)[52] ainsi que très probablement une seconde statue, sans origine connue (Le Caire CG 176[53]), deux autres socles de statues de Hernet[15] (Le Caire 5.11.24.16=CG 57013 et Louvre E 12630[54]), une statue de scribe de Setka parfaitement conservée avec son socle[13] (Louvre E 12629[55] et E 12631[56]), le socle et le buste d'une statue de la princesse Néferhétepès[17] (Louvre E 12628[57] et E 12632[58]), la partie inférieure d'une statue de la princesse Hétep-Hérès (Le Caire, sans numéro)[18].
Un sphinx avec une tête de femme découvert dans une fosse à barque dans le complexe funéraire de Djédefrê à Abou Rawash est souvent identifiée à une reine de ce roi, plus spécifiquement à Hétep-Hérès II. Dans les fait, ce sphinx, conservé au Musée égyptien du Caire (JE 35137), ne porte pas d'inscription permettant d'identifier quelle personne a été représentée[47].
- Tête de sphinx de Djédefrê (E 12626)
- Tête fragmentaire de Djédefrê (E 11167)
- Fragments de la statue humaine de Djédefrê avec la reine Khentetenka (E 12627)
- Statue de scribe du prince Setka avec son socle (E 12629 et E 12631)
- Buste de la princesse Néferhétepès (E 12632)
- Sphinx de reine, parfois faussement attribuée à la reine Hétep-Hérès II (JE 35137)
D'après l'égyptologue Vassil Dobrev, Djédefrê pourrait être le constructeur du sphinx de Gizeh dont le visage serait celui de son père Khéops.
Architecture
modifier
En plus de son propre complexe funéraire, Djédefrê a été actif dans celui de son propre père Khéops. Le complexe funéraire de Khéops à Gizeh comprend cinq fosses à barques. Trois d'entre elles ont été pillées, mais deux, situées au sud de la pyramide, ont été retrouvées intactes. Deux bateaux en bois démontés y étaient enfouis ; l'un d'eux a été restauré et est aujourd'hui exposé au Grand Musée égyptien. De nombreux graffitis portant le nom de Djédefrê sont visibles sur les parois et les dalles du plafond de la fosse où ce bateau a été découvert. On peut donc supposer que certaines parties du complexe pyramidal de Khéops n'ont été achevées que sous le règne de son fils.
Sépulture
modifierDjédefrê poursuivit son déplacement vers le nord, en construisant sa pyramide (aujourd'hui en ruines) à Abou Rawash, à environ huit kilomètres au nord de Gizeh. C'est la partie la plus septentrionale de la nécropole memphite.
Alors que les égyptologues pensaient auparavant que sa pyramide sur le site fortement dénudé d'Abou Rawash - quelque huit kilomètres au nord de Gizeh - était inachevée à sa mort, des fouilles plus récentes de 1995 à 2005 ont établi qu'elle était effectivement terminée[59]. Les preuves les plus récentes indiquent plutôt que son complexe pyramidal a été largement pillé dans les périodes ultérieures alors que les statues du roi ont été détruites vers le IIe siècle de notre ère[59].
En raison du mauvais état du monument, seules de petites traces de son complexe mortuaire ont été trouvées : sa chaussée pyramidale s'est avérée s'étendre du nord-est vers le sud-ouest et être reliée au milieu du côté nord de l'enceinte, alors que la chaussée était conventionnelle construite de l'est vers l'ouest et reliée à l'enceinte vers le milieu de la face est ; quant au temple de la vallée, il n'a pas été trouvé[60]. Seul le plan grossier de son temple mortuaire en briques de terre cuite a été tracé - avec quelques difficultés - à l'endroit habituel sur la face est de la pyramide[61].
Titulature
modifierPostérité
modifierAncien Empire
modifierDjédefrê bénéficia d'un culte funéraire qui perdura jusqu'à la fin de l'Ancien Empire, sous la VIe dynastie, bien que moins étendu que celui des autres rois de la IVe dynastie. Seuls huit prêtres et fonctionnaires funéraires associés à ce culte sont attestés pour lui[62], contre 73 pour son père Khéops[63] et 32 pour son frère et successeur Khéphren[64].
Un tel culte funéraire revêtait toujours une importance économique considérable, de nombreux domaines agricoles étant établis pour fournir les offrandes. Cependant, le nombre de ces domaines était également nettement inférieur pour Djédefrê, à seulement quatre, comparé par exemple à Khéops et Khéphren. Un seul domaine est attesté pour la IVe dynastie. L'importance économique du culte funéraire ne se maintint toutefois que jusqu'à la Ve dynastie, tout comme pour Khéops ; aucun domaine n'est attesté pour la VIe dynastie[65].
Moyen Empire
modifierDjédefrê et ses frères Khéphren, Hordjédef et Baoufrê/Baefrê, bien que ce dernier ne soit attesté par aucun document d'Ancien Empire, faisaient partie d'une tradition historique et littéraire, attestée au moins à partir de la XIIe dynastie, mais qui aurait pu émerger un peu avant[66]. Selon Roman Gundacker, cette tradition était d'origine héliopolitaine, conduisant à une reconstruction de la IVe dynastie avec huit rois, bien que l'archéologie n'atteste de l'existence de seulement sept rois. Cette tradition a mené, d'une part, au remplacement du roi Bikhéris/Bakarê par le pseudo-roi Baoufrê/Baefrê, et d'autre part, à la « contamination » de la tradition memphite, conduisant dans cette dernière à la création du roi fictif Ptahdéjdef/Thamphthis en remplacement du pseudo-roi Hordjédef[66].
Cette tradition est aujourd'hui attestée par deux, voire trois documents :
- le texte littéraire conservé sur le papyrus Westcar et parfois nommé Les magiciens à la cour du roi Khéops ou encore Les cinq prodiges du papyrus Westcar ; le récit met en scène cinq prodiges, dont les quatre premiers sont narrés par les quatre fils de Khéops et se passent sous quatre rois différents : Djédefrê, dont le nom est perdu, pour « Le prodige sous le roi Djéser », « Le prodige sous le roi Nebka » pour Khéphren, « Le prodige sous le roi Snéfrou » pour Baoufrê et « Le prodige sous le roi Khéops » pour Hordjédef[67],
- une inscription rupestre du Ouadi Hammamat, montrant les cartouche royaux alignés de Khéops, Djédefrê, Khéphren, Hordjédef(rê) et Baefrê[66],
- la liste d'Abousir, présente sur un unique fragment conservé au Musée égyptien de Berlin (inv. 1116) ; bien que très fragmentaire et dégradée, Roman Gundacker a pu reconstituer la liste concernant la partie de la IVe dynastie et le début de la Ve dynastie comme suit (les noms entre crochets étant perdus) : Snéfrou - [Khéops] - Djédefrê - [Khéphren] - Mykérinos - [Baoufrê/Baefrê] - Hordjédef - [Chepseskaf] - Ouserkaf[68],[note 4].
Basse époque
modifierLe temple funéraire détruit de la pyramide de reine G1C, à l'ouest de la pyramide de Khéops, avait été recouvert par un petit temple d'Isis, « maîtresse des pyramides » dès la XVIIIe dynastie, temple qui fut considérablement agrandi pendant la XXIe dynastie. Dans le cadre du culte d'Isis, un culte dédié à Khéops fut rétabli, ainsi qu'à une fille de Khéops nommée Hénoutsen, non attestée par ailleurs. Outre Khéops, d'autres rois y étaient également vénérés occasionnellement. Trois prêtres de Djédefrê sont attestés des XXVIe et XXVIIe dynasties, mais un seul portait le seul titre de « prêtre de Djédefrê », tandis que les deux autres étaient également prêtres de Khéops. Cependant, rien ne prouve que Djédefrê ait été vénéré en dehors de Gizeh, par exemple sur son propre lieu de sépulture, Abou Roash[69].
Notes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 En termes de chronologie absolue, la détermination de dates exactes de début et de fin de règne est un exercice périlleux du fait de l'ancienneté du règne, plusieurs chercheurs ont fait chacun des propositions ; on trouve par exemple :
- 2580 à 2570 AEC selon R. Krauss,
- 2584 à 2576 AEC selon D. B. Redford,
- 2556 à 2547 AEC selon J. von Beckerath,
- 2520 à 2512 AEC selon D. Arnold,
- 2566 à 2558 AEC selon Shaw,
- 2528 à 2520 AEC selon Allen,
- 2526 à 2518 AEC selon Málek,
- 2516 à 2509 AEC selon P. Vernus & J. Yoyotte),
- 2447 à 2439 AEC selon Dodson.
- ↑ Les années des recensements sont alors notées rnpt zp X, soit littéralement « Année de la Xe occasion », et les années intercalaires sont alors notées rnpt m-ḫt zp X, soit littéralement « Année après la Xe occasion »[21].
- ↑ On peut noter les rois Chepseskaf, Ouserkaf, Ounas et Téti
- ↑ À comparer à la tradition memphite « contaminée » : Snéfrou - Khéops - Djédefrê - Khéphren - Bikhéris/Bakarê - Mykérinos - Chepseskaf - Ptahdéjdef/Thamphthis[38].
Références
modifier- 1 2 3 4 Monnier 2017, p. 164-165.
- ↑ Gundacker 2013, p. 38.
- ↑ Gundacker 2013, p. 37-42.
- ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 52-53.
- ↑ Callender 2011, p. 91-92.
- ↑ Baud 2005, p. 527-528.
- ↑ Callender 2011, p. 96-102.
- 1 2 3 Baud 2005, p. 559.
- ↑ Callender 2011, p. 89-92.
- 1 2 3 Dodson et Hilton 2004, p. 61.
- ↑ Baud 2005.
- ↑ Dodson et Hilton 2004, p. 56, 58.
- 1 2 Baud 2005, p. 578.
- 1 2 Dodson et Hilton 2004, p. 58.
- 1 2 Baud 2005, p. 522.
- ↑ Baud 2005, p. 482.
- 1 2 Baud 2005, p. 492.
- 1 2 Baud 2005, p. 529.
- ↑ (en) « Turin King List: column 4 », sur Pharaoh.se
- ↑ (en) « Radjedef », sur Pharaoh.se
- ↑ Ciavatti 2022, p. 108-109.
- ↑ Wilkinson 2000, p. 140-147.
- ↑ Ciavatti 2022, p. 112.
- 1 2 Jánosi 2005, p. 71-73.
- 1 2 Verner 2001, p. 375.
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Bibliographie
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Autres références
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