Bisexualité dans la Grèce antique

Histoire de la bisexualité dans la Grèce antique

La bisexualité (c'est-à-dire l'attirance physique, sexuelle ou amoureuse pour les hommes et les femmes) est omniprésente en Grèce antique. À cette époque, les hommes sont présupposés par leurs contemporains comme étant spontanément sensibles à la beauté des deux sexes, et ils voient l'attirance envers une femme et un jeune homme comme étant également naturelle. Les hommes sont tenus de se marier et de fonder une famille, le mariage jouant un rôle essentiel et socialement valorisé. Dans un même temps, le désir et l'amour d'hommes légèrement plus âgés envers des adolescents (pédérastie) sont très répandus, et même encouragés, notamment à Athènes, comme un moyen d'éducation  très règlementé  de la jeunesse masculine. Du fait d'un manque de sources antiques, la bisexualité féminine est moins documentée, en dehors du cas resté célèbre de Sappho.

Statue un peu érodée par le temps du visage d'Alexandre, représenté avec des cheveux mi-longs
Alexandre le Grand est l'un des bisexuels les plus célèbres de l'Antiquité. Il noue notamment des relations avec Barsine et Roxane, tout en ayant été, selon une majorité d'historiens, l'amant d'Héphaistion.

Présente dans les représentations artistiques, les discussions philosophiques (notamment sous forme de comparaison entre l'amour des jeunes hommes et des femmes) ainsi que dans la mythologie, la bisexualité en Grèce antique connait une importante postérité. Tour à tour censurée, célébrée ou déformée, objet de diverses tentatives d'instrumentalisation, la bisexualité grecque est l'un des cas de bisexualité dans l'histoire les mieux documentés et les plus étudiés, tout en étant jusqu'à ce jour l'un des exemples les plus connus du grand public.

Avant-propos : pratiques anciennes, vocabulaire contemporain

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Sens particulier du terme « bisexualité » dans l'Antiquité

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Certains intellectuels, tels Luc Brisson ou Eva Cantarella, avancent que, dans le contexte de l'Antiquité, le terme de « bisexualité » peut revêtir, au-delà du sens actuel, celui de la possession simultanée des organes sexuels masculins et féminins[1]. En Grèce antique, si ce cas se présente chez un nouveau-né, le bébé est considéré comme un « monstre[2] », et immédiatement mis à mort[1].

Non pertinence de la binarité homosexualité-hétérosexualité

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Les pratiques et les normes culturelles et sociales des Grecs de cette époque sont sensiblement différentes de celles d'aujourd'hui : dans une époque parfois présentée comme « d'avant la sexualité »[3],[note 1], les Grecs ne dressent pas, comme la culture occidentale du début du XXIe siècle le fait souvent, de séparation étanche entre un comportement sexuel hétérosexuel et homosexuel[2],[Brisson 1],[note 2]. Dans l'âge classique, il n'y a d'ailleurs pas de mot pour distinguer une personne hétérosexuelle d'une personne homosexuelle[Greenberg 1]. Les hommes d'alors ne se définissent pas selon une certaine orientation sexuelle : les concepts d'hétérosexualité, d'homosexualité et même de bisexualité[note 3] sont des notions modernes, qui n'existent pas du temps de l'Antiquité[5]. En effet, à cette époque, les préférences sexuelles ne sont pas constitutives d'identité personnelle[6]. Seuls importent les rapports de domination : l'homme qui pénètre est vu comme viril, alors que la personne qui se fait pénétrer (homme comme femme) est toujours considérée comme inférieure[7]. De fait, pour un homme dominant, peu importe le sexe de la personne qu'il pénètre[7].

Plusieurs historiens ou hellénistes font ainsi valoir que les Grecs antiques ne sont « ni homosexuels ni hétérosexuels »[8],[9].

Selon les mots de Kenneth Dover, la culture grecque antique « admet facilement l'apparition successive de préférences homosexuelles et hétérosexuelles chez un même individu », sans que « cette succession ou cette coexistence [ne] puisse créer des problèmes particuliers pour l'individu ou la société[10] ». De son côté, Bernard Sergent écrit que « l'attirance pour un sexe n'est nullement exclusive de l'attirance pour l'autre chez les mêmes personnes[11] », quand Eva Cantarella indique que « pour les Grecs et les Romains […] l'homosexualité n'était pas un choix exclusif : aimer un autre homme n'est pas une option hors norme, différente ou quelque peu déviante. Cela faisait partie de l'expérience de la vie […] qui alternait ou s'entremêlait (parfois simultanément) avec l'amour d'une femme[Cantarella 1]. »

L'Encyclopædia Universalis, quant à elle, expose qu'« en Grèce comme à Rome, l'homme qui désire un autre homme ne fait pas, selon Dover, une expérience assimilable à ce que nous appelons aujourd'hui « homosexualité ». L'alternative qui voudrait qu'une personne soit hétérosexuelle ou homosexuelle n'est pas alors concevable[Universalis 1]. »

Constatant la pratique d'une sexualité de fait bisexuelle, mais sans revendication de l'être, Élisabeth Badinter emploie l'expression « bisexualité sans implications identitaires[12] ».

Michel Foucault écrit dans son Histoire de la sexualité :

« La notion d’homosexualité est bien peu adéquate pour recouvrir une expérience, des formes de valorisation et un système de découpage si différents du nôtre. Les Grecs n’opposaient pas, comme deux choix exclusifs, comme deux types de comportements radicalement différents, l’amour de son propre sexe et celui de l’autre. […] Bisexualité des Grecs ? Si on veut dire par là qu’un Grec pouvait simultanément ou tour à tour aimer un garçon ou une fille, qu’un homme marié pouvait avoir ses paidika, qu’il était courant qu’après des inclinations de jeunesse volontiers « garçonnières », on penche plutôt pour les femmes, on peut bien dire qu’ils étaient « bisexuels »[13]. »

Considérations générales sur la bisexualité dans la Grèce antique

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buste d'Alcibiade, jeune homme aux cheveux bouclés
Alcibiade, réputé pour sa bisexualité et reconnu par ses contemporains pour sa grande beauté.

Les Grecs de l'Antiquité partent du principe que les personnes sont érotiquement sensibles à la beauté des deux sexes[14], cette « présomption de bisexualité »[note 4] envers leurs contemporains se retrouvant dans de nombreuses sources primaires et chez de nombreux auteurs antiques[Greenberg 2],[Stanford 1],[15],[note 5]. Cette bisexualité est vue comme étant naturelle et allant de soit : même les personnes ayant des préférences marquées pour un sexe ne sont pas vues comme susceptibles d’éprouver du dégoût ou de la répulsion à l’idée d’avoir des relations sexuelles avec l’autre sexe[14],[15]. Les attirances envers les femmes et les (jeunes) hommes sont considérées comme également normales et naturelles[14],[15].

« Si une femme est couchée auprès de lui, ou un homme, puisse-t-il l'oublier autant qu'autre fois, dit-on, Thésée oublia, dans l'île de Dia, Ariane aux belles boucles. »

 Lamentation d'une femme éplorée délaissée par l'homme qu'elle aime dans l'Idylle de Théocrite, un exemple de présomption de bisexualité littéraire[Greenberg 4],[16].

Choisir, selon son goût du moment, l'un ou l'autre sexe pour ses amours n'est pas choquant ; en revanche, « l'attitude de [la personne] qui a fixé son désir une fois pour toutes et qui considère que son choix est le seul valable, est, selon le point de vue des Anciens, anormale[17] ».

Il n'existe pas deux types de désirs, l'un homosexuel et l'autre hétérosexuel ; seule importe l'attraction envers une personne jugée « belle », quel que soit son sexe[12]. Un homme peut s'enticher à la fois d'une belle femme et d'un adolescent[12],[18]. Ainsi Michel Foucault estime-il dans L'Usage des plaisirs que, dans le cadre grec antique, c'est l'appétit naturel envers de « belles » personnes qui conduit à s'enamourer de quelqu'un, que ce soit un homme ou une femme[19]. C'est en ce sens que Foucault lui-même use du terme « bisexualité » dans le cadre de son étude de la sexualité masculine grecque antique[18],[19].

Aussi, dans la société grecque, le sexe de la personne jugée attirante est davantage vu comme un détail de seconde importance, et pas comme une question morale ; un des personnages du Dialogue sur l'amour de Plutarque affirme que « le noble amoureux de la beauté s'engage dans l'amour partout où il voit l'excellence et les splendides dons naturels, sans tenir compte des différences physiologiques[Stanford 2] ». Les Grecs anciens ne connaissent non seulement pas la distinction entre homosexuel et hétérosexuel, mais ne l'auraient probablement jamais comprise[Cantarella 2]. Éros lie indifféremment des personnes de même sexe ou des personnes de sexes différents[Cantarella 3].

Dans la Grèce antique, le rapport sexuel est avant tout vu comme une pénétration phallique ; plutôt qu'une distinction rapport homosexuel ou rapport hétérosexuel, la question du statut des partenaires (dominant ou dominé ; actif ou passif) est plus importante[Stanford 2],[Brisson 2] ; à Athènes, les rapports sexuels sont aussi le reflet de hiérarchies politiques[20]. Ainsi, dans la société grecque ancienne, patriarcale, une relation hétérosexuelle ne pose pas de problème : elle ne fait que confirmer que l'homme (actif) est supérieur à la femme (passive)[Brisson 3]. De manière analogue, lorsqu'un homme pénètre un adolescent, cela ne fait que refléter la supériorité du premier sur le second, qu'elle soit économique, sociale ou politique[Brisson 2],[note 6].

Les pratiques homosexuelles ne sont pas un phénomène purement urbain puisque des sources primaires[Lesquelles ?] en milieu rural nous sont parvenues[21]. Enfin, il est à noter que dans le domaine sexuel, la modération est appréciée[Androutsos 1] : les appétits sexuels posent problème et sont moralement condamnables lorsqu'ils sont vus comme excessifs et entrainent une perte de contrôle[21], au point qu'un homme jugé prisonnier de ses sens se voit discrédité et attaqué pour son manque de maîtrise de lui-même s'il cherche à briguer un rôle dans la gestion de la cité[22].

Perception des hommes homosexuels

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Dans la Grèce antique, l'homosexualité masculine est très rare[21], dépeinte comme étant une exception[Stanford 3], et non acceptée socialement : l'amour des hommes ne détourne, ni ne doit détourner, de l'amour des femmes[Universalis 2]. La société grecque antique, qui a pu être qualifiée d'« homophobe »[23], ne tolère pas que l'on s'écarte du cycle éromène, éraste, époux et père de famille : les hommes efféminés ou les « coureurs de garçons » tardifs sont moqués, méprisés, vilipendés[24].

En dehors du cas spécifique du recours à des prostitués, les relations entre hommes adultes sont réprouvées[25]. Un homme qui se soumet sexuellement à un autre homme n'est plus vu comme viril[2] ; dans la littérature grecque, les hommes restant sexuellement passifs après leur adolescence, ou ceux se comportant ou s'habillant d'une manière jugée féminine, sont l'objet de ridicule[6]. Aristophane, dont les comédies sont interprétées comme reflétant davantage les vues populaires (contrairement aux aristocrates privilégiés entourant Socrate), ne moque pas les relations pédérastiques, mais est considéré comme particulièrement mordant envers les hommes efféminés dans ses écrits[26], s'en prenant en particulier aux hommes qui sont encore passifs dans leur vie adulte, notamment avec des hommes plus jeunes qu'eux[Encyclopédie 1]. Les comédies d'Aristophane usent abondamment de mots dénigrants (par exemple euruprôktos), qui ont été traduits en français par « enculés »[27]. Plutarque, lui, classe les hommes adultes appréciant être passifs « comme appartenant aux abîmes du vice, et [nous] ne leur accordons pas la moindre confiance, le moindre respect ni la moindre amitié[Greenberg 5] ». Aristote va jusqu'à parler de malformation congénitale chez les hommes appréciant être passifs, tout en estimant que le goût pour la passivité sexuelle peut aussi être une sorte de mauvaise habitude, prise durant l'adolescence, qui perdure à l'âge adulte[Androutsos 2]. Agathon, malgré sa célébrité, tout comme une figure mythique comme Orphée, sont ainsi moqués et désapprouvés pour tenir le rôle passif à l'âge adulte[Brisson 4].

Il existe toutefois des exemples d'hommes homosexuels notables, dont Bion de Borysthène (IIIe siècle av. J.-C.), qui exhorte dans sa philosophie à ne pas se marier et consacre son intérêt envers ses élèves masculins, et Zénon de Kition, connu pour ses goûts exclusifs envers les jeunes hommes[Greenberg 3]. Contrairement à Socrate ou Aristote, Platon ne s'est jamais marié, et il n'a pas eu d'enfants[28]. Eva Cantarella avance l'hypothèse qu'étant pleinement conscient du caractère « anormal » de son homosexualité par rapport à ses contemporains, il aurait prêché un amour purement spirituel et chaste (d'où le qualificatif d'amour « platonique ») pour chercher à échapper aux jugements de la société dans laquelle il vit, comme à sa propre conscience[Cantarella 4].

Pédérastie

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Du grec paiderastia[Johnson 2], la pédérastie grecque consiste en une relation amoureuse entre un citoyen et un jeune homme appelé à le devenir, généralement âgé de quatorze à dix-huit ans[note 7],[Encyclopédie 1]. Seize et dix-sept ans sont considérés comme étant les âges suscitant le plus vif appétit sexuel ; un poète contemporain de Platon indique par exemple que « seize ans est l'âge fatal où un garçon possède tous les charmes[Encyclopédie 1]. » Il ne s'agit ainsi pas de pédophilie[Encyclopédie 1].

L'amant est légèrement plus âgé que l'aimé[29] ; l'homme le plus âgé dans la relation ayant généralement entre 20 et 30 ans[Stanford 2],[Brisson 4] ; un Athénien « normal » ne s'engage pas dans la pédérastie passé 40 ans[30].

Le plus âgé dans cette relation est l'« amant » (éraste, ἐραστής / érastếs), alors que le plus jeune est appelé l'« aimé » (éromène, ἐρώμενος / érốmenos)[7]. Une fois le jeune homme devenu pleinement adulte, de puissants liens entre les ex-amant et ex-aimé peuvent durer toute la vie durant (on peut donner l'exemple des liens qui unissent Agathon et Pausanias, décrits dans Le Banquet), même si les relations sexuelles ont dans ce cas tendance à être désapprouvées, voire réprimées[31].

La relation pédérastique en Grèce antique est très codifiée, chacun des deux partenaires ayant droits et devoirs ; les ignorer pour l'un comme pour l'autre entraine la réprobation publique[10]. Selon Foucault, la spécificité historique grecque n'est pas le « plaisir aux garçons » (ou qu'il soit validé comme légitime), mais qu'il « a donné lieu à toute une élaboration culturelle[10] », le phénomène de cour du jeune homme devant suivre une étiquette élaborée[Cantarella 5].

Un but éducatif, une pratique encadrée

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Peinture d'un jeune homme regardant dans les yeux un homme un peu plus âgé et barbu. Tous deux sont allongés dans un banquet, torses nus, et portent une couronne de lauriers.
Couple pédérastique, fresque de la Tombe du Plongeur, v.  480 av. J.-C.

Les mères ne sont généralement pas instruites et les pères sont occupés par leurs affaires publiques ou leur travail : un tiers extérieur est nécessaire afin de compléter l'éducation des jeunes hommes[Androutsos 3]. L'institution de la pédérastie grecque, notamment à Athènes, et les relations qu'elle implique ont avant tout un rôle éducatif : un homme un peu plus âgé (citoyen de la polis, homme adulte libre[Encyclopédie 1]) se doit de consacrer ses efforts à la formation d'un jeune homme  de même statut et classe sociale[Encyclopédie 1] , pour en faire un citoyen respectable ; en retour, par reconnaissance, celui-ci peut s'offrir à son soupirant[Brisson 6]. Pratique aristocratique, la pédérastie doit notamment préparer le partenaire le plus jeune à la guerre et à la citoyenneté[Encyclopédie 1], et sert de formation morale et politique[Cantarella 6]. La formation, composite, implique un mélange de culture de l'athlétisme, de nudité masculine en public (notamment au gymnasium), de banquets, poésie, discussions philosophiques, musique, danse, rapports de séduction et beuveries[Encyclopédie 1]. L'aimé accompagne ainsi son amant dans tous les lieux de sociabilité habituels d'un citoyen grec[32].

La pédérastie n'est pas dénuée d'une composante ouvertement sexuelle[Encyclopédie 1]. Outre la jeunesse, c'est l'absence de pilosité sur les cuisses, les fesses et les joues qui sont jugés constituer l'attrait exercé par les jeunes hommes[Brisson 4]. L'excitation sexuelle provoquée par un beau jeune homme est vue comme parfaitement naturelle et normale[21]. L'intérêt sexuel porté aux jeunes hommes est parfois si vif qu'il a pu être décrit comme de la folie, des érastes pouvant se décrire comme impuissants face à Éros : on trouve dans la poésie grecque des descriptions des effets physiques que ces appétits sexuels infligent aux amants transis : « un cœur qui bat la chamade, des bourdonnements d'oreilles, mutisme, une peau brûlante, une vision trouble, un corps tremblant, une pâleur, de la sueur et un essoufflement[Encyclopédie 1]. » En revanche, peu est connu des sentiments des éromènes, et si l'un des personnages du Banquet de Platon prétend que les jeunes partenaires « aiment les hommes et apprécient vivre avec eux », il ne subsiste pas de poème ou de trace écrite d'un aimé envers son amant permettant de confirmer cela[Encyclopédie 1]. Les sources semblent montrer que la sodomie est le rapport sexuel le plus apprécié des érastes ; le problème étant que l'éromène est alors perçu comme une femme[Encyclopédie 1]. Pour éviter la pénétration, du sexe intercrural peut être pratiqué : l'amant se place en face de son aimé, et frotte son pénis en érection entre ses cuisses[Stanford 2]. Dans cette relation asymétrique, l'amant peut désirer et apprécier la sexualité avec son aimé, qui se doit au contraire quant à lui de rester plutôt indifférent à cette sexualité[33]. Le plus jeune partenaire n'est en effet pas censé ressentir de plaisir dans l'acte sexuel, et il est vu comme honteux et anormal pour lui d'apprécier être passif[Encyclopédie 1],[22].

L'éromène fait face à une certaine ambiguïté : il ne doit pas céder « trop facilement » aux avances[6], ne doit pas choisir son amant seulement par intérêt ; pour autant, il ne doit pas se montrer ingrat des efforts et de l'attention qu'il reçoit de son éraste dans le processus de cour[10]. Être courtisé et aimé dans le cadre de la pédérastie montre l'excellence du jeune homme, qui peut provisoirement résister aux avances de son amant afin d'augmenter sa désirabilité ou sa réputation[Cantarella 7]. Si le jeune homme est courtisé par plusieurs hommes, il est attendu de lui qu'il choisisse le plus « noble » d'entre eux[Stanford 2]. L'éraste, de son côté, offre des cadeaux à son aimé, mais il est attendu qu'il n'ait pas qu'un intérêt purement sexuel envers le jeune homme, mais garde en tête des considérations plus nobles[Stanford 2]. Des sources iconographiques comme littéraires montrent que le jeune homme peut rejeter un prétendant ou mettre fin à une relation avec son éraste s'il ne s'y retrouve plus[34].

Un homme barbu en érection glisse son sexe entre les cuisses d'un jeune homme imberbe se tenant debout devant lui.
Scène de sexe intercrural sur poterie.

Les relations pédérastiques sont par définition éphémères, la désirabilité d'un éromène reposant sur sa jeunesse et sa beauté[Encyclopédie 1]. La relation prend fin lorsque le jeune homme atteint l'âge adulte[Stanford 2], la relation devant s'achever et laisser place à de l'amitié platonique dès l'apparition des premiers poils de barbe de l'aimé[31],[Greenberg 6]. Les jeunes qui se rasent pour maintenir une apparence plus jeune risquent de donner d'eux-mêmes une image trop douce et non masculine[35].

Les règles régissant les relations homosexuelles masculines sont donc strictes : s'il est tout à fait normal pour un homme de déclarer publiquement son amour d'un beau jeune homme, il est en revanche jugé inapproprié pour un homme plus âgé de trouver attirant un autre homme mûr[Brisson 5]. Le partenaire le plus âgé doit tenir le rôle actif, et le jeune doit être passif durant la relation sexuelle ; ces rôles ne s'inversent pas durant toute la durée de la relation[Encyclopédie 1]. Toutefois, en prenant de l'âge, le jeune homme se doit, lui, de ne plus tenir le rôle passif dans une relation homosexuelle[Brisson 4].

Ce modèle sexuel et éducatif a vécu très longtemps : de l'époque minoenne (2700 av. J.-C.) à la chute de l'Empire romain occidental (Ve siècle apr. J.-C.)[Brisson 7].

Il convient également de noter que la relation sexuelle d'un homme, actif, avec un esclave, passif (car de statut inférieur) ne pose socialement pas de problème en soi[Stanford 2].

Cas particuliers

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Si les aptitudes physiques d'un éromène (force, vitesse, endurance) contribuent à le rendre plus désirable aux yeux d'un éraste, à Sparte et en Crète, les amants sont censés s'intéresser davantage aux aptitudes morales du jeune homme qu'à sa beauté[Brisson 8]. Strabon, s'appuyant sur Éphore de Cumes, relate qu'en Crète, l'amant enlève son aimé pour vivre ensemble durant deux mois en dehors de la cité ; avant la fin de cette période et le retour en ville, l'éraste présente un kit militaire à son aimé, signe de son entrée dans la vie adulte[Cantarella 8].

À Sparte, le lien unissant les deux hommes est si fort que le plus âgé est tenu responsable du comportement du plus jeune, et réprimandé en cas de faute, notamment du manque de courage de son protégé[Brisson 8]. Alors que la pédérastie semble réservée à une certaine élite à Athènes — il faut avoir le temps de flâner près d'un gymnase et les moyens d'acheter des cadeaux à l'adolescent que l'on cherche à séduire —, les pratiques homosexuelles sont plus universelles à Sparte[Greenberg 7]. De plus, à Sparte, la pédérastie éducative est très focalisée sur les sujets militaires, alors que la pédérastie athénienne est une préparation à une vie sociale adulte plus variée[Greenberg 8].

Dans certaines régions d'Ionie existent des restrictions aux amours entre personnes du même sexe, tandis qu'à Élis et en BéotieThèbes par exemple) elles sont au contraire approuvées et même célébrées[Stanford 2].

Évolution dans le temps

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Initialement associée à la forêt et à la chasse, la pratique de la pédérastie s'est progressivement urbanisée, apparaissant dans la poésie et l'art visuel[Greenberg 7]. Pendant la période des Pisistratides, les banquets perdent leur fonction éducative pour devenir plus « hédonistes »[Greenberg 7].

Une préparation au mariage

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L'éducation du jeune homme pour en faire un adulte et un citoyen à part entière, passant par une éducation et des pratiques homosexuelles initiatiques, peut être vue comme une préparation à son futur mariage. Premièrement, l'éducation homosociale qu'il reçoit va lui permettre d'acquérir, de la part d'un homme plus expérimenté, une position masculine qu'un enfant ne pouvait recevoir jusque-là[36] : « les anthropologues montrent bien, en effet, que l'initiation est aussi - et peut-être surtout - le transfert dans le groupe des hommes, d'enfants mâles, qui, jusque-là, vivaient dans l'entourage des femmes[11]. » Ensuite, en s'appuyant notamment sur certains mythes, il a été avancé qu'un des rôles de l'amant plus âgé était de trouver une épouse à son jeune aimé[36]. Le rôle de Poséidon peut notamment être cité dans le mariage de Pélops, qui est précédemment son éromène[36].

Mariage, vie de famille et procréation

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Les pratiques homosexuelles grecques antiques ont parfois été mises sur le compte d'une position inférieure, inaccessible ou ségrégée, des femmes, qui aurait poussé les hommes vers d'autres hommes, faute de mieux[Greenberg 1]. Cette explication ne semble pas convaincante, Platon note que des formes de relations masculines ne sont pas devenues institutionnalisés en Ionie, où les femmes sont particulièrement mises à l'écart, alors que des relations entre hommes institutionnalisées existent au contraire en Éolide, où les femmes ne sont pas mises à l'écart[Greenberg 1].

Rôle essentiel du mariage

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La mariée avec une sorte de voile sur la tête est emmenée par un char tirés par plusieurs chevaux
Peinture sur vase d'une procession de mariage, la mariée est emmenée en char de la maison de ses parents à celle de son mari. Détail d'une pyxis attique à figures rouges, 440-430 av. J.-C.

La pratique de la pédérastie n'est en aucun cas exclusive d'une vie sexuelle hétérosexuelle : on attend de tout citoyen qu'il se marie et ait des enfants, qu'il soit déjà engagé dans une relation homosexuelle ou non[Universalis 2],[Brisson 4]. Par coutume, ceux qui s'engagent dans un rôle actif dans une relation pédérastique sont des hommes mariés, qui entretiennent d'un autre côté une vie amoureuse et sexuelle hétérosexuelle[Cantarella 9].

Les relations sexuelles hétérosexuelles, dans le cadre du mariage, sont socialement regardées comme l'expérience sexuelle la plus importante, puisqu'elles conduisent à la procréation ; dans ce cadre, les relations hétérosexuelles sont particulièrement importantes car elles permettent la transmission des divers patrimoines (économique, génétique, social, politique) du père[Brisson 5]. La famille est une valeur très importante en Grèce antique[21]. L'adultère est condamné[25]. En revanche, comme les mariages sont arrangés par les familles dans les classes supérieures[Johnson 3] (notamment pour préserver des intérêts patrimoniaux, via un pacte entre le futur mari et le futur beau-père[37]), la relation sexuelle maritale peut ne pas être la plus épanouissante de toutes[38]. De plus, à Athènes, les jeunes femmes ne sont pas éduquées (notamment sur les affaires de la Cité) : les maris peuvent donc les trouver intellectuellement ennuyeuses[Greenberg 1]. Il ne faut pas pour autant en déduire que les Grecs n'aiment, ne désirent ou n'apprécient pas la compagnie des femmes ; Démosthène résume la relation aux femmes de cette manière : « Nous avons des hetaíra pour notre plaisir, des esclaves pour satisfaire nos besoins sexuels quotidiens et des épouses pour nous donner une descendance légitime et être les fidèles gardiennes du foyer »[Johnson 4].

Le rôle des épouses est en effet d'être des compagnes fidèles, de produire des enfants légitimes, et de gérer efficacement les ménages[Johnson 3]. À Athènes, comme seules les épouses légitimes peuvent donner naissance à des citoyens, garantir leur chasteté et prévenir toute relation extra-maritale est une préoccupation essentielle, non seulement pour leur famille, mais pour la cité tout entière[39]. Ainsi, séduire l'épouse d'un autre est un crime très grave, car cela peut induire le doute sur l'ascendance des enfants nés de cette femme[39]. Les contacts des épouses avec d'autres hommes que leurs maris et les hommes de leur famille proche sont donc très limités[Johnson 3]. En dépit de l'interdiction formelle pour un homme de fréquenter l'épouse d'un autre, et même si dans l'idéal les hommes doivent également être fidèles à leurs épouses, dans la pratique ils peuvent s'engager dans des relations sexuelles avec des concubines, des prostitué(e)s, des étrangers ou des esclaves ; seule l'épouse est contrainte à la fidélité absolue[39],[Johnson 5]. La littérature, comme la mythologie, donnent nombre d'illustrations d'une plus grande liberté sexuelle des hommes par rapport à leurs femmes (Zeus et Ulysse en étant des exemples marquants)[Johnson 5].

Toutefois, il est incorrect de conclure que tous les mariages sont dépourvus d'amour et de désir : Homère, via ses descriptions de couples comme Hector et Andromaque, ou Ulysse et Pénélope, prouve le contraire[Johnson 3].

Comme dans la pédérastie, le mariage est donc asymétrique[40], une certaine différence d'âge est généralement constatée : alors que la mariée est adolescente (le plus souvent entre quatorze et dix-huit ans), l'époux a la trentaine[41]. La préférence pour des épouses plus jeunes vient probablement de la volonté des maris d'« éduquer » leurs épouses pour qu'elles gèrent les affaires de la maison comme ils le souhaitent[41]. Elle renforce également l'attitude patriarcale des Grecs, notamment leur opinion d'une infériorité intellectuelle féminine[41].

La bisexualité n'est pas ressentie comme contradictoire avec le mariage ; au contraire, Solon, ardant défenseur du mariage et de la famille (traditionnelle) loue également les « charmes juvéniles des garçons »[42].

Perception des épouses de la bisexualité masculine

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La sexualité hétérosexuelle et maritale a été profondément influencée par la place qu'occupent les relations homosexuelles dans la société et la culture grecques antiques, et la durée de ces pratiques tout au long de l'histoire de la Grèce[Cantarella 10]. Peu d'informations nous sont parvenues sur la perception qu'ont les femmes des affaires homosexuelles extra-conjugales de leurs maris[Cantarella 10]. On a pu estimer que la situation des femmes mariées était bien peu enviable, puisqu'elles doivent se soumettre à la volonté de leurs maris et leur rester fidèles, alors que les époux sont, eux, libres de s'engager dans des relations annexes, en particulier avec des jeunes hommes[Cantarella 11].

Cependant, il est possible que les adolescents soient non seulement une concurrence pour les épouses (détournant l'attention de leurs maris envers eux seuls) mais aussi pour les maris. En effet, à un certain âge, les garçons commencent à vouloir sortir d'une relation strictement homosexuelle pour s'intéresser aux femmes, et possiblement à celles de leurs amants[Cantarella 12].

Bisexualité dans divers aspects de la vie sociale grecque antique

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Armées et vie militaire

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Bisexualité et héroïsme vont de pair dans l'Antiquité ; les plus grands héros militaires de la mythologie grecque, puis romaine, sont ainsi bisexuels[43]. Les relations homosexuelles entre soldats peuvent permettre de créer des liens étroits entre eux et de maintenir un bon moral des troupes[43].

Dans la Grèce antique, les hommes Grecs imposent leur volonté aux autres membres de la société (femmes, enfants, autres hommes) ; il a été avancé que la sexualité d'une classe de guerriers hoplites, dominatrice — y compris envers d'autres hommes — peut être vue comme un des moyens d'imposer son autorité et sa virilité[44].

À Sparte, les relations entre un jeune soldat et un autre guerrier, plus âgé et marié, sont de nature à inculquer le dévouement militaire et l'héroïsme au combat au plus jeune[45].

Dans l'Athènes de l'époque classique, les jeunes hommes âgés de 18 ans entrent dans une formation de deux ans de type militaire, l'éphébie. Cette dernière peut être propice à une certaine camaraderie guerrière[46]. Une homosexualité passagère, précédant un mariage hétérosexuel, se retrouve par ailleurs dans certaines armées. Ainsi, Xénophon relate l'anecdote selon laquelle des mercenaires grecs, partis combattre pour Cyrus le Jeune, ont pris au passage des jeunes garçons pour leur servir de partenaires sexuels[Greenberg 9].

Le cas du Bataillon sacré, le corps d'élite de l'armée thébaine, est particulièrement notable. Formé au IVe siècle av. J.-C., il est constitué de 300 hommes, 150 couples d'hommes mûrs et de leurs jeunes compagnons, les paraibatai, qui reçoivent à leur maturité un kit militaire[Greenberg 9]. Il est alors estimé qu'une armée d'amants est susceptible de faire preuve de davantage de cohésion que les soldats de structures classiques[46].

De manière plus générale, les périodes de conflits militaires prolongés, impliquant une séparation de longue durée de soldats des femmes, est propice au développement de relations entre soldats[Greenberg 10].

Banquets

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Banqueteurs jouant au cottabe pendant qu'une musicienne joue de l'aulos (Musée national archéologique de Madrid).

Les banquets sont l'un des aspects fondamentaux de la sociabilité masculine grecque pour les classes supérieures[47]. Dans la Grèce archaïque et classique, les banquets sont un des lieux d'éducation des jeunes aristocrates, car les participants adultes conversent de sujets politiques et sociaux[48]. Les participants peuvent s'adonner à la récitation de poèmes, à raconter des blagues grivoises ainsi qu'à des ébats sexuels[47].

Les relations pédérastiques s'affichent ouvertement dans les espaces sociaux que sont les banquets[48]. Dans Le Banquet de Xénophon, un dénommé Callias, éraste du jeune Autolycos, invite son aimé et le père de celui-ci à l'un des banquets qu'il organise, le père accepte de bon cœur[48].

Des musiciens, des acrobates et d'autres artistes peuvent être présents pour animer la soirée[47]. Des rapports sexuels tarifés peuvent avoir lieu, les prostitués sollicités étant alors indifféremment des (jeunes) femmes et hommes, notamment des paides, très appréciés[Boehringer 1]. La prostitution n'est alors pas séparée des autres activités du banquet : musiciens, comédiens, danseurs - hommes comme femmes - louent à la fois leurs services artistiques et sexuels[Boehringer 2]. Ainsi les heratai fournissent « de la musique, du sexe et sans doute de la conversation », ce qui les distingue des prostituées plus classiques, les pornoi, qui sont souvent des esclaves[47].

Sur la poterie et vaisselle de banquet (notamment les kylikes) nous étant parvenues, de nombreuses scènes sexuelles, parfois crues, sont présentes ; elle représentent des relations autant hétérosexuelles qu'hétérosexuelles, incluent de la sexualité de groupe, et représentent des scènes tour à tour romantiques, hédonistes ou violentes[44].

« Il ne sera pas permis à Philiskos d'introduire dans la maison une autre femme à côté d'Apollônia, ni d'entretenir une concubine ou un garçon, ni d'avoir des enfants d'une autre femme du vivant d'Apollônia, ni d'habiter une autre maison dont Apollônia ne serait pas la maitresse […] »

Extrait de contrat de mariage retrouvé à Tebtynis[Boehringer 3].

Il a été retrouvé un contrat de mariage (Tebtynis, 92 avant J.-C.) interdisant au futur mari non pas de fréquenter d'autres femmes ou des jeunes hommes, mais cherchant seulement à protéger la future épouse, son mari s'engageant à ne pas dépenser l'argent du foyer dans ses amours extra-conjugaux et à ne pas corrompre sa potentielle succession légitime[Boehringer 3].

La mention des pallakai (ici traduit par « concubine ») confirme qu'il existe des couples non mariés, entre un citoyen (marié ou non) et une femme libre (étrangère ou non), ce statut - assez flou au demeurant - permettant a minima à la pallakai de ne pas être considérée comme une esclave ou une prostituée[Boehringer 4].

Ce contrat a également été analysé comme apportant une importance particulière à ce que le mari ne dépense pas trop d'argent pour ses jeunes amants masculins (le futur époux ayant l'interdiction d'« entretenir » financièrement un pais)[Boehringer 5]. Le contrat ne fait pas explicitement mention de prostitution masculine, mais l'historienne Sandra Boehringer conclut dans son analyse que « l'élan érotique n'est pas sexué et la culture grecque ne séparait pas l'attirance érotique pour une femme de celle ressentie pour un homme[Boehringer 5]. »

À Athènes, des règles strictes, attribuées à Solon, interdisent à des hommes adultes de pénétrer dans des écoles où étudient des adolescents, à l'exception des professeurs et de rares membres de leur famille (comme les fils ou frères des professeurs)[Cantarella 13]. Une loi protectrice similaire a été retrouvée dans la ville de Véria dans la période hellénistique[Cantarella 14]. La loi de Véria détaille les personnes étant interdites de séjour dans les gymanisum : les esclaves, les apeleutheroi (esclaves ayant été affranchis), leurs fils, les apalaistroi (semble-il les infirmes), les prostitués, les hommes qui ont des activités commerciales (étant alors vus comme de classe sociale inférieure), les alcooliques et les fous[Cantarella 14].

Ces lois ont été analysées comme n'interdisant pas les relations pédérastiques en soit, mais visant seulement à protéger les adolescents des tentatives de séduction par des érastes « de mauvaise qualité »[Cantarella 14].

Esclavage et prostitution

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Le jeune homme est assis sur une chaise et en érection, la femme, dénudée, s'avance vers lui pour s'assoir sur ses cuisses en position du chevauchement
Scène érotique entre un jeune homme et une jeune femme, probablement une prostituée ou une hétaïre. Détail d'une œnochoé attique à figures rouges, v. 430 av. J.-C., Locri (Italie).

Le recours à la prostitution, féminine comme masculine, n'est pas illégal en soi[22], l'ouverture de maisons closes d'État, les dicteria, étant même permise par Solon à Athènes[25]. En revanche, être accusé pour un homme de s'être prostitué ou soumis à d'autres hommes est un motif de disqualification dans l'arène politique[22]. Dans l'Athènes classique, un citoyen adulte peut avoir des relations avec des esclaves des deux sexes sans que cela ne pose en soit problème[20].

Des lois athéniennes prohibent aux esclaves de rentrer dans les gymnases, où nombre de relations pédérastiques se nouent. Il leur est également interdit de s'engager dans des relations avec des hommes nés libres ; en revanche les esclaves doivent rester à l'entière disposition de leurs maîtres, notamment sur le plan sexuel[Greenberg 11]. Des lois similaires, dans la ville de Véria, interdisent non seulement aux esclaves, mais aussi aux affranchis, à leurs enfants, aux prostitués, aux ivrognes et aux fous d'approcher un gymnase : l'objectif est de protéger la jeunesse de mauvaises influences, et d'empêcher des relations vulgaires et anti-éducatives[Cantarella 15]. Un discours d'Eschine indique que la punition pour un esclave qui chercherait à séduire un jeune homme libre est de cinquante coups de fouet[Cantarella 5].

Cependant, certains esclaves de confiance, appelés « pédagogues », sont dans certaines familles chargés par leurs propriétaires d’éduquer et de protéger leurs enfants des avances indésirables[49]. Artémidore de Daldis estime qu'il est bon d'avoir des relations sexuelles avec ses esclaves, hommes ou femmes[Greenberg 6] ; à ce titre, des relations de nature pédérastique peuvent exister avec des esclaves ou des prostitués[Greenberg 1]. Des relations entre hommes adultes peuvent également avoir lieu dans le cadre de la prostitution[25].

La réalité sociale du mariage en Grèce antique explique pourquoi beaucoup de sources primaires portant sur le désir ou l'amour hétérosexuels sont entre un homme et une prostituée, plutôt qu'un homme et son épouse[Johnson 3].

Quelques exemples notables

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Anacréon

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Tout comme Homère ou Pindare, Anacréon est un exemple majeur de bisexualité dans la poésie grecque antique[Encyclopédie 2] ; d'après la Souda, « sa vie fut consacrée à l'amour des garçons et des femmes et à la poésie. Il est l'auteur de chansons de banquet, de poèmes iambiques et de ce qu'on appelle les poèmes anacréontiques[50]. » Un article de l'American Journal of Philology compare ainsi les figures poétiques de Théognis de Mégare vis-à-vis de celle d'Anacréon : « Alors que « Théognis » est modéré, loyal, presque exclusivement pédéraste et concentré sur les affaires publiques, « Anacréon » est immodéré, libertin, bisexuel et concentré sur ses préoccupations privées[51]. »

L'helléniste Caroline Fourgeaud-Laville note qu'en Grèce antique, la poésie lyrique d'Anacréon  notamment celle où il déploie avec la même intensité son talent à louer la beauté d'une femme ou celle de Critias  est autant appréciée que celle de Sappho[52].

Alcibiade

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Réputé pour sa grande beauté, le général athénien Alcibiade « était connu pour avoir eu de nombreuses aventures avec des personnes des deux sexes. Il buvait beaucoup et faisait la fête dans les rues d'Athènes la nuit, en compagnie d'acteurs, de musiciens et de prostituées[Encyclopédie 3]. »

Diogène Laërce présente ainsi la vie amoureuse d'Alcibiade : « lorsqu'il était jeune, il détournait les hommes de leurs épouses, et lorsqu'il était plus âgé, il détournait les femmes de leurs maris[53],[54]. »

Philippe II

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Philippe II, roi de Macédoine et père d'Alexandre le Grand, est célèbre pour ses amours avec les hommes et les femmes. Une plaisanterie d'époque veut qu'il prenne une nouvelle épouse après chaque guerre, tout en entretenant des liaisons avec des jeunes hommes[55], dont le frère de son épouse Olympias, ainsi que Pausanias, son futur meurtrier[Encyclopédie 4]. Parmi les historiens antiques, Théopompe détaille l'appétit sexuel jugé important de Philippe pour les deux sexes[56].

Alexandre le Grand

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Deux statues de têtes coupées et assez endommagées d'Alexandre et Héphaistion placées côte à côte dans un musée.
Alexandre (à gauche) et Héphaistion (à droite), époque ptolémaïque, musée de la Villa Getty.

La question de la sexualité d'Alexandre le Grand est complexe et discutée dès l'Antiquité. Plutarque note que si l'ambition conquérante d'Alexandre est dévorante, il fait preuve dans les autres aspects de sa vie, dont sa vie amoureuse, de modération[57]. Alexandre épouse notamment Roxane. Cette relation est considérée par Plutarque comme étant sincère et une véritable histoire d'amour[58] ; de cette union naît de manière posthume Alexandre IV, son héritier[Encyclopédie 5]. L'attachement profond d'Alexandre envers Héphaistion est également bien attesté, la plupart des historiens modernes considérant que cette relation n'est pas uniquement platonique[58],[note 8].

Il est aussi rapporté dans des sources antiques un épisode où Alexandre embrasse — sous les acclamations de ses soldats[note 9] — le bel eunuque Bagoas, ce qu'Athénée interprète comme une preuve des goûts d'Alexandre pour les jeunes hommes[57]. Plutarque présente de son côté Bagoas comme l'éromène d'Alexandre[57] et des sources latines sont explicites sur la nature sexuelle de la relation entre Alexandre et Bagoas[note 10].

Si Brent Pickett avance sans s'y étendre les intérêts supposément « exclusifs » d'Alexandre pour les (jeunes) hommes[Stanford 2], pour l'historienne Virginie Girod, dépeindre Alexandre comme homosexuel est une « manipulation de l'Histoire[60]. »

Au XXe et XXIe siècles, Alexandre est fréquemment considéré — notamment par le sexologue spécialiste de la bisexualité Fritz Klein[61] ou par certains mouvements LGBT[note 11] — comme faisant partie des bisexuels célèbres de l'Histoire. Marjorie Garber (université Harvard) note de son côté qu'Alexandre est le « perpétuel favori » des listes de bisexuels célèbres[63]. La bisexualité d'Alexandre est toujours évoquée et discutée au XXIe siècle[64] : la représentation d'un Alexandre hétérosexuel, pour des motifs idéologiques, a été qualifiée d'exemple d'occultation de la bisexualité[65].

Bisexualité féminine

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Perception des contemporains

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Contrairement à la pédérastie éducative, les relations homosexuelles entre les femmes n'ont comparativement pas d'importance dans la bonne marche de la cité : ainsi, contrairement à la bisexualité masculine, les philosophes ne s'y sont pas intéressés[Cantarella 16]. Rares sont les sources primaires qui nous sont parvenues sur les amours entre femmes[Johnson 2] ; de fait, peu de choses sont connues sur la place qu'occupent les amours lesbiennes dans la vie des femmes grecques, et comment cela influence leurs relations avec les hommes[Cantarella 16].

Si Platon a une opinion plutôt positive des relations entre femmes dans Le Banquet, il semble changer d'avis dans Les Lois, où il critique les relations homosexuelles (masculines et féminines)[Johnson 2]. Asclépiade de Phlionte et Lucien de Samosate voient quant à eux les relations saphiques comme abominables, exotiques, intrigantes, perverses ou encore émoustillantes[Johnson 2]. La tolérance des relations entre femmes qu'ont les contemporains de Sappho semble disparaitre par la suite, dans l'Antiquité classique puis tardive ; dans les Dialogues sur les courtisanes de Lucien figurent des lesbiennes stéréotypiquement masculines, représentées de manière peu favorable[66].

En pratique, les informations qui nous sont parvenues sur cet aspect de la vie des femmes grecques (à l'exception du peu qu'en disent les hommes) nous proviennent de Sappho[Cantarella 16]. Issue d'une famille aristocratique, elle est mariée, et de cette union naît une fille[Cantarella 16]. Des critiques littéraires des siècles suivant sa mort affirment ses nombreuses relations avec des hommes : d’après ces sources anciennes, au moins quatre poètes auraient été ses amants[Encyclopédie 1].

Une partie de la poésie de Sappho loue les amours entre femmes[Johnson 2]. Sappho est à l'origine de lieux d'éducation de jeunes femmes avant leur mariage, où l'amour homosexuel féminin est célébré ; ces écoles peuvent être vues comme le pendant féminin de la pratique de la pédérastie pour les jeunes hommes[67]. De plus, l'amour de Sappho envers des femmes plus jeunes a été rapproché d'un équivalent de la dynamique éraste/éromène masculine[Johnson 2].

Représentations de la bisexualité grecque antique

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Dans la mythologie

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Deux peintures côte à côte, l'une représente Apollon pris de chagrin enserrant son amant Hyacinthe, venant d'être tué, l'autre représente Apollon poursuivant une nymphe
La Mort d'Hyacinthe de Jean Broc et Apollon et Daphné de John William Waterhouse. Apollon a poursuivi de ses ardeurs aussi bien des hommes que des femmes.

Les mythes grecs ont la particularité de mentionner trois cas différents de bisexualité, chacun avec un sens différent : celle de Tirésias, qui change de sexe par décision divine ; celle d'Hermaphrodite (la bisexualité dans le sens d'être bisexué) et celle qui concerne les sentiments amoureux, celle qu'évoque Aristophane dans son éloge d'Éros dans Le Banquet de Platon[68].

Dans la Grèce antique, les dieux comme les hommes sont indifféremment attirés par les deux sexes[25]. Zeus, l'époux d'Héra, a séduit le mortel Ganymède ; Poséidon, le mari d'Amphitrite, s'est engagé dans des relations homosexuelles avec Pélops ; Apollon a séduit de nombreuses femmes, dont Coronis (ainsi naquit Asclépios), mais s'est aussi engagé dans des relations avec des jeunes hommes, notamment Hyacinthe et Cyparisse[Encyclopédie 6]. Dans nombre de mythes, les relations homosexuelles sont des enlèvements de jeunes hommes par des dieux[17],[note 12].

Représentation côté à côte d'une fresque antique d'Europe chevauchant un taureau, et d'une peinture de Zeus, torse nu, assis sur son trône olympien avec une coupe de vin à la main, qui tient de l'autre la tête de Ganymède dénudé pour l'embrasser.
Fresque de Pompéi montrant Zeus transformé en taureau qui transporte Europe et Zeus embrassant Ganymède (XIXe siècle). Zeus s'engage dans des amours avec de nombreuses figures féminines, telle Europe, mais aussi avec Ganymède, jeune prince troyen décrit comme le plus beau des hommes.

De même dans Le Banquet de Platon, Aristophane relate un mythe platonicien : à l'origine, il existe trois types d'êtres humains, les mâles, les femelles et l'androgyne. Chaque être est pourvu de deux sexes : le mâle possède deux pénis, la femelle deux vagins, alors que l'androgyne possède les deux sexes[Brisson 9]. S'étant rebellés contre les dieux, ces êtres se retrouvent coupés en deux par Zeus en guise de châtiment ; pris de pitié pour l'espèce humaine, il demande toutefois à Apollon de les soigner afin qu'ils ne meurent pas de cette blessure. Malgré leur guérison, les êtres humains, à présent séparés, n'ont de cesse que de chercher à se retrouver par l'union sexuelle : ainsi il légitime les amours aussi bien hétérosexuelles qu'homosexuelles[46],[Brisson 10]. Dans le même texte, Phèdre estime que l'amour ultime « fait que les hommes, comme les femmes mourraient pour leur moitié », citant en exemple Alceste, prête à se sacrifier pour son mari Admète, et Achille, prêt à mourir pour Patrocle[69].

Enfin, nombre de héros grecs sont également bisexuels : Théocrite, dans ses Idylles, relate le désespoir d'Héraclès, ayant perdu son amant Hylas, kidnappé par des nymphes, séduites par sa beauté[Cantarella 17]. Ce mythe est d'ailleurs utilisé par Théocrite pour consoler Nicias du départ de son aimé, en cherchant à le convaincre qu'il est naturel pour un jeune homme de rechercher à un moment donné l'amour des femmes ; si Héraclès s'est résigné à perdre son Hylas, Nicias peut lui aussi faire de même avec son aimé[Cantarella 18].

Perception des contemporains

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Éros est représenté comme un jeune adolescent dénudé muni d'un arc qu'il prépare avant de viser de nouvelles victimes
L'Amour bandant son arc. Dans la Grèce antique, deux notions sont attribuées à Éros : nul ne peut échapper à ses flèches, et Éros lie indifféremment des personnes de même sexe, comme de sexes différents[Cantarella 3].

Considérations philosophiques et littéraires

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Confrontés à la coexistence du désir masculin de leurs contemporains pour les deux sexes, des philosophes grecs se sont penchés sur une double question : identifier les différences entre les amours envers les hommes par rapport aux amours envers les femmes, et chercher à déterminer lequel serait « supérieur », non d'un point de vue moral, mais social (utilité à la Cité)[Cantarella 19].

Dans Le Banquet de Platon, écrit au IVe siècle av. J.-C., ce qui pourrait bien faire de lui le plus ancien traité grec sur l'amour, notamment entre hommes[70], Pausanias ne semble pas contre le fait d'allier enseignement et relations sexuelles[71]. Pausianas critique d'ailleurs les hommes ayant une attirance érotique à la fois pour les femmes et pour les jeunes hommes (allant ainsi contre une tendance générale typiquement grecque selon Dover) en y opposant les hommes éprouvant une attirance exclusive  et selon Pausianas, plus « pure »  envers les jeunes hommes à la fin de l'adolescence[72]. Agathon ne rejette pas non plus la sexualité dans le cadre pédérastique : il estime que la « bonne » pédérastie concourt à l'éducation du jeune homme, les relations sexuelles ayant lieu lorsqu'il s'approche de l'éphébie (autour de 18 ans)[71]. Agathon rapproche le rapport sexuel, et l'éjaculation qui en découle, à la transmission du savoir, du plus expérimenté vers le plus jeune, à la manière d'un vase plein (le maître) qui remplit un vase vide (l'élève)[Brisson 11].

« Ce n'est ni l'incessante succession de beuveries et de parties de plaisir, ni les jouissances qu'on trouve auprès des jeunes garçons ou des femmes, ni celles que procurent les poissons et tous les autres mets qu'offre une table abondante, qui rendent la vie agréable […] » (132)


Toujours dans Le Banquet, Socrate[note 13] oppose à cette vision très classique de l'époque une autre approche, qu'il déclare tenir d'une étrangère, Diotime : l'éducation « féminine », basée sur la procréation[Brisson 12]. Dans La République, Socrate semble également être plus prudent sur l'aspect sexuel de la pédérastie, déclarant qu'un éraste : « doit avoir avec l'objet de ses soins des rapports tels que jamais on ne le soupçonne d'être allé plus loin, s'il ne veut pas encourir le reproche d'homme ignorant et grossier[71]. » Socrate est lui-même représenté comme n'étant pas insensible à la beauté des jeunes hommes, dépeignant, dans les Mémorables de Xénophon, « cette bête sauvage qui s'appelle « un garçon dans sa fleur », plus dangereuse que le scorpion, parce qu'elle inocule un venin qui rend sa victime folle, même si celle-ci n'entre pas en contact avec lui[33]. »

Platon a varié sur sa position sur les amours masculines, les soutenant dans Le Banquet, où il juge qu'il est parfaitement acceptable de faire la cour à un jeune homme, et admirable de réussir à le séduire[Greenberg 8]. Il semble faire évoluer sa position dans Les Lois (écrit lorsqu'il est plus âgé)[74], où il voit une « conduite si dégradante », et une pratique qui est, dit-il, « source de tant de maux non seulement privés mais publics[75],[Antique 3],[note 14]. » Platon critique là « les fortes passions » que la pédérastie peut engendrer chez ceux qui y participent[74] ; pour lui, l'amant devrait davantage se consacrer à l'âme du jeune homme qu'à son corps[Brisson 13].

« Celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes. »

Plutarque, Dialogue sur l'amour[Greenberg 12],[42].

Eschine, quant à lui, déclare qu'il a dans sa jeunesse été en relations avec de jeunes hommes, et leur a écrit des poèmes érotiques ; il ne condamne pas ce type d'amour en général, mais seulement ce qu'il nomme les « amours mercenaires[Cantarella 20]. » Dans Contre Timarque, Eschine s'élève contre son contemporain Timarque, en exigeant qu'il ne puisse s'exprimer à la tribune car Timarque, ruiné après avoir dépensé sa fortune en jeux et en fréquentant des prostituées, devient le courtisan financièrement entretenu d'un autre homme[76]. Eschine obtient gain de cause et Timarque se retrouve privé du droit à la parole[76].

Pour Zénon de Kition, le fondateur de l'école stoïcienne, il faudrait choisir ses partenaires sexuels, non pas en fonction de leur sexe ou de leur genre, mais en fonction de leurs qualités personnelles[12].

La bisexualité est également présente fréquemment et mentionnée incidemment dans les sources primaires et la littérature grecque. Ainsi, Lucien de Samosate, dans Le navire ou les souhaits, présente un personnage imaginaire qui souhaiterait obtenir un anneau magique réalisant tous ses désirs : l'objet enchanté, selon le personnage, ferait tomber amoureux de lui « les beaux garçons, les femmes, et des peuples entiers »[Greenberg 3]. Dans les sources primaires en général, les jeunes hommes et les femmes sont largement vus comme étant interchangeables les uns avec les autres ; Xénophon note dans l'Anabase qu'après une guerre, lorsque a été donné l'ordre de libérer des prisonniers, « les soldats obéirent, sauf lorsque certains contrebandiers, poussés par le désir d'un beau garçon ou d'une belle femme, réussirent à s'enfuir avec ce butin[Greenberg 3]. »

Platon, dans Les Lois, note qu'il est tout à fait possible d'exercer une maîtrise de ses désirs sexuels en louant l'exemple d'un athlète qui, durant toute la durée de son entraînement, s'abstient de toute relation avec « une femme ou un jeune »[Greenberg 3].

L'Iliade n'indique pas explicitement que les liens qui unissent Achille et Patrocle sont de nature pédérastique, mais cela est interprété en ce sens par l'ensemble des auteurs de l'époque classique[Brisson 7]. Il ne semble pas clair qui est l'éraste et qui est l'éromène, et il est même possible que ces rôles ne s'appliquent pas à ces 2 hommes : Achille est décrit dans l'Iliade comme étant clairement supérieur (il a le plus de prestige, donne des ordres), alors que Patrocle prend parfois en charge des tâches domestiques comme faire la cuisine et s'occuper des blessés[77]. Pourtant, Achille est particulièrement loué pour sa beauté, et il est le plus jeune des deux[77]. En tous les cas, Achille et Patrocle ont chacun des relations avec des femmes, en plus de la relation qui les unit[77].

La bisexualité est également très présente dans les comédies d'Aristophane, dont les héros semblent ouverts à n'importe quelle opportunité sexuelle sans attachement (tant qu'ils sont actifs), une approche qui horripile Socrate et Platon[78]. Dans Les Grenouilles, Héraclès demande à Dionysos, qui confesse une envie sexuelle, si son désir se porte sur une femme, une jeune homme ou un homme mûr - cette dernière option étant un ressort comique, Dionysos étant le seul dieu grec a avoir été représenté comme étant sexuellement passif[78]. À la fin des Chevaliers, le protagoniste se voit offrir comme récompense à la fois un jeune homme et plusieurs femmes[78].

Comparaison de l'amour des femmes et des jeunes hommes

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Cypris allume les feux de l'amour féminin,
Éros, lui, pourvoit au désir masculin.
Qui dois-je préférer ? La mère ou bien son enfant ?
Cypris me dit : « Pour toi, Éros est triomphant. »

 Méléagre, Choix, exemple poétique de présomption de bisexualité[Greenberg 13]

Le thème de la comparaison de l'amour des femmes et de l'amour des jeunes hommes, et de leurs avantages respectifs, est un classique de la littérature grecque ancienne, et est fréquemment débattu par les hommes d'esprit[Cantarella 21]. Par exemple, Ératosthène fait l'apologie des relations avec les femmes : celles-ci durent bien plus longtemps que celles avec les garçons, puisque la beauté de ces derniers s'évanouit avec l'apparition d'une barbe[Cantarella 21]. Plutarque apporte lui aussi sa préférence à l'amour des femmes, mais pour une raison différente : partager toute sa vie avec son épouse mène selon lui à la vertu[Cantarella 21]. Strabon, pour sa part, indique que ses goûts le poussent davantage du côté des jeunes hommes[Cantarella 21]. Les Lettres érotiques de Philostrate d'Athènes incluent une alternance de lettres d'amour adressées à des femmes et à des jeunes hommes[79].

Les nombreux exemples de débats comparants l'amour des jeunes hommes et l'amour des femmes dans la littérature grecque ne doivent ainsi pas être compris comme une opposition philosophique entre homosexualité et hétérosexualité, mais comme un simple exercice d'apprentissage de la rhétorique, où l'orateur s'entraîne à utiliser successivement des arguments en faveur d'une position, puis de la position inverse[17].

Représentations artistiques

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Statue sans bras d'Aphrodite, seins nus.
Statue de jeune homme nu, debout, de face.
Aphrodite, déesse de l'Amour, représente le canon de beauté érotique féminin (Vénus de Milo, époque hellénistique, v.  150–130 av. J.-C.).
Kouros, idéal de beauté masculine adolescente dans la Grèce archaïque (statue grecque, v.  530 av. J.-C.).

Avec la littérature grecque antique subsistante, les arts picturaux sont la seconde importante source primaire sur les pratiques et préférences sexuelles des Grecs anciens[Androutsos 4]. Nombre de vases et de bas-reliefs datant du VIe au IVe siècle av. J.-C. permettent d'étudier le sujet[Androutsos 4]. Les thèmes des vases érotiques évoluent dans le temps : jusqu'à la fin du VIe siècle av. J.-C., les vases ne contiennent que des scènes de coït (vulve et anus), tandis que le sexe oral ou les orgies ne sont pas représentées. Des chercheurs en ont conclu qu'elles ne sont pas acceptées socialement à cette époque, ce qui ne signifie pas non plus qu'elle ne seraient pas du tout pratiquées[Androutsos 1].

Dans les représentations de rapports hétérosexuels, le coït vaginal semble autant représenté que la sodomie, ce qui semble indiquer que cela est un type de rapport socialement acceptable[Androutsos 1]. Il est possible que la sodomie soit vue comme un moyen de contraception[Androutsos 1].

Les relations pédérastiques sont abondamment présentes dans les représentations artistiques de l'époque, notamment sur des poteries ; elles sont présentées comme faisant partie des expériences habituelles des hommes de bonne société[80]. Il convient de noter que des relations sexuelles homosexuelles sont peu souvent explicitement dépeintes (les sodomies entre hommes en particulier sont assez rarement représentées artistiquement[6]) bien qu'ayant beaucoup retenu l'attention des universitaires[81]. Dans les vases étudiés par l'historien Kenneth Dover (vers 560 à 475 av. J.-C.), l'éraste est toujours représenté à gauche, pliant légèrement les genoux, une main sur le menton de l'éromène, une autre vers son pénis[6]. L'éromène est représenté comme se tenant droit, impassible, et n'étant pas en érection[6].

Plus d'un millier de vases, réalisés entre 550 et 420 av. J-C., portent des inscriptions kalos[82]. L'adjectif grec καλός, « beau » , est polysémique et les artisans potiers jouent du mot en lui donnant différentes significations en fonction des objets et scènes représentés. Ces images ambiguës sont donc difficiles à interpréter[82]. Néanmoins, souvent, kalos qualifie un jeune homme, parfois nommément, dans des expressions comme ho pais kalos, « le bel enfant » ou, par exemple, E[u]ruptolemos kalos, « le bel Euryptolemos »[83], sans que cet individu soit nécessairement représenté sur le vase[84]. Beaucoup plus rarement, une inscription kalè, « belle », caractérise une femme[84]. Beaucoup de savants du 20e s. pensent que ces vases ont été réalisés sur commande d'un érastes pour son éromène, mais cette explication n'a plus les faveurs des érudits du siècle suivant[82]. Comme ces objets sont liés à la culture homoérotique du banquet grec[83], il est possible de comprendre ces inscriptions comme l'expression d'un toast en l'honneur du jeune homme désigné nommément ou de tout autre jeune présent au repas[82]. Peut-être ces vases sont-ils un indice que les artisans-potiers et les élites grecques partagent, à travers leurs différentes classes sociales, certaines idées sur la bisexualité[82].

Les Kouros sont des sculptures de jeunes hommes nus datant de la Grèce archaïque ; ils représentent l'idéal de beauté pédérastique de cette époque[Encyclopédie 1].

Postérité

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Question de la postérité dans la Rome antique

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La bisexualité romaine a parfois été mise sous le compte de son hellénisation. Paul Veyne s'inscrit en faux contre cette interprétation, jugeant que « Rome n'a pas attendu l'hellénisation pour avoir de l'indulgence envers une certaine forme d'amour masculine[85]. » Il remarque en revanche que l'on peut beaucoup rapprocher les bisexualités grecque et romaine  la plupart du vocabulaire latin sur l'homosexualité est constitué d'emprunts du grec[Greenberg 14] , citant notamment la poésie d'Horace, dans laquelle il « répète qu'il adore les deux sexes », les pièces de Plaute, et plus globalement la littérature latine dans son ensemble, notant qu'« un des thèmes consacrés de la littérature légère était de mettre en parallèle les deux amours et de comparer leurs agréments respectifs[86]. »

Scène de sodomie d'un jeune homme par un autre, semblant plus âgé et plus musclé, et ayant une couronne de lauriers sur la tête. Tous les deux sont imberbes.
Scène de sexe avec un Puer delicatus, coupe Warren.

Les bisexualités grecques et romaines antiques présentent des similitudes et des différences. D'un côté, pour les Romains comme les Grecs, l'opposition fondamentale n'est pas les relations hétérosexuelles contre les relations homosexuelles, mais plutôt le statut d'« actif » (réservé aux hommes libres) contre celui de « passif » (naturel pour les femmes et les jeunes hommes)[Cantarella 22]. À Rome comme à Athènes, on désapprouve et se moque de l'homme adulte sexuellement passif[Cantarella 22].

Ces rapprochements ne doivent pas pour autant éclipser les différences, au rang desquels l'absence de caractère éducatif de la relation pédérastique à Rome est un point important[Cantarella 22]. Ensuite, dans la culture romaine, l'homme libre est né et éduqué pour être un conquérant, dominateur, qui subjugue le monde à sa volonté, y compris d'un point de vue sexuel[Cantarella 22]. Si le Romain domine sexuellement naturellement des femmes, il peut tout à fait également dominer des hommes (toujours en endossant le rôle actif), à partir du moment où ce ne sont pas d'autres Romains[Cantarella 22]. À ce titre, si le Romain peut sans problème sodomiser des jeunes hommes esclaves, il n'est en revanche pas concevable de dominer sexuellement de jeunes Romains : un Romain ne pourrait pas devenir une fois adulte une force dominante et invincible s'il a été lui-même soumis dans sa jeunesse[Cantarella 22].

Renaissance italienne

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La Renaissance a vu une résurgence de l'art et de la pensée grecques, conduisant à la naissance de l'humanisme ; ainsi en Italie, cet humanisme « conduit à une tolérance croissante envers l'hédonisme et la bisexualité, considérés comme des valeurs classiques[87]. » La production culturelle reflète ce retour aux valeurs antiques : nombre d'artistes ayant des attirances homosexuelles créent des œuvres rappelant les thèmes antiques[87]. Ainsi par exemple Le Sodoma peint pour le mécène Agostino Chigi une freque ayant un thème bisexuel, dépeignant à la fois Alexandre le Grand, Roxane son épouse et Héphestion son favori ; Alexandre comme Héphestion s'inspirant dans cette œuvre de l'Apollon du Belvédère, statue du « plus vigoureusement bisexuel » des dieux de l'Olympe[87].

La redécouverte de la pensée grecque antique durant la Renaissance italienne fournit également un cadre permettant aux Florentins de justifier comme de condamner des relations homosexuelles[88].

Ainsi, par exemple, une certaine fluidité sexuelle dans le temps se développe alors à Florence : comme en Grèce antique, les rôles sont stricts : les partenaires adolescents sont sexuellement passifs, les hommes de vingt ans et plus sont actifs, puis la grande majorité des hommes se marient dans la trentaine[89]. À la différence de la Grèce, une fois mariés, les hommes ne s'engagent globalement plus dans des relations pédérastiques[89]. Ce comportement sexuel est très répandu : à la fin du XVe siècle, deux tiers des hommes ayant atteint 40 ans font l'objet d'une enquête pour « sodomie » ; plusieurs milliers sont condamnés[88],[89]. Loin d'exclure les relations hétérosexuelles, ces relations homosexuelles sont vues comme faisant partie d'un développement sexuel banal, menant vers la vie adulte[89]. Les Florentins eux-mêmes considèrent alors généralement la sodomie comme un délit relativement mineur, passible d'une amende, plutôt que comme un péché grave et une transgression contre nature[89].

Il est difficile de parler d'une culture homosexuelle proche de la nôtre à l'époque moderne, puisque beaucoup des hommes ayant des relations homosexuelles ont aussi des relations hétérosexuelles ; Benvenuto Cellini, Pierre l'Arétin ou encore le cardinal Francesco Maria Del Monte en sont quelques exemples[Greenberg 15].

Reconnaissance contemporaine

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De nos jours, la bisexualité grecque antique demeure l'un des exemples de société bisexuelle (ou « non-hétérosexuelle »[90]) dans l'histoire les plus fréquemment cités et les mieux connus du grand public[91],[92]. Frédéric Joignot note par exemple pour Le Monde que si la bisexualité moderne est peu visible, « la bisexualité était pourtant courante, courue et normale puisque nous parlons de normes — dans la Grèce antique[42]. » La Grèce antique est également présente dans les travaux ou réflexions de penseurs importants de la bisexualité moderne : Freud se base sur l'exemple de la bisexualité grecque antique pour avancer ses théories de la bisexualité psychique dans Trois essais sur la théorie sexuelle[93]. De même, un autre théoricien moderne de la bisexualité, Wilhelm Stekel, estime dans Bi-Sexual Love (1920) « qu'un seul peuple a formellement reconnu la nature bisexuelle de l'homme : les Grecs[94]. » Au XIXe siècle, l'« amour grec » est associé au libertinage, « le libertin corrompu, blasé sur l'acte simple du coït, (n'a) plus d'autre idée que le dénaturer[95] », tandis que dans les années 1980 il est avancé que la Grèce antique est allée si loin dans la pédérastie qu'« elle [en] est devenue le signe de [sa] civilisation »[96].

Plus largement, la sexualité grecque antique occupe une place à part dans les imaginaires européens modernes, place qui n'est pas uniquement due au prestige de cette civilisation en tant que source de la civilisation occidentale[6] ; alors que la sexualité des Celtes ou des Saxons par exemple ne passionne pas les foules, les pratiques sexuelles grecques antiques font l'objet d'une attention particulière depuis des siècles[97].

Impact sur le langage

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Par métonymie, les mœurs sexuelles de la Grèce antique ont été associées dans la culture et le langage contemporains aux relations entre hommes. Chez Sade ou Flaubert, « socratiser » signifie sodomiser[98],[99]. L'« amour socratique » fait référence à la pédérastie depuis Voltaire[100],[95]. Dans la Grande-Bretagne victorienne, où les relations entre hommes sont illégales, est souvent employé l'euphémisme de « Greek love », « amour Grec », ou l'expression moins flatteuse de « vice innommable des Grecs »[101]. En langue française, l'expression « va te faire voir chez les Grecs »  qui n'a rien à voir avec la Grèce moderne  est attestée depuis 1946[102]. Les insultes homophobes « pédé » ou « pédale » viennent d'un amalgame abusif entre l'homosexualité et la pédérastie grecque antique[103].

Le mot « saphisme », inspiré étymologiquement de Sappho, est un synonyme de relations lesbiennes depuis au moins le XIXe siècle[104].

Influences sur la culture LGBT moderne

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Eva Palmer-Sikelianos, Natalie Barney, Liane de Pougy et d'autres femmes dans le jardin de Barney en train de rejouer en costumes Équivoque, une pièce de Barney sur la vie de Sappho.

Jennifer Ingleheart (université de Durham) note que « l'amour « platonique », la lesbienne Sappho, la bande sacrée de Thèbes » sont quelques-uns des mythes et stéréotypes sur la Grèce antique circulant encore de nos jours[105]. Toutefois, de manière distincte (donc plus bénigne) que la déformation militante de l'histoire pour des objectifs idéologiques, la culture LGBT populaire a souvent emprunté ou s'est inspirée de thèmes grecs, les gays étant réputés « adorer » la Grèce antique[101]. Ainsi, Ganymède et Antinoüs sont deux icônes gays ; tous deux arrachés jeunes à des vies monotones par des figures puissantes (roi des dieux ou empereur), ils ont fait l'objet d'une certaine identification par des générations d'homosexuels, et ont été l'objet de représentations artistiques des siècles après leur mort[106]. Ces deux figures sont encore populaires de nos jours dans les milieux homosexuels ; le carré « gay » du cimetière du Congrès américain contient un obélisque avec le nom d'Antinoüs gravé dessus[106].

Sappho, qui aime les hommes et les femmes, est devenue une figure centrale et mythifiée de la culture lesbienne contemporaine[107]. Si jusqu'au XVIIIe siècle, la légende de Sappho reste enveloppée de mystère, son association avec le désir lesbien prend progressivement de l'ampleur à partir du XIXe siècle en Occident, certaines femmes bâtissant alors des communautés et des identités spécifiques, inspirées de Lesbos[108].

Des références à l'Antiquité grecque ont eu lieu durant des marches des fiertés, certains participants se déguisant en version stéréotypée de guerriers spartiates[109].

Dans la sexualité gay contemporaine, les rapports sociaux et les normes entre les actifs et les passifs (ces derniers pouvant être dévalorisés, vus comme moins virils, considérés comme n'étant pas de « vrais hommes », etc.) s'inspire de la vision des rapports homosexuels masculins de la période gréco-romaine et en reste assez proche[110].

Historiographie

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Bien que le sujet soit connu depuis des siècles (on parle par exemple durant les Lumières de « vice grec »[95]), l'étude académique et la reconnaissance des pratiques homosexuelles dans la Grèce antique sont restées longtemps limitées, les universitaires et savants étudiant la Grèce antique étant longtemps extrêmement réticents à l'idée de reconnaître ce qu'ils considèrent à l'époque comme un « défaut » ou une « horrible aberration », dans une civilisation autrement admirée et louée comme un modèle de rationalité[Cantarella 23],[97].

Au XIXe siècle, deux philologues Allemands, Karl Otfried Müller et Moritz Hermann Eduard Meier, s'intéressent au sujet de la pédérastie grecque, Meier publiant un article éponyme dans l'Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste[36]. Les relations homosexuelles mentionnées dans de nombreux textes et sources primaires grecs sont souvent censurées jusqu'au XXe siècle[95]. Les universitaires Français, par exemple, alternent entre « la censure, le mépris ou le silence gêné » jusqu'aux années 1970-1980[3].

Il en est de même sur la question des « origines », supposées ou réelles, des pratiques homosexuelles grecques[Cantarella 23]. En 1907, l'Allemand Erich Bethe propose une théorie qui sera immédiatement, et pour plusieurs années, acceptée : il affirme dans un article que ces pratiques auraient été importées des Doriens[111],[Cantarella 23]. Cette approche, bien que dénoncée comme fausse dès les années 1950, jouit pendant un certain temps de l'approbation générale ; le prétexte d'une influence étrangère permettant de « laver » le peuple grec de l'invention de ces pratiques homosexuelles, jugées à cette époque négativement[Cantarella 23]. Il estime aussi que le but de la pédérastie est « la transmission de la perfection morale à travers le sperme de l'aîné, reconnu comme le support matériel de la vertu virile[36]. »

Kenneth Dover publie en 1978 Homosexualité grecque, qui devient rapidement un classique[2],[6]. Cet ouvrage fondateur, érudit, a aussi le mérite de dissiper un certain nombre de mythes sur un prétendu « âge d'or » de l'homosexualité[Universalis 1]. L'œuvre de Dover influence par la suite, entre autres, Michel Foucault, dont les apports sur ce champ d'études sont également remarqués, via son Histoire de la sexualité[2],[3]. La sexualité antique est également investie par les gender studies et les gay studies, non sans controverse, notamment du fait que certains auteurs se revendiquent explicitement comme homosexuels militants[36],[112]. L'étude de la sexualité dans les périodes antiques n'est en effet pas sans débats et considérations sur les problèmes méthodologiques que ce sujet d'étude pose aux hellénistes[113]. L'un de ces clivages est le débat entre le courant de pensée « essentialiste » (qui voit l'homosexualité comme étant une catégorie universelle, transhistorique, valide dans toutes les époques et cultures) et les « constructionnistes », qui eux insistent sur son caractère historiquement et culturellement situé[114].

Au XXIe siècle, la sexualité gréco-romaine sort définitivement de l'ombre, la production scientifique sur ce sujet s'accroît, et elle continue de susciter un intérêt important (par exemple, les cours des universités anglo-saxonnes portant sur les sexualités antiques sont très suivis de leurs étudiants)[115].

Lieux communs et tentatives de récupération

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Kenneth Dover note dès 1978 dans Greek Homosexuality toute la difficulté de traiter sereinement le sujet de la sexualité grecque antique du fait de deux formes de militantisme, opposées, mais teintant toutes deux les recherches de leurs auteurs : certains sexologues et universitaires « sont secrètement homosexuels, leur « recherche » n'[étant] qu'une apologie déguisée », alors qu'au contraire, d'autres chercheurs sont profondément homophobes, mais ne l'assument pas dans leurs écrits[36].

Récupération militante et construction du mythe moderne d'une pseudo « utopie gay »

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Dès le XIXe siècle se construit dans des imaginaires gays et lesbiens le mythe d'un paradis homosexuel grec antique[116]. Subissant de nombreuses et importantes discriminations, nombre d'homosexuels et de lesbiennes du XIXe siècle et XXe siècle idéalisent ainsi la Grèce antique, certains se rendant en quasi-pèlerinage en Grèce[note 15]Lesbos en particulier pour les lesbiennes) pour se rapprocher d'un prétendu passé perdu, supposément tolérant de l'homosexualité[Universalis 1],[116]. Ces fantasmes sans nuance ont depuis été largement battus en brèche par la recherche historique[Universalis 1],[22],[116],[101].

Ainsi, David Halperin, helléniste homosexuel, remarque qu'ayant grandi en subissant l'homophobie, son attrait pour les lettres classiques a été suscité par sa lecture des représentations homosexuelles chez Platon, mais qu'il s'est rapidement rendu compte en approfondissant ses études qu'il ne se serait pas du tout épanoui s'il avait vécu dans l'Athènes classique : on aurait considéré son homosexualité aberrante et il aurait été attendu de lui qu'il se marie à une femme et fonde une famille[117]. Nikos Vrissimtzis, auteur de Love, Sex and Marriage: A Guide to the Private Life of the Ancient Greeks, va dans le même sens en estimant que « contrairement à l'opinion populaire, ce monde-là n'était pas un paradis pour les homosexuels[118]. » Un article de The Crisis conclut que « Socrate, Platon, Aristote, Xénophon et Cicéron […], malgré les difficultés et les complexités inhérentes aux interprétations de leurs écrits par un public moderne, ne peuvent être considérés comme les précurseurs de la libération gay moderne[22]. »

Photo en noir et blanc d'un jeune homme dénudé, allongé sur un tapis, avec une couronne de fleurs sur la tête et quelques fleurs séchées à ses pieds.
Nu d'adolescent, avec couronne de fleurs sur la tête, exemple de photographie homoérotique à thème antique de Wilhelm von Gloeden.

Depuis le XIXe siècle, les mœurs sexuelles de la Grèce antique sont fréquemment instrumentalisées dans un but d'avancée des droits des homosexuels : « l'appropriation homosexuelle de l'histoire relève […] d'une tentative éthico-politique de définir un style de vie, contre l'homophobie[95]. » Ainsi, Karl-Maria Kertbeny (créateur du mot « homosexuel ») utilise l'argument du prestige de la Grèce antique comme une arme politique pour lutter contre la pénalisation de l'homosexualité de son temps[95]. En 1883, John Addington Symonds commence par compiler des écrits grecs antiques dans sa quête de rendre plus noble les amours masculines[Greenberg 16]. L'Antiquité grecque est également invoquée par Oscar Wilde lors de sa défense durant son procès suivant le scandale causé par sa relation avec Alfred Douglas[116]. Par la suite, le mouvement LGBT moderne, né avec les émeutes de Stonewall, a fréquemment mobilisé l'exemple des mœurs grecques antiques pour tenter de légitimer la sexualité gay[101]. La Grèce antique est également mentionnée au XXe siècle siècle dans les débats juridiques contre la pénalisation légale de l'homosexualité aux États-Unis[22]. Ainsi, bien que le concept d'« homosexualité grecque » a été déconstruit depuis des décennies[95], le magazine LGBT Out écrit en 2024 un article intitulé « Chers conservateurs : oui, la Grèce antique était gay comme pas deux » suite à des réactions négatives envers la représentation de la bisexualité d'Alexandre le Grand dans une série[119].

De son côté, le journal grec Proto Thema (en) estime, en 2019, bienvenu que les droits LGBT aient avancé, mais il s'élève contre une présentation artificielle et trompeuse de personnages de l'histoire et des mythes de l'Antiquité grecque comme étant homosexuels, jugeant qu'il n'est pas utile « de violer et de modifier l'histoire au nom de la fierté gay[120]. » L'anthropologue Margaret Mead note dès 1975 que si les relations homosexuelles entre un homme plus jeune et plus âgé sont connues et fréquemment citées, « on oublie souvent que les hommes plus âgés avaient aussi des femmes et des enfants[121]. »

Double hache dorée.
À l'époque moderne, le mouvement lesbien féministe s'est approprié le labrys (une double hache d'origine minoenne), le faisant figurer sur son drapeau[122].

Wilhelm von Gloeden, homosexuel allemand du XIXe siècle, se rend dans le pourtour méditerranéen pour photographier des adolescents après les avoir faits revêtir costumes ou accessoires censés rappeler l'Antiquité grecque[116]. Alastair Blanshard, responsable du département Antiquité de l'Université du Queensland, y voit une tentative d'« échappement désespérée et entêtée » de von Gloeden vis-à-vis de la société dans laquelle il évolue[116].

Inversement, la Grèce antique a aussi été utilisée pour faire barrage aux droits des homosexuels : aux États-Unis, le juge Samuel Alito invoque l'exemple grec pour s'opposer au mariage homosexuel[116].

Idée reçue d'une société sexuellement débridée

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Le mythe d'une société totalement libre et ouverte sur le plan sexuel subsiste parfois[25],[Johnson 5], que The Guardian résume par ces mots : « [les Grecs seraient] beaux, hédonistes et totalement dépourvus de toute inhibition. Ils couchent avec des personnes du même sexe et du sexe opposé, font l'amour en groupe tout en buvant du vin dans des récipients magnifiquement peints, tandis que des esclaves jouent de la flûte[97]. » Cette autre idée reçue est également démentie[25]. Sandra Boehringer (Université de Strasbourg) le formule en ces termes : « Si l’homosexualité et hétérosexualité n’existent pas, les usages et les normes des Anciens font apparaître une cartographie érotique qui n’est pas pour autant celle d’un érotisme permissif et sans limites[9]. »

Tentative d'instrumentalisation dans les discours pédophiles

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L'histoire de la Grèce antique a été instrumentalisée par des propagandistes faisant de l'apologie de la pédophilie[123]. La pédérastie grecque n'a pourtant rien à voir avec de la pédophilie, les âges de seize et dix-sept ans étant considérés comme les âges les plus séduisants chez les jeunes hommes[Encyclopédie 1].

Notes et références

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Notes explicatives

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  1. Il est à noter que les Grecs font une distinction entre leurs vies sexuelles personnelles et leurs devoirs vis-à-vis de la Cité et de leur foyer[Johnson 1].
  2. Voir notamment « [Cette approche] montre à quel point les Anciens n'opposaient pas la normalité des relations hétérosexuelles à l'anormalité des amours entre personnes de même sexe » et le reste de l'article : Sandra Boehringer, « Sexe, genre, sexualité : mode d'emploi (dans l'Antiquité) », Kentron [En ligne], 21, 2005, mis en ligne le 3 avril 2018, consulté le 22 septembre 2025. (lire en ligne).
  3. Toutefois, Peter Finocchiaro, un universitaire enseignant la philosophie, défend l'usage du terme « bisexualité » pour la Grèce antique : prenant l'exemple d'Alcibiade, il estime correct d'utiliser ce concept pour le décrire, et conclut qu'il est tout à fait possible de parler de bisexualité non seulement dans le contexte historique de la Grèce antique, mais aussi dans d'autres périodes pré-modernes (il cite par exemple la Chine ancienne et l'Angleterre du Moyen Âge)[4].
  4. Assumption of bisexuality selon l'expression de Greenberg.
  5. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne reconnaissent pas que certains hommes préfèrent les femmes, et d'autres des hommes[14],[Greenberg 3].
  6. L'homme est alors un citoyen à part entière, qui peut prendre part à la gestion de la Cité, alors que l'adolescent n'obtiendra ces droits qu'à la fin de son éducation.
  7. Dans de rares cas, des garçons de douze ans au minimum[Brisson 5] et de vingt ans, voire un peu plus au maximum, peuvent être sollicités dans le cadre de la pédérastie[Encyclopédie 1].
  8. L'historienne américaine Jeanne Reames, Ph.D, directrice des recherches sur la Méditerranée antique au sein de l'université du Nebraska à Omaha, et notamment spécialiste de la Grèce antique, d’Alexandre le Grand, du Proche-Orient antique[59], cite nommément les historiens suivants : Hamilton 1973: 31, Africa 1982, E.N. Borza (conversation personnelle avec Jeanne Reames), Bosworth 1988, E. Carney (conversation personnelle avec Jeanne Reames), Green 1991, Heckel 1992, Lane Fox 1974 and 1980, O'Brien 1992, Renault 1975. Elle note une différence entre les historiens post-émeutes de Stonewall (début du mouvement pour la visibilité et l'émancipation LGBT), qui reconnaissent la probable composante sexuelle de la relation Alexandre-Héphaistion, alors que les précédents ont plutôt tendance à ne pas évoquer le sujet ou à le nier.
  9. Il existe deux versions de l'histoire : chez Plutarque, le baiser est donné après que les soldats d'Alexandre lui ont bruyamment réclamé ; dans celle d'Athénée, Alexandre embrasse Bagoas de son plein gré, puis l'embrasse une seconde fois après la demande enthousiaste du public[57].
  10. « He remarks upon the herd of eunuchs who attended the royal concubines and who were themselvesthe objects of the king’s sexual pleasure (6.6.8 ipsi muliebria adsueti: they were accustomed to acting as women), and claims that Bagoas had been Darius’sexual favourite before he assumed that same role for Alexander (6.5.23; cf. 10.1.25 Alexandrum obsequio corporis devinxeratsibi: [Bagoas] had bound Alexander to him by submitting his body23); Curtius’Orxines, moreover, labels Bagoas the king’s whore (scortum)[57]. »
  11. Voir par exemple le dossier du journal LGBT The Advocate sur « Alexandre le Grand, le célèbre dirigeant bisexuel de Grèce antique »[62].
  12. Bernard Sergent note que les mythes sur la pédérastie indiquent toujours une initiation ; ce n'est qu'à la fin de la période classique et à la période hellénistique alors que se multiplient les récits mentionnant la pédérastie qu'apparaissent des mythes qui en font un usage hors de tout contexte initiatique[11].
  13. Dans l'Alcibiade majeur, Socrate dit être le premier éraste d'Alcibiade[Antique 1], de son côté, Aristodème est qualifié d'éraste de Socrate, et cela signifie seulement qu'il est plus vieux que Socrate[73]. Socrate est souvent troublé à la vue de beaux jeunes gens, comme Charmide par exemple[Antique 2].
  14. Dans Les Lois, Platon s'interroge sur le remède à trouver pour « se préserver d'un tel danger » (τοιούτου κινδύνου), si contraire au but visé par le législateur dans la cité, c'est-à-dire l'acquisition de la vertu. Plus nettement encore, il considère l'amour masculin comme contre nature ; le personnage de l'Athénien s'adresse à Mégillos de Lacédémone et Clinias de Crète en ces termes : « Si, dans le domaine sexuel, on suit la nature (άκολουθῶν τῇ φύσει / akolouthōn tē physei), on redonnera force de loi à ce qui se faisait avant Laïos et l'on interdira d'user, comme de femmes, d'hommes et de jeunes garçons dans ces relations, appelant en témoignage la nature animale pour montrer que, dans les relations sexuelles, le mâle ne s'attaque pas au mâle, parce que ce serait contre-nature[Antique 4]. ».
  15. Mykonos reste de nos jours une destination prisée du tourisme gay[21].

Références

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Publications universitaires

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  • Georges Androutsos et Aristide Diamantis, « La vie sexuelle des grecs anciens », Andrologie, Histoire de la Médecine, Faculté de Médecine, Université d'Athènes, Grèce, vol. 17, no 4, , p. 343-352 (lire en ligne Accès libre [PDF]).
  1. Brisson 2007, p. 55.
  2. 1 2 Brisson 2007, p. 56.
  3. Brisson 2007, p. 56-57.
  4. 1 2 3 4 5 Brisson 2007, p. 58.
  5. 1 2 3 Brisson 2007, p. 57.
  6. Brisson 2007, p. 59-60.
  7. 1 2 Brisson 2007, p. 60.
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  9. Brisson 2007, p. 44.
  10. Brisson 2007, p. 44-45.
  11. Brisson 2007, p. 11.
  12. Brisson 2007, p. 11-12.
  13. Brisson 2007, p. 63.
  1. Cantarella 2002, p. xv.
  2. Cantarella 2002, p. viii.
  3. 1 2 Cantarella 2002, p. 3.
  4. Cantarella 2002, p. 54-55.
  5. 1 2 Cantarella 2002, p. 17.
  6. Cantarella 2002, p. xvi.
  7. Cantarella 2002, p. 16.
  8. Cantarella 2002, p. 6-7.
  9. Cantarella 2002, p. 51.
  10. 1 2 Cantarella 2002, p. 88.
  11. Cantarella 2002, p. 88-89.
  12. Cantarella 2002, p. 89.
  13. Cantarella 2002, p. 27-28.
  14. 1 2 3 Cantarella 2002, p. 28.
  15. Cantarella 2002, p. 28-29.
  16. 1 2 3 4 Cantarella 2002, p. 78.
  17. Cantarella 2002, p. 89-90.
  18. Cantarella 2002, p. 90.
  19. Cantarella 2002, p. 54.
  20. Cantarella 2002, p. 21.
  21. 1 2 3 4 Cantarella 2002, p. 73.
  22. 1 2 3 4 5 6 Cantarella 2002, p. xviii.
  23. 1 2 3 4 Cantarella 2002, p. 4.
  1. 1 2 3 4 5 Greenberg 1998, p. 143.
  2. Greenberg 1998, p. 143-145.
  3. 1 2 3 4 5 Greenberg 1998, p. 145.
  4. Greenberg 1998, p. 144.
  5. Greenberg 1998, p. 149.
  6. 1 2 Greenberg 1998, p. 147.
  7. 1 2 3 Greenberg 1998, p. 142.
  8. 1 2 Greenberg 1998, p. 148.
  9. 1 2 Greenberg 1998, p. 115.
  10. Greenberg 1998, p. 110.
  11. Greenberg 1998, p. 120.
  12. Greenberg 1998, p. 146.
  13. Greenberg 1998, p. 144-145.
  14. Greenberg 1998, p. 154.
  15. 1 2 Greenberg 1998, p. 308-309.
  16. Greenberg 1998, p. 4.
  1. Johnson 2004, p. 3.
  2. 1 2 3 4 5 6 Johnson 2004, p. 4.
  3. 1 2 3 4 5 Johnson 2004, p. 2.
  4. Johnson 2004, p. 1-2.
  5. 1 2 3 Johnson 2004, p. 1.
  1. Boehringer 2018, p. 48-49.
  2. Boehringer 2018, p. 51.
  3. 1 2 Boehringer 2018, p. 52.
  4. Boehringer 2018, p. 52-53.
  5. 1 2 Boehringer 2018, p. 53.

Encyclopédies

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  1. (en) Brent Pickett, « Homosexuality », dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy, Metaphysics Research Lab, Stanford University, (lire en ligne Accès libre) :
    « Probably the most frequent assumption about sexual orientation, at least by ancient Greek authors, is that persons can respond erotically to beauty in either sex. »
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) Brent Pickett, « Homosexuality », dans The Stanford Encyclopedia of Philosophy, Metaphysics Research Lab, Stanford University, (lire en ligne Accès libre).
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Sources antiques

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Annexes

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages

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Articles

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  • Georges Androutsos et Aristide Diamantis, « La vie sexuelle des grecs anciens », Andrologie, Histoire de la Médecine, Faculté de Médecine, Université d'Athènes, Grèce, vol. 17, no 4, , p. 343-352 (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Marilyn Arthur-Katz, « Sexuality and the body in ancient Greece », Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. 4, no 1, , p. 155–179 (DOI 10.3406/metis.1989.934 Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sandra Boehringer, « Sexe, genre, sexualité : mode d’emploi (dans l’Antiquité) », Kentron. Revue pluridisciplinaire du monde antique, no 21, , p. 83–110 (ISSN 0765-0590, DOI 10.4000/kentron.1801 Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Sandra Boehringer, « Des sociétés d’avant la sexualité, des sociétés d’avant la norme : étudier l’Antiquité après Foucault », dans Une histoire au présent : Les historiens et Michel Foucault, CNRS Éditions, coll. « CNRS Alpha », , 17–40 p. (ISBN 978-2-271-12998-7, lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Sandra Boehringer et Stefano Caciagli, « The age of love: gender and erotic reciprocity in archaic Greece », Clio. Women, Gender, History, no 42, , p. 25–52 (ISSN 2554-3822, DOI 10.4000/cliowgh.1021 Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Eva Cantarella, « L'hermaphrodite et la bisexualité à l'épreuve du droit dans l'antiquité », Diogène, vol. 208, no 4, , p. 3–15 (ISSN 0419-1633, DOI 10.3917/dio.208.0003 Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Bernard Champion, « L'homosexualité grecque est-elle soluble dans les gay studies ? », Travaux & documents, Journées de l'Antiquité et des Temps Anciens 2016-2017, , p. 57-74 (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Julie Mazaleigue-Labaste, « De l'amour socratique à l'homosexualité grecque », Romantisme, vol. 159, no 1, , p. 35–46 (ISSN 0048-8593, DOI 10.3917/rom.159.0035 Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sources traitant d'hermaphrodisme

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  • Luc Brisson, « Bisexualité et médiation en Grèce antique », in Nouvelle revue de psychanalyse, 1973, p. 27-48.
  • Eva Cantarella, « L'hermaphrodite et la bisexualité à l'épreuve du droit dans l'Antiquité », Diogène, no 208, .

Articles connexes

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