Avion bombardier d'eau
Un avion bombardier d'eau (ABE)[1], ou communément canadair en Europe par antonomase de son constructeur le plus connu[2],[3], est un avion utilisé pour la lutte contre les feux de forêt. Ces appareils sont munis de réservoirs, d'eau ou de liquide retardant, qui sont vidés au-dessus du feu pour le circonscrire.


Missions des avions bombardiers d'eau
modifierL'ABE peut larguer de l'eau, ou un mélange d'eau additionné de retardant. Ce dernier, à l'apparence d'un produit coloré (rouge), recouvre la végétation d'une pellicule ignifuge. Cet additif est une combinaison de sel ignifugeant (phosphate d'ammonium), d'épaississant (gomme ou argile), de quelques composants de moindre importance et d'oxydes de fer (colorant qui permet de repérer les zones déjà traitées). Par météo défavorable (règle des trois 30) les ABE peuvent exercer une veille aérienne, soutes pleines, à titre préventif.
Contraintes
modifierLes avions bombardiers d'eau sont soumis à des contraintes très importantes :
- ils doivent larguer au plus près du feu et doivent pour ce faire voler à basse altitude dans des reliefs souvent tourmentés (entraînant des changements de direction et d'altitude importants), avec des turbulences atmosphériques générées par les incendies et souvent des vents forts (puisqu'on les envoie en priorité sur les feux à propagation rapide, donc avec un vent important) ;
- le largage lui-même provoque des contraintes importantes, notamment en raison du changement de masse rapide et important de l'aéronef (un Canadair CL-415 largue par exemple en 1,2 seconde ses 6 tonnes d'eau, pour un poids à vide de moins de 13 tonnes).
Les ABE sont donc soumis à des difficultés de pilotage et à des contraintes énormes, ce qui explique la fréquence des accidents, et notamment de ruptures en vol (en particulier rupture par fatigue).
Histoire
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Les premiers bombardiers d'eau ont été les Catalina ; ces appareils étaient au départ des hydravions bombardiers-patrouilleurs militaires créés au milieu des années 1930, pour la lutte anti-sous-marine, les patrouilles côtières et le sauvetage maritime. Produits par le constructeur Consolidated, puis Convair, certains d'entre eux furent transformés en bombardiers d'eau après la Seconde Guerre mondiale. Puis, la société Canadian Vickers (devenue Canadair) les reconditionna en modèle 28-5, relancé pour servir l'ARC puis pour cet usage spécifique. Ce sont les précurseurs du Canadair CL-215 qui, lui, est conçu spécifiquement pour être utilisé comme bombardier d'eau.
Les ABE les plus connus sont ceux de la marque Canadair (constructeur Bombardier). Ce sont des hydravions qui remplissent leurs soutes en vol rasant sur les plans d'eau. Deux modèles sont en service, le CL-215 puis le CL-415 ; le CL-415 emporte 6 100 litres.
Modèles d'avions bombardiers d'eau
modifier- Avions de la California Air National Guard montrant leurs capacités de lutte contre l'incendie.
- Le Boeing 747 Supertanker N479EV en action lors de l'incendie du Carmel de 2010, le plus grand bombardier d'eau mis en service.
- Canadair CL-215T de la force aérienne espagnole en mai 2005.
- Un bombardier d'eau français, modèle Canadair CL-415 en mission.
- Tracker S2F larguant un retardant sur le Camp des Garrigues en 2006.
Projets
modifierAirbus CASA C-295
modifierAirbus dispose depuis 2013 d'un prototype de CASA C-295W en configuration de bombardier d'eau[13] auquel la France s'intéresse pour le renouvellement de sa flotte, prévoyant un financement dans ce sens à partir de 2017[14].
Airbus A319
modifierEn 2024, la compagnie américaine Neptune Aviation Services (aéroport international de Missoula) a déclaré qu'à partir de la saison 2027, elle exploitera l'Airbus A319 converti. La compagnie apprécie tant la capacité (1,5 fois plus de retardant à transporter) que l'avionique plus avancée, en comparaison du BAe 146-200 qui est actuellement exploité. La conversion sera effectuée à Toulouse, au sein de l'entreprise Aerotec et Concept[15].
Airbus A400M
modifierEn 2021, Airbus commença, en collaboration avec la division aéronautique d'Akka Technologies, à étudier un usage particulier de l'A400M, en tant que bombardier d'eau. La solution retenue est l'installation d'un kit, ne nécessitant aucune modification de l'appareil[16]. Il s'agit d'une citerne que l'on fait glisser dans la soute de l'avion (roll on/roll off) dans laquelle on l'arrime et qui peut-être rapidement installée, deux tuyaux courant le long de la rampe permettent le largage de l'eau[17].
Grâce à cette configuration, un A400M peut transporter au moins 10 tonnes d'eau à larguer (contre 6 pour un Canadair)[18]. À la différence d'autres appareils actuellement en usage, il pourra atterrir même sur la plage pour se ravitailler en eau, ce qui ne durerait que 5 à 10 minutes[18]. En en Espagne, avec ce kit, Airbus réussit à larguer jusqu'à 20 tonnes d'eau en 10 secondes à une altitude de 45 mètres et une vitesse de 230 km/h[18]. En 2023, Airbus a effectué de nouveaux essais durant deux semaines en Espagne. Un kit amélioré a été testé et s'est avéré 30% plus efficace. Cette version évoluée est capable d'utiliser du retardant. Désormais, le constructeur attend la réponse des autorités[19].
En 2025, devant l'intérêt manifesté par la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises, une série de largages d'essais et de démonstrations du kit feux de forêt est effectuée à Nîmes-Garons[20]. Et dans l'article de La Tribune Toulouse, apparu le , Jean-Brice Dumont, directeur de sa division, a indiqué que certains clients de l'A400M avait commandé des kits pour adapter leurs appareils[21].
Les premières interventions de l'A400M configuré dans la lutte pour les incendies ont lieux dans les Landes (France) pour lutter contre les incendies des forêts de pins à l'été 2026[22].
Hynaero Frégate-F100
modifierLe Hynaero Frégate-F100 est un projet d'hydravion à coque bombardier d'eau promu par la jeune pousse Hynaero, d'abord basée à Mérignac près de Bordeaux avant de s'installer à Istres fin 2025[23], proche de Marseille. Le coût du programme atteindrait un milliard d’euros[24]. Soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine, mais aussi par le gouvernement et la Commission européenne, l'entreprise prévoit dans un premier temps de s’installer sur l'aéroport de Bordeaux-Mérignac pour procéder à son assemblage, puis finalement à Istres (Bouches-du-Rhône), la Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'État apportent 7 millions d'euros au capital de l'entreprise[23]. Le premier prototype volera en 2029 pour une entrée en service opérationnel espérée en 2031[25].
Kepplair 72
modifierLe Kepplair 72, dénommé The Forest Keeper, est un projet d’avion multirôle bombardier d’eau développé par la société française Kepplair Evolution[26]. Basé sur l’ATR72[27], il est conçu pour la lutte contre les feux de forêts et d’autres missions civiles ou humanitaires, grâce à une configuration modulable.
Positive Aviation FF72
modifierLe FF72, amphibie, développé par Positive Aviation est aussi sur une base d'ATR72. Deux versions seraient à l'étude : une scooper (écopage) et une traker (même base que le KE72). Les points d'attache des flotteurs seraient en lieu et place du train principal et sur l'avant de la cellule. L'emport en eau de la version scooper serait de 8 000l. La vitesse d'écopage serait légèrement supérieure à celle du CL-415 (≃98knts au lieu de ≃90knts)
Roadfour Seagle
modifierAutres
modifierEnfin, des constructeurs travaillent sur un mini bombardier d'eau (UBE), d'une capacité d'environ 250 litres.
En France
modifierEn France, les avions bombardier d'eau effectuent deux types de missions :
- veille aérienne préventive, soutes pleines[29], on parle alors de « guet aérien armé » ou « GAAR » (mission principale des Bombardier Dash 8-Q-400 MR).
- attaque curative (mission principalement effectuée par les Canadair CL-415, mais aussi par les Bombardier Dash 8-Q-400 MR).
En mission de GAAR, l'ABE suit un circuit préétabli, survolant les zones à risque, pour surveiller tout signe d'apparition ou de développement d'un incendie. S'il en détecte un (flamme ou fumée, annonciateurs avec probabilité élevée d'un feu naissant), il informe son COZ de rattachement et il effectue un largage, dont le but est d'essayer de « tuer » le feu avant son extension. Il a donc un double rôle de détection et d'action significative à délai minimum contre les éclosions.
Durant leur parcours les avions du GAAR peuvent être appelés à traiter des feux récemment établis :
- qui auraient échappé à la vigilance d'un aéronef précédent, ou qui se seraient développés après son largage,
- situés sur un front difficilement accessible, non encore traité par les autres ABE,
- en protection d'une zone répertoriée (lotissement, camping, centre de vacances...) ou d'une équipe au sol menacée d'encerclement par les flammes (les hommes se réfugiant dans leurs camions-citernes forestiers).
Filmographie
modifier- Always de Steven Spielberg, 1989
- Pompiers du Ciel, DVD documentaire d'Alain Maire, Viva Productions/Altipresse, 2005
Notes et références
modifier- ↑ « Avions anti-incendies en Provence | Provence 7 », sur Provence 7 / A Vivre, A Voir, A…, (consulté le ).
- ↑ « La petite histoire des mots – Le Courrier », sur le-courrier.ch (consulté le )
- ↑ « Pourquoi les avions de lutte contre les incendies s'appellent "Canadair" ? », sur RTL, (consulté le )
- ↑ (en) « Air Tractor AT-802 : Civilian and Military Users of This Iconic Aircraft », sur www.governmentprocurement.com (consulté le )
- ↑ Frédéric Marsaly, « La mission impossible des pompiers du ciel américains », Air & Cosmos, no 2322 S,
- ↑ (en-US) Babak Taghvaee, « The Fate of the Beriev Be200 in Aerial Firefighting | AerialFire Magazine », (consulté le )
- ↑ (en) Bombardier Aerospace, « Program Status Report - Q Series Aircraft » [PDF], (consulté le )
- 1 2 (en)« Bombardier Sells Four Bombardier 415 Amphibious Firefighting Aircraft to an Undisclosed Customer », Bombardier, (consulté le )
- ↑ (en) Sumit Singh et Daniel Martínez Garbuno, « Are There Any DC-6 Aircraft Still Flying Today? », sur simpleflying.com via Internet Archive, (consulté le ).
- ↑ « Boeing: Historical Snapshot: DC-7 Transport », sur web.archive.org, (consulté le )
- ↑ (en) « Frequently Asked Questions », sur Erickson Aero Tanker, .
- ↑ Avia news, « Chine, l’AG600 certifié ! », sur avianews.ch, .
- ↑ « Airbus développe avec Coulson un C295W version bombardier d'eau », sur lesechos.fr via Internet Archive, .
- ↑ Denis Fainsilber, « La France va progressivement renouveler ses bombardiers d'eau », sur lesechos.fr via Internet Archive, .
- ↑ (en) Daniel Martinez Garbuno, « US's Netune Aviation to add converted A319 airtankers », CH-Aviation, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « "L'Airbus A400M bientôt capable de lutter contre les incendies ?" », sur journal-aviation.com via Internet Archive, .
- ↑ « "Interview de Jean-Brice Dumont, directeur du programme militaire d'Airbus" », sur francetvinfo.fr, .
- 1 2 3 « Lutte contre les incendies : Airbus a testé un kit transformant un A400M en bombardier d'eau en quelques minutes », sur francetvinfo.fr, .
- ↑ « VIDEO. Une capacité de largage trois fois supérieure à celle des Canadairs... Airbus modernise son kit de lutte anti-incendie sur l'A400M », La Dépêche, (lire en ligne)
- ↑ Fréderic Marsaly, « L'A400M et son kit feux de forêt en essai à Nîmes », Aero Buzz, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Laurent Lagneau, « Airbus envisage de nouvelles missions pour son avion de transport A400M « Atlas » », Zone Militaire, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Thomas d'alessandro, « Airbus A400M : l’armée française déploie son avion anti-feu dans le Sud-Ouest avec une capacité de largage inédite », journal, (lire en ligne
) - 1 2 « L'avion bombardier d'eau d'Hynaero quitte Bordeaux pour s'installer à Istres », sur www.latribune.fr, (consulté le ).
- ↑ Armees.com, « Le Canadair a un successeur et il est français : le Frégate-F100 », sur MSN, (consulté le ).
- ↑ « Les futurs avions de lutte contre les incendies seront français », Air et Cosmos, (consulté le ).
- ↑ « Site web de Kepplair-Evolution », sur kepplair-evolution.com.
- ↑ (en) ATR, « Présentation de l'ATR 72 », sur ATR.
- ↑ Laurent Fabri, « Seagle, un projet belge pour remplacer les canadairs », L'Echo, (lire en ligne
) - ↑ « Protéger la forêt contre les incendies », Direction de la Sécurité Civile, (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Pierre Otelli, Canadair : Histoires authentiques, Levallois-Perret, Altipresse, , 348 p. (ISBN 2-911218-31-0, présentation en ligne)
- Pélicans infos, revue annuelle, L'amicale des pompiers du ciel
- Jean Barbaud et Alexandra Zainal, Pompiers en zings, Saint-Egrève, Ed. Mosquito, (ISBN 2-908551-68-3) (livre d'images et textes humoristique)
- Michèle Garrigues, Au-dessus de l'enfer : histoire du combat aérien contre les feux de forêt, Paris, A. Michel, , 247 p. (ISBN 2-226-08807-5)
- Frédéric Marsaly, Les Bombardiers d'eau en images, Rennes, Marines, , 95 p. (ISBN 978-2-915379-67-9) (répertoire illustré des principaux avions de cette catégorie, en France, aux États-Unis, au Canada...) [présentation en ligne]
- Charles Fortunato, Les "Canadair" à la rescousse, Marignane, Rockson, , 239 p. (ISBN 2-903090-01-7)
- Frédéric Marsaly et Samuel Prétat, Bombardiers d'eau Canadair Scoopers, Éditions Minimonde76, 2012 (ISBN 978-2-9541-8180-6) [présentation en ligne]
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Pélican 46 (CL-215 no 46)
- Le Bombardier d’eau Dash 8-Q400 MR de la Sécurité civile (2005). https://www.netpompiers.fr
- (de) CL-215 no 21 - Musée de Sinsheim
- (en) EADS- Irkut Seaplane - Pour le Beriev 200
- « Le Be-200 un hydravion amphibie polyvalent de nouvelle génération », sur groupeaeronefs.free.fr
- (en) De Havilland DHC-515 Officially Launched! - 01/04/2022
