Butorphanol
Le butorphanol est un dérivé agoniste-antagoniste opioïde ayant une activité μ-antagoniste, κ-agoniste et σ-agoniste, contrairement à la plupart des opiacés. Il est utilisé comme un analgésique fort chez l'être humain et comme un analgésique et antitussif chez certains animaux (cheval, chien, chat), notamment en contexte pré- et post-opératoire[2]. Comme pour tous les opioïdes, les consommateurs de butorphanol s'exposent à une addiction physique et psychique sévère — pouvant intervenir à tout moment et persister durant le traitement — et à la mort par asphyxie en cas de surdose[2]. Son utilisation prolongée ou abusive s'accompagne d'un syndrôme de sevrage sévère. Il est réservé au traitement des douleurs intenses chez les patients pour lesquels les autres options thérapeutiques sont inefficaces, mal tolérées ou autrement inadéquates[2]. La dysphorie qu'il provoque limite son potentiel de détournement et de mésusage à des fins récréatives[3].
| Butorphanol | |
| Identification | |
|---|---|
| Nom UICPA | 17-(cyclobutylméthyl)-morphinane-3,14-diol |
| No CAS | |
| No ECHA | 100.050.717 |
| No CE | 255-808-8 |
| Code ATC | N02 « QR05DA90 » |
| PubChem | 5361092 |
| SMILES | c12[C@@]34[C@@]([C@H]([N@@](CC5CCC5)CC3)Cc1ccc(c2)O)(CCCC4)O , |
| InChI | InChI : InChI=1/C21H29NO2/c23-17-7-6-16-12-19-21(24)9-2-1-8-20(21,18(16)13-17)10-11-22(19)14-15-4-3-5-15/h6-7,13,15,19,23-24H,1-5,8-12,14H2/t19-,20+,21-/m1/s1 |
| Apparence | Poudre cristalline blanche • Solution limpide |
| Propriétés chimiques | |
| Formule | C21H29NO2 [Isomères] |
| Masse molaire[1] | 327,460 5 ± 0,019 6 g/mol C 77,02 %, H 8,93 %, N 4,28 %, O 9,77 %, |
| Données pharmacocinétiques | |
| Liaison protéique | ~80 % |
| Métabolisme | Hépatique (hydroxylation) |
| Demi-vie d’élim. | 3 heures |
| Excrétion | |
| Considérations thérapeutiques | |
| Classe thérapeutique | Antalgique opioïde de palier IIb |
| Voie d’administration | Voies orale, intraveineuse, intramusculaire et sous-cutanée |
| Antidote | Naloxone |
| Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire. | |
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Histoire
modifierIl est synthétisé par Monkovic en 1971[4].
Mode d'action
modifierLe butorphanol est un agoniste opioïde partiel du récepteur mu et un agoniste complet du récepteur kappa. Son action thérapeutique est l'analgésie. La posologie de ce médicament est ajustée pour limiter les effets indésirables et notamment la dépression du système respiratoire et la dépression du système nerveux. En l'absence de dysfonctionnement respiratoire significatif, l'administration intraveineuse de 2mg de butorphanol et de 10mg de sulfate de morphine entraînent une dépression respiratoire d'une ampleur comparable chez l'être humain[2]. La naloxone est l'antidote d'urgence à utiliser pour neutraliser l'effet des opioïdes sur le système respiratoire.
Utilisation / Posologie
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Le butorphanol est 7 fois plus analgésique que la morphine et 100 fois plus anti-tussif que la codéine, mais ce dernier usage est aujourd'hui réservé à la médecine vétérinaire, notamment chez le chien[5]. En médecine vétérinaire, le butorphanol est moins analgésique que la morphine. Il est classé dans les antalgiques de palier IIb, ce qui lui confère une indication contre les douleurs viscérales modérées à sévères et les douleurs somatiques faibles. Le butorphanol est intéressant dans l'analgésie multimodale en combinaison avec les α2-agonistes, comme la médétomidine, car il permet de diminuer leurs doses : 0,2 mg kg−1 de butorphanol avec 20 µg kg−1 de médétomidine par voie intraveineuse ou intramusculaire.
Outre les voies classiques d'administration (intraveineuse - IV - intramusculaire - IM - sous-cutanée - SC - voie orale - VO), le butorphanol peut être utilisé en perfusion intraveineuse au débit de 0,1 à 0,4 mg kg−1 h−1 chez le chien. Enfin, le butorphanol est commercialisé en spray nasal (formes non disponibles en France) en oto-rhino-laryngologie[6].
| Posologie | Voie d'administration | Latence de l'effet | Durée de l'effet | |
| Chien | 0,2 à 0,4 mg·kg-1 | IM, IV | 10 à 20 min | 20 min à 3 heures |
| Chien | 0,5 à 2 mg·kg-1 | VO | 30 min | 6 à 8 heures |
| Chat | 0,1 à 0,8 mg·kg-1 | IM, IV, SC | 10 à 20 min | 2 à 4 heures |
Pharmacologie
modifierLe butorphanol a un temps de demi-vie plasmatique d'environ 1,5 heure. La durée de son effet analgésique dispose d'une grande variabilité interindividuelle. Au bout d'1 heure, son pic de concentration sérique est maximal. Lorsque tous les récepteurs opioïdes μ et κ sont saturés, le butorphanol subit un effet plafond, aux doses de 0,5 à 0,6 mg kg−1, doses à partir desquelles l'effet sédanalgésique n'augmente plus. Le butorphanol passe la barrière placentaire et ses concentrations dans le plasma fœtal sont équivalentes à celles dans le plasma maternel. Par voie orale, le butorphanol subit un important effet de premier passage hépatique puisque seule 1/6ème de la dose se retrouve dans le plasma. Son catabolisme est essentiellement hépatique, sous forme inactive, par hydroxylation, N-désalkylation et glucuronoconjugaison. Ses anabolites sont principalement excrétés via les urines.
Effets indésirables / Toxicologie
modifierLe butorphanal présente les mêmes effets indésirables que les autres opioïdes: myosis, constipation, nausées, vomissements etc. L'usage prolongé des opioïdes peut par ailleurs entraîner une carence en hormones androgènes: baisse de la libido, impuissance, dysfonctionnement érectile, aménorrhée ou infertilité. En raison de son activité agoniste des récepteurs σ, il provoque également une dysphorie (mal-être, angoisse, et inconfort psychologique)[3].
Contrairement à d'autres opioïdes tels que la morphine ou le fentanyl, qui bloquent de plus en plus la respiration si l'on augmente les doses, le butorphanol a un effet plafond. De ce point de vue, il présente une sécurité élevé, reflétée par des indices thérapeutiques élevés : 16 (IV), 29 (IM) et 63 (SC). La DL50 chez le chien est de 50 mg kg−1. En cas d'intoxication aiguë, le butorphanol provoque les symptômes d'une dépression du système nerveux central (ataxie, convulsions, léthargie) et du système cardio-respiratoire (bradypnée, bradycardie), ainsi que des symptômes digestifs (constipation, diarrhée, anorexie). En cas d'intoxication aiguë, il est nécessaire d'administrer de la naloxone à la dose de 40 µg kg−1 par voie intraveineuse, intramusculaire ou sous-cutanée.
Interactions médicamenteuses
modifierLe butorphanol ne doit pas être administré avec les opioïdes μ-agonistes, comme la morphine, qu'il antagonise. L'érythromycine et la théophylline sont susceptibles de diminuer le métabolisme du butorphanol.
Législation
modifierLe butorphanol n'est pas (encore) inscrit en liste I des substances vénéneuses. Ce n'est pas un stupéfiant du point de vue de sa catégorie légale. En France, l'Agence nationale du médicament vétérinaire recommande un usage strictement réservé aux vétérinaires.
Commercialisation
modifierEn médecine vétérinaire, en France :
- Torbugésic
- Dolorex
Notes et références
modifier- ↑ Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
- 1 2 3 4 Hospira, Inc., « Butorphanol Tartrate Injection, USP CIV labelling notice », sur labeling.pfizer.com, (consulté le )
- 1 2 (en) Dhanalakshmi Koyyalagunta, « Opioid Analgesics », dans Pain Management, Elsevier, , 939–964 p. (ISBN 978-0-7216-0334-6, DOI 10.1016/B978-0-7216-0334-6.50117-5, lire en ligne)
- ↑ https://www.sciencedirect.com/topics/neuroscience/butorphanol
- ↑ (en-US) « Antitussive Drugs in Animals - Pharmacology », sur Merck Veterinary Manual (consulté le )
- ↑ TRONCY É., LANGEVIN B. Analgésie des Carnivores domestiques, Éd. du Point Vétérinaire, 2001, page 67.
Bibliographie
modifier- (en) Hosgood G. « Pharmacologic features of butorphanol in dogs and cats » J. Am. Vet. Med. Assoc. 1990;196,1:135-136.
- (en) Tyner LC, Greene SA, Hartsfields SM. « Cardiovascular effects of butorphanol administration in isoflurane-O2 anesthetized healthy dogs » Am. J. Vet. Res. 1989;50(8):1340-1342.
- (en) « Effects of 0.1, 0.2, 0.4, and 0,8 mg·kg-1 of intraveinous butorphanol on thermal antinociception in cats » Vet. Anaesth. Analg. 2003;30(2):108.
- (en) Ansah OB, Vainio O, Hellsten C. et al. « Postoperative pain control in cats: clinical trials with medetomidine and butorphanol » Vet. Surg. 2002;31(2):99-103.
- (en) Vandaële E. « Le butorphanol : un opiacé enfin disponible en France » Le Point Vétérinaire 2006;270(37):16-17.
- (en) Branson KR, Gross ME, Booth NH. (1995) « Opioid agonists and antagonists ». in: Adams HR. Veterinary Pharmacology and Therapeutics. 7th Ed., Iowa: University Press, 1995, p. 299-300.
- (en) Plumb DC. Veterinary Drug Handbook, 6th Ed., Iowa, Blackwell Publishing, 2008, p. 156-160.
- Troncy É, Langevin B. Analgésie des Carnivores domestiques, éd. du Point Vétérinaire, Maisons-Alfort, 2001, 210 pages.
