Codéine

composé chimique

La codéine, ou 3-méthylmorphine, est l'un des alcaloïdes contenus dans le pavot somnifère (Papaver somniferum). Elle est utilisée comme analgésique et comme antitussif narcotique. Elle a été isolée pour la première fois en 1832 par le chimiste français Pierre Jean Robiquet. Son nom provient du nom en grec de la tête de pavot : κώδεια, kốdeia.

Codéine
Image illustrative de l’article Codéine
Image illustrative de l’article Codéine
Structure 2D et modèle boules-bâtonnets de la codéine.
Identification
Nom UICPA (5R,6S)-7,8-didehydro-4,5-époxy-3-méthoxy-N-méthylmorphinan-6-ol
No CAS 76-57-3
No ECHA 100.000.882
No CE 200-969-1
Code ATC R05DA04 N02AA59
DrugBank DB00318
PubChem 5284371
ChEBI 16714
SMILES
InChI
Apparence Poudre blanche • Solution limpide
Propriétés chimiques
Formule C18H21NO3  [Isomères]
Masse molaire[1] 299,364 2 ± 0,017 g/mol
C 72,22 %, H 7,07 %, N 4,68 %, O 16,03 %, 299.4 g/mol
pKa 8,21[2]
Propriétés physiques
fusion 157,5 °C[3],[4]
Solubilité
Précautions
Directive 67/548/EEC
Nocif
Xn


Écotoxicologie
LogP 1.39
Données pharmacocinétiques
Biodisponibilité ~ 90 % (orale)
Liaison protéique importante
Métabolisme Hépatique (CYP2D6)
Demi-vie d’élim. 2-4 h[6]
Excrétion

Urinaire

Considérations thérapeutiques
Classe thérapeutique Analgésique opiacéAntitussif opiacé
Voie d’administration Orale, intrarectale, SC, IM
Conduite automobile Déconseillée
Antidote naloxone
Caractère psychotrope
Catégorie Hypnotique analgésiquenarcotique
Mode de consommation

Ingestion

Risque de dépendance Moyen à élevé (physique et psychique) si usage non thérapeutique ou à doses élevées/sur le long terme
Composés apparentés
Autres composés

codéthyline (éthylmorphine)


Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.
Molécule de codéine.

Morphinique, la codéine est utilisée seule mais aussi en association avec du paracétamol ou de l'ibuprofène pour en potentialiser l'effet analgésique, souvent dans des préparations classées au palier 2 de l'échelle des antalgiques de l'OMS[7].

Comme tous les antidouleurs à base d'opioïdes, elle présente un risque de dépendance physique et psychologique rapide, une accoutumance qui oblige à en augmenter progressivement les doses pour conserver le même effet, et le surdosage peut entraîner une détresse respiratoire grave, voire mortelle dont la naloxone est l'antidote d'urgence. En France, l'automédication à base de codéine est interdite. Depuis mars 2025, tous les médicaments à base de codéine nécessitent une prescription sur ordonnance sécurisée pour limiter les risques d'abus et de dépendance[8].

La codéine est un alcaloïde morphinique, présent sous forme de base dans l'opium. Néanmoins, elle est utilisée en thérapeutique majoritairement sous forme de sels (phosphate notamment). Elle est extrêmement proche de la morphine, dont elle ne diffère que par un groupement méthyle en position 3. On peut d'ailleurs effectuer la synthèse de la morphine à partir de codéine par déméthylation[9]. Des laboratoires clandestins réalisent d'ailleurs cette synthèse pour en tirer la morphine, utilisée comme précurseur de l'héroïne[10] et d'autres synthétisent la désomorphine à partir de la codéine.

Pharmacologie

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Pharmacocinétique

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Comme l'oxycodone et le tramadol, la codéine est un opioïde prodrogue : inactif lorsque avalé et nécessitant d'être transformé par l'organisme pour être efficace[11]. Lors d'une prise par voie orale, la codéine est absorbée dans l'estomac et l'intestin, et subit un important effet de premier passage hépatique. Elle est transformée par déméthylation en morphine à hauteur de 10 %. L'élément responsable de cette transformation est une enzyme, le cytochrome CYP2D6[11].

Toutefois tous les individus ne présentent pas la même fonction enzymatique, et le CYP2D6 présente un fort polymorphisme génétique. Certains individus métaboliseront vite, et d'autres très lentement, avec d'un côté un risque de surdose, et de l'autre un risque d'inefficacité du traitement. La demi-vie d'élimination de la codéine est de deux à quatre heures.

Pharmacodynamie

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L'effet analgésique de la codéine est réputé plus long que celui de la morphine, à cause de la transformation qu'elle subit dans l'organisme et de la variété de métabolites d'activité mineure qui lui sont corrélés. Toutefois, l'analgésie procurée n'est pas aussi efficace que celle de la morphine et certains effets recherchés ou secondaires de la codéine sont antagonistes ou très partiels par rapport à ceux de la sédation morphinique. En effet la morphine libérée par les molécules de codéine ne se concentre pas de la même manière sur les récepteurs endogènes que la morphine utilisée telle quelle. Son activité centrale est moins profonde, se montrant jusqu'à trente fois moins puissante à dose égale, c'est-à-dire trois à cinq fois moins efficace à dose comparable ou équivalente que la morphine dans une recherche d'analgésie ou de sédation importante (30 mg de codéine pour seulement 1 à 2 mg de morphine). Les changements des concentrations plasmatiques de la codéine sont également moins rapides, ce qui la rend moins toxicomanogène que la morphine. L'effet de manque apparaît de manière plus insidieuse.

La codéine s'utilise essentiellement par voie orale[12],[13], son administration par voie intraveineuse exposant le sujet à de gros risques d'œdème pulmonaire par réaction histaminique[14].

Indications thérapeutiques

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Douleurs et toux sèche

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La codéine est essentiellement utilisée dans le cadre du traitement de la douleur d'origine centrale (SNC, système nerveux central), soit en mono-thérapie dans les pays qui l'autorisent, soit associée au paracétamol ou à l'aspirine. Il existe une forme pédiatrique qui était délivrée uniquement sur ordonnance du fait de son dosage délicat chez l'enfant, mais l'Agence européenne du médicament l'interdit en 2015[15].

Les sels employés dans un cadre antalgique sont ceux de la codéine phosphate[16] (anhydride, CAS : 52-28-8, ou hémihydrate, CAS : 41444-62-6). Sur ordonnance, sa prescription peut atteindre 180 mg de codéine phosphate par jour, soit 135 mg de codéine base, mais peut monter jusqu'à 300 mg de codéine phosphate par jour pour certaines préparations et sous surveillance médicale accrue notamment en raison du seuil de toxicité du paracétamol qui lui est associé.

Elle entre également dans la pharmacopée des traitements antitussifs quand la toux est sèche (non grasse, non productive) ou d'irritation. Les formes en sirop des sels de codéine permettent une action rapide. La toux grasse ou d'expectoration ne doit pas être traitée par opiacé à moins de se montrer irritante ou épuisante et de se faire sous surveillance médicale. La codéthyline (ou éthylmorphine) aurait les mêmes propriétés à dose identique bien que son dosage soit le plus souvent moins important. Les formes de codéine employées comme antitussif sont plus variées que celles utilisées dans la douleur. On emploie la codéine base (absorption plus lente) ou différents sels (phosphate et camsilate). Le poids des sels peut engendrer une confusion quant à la quantité réelle de codéine qu'ils contiennent. Ainsi, 25 mg de codéine camsilate correspondent à près de 19,5 mg de codéine phosphate et 15 mg de codéine base. 10 mg de chlorhydrate de codéthyline correspondent à un peu plus de 8,4 mg de codéthyline base. Les doses classiques chez l'adulte sont de 10 à 30 mg de codéine exprimée en base par unité de prise à répéter deux à quatre fois par jour, de préférence quand survient la toux et en respectant un espacement minimum de quatre à six heures entre chaque prise (soit 30 à 120 mg maximum de codéine base par jour, typiquement 15 mg deux à quatre fois par jour). Un traitement antitussif est de courte durée et réservé à l'apparition des symptômes. Suivant les associations contenues dans les médicaments, les doses préconisées et les modalités de délivrance sont strictement énoncées dans la notice et sur la boite. Les préparations fortes contenant de la codéine associée à un expectorant mucolytique comme le sulfogaïacol ne peuvent faire l'objet d'une délivrance en officine de plus d'une boite à la fois en l'absence d'ordonnance médicale. Ces préparations peuvent en effet entraîner une accumulation et une surinfection des mucus favorisés par le mucolytique qui ne sont plus naturellement expulsés, notamment au cours du sommeil, à cause de l'inhibition du réflexe de la toux.

Codéine
Informations générales
Princeps
  • Atasol (Canada),
  • Bromophar (Belgique),
  • Bronchodine (Belgique),
  • Bronchosedal codéine (Belgique),
  • Codédrill[17] (France), liste complète[13],
  • Codéine Knoll (Suisse), liste complète[18],
  • Gloceda (Belgique),
  • Glottyl (Belgique),
  • Néo-Codion[19] (France), liste complète[13],
  • Padéryl[20] (France), liste complète[13],
  • Pulmoserum
  • Tricodein Solco (Suisse),
  • Toularynx (Belgique)
  • Euphon sirop (France)
  • Tussipax (France),
Classe Opiacé
Sels
  • Codéine phosphate,
  • Codéine phosphate hémihydrate,
  • Codéine camsilate
Identification
No CAS 76-57-3 Voir et modifier les données sur Wikidata
No ECHA 100.000.882
Code ATC R05DA04
DrugBank DB00318 Voir et modifier les données sur Wikidata

Un usage prolongé ou abusif entraîne respectivement une tolérance, une accoutumance, une assuétude, puis une pharmacodépendance caractérisée (psychique et physique). Il est donc préférable de s'en passer pour un simple rhume en ayant recours à d'autres solutions (infusions de menthe/thym, miel) plus proportionnées.

Bien que la codéine fasse partie de la liste modèle des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en )[21], l’agence européenne du médicament recommande sa contre-indication en Europe chez l'enfant de moins de 12 ans[22].

Formes galéniques

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On peut regrouper ces spécialités dans deux catégories : les antitussifs, sous forme de comprimés ou de sirops, ils contiennent généralement moins de 20 mg de codéine, puis ceux destinés à soulager les douleurs modérées à sévères. Dans ce cas, la codéine est alors souvent associée avec du paracétamol ou de l'ibuprofène.

En France, jusqu'en , seules les spécialités faiblement dosées en codéine pouvaient être vendues sans ordonnance[23]. Le , le Ministère de la Santé annonce que tous les médicaments à base de codéine (ainsi que de dextrométhorphane, éthylmorphine et noscapine) seront désormais vendus sur ordonnance. Cette décision fait suite à l'augmentation des détournements récréatifs, certains ayant entrainé des décès[24]. A partir de mars 2025, tous les médicaments à base de codéine nécessitent une prescription sur ordonnance sécurisée pour limiter les risques d'abus et de dépendance[8].

Cas de la psychiatrie

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Avant l'interdiction de la consommation de l'opium et autres opiacés aux États-Unis (1906), la communauté médicale utilisait ces derniers afin de traiter certains troubles anxieux. De nos jours, la gamme de produits permettant de lutter contre ces troubles étant plus étoffée, il est d'usage de ne pas recourir à la morphine et à la codéine pour soigner ces pathologies psychologiques parfois invalidantes, les bénéfices n'excédant pas les risques. L'effet euphorisant initial des opioïdes, qui peut temporairement soulager la détresse psychologique, s'estompe rapidement. Le patient doit alors constamment augmenter les doses pour obtenir l'effet initial. La dépendance psychique et physique s'installe et les symptômes de sevrage (terreurs nocturnes, sueurs, frissons, douleurs musculaires, problèmes gastriques, besoin irrépressible de consommer des opioïdes etc) font leur apparition. Le risque de surdosage accidentel et de mort par asphyxie associé à ces médicaments est élevé. Par ailleurs, des études rigoureuses montrent que, paradoxalement, le traitement prolongé par opioïdes augmente le risque de dépression incidente, récurrente et résistante au traitement[25].

Des études cliniques récentes présentent des résultats contradictoires en ce qui concerne le rapport entre opioïdes et symptômes psychotiques. Alors que certaines prêtent à certains opioïdes un effet anti-psychotique faible mais significatif[26], d'autres études montrent qu'une psychose peut survenir chez des patients sans antécédents psychiatriques, dans des cas rares, lors de l'administration d'un opioïde[27] ou lors du sevrage d'opioïdes de synthèse tels que le tramadol[28].

Effets indésirables

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La codéine peut produire un état général de somnolence, il est généralement déconseillé de prendre un médicament contenant de la codéine avant de conduire une voiture ou tout autre engin mécanique nécessitant une attention soutenue. En France, une mention de mise en garde figure sur les boîtes de médicaments incluant de la codéine (niveau 1 et niveau 2). L'effet apparaît le plus souvent comme fonction de la dose et en début de traitement. Bien qu'avéré, il reste rare et éventuellement peu marqué. Cependant de manière occasionnelle, la simple prise de 15 mg de codéine peut déclencher cette sédation avec une intensité gênante. L'état potentiel d'une fatigue initiale de l'individu peut s'avérer prédéterminant, la codéine levant certaines barrières de résistance à la fatigue en agissant de manière non spécifique comme un hypnotique. Elle n'en montre cependant pas de qualité adaptée ni constante dans un tel usage. En outre elle provoque parfois une difficulté d'endormissement du fait de certaines de ses propriétés excitantes, ce qui peut sembler paradoxal par rapport à son effet sédatif. D'autres facteurs sont à prendre en compte tel que le sexe, l'âge, le poids ou encore l'éventualité d'un métaboliseur fort ; on parle de sensibilité individuelle. Au cours du traitement, ces signes disparaissent généralement en quelques jours. À défaut, il est recommandé de réviser la posologie[réf. nécessaire].

La codéine peut également induire un état d'euphorie caractéristique des opiacés, mais rarement sur des doses usuelles, même considérées comme modérées à fortes (30 à 60 mg de codéine phosphate par prise). Le soulagement apporté par le médicament en est souvent la manifestation dominante et cela ne doit pas être confondu avec un effet psychotrope présumé. En l'absence de maux, les manifestations symptomatiques sur l'humeur sont généralement absentes aux doses thérapeutiques d'usage. L'administration de doses unitaires élevées de codéine fait apparaître un état narcotique (somnolence marquée, baisse de la vigilance) associé à des effets histaminiques importants (vasodilatation, fortes démangeaisons, rougeurs cutanées). Ces manifestations surviennent dès 60 mg par prise, et se généralisent entre 80 et 150 mg. En raison de ce seuil de toxicité et du risque majeur de dépression respiratoire, de telles doses n'ont plus aucune justification clinique pour un traitement par codéine[29].

La codéine produit en outre un effet sédatif sur les muscles de l'intestin comme la grande majorité des opiacés. Elle ralentit l'activité du tractus gastro-intestinal et favorise l'absorption de l'eau contenue dans le bol alimentaire au cours de sa digestion. Elle est considérée comme un antidiarrhéique au schéma pharmacologique classique. Quand elle est utilisée dans un traitement concomitant, elle potentialise ou suppléante de fait la lopéramide dont l'association est à surveiller. Elle n'est cependant pas indiquée ni prescrite comme antidiarrhéique puisque des médicaments plus spécifiques de première intention en ont la vocation et une sécurité accrue. La prise régulière de codéine peut entraîner une constipation forte à sévère suivant la durée et les doses administrées au patient. L'arrêt de la prise entraîne généralement un retour de toutes les fonctions de l'intestin à échéance très brève. Au besoin, l'indication d'un médicament contre la constipation peut accompagner la prise de codéine quand son usage se fait au-delà d'un court terme.

À la suite du décès d'un nourrisson alors que sa mère prenait de la codéine et du paracétamol, la Food and Drug Administration a mis en garde le sur le danger d'un traitement par codéine au cours de l'allaitement[30].

La codéine aurait également un effet spastique parfois extrêmement douloureux (évoquant une crise cardiaque) chez certaines personnes cholécystectomisées (ayant subi une ablation de la vésicule biliaire)[31].

Kit d'urgence de naloxone à Calgary, au Canada.

La codéine, comme toutes les molécules opiacées, peut provoquer une dépression respiratoire. Seule ou associée à d'autres dépresseurs du système respiratoire (benzodiazépines, alcool, autres opiacés, etc.), un surdosage de codéine peut être fatal. En cas d'ingestion massive, accidentelle ou volontaire, il faut procéder d'urgence à une administration de naloxone. Celle-ci s'accompagne des gestes de premiers secours et d'un appel aux services d'urgence.

Le nombre de morts causé par l'abus d'opioïdes médicamenteux comme la codéine chaque année est incertain et sous estimé d'après Nathalie Richard, directrice adjointe du service Médicaments du système nerveux central à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), car « il y a une sous-notification des cas déclarés à l'Agence du médicament »[32]. Il est estimé que des centaines de décès chaque année sont liés à un opioïde médicamenteux, soit plus que les décès à la suite d'overdoses d’héroïne[33].

En 2019, l'ANSM estime que 4 à 5 décès par semaine sont causés en France en 2015 par l'ensemble des opioïdes sur ordonnance, un chiffre en augmentation de 146% depuis 2000. Entre 2000 et 2017, le nombre d'hospitalisations liées à la consommation d'opioïdes sur ordonnance augmente de 167%. Il passe ainsi de 15 à 40 hospitalisations pour un million d'habitants[34].

Dépendance et détournement

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La codéine étant présente dans divers médicaments antitussifs ou antidouleurs, elle peut faire l'objet d'un usage détourné par certains patients. Elle n'est pas soumise à la sanction pénale mais est citée dans la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 dans la catégorie des « substances présentant un risque d'abus moindre du fait de leur usage médical ».

Le processus de dépendance à la codéine est plus discret, moins rapide que celui de la morphine. La codéine provoque néanmoins, quand son usage est détourné à des fins récréatives, ou dans un usage thérapeutique à long terme, une dépendance psychique et physique forte. Les symptômes de sevrage les plus fréquents sont : diarrhée, sudation, tremblements, douleurs musculaires, anxiété, insomnie, dépression. Les symptômes physiques de sevrage durent, comme pour les autres opiacés, en moyenne une semaine à dix jours. L'addiction psychologique, néanmoins, perdure dans la plupart des cas de dépendance à la codéine pendant un à plusieurs mois. La principale préoccupation des soignants de la dépendance à la codéine sera en premier lieu d'éviter une escalade vers des opioïdes plus puissants. Cependant, dans certains cas, l'utilisation d'un traitement de substitution s'avère indispensable (voir buprénorphine et méthadone - l'utilisation de la méthadone dans la substitution à la codéine est très rarement indiquée ; on préférera généralement un sevrage progressif ou brutal en milieu hospitalier)[réf. nécessaire].

La codéine sert à la synthèse d'un dérivé, la désomorphine ou crocodile. Présente en Russie depuis 2002, elle serait arrivée en Allemagne en 2011, au Canada, et en 2013 aux États-Unis[35] ; c'est une drogue extrêmement dangereuse et potentiellement mortelle dès la première injection, à cause des conditions dans lesquelles elle est synthétisée. De nombreux produits servant à la transformation artisanale de la codéine en désomorphine se retrouvent en effet dans l'injection. « La peau d'abord se nécrose, se transformant en plaques verdâtres ressemblant au cuir du crocodile. Puis la chair et les muscles se décomposent, les organes sont attaqués, les os fragilisés de façon irréversible […] L'espérance de vie des utilisateurs atteint rarement trois ans[36]. » L'amputation peut se révéler nécessaire dans le meilleur des cas. Des revendeurs de drogues feraient passer le crocodile pour de l'héroïne.

La culture hip-hop est aussi souvent associée à l'usage de purple drank ou du sizzurp (dérivé de syrup), une boisson mixant un sirop contre la toux à base de codéine et d'un anti histaminique avec du soda. Ce mélange ne contient pas d'alcool (mélange potentiellement fatal) ni autre psychotropes, si ce n'est qu'il est combiné à l'usage de cannabis.

Le milliardaire reclus Howard Hughes utilisait la codéine, combinée avec du valium, afin de calmer de fortes douleurs liées à des traumatismes neurologiques et squelettiques causés par de nombreux accidents d'avion. Sa dépendance à la codéine s'aggrave avec l'âge, son autopsie y décrit une concentration létale dans son corps[37].

Pour ces raisons, en France, à la suite d'un arrêté ministériel du [38], la codéine est désormais soumise à la prescription médicale, après la mort d’une adolescente de 16 ans par overdose durant l'été 2017[39].

La codéine dans des œuvres musicales

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La codéine influence le monde du rap. Ainsi, le rappeur Lil Wayne est connu pour être utilisateur de codéine[40] ; quelques-unes de ses chansons renvoient d'ailleurs à son drink, puis aussi Future dans son titre Codéine Crazy sortie en 2014, tandis qu'en France, le groupe TTC a écrit une chanson intitulée Codéine sur l'album Bâtards sensibles (2004)[41]. Plus tôt, l'inventeur du Screwed & Chopped, DJ Screw, est mort d'overdose de codéine[42]. D'ailleurs, la musique qu'il produisait était beaucoup influencée par l'effet de ce médicament, en particulier concernant le ralenti du tempo[43]. Macklemore évoque la mort de Chad Butler qui a fait une overdose de codéine dans sa chanson Otherside[44]. La codéine est également présente dans les textes de ASAP Rocky[45], The Weeknd (dont un morceau est repris sous forme de sample par Juicy J[46]). En France, Hayce Lemsi a produit une chanson nommée Codéine, Sneazzy cite cette drogue régulièrement. D'autres artistes hors du rap ont également un titre de chanson intitulé Codéine : The Charlatans, groupe de rock américain des années 1960, le compositeur Jason Edwards, l'auteur-compositeur écossais Donovan. Le rappeur belge Hamza a également dans son répertoire un morceau intitulé Codéine 19[réf. nécessaire].

La substance peut également se retrouver dans le titre d'un groupe, comme pour Codeine Velvet Club, fondé en 2009 par le chanteur Jon Fratelli avec une amie de sa compagne, Lou Hickey[47].

Trampled By Turtles a composé un morceau nommé Codeine en sur l'album Blue Sky and the Devil (en). Deux nouveaux DJ électro français portent le nom de Discodeine, association de « disco » et « codéine ».

Le chanteur folk Townes Van Zandt, dans son titre Waiting Around to Die la mentionne comme une amie avec laquelle il va mourir. Le rappeur Hayce Lemsi a également réalisé un morceau Codéine, dans son album Électron Libre 2, sorti en .

Les derniers mots de l'actrice américaine Tallulah Bankhead furent : « Codéine… bourbon »[48].

Notes et références

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  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. (en) David R. Lide, CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press/Taylor & Francis, , 89e éd. (ISBN 9781420066791), chap. 8 Dissociation Constants of Organic Acids and Bases »), p. 51.
  3. 1 2 (en) David R. Lide, CRC Handbook of Chemistry and Physics : Physical Constants of Organic Compounds, CRC Press/Taylor & Francis, , 89e éd. (ISBN 9781420066791), p. 3-120.
  4. D'après le Handbook à la même page, le phosphate de codéine se sublime en se décomposant à 227 °C.
  5. (en) David R. Lide, CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press/Taylor & Francis, , 89e éd. (ISBN 9781420066791), chap. 8 Aqueous Solubility and Henry’s Law Constants of Organic Compounds »), p. 92.
  6. Br. J. Clin. Pharmacol. (en) (1991) 31:381-390.
  7. « Les antalgiques », sur Dematice (consulté le ).
  8. 1 2 https://www.vidal.fr/actualites/21716-codeine-dextrometorphane-ethylmorphine-et-noscapine-prescription-medicale-obligatoire-liste-des-produits-concernes.html
  9. (en) K.C. Rice, « A Rapid, High-Yield Conversion of Codeine to Morphine », J. Med. Chem, , p. 20(1), 164.
  10. (en) K. Bedford, « Illicit Preparation of Morphine from Codeine in NZ », Forensic Sci. Int., , p. 34(3), 197-204.
  11. 1 2 « Codéine, oxycodone, tramadol et le cytochrome CYP2D6 : attention aux métabolites actifs ! », sur RFCRPV (consulté le )
  12. Compendium suisse des médicaments : spécialités contenant Codéine.
  13. 1 2 3 4 Liste des médicaments contenant la substance fournie par le Dictionnaire Vidal.
  14. Gouvernement du Canada, « Codéine », sur www.canada.ca, (consulté le )
  15. sur le site de l'EMA et recension sur le site pourquoidocteur.fr.
  16. Codéine, fiche substance proposée par le Dictionnaire Vidal.
  17. Codédrill.
  18. Liste complète, sur compendium.ch.
  19. Néo-Codion.
  20. Padéryl.
  21. (en) « WHO Model List of Essential Medicines, 18th list » [PDF], sur who.int, .
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  25. Mark D. Sullivan, « Depression Effects on Long-term Prescription Opioid Use, Abuse, and Addiction », The Clinical Journal of Pain, vol. 34, no 9, , p. 878–884 (ISSN 1536-5409, PMID 29505419, DOI 10.1097/AJP.0000000000000603, lire en ligne, consulté le )
  26. Angelo G. I. Maremmani, Filippo Della Rocca, Silvia Bacciardi et Manuel Glauco Carbone, « Antipsychotic Potential of Opioids: Rethinking Substance-Induced Psychosis and Treatment Stratification », Journal of Clinical Medicine, vol. 14, no 15, , p. 5596 (ISSN 2077-0383, PMID 40807214, PMCID 12347064, DOI 10.3390/jcm14155596, lire en ligne, consulté le )
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Voir aussi

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