Clotilde Vautier

peintre française

Clotilde Vautier (1939-1968) est une peintre française. Le secret sur les raisons de son décès est l'objet du film Histoire d'un secret réalisé en 2003 par sa fille Mariana Otero.

Clotilde Vautier
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Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Activité
Conjoint
Antonio Otero (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Parentèle
Ana Girardot (petite-fille)
Mariano Otero (beau-frère)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Genre artistique

Biographie

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Clotilde Vautier est née à Cherbourg le . Son père est militaire, officier des équipages dans la marine nationale[1]. Sa mère a renoncé à son souhait d'être institutrice pour élever ses trois enfants, dont Clotilde est la cadette. Elle grandit dans une famille catholique et conservatrice[2].

Clotilde Vautier commence ses études secondaires à l'institution Sainte-Chantal de Cherbourg en 1950. Elle y obtient son baccalauréat de philosophie avec mention en 1957, puis entre à l'école des beaux-arts du Mans pour deux années. À partir de la rentrée de septembre 1959 elle poursuit ses études à l'école des Beaux-Arts de Rennes. Elle y rencontre les peintres et frères Antonio et Mariano Otero, fils d'Antonio Otero Seco, écrivain et journaliste espagnol, qui s'exile en 1947 pour fuir le régime franquiste. Tous les trois s'entendent très bien, demandent à être regroupés dans le même cours de peinture[3]. Ils co-fondent en novembre 1961 l'Atelier des trois. En leur groupe expose à la galerie Perdriel à Rennes[1].

De 1960 à 1961 Clotilde Vautier donne des cours de dessin au lycée Malherbe de Caen. Elle poursuit cette activité l'année scolaire suivante dans une institution privée à Rennes.

Clotilde Vautier et Antonio Otero tombent amoureux[2][3]. Ils se marient le à Rennes[1]. A cette date elle est enceinte de quelques mois[3]. Les parents de Clotilde Vautier rejettent cette union car le mariage n'est que civil, il n'y a pas de cérémonie à l'église[3]. De plus le père de Clotilde Vautier n'accepte pas que sa fille épouse un espagnol communiste. Celle-ci ne les voit pas durant les trois années qui ont suivi l'annonce de son mariage[2].

Quand la directrice de l'institution scolaire religieuse dans laquelle Clotilde donnait des cours apprend en septembre 1962 que celle-ci a été enceinte hors mariage et ne s'est pas mariée à l'église, elle la licencie[3].

Très intéressée par le théâtre, elle consacre son mémoire de fin d'études au Centre dramatique de l'Ouest de Rennes, dirigé par Guy Parigot, avec une série de lavis intitulée Avant la comédie au centre dramatique de l'Ouest. En elle obtient le diplôme national des Beaux-Arts à Paris, avec mention pour l'ensemble des épreuves et les félicitations du jury pour le tableau La Loge de la comédienne[1]. Un mois plus tard, le elle donne naissance à Isabel Otero (mère de l'actrice Ana Girardot), surnommée Carina. Le naît Mariana Otero, surnommée quant à elle Maïta. La famille s'installe dans le quartier rennais de Maurepas, rue de la Marbaudais, en [1]. Hormis la réalisation d'un portrait d'Antonio, Clotilde Vautier arrête son art de 1962 à 1964 pour se consacrer à l'éducation de ses deux petites filles[4]. Mariana Otero explique que sa sœur Isabel et elle ont été « élevées [...] dans ce milieu très ouvert, sans contrainte excessive, entourées de beaucoup d'amour, de joie, de fantaisie »[2]. Estimant que Clotilde Vautier a plus de talent que lui Antonio exerce un métier alimentaire de nuit au journal Ouest-France pour subvenir aux besoins matériels de la famille et pour que son épouse ait du temps pour peindre[2].

L'Atelier des trois expose à la galerie Jobbé-Duval à Rennes en puis à la galerie de la Proue dans la même ville en . À partir de 1964 la carrière de Clotilde Vautier décolle : elle fait aussi des expositions personnelles, obtient le grand prix du Salon international de peinture de Doué-la-Fontaine en pour le tableau Isabel à la rose puis celui du nu au XVIIe Grand prix international de peinture de Deauville pour Nu couché - IV. Elle commence à être remarquée à Paris, où en 1967 la galerie Bernheim-Jeune retient quelques-unes de ses toiles[1].

Au début de l'année 1968 Clotilde Vautier travaille sur la série Femme à sa toilette en vue d'obtenir le concours de la Casa de Velazquez[1]. Au même moment elle est enceinte, or le couple n'a pas les moyens matériels d'accueillir un troisième enfant, dont l'arrivée compromettrait l'obtention du concours et la perspective de meilleures conditions d'existence[2]. Antonio Otero explique que « Clotilde n'acceptait pas d'arrêter à nouveau de travailler pour s'occuper d'un nouvel enfant »[4]. Elle décide d'avorter[2]. Comme Clotilde et Antonio ont déjà emprunté de l'argent à leurs proches pour du matériel de peinture en vue du concours ils n'ont les moyens financiers ni pour un avortement sur place par une "faiseuse d'anges" ni en Angleterre, où l'intervention est légale[1.1]. Le couple sollicite des amis, dont un médecin qui a déjà pratiqué un avortement sur son épouse, mais celui-ci refuse. Il donne une sonde et quelques explications. Clotilde Vautier pratique alors un avortement sur elle-même avec une sonde et son époux l'y aide[2][3]. En 2014 Antonio Otero se rappelle : « nous en avons beaucoup parlé ensemble mais ni elle ni moi n'étions conscients du réel danger »[4]. Après l'acte la dégradation de sa santé est telle qu'elle doit être hospitalisée à l'hôpital de Pontchaillou le . Elle ne peut assister au vernissage de sa propre exposition à la galerie Desgranges à Rennes le . Clotilde Vautier meurt le . Ses derniers mots, rapportés par son époux, sont « Et ce bateau, où est-ce qu'il va ? »[1.2]. L'avortement étant illégal et tabou, Antonio Otero explique qu'elle est décédée à cause d'une péritonite[5]. Clotilde Vautier est inhumée au cimetière de Tribehou[1].

Elle laisse une œuvre d'environ 150 dessins et 90 tableaux[1.2], dont une partie est exposée à trois reprises entre 1968 et 1972[1]. Son veuf a soigneusement conservé ses œuvres[3]. Dans l'hommage qu'il lui rend dans les colonnes d'Ouest-France au moment de son décès le journaliste et critique d'art Henri Terrière loue le talent de Clotilde Vautier, dit qu'elle « ne pouvait être promise qu'à un très bel avenir », qu'elle « était douée d'un vrai tempérament de peintre au travers duquel elle s'exprimait habilement mais sans jamais céder à la facilité et sans succomber à la tentation de faire joli et de plaire »[6]. Son amie et modèle Marie-Josée Otero se souvient au sujet des séances de travail que Clotilde Vautier « nous laissait nous installer, ne corrigeait jamais la pose [...] ça pouvait durer jusqu'à 3 h ou 4 h du matin. Je lisais pendant qu'elle peignait, on parlait littérature, politique. Elle était très drôle, on riait beaucoup »[7]. Marie-Josée Otero qualifie Clotilde Vautier de « mère intellectuelle », elle se rappelle ses nombreux conseils de lecture[4].

Antonio Otero révèle à ses deux filles les véritables causes de la mort de leur mère Clotilde Vautier en 1994[8].

En l'Association des amis du peintre Clotilde Vautier est créée par Antonio, Isabel et Mariana Otero. Le premier projet de l'association est de mettre en place une exposition rétrospective le dans la galerie du Théâtre national de Bretagne à Rennes. Plusieurs scènes du film de Mariana Otero Histoire d'un secret montrent cette exposition, reprise en octobre 2004[1.3].

Dans le livre Clotilde Vautier qu'elle lui consacre avec Sylvie Blottière-Derrien en 2004 et ré-édité en 2010, Nancy Huston surnomme la peintre « celle qui voulait tout »[1.4].

En 2025 le Musée des Beaux-Arts de Rennes possède neuf œuvres de Clotilde Vautier[3].

Œuvres dans les collections publiques

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  • France
    • Rennes, musée des Beaux-Arts :
      • Les Tricoteuses I, Les Tricoteuses II, Les Tricoteuses III, 1967, trois dessins, mine de plomb et crayon sur papier, 50 × 65cm[9] ;
      • Tricoteuse IV, mine de plomb et crayon noir sur papier, 65 × 50cm. Ces pièces de la série des Tricoteuses, sont des études pour un ensemble de cinq toiles qui valurent à l'artiste de recevoir le second prix de la Casa de Velázquez.
    • Saint-Grégoire, Centre culturel de La Forge : Repas de saltimbanques , panneau provenant du café Les Variétés à Rennes.

Expositions

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Récompenses

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  • 1964 : grand prix au Salon international de peinture de Doué-la-Fontaine pour Isabel à la rose.
  •  : second prix de la Casa de Velázquez.
  • 1968 : prix du nu au 18e grand prix international de peinture de Deauville pour La Grande Rousse.
  • 1968 : prix du portrait au 18e grand prix international de peinture de Deauville pour Femme lisant.

Hommages

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  • Rennes :
    • Plaque de la rue "Clotilde Vautier" à Rennes
      la municipalité a donné son nom à une rue en et à un groupe d'immeubles de la rue en , dans le quartier de Beauregard[1.8] ;
    • le conseil général d'Ille-et-Vilaine donne le nom de Clotilde Vautier au collège de la Motte-Brûlon, en , qui en avait fait la demande[1.9] ;
    • la Ville rend hommage à Clotilde Vautier par l'inauguration en d'une plaque au 27, rue de la Marbaudais, où l'artiste a vécu et travaillé[1.9] ;
  • Le clinique Jules Verne de Nantes donne à son service de planification familiale et interruption volontaire de grossesse le nom de Clotilde Vautier[1.7].
  • En Simone Veil inaugure une plaque dans le centre de planification de l'hôpital d'Aurillac « à la mémoire de Clotilde Vautier et de toutes les femmes qui comme elle ont perdu la vie, avant la loi Veil »[1.7].
  • Une salle de spectacle porte son nom à Saint-Grégoire depuis septembre 2006[1.8].
  • Une rue porte son nom à Cherbourg-en-Cotentin, sa ville natale.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Sylvie Blottière-Derrien et Nancy Huston, Clotilde Vautier, Editions du petit démon, , 230 p. (ISBN 9782914931175), p. 184
    1. ↑ p. 196
    2. 1 2 p. 194
    3. 1 2 3 4 5 p. 187
    4. ↑ p. 193
    5. 1 2 3 4 p. 185
    6. 1 2 3 p. 186
    7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 p. 224
    8. 1 2 3 4 5 6 p. 225
    9. 1 2 3 4 5 6 p. 226
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Bibia Pavard, Marion Charpenel et Julie Verlaine, « Quand le secret devient mémoire. Rencontre avec Mariana Otero », Clio. Femmes, genre, histoire, vol. 2026/1, no 63,‎ 2 octobre 2026,, p. 267-279 (lire en ligne Accès payant)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 INA, « Collecte patrimoniale sur l'avortement avant 1975 - Entretien avec Antonio Otero », sur INA, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 Geneviève Roy, « Et Clotilde s'éloigna sur son bateau », Breizh femmes,‎ (lire en ligne)
  5. ↑ Agnès Le Morvan, « Clotilde Vautier, l'artiste peintre disparue trop tôt », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  6. ↑ Henri Terrière, « Mort du peintre Clotilde Vautier », Ouest-France,‎
  7. ↑ Agnès Le Morvan, « Marie-José, amie et modèle de l'artiste », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ Solène Cordier, « Ne pas oublier les femmes mortes en France d’un avortement clandestin : le combat d’artistes et de militantes féministes », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant)
  9. ↑ Laurence Imbernon, Bulletin d'information de la vie de l'Association des Amis du musée des beaux-arts de Rennes, no 20, quatrième trimestre 2015.
  10. ↑ « Celle qui voulait tout. Clotilde Vautier 1939-1968 », sur En Envor, (consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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  • Sylvie Blottière Derrien, Nancy Huston, Isabel Otero, Mariana Otero, Clotilde Vautier, Rennes, Éditions du Carabe, 2004 ; réédité aux Éditions du Petit Démon, accompagné du DVD du film Histoire d'un secret (2010), 197 p. (ISBN 2913515126).
  • Sylvie Blottière-Derrien, Nancy Huston, Clotilde Vautier, 2010 (ISBN 2914931174).
  • Anne Brunswic, « “Histoire d'un secret” de Mariana Otero », Images documentaires, no 49.
  • Patricia Godard, Lydie Porée, Les femmes s'en vont en lutte ! histoire et mémoire du féminisme à Rennes, 1965-1985, 2014, éditions Goater, page 30 (ISBN 978-2-918647-27-0).

Filmographie

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Conférence

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  • [Où ?] Marie-Hélène Calvignac, L'éloquence à fleur de toile sur l'œuvre de l'artiste, .

Liens externes

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