Collioure (AOC)
Un collioure[note 2] est un vin d'appellation d'origine contrôlée produit sur quatre communes de l'extrémité sud de la France, dans le département des Pyrénées-Orientales en région Occitanie : Banyuls-sur-Mer, Collioure, Port-Vendres et Cerbère. Ce vin sec partage son aire d'appellation avec le banyuls, qui est un vin doux naturel .
| Collioure | |
Parcelles de vignes avec le fort Dugommier (premier plan) et la tour Madeloc (second plan). | |
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
|---|---|
| Reconnue depuis | 1971 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble du Languedoc-Roussillon |
| Sous-région(s) | Roussillon (Côte Vermeille) |
| Localisation | Pyrénées-Orientales |
| Climat | méditerranéen |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
2 488 heures (à Perpignan) |
| Sol | schisteux |
| Superficie plantée | 609 hectares (en 2023)[1] |
| Cépages dominants | grenache N[note 1], mourvèdre N, syrah N, carignan N et grenache blanc B |
| Vins produits | 62 % rouges, 21 % blancs et 17 % rosés |
| Production | 16 018 hectolitres (en 2023)[1] |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 000 ceps/ha[2] |
| Rendement moyen à l'hectare | 27 hl/ha en rouge, 28 en blanc et 24 en rosé (en 2023)[1] |
| modifier |
|
L'appellation collioure a accédé au statut d'AOC par le décret du , initialement pour les seuls vins rouges[3]. La superficie de production déclarée de l'AOC est de 600 hectares, le collioure rouge représentant environ 60% de la production, le rosé et le blanc se partageant le reste de la production (moyenne 2022-2024)[1].
Histoire
modifierLes vins secs produits le long de la Côte Vermeille posaient un problème car vendus jusqu'aux années 1960 sous le nom de « vins natures du terroir de Banyuls », reprenant ainsi l'appellation réservée aux vins doux naturels banyuls. En conséquence, le « collioure » est reconnu comme une appellation d'origine contrôlée par le décret du , pour du vin rouge produit à partir de grenache, carignan, cinsault, mourvèdre et syrah (ces quatre derniers entre 25 et 40 % de l'encépagement), avec un rendement limité à 40 hl/ha, un degré d'alcool entre 12 et 15° (enrichissement interdit) et uniquement en sec (max. 5 g de sucre par litre)[3]. En 1991, le collioure rosé est autorisé[2]. En 1997, l'encépagement est modifié : grenache noir, mourvèdre, syrah (ces trois premiers doivent représenter au moins 60 % de l'encépagement), carignan et cinsault ; la densité doit être de minimum 4 000 pieds/ha et l'élevage minimum de neuf mois (sauf le rosé, commercialisable dès le 1er décembre)[4].
En 2003, le collioure blanc est autorisé, à partir de grenache blanc, grenache gris (ces deux premiers doivent représenter au moins 70 %), tourbat (localement appelé la malvoisie), macabeu, marsanne, roussanne et vermentino (ces cinq max. 30 %, chacun max. 15 %) ; pour les rosés, le grenache gris est admis (max. 30 %) ; le rendement en blanc est de 40 hl/ha, butoir à 45 hl/ha[5]. Le cahier des charges de l'appellation est publié en [6], puis modifié en [2].
Vignoble
modifierAire d'appellation
modifier| Images externes | |
| Carte des communes concernées | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |
L'aire d'appellation concerne les quatre communes de Banyuls-sur-Mer, Collioure, Port-Vendres et Cerbère[2].
Climatologie
modifierLe climat de la région de Collioure est de type méditerranéen. Les hivers y sont doux avec quatre jours de gelées par an, les étés sont souvent chauds et secs. La tramontane (Tramuntana) souffle fréquemment (un jour sur quatre ; moins depuis quelques années) et amène une certaine fraîcheur en période estivale. La température des mois les plus chauds atteint facilement plus de : la plaine du Roussillon est en effet l'une des régions les plus chaudes de France. Avec plus de 300 jours d'ensoleillement par an (2 488 heures par an en moyenne 1991-2020 à Perpignan)[7], un vent fréquent, des pluies rares mais violentes qui permettent de ne réaliser que 3 à 4 traitements par an, les producteurs se sont engagés dans une viticulture respectueuse de son environnement.
La station météorologique du cap Béar à Port-Vendres (sur le site du sémaphore de Béar, à 72 mètres d'altitude : 42° 30′ 58″ N, 3° 08′ 01″ E)[8] est représentative de l'aire d'appellation.
| Mois | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | jui. | août | sep. | oct. | nov. | déc. | année | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Températures (°C) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Maximale moyenne | 12,3 | 12,5 | 14,9 | 17 | 20,4 | 24,4 | 27 | 27,1 | 23,7 | 20 | 15,8 | 13,1 | 19 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Moyenne | 9,7 | 9,8 | 12,1 | 14,1 | 17,4 | 21,3 | 23,8 | 23,9 | 20,7 | 17,4 | 13,2 | 10,6 | 16,2 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Minimale moyenne | 7,2 | 7,1 | 9,3 | 11,1 | 14,4 | 18,1 | 20,6 | 20,7 | 17,7 | 14,7 | 10,7 | 8,1 | 13,3 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Nombre de jours avec gel | 0,3 | 0,8 | 0,3 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0,2 | 1,6 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Précipitations | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Hauteur (mm) | 63,9 | 39,1 | 49,1 | 59,7 | 53,7 | 34,5 | 15,9 | 24,2 | 59,5 | 95,3 | 75,6 | 55,8 | 626 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Orographie et géologie
modifierLes 1 750 hectares classés dans l'aire d'appellation sont structurés en terrasses soutenues par plus de 6 000 km de murettes de pierres sèches. Elles constituent, associées à des canaux obliques et verticaux, un réseau de filtrage et de canalisation des rares mais violentes eaux de pluie. Cet ouvrage gigantesque, qui façonne tout un paysage, a été construit il y a plus de sept siècles et entretenu par les vignerons pour préserver de l’érosion la fine couche de terre et de schiste en décomposition qui recouvre le sol[10].
Le sol y est presque exclusivement constitué de schiste en strates verticales dans les profondeurs desquelles la vigne plonge ses racines. Elle partage ce maigre et aride terroir avec les pins, les oliviers, les chênes-lièges et la garrigue aromatique et sauvage.
Encépagement
modifierDe nombreux cépages sont autorisés pour la production du collioure :
- pour les vins rouges, les cépages principaux sont le carignan N[note 1], le grenache N, le mourvèdre N et la syrah N, et les cépages accessoires sont le cinsault N et la counoise N ;
- pour les vins rosés, ce sont les mêmes cépages que pour les vins rouges, auxquels s'ajoute le grenache gris G comme cépage principal ;
- pour les vins blancs, les cépages principaux sont le grenache blanc B, le grenache gris G, le macabeu B, la marsanne B, la roussanne B, le tourbat B et le vermentino B, et les cépages accessoires sont le carignan blanc B, le muscat à petits grains B et le muscat d’Alexandrie B[2].
Les vins rouges et rosés sont composés au minimum de l'assemblage de 2 cépages. Pour les vins blancs, la proportion des cépages accessoires muscat à petits grains B et muscat d’Alexandrie B est inférieure ou égale à 5 %.
Méthodes culturales
modifier

Le cahier des charges de l'AOC a formalisé les traditions culturales qui prévalent dans ce vignoble depuis des générations. Les viticulteurs s'obligent à ce que leurs vignes présentent une densité minimale de 4 000 pieds à l'hectare avec un écartement entre les rangées ne peut être supérieur à 2,50 mètres. Pour les ceps plantées au carré ou en quinconce et conduites en gobelet, l'écartement ne peut dépasser 1,70 mètre[2].
Les vignes sont taillées en taille courte avec un maximum de sept coursons par pied avec un maximum de deux yeux francs. Seule la syrah N est conduite en taille Guyot simple avec un maximum de huit yeux francs par pied. Il est obligatoire que la taille soit terminée avant le . Le respect de ces modes de conduites permet de limiter les rendements avec une charge maximale moyenne à la parcelle fixée à 6 500 kilogrammes par hectare et inférieure ou égale à 1,6 kilogramme par cep de vigne. Le rendement visé par le cahier des charges est de 40 hectolitres à l'hectare, et le rendement butoir est de 48 hl/ha[2].
De plus les viticulteurs se doivent d'entretenir les murets, terrasses et banquettes dont le rôle est de stabiliser les sols. Ceux-ci ne peuvent pas faire l'objet de modifications importantes[2].
Vins
modifierLe collioure est une « appellation sous-régionale » du vignoble du Languedoc-Roussillon, selon la hiérarchie mise en place en 2011 par le CIVR et l'INAO. Sur son aire de production, les vignerons peuvent aussi fabriquer de l'« appellation régionale » languedoc (dans les trois couleurs), du vin doux naturel sous les appellations banyuls, banyuls grand cru, grand-roussillon et muscat de Rivesaltes, plusieurs IGP (pays-d'oc, terres-du-midi, pyrénées-orientales et côte-vermeille) et du vin sans indication géographique (VSIG, sous le nom de « Vin de France »).
Volumes
modifierSelon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont[1] (un hectolitre = 100 litres = 133 bouteilles de 75 cl) :
| Année | collioure rouge | collioure blanc | collioure rosé | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2022 | 309 | 7 398 | 24 | 137 | 3 172 | 23 | 121 | 3 022 | 25 |
| 2023 | 371 | 9 870 | 27 | 121 | 3 375 | 28 | 115 | 2 772 | 24 |
| 2024 | 293 | 7 661 | 26 | 145 | 3 391 | 23 | 126 | 2 551 | 20 |
Vinification et élevage
modifierSeule la vendange manuelle est admise pour l'AOC et celle-ci ne doit pas comporter plus de 5 % de baies abimées ou de maturité insuffisante. Sinon un tri est obligatoire soit dans le vignoble, soit à la cave. De plus, lors du transport, les baies des raisins doivent rester intactes[2].
Lors de la vendange, le raisin doit avoir une richesse en sucre de 195 pour le vin blanc, 198 pour le vin rosé et 207 pour le vin rouge. Potentiellement, ils doivent avoir un potentiel d'alcool de 12,0 % pour les blancs, 11,5 % pour les rosés et 12,0 % pour les rouges. Le rendement est de 40 hectolitres à l'hectare[2].
Pour la vinification, il est obligatoire que la cave soit équipée d'un matériel permettant la maîtrise des températures pour l'élaboration des rosés et des blancs. En outre les rouges font l'objet d'un élevage jusqu'au suivant la récolte, les blancs jusqu'au [2].
Gastronomie
modifierAu niveau caractère :
- Les blancs sont aromatiques avec des notes florales ou de fruits à chair blanche.
- Les rosés sont nerveux, avec des arômes fruités et floraux.
- Les rouges sont puissants, colorés avec des arômes de fruits rouges. Certains de ces vins de Collioure gagnent à être élevés et conservés une dizaine d'années. Ils évoluent alors vers des notes plus musqués et de sous-bois.

Les vins de Collioure (rouge, rosé et blanc) se marient parfaitement à l'ensemble de la cuisine catalane. En rouge, ils se révèlent parfaits pour accompagner les viandes rouges, le gibier à poil ou à plume, les différents civets, dont la llagostada, nom catalan du civet de langouste et les daubes, en rosé, il s'accorde avec les viandes blanches, la charcuterie, les terrines, les abats et les champignons. Le vin blanc est traditionnellement dévolu aux poissons ou fruits de mer (anchois, saumon, homard, etc.) et les escargots (cargolade), il se révèle parfait sur les fromages de brebis ou de chèvre. L'AOC Collioure s'accorde aussi avec un certain nombre de mets régionaux (chili con carne, pâtes à la carbonara, tomates à la provençale, couscous, paella, tajine, thon à la provençale, etc.)[11]
Notes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
- ↑ Le nom du lieu devient ici le nom du produit, par antonomase : c'est un nom commun, il s'écrit donc avec une minuscule, cf. références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. Sauf que le cahier des charges rajoute une majuscule au nom du vin, pour le différencier d'un nom générique, principe repris sur les étiquettes et les déclarations.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 « Open Data | Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects », sur www.douane.gouv.fr (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « COLLIOURE » » [PDF], homologué par le décret no 2011-1826 du publié au JORF du .
- 1 2 « Décret du 3 décembre 1971 portant délimitation de l'aire de production des vins de Collioure », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 19 novembre 1997 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Collioure » », publié au JORF no 270 du .
- ↑ « Décret du 24 juillet 2003 modifiant le décret du 3 décembre 1971 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Collioure » », publié au JORF no 171 du .
- ↑ « Décret n° 2009-1338 du 28 octobre 2009 relatif aux appellations d'origine contrôlées « Collioure », « Fitou », « Côtes du Roussillon », « Côtes du Roussillon Villages », « Malepère », « Cabardès », « Clairette de Bellegarde » et « Clairette du Languedoc » et « Saint-Chinian » », publié au JORF no 0252 du .
- ↑ « Fiche 66136001 Perpignan » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).
- ↑ « 66148001 – CAP BEAR – SEMAPHORE » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr (consulté le ).
- ↑ « Normales et records pour la période 1991-2020 au cap Béar - Port-Vendres », sur infoclimat.fr (consulté le ).
- ↑ Sébastien Giorgis, « Le paysage singulier du cru Banyuls dans les Pyrénées Orientales (France) »,
- ↑ AOC Collioure accord mets/vin
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- R. Furon, L'érosion du sol, conséquence de l'activité humaine. Application à la région du vignoble de Banyuls, Vie Milieu, n°1 (4), pp. 465-473, 1950.
- F. Poirot, C. Rosas, A. Dourdan, J.M. Goyhenex et P. Palat, Les vignerons sculpteurs de montagnes, Terres catalanes, n° 5, 1974.
- Jacques Maby, Terroirs agressés : de la nature des agressions, in Colloque sur la protection des terroirs du Comité interprofessionnel des Vins Doux du Roussillon, Perpignan, 1997.
- F. Alcaraz, Feixes, agouilles et peus de gall : le dispositif anti-érosion du vignoble de Banyuls. Étude des pratiques d'entretien des terrasses de culture. Montagnes méditerranéennes, 5, 1997.
- F. Alcaraz, Les terrasses méditerranéennes, entre terroirs et paysages (nord-ouest du bassin méditerranéen), Toulouse, Université de Toulouse Le Mirail, U.F.R. de Sciences humaines et sociales, Département de Géographie, thèse de doctorat de l'Université de Toulouse, Vol. I et II, 1999.
- Roger Rull, Actes du Congrès international : Terroir, paysage et environnement méditerranéens en viticulture de montagne, Banyuls,
- Guy Olivier, Le paysage de terrasses du cru "Banyuls" (Pyrénées orientales) et son évolution, , en ligne.
Liens externes
modifier- « Collioure rouge », sur inao.gouv.fr
- (ca) Alà Baylac-Ferrer, « L'espai nord-català », sur arrels.free.fr