Critique textuelle du Nouveau Testament

La critique textuelle du Nouveau Testament est la branche de la critique textuelle qui étudie la transmission du texte grec du Nouveau Testament et en établit des éditions critiques. Aucun manuscrit original n'est conservé. Le texte est connu par plus de cinq mille manuscrits grecs, des papyrus du IIe siècle aux copies médiévales. S'y ajoutent des traductions anciennes en syriaque, en latin, en copte et en d'autres langues, et les citations des auteurs chrétiens de l'Antiquité. Ces sources, appelées témoins, divergent en de nombreux endroits, par erreur de copie ou par changement volontaire, et certaines différences touchent à la doctrine. La discipline fournit le texte grec sur lequel reposent les traductions et les commentaires, et renseigne sur l'histoire du christianisme ancien.

Pratiquée dès l'Antiquité, elle prend sa forme moderne avec l'imprimerie. Le texte grec publié par Érasme en 1516, devenu le textus receptus, domine jusqu'au XIXe siècle, lorsque Lachmann, Tischendorf, puis Westcott et Hort établissent le texte sur les manuscrits anciens. À chaque endroit où les témoins divergent, la plupart des éditeurs retiennent aujourd'hui la forme qui explique le mieux l'apparition des autres. Ils pèsent pour cela à la fois la valeur des manuscrits qui la portent et la probabilité qu'elle vienne de l'auteur plutôt que d'un copiste. D'autres donnent la priorité à ce second critère seul, ou au texte de la majorité des manuscrits. Depuis la fin du XXe siècle, la grande édition critique en cours de publication, l'Editio Critica Maior, déduit les parentés entre les textes des manuscrits des choix faits à chaque endroit. Les éditions courantes en reprennent progressivement les résultats. Cette méthode a conduit à réévaluer le texte byzantin, la forme la plus répandue au Moyen Âge, et ses éditeurs ont renoncé à répartir les manuscrits en grands types de texte, que d'autres chercheurs continuent de défendre.

Le but même de la discipline est discuté. On l'a longtemps définie comme la reconstitution du texte original. L'Editio Critica Maior vise plutôt un « texte initial », celui dont descendent les manuscrits conservés, et son rapport au texte des auteurs est débattu. Le lien entre le texte reconstitué et celui que chaque tradition chrétienne tient pour faisant autorité est historique ou théologique, et ne relève pas de la discipline elle-même.

Objet et portée

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La critique textuelle du Nouveau Testament répond d'abord à une nécessité pratique. Les autographes sont perdus et les copies divergent, et il faut décider à chaque endroit quel texte lire, traduire ou commenter : on ne peut interpréter un texte qu'on n'a pas[1]. Les éditions qu'elle produit servent ainsi aux traducteurs, pour qui a été conçu le Greek New Testament, comme aux exégètes et aux chercheurs, pour qui l'est le Novum Testamentum Graece[2]. Elle sert aussi l'histoire, par la datation des documents et l'étude de la diffusion des textes, et l'exégèse, qui doit savoir quelle édition elle commente et trouve dans les variantes les plus anciennes interprétations du texte[3]. On l'a longtemps appelée « critique basse », préalable à une « critique haute » chargée d'établir la date, l'auteur et le lieu de composition des écrits (voir Exégèse historico-critique de la Bible). David Parker juge dépassée cette conception par étapes, les deux recherches se fournissant mutuellement réponses et questions nouvelles, mais tient à ce que les théories littéraires sur les rapports entre les Évangiles ne soient pas confondues avec l'histoire de leur texte[3].

Les variantes, témoins de l'histoire du christianisme

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Selon David Parker, les variantes sont parmi les plus anciens commentaires du texte, puisqu'elles cherchent à lui faire dire ce qu'il doit signifier. Il observe qu'une grande partie d'entre elles sont apparues avant le milieu du IIIe siècle, au moment où naît le commentaire biblique, qui rend moins nécessaire de modifier le texte pour l'interpréter[4]. Bart Ehrman considère que l'intérêt pour les variantes elles-mêmes, et non plus seulement pour le texte original, est l'évolution la plus importante de la discipline depuis un demi-siècle. Les changements des copistes reflètent selon lui leur milieu, et renseignent sur les conflits doctrinaux du christianisme ancien, les relations entre juifs et chrétiens, l'apologétique face aux païens ou la place des femmes[5].

Texte reconstruit et texte faisant autorité

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L'élargissement de la discipline à l'histoire de la transmission a rendu plus sensible l'intérêt des manuscrits et des variantes pour l'histoire du christianisme et de ses doctrines[6].

Selon Michael Holmes, la question de savoir si le texte original fait aussi autorité a reçu des réponses différentes selon les traditions chrétiennes. Les réformateurs protestants, qui ne reconnaissaient d'autorité qu'à l'Écriture, l'ont située dans le texte en langue originale, et la théologie protestante l'a précisée ensuite comme celle du texte original ou des autographes. Le concile de Trente a retenu la Vulgate comme forme de l'Écriture faisant autorité, et la tradition orthodoxe privilégie une forme byzantine du texte. Certains groupes protestants, surtout depuis la fin du XIXe siècle, accordent cette autorité au texte majoritaire ou au texte grec de la Bible du roi Jacques[7]. Holmes conclut, avec Epp, que le lien entre texte original et texte faisant autorité est historique ou théologique, mais non inhérent à la discipline. Qu'un passage comme la finale longue de Marc ou l'épisode de la femme adultère soit jugé non original n'empêche pas qu'il soit tenu pour faisant autorité[8].

David Parker retrace l'histoire de ce rapport. Après la controverse suscitée par l'édition de Mill, les spécialistes auraient pris l'habitude de présenter leur discipline comme étrangère à la théologie, comme en témoigne selon lui l'affirmation de Frederic Kenyon qu'aucune doctrine fondamentale ne repose sur une leçon disputée[9]. Parker tient la défense du textus receptus comme seul texte inspiré pour une position anhistorique, et demande que le débat théologique s'appuie sur ce que la critique textuelle établit des manuscrits et de leur tradition[10].

Terminologie

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Témoin
toute source qui atteste le texte, qu'il s'agisse d'un manuscrit grec, d'une traduction ancienne ou d'une citation d'un auteur chrétien de l'Antiquité[11].
Version
traduction ancienne du Nouveau Testament, en syriaque, en latin, en copte ou dans une autre langue[11].
Leçon ou variante
chacune des formes que prend un même passage dans les témoins. Deux leçons diffèrent par un ajout, une omission, la substitution d'un mot à un autre ou l'ordre des mots, et la critique textuelle cherche dans quel ordre elles sont apparues[12].
Lieu variant
endroit du texte où les témoins divergent, avec l'ensemble des leçons qui s'y rencontrent[13].
Apparat critique
relevé, en bas de page d'une édition, des leçons qui s'écartent du texte imprimé et des témoins qui les portent[14].
Archétype
manuscrit perdu dont descend un groupe de manuscrits conservés et que l'on peut reconstruire[15].
Contamination
mélange, dans un même manuscrit, de leçons venues de plusieurs sources[16].
Type de texte
groupe de témoins dont le texte s'accorde davantage entre eux qu'avec celui des autres témoins (voir Types de texte du Nouveau Testament)[17].
Texte initial
texte dont descend toute la tradition conservée, défini par rapport aux témoins existants plutôt qu'à l'original perdu (voir Du texte original au texte initial)[18].

Un texte transmis par copies

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Aucun manuscrit original du Nouveau Testament n'est conservé. Le texte n'est connu que par des copies, et ces copies ne concordent pas entre elles[1].

Les témoins

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Le texte du Nouveau Testament est connu par trois sortes de témoins : les manuscrits grecs, les traductions anciennes, appelées versions, et les citations qu'en font les auteurs chrétiens de l'Antiquité dans leurs commentaires, leurs sermons et leurs traités[11]. Là où ces témoins divergent, chacune des formes attestées d'un passage est appelée leçon ou variante, et l'endroit où ils divergent, lieu variant. Une leçon diffère d'une autre par un ajout, une omission, la substitution d'un mot à un autre ou l'ordre des mots, et la critique textuelle cherche dans quel ordre ces leçons sont apparues[12]. Le regroupement des témoins en familles de texte est traité dans l'article Types de texte du Nouveau Testament.

Manuscrits grecs

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Les manuscrits grecs sont enregistrés dans la Kurzgefasste Liste, le registre officiel tenu par l'Institut für neutestamentliche Textforschung de Münster, qui attribue à chacun un numéro dit de Gregory-Aland. Ce registre prolonge le catalogue établi par Caspar René Gregory en 1908. Kurt Aland en a publié la première édition en 1963 et la deuxième en 1994, et il est aujourd'hui tenu à jour en ligne[19]. Le numéro indique la catégorie du manuscrit : un P pour les papyrus, un zéro initial pour les majuscules, aucun préfixe pour les minuscules et un L pour les lectionnaires[20].

Le nombre d'entrées de la liste ne correspond pas au nombre de manuscrits. Des fragments d'un même manuscrit publiés à des dates différentes ont reçu plusieurs numéros, et des pièces ont été retirées de la liste. Un même objet peut aussi relever de deux catégories, comme le Codex Vaticanus, dont les feuillets de remplacement portent un numéro de minuscule. Une entrée peut enfin désigner aussi bien un fragment de quelques mots qu'un Nouveau Testament complet[21]. En avril 2025, la liste comptait environ 5 719 entrées[22].

Manuscrits grecs du Nouveau Testament dans la Kurzgefasste Liste en avril 2025[23]
CatégorieEntréesManuscrits, entrées retirées ou fusionnées déduites
Papyrus141135
Majuscules326283
Minuscules3 0262 858
Lectionnaires2 5792 443
Papyrus
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Les papyrus (voir la Liste de papyrus du Nouveau Testament) comptent parmi les plus anciens témoins conservés. Les premiers sont datés du IIe siècle, une datation paléographique que tous les spécialistes n'acceptent pas[22]. Selon Elijah Hixson, les papyrus ont moins modifié le texte des éditions critiques qu'éclairé l'histoire de la transmission et les habitudes des copistes. La publication en 1961 du papyrus P75, dont le texte est très proche de celui du Codex Vaticanus, a ainsi fait abandonner l'idée que cette forme du texte résultait d'une révision du IVe siècle,[24]. La plupart des papyrus ont été trouvés en Égypte, dont le climat sec a permis leur conservation. Larry Hurtado estime pourtant qu'ils ne reflètent pas un texte seulement égyptien, en raison de la diversité de leurs pratiques de copie et de la fréquence des échanges de livres dans le monde romain[25].

Majuscules
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Les majuscules, autrefois appelées onciaux (voir la Liste des manuscrits du Nouveau Testament en onciales grecques), sont des manuscrits qui donnent le texte suivi des livres, à la différence des lectionnaires. Ils sont écrits le plus souvent sur parchemin dans une écriture où les lettres occupent toute la hauteur de la ligne. Avant la découverte des papyrus anciens, ils étaient les plus anciens témoins connus et ont servi de base aux éditions critiques du XIXe siècle[26]. Le Codex Sinaiticus, du IVe siècle, est le plus ancien Nouveau Testament complet conservé[27]. Le Codex Vaticanus, du même siècle, porte un texte très proche de celui que reconstruit l'Editio Critica Maior, la grande édition critique en cours de publication[28]. Le Codex Bezae, du Ve siècle, est un manuscrit bilingue grec et latin des Évangiles et des Actes des Apôtres, longtemps tenu pour le principal représentant grec du texte occidental. Peter Lorenz y voit au contraire une révision du grec faite au IVe siècle sur les anciennes traductions latines[29].

Minuscules
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L'écriture minuscule se développe à partir de la fin du VIIIe siècle, et le plus ancien manuscrit minuscule daté du Nouveau Testament a été copié en 835[30]. La plupart des minuscules portent le texte byzantin, la forme du texte la plus répandue dans les manuscrits et celle qu'utilisait l'Église de langue grecque au Moyen Âge. Longtemps tenue pour tardive, cette forme du texte a été réévaluée par l'Editio Critica Maior (voir Les éditions critiques)[31]. Certains groupes de minuscules forment des familles, qui remontent chacune à un manuscrit perdu, leur archétype, que l'on peut reconstruire. C'est le cas des familles 1 et 13, dont les archétypes sont anciens[15].

Lectionnaires
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Un lectionnaire ne suit pas l'ordre des livres bibliques. Il donne les passages dans l'ordre où ils sont lus au cours de l'année liturgique. Il comprend deux parties : la première suit le calendrier mobile qui part de Pâques, la seconde le calendrier fixe qui commence le 1er septembre (voir la Liste des manuscrits du Nouveau Testament en Lectionnaire). Les lectionnaires sont restés la catégorie la plus négligée de la liste, et il n'en existe pas d'édition critique[32].

Autres témoins
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Depuis 2023, la liste comporte en annexe 38 talismans et 30 ostraca portant des passages du Nouveau Testament. Ces objets, comme les inscriptions, ne visaient pas toujours à citer le texte exactement, et leur témoignage s'emploie avec prudence[33].

Versions anciennes

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Les premières traductions du Nouveau Testament, en syriaque, en latin et en copte, ont été faites pour la mission auprès des peuples qui parlaient ces langues. Leur ancienneté, qui remonte aux IIe et IIIe siècles, en fait des témoins importants. Leur usage a toutefois des limites, car certains traits du grec ne passent pas dans ces langues : le latin n'a pas d'article, le syriaque ne distingue pas l'aoriste du parfait et le copte n'a pas de passif. Elles restent claires sur la présence ou l'absence d'un passage dans le texte grec traduit[34]. Leur étude est compliquée par la multiplicité des traductions faites dans une même langue sur des manuscrits grecs différents, et par les corrections apportées ensuite d'un manuscrit à l'autre[35].

Une version ne renseigne sur son modèle grec qu'une fois établie sa propre histoire, car la plupart ont été révisées sur le grec au cours de leur transmission[36]. Curt Niccum reprend en ce sens, en la modifiant, une formule de Westcott et Hort : la connaissance des traductions doit précéder le jugement sur les leçons[37]. Selon Christian Askeland, les éditions anciennes ont fait un usage trop large de ce témoignage, et seule la leçon la plus ancienne d'une version devrait être citée à l'appui d'une leçon grecque[38]. Une version peut aussi conserver une leçon perdue en grec, surtout lorsque plusieurs versions s'accordent, que la leçon ne s'explique pas par une simplification ou que la traduction trahit une mauvaise lecture du grec[39].

Versions syriaques
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Le Diatessaron, qu'Eusèbe attribue à Tatien, disciple de Justin au IIe siècle, n'est pas une simple harmonie mais un évangile continu composé à partir des quatre Évangiles. L'original est perdu, et le texte en est connu surtout par le commentaire d'Éphrem le Syriaque[40]. Sa langue originale, grecque ou syriaque, reste discutée, et un fragment grec d'harmonie évangélique trouvé à Doura Europos, antérieur à 256, n'est pas sûrement celui de Tatien[41]. Andreas Juckel tient la reconstitution de l'original pour impossible, et juge que la critique textuelle du XXe siècle a employé avec trop de confiance les témoins divergents de cette harmonie[42].

La vieille version syriaque des Évangiles est conservée par quatre manuscrits lacunaires, dont un palimpseste du Sinaï, du IVe siècle ou du Ve siècle, et le manuscrit dit de Cureton, du Ve siècle. Elle remonte probablement à une traduction du IIIe siècle, faite sur des manuscrits grecs et sur le Diatessaron, dont ces manuscrits sont des révisions indépendantes[43]. Ses accords avec la vieille version latine portent surtout sur les leçons dites occidentales[44]. La Peshitta, premier Nouveau Testament syriaque complet, date du début du Ve siècle. Ce n'est pas une nouvelle traduction mais une révision de la vieille syriaque sur le grec. Elle ne contient ni l'Apocalypse, ni les petites épîtres catholiques, ni l'épisode de la femme adultère[44]. Son texte reflète souvent la progression du texte byzantin, mêlé de traditions plus anciennes[45].

La version philoxénienne, faite en 507-508 à la demande de Philoxène de Mabboug, est perdue et ne se connaît que par des citations[45]. La version harkléenne, collationnée en 615-616 sur des manuscrits grecs par Thomas d'Héraclée dans un monastère proche d'Alexandrie, suit le grec au plus près. Elle porte en marge des leçons grecques qui conservent le plus souvent des traditions antérieures au texte byzantin, surtout occidentales dans les Actes[46]. La version en araméen christo-palestinien, Nouveau Testament des chrétiens chalcédoniens de langue araméenne, est écrite dans un dialecte araméen occidental et n'a pas de lien génétique avec les versions syriaques. Elle conserve de nombreuses leçons occidentales ou peu attestées, et reste selon Juckel un témoin encore inexploité de l'histoire du texte grec[47].

Le syriaque, langue sémitique, rend mal plusieurs traits du grec : il n'a pas de cas, son système de temps diffère, et son article ne correspond pas à l'article grec. Selon Sebastian Brock, les premières traductions syriaques sont les plus libres et les dernières les plus littérales[48]. Les cas les plus trompeurs sont ceux où le syriaque paraît appuyer formellement une leçon grecque. La vieille syriaque rend ainsi souvent ὁ διάβολος (ho diabolos, « le diable ») par « Satan », de sorte qu'elle ne peut être citée en faveur de la leçon grecque Σατανᾶς (Satanas) à l'Évangile selon Luc 4,2[49],[50].

Versions latines
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On ignore où et quand le Nouveau Testament a été traduit pour la première fois en latin. Tertullien paraît connaître des textes latins, mais traduit souvent lui-même du grec[51]. Les premières citations tirées de manuscrits latins continus se trouvent chez Cyprien et Novatien, vers le milieu du IIIe siècle. Les plus anciens manuscrits, le Codex Vercellensis et le Codex Bobiensis, sont datés du IVe siècle, le second peut-être du Ve siècle,[52]. Les textes de la vieille version latine se répartissent en textes dits « africains » et « européens », d'après la provenance des auteurs qui les citent. La plupart des chercheurs tiennent les premiers pour plus anciens et les seconds pour des révisions, mais on discute encore si la tradition remonte à une seule traduction ou à plusieurs. Les textes africains, longtemps jugés fidèles à leur modèle grec, sont aujourd'hui tenus pour des traductions libres, portées à la paraphrase[53].

Jérôme révise à Rome, de 382-383 à 384, les Évangiles de la vieille version latine en les comparant à des manuscrits grecs. Il n'a probablement pas révisé les autres livres, dont le réviseur est inconnu[54]. Le texte révisé, appelé plus tard Vulgate, ne devient prédominant que vers 850-900, et la vieille version latine continue d'être copiée et de se mêler à lui[55]. L'édition de la Vetus Latina entreprise en 1949 par l'institut fondé à l'abbaye de Beuron fait autorité pour l'ancienne version, et la Vulgate de Stuttgart reconstruit le plus ancien texte de la Vulgate[56].

On a longtemps tenu la version africaine pour la traduction d'un texte grec occidental, et on s'en est servi pour reconstituer des leçons grecques perdues. Georg Gäbel doute qu'un tel texte unique ait existé, et invite à la prudence dans ces reconstitutions[57]. À l'Évangile selon Marc 1,41, le Codex Bezae est le seul manuscrit grec où Jésus est dit ὀργισθείς (orgistheis, « s'étant mis en colère ») au lieu de σπλαγχνισθείς (splanchnistheis, « ému de compassion »). Certains, dont Bart Ehrman, y voient la leçon la plus ancienne, supplantée par la leçon plus facile. Peter Lorenz et Nathan Johnson la font au contraire venir du latin iratus, entré ensuite dans le grec de ce manuscrit bilingue[58].

Versions coptes
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Selon Christian Askeland, seule la tradition grecque rivalise avec la copte par l'ancienneté et la conservation des manuscrits, dont certains remontent au IVe siècle, voire à la fin du IIIe siècle[59]. Le Nouveau Testament a été traduit dans plusieurs dialectes du copte. Le sahidique a servi de langue littéraire commune pendant peut-être le premier millénaire de la langue[60]. Le bohaïrique, langue liturgique de l'Église copte orthodoxe, devient le dialecte principal de l'Église à partir du XIIe siècle[61]. Les dialectes mineurs ont laissé des témoins parfois remarquables : le codex Glazier des Actes, en moyen égyptien, présente des parallèles nets avec certaines leçons longues du Codex Bezae[62]. En 1874, Joseph Barber Lightfoot tenait le copte, avec le syriaque et le latin, pour l'une des trois versions essentielles à la reconstitution du texte grec, et ces trois langues restent les principales de la discipline[63].

Askeland demande qu'une version ne soit citée qu'au vu de sa propre histoire. Pour l'épisode de la femme adultère, le Novum Testamentum Graece signale dix-huit manuscrits bohaïriques qui le portent et vingt-trois qui l'omettent. Ceux qui le portent en donnent pourtant peut-être trois traductions différentes, souvent signalées comme faites sur le syriaque ou l'arabe, et la plus ancienne traduction bohaïrique ne le contenait probablement pas[64]. La technique de traduction compte aussi : le copte omettant volontiers les conjonctions dans les récits au passé, il ne peut être cité dans une variante portant sur καί (kai, « et ») que lorsqu'il porte la conjonction[65].

Autres versions
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La version en guèze a été faite sur le grec après la conversion du roi Ezana d'Aksoum, vers 335, et pourrait témoigner d'un texte de la fin du IVe siècle[37]. Révisée à plusieurs reprises, elle n'est directement accessible dans sa forme ancienne que par les évangiles de Garima et quelques inscriptions[66]. Ses Évangiles s'apparentent au texte byzantin, avec des points communs avec le Codex Bezae et le Codex Washingtonianus. Ses Actes sont proches du texte du Codex Vaticanus, et son Apocalypse de celui du Codex Alexandrinus et du Codex Ephraemi Rescriptus. L'Editio Critica Maior est la première édition critique à en intégrer un témoignage évalué[67].

La version gotique est attribuée par les historiens de l'Église du Ve siècle à l'évêque Wulfila, qui aurait aussi créé l'alphabet gotique sur le modèle grec. Il n'en reste qu'une partie des Évangiles et des épîtres de Paul, notamment dans le Codex Argenteus[68]. C'est une traduction mot à mot[69]. On y a longtemps vu un témoin de la révision du texte attribuée à Lucien d'Antioche. Cette recension étant aujourd'hui rejetée par la plupart des chercheurs, et le texte byzantin compris comme le produit d'un long développement, Carla Falluomini tient la version gotique pour le plus ancien représentant conservé du texte byzantin primitif[70].

La version arménienne date du début du Ve siècle, après la création de l'alphabet arménien par Mesrop vers 406[71]. Les sources anciennes la disent faite tantôt sur le grec, tantôt sur le syriaque[72], et Stanislas Lyonnet a soutenu en 1950 que sa plus ancienne forme reposait sur un texte proche de la vieille syriaque[73]. Sur les 220 manuscrits arméniens examinés par Ernest Colwell, 99 terminent l'Évangile selon Marc en 16,8[74].

La version géorgienne est probablement antérieure au milieu du Ve siècle[75], et sa langue de départ, grecque, syriaque ou arménienne, est discutée[76]. Aux Xe siècle et XIe siècle, les moines géorgiens du mont Athos la révisent sur des modèles byzantins. Georges l'Athonite note ainsi à l'Évangile selon Matthieu 24,36 qu'il n'a pas écrit les mots « ni le Fils », faute de les trouver dans ses exemplaires grecs[77].

La version slavonne, commencée par Cyrille et Méthode vers 863, est pour l'essentiel byzantine[78],[79]. Elle ne compte guère pour l'établissement du texte le plus ancien, mais elle renseigne sur les lectionnaires grecs qui lui ont servi de modèles[80].

Citations patristiques

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Les auteurs chrétiens de l'Antiquité citent abondamment le Nouveau Testament. Selon Metzger et Ehrman, ces citations suffiraient à reconstruire la quasi-totalité du texte si les autres témoins disparaissaient[11]. Leur intérêt tient surtout à ce qu'elles permettent de dater et de situer les leçons. Les citations de Cyprien, évêque de Carthage vers 250, concordent ainsi presque toujours avec un manuscrit de l'ancienne version latine, dont le texte descend d'une copie en usage en Afrique du Nord à cette époque[81]. Holger Strutwolf rappelle que les manuscrits du Nouveau Testament sont souvent difficiles à dater et à localiser, alors qu'on sait quand et où ont vécu les auteurs qui le citent[82].

Ce témoignage demande pourtant des précautions. Les œuvres des auteurs anciens ont elles-mêmes été transmises par copie, et les copistes tendaient à aligner leurs citations sur le texte biblique en usage de leur temps[83],[84]. Les passages bibliques placés en tête des sections d'un commentaire y étaient plus exposés que le commentaire lui-même, qu'il faut donc comparer à la citation[85]. Il faut enfin distinguer la citation littérale de la paraphrase ou de l'allusion[83].

Pourquoi les copies divergent

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Aucun autographe du Nouveau Testament n'est conservé, et les copies qui nous sont parvenues ne concordent pas entre elles[1]. Metzger et Ehrman classent les causes de ces divergences en changements involontaires et changements volontaires[86],[87].

Changements involontaires

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Les copistes confondaient des lettres de forme voisine. Dans la Première épître à Timothée 3,16, les manuscrits anciens portent ὅς (hos, « celui qui »), écrit ΟΣ en majuscules, tandis que beaucoup de manuscrits plus tardifs portent ΘΣ, l'abréviation habituelle de θεός (theos, « Dieu »)[88]. Des lettres ou des groupes de lettres prononcés de la même façon étaient aussi confondus, comme ο et ω, d'où l'hésitation entre ἔχομεν (echomen, « nous avons ») et ἔχωμεν (echōmen, « ayons ») à l'Épître aux Romains 5,1[89]. Lorsque deux lignes ou deux mots se terminaient de la même manière, l'œil du copiste pouvait sauter de l'un à l'autre. Il omettait alors le texte intermédiaire, ce qu'on appelle un saut du même au même, ou au contraire le copiait deux fois[90].

Changements volontaires

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Beaucoup de changements volontaires ont été faits de bonne foi, par des copistes qui croyaient corriger une faute ou une maladresse de leurs modèles[91]. Les copistes harmonisaient les passages parallèles, complétaient les expressions, corrigeaient les difficultés historiques ou géographiques. Face à deux leçons, certains les combinaient. À la fin de l'Évangile selon Luc, les disciples « louant » Dieu dans certains manuscrits et le « bénissant » dans d'autres deviennent, dans les manuscrits plus tardifs, les disciples « louant et bénissant » Dieu[92].

D'autres changements touchent à la doctrine, depuis les retranchements de Marcion dans l'Évangile selon Luc et les leçons ascétiques de Tatien[93]. Dans l'Évangile selon Matthieu 24,36, des copistes ont omis les mots οὐδὲ ὁ υἱός (oude ho huios, « ni le Fils »), qui attribuent au Fils une ignorance difficile à concilier avec sa divinité. Dans l'Évangile selon Luc 23,32, la plupart des manuscrits grecs ont modifié l'ordre des mots pour éviter que Jésus paraisse compté parmi les malfaiteurs[94]. Metzger et Ehrman relèvent aussi la fidélité de nombreux copistes, qui ont transmis sans les corriger des leçons manifestement difficiles[95].

La plupart des spécialistes admettent aujourd'hui l'existence de changements d'origine théologique, mais divergent sur leur ampleur[96]. Wettstein posait déjà qu'entre deux leçons, la plus orthodoxe ne doit pas être préférée d'emblée, tandis que Hort affirmait qu'aucune leçon fautive du Nouveau Testament ne trahit une falsification délibérée pour des motifs dogmatiques[97]. James Royse note que ce jugement de Hort est généralement tenu pour indéfendable[98]. En 1993, Bart Ehrman soutient que des copistes ont parfois modifié le texte pour le rendre plus nettement orthodoxe et empêcher son usage par des chrétiens jugés hérétiques, en particulier dans les controverses christologiques antérieures au concile de Nicée[99]. Selon lui, ces copistes ne cherchaient pas à tromper : ils faisaient dire au texte ce qu'ils savaient déjà qu'il signifiait[100],[101]. On lui a reproché de préférer les motifs doctrinaux aux causes ordinaires de la copie, et d'étudier les leçons isolément des manuscrits qui les portent[6]. Gordon Fee lui reproche de changer trop souvent une simple possibilité en probabilité, et une probabilité en certitude[102]. Les éditeurs de l'Editio Critica Maior des Actes tiennent au contraire les variantes introduites délibérément pour exceptionnelles[96].

Habitudes des copistes

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L'étude des leçons propres à un seul manuscrit permet de caractériser le travail de chaque copiste. Royse a ainsi montré que les copistes des six grands papyrus antérieurs au IVe siècle omettent tous plus de texte qu'ils n'en ajoutent. Cela l'a conduit à contester la règle de la leçon brève (voir Critères d'évaluation des leçons)[103],[104]. Le travail des copistes est généralement tenu pour plus libre dans les premiers siècles que dans la tradition monastique médiévale[105]. Vaganay et Amphoux distinguent ainsi une période de relative liberté jusqu'en 313, une période de contrôle limité jusque vers 850, puis une période de normalisation[106],[107],[108]. Le papyrus P75 montre pourtant qu'un copiste ancien pouvait être très soigneux[105].

Histoire de la discipline

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Antiquité et Moyen Âge

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La critique textuelle est née chez les Grecs, à propos des poèmes homériques, dont les directeurs de la bibliothèque d'Alexandrie, de Zénodote à Aristarque, ont établi des éditions en comparant les manuscrits[109]. La plus ancienne tentative connue sur le Nouveau Testament est attribuée, vers la fin du IIe siècle, aux disciples de Théodote à Rome, qu'un pamphlet cité par Eusèbe de Césarée accuse d'avoir corrigé les Écritures[110]. Au siècle suivant, Origène se plaint, à propos de l'Évangile selon Matthieu 19,19, de la négligence de certains copistes et de l'audace d'autres[111]. Il relève des variantes mais tranche souvent sur des motifs exégétiques ou géographiques[112], et la leçon « Béthabara » de l'Évangile selon Jean 1,28, largement attestée ensuite, est probablement une conjecture de sa part[113]. Jérôme décrit les principales fautes de copie et révise les Évangiles latins sur des manuscrits grecs plus anciens. Augustin, à propos de l'Évangile selon Matthieu 27,9, formule en substance la préférence pour la leçon la plus difficile[114]. Selon Jan Krans et An-Ting Yi, la critique textuelle existe bien à cette époque, mais elle ne s'applique pas de façon systématique. Les auteurs anciens acceptent souvent plusieurs leçons comme appartenant au texte, attitude qui a aussi un sens théologique[111].

Du premier texte imprimé au textus receptus

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Le premier Nouveau Testament grec imprimé est celui de la Bible polyglotte d'Alcalá, achevé en 1514 mais diffusé seulement vers 1522[115]. Le premier mis en vente est celui d'Érasme, publié à Bâle en 1516 et suivi de quatre autres éditions jusqu'en 1535. Érasme cherchait d'abord à corriger la Vulgate latine, et le texte grec, imprimé en regard de sa traduction latine, n'y jouait qu'un rôle d'appui[113]. Préparée en quelques mois, sa première édition repose pour l'essentiel sur deux manuscrits tardifs, et Érasme a retraduit du latin les derniers versets de l'Apocalypse, qui manquaient à son unique manuscrit de ce livre[116]. Il n'introduit qu'à sa troisième édition, en 1522, le Comma Johanneum, un passage de la Première épître de Jean absent des manuscrits grecs anciens. Huit manuscrits grecs seulement le portent, dans le texte ou en marge[117]. Krans et Yi jugent pourtant Érasme bien meilleur critique que le texte qu'il a imprimé, comme le montrent ses annotations[118]. En 1897, le Saint-Office déclara qu'il n'était pas sûr de nier l'authenticité du Comma, que les éditions catholiques modernes du grec ne retiennent pourtant pas[119].

L'édition de Robert Estienne de 1550 donne en marge le premier apparat critique, tiré des leçons relevées dans des manuscrits par son fils Henri, sans que ces leçons modifient le texte, qui reste proche de celui d'Érasme[120]. Celle de 1551 introduit la division en versets[121]. Théodore de Bèze, qui possédait le Codex Bezae et le Codex Claromontanus, reprend le texte d'Estienne en le modifiant peu[122]. Les Elzevier, imprimeurs à Leyde, en tirent en 1624 une édition de poche destinée aux étudiants. La préface de la deuxième édition, en 1633, présente au lecteur « le texte maintenant reçu par tous » (textum ergo habes, nunc ab omnibus receptum), formule qui a donné son nom au textus receptus[123]. Ce texte, fondé sur une poignée de manuscrits tardifs, est à la base de la Bible du roi Jacques et des principales traductions protestantes jusqu'en 1881[124].

La collecte des variantes

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Pendant près de deux siècles, les éditeurs réimpriment le textus receptus et rassemblent les variantes dans leurs apparats[125]. À la fin du XVIIe siècle, l'oratorien Richard Simon examine le texte et les versions du Nouveau Testament en dehors des présupposés dogmatiques de son temps[126]. L'édition de John Mill, parue en 1707, rassemble environ trente mille variantes, tirées des manuscrits, des versions et des Pères. Daniel Whitby y voit une menace pour l'autorité de l'Écriture, tandis que le libre penseur Anthony Collins en tire argument contre elle[127],[128]. Richard Bentley projette en 1720 une édition fondée sur les plus anciens manuscrits grecs et latins, qui ne voit pas le jour[129].

Johann Albrecht Bengel, troublé par les variantes de Mill, conclut qu'elles n'ébranlent aucun article de doctrine. En 1725, il pose que les témoins doivent être pesés et non comptés, et les répartit en deux groupes. Il formule aussi la règle proclivi scriptioni praestat ardua : la leçon difficile l'emporte sur la leçon facile[130],[131]. Johann Jakob Wettstein, dans son édition de 1751-1752, reprend le principe selon lequel les manuscrits s'estiment au poids et non au nombre. Il introduit le système de sigles encore en usage, des lettres capitales pour les majuscules et des chiffres pour les minuscules[132]. Ses opinions sur le texte le firent soupçonner d'hérésie à plusieurs reprises[133].

La période critique

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Johann Jakob Griesbach est le premier en Allemagne à s'écarter du textus receptus en de nombreux endroits. Il répartit les témoins en trois recensions et formule quinze règles, dont la première donne la préférence à la leçon la plus brève, sauf exceptions[134]. Krans et Yi voient en lui le père de la théorie des types de texte, qui a dominé la discipline jusqu'à une date récente[135]. Karl Lachmann publie en 1831 la première édition critique du Nouveau Testament grec, construite directement sur les témoins anciens sans passer par un texte imprimé[136],[137]. Constantin von Tischendorf publie plus de manuscrits qu'aucun autre savant, dont le Codex Sinaiticus. Sa huitième édition, parue en 1869-1872, est accompagnée de l'apparat le plus complet de son temps[138]. En Angleterre, Samuel Prideaux Tregelles établit de son côté une édition fondée sur les seuls témoins anciens[139],[140].

L'édition de Brooke Foss Westcott et Fenton John Anthony Hort, parue en 1881, ne s'appuie pas sur de nouvelles comparaisons de manuscrits mais sur une méthode. Hort distingue la probabilité intrinsèque, qui porte sur ce que l'auteur a pu écrire, de la probabilité transcriptionnelle, qui porte sur ce que les copistes ont pu faire. Il pose que la connaissance des documents doit précéder le jugement sur les leçons, et que la communauté de leçons implique la communauté d'origine[141]. Leur apport le plus durable, selon Metzger et Ehrman, est d'avoir montré que le texte byzantin est plus tardif que les autres formes du texte[142]. Leur classement des témoins est présenté dans l'article Types de texte du Nouveau Testament.

Le rejet du textus receptus suscite l'opposition de John William Burgon, qui attaque en 1883 l'édition de Westcott et Hort et la révision anglaise de 1881. Son argument est théologique : Dieu n'aurait pas laissé se corrompre le texte qu'il avait inspiré, et le texte des manuscrits les plus nombreux doit donc être préféré[143]. Hermann von Soden entreprend au début du XXe siècle de reconstruire l'histoire du texte à partir d'un très grand nombre de minuscules. Son édition, parue de 1902 à 1913, a été qualifiée d'« échec magnifique », et la nomenclature des manuscrits qu'il proposait n'a pas été retenue[144].

Établir le texte

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Critères d'évaluation des leçons

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La règle la plus générale consiste à retenir la leçon qui explique le mieux l'origine des autres[145]. Les critères qui la mettent en œuvre se répartissent, depuis Hort, entre le témoignage externe, qui porte sur l'âge, la répartition géographique et la valeur des témoins, et le témoignage interne. Ce dernier comprend la probabilité transcriptionnelle, qui considère ce que les copistes ont pu faire, et la probabilité intrinsèque, qui considère ce que l'auteur a pu écrire[146]. Les critères transcriptionnels tiennent compte des tendances des copistes, qui harmonisaient les textes parallèles, remplaçaient un mot rare par un mot courant et polissaient la langue. On préfère donc la leçon la plus difficile (lectio difficilior potior), la plus brève (lectio brevior potior), sauf saut du même au même ou retranchement volontaire, et celle qui diffère d'un passage parallèle[147].

La règle de la leçon brève est aujourd'hui discutée. James Royse a constaté que les copistes des six grands papyrus antérieurs au IVe siècle omettent plus de texte qu'ils n'en ajoutent. Il propose donc de la renverser pour les leçons anciennes : à égalité de conditions, la leçon la plus longue devrait être préférée, sauf si elle paraît tardive ou s'explique par une harmonisation ou une correction grammaticale[103],[148]. Étudiant l'Épître de Jacques avec la méthode généalogique fondée sur la cohérence, Peter Gurry trouve que les omissions dépassent à peine les ajouts, et qu'aucune règle fondée sur la longueur ne peut en être tirée[149].

Metzger et Ehrman présentent la critique textuelle comme un art autant qu'une science, et mettent en garde contre l'emploi exclusif d'un seul critère[150]. Tommy Wasserman relève que les critères entrent souvent en concurrence, de sorte que presque toute leçon peut se défendre par une combinaison arbitraire, et voit le progrès de la méthode dans un contrôle plus strict de leur application[151]. Michael Holmes s'interroge sur leur fonction même : décident-ils entre les leçons, ou justifient-ils après coup une décision prise sur d'autres bases[152] ?

Éclectisme raisonné et éclectisme intégral

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La plupart des éditeurs actuels pratiquent un éclectisme dit raisonné, qui combine témoignage externe et témoignage interne pour déterminer, à chaque lieu variant, la leçon qui rend le mieux compte des autres[153]. L'expression remonte à la « méthode éclectique » de Léon Vaganay en 1934 et à la « critique rationnelle » de Marie-Joseph Lagrange à la même époque[154]. Vaganay la présentait comme une voie moyenne entre l'école allemande issue de Lachmann, qui privilégiait la reconstitution des filiations entre manuscrits, et l'école française de Joseph Bédier, qui avait perdu confiance dans ce témoignage externe. Dans sa méthode, la critique externe classe les leçons et en situe l'âge, et la critique interne a le dernier mot, sans jamais pouvoir se passer de la connaissance des manuscrits qui portent chaque leçon[155].

L'éclectisme dit intégral, défendu par George Kilpatrick puis par J. Keith Elliott, donne la priorité aux considérations internes. L'âge, le nombre et la répartition des manuscrits n'y décident pas, puisqu'aucun manuscrit ni aucun groupe n'a le monopole des leçons originales[156]. Elliott reconnaît que cette méthode ne résout pas tous les problèmes, et tient une édition complète établie selon ses principes pour un projet encore à réaliser[157]. Une école minoritaire, surtout francophone, tient par ailleurs le texte dit occidental pour plus proche de la forme originale que celui des autres manuscrits (voir Texte occidental)[6].

Texte majoritaire

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Un nombre restreint mais croissant de chercheurs, surtout en Amérique du Nord, tient que le texte le plus ancien, et le plus souvent l'original, s'est conservé dans la majorité des manuscrits, donc dans le texte byzantin[158]. Selon David Parker, les partisans de cette position reprennent les méthodes de Westcott et Hort pour en renverser les conclusions, ce qui fait du texte majoritaire une théorie précritique employant des outils critiques[159]. Daniel Wallace objecte que le texte byzantin se divise lui-même en des centaines de lieux sans majorité nette, comme à l'Épître aux Romains 5,1, où le recours aux critères internes devient inévitable. Il relève aussi que les partisans du texte majoritaire n'ont pas produit de commentaire textuel justifiant leurs leçons[160].

Conjecture

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La conjecture propose une leçon qu'aucun manuscrit ne porte. Héritée de la philologie classique, elle suppose que l'autographe et l'archétype des manuscrits conservés ne sont pas identiques. Elle tient dans la critique du Nouveau Testament une place mineure et discutée. Le texte de la vingt-septième édition du Novum Testamentum Graece repose explicitement sur une conjecture aux Actes des Apôtres 16,12, et celui de l'Editio Critica Maior en suit probablement une à la Deuxième épître de Pierre 3,10[161].

Méthodes de classement des témoins

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La méthode de Karl Lachmann relie les manuscrits par leurs erreurs communes, qu'elle représente sous forme de stemma codicum. Elle s'applique mal au Nouveau Testament, copié trop souvent pour qu'une même faute ne puisse naître deux fois, et dont les manuscrits mêlent des leçons de plusieurs sources, ce qu'on appelle la contamination[16],[162]. Au XXe siècle, Ernest Colwell propose de mesurer les parentés par le pourcentage d'accords entre manuscrits sur un ensemble de lieux variants. Des méthodes dites de profil prolongent cette approche. Parker leur reproche de définir les groupes à l'avance sur une partie seulement des données, et d'écarter les leçons propres à un seul manuscrit[163].

Méthode généalogique fondée sur la cohérence

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La méthode généalogique fondée sur la cohérence, ou CBGM (de l'anglais Coherence-Based Genealogical Method), a été conçue par Gerd Mink à l'Institut für neutestamentliche Textforschung à partir des années 1980. Elle sert à l'établissement du texte de l'Editio Critica Maior[164]. Elle relie non les manuscrits comme objets, mais les textes qu'ils portent, de sorte qu'un manuscrit récent peut porter un texte plus ancien que celui d'un manuscrit plus ancien[165],[166]. À chaque lieu variant, l'éditeur établit par les critères traditionnels un stemma local, qui indique quelle leçon a donné naissance aux autres. La méthode enregistre ces décisions et en déduit les relations entre témoins. La méthode mesure à la fois le taux d'accord entre deux textes et le sens de leurs désaccords, et l'ensemble permet de vérifier si les décisions prises à chaque lieu sont compatibles entre elles[167],[168]. La méthode vise ainsi trois difficultés : la contamination, les accords fortuits entre témoins sans parenté et l'incohérence des décisions éditoriales[169]. Son emploi a conduit les éditeurs de l'Editio Critica Maior à renoncer à la notion de type de texte, les relations entre témoins étant trop complexes pour ce modèle[170],[171]. Les éditions de la Society of Biblical Literature et de Tyndale House n'y recourent pas davantage[172]. Ce débat est présenté dans l'article Types de texte du Nouveau Testament.

La méthode a été discutée. Eldon Epp souligne qu'elle n'intègre ni les versions ni les citations patristiques, et défend pour cette raison des regroupements de témoins qu'il appelle clusters, point que Klaus Wachtel concède pour le texte occidental[173]. Dirk Jongkind relève la faiblesse statistique de certaines relations, et Bengt Alexanderson la rejette dans son ensemble. Stephen Carlson la compare à une boîte noire, dont le fonctionnement échappe aux chercheurs extérieurs à Münster[174]. Wasserman propose d'en tirer un critère nouveau, en tenant pour probablement née des copistes une leçon dont les témoins sont mal reliés entre eux[175]. Peter Gurry, qui juge la méthode précieuse dans l'ensemble, en marque les limites : la contamination reste un problème, l'hypothèse la plus simple n'est pas nécessairement l'histoire réelle, et la méthode ne dit rien des causes d'une variante. Il reproche pour cette raison à Wasserman d'avoir tiré un argument contre une origine théologique de la faible cohérence d'une leçon de la Première épître de Jean 5,6[176],[177]. Pour Annette Hüffmeier et Gregory Paulson, l'Editio Critica Maior marque un changement de paradigme dans la discipline, même si la méthode ne traite encore qu'imparfaitement les manuscrits fragmentaires, les corrections et les lectionnaires, et n'intègre ni les versions ni les Pères[178].

Les éditions critiques

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Les éditions manuelles du XXe siècle

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L'édition d'Eberhard Nestle, parue à Stuttgart en 1898, retient à chaque lieu variant la leçon commune à deux des trois grandes éditions critiques du XIXe siècle. Ce sont celles de Tischendorf, de Westcott et Hort et de Weymouth, remplacée en 1901 par celle de Bernhard Weiss. En 1904, la Société biblique britannique et étrangère, qui diffusait jusque-là le textus receptus, adopta le texte de Nestle[179]. Ces éditions ont marqué selon Krans et Yi la fin effective du textus receptus, et leur apparat était conçu comme un instrument pour que chacun forme son propre jugement, non comme un texte définitif[180]. Erwin Nestle, fils d'Eberhard, dote la treizième édition, en 1927, d'un apparat citant manuscrits, versions et Pères, avant que Kurt Aland ne reprenne l'édition[179]. Le texte de la vingt-cinquième édition, parue en 1963, ne différait encore de celui de Westcott et Hort, établi sans aucun papyrus, qu'en 558 endroits[181].

À l'initiative de la Société biblique américaine, un comité réunissant Kurt Aland, Matthew Black, Bruce Metzger et Allen Wikgren prépare une édition destinée aux traducteurs, The Greek New Testament, publiée par l'Alliance biblique universelle en 1966. Sa troisième édition, en 1975, intègre de nombreuses propositions d'Aland, et depuis 1979 la vingt-sixième édition du Novum Testamentum Graece partage le même texte, avec un apparat différent[182]. Un commentaire textuel rédigé par Metzger au nom du comité, paru en 1971, expose les raisons de ses choix[183]. Le comité, élargi au catholique Carlo Maria Martini puis à Barbara Aland et à Johannes Karavidopoulos, de Thessalonique, réunit des spécialistes protestants, catholiques et orthodoxes[184],[2]. Les éditions catholiques bilingues grec-latin d'Augustinus Merk et de José María Bover se voulaient une alternative aux éditions protestantes[185].

Lire une édition critique

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Le Novum Testamentum Graece imprime un texte reconstruit et, en bas de page, un apparat. Des signes placés dans le texte indiquent l'endroit et la nature de chaque variante : omission, remplacement, ajout ou transposition. L'apparat donne ensuite les leçons et leurs témoins, toujours dans le même ordre : manuscrits grecs, versions, Pères. Pour les variantes importantes, il cite aussi les témoins du texte imprimé, et pour les autres seulement ceux qui s'en écartent[186]. Une édition manuelle ne peut documenter toute l'histoire du texte, ce que seule l'Editio Critica Maior permet[187]. Selon Juan Hernández, le texte critique, autrefois présenté comme le texte « standard », est ainsi devenu un texte de travail provisoire, que l'apparat invite à vérifier et à corriger[188],[189].

L'Editio Critica Maior

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L'Editio Critica Maior, préparée à l'Institut für neutestamentliche Textforschung de Münster, donne à la fois un texte reconstruit, le texte initial, et un apparat. Celui-ci cite toutes les variantes des manuscrits grecs retenus, des citations des Pères grecs et des principales versions anciennes[190]. Les épîtres catholiques ont paru de 1997 à 2005, puis en deuxième édition en 2013, les Actes des Apôtres en 2017, l'Évangile selon Marc en 2021 et l'Apocalypse en 2024[191]. Là où les éditeurs ne peuvent trancher entre deux leçons, ils le marquent d'un losange, et ces cas d'incertitude déclarée sont plus nombreux que ceux que signalaient les éditions précédentes[192].

Le texte des épîtres catholiques établi par l'Editio Critica Maior a été repris dans la vingt-huitième édition du Novum Testamentum Graece, en 2012, et dans la cinquième édition du Greek New Testament, en 2014. Le reste du Nouveau Testament y conserve le texte antérieur[193],[194]. Le texte change en une trentaine de lieux. Dans l'Épître de Jude 5, c'est ainsi Ἰησοῦς (Iēsous, « Jésus ») et non plus « le Seigneur » qui fait sortir le peuple d'Égypte. Dans la Deuxième épître de Pierre 3,10, le texte retient οὐχ εὑρεθήσεται (ouch heurethēsetai, « ne sera pas trouvée »), leçon attestée par quelques manuscrits coptes et syriaques mais par aucun manuscrit grec[195],[196]. Les éditions suivantes doivent intégrer les volumes des Actes, de Marc et de l'Apocalypse, sous la responsabilité d'un nouveau comité international et interconfessionnel[197].

L'édition a conduit à réévaluer le texte byzantin, écarté comme tardif depuis Westcott et Hort. Des témoins byzantins se sont révélés proches du texte initial, et sur les 52 leçons nouvellement retenues dans les Actes, 36 sont byzantines, comme 21 sur 33 dans Marc[198],[199]. Les transcriptions des manuscrits, l'apparat numérique et les données de la méthode généalogique fondée sur la cohérence sont accessibles en ligne, ce qui permet à chacun de consulter les décisions des éditeurs et leur justification[200].

Autres éditions récentes

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L'édition de la Society of Biblical Literature, établie par Michael Holmes et publiée en 2010, est la première édition critique récente diffusée librement sous forme électronique. Son texte s'accorde avec celui de la vingt-septième édition du Novum Testamentum Graece dans la très grande majorité des lieux variants[201]. L'édition de Tyndale House, parue à Cambridge en 2017, actualise celle de Tregelles en suivant de près les manuscrits les plus anciens[202].

L'édition de Maurice Robinson et William Pierpont, parue en 2005, présente le texte byzantin comme le plus proche des autographes. Juan Hernández lui objecte qu'aucun manuscrit byzantin n'est antérieur au Ve siècle et qu'aucun auteur antérieur au IVe siècle ne semble connaître ce texte. Il la tient pourtant pour une édition utile d'un des textes les plus répandus de l'histoire du christianisme[203]. En 1999, des délégués de l'Église orthodoxe ont demandé à l'Alliance biblique universelle un texte byzantin établi selon des méthodes scientifiques. Il en est sorti une édition de l'Évangile selon Jean dans la tradition byzantine, qui donne le texte du minuscule 35 avec un apparat des variantes byzantines[204],[205].

Du texte original au texte initial

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La mise en cause du texte original

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Jusqu'à la fin du XXe siècle, la critique textuelle du Nouveau Testament s'est donné pour but de reconstituer le texte original. Elle suivait la définition classique de Paul Maas, pour qui la critique textuelle doit produire un texte aussi proche que possible de l'original[206]. Les éditeurs de la vingt-sixième édition du Novum Testamentum Graece, parue en 1979, la présentaient comme une approximation de ce texte[207]. Quelques éditeurs avaient visé moins haut. Bentley et Karl Lachmann cherchaient seulement à restituer le texte en usage au IVe siècle[208],[209], et Lachmann laissait à une seconde étape, au besoin conjecturale, l'écart qui subsistait avec le texte de l'auteur[210]. Westcott et Hort, sans confondre leur texte avec l'original, signalaient de nombreux passages où ils soupçonnaient une corruption antérieure à tous les témoins[180].

Selon Michael Holmes, la définition traditionnelle a été mise en cause à partir des années 1990 sur deux points. D'une part, l'histoire de la transmission est devenue un objet d'étude à part entière, et les leçons secondaires ne sont plus seulement des obstacles à écarter mais des témoins de la manière dont le texte a été lu. D'autre part, la notion même de texte original a été jugée ambiguë, voire inaccessible[211]. William Petersen demandait par exemple quel Marc est « original », celui des manuscrits du IVe siècle ou celui que laissent entrevoir Matthieu et Luc, et laquelle des quatre finales de l'Évangile[212]. En 1995, Bart Ehrman se demandait s'il fallait privilégier le texte original sur les formes qui en sont issues, puisque l'histoire de l'exégèse est celle de lecteurs interprétant des formes différentes du texte. Holmes répond que l'établissement du texte le plus ancien garde une priorité logique, puisqu'il sert de référence pour mesurer les changements ultérieurs[213].

Le terme de Ausgangstext, rendu en français par « texte initial », a été introduit par Gerd Mink en 1993. Il désigne le texte dont est issue toute la tradition conservée, et se définit donc par rapport aux témoins existants plutôt que par rapport à l'autographe perdu. Les états du texte qui auraient pu exister entre l'autographe et ce texte initial échappent, selon Mink, aux moyens de la critique textuelle[18]. L'Editio Critica Maior en a fait son but déclaré[214]. Pour David Parker, un texte critique est un énoncé généalogique : il donne la forme dont descendent toutes les autres, sans qu'on puisse en conclure qu'elle soit celle de l'auteur. L'ancêtre commun révélé par l'analyse génétique d'un groupe d'individus n'est pas davantage le premier homme[215].

Un terme, plusieurs référents

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L'introduction de la deuxième édition de l'Editio Critica Maior des épîtres catholiques admet plusieurs référents possibles du texte initial. Ce peut être le texte de l'auteur, celui d'une rédaction qui a réuni plusieurs écrits, l'archétype de la tradition, voire plusieurs textes initiaux si plusieurs versions ont circulé dès l'origine. Pour ces épîtres, ses éditeurs retiennent comme hypothèse la plus simple que le texte reconstruit est celui des auteurs[216],[217].

Les éditeurs de l'Editio Critica Maior ne s'accordent pourtant pas sur la portée du terme. Parker affirme que le texte initial n'est pas un texte d'auteur, et que sa conception du « texte vivant » s'accorde avec la notion de texte initial sur l'impossibilité de reconstituer un texte original unique[218],[219]. Holger Strutwolf soutient au contraire que la recherche du texte original n'a rien de contradictoire, et qu'en l'absence d'une rupture attestée l'archétype reconstruit reste la meilleure hypothèse sur le texte de l'auteur[220]. Peter Gurry propose de distinguer le sens du terme, qui est unique, « le texte dont descend la tradition conservée », de son référent, qui doit être déclaré écrit par écrit et éditeur par éditeur[221]. Il rapproche cette exigence de celle qu'Emanuel Tov formule pour la Bible hébraïque, où la question se pose dans les mêmes termes (voir Critique textuelle de la Bible hébraïque)[222].

Articles connexes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 Wasserman et Gurry 2017, p. 1.
  2. 1 2 Hüffmeier et Paulson 2025, p. 667.
  3. 1 2 Parker 2008, p. 182-184.
  4. Parker 2008, p. 183.
  5. Ehrman 2013, p. 803-805.
  6. 1 2 3 Houghton 2025, p. 387.
  7. Holmes 2013a, p. 642.
  8. Holmes 2013a, p. 642-643.
  9. Parker 2008, p. 185-187.
  10. Parker 2008, p. 186-187.
  11. 1 2 3 4 Metzger et Ehrman 2005, p. 126.
  12. 1 2 Parker 2008, p. 159.
  13. Aland, Aland et Karavidopoulos 2012, p. 57.
  14. Aland, Aland et Karavidopoulos 2012, p. 55-56.
  15. 1 2 Hixson 2025, p. 473.
  16. 1 2 Parker 2008, p. 161-162.
  17. Gurry 2025, p. 450.
  18. 1 2 Gurry 2017, p. 92-93.
  19. Hixson 2025, p. 463-464.
  20. Hixson 2025, p. 463.
  21. Hixson 2025, p. 464-465.
  22. 1 2 Hixson 2025, p. 466.
  23. Hixson 2025, p. 466-474.
  24. Hixson 2025, p. 467.
  25. Hixson 2025, p. 468.
  26. Hixson 2025, p. 468-469.
  27. Hixson 2025, p. 470.
  28. Hixson 2025, p. 471.
  29. Hixson 2025, p. 471-472.
  30. Hixson 2025, p. 472.
  31. Hixson 2025, p. 472-473.
  32. Hixson 2025, p. 474-476.
  33. Hixson 2025, p. 476-478.
  34. Metzger et Ehrman 2005, p. 94-95.
  35. Metzger et Ehrman 2005, p. 95.
  36. Juckel 2025, p. 487-488.
  37. 1 2 Niccum 2025, p. 533.
  38. Askeland 2025, p. 526-527.
  39. Gäbel 2025, p. 511.
  40. Juckel 2025, p. 488.
  41. Juckel 2025, p. 489.
  42. Juckel 2025, p. 490.
  43. Juckel 2025, p. 490-491.
  44. 1 2 Juckel 2025, p. 492.
  45. 1 2 Juckel 2025, p. 493.
  46. Juckel 2025, p. 494-496.
  47. Juckel 2025, p. 496-497.
  48. Metzger 1977, p. 83.
  49. Metzger 1977, p. 88.
  50. Metzger 1977, p. 98.
  51. Gäbel 2025, p. 503.
  52. Gäbel 2025, p. 503-504.
  53. Gäbel 2025, p. 504.
  54. Gäbel 2025, p. 504-505.
  55. Gäbel 2025, p. 505.
  56. Gäbel 2025, p. 507-508.
  57. Gäbel 2025, p. 512-513.
  58. Gäbel 2025, p. 513-514.
  59. Askeland 2025, p. 517.
  60. Askeland 2025, p. 521.
  61. Askeland 2025, p. 523.
  62. Askeland 2025, p. 522.
  63. Askeland 2025, p. 524.
  64. Askeland 2025, p. 527.
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  67. Niccum 2025, p. 538-539.
  68. Falluomini 2025, p. 542-543.
  69. Falluomini 2025, p. 543.
  70. Falluomini 2025, p. 545.
  71. Metzger 1977, p. 155-157.
  72. Metzger 1977, p. 164.
  73. Metzger 1977, p. 167.
  74. Metzger 1977, p. 163-164.
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