Mangue de Dybowski

espèce de mammifères
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Dologale dybowskii

Dologale dybowskii
Description de cette image, également commentée ci-après
Photo de Dologale dybowskii prise en milieu naturel, dans la zone du bassin Chinko.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Feliformia
Famille Herpestidae
Sous-famille Mungosinae

Genre

Dologale
Thomas, 1926

Espèce

Dologale dybowskii
(Pousargues, 1893)

Statut de conservation UICN

DD  : Données insuffisantes

Répartition géographique

Description de l'image Pousargues' Mongoose area.png.

Synonymes

Le Mangue de Dybowski (Dologale dybowskii), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés et de la sous-famille des Mungosinae. Seule représentante du genre monotypique Dologale, il est originaire de la zone de mosaïque forêt-savane d'Afrique centrale, notamment en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en Ouganda.

C'est un petit carnivore de 300 à 400 g au pelage brun, morphologiquement très proche de petites mangues du genre Helogale dont il constitue le groupe frère. Principalement diurne, il vit en groupes sociaux, s'abrite dans des termitières ou des arbres creux, et utilise ses griffes antérieures développées pour fouiller le sol à la recherche d'invertebrés et de petits vertébrés.

Méconnu et longtemps représenté quasi uniquement par des spécimens de musées, l'espèce n'avait pas été observée avec certitude pendant plus de deux décennies avant d'être à nouveau photographiée sur le terrain au début des années 2010. L'UICN la classe ainsi dans la catégorie « Données insuffisantes » (DD), même si ses populations pourraient être plus répandues que ne le suggère la rareté des données.

Dénominations

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Étymologie

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  • Dologale : composé du grec ancien δόλος / dólos ruse, tromperie, astuce ») et de γαλέη / galéē ou γαλή / galē belette », « petit carnassier »)[4].
  • dybowskii : dédié à Jean Dybowski (1856–1928), agronome, botaniste et explorateur français d'origine polonaise qui mena des missions de collecte en Afrique tropicale entre 1891 et 1894[5].

Taxonomie et phylogénie

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Illustration originale de l'espèce
Illustration originale de Crossarchus dybowskii par Eugène de Pousargues (1894).

L'espèce est décrite pour la première fois en 1893 sous le nom de Crossarchus dybowskii par le zoologiste français Eugène de Pousargues dans le Bulletin de la Société zoologique de France[6]. La localité type originale correspond au premier poste militaire français fondé par la mission Dybowski près de la rivière Kémo, au niveau de la localité de Fort-de-Possel (dans l'actuelle République centrafricaine)[7][8]. Six spécimens y ont été collectés en 1892 par l'agronome et explorateur Jean Dybowski, auquel l'épithète spécifique rend hommage[9].

Dans sa diagnose, de Pousargues justifie son rattachement au genre Crossarchus par l'absence de rainure nue fendant la lèvre supérieure et par sa formule dentaire comptant 36 dents, caractérisée par la présence de trois prémolaires par mandibule. Il distingue le Mangue de Dybowski des autres crossarques connus à l'époque par l'absence de rayures dorsales (différant de C. zebra et C. fasciatus), par l'absence de raie noire isolant la gorge et la poitrine claires (à l'inverse de C. gambianus) et par une taille plus réduite ainsi qu'une coloration générale brune et rousse finement piquetée, se démarquant de C. obscurus[9].

En février 1926, le mammalogiste britannique Oldfield Thomas érige le genre monotypique Dologale pour y reclasser l'espèce, désignant Crossarchus dybowskii comme espèce type[10]. L'espèce est considérée comme monotypique par la plupart des auteurs modernes[11][12].

Dans sa synthèse de la taxonomie des mammifères d'Afrique publiée en 1939, Glover Morrill Allen confirme ce classement et dresse la synonymie complète de l'espèce[13]. Il y rassemble plusieurs taxons décrits au début du XXe siècle dans la même région géographique, notamment Herpestes (Calogale) nigripes, décrit en 1924 par Percy S. Kershaw d'après des spécimens du district de Moru au Soudan anglo-égyptien, ainsi que Helogale hirtula robusta, décrit la même année par Joel Asaph Allen à partir de spécimens récoltés à Faradje dans le nord-est du Congo belge, dont le statut synonyme avait été établi en 1936 par R. W. Hayman[13].

Une étude génétique publiée en 2012 centrée sur l'ordre des Carnivora indique que le Mangue de Dybowski constitue le groupe frère du genre des mangues naines (Helogale)[14]. Bien qu'il soit parfois confondu avec ces dernières en raison de leur taille et de leur allure générales similaires, le Mangue de Dybowski s'en différencie par l'absence de rainure médiane sur la lèvre supérieure, ainsi que par un palais plus court et une dentition moins robuste[15]. Il est néanmoins suggéré que la rareté apparente des données d'observation sur le terrain pourrait s'expliquer en partie par des confusions visuelles répétées entre le Mangue de Dybowski et la Mangouste naine commune (Helogale parvula)[3].

Phylogénie

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Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[16], Barycka (2005)[17] et Patou et al. (2009)[18] :

Mungosinae
(Mangues)




Genre Helogale (Hélogales, Mangoustes naines)


Genre Dologale

Dologale dybowskii (Mangue de Dybowski)




Genre Crossarchus (Crossarches)





Genre Liberiictis (Mangue du Libéria)



Genre Mungos (Mungos)




Genre Suricata (Suricates)

Genre Suricata (Suricate)



Description

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 v · d · m  Formule dentaire
mâchoire supérieure
2 3 1 3 3 1 3 2
2 3 1 3 3 1 3 2
mâchoire inférieure
Total : 36
Dentition du Mangue de Dybowski.

Le Mangue de Dybowski est un petit herpestidé mesurant de 25 à 33 cm de longueur tête-corps, avec une queue touffue de 16 à 23 cm[15][19][11]. Le membre postérieur mesure environ 5,5 cm et la masse corporelle varie de 300 à 400 g[15][11].

La robe présente une coloration générale brun clair piqueté. Le sous-poil court et duveteux est brun à la base et jaune grisâtre au sommet, recouvert par de longs poils de couverture élastiques et tiquetés d'anneaux alternés sombres et clairs[20]. Le dessous du corps et la face sont de couleur grise, la tête arborant une teinte plus sombre[15], tandis que le ventre est d'un roux uniforme[20][19].

Les membres antérieurs et postérieurs possèdent cinq doigts munis de griffes particulièrement puissantes et robustes adaptées à des habitudes de mammifère fouisseur[15], avec des soles plantaires largement dénudées[9][19]. Sa formule dentaire compte 36 dents au total[9][11].

Répartition et habitat

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L'aire de répartition exacte du Mangue de Dybowski demeure incertaine[3]. L'espèce est confirmée dans le nord-est de la République démocratique du Congo, en République centrafricaine, dans l'extrême sud du Soudan du Sud (notamment dans les monts Imatong) et dans l'ouest de l'Ouganda (comme dans la région de Mubende)[15][3]. Elle pourrait s'étendre plus à l'ouest que ne le suggèrent les signalements actuels, la provenance d'anciens spécimens du Muséum national d'histoire naturelle récoltés à « Sanghe » hésitant entre un district de la République du Congo ou de la République centrafricaine[3][19].

Elle apparaît principalement confinée à une étroite bande de mosaïque de forêt-savane située au nord de l'équateur[3]. Elle occupe les rives buissonneuses du lac Albert, les prairies de forêts de montagne ainsi que les zones d'écotone entre la haute forêt dense et la savane boisée[15][3]. Dans le bassin versant du Chinko et du Mbari en République centrafricaine, des individus ont été observés dans une mosaïque de savane humide tropicale et de forêt tropicale caducifoliée de plaine, plus particulièrement au sein de zones dominées par la savane boisée[3][21].

Observations récentes et aires protégées

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Pendant plus de deux décennies, aucun signalement positif certain de l'espèce n'avait été rapporté jusqu'à sa documentation photographique au début des années 2010[3] : En 2011 et 2012, des clichés capturés par pièges photographiques dans la zone du projet Chinko en République centrafricaine ont confirmé sa présence[3][21]. En 2013, un groupe de huit individus a été observé et photographié près du lac Albert dans la réserve de faune de Semliki en Ouganda[3][22]. En 2016, un individu a été photographié dans le Parc national de la Garamba en République démocratique du Congo[3][23].

Écologie et comportement

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Comme l'ensemble des espèces de la sous-famille des Mungosinae, le Mangue de Dybowski est un animal dont le mode de vie est vraisemblablement en partie diurne vivant en groupes socialement structurés[15][3]. Pour se cacher ou se reposer la nuit, il utiliserait des termitières ainsi que des cavités dans les arbres[15][3][21].

La morphologie de ses longues griffes antérieures suggère un comportement de fouissage marqué[15]. Lors d'une observation de terrain d'un groupe de huit individus en recherche de nourriture, les animaux bondissaient sur des insectes au sol, creusaient le sol meuble et retournaient de petites pierres le long de leur passage[3][22]. Bien que chaque individu cherche sa nourriture indépendamment, les membres de la troupe maintiennent un contact vocal constant à l'aide de vocalises rappelant d'autres espèces de Mungosinae[3][22].

Alimentation et reproduction

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La structure non spécialisée de sa dentition associée à la puissance de ses griffes aux pattes antérieures indique une alimentation tournée vers la recherche d'invertebrés fouisseurs (notamment des termites) ainsi que de petits vertébrés terrestre[15]. Les données relatives à la biologie de sa reproduction demeurent actuellement inexistantes[15].

Statut de conservation et menaces

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L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe le Mangue de Dybowski dans la catégorie « Données insuffisantes » (DD)[15][3]. L'espèce est connue uniquement par 31 spécimens de musées et une poignée de données de terrain, ses exigences de micro-habitat et son statut de population restant mal définis[3]. Les habitats englobés dans son aire de répartition étant relativement stables, il est possible que des recherches ultérieures révèlent qu'il est plus fréquent que supposé et permette sa réévaluation en Préoccupation mineure (LC)[3].

Aucune menace directe majeure n'est actuellement identifiée, mais l'augmentation rapide et massive de la transhumance pastorale dans l'est de la République centrafricaine, le nord de la République démocratique du Congo et l'ouest du Soudan du Sud pourrait poser une menace future sur ses populations[3]. L'acquisition de données écologiques de base demeure une priorité de recherche pour appuyer d'éventuelles mesures de conservation[3].


Notes et références

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Références

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  1. 1 2 3 4 5 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
  2. Auguste Ménégaux (dir.) (ill. Wilhelm Kuhnert), La Vie des animaux illustrée : Les Mammifères, Paris, J.-B. Baillière et fils, 1902-1904, 525 p., in-4, p. 336
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 UICN, consulté le .
  4. Jaeger 1944, p. 74, 94.
  5. Beolens, Watkins et Grayson 2009, p. 119.
  6. Pousargues 1893, p. 53-54.
  7. Pousargues 1894, p. 121–134.
  8. Moreau, Hopkins et Hayman 1946, p. 410.
  9. 1 2 3 4 Pousargues 1893, p. 54.
  10. Thomas 1926, p. 183.
  11. 1 2 3 4 Gilchrist et al. 2009, p. 325–326.
  12. Burgin et al. Lacher, p. 420.
  13. 1 2 Allen 1939, p. 210.
  14. Nyakatura et Bininda-Emonds 2012, p. 12.
  15. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le .
  16. G. Veron, M. Colyn, A.E. Dunham, P. Taylor et P. Gaubert, « Molecular systematics and origin of sociality in mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 30, no 3, , p. 582-598 (PMID 15012940, DOI 10.1016/S1055-7903(03)00229-X, Bibcode 2004MolPE..30..582V)
  17. E. Barycka, « Evolution and systematics of the feliform Carnivora », Mammalian Biology, vol. 72, no 5, , p. 257-282 (DOI 10.1016/j.mambio.2006.10.011)
  18. M. Patou, P.A. Mclenachan, C.G. Morley, A. Couloux, A.P. Jennings et G. Veron, « Molecular phylogeny of the Herpestidae (Mammalia, Carnivora) with a special emphasis on the Asian Herpestes », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 53, no 1, , p. 69-80 (PMID 19520178, DOI 10.1016/j.ympev.2009.05.038, Bibcode 2009MolPE..53...69P, lire en ligne Accès libre)
  19. 1 2 3 4 Schreiber et al. 1989, p. 59.
  20. 1 2 Pousargues 1893, p. 53.
  21. 1 2 3 Aebischer et al. 2013, p. 101–103.
  22. 1 2 3 Woolgar 2014, p. 1–3.
  23. D'haen 2017, p. 69–72.

Bibliographie

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  • Eugène de Pousargues, « Description d'une nouvelle espèce de mammifère du genre Crossarchus et considérations sur la répartition géographique des crossarques rayés », Nouvelles Archives du Muséum d'Histoire Naturelle, 3e série, vol. 6, , p. 121–134 (lire en ligne)
  • (en) Oldfield Thomas, « Some new African Mammalia », Annals and Magazine of Natural History, 9e série, vol. 17, no 97, , p. 180–184 (DOI 10.1080/00222932608633388)
  • (en) Glover Morrill Allen, « A Checklist of African Mammals », Bulletin of the Museum of Comparative Zoology at Harvard College, vol. 83, , p. 210 (lire en ligne, consulté le )
  • (en) R. E. Moreau, G. H. E. Hopkins et R. W. Hayman, « The type-localities of some African mammals », Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 115, nos 3–4, , p. 387–447 (DOI 10.1111/j.1096-3642.1946.tb00101.x, lire en ligne)
  • (en) A. Schreiber, R. Wirth, M. Riffel et H. Van Rompaey, Weasels, civets, mongooses, and their relatives. An Action Plan for the conservation of mustelids and viverrids, Gland, IUCN / SSC Mustelid and Viverrid Specialist Group, , 59 p. (lire en ligne), « Pousargues' mongoose (Dologale dybowskii) »
  • (en) K. Nyakatura et O. R. P. Bininda-Emonds, « Updating the evolutionary history of Carnivora (Mammalia): a new species-level supertree complete with divergence time estimates », BMC Biology, vol. 10, no 12, , p. 1–19 (PMID 22369503, DOI 10.1186/1741-7007-10-12)
  • (en) T. Aebischer, R. Hickisch, M. Klimek et A. Parkison, « Probable records of Pousargues's Mongoose Dologale dybowskii in the Chinko/Mbari drainage basin, Central African Republic », Small Carnivore Conservation, vol. 48, , p. 101–103
  • (en) J. Woolgar, « A confirmed sighting of Pousargues's Mongoose Dologale dybowskii », Small Carnivore Conservation, vol. 51, , p. 1–3
  • (en) M. D'haen, « A confirmed sighting of Pousargues's Mongoose Dologale dybowskii in Garamba National Park, Democratic Republic of the Congo », Small Carnivore Conservation, vol. 55, , p. 69–72
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Voir aussi

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Liens externes

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