Fratelli Treves

éditeur à Milan (Italie)

Fratelli Treves est une ancienne maison d'édition italienne basée à Milan. Fondée en 1861 par un triestin, Emilio Treves, elle a été active jusqu'en 1939, date à laquelle elle a dû cesser ses activités en raison des lois raciales fascistes.

Fratelli Treves
Repères historiques
Création 1861
Dates clés rachat par Garzanti (1939)
Disparition 1939
Fondée par Emilio Treves
Fiche d’identité
Siège social Milan (Royaume d'Italie)

Entre la fin du XIXe et au début du XXe siècle, Fratelli Treves était la plus influente d'Italie et collabora avec les plus grands poètes et écrivains de son temps.

Histoire de la maison

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Marque de l'entreprise (avant 1883).

La maison d'édition est créée le sous le nom de son fondateur, Emilio Treves (1834-1916), issu d'une famille juive installée à Trieste du temps de l'Empire d'Autriche[1]. Entre 1861 et 1864, Treves ouvre son premier bureau d'édition à Milan au 29 via Durini ; la société s'appelle alors « Editori della Biblioteca utile ». Il y crée sa première revue, le Museo di famiglia, suivie de l'Annuario scientifico. Au début, les publications sont imprimées par les presses de Pietro Agnelli. Après quelques années, Treves décide de se développer et saisit l'opportunité qui se présente : en mai 1868, l'imprimeur réfugié hongrois Helphy souhaite rentrer dans son pays, et Treves rachete son atelier situé au 11 via Solferino à des conditions avantageuses. Il lance aussitôt plusieurs nouvelles revues : la Biblioteca amena, L'Universo illustrato (une version augmentée du Museo di famiglia), Romanziere illustrato et Il Giornale popolare di viaggi, où paraissent des extraits tirés des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne. La maison prend en 1868 le nom de « E. Treves & C. editori della Biblioteca utile »[2],[3].

En 1868, il publie dans la collection « Biblioteca utile », l'une des premières œuvres d'Edmondo De Amicis ; l'écrivain entame alors une collaboration professionnelle durable avec la maison d'édition. Contrairement à de nombreux autres éditeurs, Treves ne se consacre pas aux feuilletons, mais publie des œuvres littéraires de la scapigliatura, destinées à un public cultivé, des auteurs tels qu'Iginio Ugo Tarchetti et Antonio Ghislanzoni. Ces deux derniers, en 1869, lancèrent le quotidien Corriere di Milano, dirigé jusqu'en 1874 par Eugenio Torelli Viollier qui s'en inspira pour lancer en 1876, le Corriere della Sera.

En 1872, Treves associe son jeune frère Giuseppe Emilio (1838-1904) à la direction de l'entreprise. Il lui confie la gestion administrative et commerciale. Giuseppe, alors voyageur et homme d'affaires aguerri, investit ses économies et la dot de sa femme, Virginia Dolci Tedeschi, dans la maison d'édition qui prend le nom définitif de « Fratelli Treves ». En décembre 1873, les frères Treves font l'acquisition d'un magazine publié à Rome, L'Illustrazione rivista italiana, dirigé par l'artiste romain Alessandro Foli. En 1874, et suite à la fusion intervenue en novembre 1875, leur hebdomadaire adopte le titre L'Illustrazione Italiana.

Par la suite, Treves s'oriente vers le vérisme en publiant Giovanni Verga (1873), alors inconnu, qui connait un grand succès. En quelques années, la maison d'édition entame des collaborations avec les plus grands écrivains italiens de l'époque, parmi lesquels Anton Giulio Barrili, Vittorio Bersezio, Camillo Boito, et Gabriele D'Annunzio. Treves publie les premières traductions italiennes d'œuvres d'auteurs étrangers tels que Flaubert, Zola, Bourget, Maupassant, Tolstoï, Dostoïevski, Tourgueniev, Gorki, Sienkiewicz et Samuel Smiles.

Affiche lithographiée pour l'édition illustrée de luxe de Cuore (1886).

En 1881, la maison d'édition, devenue trop petite, déménage au 12, via Palermo. À la fin des années 1880, Fratelli Treves commencent à séduire un plus large public. Leur maison d'édition devient alors une référence incontournable du monde culturel italien, et Emilio Treves, l'un des éditeurs les plus recherchés d'Italie. Le 17 octobre 1886 paraît Cuore de De Amicis. L'ouvrage connaît un succès immédiat et, en quelques mois, dépasse les quarante réimpressions. En 1889, la liste des auteurs s'enrichit de l'arrivée de Gabriele D'Annunzio, le poète le plus célèbre de l'époque. Dès lors, Treves domine quasiment le marché du livre italien et collabore avec les plus grands écrivains du moment.

Entre la fin du siècle et le début du suivant, deux nouveaux journaux illustrés voient le jour : le Corriere illustrato, un hebdomadaire, qui souffrit toutefois de la concurrence du puissant Domenica del Corriere de Luigi Albertini, et Il Secolo XX (1902-1913) ; en 1927, il est revendu à Rizzoli, qui le publia jusqu’en 1933, un mensuel conçu en réponse à La Lettura, une autre création d’Albertini, auquel collaborèrent D’Annunzio, Ada Negri et Ugo Ojetti. Parmi les dessinateurs de la une figuraient les signatures de Duilio Cambellotti (en), Rodolfo Paoletti et Luigi Bompard.

En 1904, suite au décès prématuré de Giuseppe Treves, Emilio décide d'ouvrir la maison d'édition à des financements extérieurs et crée une société anonyme. Emilio Treves lui-même, la veuve de Giuseppe, Virginia, et la Banca Zaccaria Pisa[1] en acquièrent les parts principales. La direction de l'entreprise est partagée entre Emilio et son neveu Guido Treves, fils de son frère Enrico.

L'activité de la maison d'édition connait une période d'expansion constante : entre 1900 et 1910, la production passe de 88 nouveaux titres par an à 188 (sans compter les rééditions de dictionnaires et de manuels scolaires)[4]. Parmi les nouvelles collaborations, on remarque celles avec les écrivains Luigi Capuana, Luigi Pirandello et Federigo Tozzi. Du côté étranger, la présence d'Herbert George Wells est notable. En 1911, Treves inaugure sa première librairie à l'étranger, à Buenos Aires.

Il convient également de noter la réédition de Quo vadis ? de Sienkiewicz en 1914 qui, dans une initiative éditoriale inhabituelle pour l’époque[5], était accompagnée de 78 photographies tirées du film homonyme d’Enrico Guazzoni, sorti en 1913. Peu avant guerre, la maison compte à son catalogue 2 851 titres[3].

En 1916, le fondateur Emilio Treves et son épouse Virginia décèdent ; l’entreprise reste entre les mains de leur neveu Guido et de son épouse Antonietta Pesenti, qui nomment Giovanni Beltrami directeur général. La maison d’édition poursuit son activité, peinant toutefois à faire face à la concurrence croissante.

En 1926, après la mort de Beltrami, Calogero Tumminelli prend la direction de Treves. En 1931, après la faillite de la Banca Zaccaria Pisa[1], Tumminelli Editore fusionne avec les maisons d’édition Treves et Treccani pour former la SA Treves-Treccani-Tumminelli, dirigée par Tumminelli lui-même. Mais le décès soudain de Guido Treves (le 12 mai 1932) entraîne la dissolution du partenariat. En 1933, la maison d'édition est recréée en tant qu'entreprise indépendante[3] sous la direction d'Antonietta Pesenti (veuve de Guido) ; cependant, faute de capitaux suffisants, la société perd la plupart de ses auteurs en quelques années et ne peut réaliser les investissements nécessaires à la modernisation de son matériel d'impression, qui devint rapidement obsolète.

En 1934, Giorgio Cavallotti, co-président de la maison turinoise Utet, prend le contrôle partiel de Fratelli Treves[3].

En 1938, l'industriel Aldo Garzanti, basé à Forlì, rachète, par l'intermédiaire de l'Institut pour la reconstruction industrielle (IRI), l'entreprise accablée de dettes, pour une somme symbolique : en vertu des lois raciales fascistes, tous les Juifs étaient interdits de commerce en Italie, privant ainsi la famille Treves de la propriété de l'entreprise. Aldo Garzanti la transforme en sa propre maison d'édition, « Aldo Garzanti editore già Fratelli Treves », devenue en 1939, « Aldo Garzanti editore S. A. », grâce au soutien du régime mussolinien[6],[3].

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Fratelli Treves » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 (it) Germano Maifreda, Gli ebrei e l'economia milanese: l'Ottocento, Milan, Franco Angeli, 2001, p. 137.
  2. (it) « Casa Editrice Fratelli Treves », notice historique sur Letteratura Dimenticata, décembre 2010.
  3. 1 2 3 4 5 (it) Emanuela Tenca, « S. A. Fratelli Treves Editori », in: Italy ELT Archive / Milan, La Statale
  4. (it) Gabriele Turi (dir.), Storia dell'editoria nell'Italia contemporanea, Florence, Giunti Editore, 1997, p. 237.
  5. (it) Dario Reteuna, Cinema di carta. Storia fotografica del cinema italiano, Alessandria, Falsopiano, 2000, p. 29.
  6. (it) Tommaso Munari, L'Italia dei libri. L'editoria in dieci storie, Turin, Einaudi, 2024, p. 3-23.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (it) Franco Di Tizio, Guido Treves e d’Annunzio negli anni del declino della casa editrice, coll. « Biblioteca dannunziana », Silvi Marina, Ianieri Edizioni, 2014 (ISBN 9788897417705).

Liens externes

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