Félix Pyat
Félix Pyat, né le à Vierzon (Cher) et mort le à Saint-Gratien[1], est un journaliste, auteur dramatique, homme politique républicain sous la monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire et la Troisième République. En 1871, il rejoint la Commune de Paris dont il devient l'une des figures marquantes.
Biographie
modifierDébuts sous la monarchie de Juillet
modifierFils d’un avocat d’opinion royaliste, il étudie au collège de Bourges, où il a pour camarade Jules Sandeau[2], est reçu bachelier à seize ans, et suit des cours de droit de la faculté de Paris[2]. Il devient lui-même avocat en 1831[2]. Entraîné dans le mouvement politique des dernières années de la Restauration, ponctuée de banquets, de solennités, il signala sa hardiesse en portant un toast à la Convention nationale et en remplaçant le buste de Charles X par celui de La Fayette[3]. Puis il se lance dans le journalisme au Figaro (où il fait entrer George Sand[2]), au Charivari et à la Revue démocratique. Il est aussi auteur de pièces de théâtre, dont certaines sont jouées par l'acteur en vogue Frédérick Lemaître.
Séduit par les thèses humanistes de la franc-maçonnerie, il est initié à la franc-maçonnerie, le par la loge parisienne « La Clémente Amitié ». En 1848, il se bat en duel avec Pierre-Joseph Proudhon.
La Deuxième République et le Second Empire
modifierAprès la révolution, le Gouvernement provisoire de la Deuxième République le désigne tout d'abord comme commissaire dans le département du Cher, ayant rang de préfet, après l'obtention par George Sand auprès de Ledru-Rollin de la révocation de Michel de Bourges[2]. Il prend ses fonctions le [4], en remplacement d'Édouard Mazères, avant de laisse la place le [4] à Jean Bidault. Félix Pyat est mandé au ministère de l'Intérieur, et reçoit, pour succéder à de Bourges, des pouvoirs illimités, et remplit donc pendant un mois les fonctions de commissaire général[2].

Il s'y fait élire comme député de gauche à l'Assemblée constituante de 1848, où il fait, en septembre, un remarquable discours sur le droit au travail, en réponse à Thiers et à Tocqueville.
Il vote contre le rétablissement du cautionnement et de la contrainte par corps, contre les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière, pour l'abolition de la peine de mort, pour l'amendement Grévy, pour le droit au travail, contre l'ensemble de la Constitution, en proposant par exemple le la suppression de la Présidence de la République[2], contre la proposition Rateau, pour l'amnistie, contre l'expédition romaine, et pour l'abolition de l'impôt des boissons[2]. Il est opposé en 1848 à l'élection de Louis Napoléon Bonaparte, qui préfigure selon lui une nouvelle royauté[5].
Puis, aux élections du , il est reconduit à l'Assemblée législative : candidat dans le Cher, en première place sur six, il récolte 33 960 voix[2], arrive aussi à la troisième place dans la Nièvre par 41 786 voix[2] et enfin à la onzième dans la Seine, par 116 185 voix[2]. Il opte pour le Cher, siège à nouveau à la Montagne, à côté de Félicité de La Mennais[2]. Proposé par son groupe pour devenir secrétaire de l'Assemblée, il refuse[2].
Compromis dans l'émeute du 13 juin 1849, il doit se réfugier en Suisse, puis à Bruxelles et enfin à Londres. Il y fonde le parti révolutionnaire « La commune révolutionnaire » et publie et diffuse de nombreux textes révolutionnaires. Il adhère à l'Association internationale des travailleurs en 1864. Il revient en France en 1869. Il comparaît devant un tribunal le , pour avoir organisé avec Maurice Garreau, Ferdinand Gambon et Marc Amédée Gromier (d)
une réunion électorale publique illégale[6],[7]. Au lendemain de l'assassinat du journaliste Victor Noir le , il appelle à l'insurrection et repart en exil en Angleterre. Il est condamné, par contumace, à cinq ans de prison par la haute cour.
La Commune de Paris
modifierAprès la proclamation de la République le , il rentre en France et fonde un journal : Le Combat. Le 11 février 1871, par décision du gouvernement de la défense nationale Le Combat est supprimé. Le , il est élu à l'Assemblée nationale mais en démissionne le . En , il fonde un nouveau journal, Le Vengeur, vite supprimé par le général Vinoy, gouverneur militaire de Paris, mais qui sera rétabli pendant la Commune. Le , il est élu au conseil de la Commune. Il fait partie de la Commission exécutive de 1871, de celle des Finances et du Comité de salut public (du 1er au ). Il ne participe pas à la Semaine sanglante et rejoint Londres. Il revient en France après l'amnistie de 1880.
Sous la Troisième République
modifierDe retour en France, il fonde le avec les anciens communards Gustave Paul Cluseret, Jean Baptiste Clément, Léo Melliet, Pierre Vésinier, Charles Ferdinand Gambon et Eugène Protot, le journal La Commune (qui ne durera que deux mois)[8]. Dans ses articles, Pyat va dénoncer « la collaboration masquée » de Ferdinand Lassalle et de Karl Marx avec Bismarck, s'insurger contre les « pseudo-socialistes d'outre-Rhin » (allemands) comme Karl Liebknecht « dont les palinodies ne se comptent plus » et s'attaquer au Parti ouvrier français (POF) en lui reprochant la mollesse de son programme[9]. Durant son exil à Londres avec Vésinier, Pyat « intriguera contre le Conseil général de l'Internationale » et que Karl Marx le surnommera « le mauvais génie de la Commune » tandis que Jenny Marx le traitera de « vulgaire gueulard »[10].
Il participe à l'élection présidentielle du 3 décembre 1887 sous les couleurs du groupe de l'Extrême gauche mais échoue avec 0,24 % des voix au premier tour, et 0,12 % au second[11],[12].

Il devient député des Bouches-du-Rhône en 1888 par 40 273 voix, face au monarchiste Ed. Hervé, à l'opportuniste Henry Fouquier, et au général Boulanger[2]. Il siège à nouveau dans le groupe Extrême gauche. À la fin de la session, il vote[2] contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement, contre l'ajournement indéfini de la révision de la Constitution, contre les poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes, contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, et il s'abstient sur les poursuites contre le général Boulanger, parce qu'il trouvait « la juridiction de la Haute Cour antirépublicaine, impopulaire et dangereuse, la seule juridiction possible étant la juridiction militaire ». Aussi, en 1888, il réitère ses propos sur les socialistes allemands :
« M. Bebel (Auguste) s'est trompé, au moins quant à mon opinion. Je pense mieux me connaître qu'il ne me connaît. Or donc, je ne suis pas plus anarchiste que lui (...) Sans doute mon socialisme diffère du sien : Je suis Français, il est Allemand ! Telle race, telle foi ! Je crois aux principes de la Révolution française : Liberté, Egalité, Fraternité : je crois au droit des faibles et au devoir des forts ; je crois à un idéal plus haut et plus juste que la force primant sur le droit, à une loi supérieure à la lutte pour l'existence : la loi de la lutte pour la justice, ce qui n'est sans doute ni darwinique, ni diabolique, mais voltairien et humain. Ce socialisme national, je l'ai opposé au socialisme étranger dans l'article « Naturalisme et socialisme » publié en novembre dernier par la Revue de Paris, et l'auteur allemand prend sa revanche contre l'auteur français. Salut confraternel »[13].
Félix Pyat meurt le , à Saint-Gratien dans une petite maison qu'il habitait depuis 1881[2]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 46)[14].
Hommage
modifierMarseille a donné le nom de Félix Pyat à une rue du 3e arrondissement de la ville. D'autres villes font de même, telles que Port-Saint-Louis-du-Rhône, Champigny-sur-Marne, Salon-de-Provence, Bourges, Vierzon, La Rochelle, Toulon, et Puteaux.
Dans ces rues, des écoles portent aussi son nom (une école maternelle publique à Puteaux, une école élémentaire à Marseille).
Principales publications
modifier- Œuvres de Claude Tillier, précédées d’une introduction par M. Félix Pyat. 4 vols. Nevers: C. Sionest impr.-éditeur 1846.
- Lettres d'un proscrit. La vile multitude. Le prince Tityre. Lettres à Barbès, à M. Chambord, 13 juin. Aux électeurs de la Seine, de la Nièvre et du Cher, Paris, , 2 vol (lire en ligne).
- Loisirs d'un proscrit. Lettre au général Changarnier. Vive la République. Samedi et dimanche. Les carabiniers royaux. L'espion Schnepp, Paris (lire en ligne).
- La Folle d'Ostende (1886)
Articles
modifier- Marie-Joseph Chénier et le prince des critiques (dans le journal La Réforme), Paris, (lire en ligne), lire en ligne sur Gallica
Théâtre
modifier- Une révolution d'autrefois, ou les Romains chez eux, pièce historique en 3 actes et en prose, avec Théodose Burette, Paris, théâtre de l'Odéon, .
- Le Brigand et le philosophe, drame en 5 actions, avec 1 prologue en 2 parties, avec Auguste Luchet, Paris, théâtre de la Porte-Saint-Martin, .
- Ango, drame en 5 actes, 6 tableaux, avec un épilogue, avec Auguste Luchet, Paris, théâtre de l'Ambigu-Comique, .
- Les Deux Serruriers : drame en 5 actes, Paris, théâtre de la Porte-Saint-Martin, (lire en ligne).
- Cédric-le-Norwégien : drame héroïque en 5 actes, Paris, théâtre de l’Odéon, (lire en ligne).
- Mathilde, drame en 5 actes, avec Eugène Sue, tiré de Mathilde, Mémoires d'une jeune femme, Paris, théâtre de la Porte-Saint-Martin, lire en ligne sur Gallica
- Diogène : comédie en 5 actes, précédée d'un prologue, Paris, théâtre de l’Odéon, (lire en ligne).
- Le Chiffonnier de Paris : drame en 5 actes et 1 prologue (12 tableaux), Paris, théâtre de la Porte-Saint-Martin, (lire en ligne).
- L'Homme de peine, drame en 5 actes, 9 tableaux, Paris, théâtre de l'Ambigu-Comique, lire en ligne sur Gallica.
- Publication du « Médecin de Néron », drame publié aux Editions l'Harmattan en 2010. Une conférence publique fut donnée par Guy Sabatier fut à Vierzon la même année. La médiathèque de la ville en possède un enregistrement.
Autres
modifierIl est l'auteur en 1856[15] de la Lettre à Marianne, pastiche de l'Ave Maria, parfois citée par l’ancien président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré[16] :
« Salut Marianne pleine de force, le peuple est avec toi. Le fruit de tes entrailles, la République, est béni. Sainte Marianne, délivre-nous, vierge de la liberté, des rois et des papes. Ainsi soit-il[17]. »
Adaptations cinématographiques
modifierSon mélodrame à succès[18] Le Chiffonnier de Paris, transformé en 1886-1887 en roman-feuilleton, publié dans Le Radical, puis dans Le Cri du peuple, puis dans un gros volume posthume aux éditions Fayard dans les années 1890, a été adapté deux fois au cinéma :
- en : Le Chiffonnier de Paris d'Émile Chautard, avec Edmond Duquesne, Renée Sylvaire, Louis Paglieri et René Maupré, ce dernier jouant aussi dans le film de Serge Nadejdine en 1924.
- en : Le Chiffonnier de Paris de Serge Nadejdine, avec Nicolas Koline, Hélène Darly, Francine Mussey, René Maupré et Paul Ollivier.
Notes et références
modifier- ↑ Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Saint-Gratien, no 49, vues 187-188/386..
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Adolphe Robert et Gaston Cougny, « Biographie de Félix Pyat extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 »
, sur www2.assemblee-nationale.fr (consulté le ). - ↑ Joseph-Marie Quérard, La France littéraire : ou Dictionnaire bibliographique des savants, historiens et gens de lettres de la France ainsi que des littérateurs étrangers qui ont écrit en français, plus particulièrement pendant les XVIIIe et XIXe siècles, t. 11, Paris, Ambroise Firmin-Didot, , 717 p. (lire en ligne), p. 574.
- 1 2 « Archives nationales : Pyat, Aimé Félix ».
- ↑ Sylvie Aprile, « Aux origines du présidentialisme », sur Le Monde diplomatique, (consulté le ).
- ↑ Michel Cordillot, « GARREAU Maurice », sur maitron.fr, (consulté le ).
- ↑ « Réunions publiques 1868-1870 », sur La Commune de Paris, (consulté le ).
- ↑ Alexandre Zévaès, « Notes d'histoire socialiste : la presse socialiste de 1871 à 1900 », La Nouvelle revue, , page 174 (lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Alexandre Zévaès, De l'introduction du marxisme en France, Paris, M. Rivière et Cie, (lire en ligne sur Gallica), page 137.
- ↑ Centre d'études et de recherches marxistes, « Lettres inédites de madame Marx et de sa fille Jenny », La Pensée : revue du rationalisme moderne, , page 80 (lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « 1887, Troisième République, France, Élection président de la République, MJP »
, sur mjp.univ-perp.fr (consulté le ). - ↑ Journal officiel de la République française, Paris, (lire en ligne sur Gallica
), p. 5350. - ↑ « Le crédo de M. Félix Pyat », Le Petit Marseillais, , page 3 (lire en ligne).
- ↑ Appli Père-Lachaise.
- ↑ Antoine Compagnon, Les chiffonniers de Paris, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque illustrée des histoires, », , 496 p. (ISBN 978-2-072-73514-1, OCLC 1007126979), p. 241.
- ↑ « Conseil constitutionnel : quand Jean-Louis Debré fait son état des lieux — Jean-Louis Debré, futur comédien ? », sur www.francetvinfo.fr, (consulté le ).
- ↑ Mireille Piarotas, Écrits et expression populaires, Paris, (lire en ligne), p. 125.
- ↑ Antoine Compagnon, Les Chiffonniers de Paris, Gallimard, 2017, (ISBN 978-2-07-273514-1) p. 225.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Michel Colombet-Schieferer, Felix Pyat (1810-1889), Révolutionnaire Berrichon, Paris, Bénévent, 2011.
- Larousse du XIXe siècle
- Encyclopedia Universalis, Index Philippa — Zyriane, Paris, 1985.
- Félix Pyat: Edition établie et annotée par Guy Sabatier
- Des monuments historiques et littéraires vus par un journaliste du XIXe siècle, l'Harmattan 2016
- Guy Sabatier a soutenu une thèse à l'université de Paris 8 sous le titre "Le mélodrame de la République sociale et le théâtre de Félix Pyat; 2 tomes, 524 pages et 229 pages publiée aux Editions l'Harmattan. Cet ouvrage a reçu le prix scientifique l'Harmattan en 1998
Notices biographiques
modifier- Jules Clère, Les hommes de la Commune : Biographie complète de tous ses membres, Paris, Libraire-éditeur É. Dentu, , xiv-195, 1 vol. in-18 (OCLC 457798492, lire en ligne sur Gallica), p. 134-141
- Jules Clère, Les hommes de la Commune : Biographie complète de tous ses membres, Paris, Libraire-éditeur É. Dentu, , 4e éd. (1re éd. 1871), vi-215, 1 vol. in-18 (lire en ligne sur Gallica), p. 149-157
- Paul Delion, Les membres de la Commune et du Comité central, Paris, A. Lemerre éditeur, , 446 p. (lire en ligne sur Gallica), p. 172-180
- « Félix Pyat », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
- Bernard Noël, Dictionnaire de la Commune, Coaraze, L'Amourier éditions, coll. « Bio », (1re éd. 1971), 799 p. (ISBN 978-2-36418-060-4, ISSN 2259-6976, présentation en ligne), p. 664-666
- « Notice Pyat Félix [Pyat Aimé, Félix, (parfois surnommé Pontivy, parfois écrit Piat Félix)] », sur maitron.fr, Le Maitron, dictionnaire bibliographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, Association Les Amis du Maitron (consulté le )
Articles connexes
modifierLiens externes
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