Hawar (revue)
Hawar est une revue littéraire, linguistique et culturelle kurde fondée à Damas par Celadet Alî Bedirxan. Publiée de manière intermittente entre le et le , elle compte au total 57 numéros[1],[2].
| Hawar | |
| Pays | Syrie mandataire |
|---|---|
| Zone de diffusion | Kurdistan |
| Langue | kurde kurmandji, français |
| Périodicité | Irrégulière |
| Genre | Revue littéraire, linguistique et culturelle |
| Fondateur | Celadet Alî Bedirxan |
| Date de fondation | 15 mai 1932 |
| Date du dernier numéro | 15 août 1943 |
| Ville d’édition | Damas |
| Directeur de publication | Celadet Alî Bedirxan |
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|
Principalement rédigée en Kurde, Hawar a gravement contribué au développement de la littérature kurde et dans la diffusion de l’alphabet kurde latin élaboré par Celadet Alî Bedirxan, appelé alphabet Hawar[3]. Autour de la revue se forme un réseau d’écrivains et d’intellectuels qui contribuent à codifier la langue écrite, à retranscrire la littérature orale a l'écrit et à faire connaître les œuvres classiques kurdes[4].
Titre
modifierLe mot kurde hawar désigne un appel au secours. Le titre vient du fait que Bedirxan voit la revue comme instrument d’expression collectif. Dans l’éditorial du premier numéro, il écrit : "Hawar est la voix de la connaissance. La connaissance est la connaissance de soi"[5].
Histoire
modifierFondation
modifierAprès son installation dans les territoires du Levant (Proche-Orient) placés sous mandat français, Celadet Alî Bedirxan fonde Hawar à Damas. Le premier numéro paraît le . La revue s’inscrit dans un mouvement culturel animé par des intellectuels kurdes installés en Syrie ou au Liban après la fondation de la République turque[4].
Bedirxan présente la publication comme un espace consacré en priorité à la langue et à la culture. La revue entend diffuser un alphabet kurde, développer l’usage écrit du Kurmandji, faire connaître les anciens écrivains et contemporains et recueillir les Dengbêj et autre traditions oral[3].
Publication et interruptions
modifierLa publication de Hawar est irrégulière et connaît plusieurs interruptions. Les premiers numéros paraissent à partir du 15 mai 1932. Le no 24 est daté du , le no 25 du et le no 26 du [3].
Après une interruption de plusieurs années, la revue reprend le avec son no 27[6]. La publication se poursuit jusqu’au no 57, daté du [1].
Les difficultés financières, la faiblesse du taux d'alphabétisme des kurdes et les contraintes politiques expliquent en partie l’irrégularité de la publication[4]. Les autorités mandataires françaises permettent aux animateurs du mouvement culturel kurde de bénéficier d’un espace d’expression plus important que celui dont ils disposent alors en Turquie, dans les limites fixées par l’administration mandataire[7],[4].
Langues et alphabets
modifierLa langue principale de Hawar est le Kurmandji. La revue comporte également des textes et des rubriques en français, langue de l’administration a cette époque et d’une partie de son lectorat extérieur[3].
Durant sa première période, la partie kurde de la revue paraît en caractères latins et arabes. Cette double présentation doit permettre aux lecteurs habitués à l’écriture arabe de lire la revue tout en se familiarisant avec le nouvel alphabet[3]. À partir du no 24, publié le , Hawar abandonne totalement les caractères arabes et paraît en kurde en alphabet latin[3],[1].
L’alphabet employé dans la revue est conçu par Celadet Alî Bedirxan pour transcrire les sons du kurmandji au moyen de caractères latins. Bedirxan publie dans Hawar des leçons, des explications grammaticales et des appels adressés aux lecteurs afin qu’ils apprennent et enseignent cette nouvelle écriture[3]. Celui-ci devient par la suite l’un des principaux alphabets employés pour écrire le kurmandji.
Contenu et ligne éditoriale
modifierHawar publie des poèmes, des récits, des essais, des biographies, des études linguistiques et des textes consacrés à l’histoire, à la géographie, à la musique et aux Dengbêj. Une place importante est accordée à ceux-ci[4].
La revue contribue également à la redécouverte de la Littérature kurde classique. Elle publie et commente notamment des textes de Melayê Cizîrî, d’Ehmedê Xanî et d’autres anciens auteurs. Cette démarche vise à constituer une histoire littéraire kurde et à offrir des modèles aux nouveaux écrivains[3].
Les traductions occupent aussi une place importante dans la revue. Elles permettent d’introduire des œuvres et des genres étrangers dans la littérature kurde, tout en développant le vocabulaire et les possibilités stylistiques du kurmandji[8].
Bien qu’elle se présente principalement comme une publication linguistique et culturelle, la revue participe à la construction d’une représentation nationale kurde. La langue, le territoire, l’histoire et la littérature y sont présentés comme des éléments constitutifs de l'identité kurde[3],[4].
Collaborateurs
modifierCeladet Alî Bedirxan est le fondateur, le directeur et le principal animateur de la revue. Son frère Kamuran Bedirxan participe également à la publication et rédige des textes littéraires et linguistiques[3].
Parmi les auteurs publiés dans Hawar figurent notamment :
- Kamuran Bedirxan ;
- Cegerxwîn ;
- Qedrîcan ;
- Osman Sebrî ;
- Nûredîn Zaza ;
- Tewfîq Wehbî ;
- Şakir Fetah ;
- Reşîdê Kurd.
La revue accueille également des textes publiés sous pseudonyme et des contributions provenant de différentes régions du Kurdistan. Plusieurs auteurs associés à Hawar deviennent ensuite des figures importantes de la littérature kurde du XXe siècle[3].
Diffusion et lectorat
modifierLe lectorat de la revue se trouve principalement en Syrie et en Irak. Hawar compte également des abonnés au Liban, en Iran ainsi que dans plusieurs bibliothèques et institutions du Moyen-Orient et d’Europe[9]. Il n'y a pas de diffusion de la revue en Turquie dû a la politique répressive envers l'identité et la langue kurde.
Sa diffusion demeure limitée par le faible nombre de personnes sachant lire le kurde, par la dispersion géographique des populations kurdes et par les restrictions imposées à la circulation des publications dans plusieurs états de la région[4].
Influence et postérité
modifierHawar exerce une influence durable sur la prose et la poésie en kurde. Les normes orthographiques et grammaticales promues par Bedirxan servent de référence à de nombreux écrivains, éditeurs et organismes culturels. La revue contribue ainsi au développement du kurmandji comme langue de publication littéraire, d’enseignement et de recherche[2],[3].
D’autres revues dirigées ou inspirées par les frères Bedirxan ont été publiés, notamment Ronahî, Roja Nû et Stêr, l’un des principaux foyers de la vie intellectuelle kurde dans la Syrie mandataire des années 1930 et 1940[4].
En 1998, l’écrivain et éditeur Firat Cewerî rassemble les numéros de Hawar dans une réédition en fac-similé publiée en deux volumes par les éditions Nûdem[10].
La date anniversaire du premier numéro, le 15 mai, est commémorée par plusieurs organisations et institutions culturelles comme la Journée de la langue kurde, en référence au rôle de la revue dans la diffusion de l’alphabet latin du kurmandji[11].
Notes et références
modifier- 1 2 3 Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : Continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban, 1925-1946, Berne, Peter Lang, (ISBN 978-3-03911-209-8), p. 283
- 1 2 (en) Özlem Belçim Galip, Imagining Kurdistan : Identity, Culture and Society, Londres, I.B. Tauris, (ISBN 978-1-78453-016-7, lire en ligne), p. 252
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) Ahmet Serdar Aktürk, Imagining Kurdish Identity in Mandatory Syria : Finding a Nation in Exile (Thèse de doctorat), Université de l’Arkansas, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Jordi Tejel Gorgas, « The Kurdish Cultural Movement in Mandatory Syria and Lebanon: An Unfinished Project of “National Renaissance,” 1932–46 », Iranian Studies, vol. 47, no 5, , p. 839-855 (DOI 10.1080/00210862.2014.934154)
- ↑ (ku) Celadet Alî Bedirxan, « Hawar », Hawar, no 1, , p. 1 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (ku) Celadet Alî Bedirxan, « Sê tarîxên Hawarê: 15 Gulan 1932, 18 Tebax 1935, 15 Nîsan 1941 », Hawar, no 27, , p. 4-5 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Stefan Winter, « The Other “Nahdah”: The Bedirxans, the Mîllis and the Tribal Roots of Kurdish Nationalism in Syria », Oriente Moderno, vol. 25, no 3, , p. 461-474 (JSTOR 25818086)
- ↑ (en) « Translators’ Formative Agency in the Periodical Hawar », Translation and Interpreting Studies, (lire en ligne)
- ↑ (en) Ahmet Serdar Aktürk, Imagining Kurdish Identity in Mandatory Syria : Finding a Nation in Exile (Thèse de doctorat), Université de l’Arkansas, (lire en ligne), p. 108-109
- ↑ (ku) Celadet Alî Bedirxan (Réunis et édités par Firat Cewerî), Hawar : Kovara kurdî, vol. 1-2, Nûdem, (lire en ligne)
- ↑ « Domaine kurde », sur Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Ahmet Serdar Aktürk, Imagining Kurdish Identity in Mandatory Syria : Finding a Nation in Exile (Thèse de doctorat), Université de l’Arkansas, (lire en ligne).
- (en) Özlem Belçim Galip, Imagining Kurdistan : Identity, Culture and Society, Londres, I.B. Tauris, (ISBN 978-1-78453-016-7).
- (tr) Ronayî Önen, The Role of Language in the Discursive Construction of the Kurdish Nation : A Case Study on the Kurdish Periodical Hawar (1932–1943) (Mémoire de master), Université Bilgi d’Istanbul, .
- Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : Continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban, 1925-1946, Berne, Peter Lang, (ISBN 978-3-03911-209-8).
- (en) Jordi Tejel Gorgas, « The Kurdish Cultural Movement in Mandatory Syria and Lebanon: An Unfinished Project of “National Renaissance,” 1932–46 », Iranian Studies, vol. 47, no 5, , p. 839-855 (DOI 10.1080/00210862.2014.934154).
Liens externes
modifier- (ku) « Numéros numérisés de la revue Hawar », sur Internet Archive (consulté le ).
- (en) « Hawar Archive », sur New York Kurdish Cultural Center (consulté le ).