Histoire de Bordeaux
L'histoire de Bordeaux est étroitement liée à sa situation géographique, à la fois au bord de la Garonne, à proximité de l'estuaire de la Gironde et de l'océan Atlantique, et au croisement de plusieurs grands axes terrestres, fluviaux et maritimes. Les premières traces d'occupation attestées sur le site de la ville remontent au VIe siècle av. J.-C. Dès l'Antiquité, cette position favorise le développement d'un établissement tourné vers les échanges et contribue à faire de Bordeaux un carrefour entre l'intérieur de l'Aquitaine, la façade atlantique, les îles Britanniques et la péninsule Ibérique.

Sous l'Empire romain, Bordeaux, alors connue sous le nom de Burdigala, connaît un essor considérable. Devenue au tournant des Ier et IIe siècles le chef-lieu de la Gaule aquitaine, la cité s'affirme comme l'un des principaux centres urbains et commerciaux du Sud-Ouest de la Gaule. Son développement repose notamment sur son port, sur les échanges fluviaux le long de la Garonne et sur ses relations commerciales avec les autres régions de l'Empire. La ville connaît également un important développement monumental et culturel, dont témoignent encore plusieurs vestiges archéologiques.
Après les transformations de l'Antiquité tardive et les bouleversements politiques qui accompagnent la disparition de l'Empire romain d'Occident, Bordeaux demeure un centre urbain et religieux important. Au Moyen Âge, son destin se confond progressivement avec celui du duché d'Aquitaine. À partir de 1152, le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt place l'Aquitaine dans l'espace politique de la monarchie anglaise. Bordeaux devient alors la principale capitale de l'Aquitaine anglo-angevine et tire une part croissante de sa prospérité du commerce maritime, notamment de l'exportation des vins vers l'Angleterre.
Cette situation fait de la ville un enjeu majeur des affrontements entre les monarchies française et anglaise. Pendant la guerre de Cent Ans, Bordeaux reste l'un des principaux bastions anglais en Aquitaine avant d'être reconquise par les troupes de Charles VII après la bataille de Castillon en 1453. La ville est alors définitivement intégrée au royaume de France, même si cette nouvelle situation entraîne dans un premier temps une période de difficultés économiques et de réorganisation politique.
Aux XVIe et XVIIe siècles, Bordeaux demeure une grande ville portuaire et commerciale. Son activité repose principalement sur le commerce des vins, mais son port s'insère progressivement dans les réseaux atlantiques. La ville connaît parallèlement de profondes tensions politiques et religieuses, notamment lors des guerres de Religion et de la Fronde. La monarchie renforce progressivement son contrôle sur la cité, tout en confirmant son rôle administratif et commercial dans le Sud-Ouest.
Le XVIIIe siècle constitue l'un des grands moments de prospérité de l'histoire bordelaise. Le port connaît un essor spectaculaire et Bordeaux devient l'un des principaux centres du commerce atlantique français. Les échanges portent sur les vins et les produits agricoles, mais aussi sur les marchandises coloniales telles que le sucre, le café et le cacao. Cette prospérité repose également, de manière importante, sur la participation de négociants et d'armateurs bordelais à la traite négrière. La richesse accumulée au cours du siècle transforme profondément le paysage urbain : les quais, les places monumentales et les hôtels particuliers qui caractérisent encore le centre historique sont en grande partie issus de cette période. L'essor économique s'accompagne enfin d'un renouveau intellectuel lié à la diffusion des idées des Lumières.
La Révolution française bouleverse profondément l'organisation politique et économique de la ville. En 1790, Bordeaux devient le chef-lieu du département de la Gironde. La ville est particulièrement associée aux Girondins, dont plusieurs représentants entretiennent des liens étroits avec elle. En 1793, son soutien au mouvement girondin l'oppose au pouvoir montagnard et entraîne une répression sévère pendant la Terreur. Malgré les bouleversements révolutionnaires et les guerres napoléoniennes, Bordeaux conserve son rôle de grand centre commercial et portuaire.
Au XIXe siècle, la ville entre progressivement dans l'ère industrielle. Le développement du chemin de fer, la modernisation du port, l'essor de nouvelles activités industrielles et l'expansion du commerce viticole renforcent son rôle de métropole régionale. La construction de nouveaux quais, de boulevards et de quartiers résidentiels transforme également profondément son paysage urbain. Le classement des vins de Bordeaux de 1855 contribue par ailleurs à renforcer la renommée internationale du vignoble bordelais.
Le XXe siècle est marqué par les deux guerres mondiales, mais aussi par de profondes mutations économiques et urbaines. Bordeaux accueille temporairement le gouvernement français en 1870, en 1914 et en 1940 lors de crises militaires majeures. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est occupée par les forces allemandes de 1940 à 1944 et devient un important centre militaire et portuaire. La période est marquée par les restrictions, la répression, la persécution des Juifs et la déportation, mais aussi par le développement de la Résistance.
Après 1945, Bordeaux connaît plusieurs décennies de croissance urbaine et de transformation économique. L'essor de l'automobile, l'étalement de l'agglomération et le déclin relatif du port traditionnel modifient profondément l'organisation de la ville. À partir des années 1970, puis surtout dans les années 1990, une nouvelle politique de reconquête urbaine est engagée afin de restaurer le centre historique, de requalifier les quais et de développer les transports collectifs.
Depuis la fin du XXe siècle, Bordeaux connaît ainsi un profond renouveau urbain et métropolitain. À partir de 1995, la municipalité engage d'importants travaux de réaménagement, notamment dans le centre historique et sur les quais de la Garonne. La mise en service du tramway de Bordeaux à partir de 2003, la reconquête des espaces publics, la restauration du patrimoine et l'arrivée de la LGV Sud Europe Atlantique en 2017 renforcent l'attractivité de la ville et de son agglomération.
En 2007, l'ensemble historique de Bordeaux, désigné sous le nom de « Bordeaux, Port de la Lune », est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. L'organisation souligne notamment la continuité de l'évolution urbaine de la ville sur plus de deux millénaires, ainsi que la remarquable cohérence de son architecture classique et néoclassique.
Aujourd'hui, Bordeaux constitue le principal pôle urbain de la Nouvelle-Aquitaine. Son économie repose toujours sur le vin, le commerce et les activités portuaires, mais elle s'est largement diversifiée dans les domaines de l'aéronautique et du spatial, de la défense, du numérique, de l'enseignement supérieur, de la recherche, des services et du tourisme. La ville doit cependant relever de nouveaux défis liés à son attractivité : coût du logement, pression foncière, mobilités, étalement urbain, inégalités territoriales et adaptation au changement climatique.
L'histoire de Bordeaux peut ainsi être lue comme celle d'une ville constamment façonnée par sa relation à la Garonne, au port et aux grands réseaux d'échanges. De l'agglomération protohistorique à la métropole contemporaine, son développement repose sur une succession de fonctions — commerciales, portuaires, administratives, politiques et culturelles — qui ont progressivement construit son identité. Cette continuité explique en grande partie la richesse de son paysage urbain et la reconnaissance internationale de Bordeaux, Port de la Lune.
Protohistoire
modifierLes premières traces d'occupation humaine attestées sur le territoire de Bordeaux remontent au VIe siècle av. J.-C. Le site protohistorique, qui s'étend sur environ 5 à 6 hectares, se situe dans un secteur compris entre l'actuelle porte Dijeaux et la place des Quinconces[6].
Une première agglomération se développe sur la rive gauche de la Garonne, à proximité de la Devèze, dans un environnement encore largement occupé par des zones marécageuses. La situation du site constitue rapidement un atout majeur. Sa proximité avec l'estuaire de la Gironde et l'océan Atlantique permet en effet de mettre en relation les voies terrestres, fluviales et maritimes, facilitant la circulation des personnes et des marchandises[7].
Cette configuration géographique constitue l'un des fondements du développement ultérieur de Bordeaux. La ville se trouve en effet au croisement de plusieurs grands axes de circulation[8] :
- un axe terrestre reliant la péninsule Ibérique à l'Europe rhénane ;
- un axe fluvial organisé autour de la Garonne et de son bassin, mettant en relation l'arrière-pays aquitain avec l'Atlantique et, plus largement, avec les réseaux commerciaux méridionaux ;
- un axe maritime donnant accès à la façade atlantique et, au-delà, aux régions de la Bretagne, des îles Britanniques, de l'Europe du Nord et de la péninsule Ibérique.
L'importance respective de ces différents axes varie selon les périodes, mais leur convergence contribue durablement à faire de Bordeaux un carrefour commercial et stratégique. Cette vocation, déjà perceptible à l'époque protohistorique, constitue l'un des principaux facteurs de l'essor de la cité durant l'Antiquité, puis de son développement au Moyen Âge et à l'époque moderne.
Antiquité
modifierDe l'agglomération gauloise à Burdigala
modifierLes Bituriges Vivisques, peuple celte dont le nom est généralement interprété comme signifiant « Bituriges déplacés » ou « transplantés », s'installent dans la région bordelaise au plus tard au IIIe siècle av. J.-C. Ils sont généralement considérés comme issus des Bituriges Cubes, établis autour de l'actuelle Bourges, même si les circonstances et la chronologie de leur installation demeurent discutées[9]. Les sources antiques, notamment Strabon et Pline l'Ancien, les présentent comme un peuple installé parmi les Aquitains. Une autre hypothèse, défendue par certains historiens, fait de leur installation dans la région une conséquence de la conquête romaine de l'Aquitaine au cours de la guerre des Gaules.
À l'époque de Strabon, Bordeaux, alors connue sous le nom de Burdigala, est décrite comme un emporion, c'est-à-dire un établissement commercial davantage caractérisé par sa fonction d'échanges que par un statut civique particulier[7]. Sa situation sur la Garonne lui permet néanmoins de participer activement aux échanges régionaux et de s'insérer dans les réseaux commerciaux reliant les différentes cités de Gaule[8].
La situation de Burdigala favorise son intégration progressive au système politique et économique romain. Entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle, Bordeaux devient le chef-lieu de la Gaule aquitaine, au détriment de Saintes (Mediolanum Santonum)[10]. Cette promotion administrative s'explique notamment par la position stratégique de Burdigala, à la fois tournée vers la Garonne et largement ouverte sur l'Atlantique[11],[12].
L'apogée de Burdigala
modifierCette promotion administrative accompagne une profonde transformation économique, urbaine et culturelle. Bordeaux devient progressivement l'un des principaux centres de la façade atlantique de la Gaule et connaît un important essor intellectuel. Son rayonnement culturel se prolonge jusqu'à la fin de l'Antiquité[13], comme en témoignent notamment les œuvres d'Ausone et de Sidoine Apollinaire[14].
La prospérité de Burdigala repose sur la complémentarité de plusieurs activités et fonctions :
- Le commerce : Burdigala constitue un important carrefour fluvial et maritime. La Garonne relie la ville à l'intérieur de la Gaule, tandis que l'estuaire lui ouvre l'accès à l'Atlantique. Les marchandises peuvent ainsi circuler entre les réseaux gaulois, atlantiques et méditerranéens[15].
- La viticulture : la production de vin se développe progressivement dans la région. Les Romains contribuent à l'organisation et à l'expansion de la viticulture locale. La tradition associe notamment le cépage appelé Biturica à cette période[16],[17].
- Les activités artisanales : la croissance urbaine stimule les activités de production, de construction et de transformation des matières premières.
- La fonction administrative : devenue capitale provinciale, Bordeaux attire fonctionnaires, négociants, artisans et élites locales, renforçant ainsi son poids politique et économique.
La ville se dote progressivement des équipements caractéristiques d'une grande cité romaine. Un réseau viaire organisé structure l'espace urbain autour d'un cardo et d'un decumanus. Des bâtiments publics, des espaces commerciaux et plusieurs installations thermales témoignent de l'importance croissante de l'agglomération.
Les thermes occupent une place essentielle dans la vie quotidienne et sociale. Des édifices administratifs et religieux complètent cet ensemble monumental, tandis que la ville est reliée aux principaux axes routiers de la Gaule, notamment à la Via Aquitania, qui facilite les relations avec Toulouse et les régions méridionales[15].
Le port constitue toutefois le principal moteur de l'économie de Burdigala. La navigabilité de la Garonne et l'accès à l'estuaire permettent à la cité de jouer le rôle d'interface entre les territoires de l'intérieur et le monde maritime. Cette situation favorise notamment les échanges avec les autres régions de la façade atlantique, les îles Britanniques et l'Europe du Nord[7].
L'agglomération atteint son extension maximale à la fin du IIe siècle. L'espace urbanisé s'étend alors de la basilique Saint-Seurin, à l'ouest, jusqu'au secteur de Saint-Michel, au sud-est. Cette période correspond également à la construction de plusieurs édifices monumentaux. Le vaste complexe dont subsistent aujourd'hui les vestiges du Palais Gallien témoigne notamment de l'ampleur atteinte par la cité[6]. L'appellation « Palais Gallien » est cependant beaucoup plus tardive : apparue au Moyen Âge, elle repose sur une tradition légendaire associant les ruines à une épouse de Charlemagne[18].
Ainsi, au cours des deux premiers siècles de notre ère, Bordeaux s'affirme comme une grande cité commerciale et administrative, dont le développement repose étroitement sur l'articulation entre son arrière-pays, la Garonne et les réseaux maritimes atlantiques.
La crise du Bas-Empire et la transformation de la ville
modifierÀ partir de la fin du IIIe siècle, Bordeaux est touchée par les troubles politiques et militaires qui affectent l'Empire romain. Dans un contexte marqué par les incursions et les invasions barbares, les autorités renforcent les défenses de la cité. Une nouvelle enceinte est édifiée autour d'un espace urbain considérablement réduit, le Peugue participant à la délimitation naturelle du nouveau périmètre[8].
Achevées vers 290, les fortifications correspondent approximativement à une partie du tracé actuel du cours d'Alsace et Lorraine, du cours du Chapeau-Rouge, du cours de l'Intendance et de la rue des Remparts[19]. La superficie protégée par les remparts passe ainsi d'environ 150 à 32 hectares[20]. Bordeaux prend progressivement la forme d'un castrum, marquant une rupture importante avec l'extension maximale atteinte au IIe siècle.
Cette contraction du périmètre urbain n'implique toutefois pas la disparition de l'activité urbaine. Plusieurs monuments désormais situés à l'extérieur de l'enceinte, notamment le Palais Gallien et les Piliers de Tutelle, ne sont pas intégrés au nouveau dispositif défensif. Certains sont progressivement abandonnés, tandis que le centre fortifié concentre désormais l'essentiel des fonctions urbaines.
La cité demeure néanmoins active. Au milieu du IVe siècle, un nouvel ensemble thermal est construit[21], tandis que Bordeaux reste l'une des principales villes de Gaule[22].
La christianisation de Bordeaux s'effectue progressivement à partir de la fin du IIIe siècle, dans le contexte plus général de transformation religieuse de l'Empire romain[8]. La réorganisation administrative engagée sous Dioclétien renforce parallèlement le rôle politique de la cité, qui devient le chef-lieu de l'Aquitaine seconde[17],[23].
Au début du Ve siècle, les bouleversements politiques qui affectent l'Empire romain d'Occident atteignent directement l'Aquitaine. Après la prise de Toulouse par les Wisigoths en 413, Burdigala adopte une attitude prudente et se déclare « ville ouverte » afin d'éviter une destruction[24]. La cité passe ensuite sous domination wisigothique et demeure intégrée au royaume wisigoth jusqu'à la conquête franque.
Moyen Âge
modifierDu royaume franc au duché d'Aquitaine
modifierAu début du Moyen Âge, Bordeaux demeure principalement concentrée à l'intérieur de son enceinte antique. L'activité urbaine ne disparaît toutefois pas et de nouveaux espaces sont progressivement investis à l'extérieur des remparts. Au sud de la cité, les Bénédictins entreprennent notamment l'assèchement du marais de Sainte-Croix et le défrichement des terres environnantes. Les constructions qui s'y développent constituent le noyau d'un nouveau faubourg[8].
Le Haut Moyen Âge reste néanmoins marqué par une forte instabilité politique. Bordeaux passe successivement sous l'influence du royaume de Toulouse, de la Neustrie puis de l'Austrasie. Les changements de domination, auxquels s'ajoutent les incursions extérieures, freinent durablement son développement.
En 507, la bataille de Vouillé oppose les Wisigoths aux Francs dirigés par Clovis. La défaite wisigothique entraîne l'intégration de Bordeaux au royaume franc[25].
Au VIIIe siècle, Bordeaux se retrouve au cœur des affrontements entre les pouvoirs aquitain, franc et musulman. En 732, les troupes de l'émir omeyyade Abd al-Rahman attaquent et pillent la ville. Le duc Eudes d'Aquitaine ne parvient pas à empêcher cette offensive[26].
Après la bataille de Poitiers, Charles Martel cherche à renforcer le contrôle franc sur l'Aquitaine. Bordeaux est prise en 735, même si le duché conserve une large autonomie jusqu'à sa conquête définitive par les Francs en 768[27]. À la fin du VIIIe siècle, Bordeaux est intégrée au royaume d'Aquitaine constitué par Charlemagne[28].
Le IXe siècle est de nouveau marqué par les raids vikings. En 847, Bordeaux est pillée par les « Normands » lors du siège conduit par le chef viking Hasting. L'inaction du duc d'Aquitaine Pépin II face à cette attaque contribue à l'affaiblissement de son autorité. En juin 848, les Grands d'Aquitaine le déposent et reconnaissent l'autorité directe de son oncle Charles le Chauve, roi de la Francie occidentale[29]. Un nouveau siège a lieu en 855.
À la fin du IXe siècle, les raids vikings conduisent à renforcer les remparts et les fortifications de Bordeaux. La cité accueille alors ses premiers milites[30] et connaît parallèlement un regain d'activité commerciale[31]. À partir du même siècle, la reconstruction des églises et l'édification de nouveaux sanctuaires témoignent d'un renouveau religieux et urbain[32].
Le renouveau urbain et l'Aquitaine anglo-angevine
modifierÀ partir des IXe et Xe siècles, Bordeaux entre progressivement dans une nouvelle phase de développement. Le renforcement des institutions religieuses accompagne la croissance urbaine et la réorganisation politique de l'Aquitaine. La ville demeure un centre épiscopal important et son rôle régional s'affirme progressivement.
Au cours du Moyen Âge central, Bordeaux bénéficie d'une plus grande stabilité politique et de la reprise des échanges commerciaux. La ville s'insère dans le système politique du duché d'Aquitaine et voit progressivement se renforcer ses institutions urbaines.
Le pouvoir municipal se structure notamment autour de la Jurade de Bordeaux, tandis que les évêques et les grandes familles urbaines jouent un rôle important dans la vie politique et économique de la cité.
Au XIIIe siècle, les rivalités entre grandes familles marchandes, notamment les Soler, les Colom et les Cailhau, témoignent du poids croissant des élites urbaines[33]. Ces conflits opposent des groupes sociaux et économiques concurrents et révèlent l'existence d'une vie politique municipale déjà relativement développée.
La cathédrale Saint-André est consacrée par le pape Urbain II en 1096. Elle devient un point de référence spirituel majeur pour la ville et un lieu de pèlerinage, notamment en raison de la renommée du Saint-Suaire, un artefact religieux vénéré. Cet événement illustre l'importance religieuse acquise par Bordeaux, alors que la ville poursuit son développement au-delà du noyau fortifié hérité de l'Antiquité. La basilique Saint-Seurin et la basilique Saint-Michel participent également au rayonnement religieux de la cité.
Bordeaux est par ailleurs située sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce qui renforce son rôle comme étape de pèlerinage et favorise les échanges humains et économiques.
Le destin de Bordeaux est ensuite étroitement lié à celui du duché d'Aquitaine. Le duc Guillaume X cherche à assurer la succession de son duché en mariant sa fille Aliénor à l'héritier du trône de France, le futur Louis VII. Le mariage est célébré dans la cathédrale Saint-André, mais est annulé en 1152[34]. Aliénor épouse alors Henri Plantagenêt, qui devient roi d'Angleterre en 1154.
L'Aquitaine entre ainsi dans l'espace politique de la monarchie anglaise et Bordeaux reste liée à la couronne anglaise pendant près de trois siècles. Cette nouvelle configuration politique favorise les échanges maritimes et contribue à faire du commerce du vin avec l'Angleterre l'un des fondements de la prospérité bordelaise[35]. En 1169, Henri II fait de son fils Richard le duc de Gascogne, mais c'est en fait Aliénor qui gouvernait[36]. Néanmoins, lorsque le roi se réconcilie avec la maison de Toulouse, elle pousse son fils à se révolter. Elle est emprisonnée tandis que les barons locaux cherchent à nouveau à se détacher de la couronne anglaise, jusqu'à ce que Richard rétablisse l'ordre en 1177. La mort d'Aliénor en 1204 entraîna des troubles et une lutte armée pour la maîtrise du duché[37].
Bordeaux, grande ville commerciale aux XIIIe et XIVe siècles
modifierAu XIIIe siècle, Bordeaux devient l'une des villes les plus prospères de la façade atlantique. Sa croissance repose à la fois sur son rôle politique au sein du duché d'Aquitaine, sur sa position stratégique sur la Garonne et sur l'importance croissante de son commerce maritime. Les échanges de vin avec l'Angleterre occupent une place particulièrement importante dans cette prospérité[35].
Le développement économique s'accompagne d'une croissance démographique et d'une densification de l'espace urbain. Au début du XIVe siècle, la densité de population atteindrait environ 180 habitants par hectare[38]. Avec plus de 10 000 habitants, Bordeaux figure alors parmi les principales villes de la région et parmi les rares agglomérations à atteindre un tel niveau de peuplement. Déjà siège d'un archevêché, la ville ne possède toutefois pas encore d'université[39].
Cette croissance urbaine s'accompagne de la création d'institutions destinées à prendre en charge les populations malades ou marginalisées. En 1225, la première léproserie connue de Bordeaux est fondée à environ 800 m de l'agglomération. Connue sous le nom de Saint-Nicolas-des-Graves, elle accueille les malades vivant à l'écart de la cité[40].
Les tensions franco-anglaises et la guerre de Guyenne
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La prospérité de Bordeaux reste cependant étroitement dépendante des relations entre les monarchies française et anglaise, dont les intérêts s'opposent au sujet du duché d'Aquitaine.
Au milieu du XIIIe siècle, Louis IX conclut avec Henri III le traité de Paris de 1259. Le roi d'Angleterre accepte de devenir un vassal lige du roi de France pour le duché d'Aquitaine, tandis que Louis IX accepte en contrepartie d'étendre le duché au Limousin, au Périgord, au Quercy et à une partie de la Saintonge[41],[42].
Les imprécisions du traité entretiennent toutefois les tensions entre les deux monarchies[43]. En 1294, à la suite de nouveaux affrontements, Philippe le Bel convoque le roi Édouard Ier devant le parlement de Paris. Celui-ci refusant de comparaître, le roi de France confisque le duché. Cette décision provoque la guerre de Guyenne, qui oppose les deux royaumes pendant plusieurs années.
L'intervention du pape Boniface VIII conduit à un règlement provisoire : le roi d'Angleterre doit prêter hommage au roi de France pour la partie du duché qui lui est restituée. Édouard refuse cependant de respecter pleinement cet engagement et poursuit la confrontation avec la monarchie française. En 1302, la défaite française à la bataille de Courtrai, dans le contexte de la guerre de Flandre, contraint Philippe le Bel à restituer l'Aquitaine en échange du principe de l'hommage lige[44].
Le problème reste néanmoins irrésolu. Édouard II rend hommage à deux reprises, en 1308 à Philippe le Bel puis en 1320 à Philippe V. Les tensions entre les vassaux des deux souverains conduisent cependant à une nouvelle rupture. En 1323, Édouard II refuse de rendre hommage à Charles IV[45]. La guerre de Saint-Sardos, menée en 1324, se solde par de nouvelles victoires françaises et par la conquête d'une grande partie du duché[41].
En 1327, les négociations menées par Isabelle de France aboutissent à un nouveau traité. Le duché d'Aquitaine est alors réduit à une bande de territoire d'environ 75 km de large, dont Bordeaux demeure la capitale[46]. Ces pertes territoriales contribuent à l'affaiblissement d'Édouard II, finalement déposé[47]. Son fils Édouard III lui succède. Un an plus tard, c'est Charles IV qui meurt à son tour, sans descendance, ce qui va constituer le point de départ de la guerre de Cent Ans. Après un mois de tergiversations, les Grands du royaume ressortent un texte juridique du IVe siècle, la Loi salique, qui permet d'écarter les filles de la succession, mais aussi de ne pas dépendre du roi d'Angleterre. C'est ainsi que Philippe VI, cousin germain du roi Philippe IV, monte sur le trône[48]. Dans un premier temps, Édouard III ne revendique pas la couronne de France et accepte de rendre l'hommage lige à Philippe de Valois, au contraire de sa mère Isabelle de France qui la réclame pour son fils en tant que petit-fils de Philippe le Bel[49].
La guerre de Cent Ans et le retour à la France
modifierBordeaux constitue l'un des principaux enjeux de la guerre de Cent Ans en raison de son rôle de capitale de l'Aquitaine anglaise et de l'importance de son commerce. La ville reste cependant dans le camp anglais jusqu'à la phase finale du conflit.
Dès le , Philippe VI confisque le duché d'Aquitaine. La bataille de Crécy permet aux Anglais de reprendre le duché aux mains des Français, mais le répit fut de courte durée. Au même moment, la Peste noire arrivait, faisant des ravages à travers toute l'Europe. Un habitant sur trois meurt de la peste à Bordeaux, et même la fille du roi Édouard III Jeanne alors qu'elle se rendait en Espagne pour se marier[50]. En 1354, le fils aîné d'Édouard III, Édouard de Woodstock, arrive à Bordeaux comme duc d'Aquitaine, même s'il n'endossa jamais le titre. Surnommé « le Prince Noir », il mène des chevauchées dévastatrices contre les terres françaises en 1355 et 1356. Après la bataille de Poitiers où le roi Jean II est fait prisonnier, le Prince noir règne en prince souverain et fait du duché d'Aquitaine un principat autonome à partir de 1362. Il n'hésitait pas à faire emprisonner tous ses ennemis, notamment Bertrand du Guesclin, futur connétable du roi de France Charles V[51]. Entre temps, une trêve est négociée avec la France en septembre 1357. Édouard de Woodstock, malade, finit par quitter Bordeaux dont il a fortement impacté l'économie par ses décisions et ses dépenses excessives, obligeant son père à reprendre en main les affaires de l'Aquitaine. Bordeaux échappe plusieurs fois à la conquête, notamment en 1379. En 1390, le chanoine et grand chantre de la cathédrale Vital Carles fonde l'hôpital Saint-André, notamment pour accueillir les pèlerins effectuant le pèlerinage de Compostelle[52],[53]. Il choisit de faire don de l'hôpital à la ville et en confie la gestion aux jurats[53]. Huit ans plus tard, la ville connaît de violentes émeutes au cours desquelles de nombreux prisonniers sont massacrés. La même année, Vital Carles meurt[53]. Dans le même temps, l'Angleterre sombre dans la guerre civile et le roi Richard II est déposé par son cousin le duc de Lancastre qui lui succède sur le trône sous le nom de Henri IV), ce qui marque la division de la maison Plantagenêt en deux (maison de Lancastre et maison d'York)[54]. Bordeaux connaît peu de problèmes jusqu'à la fin de la guerre, mais la ville doit tout de même signer deux fois sa reddition, en 1451 et 1452. La situation bascule en 1453 avec la bataille de Castillon. Les troupes anglaises commandées par John Talbot sont écrasées et leur chef trouve la mort au combat. Bordeaux est définitivement reprise par le roi Charles VII suite à un long siège, mettant fin à l'occupation anglaise. Le , il faisait son entrée solennelle dans la ville[55].
Le retour sous l'autorité française s'accompagne d'une politique destinée à contrôler étroitement la cité et à prévenir toute nouvelle révolte. Charles VII ordonne ainsi la construction du fort du Hâ et du château Trompette, destinés à surveiller Bordeaux et à contrôler ses accès[55]. Ces travaux s'inscrivent également dans une politique de transformation de l'espace urbain, qui nécessite notamment l'assainissement de secteurs marécageux liés aux débordements de la Devèze et du Peugue[8].
Le château Trompette, équipé de pièces d'artillerie, permet notamment de contrôler l'accès au port et de défendre la ville contre une attaque venue du fleuve. Sa présence contribue parallèlement au développement du quartier des Chartrons, où les navires sont amenés à faire escale.
La politique de Charles VII à l'égard de Bordeaux entraîne cependant une période de difficultés économiques. Son successeur, Louis XI, adopte une politique plus favorable afin de consolider le rattachement de la ville au royaume de France. Le Parlement, suspendu en 1453, est rétabli ; deux foires franches sont créées et les droits d'exportation sur les vins sont considérablement réduits[8]. En 1472, un clocher de 114 m de hauteur est construit sur la basilique Saint-Michel, la fameuse flèche[56],[57].
En 1475, le traité de Picquigny met fin au conflit entre les royaumes de France et d'Angleterre. Désormais intégrée au royaume de France, Bordeaux entre dans une nouvelle phase de son histoire, au cours de laquelle son développement économique et maritime prend progressivement une dimension européenne puis atlantique.
Les Temps modernes : commerce, révoltes et expansion portuaire
modifierDu XVIe au XVIIIe siècle, Bordeaux connaît de profondes transformations politiques, économiques et urbaines. Son port s'intègre progressivement aux réseaux du commerce atlantique et colonial. Le commerce du vin demeure essentiel, mais il est rejoint par celui du sucre, du café, des produits coloniaux et, de manière particulièrement tragique, par la traite négrière.
Cette période est également marquée par plusieurs crises politiques et religieuses, notamment les guerres de Religion et la Fronde, qui mettent à plusieurs reprises à l'épreuve les relations entre la ville et le pouvoir royal.
Le XVIe siècle
modifierAu début du XVIe siècle, Bordeaux est une importante ville portuaire et administrative du royaume de France. Le commerce du vin demeure son activité dominante et les relations avec les marchés anglais, espagnols et néerlandais jouent un rôle majeur. Bordeaux fait partie des soixante villes les plus peuplées d'Europe au début du siècle[58], comptant près de 50 000 habitants[59]. La plupart des habitants n'étaient pas originaires de Bordeaux[60]. Néanmoins, cela n'empêche pas la royauté de critiquer la gestion des hôpitaux bordelais dans l'accueil des malades. Ils sont réformés au début du siècle.
Le , le roi François Ier fait étape à Bordeaux suite à sa captivité après la bataille de Pavie, et des festivités sont organisées en son honneur[61].
En 1533, François Ier renforce la fonction administrative et judiciaire de la ville, qui devient l'un des principaux centres institutionnels du Sud-Ouest. Bordeaux devient de jure la capitale de la Guyenne.
Bordeaux connaît toutefois une grave crise en 1548 lors de la révolte des Pitauds. Le rétablissement de la gabelle provoque une insurrection qui gagne la ville. Le 21 août, les insurgés attaquent le château Trompette et le fort du Hâ et tuent le gouverneur Tristan de Moneins. La monarchie réprime sévèrement la révolte : les privilèges de la ville sont suspendus et le Parlement temporairement supprimé[62].
Cette crise marque durablement la vie politique bordelaise. Elle est également associée à la réflexion d'Étienne de La Boétie, qui siège alors au Parlement de Bordeaux et dont le Discours de la servitude volontaire est traditionnellement rapproché du contexte politique de cette période[63].
Les guerres de Religion
modifierLa seconde moitié du XVIe siècle est marquée par les affrontements entre catholiques et protestants. Bordeaux compte une importante présence réformée et devient temporairement un bastion protestant.
Après le massacre de la Saint-Barthélemy, la ville est à son tour le théâtre de violences. Le 3 octobre 1572, plusieurs centaines de protestants sont massacrés à Bordeaux. Le nombre des victimes est estimé entre 200 et 300[64].
L'arrivée au pouvoir d'Henri IV et la promulgation de l'édit de Nantes permettent progressivement un retour à l'apaisement. Bordeaux retrouve une stabilité politique relative et son activité commerciale reprend.
En 1581, Montaigne est élu maire de Bordeaux par la Jurade, sur intervention du roi Henri III[65].
Le XVIIe siècle : Bordeaux face à la monarchie
modifierLe XVIIe siècle est marqué par la consolidation de l'autorité monarchique. Bordeaux connaît cependant plusieurs épisodes de contestation, notamment pendant la Fronde.
La ville participe au mouvement de résistance contre la politique fiscale et centralisatrice de la monarchie. En 1653, les troupes royales reprennent le contrôle de Bordeaux, mettant fin à la révolte.
Malgré ces troubles politiques, l'activité commerciale demeure soutenue. Le port participe de plus en plus aux échanges atlantiques et coloniaux, tandis que le commerce du vin continue de constituer l'un des principaux fondements de la prospérité locale. Bordeaux fait toujours partie des soixante villes européennes les plus peuplées au début du siècle[66].
Bordeaux commence également à s'étendre au-delà de ses limites historiques. De nouveaux quartiers apparaissent et la ville se transforme progressivement en une grande cité portuaire tournée vers l'Atlantique.
Le XVIIIe siècle : l'apogée du port et la transformation urbaine
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Le XVIIIe siècle constitue l'une des grandes périodes de prospérité de Bordeaux. Le développement du commerce maritime et colonial entraîne une croissance spectaculaire des activités portuaires et de la population. Bordeaux fait toujours partie des soixante villes européennes les plus peuplées au début du siècle[67]. Elle est également l'une des villes les plus prospères d'Europe[68].
Le commerce du vin conserve une place centrale, mais Bordeaux devient également un important centre de redistribution des produits coloniaux. Le sucre, le café, le cacao, les épices et d'autres marchandises transitent par son port.
Cette prospérité est également liée à la traite négrière. Des négociants bordelais financent des expéditions et participent au commerce d'esclaves déportés d'Afrique vers les colonies[69]. Cette dimension constitue aujourd'hui un élément essentiel de l'histoire économique et mémorielle de Bordeaux.
La richesse accumulée au XVIIIe siècle transforme profondément le paysage urbain. De grands ensembles architecturaux sont aménagés, notamment la place de la Bourse, les quais et de nombreux hôtels particuliers. Ces transformations contribuent à donner au centre de Bordeaux son caractère monumental et constituent aujourd'hui l'un des principaux éléments de son patrimoine mondial[70]. Beaucoup de ces travaux sont financés directement par la municipalité[71]. En 1702, l'hôpital Saint-André est détruit une première fois afin d'être reconstruit[53].
La ville devient également un centre intellectuel important. Les idées des Lumières y circulent et les élites locales participent aux débats politiques, économiques et philosophiques qui accompagnent la fin de l'Ancien Régime. Le Grand-Théâtre, construit en 1780, devient rapidement un important lieu culturel, où les représentations se succèdent chaque soir[72]. Une taxe est d'ailleurs prélevée afin de redresser les finances de l'hôpital Saint-André[53]. Bordeaux fait toujours partie des soixante villes européennes les plus peuplées en 1750[73].
La Révolution française et le XIXe siècle
modifierLa Révolution française bouleverse profondément Bordeaux. La ville, jusque-là l'une des principales places commerciales du royaume, doit faire face à la réorganisation politique et administrative, aux guerres européennes et à la désorganisation d'une partie des échanges.
En 1790, Bordeaux devient le chef-lieu du département de la Gironde[74].
Bordeaux et la Révolution française
modifierLes débuts de la Révolution
modifierEn 1789, une partie des élites bordelaises accueille favorablement les réformes révolutionnaires. La ville compte toutefois de nombreux intérêts commerciaux et coloniaux, ce qui rend les bouleversements politiques particulièrement sensibles.
La suppression des privilèges, la réorganisation administrative et la disparition des institutions de l'Ancien Régime modifient profondément le fonctionnement de la cité.
Bordeaux et les Girondins
modifierBordeaux, sous l'égide des Girondins, a connu une période difficile pendant la Révolution. En 1793, avec la montée en puissance des Jacobins à Paris, les Girondins, qui gouvernaient la ville, furent accusés de modérantisme et d'opposition à la Révolution radicale. Dans un discours à la Convention nationale, Robespierre prononce la phrase suivante, signe d'une opposition de plus en plus grande entre Paris et la Province : « La Gironde entend se séparer de la France pour redevenir la Guyenne et s'unir à l'Angleterre »[76]. Après l'exécution de Louis XVI et la mise en place de la Terreur, Bordeaux devint l'un des derniers foyers de résistance des Girondins. Dans une lettre du , Vergniaud écrivait à ses administrés la chose suivante : « Si l'on m'y force, sous le couteau, je vous appelle de la tribune pour venir nous défendre, s'il en est temps, pour venger la liberté en exterminant les tyrans… Hommes de la Gironde, levez-vous ! » Une sorte d'appel à prendre les armes en cas de mise en danger des Girondins[77].
Les autorités révolutionnaires ont alors pris des mesures sévères, et Bordeaux a été le théâtre d'exécutions massives pendant cette période. En juin 1793, Bordeaux se soulève contre le gouvernement révolutionnaire en réaction à la répression des Girondins, mais cette rébellion est rapidement écrasée par les forces républicaines. Dans un premier temps, la Convention nationale a cherché à écarter les parlementaires Girondins dont le peuple de Paris réclamait l'arrestation et Georges Couthon proposa même de se constituer comme otage à Bordeaux[78]. Néanmoins, très vite, les villes de province, dont Bordeaux, proposent d'établir une assemblée parallèle qui siégerait à Bourges, reprenant ainsi le projet d'Élie Guadet du . La fuite de plusieurs conventionnels, dont Brissot et Pétion, entraîna la mise hors la loi des Girondins proscrits, leur mise en jugement et leur élimination. Le , l'Assemblée du département votait à l'unanimité la mise en place d'une Commission populaire de salut public qui exercerait le pouvoir jusqu'à avoir « mis la liberté hors de tout péril en la rétablissant au sein de la Convention nationale »[77].
Le soulèvement fédéraliste de Bordeaux a conduit à des représailles violentes et à l'instauration de la Terreur dans la ville, avec de nombreuses arrestations et exécutions, dont celle de plusieurs figures girondines. La Convention envoie plusieurs représentants en mission pour rétablir l'ordre dans la ville, dont Marc Antoine Baudot et Claude-Alexandre Ysabeau dès l'été puis Jean-Lambert Tallien et Guillaume Chaudron-Rousseau pour renforcer les effectifs au mois d'octobre[79]. La guillotine est installée place Gambetta, à l'époque appelée place Nationale[80],[81],[note 1], tandis que les condamnés étaient enfermés au fort du Hâ et jugés au palais Rohan, qui était le siège de la Commission militaire révolutionnaire[82],[83]. Parmi les victimes connues figurent les maires François-Armand de Saige et Joseph de Fumel[84], les conventionnels Jean Birotteau, Jean-Antoine Lafargue de Grangeneuve, Élie Guadet (ainsi que sa belle-sœur Marie-Thérèse Marinette Dupeyrat dite Madame Bouquey), Jean-Baptiste Salle et Charles Barbaroux ainsi que le président de la Commission militaire révolutionnaire de Bordeaux Jean-Baptiste-Marie Lacombe qui est la dernière personne exécutée sous la Terreur. Sur les 302 victimes, une centaine l'ont été pour avoir soutenu les insurrections fédéralistes[85]. Le nombre de victimes est moins élevés que dans d'autres villes ayant institué une Commission militaire révolutionnaire, notamment grâce à Theresa Cabarrus, future épouse du conventionnel Jean-Lambert Tallien qui parvient à la faire libérer du fort du Hâ à la veille de son exécution[86]. Pendant la Grande Terreur, elle est à nouveau emprisonnée et doit à nouveau sa vie à l'intervention de Tallien, qui fut l'un des instigateurs de la chute de Robespierre, l'Incorruptible soupçonnant son amant de mollesse dans sa gestion des affaires bordelaises[87],[88]. Les deux tiers des exécutions à Bordeaux auront lieu entre le , date de l'adoption de la loi de Prairial, et le , date de l'exécution de Jean-Baptiste-Marie Lacombe, pendant la période où le conventionnel Marc-Antoine Jullien fut le représentant en mission désigné par la Convention[89],[90]. Bordeaux est d'ailleurs l'une des rares villes à conserver l'équivalent d'un Tribunal révolutionnaire après la réorganisation de celui-ci au printemps 1794[90]. En mars 1794, des milliers d'habitants du Pays basque suspectés de trahison sont arrêtés et déportés à Bordeaux[91].
L'après-Terreur et l'instabilité politique
modifierAprès la chute et l'exécution de Robespierre et de ses partisans en juillet 1794, la ville connaît une phase d'instabilité politique, marquée par l'oscillation entre les régimes modérés et les républicains radicaux. Paradoxe, l'un des principaux responsables de la Terreur, Bertrand Barère, parvient à se réfugier dans la ville après sa condamnation à la déportation, mais il avait réussi à s'évader de la prison de Saintes[92]. Le commerce bordelais a été largement affecté par cette instabilité, même si la ville est restée un centre de production viticole. Après l'établissement de la loi Jourdan-Delbrel qui rendait obligatoire la conscription, la ville et la région connurent une période d'agitation[93]. Bordeaux devient l'un des principaux foyers royalistes à partir du Directoire[94]. La flèche de la basilique Saint-Michel accueille le télégraphe pour favoriser les communications[57].
Le Consulat et le Premier Empire
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L'arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte en 1799 entraîne une nouvelle réorganisation politique et administrative. La loi du 28 pluviôse an VIII du 17 février 1800 renforce la centralisation administrative et crée le système préfectoral.
Le port de Bordeaux souffre toutefois des guerres napoléoniennes et du blocus continental. Le commerce maritime est fortement perturbé. Bordeaux fait toujours partie des soixante villes européennes les plus peuplées au début du siècle[96].
La construction du pont de Pierre débute en 1810. Elle répond notamment aux besoins militaires de l'Empire et permet de franchir la Garonne en reliant Bordeaux à la rive droite. Cependant, elle impacte d'autres chantiers importants comme la rénovation de la cathédrale Saint-André ainsi que l'activité des chantiers navals[57]. Les travaux finissent par être interrompus en 1814 suite à une violente tempête, la chute de l'Empire et l'instabilité politique qui en suivit retardant la reprise du chantier.
La Restauration et la monarchie de Juillet
modifierLe , alors que Napoléon est encore au pouvoir, le maire Jean-Baptiste Lynch remet les clés de Bordeaux au général britannique William Carr Beresford, venu prendre possession de la ville au nom des Bourbons. Bordeaux devient ainsi l'une des premières grandes villes françaises à se rallier à Louis XVIII[97],[note 2]. L'année suivante, le duc d'Angoulême Louis et la duchesse Marie-Thérèse se rendent à Bordeaux pour célébrer l'anniversaire du ralliement de la ville à la dynastie, et tentent de défendre la ville après avoir appris le retour de Napoléon Ier à Paris. Ils finissent tous deux par rejoindre Louis XVIII et la cour qui se sont exilés à Gand.
Après la défaite définitive de Napoléon Ier en 1815, Bordeaux, comme le reste de la France, a connu un retour à la monarchie avec la Restauration. Les Bourbons, restaurés sur le trône, ont tenté de redonner à la France un régime monarchique plus stable. À Bordeaux, comme dans beaucoup d'autres régions de France, la transition a été difficile. La ville a été secouée par des révoltes et des insurrections en 1820, particulièrement à cause de la répression des libéraux et des partisans d'un gouvernement constitutionnel. En 1824, le peintre espagnol Francisco de Goya s'installe dans la ville, ayant préféré l'exil après le coup de force du roi Ferdinand VII. Il finit ses jours à Bordeaux et peint de nombreux tableaux. Il meurt en 1828 et est enterré au cimetière de la Chartreuse avant que sa sépulture soit rapatriée à Madrid. Le pont de Pierre, dont la construction a commencé en 1810, est achevé en 1822 et permet de relier les deux rives de la Garonne autrement que par bateau. Le quartier de La Bastide commence à se développer, notamment avec la construction de l'entrepôt Lainé, achevé en 1824. Ces deux bâtiments sont l'œuvre de l'ingénieur Claude Deschamps, nommé inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées à Bordeaux en 1810. L'hôpital Saint-André est également entièrement reconstruit et inauguré le [53].
En 1830, après la Révolution de Juillet qui a renversé Charles X, Bordeaux a de nouveau été témoin de troubles. Cependant, avec l'arrivée de Louis-Philippe Ier au pouvoir, la Monarchie de Juillet a mis fin à de nombreux conflits, tout en permettant un certain développement économique. La ville a connu une nouvelle période de prospérité au cours de ce siècle, en grande partie grâce au renouveau du commerce maritime et à l'essor de la viticulture. Suite à la Révolution de 1848, Bordeaux est l'une des dernières villes à proclamer la République.
Bordeaux au XIXe siècle : industrialisation et essor viticole
modifierAu XIXe siècle, Bordeaux entre progressivement dans l'ère industrielle. Les activités portuaires se diversifient, tandis que la construction navale, l'agro-alimentaire, les industries textiles et mécaniques prennent de l'importance. Il faut attendre la fin du siècle pour que le taux de fécondité de la ville soit inférieur à celui des campagnes environnantes, signe de la prospérité économique de la ville[99].
Le chemin de fer renforce encore le rôle de Bordeaux comme carrefour régional et national. La ville est progressivement reliée aux grands réseaux ferroviaires français, facilitant l'acheminement des marchandises et des voyageurs. Sous le Second Empire, l'essor du tourisme balnéaire favorise les liaisons ferroviaires vers le bassin d'Arcachon[100]. Bordeaux comptera jusqu'à sept gares différentes en service, une situation rarissime en dehors de Paris[101]. Les plus connues sont la gare d'Orléans (compagnie d'Orléans) dans le quartier de La Bastide construite en 1852 (les bâtiments restant accueillent aujourd'hui un cinéma) et la gare Saint-Jean construite en 1855 sous le nom de gare du Midi (compagnie du Midi) en remplacement de la gare de Bordeaux-Ségur dont le bâtiment a été racheté par l'armée en 1863[102].
Le commerce du vin reste cependant l'un des principaux moteurs de l'économie locale. Le classement des vins de Bordeaux, réalisé à l'occasion de l'Exposition universelle de 1855, contribue à renforcer la renommée internationale des grands crus bordelais.
La ville poursuit parallèlement sa transformation urbaine. Les quais, les boulevards et les nouveaux quartiers donnent progressivement à Bordeaux le visage classique et monumental qui caractérise encore largement son centre historique. En 1858, le maire Antoine Gautier inaugure le premier système d'adduction d'eau de Bordeaux. L'eau est alors captée au Taillan, puis stockée rue Paulin dans un réservoir de 22 000 m3 avant de desservir les fontaines de la ville[103].
En septembre 1870, Léon Gambetta forme un gouvernement de la Défense nationale à Tours qui se replie en décembre à Bordeaux, très provisoirement capitale de la France. Le général Chanzy, élu député des Ardennes, rejoint début 1871 le gouvernement à Bordeaux, où il prône la poursuite de la résistance. Aux élections législatives de février 1871, Victor Hugo, est élu député républicain de la Seine, jusqu'à sa démission pour condamner l'annulation de l'élection de Giuseppe Garibaldi. En Gironde, malgré la ferveur populaire, aucun candidat républicain n'est élu. Mais même si les bonapartistes viennent en tête à ces élections, les idées républicaines progressent en Gironde. Pendant un mois, l'Assemblée nationale se réunit au Grand Théâtre avant de rejoindre Versailles[104].
Le XXe siècle : guerres, mutations économiques et modernisation
modifierLe XXe siècle est marqué par deux guerres mondiales, de profondes transformations économiques et une croissance urbaine qui modifie durablement l'organisation de l'agglomération.
Bordeaux au début du XXe siècle
modifierAu début du siècle, Bordeaux reste une grande ville portuaire et commerciale. Son économie repose notamment sur le commerce du vin, les activités portuaires, les échanges coloniaux et un tissu industriel diversifié.
La ville poursuit son développement urbain et accueille de nouvelles infrastructures. Le tramway, longtemps à traction hippomobile, est électrifié progressivement à la fin du XIXe siècle[105],[106]. Le maire Camille Cousteau inaugure la première ligne en février 1900[107]. Les transformations sociales et économiques liées à l'industrialisation modifient progressivement la structure de la population. La mortalité infantile reste élevée jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale, notamment pour cause de diarrhée (jusqu'à 40 % du total annuel)[108].
La Première Guerre mondiale
modifierPendant la Première Guerre mondiale, Bordeaux joue un rôle logistique important. Son port permet l'acheminement de marchandises et de ressources nécessaires à l'effort de guerre. La ville accueille également des réfugiés et participe à la production destinée aux armées.
Comme dans le reste de la France, la mobilisation provoque d'importantes perturbations sociales et économiques. Le départ massif des hommes vers le front modifie profondément la vie quotidienne et l'organisation du travail.
L'entre-deux-guerres
modifierAprès 1918, Bordeaux connaît une période de reconstruction et de modernisation. Le commerce portuaire reprend progressivement, tandis que la ville continue de s'étendre. Le taux de mortalité est estimé à plus de 15 ‰ à la fin des années 1920[109]. En 1925, Adrien Marquet est élu maire et sera réélu à deux reprises. Il reste en place jusqu'à la Libération.
Les années 1920 et 1930 sont également marquées par l'évolution des formes architecturales et l'apparition de réalisations inspirées notamment par l'Art déco.
Bordeaux pendant la Seconde Guerre mondiale
modifierEn juin 1940, Bordeaux devient temporairement le siège du gouvernement français. Face à l'avancée allemande, une partie des institutions de l'État et de nombreux réfugiés se replient dans la ville. C'est la troisième fois que Bordeaux devient la capitale temporaire de la France, ce qui lui vaut le surnom de « Capitale tragique »[112].
Après l'armistice, Bordeaux passe sous occupation allemande. Les troupes de la Wehrmacht s'installent dans les casernes tandis que l'administration d'occupation occupe les grands hôtels de la ville et la Kommandantur à la cité universitaire. Les frais d'aménagement, d'un montant de 2 millions de francs, sont à la charge de la commune. L'horloge de la cathédrale Saint-André est symboliquement avancée d'une heure, la ville étant désormais « à l'heure allemande »[113]. La situation géographique de Bordeaux fait de la ville une priorité pour les Allemands. Son port et ses infrastructures en font un important centre militaire et logistique pour les forces allemandes. La base sous-marine est construite entre 1941 et 1943. La population connaît les restrictions, les réquisitions et la répression politique.
La période est également marquée par la persécution des Juifs et les déportations. Maurice Papon joue un rôle important durant la période en tant que secrétaire général de la préfecture de mai 1942 à août 1944. La Résistance s'organise progressivement dans la région. 256 personnes sont fusillées au camp de Souge à Martignas-sur-Jalle de 1940 à 1944.
À la fin de l'occupation, Bordeaux est libérée en août 1944[114]. Le départ des forces allemandes s'accompagne de destructions relativement limitées par rapport à celles subies par d'autres grandes villes françaises.
Les Trente Glorieuses et la croissance urbaine
modifierAprès 1945, Bordeaux connaît une profonde transformation économique et démographique. La croissance des Trente Glorieuses entraîne la construction de nouveaux logements, l'extension des quartiers périphériques et la modernisation des infrastructures. Néanmoins, le tramway est définitivement abandonné en 1958 au profit de l'automobile[115].
L'agglomération s'étend progressivement au-delà des limites municipales et Bordeaux devient le centre d'un espace urbain de plus en plus vaste.
L'université, les secteurs aéronautique et spatial, l'industrie et les services contribuent à diversifier l'économie locale et à réduire progressivement la dépendance aux activités portuaires traditionnelles.
Les transformations de la fin du XXe siècle
modifierÀ partir des années 1970, puis plus nettement à partir des années 1980, Bordeaux connaît d'importantes mutations économiques. Le déclin relatif des activités portuaires traditionnelles entraîne une reconversion progressive des espaces situés le long de la Garonne.
L'élection d'Alain Juppé à la mairie en 1995 ouvre une nouvelle phase de transformation urbaine. La restauration du centre historique, la requalification des quais et la mise en place d'un nouveau réseau de transports publics participent au renouvellement de l'image de la ville.
Bordeaux au XXIe siècle : une métropole en transformation
modifierAu début du XXIe siècle, Bordeaux connaît une transformation urbaine, économique et démographique majeure. La ville cherche désormais à concilier la préservation d'un patrimoine exceptionnel avec la croissance métropolitaine, l'amélioration des mobilités et les enjeux environnementaux.
Le tramway et la reconquête des espaces publics
modifierLa mise en service du nouveau réseau de tramway de Bordeaux à partir de 2003 constitue l'un des principaux symboles de cette transformation. Le réseau accompagne la requalification de grandes artères et d'espaces publics et contribue à réduire progressivement la place de l'automobile dans le centre-ville[116].
La reconquête des quais de la Garonne constitue un autre projet majeur. Les anciens espaces portuaires sont transformés en promenades, jardins et espaces de loisirs, permettant à la ville de renouer avec son fleuve.
Bordeaux, Port de la Lune et patrimoine mondial
modifierEn 2007, l'UNESCO inscrit « Bordeaux, Port de la Lune » sur la liste du patrimoine mondial[117]. L'organisation souligne notamment la continuité exceptionnelle de l'évolution urbaine de Bordeaux sur plus de deux millénaires, ainsi que la cohérence de son architecture classique et néo-classique, développée en particulier à partir du XVIIIe siècle.
Cette inscription reconnaît notamment la relation étroite entre le développement urbain de Bordeaux, son activité portuaire et son rôle de capitale d'une grande région viticole.
La Cité du Vin et le développement touristique
modifierL'ouverture de la Cité du Vin en 2016 renforce le rayonnement culturel et touristique de Bordeaux. Le bâtiment devient l'un des nouveaux symboles de la ville et contribue à élargir l'offre touristique au-delà du seul patrimoine architectural. Le guide de voyage Lonely Planet désigne Bordeaux comme la ville la plus tendance du monde pour l'année 2017[118].
Le tourisme viticole se développe parallèlement dans les vignobles environnants, renforçant les liens entre Bordeaux et les territoires viticoles de la Gironde[119].
Le développement économique et métropolitain
modifierL'économie bordelaise s'est progressivement diversifiée. Aux activités historiques du vin, du commerce et du port s'ajoutent aujourd'hui l'aéronautique et le spatial, la défense, le numérique, les services, la recherche, l'enseignement supérieur et le tourisme.
Bordeaux constitue désormais le principal pôle urbain de la région Nouvelle-Aquitaine. Son développement s'inscrit dans une métropole élargie qui entretient des relations économiques étroites avec le reste du Sud-Ouest ainsi qu'avec les grands réseaux nationaux et européens. L'arrivée de la LGV à environ 2 h 4 de Paris et l'aménagement du projet Bordeaux-Euratlantique à proximité de la gare Saint-Jean illustrent le développement de la métropole.
Les défis contemporains
modifierLa croissance démographique et l'attractivité de Bordeaux s'accompagnent de nouveaux défis. La hausse des prix du logement, la pression foncière, les mobilités, les inégalités territoriales et l'adaptation au changement climatique constituent désormais des enjeux majeurs[120].
La métropole développe parallèlement des politiques en faveur des transports collectifs, du vélo, de la végétalisation et de la réduction de la place de la voiture[121]. Pour désengorger le tramway, le projet de métro, abandonné définitivement en 1994, est souvent relancé par ses partisans. Une étude d'opportunité et de faisabilité est demandée par Bordeaux Métropole en septembre 2023, mais les résultats de l'étude sont peu concluants[122],[123]. Elle est interrompue par le changement de majorité métropolitaine après les élections municipales de 2026[124]. La transformation des quartiers de la rive droite et des anciens espaces industriels participe également à cette recomposition urbaine.
Une ville entre patrimoine et modernité
modifierL'histoire de Bordeaux se caractérise ainsi par une remarquable continuité. Depuis l'agglomération protohistorique installée sur les rives de la Garonne jusqu'à la métropole contemporaine, la ville a constamment tiré parti de sa position à l'interface entre l'intérieur des terres et l'Atlantique.
Son développement repose successivement sur les échanges protohistoriques, le rôle administratif de Burdigala, le commerce médiéval du vin, l'expansion portuaire de l'époque moderne, le commerce atlantique et colonial, puis la diversification économique contemporaine.
Cette succession de fonctions explique en grande partie la richesse du paysage urbain bordelais. Le plan de la ville conserve les traces de ses différentes phases de développement, depuis les structures antiques jusqu'aux grands aménagements des XVIIIe et XIXe siècles et aux transformations contemporaines.
La singularité de Bordeaux réside ainsi dans la superposition de ces héritages et dans la permanence d'une même relation entre la ville, le fleuve, le port et les réseaux commerciaux. C'est cette continuité historique, autant que la qualité de son patrimoine architectural, qui a contribué à la reconnaissance de « Bordeaux, Port de la Lune », comme patrimoine mondial.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Jusqu'en 1793, la place Gambetta s'appelait la place Dauphine. Elle prend son nom actuel en janvier 1883, un mois après la mort de Léon Gambetta, en hommage au chef républicain.
- ↑ Une partie des quais de Bordeaux est aujourd'hui nommée en son honneur.
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Port de Bordeaux
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Bordeaux contemporain
modifierBordeaux sous Alain Juppé
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Agglomération et métropolisation
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Patrimoine, représentations et identité de Bordeaux
modifierPatrimoine urbain et architectural
modifier- Jacques Sargos, Bordeaux au temps du « Port de la Lune » : art & histoire, Bordeaux, L'horizon chimérique, , 319 p. (ISBN 978-2-907202-71-8).
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Héraldique et emblèmes
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Criminalité et histoire sociale
modifier- Olivier Gerbouin, Marie-Christine Saux et Catherine Jolivel, « Histoire de l'hôpital Saint-André, de sa pharmacie et des apothicaires bordelais », Revue d'histoire de la pharmacie, no 312 « Actes du XXXIe Congrès International d'Histoire de la Pharmacie (Paris, 25-29 septembre 1995) », , p. 113-118 (ISSN 0035-2349, e-ISSN 1775-3864, DOI 10.3406/pharm.1996.6169
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, consulté le ). - Daniel Salmon, Bordeaux criminel (-), Bordeaux, Le Festin, coll. « Petites mythologies », , 132 p. (ISBN 978-2-36062-310-5).