La Carapate

film français

La Carapate est un film comique français réalisé par Gérard Oury et sorti en 1978.

La Carapate
Description de l'image La Carapate Logo.png.
Réalisation Gérard Oury
Scénario Gérard Oury
Danièle Thompson
Acteurs principaux Pierre Richard
Victor Lanoux
Sociétés de production Gaumont
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Comédie
Durée 105 minutes
Sortie 1978

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Quelques années après Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), le réalisateur, passé par des projets inaboutis et l'échec d'une pièce de théâtre, trouve une nouvelle vedette comique en Pierre Richard, assorti de Victor Lanoux. Le film raconte la cavale burlesque d'un condamné à mort évadé (incarné par Victor Lanoux) et de son avocat (campé par Pierre Richard), pris malgré lui dans une fuite à travers la France, tandis que les autorités les pourchassent, dans le désordre des événements de mai 1968. Le duo en tête d'affiche, qui existait déjà au cabaret à leurs débuts, est entouré notamment de Raymond Bussières, Jean-Pierre Darras et Yvonne Gaudeau.

Oury coécrit le scénario avec sa fille Danièle Thompson. Il renoue pour la production avec Alain Poiré de la Gaumont. Ce dernier refuse le titre Y a pas de mai ! au départ envisagé par Oury. Le tournage se déroule au printemps 1978 autour de Paris et en Bourgogne. Dix ans seulement après la période évoquée, alors que les tensions politiques demeurent, les scènes de barricades sont reconstituées en studios plutôt qu'en ville, la police craignant de déclencher de nouvelles émeutes.

La Carapate, sorti en salles en , rassemble près de trois millions de spectateurs, un bon succès mais en déça des précédents triomphes au box-office de Gérard Oury. La critique, dans l'ensemble positive, salue l'efficacité comique du film mais se divise sur l'utilisation de « mai 68 » comme cadre de l'intrigue. Pierre Richard et Gérard Oury enchaînent avec Le Coup du parapluie (1980).

Synopsis

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En , Jean-Philippe Duroc, un avocat taxé de gauchisme, rend visite à Lyon à son client, Martial Gaulard, condamné à mort pour un meurtre qu'il n'a pas commis. À ce moment, une mutinerie éclate à la prison. Gaulard en profite et, subtilisant les habits de son avocat, parvient à s'échapper. La police est persuadée que Duroc a contribué à l'évasion et les deux hommes sont alors recherchés par toutes les polices de France. Dans la confusion des grèves, pénuries et manifestations de mai 68, l'avocat et son client traversent la France dans l'espoir d'obtenir la grâce présidentielle auprès du général de Gaulle.

Fiche technique

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Distribution

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Non-crédités

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Production

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Genèse et développement

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Malgré le triomphe de Rabbi Jacob, Gérard Oury passe quatre ans sans tourner de film.

En 1975, le réalisateur Gérard Oury doit abandonner sa comédie Le Crocodile lorsque Louis de Funès, prévu dans le rôle principal, subit deux infarctus successifs quelques semaines avant le tournage[1]. Son acteur fétiche n'étant plus en état de jouer dans un tel film, Oury est contraint de laisser de côté ce projet sur lequel il avait travaillé pendant deux ans avec sa fille coscénariste Danièle Thompson[1]. C'est sur ce triste accident qu'Oury achève sa collaboration avec Louis de Funès, après Le Corniaud (1965), La Grande Vadrouille (1966), La Folie des grandeurs (1971) et Les Aventures de Rabbi Jacob (1973)[1].

Oury prépare ensuite un polar comique avec Lino Ventura, bon ami qu'il espère diriger depuis longtemps[2],[1]. Ventura doit camper un chef d'orchestre français « embarqué dans une dramatique aventure » à New York et contraint à s'associer avec un policier américain pour sortir des ennuis[2]. Intitulé L'Entourloupe, le film doit être une coproduction franco-américaine, avec comme obligation d'avoir un acteur bankable pour le policier américain — le rôle est proposé à Al Pacino, Sylvester Stallone, Elliott Gould ou encore Jack Nicholson[3],[1]. Ce deuxième projet n'aboutit non plus à rien[1]. Gérard Oury se consacre alors à écrire et mettre en scène une pièce de théâtre, Arrête ton cinéma, qui essuie un cuisant échec critique et public en 1977[3],[1].

Après l'abandon du Crocodile et un échec subi au théâtre, Gérard Oury trouve une nouvelle vedette en Pierre Richard.

Après quatre années mouvementées et riches en déceptions depuis le triomphe des Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury se remet au cinéma[1]. À l'approche des dix ans des événements de mai 68, il se penche avec Danièle Thompson sur une comédie prenant place dans ce contexte, intitulée Y a pas de mai !, jeu de mots avec l'expression populaire « y'a pas de mais ! »[4],[5]. Oury n'avait suivi la période que de loin, étant alors trop préoccupé par ses répercussions sur Le Cerveau, au tournage bloqué ; il avait seulement assisté à des rassemblements de professionnels, les États généraux du cinéma français[4],[5]. Toujours à la recherche d'un interprète populaire, vecteur de public, et privé de Louis de Funès, Gérard Oury se renouvelle avec l'une des principales vedettes comiques de la nouvelle génération : Pierre Richard, auréolé de succès depuis le début de la décennie[4],[6]. Pour la production, après Bertrand Javal des Films Pomereu pour Rabbi Jacob et Le Crocodile, Oury revient auprès de son grand ami Alain Poiré de la Gaumont, déjà derrière ses premières réalisations et La Folie des grandeurs[5].

Attribution des rôles

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Tête d'affiche, Pierre Richard est alors parmi les comiques les plus populaires en France avec les Charlots et Jean Yanne, un champion du box-office depuis que Louis de Funès ne tourne plus[4],[6]. Oury s'attache aux comédiens les plus bankables de son temps pour pouvoir bâtir ses superproductions comiques[6]. Pour le rôle de l'avocat, les scénaristes s'appuient sur le caractère construit de film en film par Richard, tout en intégrant leur touche[7]. Selon le critique Mickaël Lanoye, il y aurait ainsi « deux Pierre Richard » : « le personnage gauche, maladroit et timide, poétique, doux rêveur, au cœur de duos improbables » dans ses propres réalisations ou les films d'Yves Robert, Francis Veber et Claude Zidi, et « un « autre » Pierre Richard. Dynamique, rebondissant, bavard, utilisant avec malice son physique de grand escogriffe » dans les deux films de Gérard Oury[8]. Par ailleurs, Richard avait déjà vaguement évoqué la période de Mai 68 dans son film Je suis timide mais je me soigne (1978).

Photo d'un homme moustachu avec un col largement ouvert.
Non sans heurts, Patrick Dewaere démissionne du rôle du prisonnier évadé.

Face au « grand blond », le rôle du taulard Martial Gaulard est prévu pour Patrick Dewaere, acteur au parcours prometteur depuis sa révélation dans Les Valseuses (1974) et sa consécration récente dans Le Juge Fayard dit « le Shériff » (1977)[4],[5]. Dewaere est au départ séduit d'être choisi par un réalisateur et un acteur à succès[9],[4]. Signe de son ascension, il reçoit pour la première fois une avance en s'engageant dans le projet, comme toutes les vedettes sur lesquelles des films sont bâtis[9]. Oury est néanmoins décontenancé par son attitude désinvolte et négligée lors d'un déjeuner de travail[5].

Dewaere est finalement déçu par le scénario et ne se voit pas tourner ce genre de film[4]. Selon lui, le moment historique qu'est est trop traité sous forme de gags, un élément de comique qu'il qualifie de « cinéma de papa »[10]. Il déclare à la presse : « Il n'a pas été écrit pour moi, il a été écrit, un point c'est tout. Admettons que je respecte la signature du contrat, qu'est-ce que ça donnera à la sortie ? Un bide, un navet. Le public sent bien si les acteurs croient à ce qu'ils jouent »[4]. Le réalisateur et le producteur Alain Poiré s'opposent, furieux, à la décision de l'acteur puis son agent Serge Rousseau parvient à négocier une sortie à l'amiable, amenant Dewaere à verser un dédommagement[4],[9]. L'épisode affecte la notoriété de Dewaere qui commence à avoir dans le métier une réputation de « casse-pieds »[11]. Le remboursement de l'avance et l'annulation de plusieurs projets le poussent à accepter de tourner davantage de films ultérieurement[9].

Pierre Richard renoue avec Victor Lanoux, son ancien duettiste à leurs débuts sur scène dans les années 1960.

Oury attribue alors le rôle à Victor Lanoux, sans savoir qu'il formait avec Pierre Richard un duo d'humoristes sur scène à leurs débuts dans les années 1960[4],[5]. Entretemps, Lanoux s'est établi une notoriété certaine avec Cousin, Cousine (1975), d'ailleurs scénarisé par Danièle Thompson, et le dyptique d'Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément (1976) / Nous irons tous au paradis (1977). Les deux anciens duettistes n'avaient jamais encore partagé l'affiche ensemble. Lanoux était seulement apparu aux côtés de Pierre Richard dans Je sais rien, mais je dirai tout (1973), réalisé par ce dernier, brièvement dans le petit rôle d'un ouvrier peintre s'efforçant vainement d'apprendre à Pierre Richard les rudiments de la tâche à accomplir.

À côté des personnages de l'avocat et du truand, Oury et Thompson inventent avec plaisir un riche couple de fuyards affolés par les évènements, reflétant un véritable phénomène d'exil de certaines personnes fortunées, parties à l'étranger avec leurs tableaux, bijoux, lingots ou argent de peur d'être spoliés par la « révolution » ; ils les baptisent d'abord les Panicard, puis, jugeant le nom trop appuyé, optent pour Panivaux[7]. Ils sont incarnés par Jean-Pierre Darras et Yvonne Gaudeau[7].

Parmi les rôles secondaires figurent de futurs spécialistes du doublage comme Jacques Frantz (voix de Robert De Niro et Mel Gibson), Blanche Ravalec (voix de Frances Fisher et Marcia Cross), Claude Brosset (voix de Robert Duvall) ou encore Patrick Floersheim (voix de Michael Douglas et Robin Williams).

Tournage

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Le tournage de La Carapate, encore nommé Y a pas de mai !, commence le [12]. Il se déroule à Paris, Viroflay, Auxerre, Lyon, Dijon, Versailles, Chiroubles[4],[12]. Pour des raisons de logistiques, certaines scènes ont été tournées à Dreux[13].

L'évasion de Gaulard de sa prison de Lyon est tournée en partie à la prison de Fresnes en banlieue parisienne et, pour les scènes de violence, en studios[14]. À Fresnes, les prises de vues ont lieu au milieu des allées et venues des détenus, escortés par leurs gardiens[14]. Les prisonniers scrutent avec curiosité le tournage[14]. Le , Oury filme un plan complexe : « nous avons monté un travelling long, compliqué, avec plusieurs places d'arrêt et pour les comédiens une tartine de texte à débiter. La caméra précède Pierre Richard et Christian Bouillette (le gardien-chef). Et là soudain plus rien ne fonctionne : le chariot-travelling déraille, la caméra déconne, le point est flou et comme toujours dans ces cas-là, énervés, les comédiens se mettent à leur tour à bafouiller. Nous appelons cela le plan maudit. Il y en a un dans chaque film. Je reprends deux, cinq, dix, quinze fois sous l'œil lassé de nos spectateurs. À la vingtième prise, enfin ça colle et je demande à ma scripte de tirer la dernière. Dans le hall de la prison, tout se remet en branle. C'est alors que regagnant sa cellule, un détenu qui a assisté au tournage, s'arrête près de Pierre Richard, lui tape sur l'épaule : « Eh ben, mon vieux, je préfère être à ma place qu'à la tienne ! »[14]. »

Les scènes de barricades parisiennes de mai 68 sont reconstituées, mêlées aux rares images d'archives en couleurs disponibles[4],[5]. À peine dix ans après les évènements, les autorités s'opposent à filmer les affrontements sur place au Quartier latin, de peur de relancer de donner envie aux jeunes de relancer l'émeute : « il suffirait d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres »[4],[5]. Lors de la préproduction, il est prévu de reconstituer ces scènes dans des rues similaires du 17e arrondissement de Paris : Gérard Oury détaille alors à la presse que « ces barricades pour le confort de chacun, nous les reconstituerons du côté du boulevard Pereire. Cela donnera beaucoup de travail car nous devons nous arranger avec les commerçants pour que leurs boutiques s'identifient à celles des environs de l'Odéon »[4],[15]. Le préfet de police Pierre Somveille demeure inquiet de tourner en pleine ville[4]. Face à l'avis des autorités, les décors sont finalement reproduits aux studios d'Épinay par Jean André[4],[5]. Oury décrit : « entre la cour des studios et son grand plateau, ouverts l'un sur l'autre, [sont érigés] bistros, magasins, rues du 6e arrondissement de Paris. Tout pivote autour d'une barricade dressée au carrefour Mabillon. Station de métro en trompe-l'œil, carcasses de bagnoles brûlant au gaz butane, façades d'immeubles plaquées contre les murs du studio », le tout étant de toute façon filmé de nuit[16].

Le préfet de police met tout de même à disposition d'Oury plusieurs véhicules anti-émeutes ainsi que la salle de télésurveillance de la police, dotée de cinquante écrans reliés à des caméras situées aux points cruciaux de Paris et d'une centaine de pupitres avec téléphones reliés aux commissariats et voitures en patrouille, un décor qui aurait coûté une fortune à recréer[4],[16].

Bien que filmées en studios, les scènes d'affrontements du Quartier latin sont jouées avec de véritables gendarmes mobiles du camp de Satory[4],[5]. À l'inverse de cette authenticité, Oury est moins impressionné par la poignée de figurants grimée en CRS, dans des uniformes de chez Traonouez, le loueur de costumes du cinéma français[16]. Les étudiants engagés dans la figuration pour incarner leurs prédécesseurs de mai 68 vont se déchaîner sur les forces de l'ordres, vraies ou fausses, en face d'eux[4],[5] :

« Les accessoiristes distribuent aux jeunes, masqués, casqués, (…) les pavés de caoutchouc qu'ils devront balancer sur les forces de l'ordre. (…) Je crie « Partez ! » Manifestants et forces de l'ordre sont face à face. Les premiers reculent, les autres avancent. Je crie « Pavés ! » Comme flèches à la bataille d'Azincourt, des centaines de pavés s'abattent sur les gendarmes mobiles, ahuris par la dégelée qui leur tombe sur la gueule. Ils reculent mais en bon ordre. Ce n'était pas prévu mais fait très bien. Soudain un pavé atterrit lourdement à mes pieds. Je le ramasse. Il est bourré de pierres ! Mes étudiants ont rempli les pavés de caoutchouc de tout ce qu'ils ont pu trouver de dur : boulons, cailloux et ils attaquent vraiment ce qui de loin ou de près ressemble à un flic. Les gendarmes réagissent comme on leur a appris, durement mais sans excès. Exactement ce que je voulais sans avoir osé le demander. Je filme avec délectation accrochages, pugilats. »

 Gérard Oury, 1988[4],[16].

Après cette prise, le pantalon de Pierre Richard s'enflamme puis Oury, en tentant de l'aider, se transperce le pied avec un tesson de bouteille[5]. Le réalisateur surpasse ainsi la maladresse proverbiale de son acteur[5]. Riant de leurs malchances respectives sur le plateau, Gérard Oury et Pierre Richard amorcent une excellente entente (ensuite approfondie avec Le Coup du parapluie)[5]. Quelque temps après, le , en plein tournage, un énorme incendie accidentel se déclare sur l'un des plateaux voisins de Y'a pas de mai !, détruisant les décors en préparation pour le James Bond Moonraker : la confusion règne entre les authentiques pompiers et forces de l'ordre venus pour l'incendie et les faux CRS et pompiers du film[4].

Rémy Julienne règle les cascades du film et en effectue certaines[4]. Il réalise notamment des têtes à queue, avenue de Marigny à Paris avec la Rolls-Royce et à Versailles avec un car de police[4]. L'accident-fleuve provoqué par le strip-tease de Katia Tchenko est filmé à La Celle-Saint-Cloud et requiert trois nuits de tournage[4]. À propos de cette scène spectaculaire où les véhicules s'empilent les uns sur les autres, Julienne explique : « La principale difficulté pour moi consiste à escalader en pleine vitesse une Simca Aronde conduite par Jean Ragnotti qui vient de s'encastrer dans une caravane, et à me retrouver en équilibre sur le toit de cette dernière. La caravane laisse voir une bobonne assez surprise de se retrouver dans cette situation. Cette actrice a un cœur peu commun : quand Jean défonce au centimètre près la caravane, elle continue de jouer comme si de rien n'était »[4],[17]. La disparition du studio voisin dans l'incendie est un problème pour une cascade puisque ce bâtiment devait être le point de départ d'un saut à moto de Gaulard, doublé par Dominique Julienne, fils de Rémy ; le coordinateur des cascades raconte : « L'aire d'évolution est trop courte. L'élan nécessaire, malgré la puissance de la Yamaha, nous oblige à raccourcir la distance pour se poser. Et l'affaire n'est pas simple, à 70 km/h par-dessus des CRS en bagarre avec des étudiants, dans la fumée des explosions. Nous résoudrons le problème en utilisant une réception en boîtes de carton du même type que celles utilisées par les cascadeurs pour sauter de quinze mètres de hauteur »[4],[17].

Bande originale

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Philippe-Gérard compose la bande originale de La Carapate[5]. Ce compositeur de chansons à succès pour Édith Piaf, Yves Montand ou encore Juliette Gréco, également auteur d'une quinzaine de musiques de films, avait vécu avec Gérard Oury l'exil lors de la Seconde Guerre mondiale, en Suisse[5]. C'est un des rares films de l'époque avec Pierre Richard dont la musique n'est pas composée par Vladimir Cosma (qui avait d'ailleurs mis en musique le précédent film d'Oury).

Exploitation et accueil

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Sortie et promotion

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Contre la volonté de Gérard Oury, Y a pas de mai ! est retitré La Carapate sur insistance du producteur[4]. Oury se lamente a posteriori : « Je persiste à croire que Y a pas de mai ! était plus original, plus poétique que La Carapate. Toujours, distributeurs et exploitants se réfèrent aux succès passés et « Carapate » évoque « Vadrouille ». Il faut s'entêter, se bagarrer et comme il est nécessaire de se battre pour tout, on fatigue et on lâche »[4]. Le film, sorti en salles le , réunit 121 089 entrées en première semaine dans les salles de première exclusivité à Paris et sa périphérie, soit plus de deux millions de francs de recettes[18]. Il est aussi en tête à sa sortie dans les principales villes de province[18]. La Carapate totalise 2 923 257 entrées, dont 700 121 entrées à Paris[18],[19]. C'est un gros succès mais marquant une perte de vitesse d'Oury en comparaison avec ses précédents films (cinq ans auparavant, Les Aventures de Rabbi Jacob culminait à sept millions d'entrées)[19],[5].

Accueil critique

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La Carapate reçoit un bon accueil de la critique, saluant son efficacité comique[18]. Le film divise surtout pour sa mise en scène de mai 68, les uns l'accusant de velléités anarchistes, les autres d'une vision réactionnaire[18]. Le Nouvel Observateur est surpris par ce ton rebelle dans une comédie grand public d'un auteur plutôt sage : « Prisons en révolte, barricades, de Gaulle sur le départ pour Baden-Baden : faire rire de Mai-68 le public bourgeois auquel est destiné le film n'est pas un des moindres mérites de Gérard Oury. On criera au sacrilège, à la caricature, à la démagogie. Il n'empêche que la jubilation dont fait preuve l'auteur en brûlant des Rolls a quelque chose d'anar. Le drapeau noir flotte sur ce « burlesque » : qui l'eût cru ? »[18].

« La Carapate n'évite pas la vulgarité, mais c'est son humeur démagogique qui est le plus insupportable. L'auteur se flatte d'avoir eu l'audace de choisir Mai 68 pour toile de fond et d'évoquer, en mettant en scène les tribulations d'un avocat “gauchistes” et de son client, les récents exploits de Mesrine. On devine que ces choix ne lui suggèrent guère de réflexions inédites. Pour lui, les barricades de Mai 68 n'ont été qu'un joyeux chahut ; les gauchistes ne sont que des farfelus généreux mais naturellement irresponsables. On peut les considérer d'un œil bienveillant tout en haussant les épaules. En revanche, il convient de casser du grand et du petit-bourgeois tant qu'on veut. Côté avenue Foch et côté pavillon de banlieue, c'est le même jeu de massacre. Partant, nos sympathies sont évidemment canalisées vers le truand en cavale, Victor Lanoux, le baroudeur, ancien d'Indochine qui n'a pourtant rien d'un Robin des bois mais qui représente l'essentiel de la pensée libertaire de Gérard Oury, dangereux anarchiste. Décidément La Carapate n'est pas drôle. »

 Michel Perez, Le Matin de Paris, [18].

Des titres de la presse de droite reconnaissent et apprécient que mai 68 ne soit qu'un cadre historique propice aux gags[18]. Minute comprend que « si La Carapate se déroule pendant la chienlit de mai 68, c'est sans arrière-pensée politique. C'est simplement parce que pendant cette période, la pagaille était si grandiose que tout était possible »[18]. Pierre Billard dans Le Point rélève : « une idée très forte de Gérard Oury consiste à installer ses gags aux confins de la tragédie. A chaque instant, il risque de sombrer dans le ridicule ou l'odieux. Un effet raté, et l'on changerait de film : quand l'effet est réussi, il est doublement efficace. […] La Carapate se situe durant les événements de Mai 68 et tourne autour de la grâce d'un condamné à mort. On rit donc, et d'autant plus fort qu'on frôle sans cesse le drame national et la péripétie historique »[18].

À l'opposé, certains journalistes espéraient une comédie plus politique et sont déçus de ne voir le moment historique que comme un simple décor, tel Jean-Paul Grousset dans Le Canard enchaîné : « Mai 68 peut inspirer un film drôle. Sans aller jusqu'à faire rire aux larmes avec des grenades lacrymogènes, un cinéaste intelligent et sensible peut opposer une charge féroce aux assauts des CRS et montrer l'humour-amer des barricades. Gérard Oury, lui, a voulu distraire sans arrière-pensée. Et même sans pensée du tout »[18]. Quels que soient les clivages politiques, le film est vu par tous comme une dénonciation de l'ensemble de la classe politique, en montrant des bourgeois en fuite écrasés, un pouvoir démissionnaire et des « gauchistes » ridicules, seul l'évadé semblant au-dessus de tout ça, perçu selon les camps comme anarchiste de droite ou libertaire de gauche[18].

L'Humanité juge le film plus conservateur, un aspect selon le critique inhérent à tous les films d'Oury, défendant l'ordre et la mise au ban des marginaux : « De La Grande Vadrouille à La Carapate, l'inspiration de Gérard Oury n'a guère évolué. Elle relève toujours du même esprit « poujadiste », quelles que soient les variantes intervenant aux plans du scénario, des lieux de l'action, des personnages et des comédiens chargés de les interpréter. […] Lorsque l'imagination s'épuise, il suffit de les séparer par un artifice, et l'on voit alors le « bon » reprendre sa place parmi les « bons », c'est-à-dire réintégrant la société des gens « normaux » et de l'ordre, tandis que le « méchant » (que l'on ne peut plus désormais liquider, car il a cultivé quelques côtés sympathiques au contact du « bon ») s'éloigne après avoir accompli sa dernière bonne action »[18].

Postérité

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Gérard Oury retrouve Pierre Richard deux ans plus tard dans Le Coup du parapluie, au résultat commercial proche[5]. Oury aurait aimé reconduire le duo Richard-Lanoux dans ce second film mais le scénario ne s'y prêtait pas[20]. La Carapate est ensuite régulièrement programmé à la télévision française avec dix-neuf diffusions entre les années 1980 et 2020[18].

Autour du film

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  • Le , Albert Spaggiari, cerveau auto-proclamé du "gang des égoutiers" (Le casse de Nice, les 16, 17 et ), s'évade du Palais de Justice de Nice, en sautant par la fenêtre du bureau du Juge d'instruction, sur le toit d'une voiture en stationnement et s'enfuit à moto avec un complice. Une scène semblable clôt le film, tourné à la même époque. Qui a inspiré qui ? La quasi-simultanéité du tournage et de l'évasion réelle conforte Oscar Wilde : "La vie imite l'art bien plus que l'art n'imite la vie".
  • La Rolls-Royce du couple Paniveaux n'en est pas une : bien qu'affublée de la calandre emblématique de la marque ainsi que du Spirit of Ectasy, le capot latéral séparé en deux parties est caractéristique de la Bentley R Type, qui partage une base de conception commune avec la Rolls-Royce Silver Wraith, modèle représenté dans le film.

Clins d'œil

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Le film rappelle parfois des éléments du Corniaud. Lorsque Duroc klaxonne après Gaulard avec le camion, le klaxon se bloque et sonne jusqu'à ce que l'avocat parvienne à l'arrêter. Le couple de bourgeois cache toute sa fortune en lingots sous sa Rolls Royce, ce qui n'est pas sans rappeler la Cadillac truffée de marchandises volées ou illicites.

Le film fait également un clin d’œil à Harpo Marx, un des Marx Brothers[21]. Martial Gaulard affuble Jean-Philippe Duroc des habits trouvés sur un épouvantail. Il commente : « C'est marrant, tu me rappelles quelqu'un, je ne sais pas qui, dis donc. » L'avocat imite alors le célèbre acteur américain[5].

Erreurs

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Contradiction

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  • Duroc fils, Duroc père et Martial Gaulard abandonnent à Auxerre leur Rolls volée, parce que son réservoir ne contient presque plus d'essence. Or une grève des cheminots les empêche de gagner Paris en train. Le lendemain, alors qu'ils n'ont eu aucun moyen de faire le plein, les trois hommes repartent dans la Rolls et roulent jusqu'à Paris sans tomber en panne d'essence.

Anachronismes

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Alors que le film se passe en , plusieurs anachronismes avec des véhicules y apparaissant peuvent être remarqués :

  • Le modèle Fiat 125S n'est sorti au Salon de Turin qu'à l'automne 1968.
  • La moto que vole Martial Gaulard à la fin du film est une Yamaha 500 SR, sortie en 1978 ; à côté se trouve une autre Yamaha, la 500 XT, sortie elle en 1976.
  • Le modèle de tracteur Massey Ferguson dans la cour de la ferme n'est sorti que vers 1976.
  • La locomotive diesel BB 67306, de la famille des BB 67300, arrivant en gare d'Auxerre-Saint-Gervais était bien sortie en 1968. Mais son aspect général dans le film est celui après sa grande révision générale intervenue bien après 1968. Autre anachronisme, ce train qui entre en gare d'Auxerre aurait dû être numéroté 5017 lors de l'annonce au haut-parleur au lieu de 1017 puisque le chiffre 1 correspond à l'ancienne région Est de la SNCF et le 5 à la région Sud-Est.
  • Les engins de la Gendarmerie nationale sont de couleur bleu vif seulement après 1974 (et ne sont plus en noir depuis les années 50)[22], dont l'hélicoptère Alouette 2 lors de la scène avec le camion.
  • Dans une scène se déroulant avenue Foch, on aperçoit une Renault 5, voiture sortie en 1972.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Thompson et Lavoignat 2019, p. 143.
  2. 1 2 Oury 1988, p. 287.
  3. 1 2 Oury 1988, p. 290.
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 Philippe Lombard, « La Carapate (1978) », Histoires de tournages, sur devildead.com, (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 Thompson et Lavoignat 2019, p. 147.
  6. 1 2 3 Thompson et Lavoignat 2019, p. 144.
  7. 1 2 3 Thompson et Lavoignat 2019, p. 146.
  8. Mickaël Lanoye, « Test Blu-ray : Le Coup du parapluie », sur critique-film.fr, (consulté le ).
  9. 1 2 3 4 Marc Esposito, « Il était une fois Patrick Dewaere », Studio Magazine, no 28 « Spécial Patrick Dewaere », , p. 54-73 (lire en ligne).
  10. [vidéo] « « Gros Plan : Patrick Dewaere », Archives de la RTS, . », sur YouTube
  11. Durant 2012, p. 16.
  12. 1 2 La Carapate sur le site Ciné-Ressources (Cinémathèque française)
  13. Histoires drouaises, « Quand Dreux faisait du cinéma », (consulté le )
  14. 1 2 3 4 Oury 1988, p. 280.
  15. Gérard Oury dans Le Figaro du .
  16. 1 2 3 4 Oury 1988, p. 278.
  17. 1 2 Rémy Julienne, Silence… on casse !, Paris, Flammarion, , 259 p. (ISBN 2080650211)
  18. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Valgalier 2020.
  19. 1 2 « Gérard Oury, résultats France », sur jpbox-office.com (consulté le ).
  20. Oury 1988, p. 286.
  21. Clin d’oeil à Harpo Marx
  22. "Tout savoir sur les plaques et les couleurs de la Gendarmerie", L'Argus, 13 juillet 2020

Voir aussi

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Documentaire

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  • Don't forget the joie de vivre, documentaire sur la création du film, réalisé par Jérémie Imbert et Yann Marchet, Gaumont Vidéo, 19 minutes, 2005, supplément des éditions vidéo.
    Intervenants : Gérard Oury (images d'archives), Pierre Richard, Victor Lanoux, Danièle Thompson, Yvon Crenn.

Liens externes

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