Les Linguistes atterrées

collectif de linguistes formé en 2023

Les Linguistes atterrées[a] est un collectif de linguistes francophones formé en . D'abord auteurs d'un ouvrage collectif intitulé Le français va très bien, merci publié dans la collection « Tracts » (no 49) de Gallimard, le collectif se structure aussi en une association nommée Tract des linguistes (TDL).

Les linguistes atterrées
Histoire
Fondation
Cadre
Type
Collectif, groupe d'humainsVoir et modifier les données sur Wikidata
Domaines d'activité
Pays
Organisation
Membres
200Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web

Le collectif publie par la suite des tribunes dans la presse et participe à des débats dans les médias et espaces publics.

Membres fondateurs

modifier

Le nom du collectif est explicité sur la quatrième de couverture du tract comme faisant référence au fait d'être « proprement atterrées par l'ampleur de la diffusion d'idées fausses sur la langue française »[1],[2]. C'est aussi une référence au collectif des économistes atterrés[3].

Les signataires du tract sont[1],[4],[5] :

Association Tract des linguistes

modifier

L'association Tract des linguistes (TDL) est déclarée le à la préfecture de police de Paris et a son siège social au Laboratoire de linguistique formelle (LLF), une unité mixte de recherche du CNRS et de l'université Paris-Cité, au 8 rue Albert-Einstein dans le 13e arrondissement[6],[7]. Elle affiche comme objet notamment d'« organiser des rencontres et débats grand public autour des recherches en sciences du langage et d'organiser des formations aux médias et à la vulgarisation scientifique à destination des spécialistes ou futures spécialistes en sciences du langage » et de « prévoir un espace de publication ou de promotion pour les travaux de diffusion en sciences du langage »[8].

Publications

modifier

Le français va très bien, merci

modifier
Le français va très bien, merci
Langue
Auteur
Les linguistes atterréesVoir et modifier les données sur Wikidata
Sujets
Date de parution
Publié dans
Nombre de pages
64Voir et modifier les données sur Wikidata
ISBN 13
978-2-07-303669-8
978-2-07-303671-1
978-2-07-303673-5Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web

Comme l'indique un nota bene concluant l'introduction, la rédaction du tract est effectuée en respectant les rectifications orthographiques de , l'accord de proximité et l'invariabilité du participe passé des verbes conjugués avec avoir.

Sommaire

modifier

Après une introduction intitulée « Décrire ou prescrire », le tract entend dénoncer dix idées reçues[4] :

  1. Le français n'est plus « la langue de Molière »
  2. Le français n'appartient pas à la France
  3. Le français n'est pas « envahi » par l'anglais
  4. Le français n'est pas règlementé par l'Académie française
  5. Le français n'a pas une orthographe parfaite
  6. L'écriture numérique n'@bime pas le français
  7. Le français parlé n'est pas déficient
  8. Le français n'est pas « massacré » par les jeunes, les provinciaux, les pauvres ou les Belges
  9. Le français n'est pas en « péril » face à l'extension du féminin
  10. Linguiste, c'est un métier

Réception du tract

modifier

Le français va très bien, merci reçoit un bon accueil du public et se place dans les meilleures ventes de la collection « Tracts » de Gallimard[9],[10]. Les médias et différentes associations consacrées à la langue ont réagi en saluant ou dépréciant le tract.

Du côté positif, à la parution du tract, l'écrivain et universitaire québécois Benoît Melançon parle d'une « invitation bienvenue à respirer par le nez » qui « prend la forme de propositions brièvement exposées, appuyées sur des recherches récentes, des considérations sur l'évolution normale des langues et des comparaisons avec d'autres langues »[11]. La linguiste Laurence Rosier, dans La Revue nouvelle  revue belge d'analyse sociopolitique , salue un tract « incisif et inspirant » mais considère que le texte aurait pu aller plus loin pour tenir compte des discours puristes omniprésents et anciens, pour sortir de ce qu'elle appelle une impasse en enseignant autrement et « rêvant la langue »[3]. Le Café pédagogique se réjouit des « propositions vivifiantes, en particulier pour l'enseignement du français »[12]. Nicolas Ancion dans ActuaLitté en le décrit comme « un plaidoyer qui ravive le plaisir de parler, d'écouter et d'écrire », « stimulant de bout en bout », « plein de bon sens »[13]. Martin Winckler reprend à son compte les arguments du tract en dans Au pays du mépris[14].

Du côté dépréciatif, Jean Pruvost, lexicologue et candidat régulier à l'Académie française[15],[16],[17], institution à laquelle le tract s'oppose, répond en par une tribune intitulée Le français ne va pas si bien, hélas publiée dans Le Figaro[18]. En , l'association Avenir de la langue française publie sur son site web trois réponses au tract[19]. En , Jean-Paul Brighelli critique le tract avec virulence dans Causeur[20]. Bruno Dewaele porte également un regard critique sur le collectif dans le numéro de Lire de -[21]. En , Lionel Meney publie La sociolinguistique entre science et idéologie : une réponse aux Linguistes atterrées[22] ; Philippe Blanchet donne un compte-rendu critique de l'ouvrage de Meney, sans pour autant se considérer comme un soutien des Linguistes atterrées[23].

Le Cahier d'activités des linguistes atterrées

modifier
Le Cahier d'activités des linguistes atterrées
Date
(vol. 1)
(vol. 2)
Lieu
Paris
Éditeur
Nombre de pages
80 (vol. 1)
80 (vol. 2)
ISBN 13
Site web

En , le collectif sort un cahier d'activités s'inscrivant dans l'esprit du tract, destiné à jouer avec la « diversité » et la « richesse » d'une langue « résolument vivante[5] ». Le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus donne les exemples suivants parmi les questions du cahier : « Pourquoi, en français, prononce-t-on rarement les lettres finales ? Qu'est-ce qu'une rôtie au Québec ? Que signifie mec dans le dictionnaire de l'Académie française[5] ? » La linguiste Laélia Véron déclare qu'il s'agit d'un cahier à la fois exigeant et ludique pour aborder des aspects différents de la langue : histoire de la langue, français parlé et français écrit, croisement des langues et emprunts, francophonie, variations sociales, régionales et générationnelles, français numérique[24].

Un volume 2, intitulé Orthograf(ph)e, est publié en [25].

Tribunes

modifier

Notes et références

modifier
  1. Dans sa notice de collectivité[26], la Bibliothèque nationale de France (BnF) retient comme graphie « Les Linguistes atterrées », et rejette la forme « Les Linguistes atterrés ». Dans la presse, on trouve aussi le nom écrit en graphie inclusive, avec des points médians Les Linguistes atterré·e·s »[27],[28],[29] ou « Les Linguistes atterré·es »[30]), avec des parenthèses Les linguistes atterré(e)s »[31],[32]), avec des points Les Linguistes atterré.e.s »[33],[34],[35] ou « Les Linguistes atterré.es »[36],[37]) ou avec des traits d'union Les Linguistes atterré-e-s »[38],[39]). Sur la couverture du tract, le « e » indiquant le genre grammatical féminin de « atterrées » n'est séparé du reste du mot par aucun signe typographique, mais est composé dans une couleur plus claire[40],[18].
  2. Cette tribune à l'initiative des Linguistes atterrées recueille la signature de nombreuses personnalités de la culture comme :

Références

modifier
  1. 1 2 « Le français va très bien, merci », Tracts Gallimard, sur tracts.gallimard.fr, (HAL hal-04122818, consulté le ).
  2. Jean-Benoît Nadeau, « 3 essais sur la langue française à lire cet été », L'Actualité, .
  3. 1 2 Rosier 2023.
  4. 1 2 Marie Jutras, « Déconstruire les mythes sur la langue française un ouvrage à la fois », Correspondance, Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD), (consulté le ).
  5. 1 2 3 Mélanie Masson, « Médéric Gasquet-Cyrus pour la sortie du Cahier d'activité des Linguistes attérré.e.s », Les coups de cœur, sur radiofrance.fr, ici Provence, (consulté le ).
  6. Annonce no 1876 du , Journal officiel Associations, no 17, .
  7. « Établissement Tract des linguistes - TDL à Paris », L'Annuaire des entreprises, sur data.gouv.fr.
  8. « Statuts de l'Association « Tract des Linguistes » » [PDF], sur tract-linguistes.org, Tract des linguistes, (consulté le ).
  9. « Meilleures ventes », Tracts Gallimard, sur tracts.gallimard.fr (consulté le ).
  10. Marianne Payot, « Ventes de livres : le poche en majesté », L'Express, (archivé sur archive.org).
  11. Benoît Melançon, « Invitation bienvenue à respirer par le nez », sur L'Oreille tendue, .
  12. Jean-Michel Le Baut, « Pour enseigner une langue française bien vivante », sur Café pédagogique, (consulté le ).
  13. Nicolas Ancion, « Le Français va très bien, merci, Les linguistes atterrées », ActuaLitté, .
  14. Martin Winckler, Au pays du mépris : voyage dans l'arrogance “à la française”, Paris, Robert Laffont, , 462 p. (ISBN 978-2-221-25476-9, lire en ligne Accès limité).
  15. « Candidatures au fauteuil de M. Jean d'Ormesson (F12) », sur academie-francaise.fr, .
  16. « Candidatures au fauteuil de M. Yves Pouliquen (F35) », sur academie-francaise.fr, .
  17. « Candidatures au fauteuil de M. Jean-Denis Bredin (F3) », sur academie-francaise.fr, .
  18. Jean Pruvost, « Le français ne va pas si bien, hélas » Accès payant, Le Figaro, .
  19. Yves Montenay, Jean-Louis Chédin et Ludger Staubach, « 3 réponses aux “Linguistes atterrés” », sur avenir-langue-francaise.org, Avenir de la langue française, .
  20. Jean-Paul Brighelli, « Défense et illustration de la bonne langue française », Causeur, , repris dans Jean-Paul Brighelli, L'école sous emprise, Paris, L'Archipel, , 189 p. (ISBN 978-2-8098-5062-8 et 978-2-8098-5063-5), chap. 18 [lire en ligne Accès limité].
  21. Bruno Dewaele, « Nous sommes tous des atterrés ! », Lire, on en parle no 525, décembre 2023-janvier 2024 (lire en ligne).
  22. Lionel Meney, La sociolinguistique entre science et idéologie : une réponse aux Linguistes atterrées, Limoges, Lambert-Lucas, coll. « Linguistique et sociolinguistique », 128 p. (ISBN 978-2-35935-445-4, présentation en ligne, lire en ligne Accès limité).
  23. Philippe Blanchet Lunati, « Meney, Lionel, , La sociolinguistique entre science et idéologie. Une réponse aux linguistes atterré.e.s. Limoges, Lambert Lucas, 120 p. » (compte-rendu), Cahiers internationaux de sociolinguistique, L'Harmattan, no 26, , p. 236–244 (DOI 10.3917/cisl.2403.0236, lire en ligne Accès payant).
  24. « L'intégrale : “La dernière” du avec Laélia Véron », La Dernière, Radio Nova, (consulté le ).
  25. Marc Escola, « Le Cahier d'activités des Linguistes atterrées, vol. 2 : Orthografe », sur fabula.org, .
  26. « Les Linguistes atterrées (Paris) », notice de collectivité no FRBNF18094309, Catalogue général, sur catalogue.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France, , mise à jour le .
  27. Frédérique Roussel, « Avec les «linguistes atterré·e·s», un français bien vivant » Accès payant, Libération, .
  28. Gurvan Le Guellec, « Faut-il sauver le français ? », L'Obs, no 3074, , p. 14 (lire en ligne Accès payant) et Xavier de La Porte, « Réformer l'ortografe », L'Obs, no 3074, , p. 21 (lire en ligne).
  29. Nolwenn Le Blevennec, « La révolution numérique nous a-t-elle rendu plus bête ? 5 raisons de ne pas désespérer d'internet » Accès payant, Le Nouvel Obs, .
  30. Jean-Louis Bordeleau, « Sous les hauts cris des puristes, entendez-vous battre le cœur de la langue française? », Le Devoir, .
  31. « “Le seul moyen d'abîmer une langue, c'est de ne pas la parler”, affirment deux linguistes », L'invité de 8 h 20 : le grand entretien, sur radiofrance.fr, France Inter, .
  32. Steve Bergeron (La Tribune), « Quand l'inquiétude est saine » Accès payant, Le Quotidien, .
  33. Nicolas Haddad, « Selon un groupe de linguistes, le Français se porte très bien ! », Y a pas deux matins pareils, sur Ohdio, ICI Radio-Canada Première, .
  34. « La langue en perpétuelle évolution, avec Laélia Véron », Des idées pour un monde nouveau, sur radiofrance.fr, France Inter, .
  35. Lise Bourgeois (La Tribune de Genève), « L'orthographe simplifiée n'appauvrit pas le français : le coup de gueule de linguistes contre les rengaines des puristes » Accès payant, Le Soir, .
  36. Clara Cini, « « Le français va très bien, merci » : un manifeste à rebours des idées reçues » Accès payant, Le Monde, .
  37. « Logement : une crise historique, vraiment ? - Les linguistes attérré.es - Le rendez-vous de la médiatrice », Le 7/9.30, sur radiofrance.fr, France Inter, .
  38. Virginie Giroud, « Anglicismes, langage jeunes, écriture SMS: «Non, le français n'est pas massacré» » Accès payant, Le Nouvelliste, .
  39. Aliénor Vinçotte, « Les Français déplorent la baisse du niveau d'orthographe », Le Figaro, .
  40. France Inter (2023), à 22 min 5 s.

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier

Liens externes

modifier