Louise d'Artois
Louise Marie Thérèse d'Artois (en italien : Luisa d'Artois), née le au palais de l'Élysée à Paris (France) et morte à Venise (Italie) le est une petite-fille de France, devenue par son mariage la dernière duchesse de Parme et de Plaisance par son mariage en 1845 avec le duc de Parme Charles III.
Huile sur toile par G. Carlini.
Titres
Duchesse de Parme et de Plaisance
–
(4 ans, 11 mois et 8 jours)
| Prédécesseur | Marie-Thérèse de Savoie |
|---|---|
| Successeur | Marie-Pia des Deux-Siciles (duchesse titulaire) |
Régente de Parme et de Plaisance
–
(5 ans, 2 mois et 13 jours)
| Prédécesseur | Charles III de Parme (duc souverain) |
|---|---|
| Successeur | Commission provisoire de gouvernement[1] |
| Titulature |
Petite-fille de France (1819-1845) Mademoiselle (1819-1845) Princesse de Lucques (1845-1847) Duchesse de Parme (1847-1854) Régente de Parme et de Plaisance (1854-1859) Duchesse douairière de Parme (1854-1864) Infante d'Espagne (1852-1864) |
|---|---|
| Dynastie | Maison d'Artois |
| Distinctions |
Ordre de la Croix étoilée Ordre de la Reine Marie-Louise |
| Nom de naissance | Louise Marie Thérèse d'Artois, petite-fille de France |
| Naissance |
Palais de l'Élysée, Paris (France) |
| Décès |
(à 44 ans) Palais Giustinian, Venise (Lombardie-Vénétie) |
| Sépulture | Couvent de Kostanjevica (Nova Gorica) |
| Père | Charles-Ferdinand d'Artois |
| Mère | Caroline de Naples et de Sicile |
| Conjoint | Charles III de Parme |
| Enfants |
Marguerite de Parme Robert Ier Alice de Parme Henri de Parme |
| Résidence |
Palais ducal de Parme (officielle) Palais ducal de Colorno (estival) |
| Religion | Catholicisme romain |
Issue de la branche d'Artois de la Maison de Bourbon et petite-fille du roi Charles X, Louise devient orpheline de père à l'âge de quatre mois, la jeune fille reçoit une éducation artistique et littéraires, sous l'égide de sa mère, la duchesse de Berry. Peu avant son dixième anniversaire, une révolution renverse son grand-père et la famille part en exil, d'abord en Écosse puis en Autriche. Moins d'un an après la mort de son oncle et tuteur, en 1845, la jeune fille épouse le futur Charles III de Parme et part s'installer à Lucques. Après une installation difficile, elle donna naissance à une nombreuse famille et s'investit dans l'aide aux démunis, suivant ainsi les traces de sa belle-mère, la duchesse Marie-Thérèse. C'est cependant après l'assassinat brutal de son époux en 1854 que Louise se montre la plus active, sur le plan social et politique : la jeune veuve devenue régente met alors en place un vaste plan d'apaisement social et tente de protéger les droits de son fils Robert Ier de Parme.
Cependant, Louise n'est guère récompensée pour ses actions : si elle devient une figure très populaire à Parme, les italiens lui reprochent son opposition au Risorgimiento. Finalement, lorsqu'éclate la Campagne d'Italie en 1859, la famille ducale choisit de s'enfuir et trouve refuge en Suisse. Malgré des appels lancées à ses amies et parentes la reine Victoria du Royaume-Uni et la reine Isabelle II d'Espagne, le duché de Parme est annexé au nouveau royaume d'Italie.
Après être repartie en exil pour la troisième fois de sa vie, Louise se consacre à l'établissement de ses enfants, dont l'aînée, Marguerite, fête son 17e anniversaire en 1864. Le mois suivant, Louise meurt à Venise des suites d'une courte maladie, à l'âge de 44 ans. Ses enfants, désormais orphelins, sont recueillis par leur oncle le comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France.
Par ses quatre enfants, Louise est l'ascendante des maisons royales de Bulgarie, de Saxe et de la famille grand-ducale de Luxembourg. Elle est également l'ascendante des prétendants aux trônes de Parme, de Toscane, d'Autriche, de Wurtemberg et de Roumanie, mais également de plusieurs prétendants aux trônes de France, issus des mouvances légitimiste et orléaniste (Jacques de Bourbon et Jean d'Orléans).
Biographie
modifierAscendance et contexte familial
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Louise[N 1] d'Artois, petite-fille de France, est le premier enfant survivant de Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), duc de Berry et de sa jeune épouse Marie-Caroline de Naples et de Siciles (1798-1870).
Par son père, Louise est la petite-fille de Charles X de France et de Navarre et de la discrète Marie-Thérèse de Savoie[2]. La mère de Louise, Marie-Caroline, est la fille du roi François Ier des Deux-Siciles et de la princesse Marie-Clémentine d'Autriche, fille de Léopold II du Saint-Empire-Romain-Germanique[2].
Comme l'écrit l'écrivain Jean des Cars, si le mariage entre Charles-Ferdinand et Marie-Caroline, conclu à Paris le , est le résultat d'un « coup de foudre », il est célébré en grande pompe[3]. Dominique Sabourdin-Perrin confirme que l'harmonie du couple persiste tout au long de leur mariage qui dure un peu moins de 4 ans.

À sa naissance, Louise est la troisième enfant de ses parents même si les deux précédents (Louise-Élisabeth et Louis) sont morts peu de temps après leur naissance. La naissance de Louise est donc une déception pour la famille royale qui attend avec impatience la naissance d'un fils. Ainsi la duchesse de Berry s'écrit-elle « Après la fille, le garçon » peu après avoir accouché de Louise[4],[5]. Effectivement, dès l'année suivante, Louise devient la sœur d'Henri, duc de Bordeaux (1820-1883). Par le second mariage de sa mère avec Hector Lucchesi-Palli (1806-1864), Louise a cinq frères et sœurs cadets : Anna Maria (1833), Clementina (1835-1925), Francesca (1836-1929), Isabella (1838-1873), Adinolfo, 10e Prince de Campofranco (1840-1911)[6].
Premières années
modifierEntre l'Élysée et les Tuileries
modifierLouise naît au palais de l'Élysée[N 2] à Paris, le à 6 h 35 du matin[7]. Elle est baptisée le à la chapelle palatine des Tuileries; ses parrain et marraine, qui la tienne sur les fonts baptismaux, sont le roi Louis XVIII et la duchesse d'Angoulême Marie-Thérèse de France, fille du roi Louis XVI[4].

Rapidement, ma marquise de Gontaut Saint-Blacard (1773-1857), dame d'honneur de la duchesse de Berry, est nommée gouvernante de la petite fille tandis que la marquise de Foresta est désignée sous-gouvernante[N 3],[8]. Dès sa naissance, de nombreuses rumeurs entourent Louise. Certains prétendent en effet qu'elle est aveugle et sourde voir qu'elle ne vivra pas[9], tous comme son frère et sa sœur aînés[9]. Ainsi même la duchesse d'Orléans, Marie-Amélie des Deux-Siciles, pourtant tante du nouveau-né, émet des doutes sur la santé de Louise[N 4].
Le , son père Charles-Ferdinand est assassiné en sortant de l’ancien opéra de Paris par Louvel, un bonapartiste qui souhaite l' « extinction de la maison de Bourbon ». C'est plus qu'un deuil pour la famille royale et ses partisans[10]. La duchesse de Berry fait cependant part d'une nouvelle grossesse et, en , naît « l'enfant du miracle »[11], un garçon qui porte les espoirs de la dynastie, reçoit le titre de duc de Bordeaux et le prénom d'Henri, hommage au premier roi de France de la Maison de Bourbon et plus populaire que le traditionnel Louis porté depuis Louis XIII et rappelant le saint ancêtre Louis IX.
Une éducation rigoureuse, mais joyeuse
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À l'instar de son frères, Louise reçoit une éducation rigoureuse, qui oscille entre tradition et modernité[12], calculée dans ses principes et la moindre de ses modalités par sa gouvernante, la comtesse de Gontaut, et par la dauphine. Les enfants Artois sont entourés d'affection chaleureuse. Ainsi, Louise et Henri surnomment le grand-père « Bon-Papa »[13]. Entre la duchesse et ses enfants, on se tutoie, signe d'intimité réelle, peu courante dans leur milieu[14]. La famille vit dans une intimité souvent perçue comme « bourgeoise », notamment par le roi Charles X et sa belle-fille Marie-Thérèse, qui s'étonnent de leurs démonstrations d'affection mutuelle et à qui le tutoiement déplait fortement[15]. Bien que les enfants passent beaucoup de temps ensemble, leur différence d'âge et de genre engendre des différences : l'instruction de Louise se compose principalement de leçon de musique, de langues et de dessin[16],[17]. La proximité avec leur mère s'exprime lors de petites fêtes célébrant les anniversaires et les fêtes patronales[18]. Les enfants sont parfois invités à se mêler à d'autres enfants, au château de Rosny, de Meudon, de Saint-Cloud ou au palais des Tuileries, afin de rompre leur isolement[19].
La culture tient une place importante dans l'enfance de Louise, en effet sa mère est une lectrice acharnée des œuvres de Walter Scott, de Victor Hugo, d'Alphonse de Lamartine ou encore de Balzac et de Musset[20]. Ainsi Louise est élevée dans l'amour de l'art et de la culture. De plus, Mme de Gontaut élève la fillette en se référant au Traité de l'éducation des filles de Fénelon. Cependant, Louise fait preuve de réflexion, notamment en histoire et déclare même « juge utile qu'une femme sût à quel prix on conservait ou on acquérait une couronne »[21]. Par ailleurs, la duchesse de Berry et ses enfants passent la majorité du temps (du lundi au samedi) au château de Rosny et ne reviennent aux Tuileries que pour la fin de semaine[22]. Leur mère lance également la mode des bains de mers et s'y rend en compagnie de ses enfants, tous les ans, à Dieppe notamment[17],[23].

En 1823, Louise et son frère assistent au retour de leur oncle, le duc d'Angoulême, qui revient de l'expédition d'Espagne. Voulant redonner à la France sa place dans le concert des Nations, le roi l'a envoyé mâter les libéraux Espagnols qui mettaient en péril le pouvoir absolu du roi Ferdinand VII, un autre Bourbon. L'année suivante, en 1824, le roi Louis XVIII s'éteint. Son frère, le comte d'Artois, grand-père de Louise, lui succède sous le nom de Charles X. Le joyeux beau-frère de la « reine martyre » Marie-Antoinette est un veuf de 67 ans, pieux, de convictions des plus conservatrices (il a été le chef des ultras) et peu avisé. À l'instar de ses ancêtres, il se fait couronner à Reims en 1825, ce qui amuse nombre des détracteurs de la monarchie et l'opéra Le Voyage à Reims de Gioacchino Rossini est retiré de l'affiche après cinq représentations. Louise et Henri assistent à l'événement et s'amusent à détailler les éléments décoratifs dont regorge alors la cathédrale de Reims[13]. Le , Louise pose la première pierre de l'église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle. L'année suivante, à Dieppe, la petite princesse participe au bazar de bienfaisance organisée par sa mère. Louise réalise à cet effet des dessins[18].
Très pieux, Charles X confie dans un premier temps à l'abbé Busson le soin de l'éducation religieuse de ses petits-enfants[24]. La duchesse d'Angoulême s'intéresse particulièrement à l'éducation de ses neveux et assiste parfois à leurs cours[24]. Secondée par la comtesse de Gain de Montaignac et par Mme de Rivera, la gouvernante des enfants déplore toutefois que le tempérament colérique des princes les empêchent d'être assidus dans leurs études[24]. Finalement, elle se tourne progressivement vers Félix Dupanloup, alors vicaire de la Madeleine[25], qui avait acquis une solide réputation de pédagogue, pour instruire religieusement les deux enfants[24]. Louise apprend trois langues étrangères : l'anglais, l'allemand et l'italien, ainsi que de solides notions de latin et de grec[16]. Mlles Vachon et Della Torre instruisent Louise aux côtés de M. Collard, et du polytechnicien et futur paléontologue Barrande, tandis que Grenier de Saint-Martin lui apprend l'art de peindre et dessiner[16]. Probablement plus douée que son frère Henri, Louise laisse quelques dessins[26], mais semble davantage s'épanouir dans la caricature[27].
Les Trois Glorieuses et l'exil
modifierLa révolution de 1830
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Le , Charles X promulgue des ordonnances qui provoquent la révolution de 1830, connue aussi sous le nom de Trois Glorieuses, s'étant étalée sur trois journées. Le , un groupe d'hommes politiques parisiens lance la candidature au trône de Louis-Philippe, duc d'Orléans. Le , Charles X abdique en faveur de son petit-fils Henri d'Artois. L'ordre de succession donnait cependant le trône au fils aîné du roi, le dauphin Louis-Antoine de France, qui était appelé à régner sous le nom de Louis XIX. Mais celui-ci est contraint de contresigner l'abdication de son père. Ainsi, la Couronne passerait au jeune Henri, duc de Bordeaux, qui deviendrait Henri V. Charles X envoie cet acte d'abdication au duc d'Orléans lui confiant de facto la régence, l'ayant déjà nommé dès le lieutenant-général du royaume (confirmant de fait ce titre, que le duc d'Orléans avait reçu des députés). Dans cet envoi, il le charge expressément de faire proclamer l'avènement d'Henri V. Louis-Philippe d'Orléans ne se tient pas pour régent à partir du ; il se contente de faire enregistrer l'abdication de Charles X et la renonciation de son fils, sans faire proclamer Henri. Le , la chambre des députés puis la chambre des pairs appellent au trône le duc d'Orléans, qui prête serment le , sous le nom de Louis-Philippe Ier « Roi des Français » (et non roi de France). Néanmoins, dès le , certains légitimistes (qui seront appelés les henriquinquistes) commencent à désigner le jeune Henri, âgé de neuf ans, sous le nom d'Henri V.
L'exil écossais
modifierA la suite des Trois Glorieuses, son grand-père Charles X et le reste de la famille royale sont chassés de France[28]. Accompagné d’une partie de la famille royale, Charles X trouve refuge dans un premier temps au Royaume-Uni, au château de Lulworth puis en Écosse, au palais de Holyrood[29]. Louise y reste avec son frère et sa mère et le reste de la famille royale jusqu'à ce que la duchesse de Berry s'embarque seule pour l'Italie ou elle recherche des soutiens pour son soulèvement en faveur de son fils[17]. Son grand-père la charge à cette époque, d’aller saluer quelques membres de l’aristocratie anglaise, en compagnie de la duchesse de Gontaut. Ainsi, Louise se rend chez — Anne Wellesley, Countess of Mornington (en) — puis chez le duc de Wellington[30]. Durant leur exil en Écosse, le souverain déchu et ses petits-enfants occupe l'aile gauche du palais de Holyrood, tandis que les autres membres de la famille royale et leurs serviteurs s'installent à Regent Terrace[31]. Louise désormais âgée de 11 ans y mène une existence similaire à celle qu'elle avait aux Tuileries. Les professeurs des enfants changent, et c'est un certain Blake qui continue l'apprentissage de Louise et Henri en anglais et en allemand[32]. En compagnie de quelques invités, Louise reçoit pour le thé, dessine, joue et écoute de la musique[32].

Les deux enfants mènent néanmoins une vie plus « libre » qu'en France. Ainsi, il n'est pas rare de les voir jouer à Colinton House, courir dans les champs[21]. Louise et Henri attirent également la sympathie du voisinage, tel que la duchesse de Hamilton, épouse du gouverneur de Holyrood[21], ou encore de Lord Wemyss, ami de Charles X[21].
En 1832, après une vaine tentative pour soulever la Vendée qui est restée royaliste légitimiste, la duchesse de Berry est arrêtée à Nantes, puis emprisonnée à la citadelle de Blaye où elle donne le jour à une enfant née hors mariage. Nonobstant la proche parenté qui le lie à la duchesse, le roi Louis-Philippe fait donner une grande publicité à l'événement qui déshonore la belle-fille du roi détrôné et mère du futur prétendant. Louise, qui a 12 ans, et son frère sont alors confiés à leur tante, la Dauphine, fille des défunts souverains Louis XVI et Marie-Antoinette. Marie-Thérèse deviendra une seconde mère pour les deux enfants qui lui resteront fidèles jusqu'à leur mort. Ainsi la fille ainée de Louise sera la filleule de la Dauphine[2],[33]. Remariée et habitant le château de Brunnsee, à Eichfeld (à 200 km de Vienne), Marie-Caroline ne retrouve pas la garde de ses enfants, malgré l’intervention du vicomte de Chateaubriand. Louise et son frère restent malgré tout proches de leur mère et leurs relations se normaliseront par la suite[34].
L'exil autrichien
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Dès le début d'année 1832, Charles X émet le souhait de quitter le Royaume-Uni, « pays trop révolutionnaire »[35],[36]. L'empereur François Ier d'Autriche accepte la nouvelle demande de l'ancien souverain[N 5], ce qui ravit la dauphine, pour qui l'Autriche, pays de sa mère, est une « seconde patrie »[35],[37]. Partie la première, Marie-Thérèse se rend à Londres[38], rapidement rejointe par Louise et sa gouvernante, qui quittent Holyrood pour la capitale britannique quelques jours après. Elles y reçoivent la visite de la reine Adélaïde et vont également prier dans la chapelle de King Street, construite par des français[38]. Enfin, elles débarquent à Rotterdam[38].
Durant ce voyage qui évoque de douloureux souvenirs pour la dauphine, Louise se rapproche de sa tante, et la questionne sur son emprisonnement au Temple, et les années révolutionnaires[39]. Les trois femmes arrivent finalement à Vienne où elles sont logées dans l'appartement de l'archiduchesse Marie-Anne, fille de l'empereur François Ier[40]. Finalement, et après de longues hésitations, la dauphine et l'empereur se mettent d'accord et propose le château de Prague[41]. Le séjour viennois de la famille se poursuit néanmoins tout au long de l'année 1832, et Louise, son frère et leur grand-père y fêtent respectivement leur 13e, 12e et 75e anniversaires[42]. Le , Charles X et son fils aîné arrivent à Prague, suivit le lendemain du duc de Bordeaux, et enfin, deux jours après, de la dauphine et de Louise[42].
Cet immense et triste château de trois étages qui surplombe Prague devient donc la résidence hivernale des exilés[42]. Selon Chateaubriand, qui rend visite à l'ancienne famille royale en , il y a « quelque chose de la solitude, du site, de la grandeur du Vatican » dans cette citadelle de Prague[42]. Le célèbre auteur français compare également la résidence à l'Escurial, nécropole des rois d'Espagne[43]. À Prague, le temps s'écoule comme à Holyrood, et la place d'honneur est laissée à la messe ainsi qu'à la charité[43]. Le cérémonial de cour en vigueur aux Tuileries demeurent scrupuleusement respecté à Prague, comme il l'était en Écosse. Les soirées diffèrent néanmoins, plus chaleureuses, avec des parties de billard ou de whist, lecture de journaux[44]. Parfois, Louise chante, et le comte de Bouillé tente de détendre l'atmosphère pesante[44]. La dauphine tente également, tant bien que mal, de mettre en valeur ses neveux. La santé du vieux souverain se dégrade néanmoins, devenant progressivement sourd[44].
De nombreuses disputes entre Charles X et son ancienne belle-fille éclatent au sujet de l'éducation d'Henri. Marie-Caroline, surnommée « la signora » par la dauphine, et une partie des légitimistes souhaitent une éducation moderne, conforme aux idées de leur époque, lorsque la famille royale lui oppose la tradition et une grande piété[44]. De fait, la plupart des enseignants de Louise et d'Henri sont renvoyés, afin d'être remplacé par des religieux. Les départ de Barrande, remplacé par deux jésuites, et de Mlle Vachon entraînent une si violente dispute entre Marie-Caroline et Marie-Thérèse que la cour de Vienne est obligé d'intervenir[45]. L'éducation de Louise, entièrement contrôlée par sa tante, ne prend ainsi plus en considération l'isolement de la princesse, ou encore l'absence de gens de son âge dans son entourage[45]. Enfin, le départ de la duchesse de Gontaut en 1834 met un terme à l'enfance toute relative de Louise. Finalement, l'atmosphère devient pleine d'intrigues et de méfiances à Prague, ce qui attriste grandement la jeune princesse[46].
La mort de l'empereur François Ier d'Autriche le et le sacre de son successeur obligent l'ancienne famille royale à quitter Prague. Les exilés s'installent à Goritz, où ils arrivent le [47]. En , Charles X, atteint du choléra, voit sa santé s'amenuir, jusqu'à sa mort, le , entouré de Louise et Henri[48]. Le décès de l'ancien souverain ne change guère les habitudes de la famille royale, mais permet néanmoins aux deux enfants de pouvoir revoir plus librement leur mère[48]. Le , c'est au tour du dauphin, prétendant au trône depuis la mort de son père, de mourir à Goritz[48]. La famille déménage alors à Frohsdorf, acquis par le duc de Blacas en 1839.
Un mariage politique
modifierDes candidats malheureux
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Dès sa naissance, Louise fait l'objet de projets matrimoniaux. Le candidat est tout désigné, c'est le prince Ferdinand-Philippe d'Orléans, fils aîné du duc d'Orléans. C'est le père de Louise qui, le premier, annonce son intention de marier sa fille nouvellement née, avec l'héritier des Orléans[49]. Cette union présente la qualité de réunir les deux branches françaises de la maison de Bourbon. La chute de la branche aînée et l'ascension de la branche cadette ne semble cependant pas mettre un terme au projet, du moins pour les Orléans[50]. Le fils aîné du nouveau souverain, célibataire et sans enfants, propose ainsi ses services, et ceux de sa mère et de ses sœurs aux exilés d'Holyrood[50]. Cette union est cependant balayé par la dauphine, ainsi que par les autres membres de la famille royale[50].
En 1832, une nouvelle demande en mariage arrive jusqu'aux exilés. C'est l'oncle de Louise, le roi Ferdinand II des Deux-Siciles, qui la formule, au nom de son frère cadet, le comte de Lecce. Ce dernier, âgé de 16 ans, à la réputation d'être un débauché au comportement agité[50]. La dauphine refuse la demande de la cour de Naples, officiellement en raison du trop grand degré de consanguinité entre les deux intéressés[50]. La vie mouvementée du prince provoque sa mort, une dizaine d'années plus tard.
Ferdinand-Charles, un candidat inespéré
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En Italie, le Congrès de Vienne a modifié le champ politique. Ainsi le duché de Parme et de Plaisance sur lequel les Bourbons règnent depuis 1748 s'est vu « offert » à l'épouse de Napoléon, l'impératrice Marie-Louise d'Autriche. En compensation, la duchesse Marie-Louise, veuve du prince Louis de Parme (fait roi d'Étrurie par Napoléon en 1801) devient duchesse d'un minuscule territoire, à cheval entre le duché de Parme et le grand-duché de Toscane, c'est l'avènement du duché de Lucques. Après la mort de Marie-Louise de Lucques en 1824, son fils le duc Charles II (également ancien roi d'Étrurie de 1803 à 1807) lui succède sous le nom de Charles-Louis. Marié depuis 1820 à la princesse Marie-Thérèse de Savoie, fille du roi de Sardaigne Victor-Emmanuel, le couple ducal n'a eu que deux enfants dont un seul survit jusqu'à l'âge adulte. Le prince Ferdinand-Charles, né en 1823, est donc l'héritier du duché de Lucques mais également du duché de Parme[N 6]. Les relations dans la famille de Bourbon-Parme sont très tendues. En effet la duchesse vit séparée de son époux et de son fils dont elle ne s'occupe guère. De plus Charles-Louis ne s'occupe que peu de son fils, lequel se retrouve livré à lui-même[51].
Lorsque cette idée d'unir Ferdinand-Charles (plus connu sous le nom de Charles) avec Louise émerge, cette dernière est déjà âgée de 26 ans. Son neveu (le fils de la demi-sœur de Louise) le prince Charles-Marie de Faucigny-Lucinge la décrit ainsi en 1844[52] :
« Elle en avait vingt-cinq aujourd’hui et je l’admirais sincèrement quand elle arriva, accompagnée de la duchesse de Berry, de la reine et de Monseigneur… Elle méritait bien effectivement d’inspirer ce sentiment, tant elle était rayonnante de grâce, de fraîcheur et d’élégance. Pouvait-on dire qu’elle était vraiment et régulièrement belle ? Je ne saurais l’affirmer, mais ce qu’il y a de certain c’est qu’il était impossible de ne pas être séduit par le charme qui se dégageait de tout son ensemble. Quelques-uns de ses traits, plus délicats et plus fins naturellement, rappelaient assez ceux de son père, le duc de Berry, et comme lui, elle avait le cou un peu court. Mais son teint était d’une transparence et d’un éclat superbes. Ses cheveux d’un très beau blond, ses yeux bleus et fort beaux étaient pétillants de vivacités et d’esprit, et sous ce rapport elle ressemblait fort à Monseigneur dont elle avait également le sourire gracieux et bon. »
De plus même si elle ne représente aucun avantage politique (au contraire), elle apporte une vaste dot qui enchante le duc de Lucques[51],[53]. Cela s'ajoute à son aimable caractère, son charme et son rang[51]. Le duc Charles-Louis revient à Frohsdorf avec son fils Ferdinand-Charles, qui semble apprécier Louise, laquelle tombe « amoureuse de ce futur mari très séduisant »[54].
De courtes négociations matrimoniales
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Les fiançailles du couple sont annoncées à la fin de l’été 1845, ce qui fait dire à l'écrivain Alfred Nettement, que « par cette union, les fleurs-de-lys de France s'alliaient aux fleurs-de-lys d'Espagne »[54]. Les fiançailles du couple sont très brève et le trousseau de Louise rapidement constitué en France.
De plus, la veille de son mariage, soit le , la princesse reçoit les cadeaux offerts pour l’occasion. Sa tante la dauphine lui offre sa robe de mariée, réalisée en dentelle, ainsi qu’une « parure d’émeraude et de diamants »[55], son frère lui fait don d’une « guirlande de diamants », l’impératrice (tante du futur marié) offre une plaque de diamants, et sa mère, un fil de diamants auquel sont suspendues six grosses perles. Ses futurs beaux-parents lui font également parvenir une parure de saphirs et diamants, un traditionnel « bracelet de diamants entourant le portrait de son futur mari »[55], ainsi qu’une « broche de gros diamants encadrant un petit portrait du duc régent, son beau-père » auxquels s’ajoute finalement, un « collier de perles entourant la plus grosse, la poire », envoyé par sa belle-mère[55]. Louise reçoit également de la part des dames légitimistes de France, une table de toilette, œuvre de l’ébéniste François-Désiré Froment-Meurice[N 7],[56].
Mariage à Frohsdorf
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La cérémonie a lieu le : elle n'est pas célébrée à Lucques mais au château de Frohsdorf où réside la famille royale en exil[57]. Les cérémonies nuptiales comprennent une cérémonie civile et une célébration catholique. Cette dernière est célébrée par l'archevêque de Vienne, Mgr Milde (en), assisté de l'abbé Trébuquet[57],[58].
Pour rehausser l'éclat de la cérémonie du mariage civil, la dauphine choisit pour la princesse des témoins prestigieux : François-Charles (frère et héritier de l'empereur), Charles-Ferdinand (fils du duc de Teschen et frère de la reine des Deux-Siciles) ainsi que le comte de Chambord (frère de Louise et prétendant légitimiste au trône de France)[57]. De leur côté, le duc de Lucques et son fils arborent avec fierté les insignes de l'ordre du Saint-Esprit[59]. La duchesse de Lucques ne vient cependant pas au mariage, étant empêchée par sa santé[55]. Digne d'un mariage d'État, l'union de Louise est donc fastueuse. Ainsi les impératrices Caroline-Auguste et Marie-Anne[N 8] mais également des diplomates, des princes et princesses de divers pays sont réunis au château de Frohsdorf. Le seul ambassadeur absent de la cérémonie est l'ambassadeur français (en raison des revendications royales de la famille de Louise)[58].
Cependant, malgré l'éclat que les familles des deux nouveaux époux ont cherché à créer, l'union reste morne[N 9]. En effet ce mariage de raison ne plaît plus à aucun des deux intéressés. Charles trouve en effet son épouse sans attrait, tandis que Louise n'apprécie pas le caractère étrange de son époux[17].
Divers témoignages exprimes la douleur extrême avec laquelle Louise se sépare de sa famille[60]. De Frohsdorf, le comte de Chambord lui-même écrit à au comte de Bouillé : « Le mariage de ma sœur, tout en nous causant une joie bien vive, à été cependant pour nous la source d'un véritable chagrin (...) ma tante a été très affectée de cette séparation[61]. »
Princesse héréditaire de Lucques puis de Parme
modifierUne famille désunie
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En dépit de l'apparent bonheur de Louise[62], le couple est mal assorti. La princesse est très vite déçue par la froideur de son mari. Elle avait cru épouser un homme séduisant et affable ; elle découvre un être distant qui ne l'a épousé que par obéissance[54]. En effet Ferdinand-Charles est un homme léger, capricieux et autoritaire tandis que Louise est une femme calme, sérieuse. Les disputes se succèdent malgré la naissance de quatre enfants en 6 ans.
Au contraire de son fils, le duc Charles II apprécie grandement sa belle-fille[51]. De même, la belle-mère de Louise apprécie sa dévotion et son goût pour la charité. Elle-même très pieuse, la duchesse Marie-Thérèse s'est retirée à la villa Borbone, depuis le milieu des années 1830, et se dévoue entièrement à la religion catholique[63]. Revêtant l'habit des tertiaires dominicaines, la duchesse de Lucques a complètement abandonné sa famille et son pays, et n'apparait par ailleurs presque jamais à la cour[63]. C'est dans cette famille qu'entre Louise, qui ne tarde pas à se faire apprécier de son peuple[64].
Poursuite de la dynastie
modifierLe premier enfant de l'union de Charles et Louise, qui naît un peu plus de deux ans après le mariage de ses parents, est une fille : Marguerite qui voit le jour le [65]. Cette naissance, au-delà des joies familiales qu'elle promet aux parents, conforte la réconciliation familiale qui s'opère, dans la Maison de France, depuis la mort du dauphin, en . Durant les premiers mois suivant sa naissance, la princesse nouvellement née — que ses parents surnomment affectueusement « Meg » — est robuste[66],[67]. Un fils et héritier, Robert, naît le . L'enfant est chétif et possède une constitution fragile[68]. À sa naissance, le fils aîné de Louise est en exil en Toscane, et passe ses premiers mois en Angleterre.

Le naît une seconde fille prénommée Alice et dont la marraine est la grand-mère maternelle, la duchesse de Berry[6]. Ensuite naît Henri, le , après une grossesse difficile. Le jour de cette naissance, le duc remet à l'honneur au profit de ses deux fils les titres de prince de Plaisance, pour l'aîné, et celui de comte de Bardi, pour le cadet[69]. Très proche de ses enfants, Louise met en pratique l'éducation qu'elle et son frère ont eux-mêmes reçus[68]. Selon Alexandre de Saint-Albin, la princesse allaite ainsi elle-même son fils Robert[70], chose novatrice pour l'époque. Les quatre enfants princiers participent activement à la vie de cour et Louise met particulièrement en avant ses aînés, Marguerite et Robert[68]. C'est elle qui décide de l'éducation de ses enfants, en commun accord avec leur gouvernante française, Mme Réaux de Richebois[71],[68].
Charles a donné à Louise le rôle prépondérant dans l'éducation de leurs trois enfants. Elle est chargée de leur formation spirituelle, intellectuelle et pratique. Afin de les initier à la bienfaisance, Louise fait de chacun de ses quatre enfants le patron d'une œuvre de charité. C'est ainsi que la princesse Marguerite devient protectrice de l'Œuvre de la Sainte-Enfance[72]. La famille occupe tout d'abord le Palais ducal de Lucques, résidence officiel du souverain, lequel vit principalement en Autriche et en Allemagne[63]. La belle-mère de Louise vivant en retrait, le palais est laissé au jeune couple que forme Louise et Charles[63].
Restauration parmesane
modifierLe , l'impératrice Marie-Louise, prématurément vieillie, accuse de violentes douleurs à la poitrine, qui s'aggravent le soir venu et s'accompagnent de frissons et de fièvre[73]. Le , jour anniversaire de ses cinquante-six ans, elle semble récupérer mais son état s'aggrave de nouveau. Son médecin Fritsch indique une pleurésie rhumatoïde[73]. Alors que l'état de santé très dégradé de l'impératrice et duchesse de Parme inquiète Louise, elle ne semble pas importuner les autres membres de la famille ducale de Lucques[74]. Marie-Louise meurt le et conformément aux clauses du Congrès de Vienne, et du traité de Paris, le beau-père de la jeune princesse accède au trône de ses ancêtres. Cette nouvelle ne réjouit en rien le duc qui s'exclame « Le sacrifice est complet. Je ne fais que pleurer »[74].
Le , Charles-René de Bombelles, veuf de l'impératrice et ancien ministre, annonce à Metternich l'arrivée incognito du nouveau duc et de son fils[75]. Louise quant à elle, habite depuis dans l'aile gauche du palais royal de Turin[76]. Cependant, la situation n'est pas aussi simple : le baron Philipp von Neumann, conseiller de l'empereur mandaté de Vienne à Parme, rapporte à Metternich qu'à la mort de la duchesse, les libéraux auraient tenté une insurrection. Le comte Cantelli, podestat de Parme, est destitué car il a cherché à créer un gouvernement provisoire avant l'arrivée du nouveau duc[77]. De fait, le duc Charles II créer un climat de suspicion et de méfiance : il promet à Vienne de s'opposer aux libéraux et à ceux-ci une constitution qu'il n'accorde finalement pas[77],[78].
Le printemps des peuples
modifierAu début de l'année 1848, la nouvelle d'une insurrection à Milan enflamme Parme, et la révolte éclate le . Les habitants se rassemblent en armes et avec des cocardes tricolores. Un coup de feu déclenche l'insurrection qui provoque des morts et des blessés. Le fils du duc entame une action répressive tandis que Charles II, inquiet des proportions que prend la rébellion, ordonne le cessez-le-feu et en appelle « aux bons citoyens afin d'attendre les bonnes résolutions de leur Père et Souverain[79] », promettant une constitution[80],[81]. Cette révolte populaire contraint Charles II à repousser le traité d'alliance défensif avec l'Autriche et à s'allier avec Léopold II de Toscane, Pie IX et Charles-Albert de Sardaigne, qui sont alors engagés dans la première guerre d'indépendance italienne.
Durant cette période, Louise, enceinte de son second enfant, s'est enfuie à Florence où elle accouche de Robert. Retournée à Parme, Louise se retrouve bientôt complètement seule dans le palais ducal, abandonné par la famille ducale[N 10],[82]. Apeurée par l'abdication de son beau-père et l'emprisonnement à Crémone de son époux[N 11], Louise décide de s'embarquer pour Malte où un navire militaire britannique vient l'emmener, elle et ses enfants[83]. Là, le gouverneur et l'amiral Parker font un très bon accueil à Louise puis, après quelques jours « de repos », la famille est emmenée à Londres où la famille arrive le [83].
Duchesse de Parme et Plaisance
modifierExil londonien
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Le couple héréditaire de Parme s'installe près de Londres avec ses enfants[83]. Très rapidement reçue à la cour de Saint-James, Louise se lie d'une profonde amitié avec la souveraine britannique, laquelle ne tarit pas d'éloges à propos de la princesse héréditaire de Parme. Dans son journal, la reine Victoria décrit ainsi Louise : « Elle est très agréable et intelligente et facile à vivre »[N 12],[84], ou encore « la princesse de Parme est extrêmement aimable et je dois le dire, très sensible »[N 13],[84]. Rare sont les jours où les deux femmes ne se voient pas[83]. Louise devient également amie avec la duchesse de Hamilton, née princesse de Bade[83].
Le séjour londonien de Louise est cependant l'objet de moqueries sur son apparence. Bien qu'elle soit toujours autant spirituelle et vive d'esprit, la princesse héréditaire de Parme a pris beaucoup de poids, en partie à cause de ses grossesses, mais également, selon Dominique Sabourdin-Perrin, à cause des souffrances qu'elle a connues et de l'obésité commune aux Bourbons[85]. La dame d'honneur de la reine Victoria, Lady Spencer, décrit ainsi Louise comme « grasse et ne possédant pas l'allure d'une descendante de cent rois »[85].
Par ailleurs, profitant de l'exil commun de Louise et des Orléans nouvellement exilés en Angleterre, la duchesse de Kent, mère de la reine Victoria, se décide à réconcilier les deux branches royales françaises. La duchesse invite ainsi Louise chez elle, au palais de Kensington[83]. Cependant Louise lui répond qu'elle ne peut les rencontrer sans « l'accord de son frère qui était devenu son roi »[85].
C'est finalement à Londres que Louise et Charles III débutent leur règne, lorsque le duc Charles II abdique le depuis la Saxe[85]. Le couple quitte la capitale britannique et arrive à Parme le [85]. Après un peu moins d'un an passé en Angleterre, Louise, son époux et leurs deux enfants peuvent enfin recouvrer leur trône parmesan[85].
Une vie solitaire
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Arrivée à Parme enceinte, Louise accouche donne naissance à sa seconde fille Alice le . Souhaitant se rapprocher des souverains italiens, le couple ducal donne pour parrain à la petite princesse, l'oncle de Louise, le roi de Naples[6]. Dès 1851, Louise retombe enceinte pour la quatrième et dernière fois et donne naissance à un second fils prénommé Henri en l'honneur de son oncle et parrain[6].
Des trois résidences ducales mises à sa disposition à leur arrivée à Parme en 1849 : Giardino, Parme et Colorno, Charles et Louise choisissent de s'installer dans le palais des ducs de Parme. Cette immense bâtisse qui communique avec le Palazzo di Rivera a été en grande partie rénovée par Nicola Bettoli, sur la demande de l'impératrice Marie-Louise[86]. Le chantier est également engagé à l'intérieur du palais, dont les réaménagements sont immortalisés par les aquarelles de Giuseppe Naudin[87],[86]. Ses travaux, réalisés entre et sont donc récents et aucune modification n'est apporté par le nouveau couple ducal.
Cependant, le duc Charles III, qui selon Dominique Sabourdin-Perrin, « ne connaît pas grand chose des coutumes et mentalités italiennes [88] » imite son père et commence à voyager de plus en plus, délaissant le pouvoir à l'ancien conseiller de Charles II, Thomas Ward[89].
Entre deuils, maîtresse officielle et réconciliation diplomatique
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Peu après la naissance de son dernier fils, la duchesse Louise a le chagrin de perdre sa tante Marie-Thérèse, qui meurt, en , à l'âge de 72 ans[90]. Ce décès bouleverse profondément Louise et son frère Henri. La dernière dauphine de France qui considérait ses neveux comme ses enfants leur lègue tous ses biens[90].
Mandée par son frère à Frohsdorf pour les funérailles, Louise s'y rend sans son époux, mais en compagnie de sa mère Marie-Caroline[91]. Tandis qu'elle surmonte difficilement son chagrin, Charles ne la comprend pas et se concentre sur sa réconciliation avec sa cousine la reine Isabelle II d'Espagne[91]. Après la naissance du petit Henri en 1851, le duc laisse son épouse se rétablir lentement de son accouchement, et quitte immédiatement Parme[91]. Les efforts diplomatiques de Charles III arrivent à leur terme, en , lorsque la reine Isabelle II, par ailleurs cousine germaine de Louise, se réconcilie avec le duc de Parme et lui offre la dignité d'infant d'Espagne[92],[91]. Louise devient dès lors infante d'Espagne.
En 1852, Charles rencontre Emma Guadagni, vingt-trois ans, fille d'un marquis toscan. Très rapidement, Charles III en tombe amoureux et ils débutent une liaison[93]. Afin de tenter de l'éloigner de sa maîtresse, le père de Charles l'incite à faire contracter un mariage blanc à Emma. Cette dernière épouse donc en Pompeo Schmucker, lequel accepte de jouer le rôle de mari, moyennant une rétribution financière[93]. Le jeune Schmucker, titré baron, est rapidement nommé secrétaire d'ambassade au Brésil, avant de rejoindre l'Espagne avec Emma, à la fin de l'année 1853[93]. Très amoureux de cette dernière, Charles délaisse complètement son gouvernement et sa famille et se rend seul en voyage officiel à Madrid[93]. Fascinant la cour royale par sa légèreté et son extravagance, Charles « affecte dans ses manières une bouffonnerie qui inspire à la fois rire et compassion[94]. »
A son retour à Parme au début de l'année 1854, Charles III ne pense qu'à abdiquer en faveur de son fils Robert, et de rejoindre Emma à Milan ou Florence[95]. Les cours d'Europe interpellent le gouvernement parmesan, et l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche s'inquiète d'une telle issue, menaçant par ailleurs d'expulser Emma du territoire autrichien[95]. De son côté, Louise représente la stabilité et sa grande popularité rassure les cours d'Europe qui se méfie grandement de l'attitude du duc de Parme[96]. La duchesse devient le ralliement des courtisans, hommes politiques et diplomates parmesans qui fomentent des complots autour de Louise[96]. Cette dernière bénéficie du soutien du marquis dalla Rosa, de sa dame d'honneur la comtesse Caimi, et de nombreux nobles italiens[97]. Tenu au courant de cela, le duc renvoie la grande partie des courtisans qui entouraient Louise et, selon certaines sources, lève sa main sur elle[97]. Charles III s'éloigne complètement et définitivement de son épouse, et seul l'amour qu'ils portent à leurs enfants les unit encore[97].
Assassinat du duc
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Après un premier attentat déjoué au palais du Colorno, la menace d'un second attentat contre le souverain grandit sensiblement à Parme[98]. En effet, de nombreux placards collés sur les murs de la capitale clamant « Mort au duc ! ». Nonobstant cela, le dimanche , vers la fin de la journée, Louise rentre en voiture au palais ducal par le Corso. Le duc qui ne supporte plus son épouse, rentre à pied en compagnie du comte Banicetti lorsqu'il se fait poignarder par un inconnu, probablement Antonio Carra[98].
Charles III s'exclame alors « Je suis assassiné ! » avant d'être rapidement ramené au palais ducal. Louise lui prodigue les premiers soins et semble beaucoup se préoccuper de l'état de santé de son époux qui ne fait qu'empirer, après huit hémorragies[98]. Alors que Louise le presse de se préparer à mourir, Charles lui demande « N'est-ce pas qu'après cela, nous vivrons pour être heureux, ensemble ? » ce à quoi la duchesse répond « Oui. Dans l'éternité »[99],[100]. Louise fait venir les enfants que le souverain bénit, avant de remettre son alliance à son épouse, ainsi que sa chevalière[100]. Le souverain décède finalement le lendemain à l'âge de 31 ans[2],[100]. Sa mort est annoncée par Louise, laquelle proclame l'avènement de leur fils Robert Ier.
Duchesse douairière et régente de Parme
modifierLa proclamation de la régence et tentative d'apaisement
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À Parme, la disparition de Charles III donne lieu à de profonds bouleversements diplomatiques et politiques. En effet, dès l'annonce du décès du souverain, Louise s'autoproclame régente du duché et congédie l'ensemble du gouvernement[101]. Ces derniers, et notamment Thomas Ward, propagent alors des rumeurs impliquant que la duchesse est la réelle instigatrice de l'assassinat de son époux[102]. Le nouveau gouvernement, confié au marquis Giuseppe Pallavicino jouit rapidement de l'estime publique[102]. Par ailleurs, dans une volonté de pacifier ses relations avec les autres puissances européennes, Louise se rapproche du Pape Pie IX et rétablit les liens du duché avec le Vatican[103]. La duchesse poursuit la politique de rapprochement avec sa cousine la reine Isabelle II d'Espagne, laquelle nomme Robert infant d'Espagne dès le [104]. Contre toute attente, Louise maintient des relations diplomatiques bienveillantes avec le Second Empire et ne permet pas que l'on parle en mal de Napoléon III devant elle[105],[106]. Le positionnement diplomatique qu'occupe Parme sous la régence de Louise se rapproche de celui de la France, notamment dans la Guerre de Crimée. En revanche, les relations du duché avec l'empire autrichien ne font que se dégrader, les autorités militaires autrichiennes jugeant Louise « trop libérale, trop française et trop italienne »[107].
Or, la situation qu'occupe le duché de Parme est déjà rendue précaire par les difficultés que connaît son nouveau gouvernement à contenir une population inquiète. Le , les sujets inquiets tentent ainsi de se révolter[108]. Tout débute par l'occupation de deux cafés, les troupes arrivées sur place tirent, ce qui provoque une insurrection que l'armée autrichienne réprime violemment[109]. La duchesse Louise montre son hostilité à une répression judiciaire excessive et demande la fin des procès et le retour en Autriche des officiers les plus durs[110]. La politique d'apaisement lancée par la régente produit néanmoins ses effets et la popularité de la famille ducale ne fait que grandir, jusqu'en . Par ailleurs, Louise obtient le départ définitifs des troupes autrichiennes, lesquelles quittent définitivement le duché le [111]. De fait, la souveraine apaise les finances de Parme en réduisant le nombre de soldats à 2 700 hommes lorsqu'elle accède à la régence[112]. Son défunt époux l'ayant fait augmenter jusqu'à 6 000 hommes[113].
Une popularité incontestée
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La famille ducale, formée par une souveraine encore jeune[N 14] et ses quatre enfants, donne une image chaleureuse et empreinte de simplicité qui offre un contraste saisissant avec le règne précédent. Cette réputation se propage rapidement dans le duché et on prête à Louise la bonhommie des Bourbons[68].
La régente , qui est affectueusement surnommée « la Gigiassa »[N 15] par les parmesans, tente de se rapprocher de la population en mettant en avant sa famille auprès des parmesans et en s'investissant dans des projets sociaux concrets[72]. La duchesse Louise s'occupe d'œuvres de bienfaisance et de lutte contre les maladies, notamment lors des inondations de 1856, lorsqu'elle ouvre les portes du palais ducal aux miséreux[72].
Elle s'intéresse à la vie musicale, artistique et intellectuelle du pays et tente de favoriser leur essor. Les palais ducaux de Parme et de Colorno constituent rapidement les centres où la vie culturelle est intense[114]. Louise y organise notamment des dîners, des bals, parfois masqués ou encore des concerts[114]. La souveraine favorise également l'essor de l'industrie et du commerce. Lors de la visite officielle du Pape Pie IX en 1857, Louise se rend au devant du souverain pontife à Bologne et l'implore de bénir son pays et sa famille[103]. La souveraine fait par ailleurs rouvrir l'Université de Parme, fermée par l'impératrice Marie-Louise en 1831. La nomination des enseignants se fait en fonction de leur distinction, et non de leur opinion politique, ce qui vaut à quatre professeurs compromis en 1848 d'être nommés par la régente[115]. Selon Dominique Sabourdin-Perrin, la régente semble être la « souveraine la plus populaire d'Europe »[116].
Une souveraine libérale et patriote
modifierAu contraire de la plupart des Bourbons, la duchesse Louise est radicalement opposée à l'autocratie et soutient des vues libérales. L'intérêt de la souveraine pour la politique était limité durant le règne de son époux, mais il grandit considérablement après l'assassinat de ce dernier[115].

La régente qui partage son année entre trois résidences : Parme, Colorno et la Sala Baganza, compose sa cour d'italiens et de parmesans. L'emploi du temps de la souveraine est chargé et se divise principalement en deux audiences par semaine, lesquelles sont accordées à n'importe quel parmesan qui en fait la demande. Deux jours par semaines sont également alloués au conseil des Ministres[117],[114]. Louise visite également de nombreux hospices et écoles[114]. L'ambassadeur français à Parme, le comte de Monttessuy conte dans une dépêche du la vie quotidienne de Louise[118] :
« La duchesse-régente reçoit de ses sujets des témoignages de respect et de reconnaissance que méritent le courage et la persévérance avec lesquels elle se voue aux soins du gouvernement. En effet, cette princesse passe ses journées presque entières en audiences, en visites dans les établissements publics, en séances avec les ministres, et ne laissant pas arrêter par la fatigue morale et physique dont on la voit parfois accablée. »
L'écrivain et philosophe Charles de Rémusat note que l'on a jamais parlé de Louise qu'avec un respectueux intérêt, et qu'il ne manque plus qu'une chose à Parme, une « réforme indispensable et si difficile [...] à tous les vieux pouvoirs »[119],[116]. De fait, la régente de Parme semble fait l'unanimité dans les cours d'Europe[116].
De la campagne d'Italie à la destitution de Robert Ier
modifierDe plus en plus déterminé à réunir les Etats italiens[N 16] au sein d'un seul pays, les mouvances carbonaristes se développe à grande vitesse. La duchesse Louise émet le vœu d'intégrer une confédération d'Etats italiens, comme en Allemagne depuis 1815[120]. Le projet d'un éventuel congrès européen visant à la création d'une confédération obtient le soutient de la régente de Parme qui envisage d'y envoyer une délégation[120].
A la fin du mois d', avec le déclenchement de la deuxième guerre d'indépendance italienne, Louise perçoit un danger et envoie ses deux fils à Brescello, commune située à une vingtaine de kilomètres de Parme[120]. Le , la régente et ses deux filles Marguerite et Alice quittent également la capitale pour se réfugier à Mantoue[121]. Les mazziniens constituent rapidement un gouvernement provisoire mis en échec par les militaires, seulement deux jours après la proclamation[121]. La duchesse revient alors seule à Parme, le [122]. Pressentant que son retour sera bref, Louise envoie ses enfants en Suisse, accompagnés d'un prêtre niçois nommé Dom Navello, du marquis de Malaspina, et d'une institutrice[122].

À Parme, les habitants se déclarent massivement en faveur de la duchesse et acclame le nom de son fils Robert, comme Louise l'affirme dans une lettre adressée à ses enfants et datée du :
« Quel double bonheur d'entendre répéter mille et mille fois le cher nom de Roberto! Mais quelle immense obligation pour toi, mon cher fils, de devenir un homme de devoir, lorsque tu vois à quoi se sont exposés des milliers de tes fidèles Parmesans pour garder le sermet de leur fidélité[123]. »
Dès le , la régente fait envoyer aux cours d'Europe un mémorandum affirmant la neutralité du duché face à la guerre entre l'Autriche, la Sardaigne et la Toscane. Louise le termine en assurant « devoir en maintenant l'ordre, jusqu'à ce qu'une paix permanente soit rétablie solidement par la sagesse de l'Europe »[124]. Par ailleurs, la régente Louise demande l'aide de sa cousine la reine Isabelle II d'Espagne mais cette dernière ne peut intervenir sans l'accord et le soutien de son gouvernement[120]. La duchesse envoie également de nombreuses lettres à son amie la reine Victoria afin de lui demander du soutien, mais cette dernière se voit opposer un refus par son ministre[N 17],[84]. Malgré ce bref retour, le , après la victoire de Magenta, Louise quitte définitivement Parme, non sans avoir exposé sa désapprobation dans une lettre de protestation rédigée depuis Saint-Gall le [125].
Selon un secrétaire de la légation française à Florence, « la population était sincèrement attachée à la duchesse » et son départ relève d'un choix personnel[126]. Le gouvernement sage et libéral de Louise lui permet de recevoir le soutien moral des cours d'Angleterre, de Russie et de Prusse, mais également de nombreux journaux tel que le Times[126]. Cependant, ses marques de soutien et d'affection ne suffisent pas et le duché de Parme et Plaisance est annexé au royaume de Sardaigne le après que Luigi Carlo Farini, dictateur de l'Émilie[111], ai convoqué une assemblée constituante qui vote la déchéance de la dynastie des Bourbons et l'union au royaume sarde[111].
Le traité de Zurich du , qui met fin définitivement à la guerre franco-autrichienne, préconise une confédération italienne dans laquelle les droits des souverains seraient préservés[127]. Le processus d'annexion est cependant engagé, après quelques atermoiements[128] le , les Provinces-Unies d'Italie centrale sont constituées, elles regroupent Modène, Parme, Plaisance et la Toscane sous la direction de Carlo Bon Compagni di Mombello[129]. En , le Premier ministre sarde Cavour forme un nouveau gouvernement et met au point le plébiscite par lequel l'Émilie confirme, le , l'annexion au royaume de Victor-Emmanuel II et donc au royaume d’Italie, proclamé le [111].
L'exil suisse et les dernières années
modifierLa famille ducale se retire près de Saint-Gall en Suisse, avant que Louise ne fasse l'acquisition du château de Wartegg. La duchesse le fait entièrement restaurer et s'y installe dès 1860[130].
Louise et ses enfants modifient leurs habitudes, mais restent simples et l'ancienne duchesse adopte certaines routines de sa tante Marie-Thérèse[131]. Ainsi, l'ancienne régente se lève à 6h du matin, se rend à la messe dans l'église de Rorschach, discute avec la population, puis consacre le reste de sa journée à ses enfants et à la charité. Louise pratique cette dernière avec une grande assiduité, l'évêque Johann Peter Mirer constate un regain de ferveur chez les habitants de la région[131].
La duchesse Louise qui conserve son amabilité, sa vivacité et son entrain se désole néanmoins de ne pouvoir s'installer ni en France ni à Parme. Ce sentiment est partagée par la princesse Marguerite, fille aînée de Louise, qui souhaite découvrir le pays de sa mère[132]. Louise profite néanmoins de cet exil pour se rapprocher de sa mère la duchesse de Berry, et de se rendre avec elle à Baden-Baden prendre les eaux, ou à Venise. C'est dans cette ville que Louise acquiert le palais Giustinian-Lolin. La duchesse se rend également fréquemment avec ses enfants à Frohsdorf où elle en profite pour s'entourer de légitimistes[132].
L'exil promettant d'être éternel, Louise se rapproche encore davantage de sa famille et des royalistes français, notamment en accompagnant son frère jusqu'à Vienne le avant le départ de ce dernier en pèlerinage[133]. Par ailleurs, la reine Isabelle II d'Espagne propose à sa cousine Louise de venir s'installer en Espagne, dans le palais de son choix, ventant le bon air de Madrid[134].
Les voyages qu’entament Louise et ses aînés à travers l’Europe les mènent ainsi à Amsterdam, où l’ancienne duchesse de Parme rencontre la reine Sophie des Pays-Bas, laquelle la décrit très sèchement dans une lettre à Lady Malet[135] :
« L’autre jour, j’ai fait la connaissance de la duchesse de Parme, la sœur du comte de Chambord. Elle est beaucoup plus grosse que la princesse Mary de Cambridge, très petite, mais vive, agréable, sans amertume après de tels malheurs. Ses fils sont laids, mais pleins de répartie française, et très gais. Je l’apprécie autant que j’ai de la peine pour elle : meurtre et révolutions l’ont persécutée depuis sa naissance. »
Maladie, décès et inhumation
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Louise se retire à Venise, possession autrichienne, où elle meurt le à l'âge de 44 ans. Elle est inhumée au couvent de Kostanjevica à Nova Gorica.
Titulature, décorations et héraldique
modifierTitulature
modifier- — : Son Altesse Royale Louise d’Artois, mademoiselle, petite-fille de France ;
- — : Son Altesse Royale la princesse héréditaire de Lucques ;
- — : Son Altesse Royale la princesse héréditaire de Parme et de Plaisance ;
- — : Son Altesse Royale la duchesse de Parme et de Plaisance ;
- — : Son Altesse Royale la duchesse de Parme et de Plaisance, infante d'Espagne[92] ;
- — : Son Altesse Royale la duchesse douairière de Parme et de Plaisance, régente du duché, infante d'Espagne.
- — : Son Altesse Royale la duchesse douairière de Parme et de Plaisance, infante d'Espagne.
Décorations
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Dame de première classe de l'ordre de Sainte-Élisabeth (
Royaume de Bavière)
Dame de l'ordre de la Reine Marie-Louise - 30 novembre 1823 (
Royaume d'Espagne)
Dame grand-croix d'honneur et de dévotion de l'ordre souverain de Malte (
Ordre de Malte)
Héraldique
modifierDescendance
modifierLouise donne le jour à quatre enfants :
- Marguerite (1847-1893), qui se marie en 1867 au prince Charles de Bourbon (1848-1909), prétendant carliste et légitimiste aux trônes d'Espagne et de France, dont cinq enfants.
- Robert (1848-1907), prince héréditaire puis duc de Parme, de Plaisance en 1854, qui se marie en 1869 à la princesse Maria-Pia de Bourbon-Siciles (1849-1882), dont douze enfants, parmi lesquels Marie-Louise, princesse consort de Bulgarie, ancêtre de la dynastie anciennement régnante sur la Bulgarie. Veuf en 1882, il se marie en 1884 à l'infante Antonia de Bragance, dont douze enfants, parmi lesquels Zita, impératrice-reine d'Autriche-Hongrie, ancêtre de la dynastie anciennement régnante sur l'Autriche, et Félix, prince consort de Luxembourg, ancêtre de la dynastie régnant sur le Luxembourg ;
- Alice (1849-1935), qui se marie en 1868 à l'ex-grand-duc Ferdinand IV de Toscane, dont dix enfants, parmi lesquels Louise, princesse héritière de Bulgarie, ancêtre de la dynastie prétendant au trône de Saxe.
- Henri (1851-1905), comte de Bardi, qui se marie en 1873 à la princesse Marie-Louise de Bourbon-Siciles, sans postérité. Veuf en 1876, il se marie en 1876 à l'infante Adelgonde de Jésus de Bragance, sans postérité.
Son fils Robert se maria deux fois et eut 24 enfants parmi lesquels Marie-Louise, épouse du futur tsar Ferdinand Ier de Bulgarie, Zita, dernière impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, Sixte et François-Xavier, officiers dans l’armée belge qui, sur les instances de leur beau-frère, l’empereur Charles Ier d’Autriche, essayèrent — en vain — de conclure un traité de paix séparée avec la France en 1917, Félix qui épousa en 1919 la grande duchesse Charlotte de Luxembourg, René dont la fille Anne épousa le roi déchu Michel Ier de Roumanie en 1948.
Ascendance
modifierPostérité et honneurs
modifierPeinture
modifierLa duchesse Louise a été représentée par divers artistes et peintres britanniques, italiens, français et allemands, et notamment :
- vers 1828 : Georges Rouget, Portrait de la princesse Louise d'Artois, huile sur toile.
- vers 1830 : Alexandre-Jean Dubois-Drahonet, Portrait de la princesse Louise d'Artois, fille de la duchesse de Berry, sur la plage de Dieppe, huile sur toile, collection Horvitz, Boston, États-Unis.
- vers 1830 : Zéphirin Belliard, litographie d'après Charles Achille d'Hardiviller, conservée dans les collections royales britanniques.
- vers 1834 : Charles Achille d'Hardiviller, aquarelle.
- vers 1845 : Johann Ender, dessin à la mine de plomb rehaussé à l'aquarelle.
- 1847 : Gabriel Decker, lithographie.
- 1849 : Richard James Lane, d'après James Rannie Swinton, conservé à la National Portrait Gallery. Une copie est conservée dans les collections royales britanniques.
- 1854 : Alphonse-Léon Noël, lithographie.
- 1850 : Prosper Raffi, La duchesse de Parme et ses enfants, huile sur toile, conservé et exposé au château de Chambord.
- 1854 : Giulio Carlini, Portrait de Louise d'Artois, duchesse de Parme, avec son fils le duc Robert Ier, conservé à la Galerie nationale de Parme.
Sculpture
modifier- Un buste en marbre dû au ciseau de Henri Joseph Rutxhiel, exécuté en 1827, inventaire no CC 38, conservé aux département des Sculptures du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes du Musée du Louvre[136].
Rue notable
modifierDite « Mademoiselle », la rue Mademoiselle dans le 15e arrondissement à Paris est nommée en son nom, après que Louise, qui allait avoir 8 ans, a participé à la pose de la première pierre de l’église Saint-Jean-Baptiste de Grenelle, le .
Film
modifierLe rôle de la duchesse Louise est interprétée par l'actrice Mariella Lo Giudice dans la série italienne Quell'antico amore de 1981, réalisée par Anton Giulio Majano en se basant sur le roman homonyme de Carlo Laurenzi[137].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Elle est parfois connue sous le triple prénom de « Louise-Marie-Thérèse » ou sous le double prénom de « Louise-Marie ».
- ↑ Résidence parisienne du duc et de la duchesse de Berry, depuis 1816.
- ↑ Après sa mort le , elle sera remplacé par la comtesse de Gain de Montagnac, tandis qu'une seconde sous-gouvernante, Mme de Rivera, sera également nommé.
- ↑ La duchesse de Dino affirme cependant que l'autrice de ses mots est la sœur du duc d'Orléans, Madame Adélaïde et non Marie-Amélie.
- ↑ Le , Charles X avait déjà fait une demande à l'empereur, lequel l'avait refusé.
- ↑ Selon le Congrès de Vienne, à la mort de l'impératrice Marie-Louise, le duché de Parme devra revenir aux Bourbons.
- ↑ Envoyé à Londres en 1851 pour l'Exposition universelle, la table de toilette est aujourd’hui conservée au Musée d’Orsay.
- ↑ Cette dernière est la sœur de la duchesse de Lucques.
- ↑ Même si la dauphine quitte sa tenue de veuvage et que la totalité des princesses présentes portent de somptueux bijoux, à commencer par Louise elle-même.
- ↑ Le duc Charles II se réfugie à Weistropp, en Saxe, le puis son épouse quitte Parme pour Modène tandis que le prince héréditaire est fait prisonnier à Gênes par le roi Charles-Albert de Sardaigne.
- ↑ Le prince héritier, que son père a nommé major général, a fui pour se rendre auprès de Charles-Albert (roi de Sardaigne), mais celui-ci le fait emprisonner à Crémone et le retient pendant plusieurs mois à Milan.
- ↑ En date du .
- ↑ En date du .
- ↑ Lorsque Louise devient régente, elle est âgée de 34 ans.
- ↑ Ce qui peut se traduire par « la Grasse ».
- ↑ Les royaumes de Sardaigne, de Lombardie-Venetie, et des Deux-Siciles, le grand-duché de Toscane, les duchés de Parme et Plaisance et de Modène et Reggio ainsi que les Etats pontificaux.
- ↑ Lettre qui arrive le . La souveraine britannique note dans son journal :
« Reçu une lettre de cette pauvre duchesse de Parme qui vient de se faire expulsée de son territoire, nous appelant à respecter ses droits. »
Victoria note également dans son journal le :« La seule personne qui n'est pas mentionnée est cette pauvre duchesse de Parme, qui m'a fait appel, et qui s'est si bien comporté. C'est dommage. »
Références
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Voir aussi
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
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Biographies des proches de Louise
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Ouvrages généraux
modifier- Jean-Charles Volkmann, Généalogies des rois et des princes, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1998.
- Nicolas Énache, La descendance de Marie-Thérèse de Habsburg, Paris, Éditions L'intermédiaire des chercheurs et curieux, , 795 p. (ISBN 978-2-908003-04-8).

- Guy de Montbel, Souvenirs du comte de Montbel, Paris, Éditions Plon-Nourrit, , 436 p. (lire en ligne).

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Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :