Loïk Le Priol
Loïk Le Priol né le , est un militant d'extrême droite français.
| Naissance | |
|---|---|
| Nom de naissance |
Loïk Frédéric Marie Le Priol |
| Nationalité | |
| Domiciles |
Brest (- |
| Formation | |
| Activités |
Entrepreneur (depuis ), fusilier-marin, militant politique |
| Père |
Denis Le Priol (d) |
| Fratrie |
Gaëlle Le Priol (d) |
| Membre de |
Groupe union défense (années 2010) |
|---|---|
| Arme |
Marine nationale (- |
| Unité | |
| Grade militaire |
Quartier-maître (depuis ) |
| Condamné pour | |
| Distinctions |
Pour avoir torturé un ancien président du Groupe union défense (GUD) en , il est condamné en à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. Il est jugé en 2026 dans l'affaire du meurtre du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú le à Paris et condamné à 26 ans de réclusion criminelle pour meurtre.
Biographie
modifierFamille et enfance
modifierLoïk Le Priol est né le à Athis-Mons, d'une famille d'extrême droite : son père, Denis Le Priol, ancien parachutiste au 17e régiment du génie parachutiste de Montauban, responsable de l'Union nationale des parachutistes et propriétaire d'une boutique de réparation de Jeep militaires, est proche de la Fédération d'action nationale et européenne (FANE) ; l'une de ses sœurs est responsable Île-de-France du Renouveau français, mouvement national-catholique[1].
Il est le cadet d’une famille de quatre enfants. Il a trois grandes sœurs, avec qui il joue aux barbies. Il réalise une scolarité qualifiée de médiocre. Un enseignant évoque un « comportement très problématique […] un jeune garçon un peu suffisant et très facho ». Selon sa mère, Florence, le décrit comme « turbulent et bagarreur »[2]. Il passe une partie de sa classe de cinquième au sein d'une collège catholique privé à Notre-Dame d'Orveau. Selon un élève, il lui arrive de pousser des camarades de collège sur les voies de chemin de fer en gare d'Angers[3]. Il est renvoyé de l'établissement pour des faits de violence et des idées incompatibles avec le projet d’éducatif. Il poursuit sa scolarité à l'Espérance, un autre établissement catholique[4].
En échec scolaire, il s'engage dans la marine[2].
Il reçoit une jeep de la part de son père pour son 18ème anniversaire[2].
Enfant, il pratique le scoutisme, c'est par ce biais qu’il dit avoir commencé à « fréquenter » des membres du Groupe union défense[4].
Carrière, militantisme et premières affaires de violence
modifierCarrière dans l'armée
modifierLoïk Le Priol s'engage à l'école des mousses en 2010 à l'âge de 16 ans. À la sortie de cette école, il est affecté dans les fusiliers marins[5].
En 2011, il fait l'objet d'une fiche S par la Direction générale de la Sécurité intérieure[4]. En , la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD) — un service du ministère des Armées en charge de déjouer les menaces menées envers et par les militaires français —, émis un avis « restrictif » à son engagement dans la marine, du fait de « l’environnement familial de l’intéressé et les antécédents judiciaires de son père, connu notamment pour ses liens avec les milieux d’ultradroite ». L'institution passe outre dans le cadre de sa politique de la seconde chance[2].
Désireux d'intégrer les forces spéciales de la Marine nationale, il obtient un certificat d'opérateur commando ainsi que le béret vert et devient commando marine en 2012[2],[5]. En , à la fin de sa formation commando, différents services du ministère des armées apprennent ses liens avec le Groupe union défense (GUD) ainsi que ses actes de violences et propos racistes commis un an plus tôt. Il est convoqué par sa hiérarchie, devant laquelle il jure avoir coupé tout lien avec la mouvance. Quelques mois plus tard, il était habilité « confidentiel défense » malgré l’avis défavorable de la DRSD[2].
Il est affecté au commando de Montfort, une unité d’élite contre-terroriste, spécialisée dans la libération d’otages et les éliminations de combattants ennemis, ce qui l'amène à participer à des opérations extérieures à partir de 2013 : six mois au Niger et au Mali (dans le cadre de l'opération Barkhane), deux mois au Burkina Faso, puis cinq mois à Djibouti[5]. Selon Le Point, il aurait participé à des opérations d'élimination de chefs djihadistes au Mali entre 2013 et 2015[6]. Sa participation aux combats au Niger lui vaut d'être récompensé par deux citations militaires[7]. Il est récompensé de la Croix de la valeur militaire pour « acte de bravoure », une distinction régulièrement attribuée aux commandos de marine[2]. Un gradé qualifie sa carrière « en dents de scie », malgré un « esprit de combattant », ses « excès de confiance », de son « manque de maturité et de respect de l’institution militaire ». Il collectionne des notations « en deçà de l’approbation normale » en 2014 et 2015, ce qui l'aurait entravé sur la suite de sa carrière dans la Marine. Il change plusieurs fois d'unité, du fait de son intégration difficile et de rejet par ses frères d'armes, en raison de son comportement[2],[4].
Son casier judiciaire mentionne une condamnation pour violences en 2013[8]. Il écope par ailleurs de deux sanctions disciplinaires en 2014 et 2015 pour avoir commis une négligence dans l’observation d’une consigne ou d’une prescription, puis pour avoir enfreint sciemment un règlement militaire ou une consigne[9].
En 2014, son unité est envoyé sur un crash aérien survenu, où il aurait vu plusieurs cadavres[10].
En , en Corse devant l'établissement Chez Castel, avec son ami Romain Bouvier, il agresse deux jeunes de 19 ans qui montent dans sa jeep[2],[3].
En 2015, il fait l'objet d'une deuxième fiche S, émise par la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), au motif d'être un « militant d’extrême droite radical susceptible de commettre des actions violentes »[4].
Il relate avoir été victime de trois extorsions avec arme, par une bande, dans son quartier. Il s'équipe d'une arme pour « amélioré [s]on sentiment de sécurité ». Il affirme avoir porté plainte, sans aboutissement [3].
Acte de violence à Djibouti
modifierEn mission à Djibouti, il est accusé d’agression sexuelle et de violences physiques, pour avoir frappé et étranglé une prostituée à Arta dans la nuit du 4 au 5 juin 2015, ce qui conduit la France à verser 350 000 francs Djibouti (environ 1 700 €) en guise de réparation, à l'État djiboutien[11],[12],[13]. Selon Mathieu Molard, rédacteur en chef de StreetPress, « l'armée française a payé pour le tirer d'affaire et il a échappé à une condamnation »[14],[8].
Retour en France et militantisme
modifierIl est rapatrié le en raison d'un trouble de stress post-traumatique, selon Var-Matin[7], avant d'être placé en position d' arrêt maladie ordinaire à compter du puis en congé de maladie de longue durée, renouvelé du au . Il est diagnostiqué à un taux d'invalidité de 60 %[2]. Le , alors qu'il arrive à la fin de son congé maladie, la Marine nationale met définitivement fin à son contrat d'engagement et il est rendu à la vie civile. L'enquête interne de l'armée lui vaut de perdre son contrat militaire en [7],[15]. Il en est renvoyé après deux années d'arrêt maladie[8], « au motif de son implication dans des actes de violence graves, incompatibles avec l'état de militaire »[16]. Il quitte la Marine avec le grade de quartier-maître de 2e classe[17].
Sa famille acquière un domaine à Draguignan (Var) pour qu'il s’investisse dans l’oléiculture[2].
En août 2015, il aurait vécut une évacuation sanitaire, avant d’entamer un traitement lourd et de bénéficier d’un suivi médical.
Entre temps, de retour en France, il milite dans le syndicat d'extrême droite Groupe union défense (GUD)[1], dont il serait devenu l'un des dirigeants selon le site antifasciste du Réseau d'étude, de formation et de lutte contre l'extrême droite et la xénophobie (REFLEXes)[11]. D'après Le Point, depuis son retour de mission en 2015, il fréquente les milieux d'extrême droite « quasiment à plein temps » et poursuit pendant un temps une relation avec l'une des filles de Frédéric Chatillon, ancien militant du GUD proche de Marine Le Pen[6].
Entrepreneuriat
modifierEn , il lance avec sa compagne de l'époque la marque de vêtements « Babtou Solide Certifié » — (le mot babtou est obtenu par inversion des syllabes de toubab, un terme utilisé en Afrique de l'Ouest pour désigner les Blancs d'ascendance européenne — visant un public identitaire[18],[19]). Des personnalités d'extrême droite comme Julien Rochedy ou Christian Piquemal en font la promotion[18]. L'entreprise est radiée du registre national du commerce et des sociétés en . Le Priol se lance ensuite comme revendeur indépendant pour une société de ventes multiniveaux[11], puis rejoint l'entreprise de réparation et de location de Jeeps militaires de son père[20].
En , il apparaît aux côtés de son ami Romain Bouvier au volant d'un véhicule de l'avant blindé de l'armée française dans le clip La Zone du rappeur Ninho[6].
Affaires judiciaires
modifierCondamnation pour violences
modifierEn , son ami Romain Bouvier et lui, ivres, agressent à coup-de-poings américains et de gaz lacrymogène deux personnes de dix-neuf ans qui se prenaient en photo dans[2] la Jeep de Le Priol. L'une des victimes se voit prescrire six jours d'incapacité temporaire de travail. Bouvier et Le Priol sont condamnés en 2017 à une peine d'un an de prison avec sursis et à 2 000 € chacun pour le préjudice moral[à vérifier][6],[21],[22].
Conduite sous l'empire de l'alcool
modifierLe , Le Priol sort de boîte de nuit accompagné de Julien Rochedy, Romain Bouvier et de deux jeunes filles. Au volant de sa Jeep, il perd le contrôle de son véhicule dans un tunnel parisien. L'une de ses passagères, Clémence est grièvement blessée, dans le coma[23], Bouvier est atteint d'une commotion pulmonaire[24]. Il écope pour ces faits en d'une peine de prison avec sursis pour conduite en état d'ivresse[25].
Affaire Édouard Klein
modifierLe à 1h du matin avec quatre complices — Logan Djian alors chef du Groupe union défense (GUD), Romain Bouvier, Kleber Vidal et Geoffrey Le Noir[16] —, il humilie, tabasse et menace de mort Édouard Klein, ancien président du GUD. Dans les neuf vidéos de la scène de violence, qu'il filme, il déshabille la victime, la frappe et la menace de sodomie en brandissant un couteau[1],[26],[27]. La victime porte plainte le lendemain et déclare les jours suivants plusieurs ecchymoses, une fracture de l’arcade gauche et une triple fracture de la mâchoire , ainsi que 21 jours d'arrêt de travail[23]. Pour ces actes de torture, Le Priol et Logan Djian sont mis en examen et placés en détention provisoire[28]. Après dix jours d'incarcération, le , une caution de 25 000 € chacun est versée pour leur libération par la société Financière Agos d'Axel Loustau, un ancien du GUD et par « une entreprise détenue par des proches de Djian, chargée de la propagande électorale de candidats frontistes lors des élections régionales de 2015 »[29],[30],[31]. Le , Mediapart révèle l'une des vidéos et une bande son d'une seconde vidéo de l'agression[32].
Selon Marianne, le motif de l'agression est serait des propos d'Édouard Klein, qui alcoolisé « se réjouissait » du coma de Clémence, et souhaite sa mort[24], en raison du tort que cela pourrait causer à Le Priol et Bouvier[23].
Les cinq hommes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel pour « violences volontaires aggravées » pour trois circonstances : en réunion, sous la menace d'une arme et avec préméditation. Le procès, maintes fois reporté, s'ouvre le [8],[16],[33],[34]. Le , il écope de quatre ans de prison dont deux fermes[35],[36] ; ses complices Bouvier et Djian sont condamnés à cinq années de prison dont trois avec sursis, Vidal à trois années de surveillance électronique dont une avec sursis et Le Noir à deux années de prison avec sursis[35].
Meurtre de Federico Martín Aramburú
modifierLe , peu avant 6 heures du matin, Loïk Le Priol, pistolet à la ceinture[37], et Romain Bouvier, tous deux sous contrôle judiciaire — ils ont interdiction de se voir[35] — sont attablés à un bar parisien. Quelques tables à côté d'eux, sont installés l'ancien rugbyman argentin Federico Martín Aramburú et son ancien coéquipier néo-zélandais Shaun Hegarty, de passage dans la capitale française pour assister au match de rugby France-Angleterre du tournoi des Six Nations 2022.
Selon une reconstitution des faits par le journal sportif L'Équipe grâce aux vidéos de surveillance, une première altercation survient lorsqu'un client alcoolisé est remis en place par Le Priol. Hegarty intervient alors pour demander au militant de mieux parler à cet individu, ce qui donne lieu à une confrontation physique entre les deux hommes qui sont séparés par un serveur[38]. Plus tard dans la soirée, Hegarty sort pour aller fumer une cigarette. Aramburú se lève pour le rejoindre, et passant derrière Le Priol assis sur sa chaise, l'attrape par la capuche et le tire violemment en arrière[38]. Une bagarre éclate entre les deux, rapidement rejoints par Hegarty et Bouvier[37].
Les deux groupes sont ensuite séparés par les videurs du bar et repartent chacun de son côté. Au moment de partir, Le Priol s'écrie « Je vais le tuer, lui ! » et exhibe son pistolet ainsi qu'un brassard police[37].
Aramburú et Hegarty descendent le boulevard Saint-Germain et font halte dans un hôtel pour soulager leurs blessures. Quand ils sortent de l'hôtel, Le Priol et Bouvier les rejoignent dans une Jeep conduite par Lyson Rochemir, la petite amie de Le Priol[39].
Bouvier est le premier à repérer les rubgymen sur lesquels il fait feu à quatre reprises, atteignant Aramburú à la cuisse et au thorax[38]. Le Priol arrive peu de temps après en courant et tire six balles sur Federico Martín Aramburú, dont quatre l'atteignent : une dans le thorax, deux dans le dos et une dans l’abdomen[38]. Le rugbyman meurt sur les lieux du drame[40],[41],[42],[43].
Rapidement identifiés grâce à des témoins et des images de vidéosurveillance[44], les trois suspects de l'affaire sont tour à tour arrêtés, mis en examen et placés en détention provisoire. La conductrice de la Jeep est interpellée le , mise en examen pour complicité d'assassinat et écrouée[45],[46]. Bouvier est appréhendé par la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) à Sablé-sur-Sarthe le [47], puis mis en examen pour assassinat et « détention d'armes » de catégories B et C et incarcéré à la prison de la Santé[48].
La cavale de Le Priol prend fin dans la nuit du 22 au lorsqu'il est contrôlé à la frontière entre la Hongrie et l'Ukraine au niveau du village de Záhony. Les autorités hongroises découvrent alors trois couteaux, un gilet pare-balles et un casque dans sa voiture[49]. En garde à vue, il leur indique qu'il a une formation militaire et qu'il souhaite combattre en Ukraine contre l'invasion russe[50]. Le , il comparaît devant le tribunal de Budapest qui annonce son intention de le remettre aux autorités françaises[51]. Le , il atterrit à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle où il est placé en rétention judiciaire[52],[53] avant d'être présenté à la juge d'instruction chargée de l'enquête. À la demande de son avocat et du procureur de la République[54], l'audience se déroule à huis clos, pour préserver la sérénité des débats selon le parquet, et en raison « des menaces de mort [...] de la communauté basque, de l’extrême gauche et de l’ultragauche » qui pèseraient sur la famille de Loïk le Priol selon son avocat. À l'issue de l'audience, Loïk Le Priol est mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire en raison d'un risque de « réitération »[55].
En , Lyson Rochemir est remise en liberté sous contrôle judiciaire après neuf mois de détention provisoire, les deux autres principaux suspects restant détenus[56].
Des injures racistes et un mobile raciste sont avancés[57],[58].
En , le parquet de Paris requiert un procès pour assassinat contre Le Priol et Bouvier, et complicité pour Lyson Rochemir, qui conduisait le véhicule, et pour complicité, recel de malfaiteur et soustraction d’objet de preuve pour Antony Sorrentino, un ami de Romain Bouvier, suspecté de l'avoir aidé dans sa cavale, et d'avoir détruit ses habits et l'arme du crime[59],[60],[61]. Après qu'un arrêt d'appel est cassé par la Cour de cassation en raison de certaines contradictions relatives aux incriminations des principaux suspects de cette affaire[62], la cour d'appel de Paris décide en que les prévenus seront jugés par la Cour d'assises de Paris[63].
Il est jugé à partir du en même temps que les trois autres personnes mises en cause[60],[25]. Lors du procès, le ministère public requiert 20 et 27 ans de prison respectivement à l'encontre de Romain Bouvier et de Loïk Le Priol, trois ans de prison dont un avec sursis pour Lyson Rochemir, et deux ans de prison avec sursis pour Antony Sorrentino[64].
Le 25 septembre 2026, Loïk Le Priol est condamné à 26 ans de prison pour meurtre et son ami Romain Bouvier à 19 ans de prison pour tentative de meurtre. La cour d'assises n'a pas retenu les qualifications d'assassinat et de tentative d'assassinat, le délai entre la bagarre et le meurtre ayant été trop court selon le président, mais n'a pas retenu également l'excuse de légitime défense l'accusé ayant tiré « trois fois dans le dos de la victime ». Qualifié de « psychopathe de bonne famille » pendant le procès, la cour a pris en compte « la rage narcissique, irrépressible et envahissante » et « la personnalité inquiétante » de Loïk Le Priol, ainsi que « l’idéologie mortifère » qu'il défendait. Elle a pris cependant en compte le « travail psychologique effectué en détention » et « des regrets exprimés ». Le président a conclu que « Federico Martin Aramburu a été la victime de l’alchimie funeste de ce duo, animé d’une fascination commune pour les armes et la violence »[65],[66]
Distinctions
modifierNotes et références
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