Luttes anticarcérales

Mouvement politique/idéologique
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Les luttes anticarcérales sont des mouvements qui militent pour l'abolition des prisons et souvent pour l'amélioration des conditions de détention des prisonniers. Elles sont liées aux mouvements pour l'abolition de la police et plus généralement à l'abolitionnisme pénal.

Pour l'abolition des prisons ! Contre l'assassinat de la liberté ![contexte nécessaire]

Historique

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XIXe siècle : Origines

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Grégory Salle, chercheur en sciences politiques au CNRS affirme : « On pourrait s’amuser à dire que l’abolitionnisme précède la prison pénale », induisant que les luttes anticarcérales existent depuis la création des premières prisons[1].

Dans son ouvrage Surveiller et punir, le sociologue Michel Foucault date la création de l'institution pénitentiaire moderne au cours du XIXe siècle. C'est autour de cette période que les premiers débats naitront, portés entre autres par les médecins et religieux catholiques, jugeant le régime d'isolement trop sévère moralement, et craignant les risques de suicide des détenus[1].

Le théoricien anarchiste russe Pierre Kropotkine est également une des premières voix à s'élever contre le système carcéral, y ayant lui-même purgé plusieurs peines.

Début du XXe siècle : Opposition anarchiste et Anarchist Red Cross

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Durant la révolution russe de 1905, des groupes anarchistes se forment, qui monteront le réseau international Anarchist Red Cross en 1907, en soutien aux révolutionnaires libertaires et socialistes incarcérés[2]. Dissoute un temps après la révolution bolchévique, l'organisation se reforme en 1919 pour faire face à la répression de ce nouveau régime autoritaire[3].

En 1924, l'organisation se développe aux Etats-Unis, sous le nouveau nom de Anarchist Black Cross (ABC), et appelle au soutien et à la solidarité envers tous les travailleurs incarcérés, en Amérique comme en Russie[4]. Des sections locales existent également en Europe, mais la plupart sont fortement réprimées et incapables d'apporter de l'aide à tous leurs camarades anarchistes faits prisonniers durant la guerre civile espagnole en 1936[2].

Des groupes d'entraide alternatifs émergent aux Etats-Unis au fil du temps, et on voit notamment une résurgence de l'ABC en 1967, durant les grands mouvements sociaux, et plus tard en 1979 grâce aux efforts de Lorenzo Kom'boa Ervin, membre du Black Panther Party, qui posera les bases de l'anarchisme noir[2],[5].

1969 - 1989 : Emergence du mouvement en Europe

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A la fin des années 1960 et au cours des années 1970, de grands mouvements sociaux s'emparent des rues de différents pays d'Europe et d'Amérique, et le mouvement abolitionniste (de la peine de mort et des prisons) s'organise dans ce contexte.

En Italie, alors que les militants ouvriers, féministes, étudiants défilent dans les rues, les cellules se remplissent et la lutte se poursuit derrière les barreaux. Un grand mouvement de solidarité s'organise, pour apporter du soutien et de l'aide de l'extérieur, pour assister aux procès et défendre la cause des détenus. La question de la torture ayant cours dans les prisons italiennes prend de l'ampleur vers la fin des années 1970[6].

Le même phénomène a lieu dans les prisons de France et de RFA : les militants d'extrême-gauche, issus de milieux étudiants et universitaires, se mêlent à la population des prisons alors majoritairement issue du sous-prolétariat. Si dans un premier temps les militants réclament de meilleures conditions de détention pour eux seuls (la tradition marxiste ayant historiquement ignoré voire stigmatisé les classes défavorisées peuplant les prisons, qualifiées de lumpenproletariat), la séparation entre les deux classes est remise en question, dans un effort pour unir leurs forces contre l'ordre établi bourgeois. L'alliance de ces deux univers transforme la prison en espace politique, en terrain de contestation[7].

Ces luttes prennent des formes diverses, qu'elles soient pacifiques (cahiers de doléances, sit-ins, revendications écrites) ou plus violentes (émeutes, mutineries). Elles seront cependant systématiquement réprimés dans la violence, la police provoquant plusieurs morts et blessés dans l'enceinte des prisons[7].

Premiers collectifs et organisations

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En France, en 1971, Michel Foucault cofonde avec Jean-Marie Domenach et Pierre Vidal-Naquet le Groupe d'Information sur les Prisons (GIP) dont le rôle est notamment de porter la parole des détenus. L'action de ce groupe permettra pour la première fois en France l'entrée de journalistes et de médias au sein des prisons[8]. A sa suite sont fondés le Comité d'Action des Prisonniers (CAP) en 1972 et le groupe Marge en 1974[9]. Ces deux groupes à tendance libertaire et anarchiste publient dans des journaux les informations sur leur lutte pour l'accès des prisonniers à la presse, à la liberté de correspondance, au parloir[10],[11].

Partout en Europe, des collectifs se forment pour demander l'amélioration des conditions de détentions, ou l'abolition totale des prisons. Au Royaume-Uni : Radical Alternatives to Prison (Alternatives radicales aux prisons, RAP)[12]; en Allemagne : Gewerkschaft der Gefangenen, Verwahrten und Untergebrachten (Syndicat des prisonniers, détenus et autres reclus)[7]; ou le mouvement terroriste d'extrême-gauche Brigate Rosse (Brigades Rouges, BR) et les Nuclei Armati Proletari (Noyaux Armés Prolétariens, NAP) en Italie[6],[13].

Années 1980 : Backlash et perte de souffle du mouvement

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Avec l'essoufflement et la répression massive des mouvements sociaux dans les années 1980, la plupart des collectifs sont dissouts ou cessent leurs activité, et les luttes d'extrême-gauche délaissent ce combat au profit d'autres plus fructueux. Les luttes, les émeutes et la formation des premiers collectifs laissera des marques dans l'histoire des droits des prisonniers : les sénateurs français reconnaitront des années plus tard en 2000 : « jusqu'au début des années 1970, l'idée que le détenu avait des droits était complètement étrangère à l'administration pénitentiaire »[7].

Par ailleurs, si les années 1980 sont souvent considérées comme une période de backlash dans les luttes anticarcérales, la chercheuse Juliette Petit souligne que cette période connait tout de même de grand épisodes de révoltes, allant jusqu'à des prises d'otages et la mort de certains manifestants[14],[15].

Les années 1980 marquent également un tournant majeur dans la lutte des détenus, qui s'éloigne des revendications d'aménagement pour s'orienter vers un abolitionnisme plus prononcé. En France, l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement socialiste, et l'abolition de la peine de mort en 1981, laisse dans un premier temps entrevoir une possible amélioration des traitements en prison, mais les résultats ne sont pas à la hauteur des revendications des collectifs[15].

Bien qu'aucune réforme majeure des prisons n'adviendra, les détenus obtiennent de premiers droits et libertés, et les groupes, associations et collectifs de solidarité avec les prisonniers continuent d'apporter de l'aide juridique, matérielle, financière, et de lutter pour les droits des détenus.

Années 1990 - aujourd'hui : Résurgence des collectifs de solidarité

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Après une décennie d'émeutes, de nouveaux groupes d'entraide émergent : la Fédération des Associations Réflexion Action Prison Et Justice (FARAPEJ) en 1980 et l'Association des Parents et Amis de Détenus (APAD)[16] qui anime l'émission de radio Parloir libre en 1985[17]. L'Observatoire international des prisons (OIP) et l'Alliance des Prisonniers En Lutte (APEL) qui publie le journal Rebelles en 1990[18].

Entre 1985 et 1992, le groupe Os Cangaceiros revendique plusieurs actions de sabotages en solidarité avec les luttes des prisonniers[19]. Ce groupe revendique également en 1990 le vol et la divulgation des plans de plusieurs prisons en cours de construction à l'époque, et publie en 1990 la brochure « 13 000 belles » qui sera en partie republiée par le journal L'Envolée n°6 de Juillet 2002[20],[21].

Globalisation de la lutte

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Faites la Lumière en Détention (AFLD)[22] est créée en 2002 et organise un rassemblement annuel le pour protester contre les décès en prison[23].

Le , pour la première fois depuis trente ans, une manifestation est organisée à Paris par l'association de lutte contre le SIDA Act Up, réunissant les militants du Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB), de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) ou de l'association Ban public, réunissant environ 500 personnes portant diverses revendications[24]. Cette mobilisation abouti à la création d'une « Coordination Anticarcérale Européenne », dissoute peu de temps après.

En 2004, le réseau Vive les Mutins soutient les révoltes de détenus, et à partir de 2007, le collectif Kaliméro organise le soutien financier des prisonniers. Plusieurs mobilisations ont lieu régulièrement, organisées par des militants ou proches de détenus, et réclamant la réforme ou l'abolition du système carcéral.

Depuis 1983, le est la journée internationale pour les prisonniers, en hommage à une grève de la faim entamée à cette date en 1976 dans les prisons du Canada[25].

Journaux

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  • Dedans Dehors (revue de l'OIP, 1997-auj.)[26];
  • L'Envolée (2000-auj.) censuré régulièrement par l'administration pénitentiaire[27];
  • Journal des prisonniers (revue du CAP, 1972-1980)[28];
  • Marge (1974-1979)[29];
  • Rebelles (1981-1982)[30]

Emissions de radio

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Notes et références

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  1. 1 2 « La fin des prisons », sur usbeketrica.com (consulté le )
  2. 1 2 3 (en) Matthew Hart, Yalensky's Fable: A History of the Anarchist Black Cross (ABC), Anarchist History Nerd Brigade, (lire en ligne)
  3. icrc, « La Croix-Rouge Anarchiste - Le Kitch de la Croix-Rouge », sur L’humanitaire dans tous ses états, (consulté le )
  4. (en) Boris Yelensky, In the Struggle for Equality: The Story of the Anarchist Red Cross, A. Berkman Aid Fund, (lire en ligne)
  5. Dana M. Williams, « Black Panther Radical Factionalization and the Development of Black Anarchism », Journal of Black Studies, vol. 46, no 7, , p. 678–703 (ISSN 0021-9347, lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 Elisa Santalena, Guillaume Guidon, « Révolutionnaires et luttes anti-carcérales dans l’Italie des années 1970 », sur Contretemps, (consulté le )
  7. 1 2 3 4 Grégory Salle, « Surmonter les murs. Les luttes anticarcérales en RFA et en France autour de 1968 », Raison présente, vol. 170, no 1, , p. 39–52 (DOI 10.3406/raipr.2009.4158, lire en ligne, consulté le )
  8. Céline Bagault, « L’expérience du Gip », dans Michel Foucault, Éditions Sciences Humaines, , 22–23 p. (ISBN 978-2-36106-399-3, lire en ligne)
  9. Grégory Salle, « Mai 68 a-t-il changé la prison française ? », Critique internationale, vol. 16, no 3, , p. 183–195 (ISSN 1290-7839, DOI 10.3917/crii.016.0183, lire en ligne, consulté le )
  10. « Sommaires du journal du CAP (1972-1980) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  11. « Sommaires du journal Marge (1974-1979) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  12. (en-GB) « History of UK Abolition », sur Abolitionist Futures (consulté le )
  13. « L’histoire d’un peuple est écrite dans ses prisons - La lutte emprisonnée, répression, droit et révolution dans l’Italie des années 1970 [présentation et bonnes feuilles] », sur lundimatin (consulté le )
  14. « Soutenance de Juliette Petit », sur Cresppa (consulté le )
  15. 1 2 « Après une décennie de luttes, quelles perspectives ? - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  16. « Sommaires du Bulletin de l'Association des Parents et Amis de Détenus (1986-1988) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur www.archivesautonomies.org (consulté le )
  17. Juliette PETIT, « Contre la loi Pasqua, la voix des détenus sur les ondes de Parloir Libre », Plein droit, no n° 138, , pp. 38–43 (lire en ligne, consulté le )
  18. Jean-Jacques Gandini, « Prisons : un état des lieux », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  19. « Sommaires de la revue Os Cangaceiros (1984- ?) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  20. Os Cangaceiros, Treize milles Belles, Clandestin, , 106 p. (lire en ligne)
  21. Collectif, L'Envolée, n° 6, Montreuil, , 32 p. (lire en ligne), p. 14-18
  22. « >Ban Public - Le portail d'information sur les prisons », sur banpublic.org (consulté le )
  23. Rue89, « Manif du 8 décembre (2) : "Pour faire la lumière sur les morts en détention" », sur Rue89 Lyon, (consulté le )
  24. CECILE PRIEUR, « Faible mobilisation pour la manifestation en faveur des détenus », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  25. « Journée de la justice pour les prisonniers - John Howard Society of Sudbury », sur John Howard Society of Ontario (consulté le )
  26. Observatoire International des Prisons, « La revue Dedans-Dehors », sur oip.org (consulté le )
  27. Collectif, « « En censurant le journal “L’Envolée”, l’administration pénitentiaire étouffe un peu plus la parole des personnes enfermées » », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  28. « Sommaires du journal du CAP (1972-1980) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  29. « Sommaires du journal Marge (1974-1979) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  30. « Les Rebelles [puis] Rebelles (1981-1982) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  31. « Les « anars » parlent aux taulards », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  32. Nebia Bendjebbour, « Radio Libertaire : Jacques Lesage de la Haye, militant anti-enfermement », sur TéléObs, (consulté le )
  33. « Parloir Libre (Émission de radio) - [Fragments d'Histoire de la gauche radicale] », sur archivesautonomies.org (consulté le )
  34. Abdel-Hafed Benotman, Ça ne valait pas la peine, mais ça valait le coup: 26 lettres contre la prison choisies par L'Envolée, les Éditions du Bout de la ville, (ISBN 979-10-91108-04-1)
  35. « La petite cuillère | émission anticarcérale » (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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