Eugénie Monrose

artiste lyrique américaine
(Redirigé depuis Mademoiselle Monrose)

Eugénie Monrose, également connue sous le nom de Mademoiselle Monrose, est une cantatrice (soprano) américaine née le à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) et morte le à Paris 16e.

Eugénie MonroseMlle Monrose
Description de cette image, également commentée ci-après
Mlle Monrose en 1861.
Nom de naissance Marie Eugénie Monrose
Naissance
La Nouvelle-Orléans (Louisiane)
Décès (à 78 ans)
Paris 16e
Activité principale Artiste lyrique
soprano
Style opéra-comique, opéra
Activités annexes professeur de chant
Lieux d'activité France, Belgique
Maîtres Gilbert Duprez
Ascendants Monrose (grand-père)
Descendants Georges Monrose (fils)
Famille Louis Monrose (oncle)
Eugène Monrose (d) Voir avec Reasonator (oncle)

Répertoire

Scènes principales

Elle est parfois confondue à tort avec Marie-Florentine Chollet (1816-1893), fille du ténor Jean-Baptiste Chollet, qui a fait carrière principalement en Belgique et a épousé sur le tard l'oncle d'Eugénie, Eugène Monrose.

Biographie

modifier

Jeunesse et études

modifier

Issue d'une famille comprenant une longue lignée d'artiste, Marie Eugénie Monrose naît le à La Nouvelle-Orléans (Louisiane)[1] de Joséphine Salomon et Charles Barizain dit Monrose[2]. Contrairement à son père, Claude-Louis-Séraphin Barizain dit Monrose, doyen de la Comédie-Française, et ses demi-frères Louis et Eugène également acteurs, Charles Barizain choisit de partir s'installer aux États-Unis pour y ouvrir une boulangerie mécanique[3]. Père d'une famille nombreuse[n 1], il est à la tête d'une entreprise florissante quand un incendie vient ruiner ses projets. Sa santé périclite dès lors et il meurt en 1848, à 44 ans.

Alors que ses frères s'orientent vers des carrières dans la médecine ou l'industrie, la jeune Eugénie, qui avait fait preuve de talents musicaux depuis son plus jeune âge, renonce à ses ambitions et épouse le 6 décembre 1853 Louis Villeneuve Porche, dont elle a une fille, Justina, trois ans plus tard. Mais le mariage ne lui apporte pas la satisfaction attendue. Elle divorce donc et décide de partir pour Paris, accompagnée de sa mère qui la confie au chanteur Gilbert Duprez. Celui-ci avait ouvert une école de chant après avoir arrêté sa carrière et quitté le Conservatoire[3]. Parmi ses élèves on compte, outre sa propre fille, Caroline Duprez, les cantatrices Marie Marimon et Caroline Miolan-Carvalho qui s'illustreront dans le répertoire de soprano pour lequel Eugénie est prédisposée. En l'espace de deux ans, ses progrès sont tels qu'elle attire l'attention de Nestor Roqueplan, directeur de l'Opéra-Comique, lors d'un concert.

Carrière

modifier

Eugénie Monrose fait ses débuts salle Favart le dans Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas[4],[5]. En tant que « première chanteuse », elle hérite des rôles de premier plan ainsi que de nombreuses créations, la plupart face à Achille-Félix Montaubry, premier ténor de la troupe. En 1860, elle crée ainsi le rôle de la marquise de Villa-Bianca dans Le Roman d'Elvire de Thomas[6],[7] et chante Dinorah dans une reprise du Pardon de Ploërmel de Giacomo Meyerbeer, « entièrement à la satisfaction du maestro Meyerbeer[4],[8]. »

Une autre de ses créations est Olga dans La Circassienne de Daniel-François-Esprit Auber le [9],[10]. La revue The Musical World la trouve « parfaitement éblouissante de grâce et de beauté dans ses trois riches costumes, surtout dans le premier acte, dans lequel son entrée enchanta toute la maison[11] ». Son interprétation dans le quatuor du premier acte est jugée « charmante et naturelle » et dans la ballade « à vocalises », le grand air et le duo d'amour du troisième acte, elle se révèle « gracieuse et déjà brillante sans pour autant être au niveau d'une Laure Cinti-Damoreau ou d'une Caroline Miolan-Carvalho ».

Elle interprète la marquise de Richmond dans la reprise par l'Opéra-Comique du Joaillier de Saint-James d'Albert Grisar le [12],[13]. Sa mère meurt en septembre 1862[14]. Un mois plus tard, elle fait ses débuts à La Monnaie dans Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas[15]. Elle y reste pour la saison mais sa reprise du rôle principal dans Le Domino noir est défavorablement accueillie au point qu’elle doit s'aliter plusieurs jours[16].

Elle crée également le rôle d'Héro dans Béatrice et Bénédict d'Hector Berlioz le au Theater der Stadt de Baden-Baden[17],[18]. Berlioz la trouva « entièrement dépourvue d'instincts musicaux » mais dotée d'une voix « fraîche et naturelle » et bien adaptée à sa partie[19].

D'un caractère impulsif, elle intente plusieurs procès à ses employeurs au cours de sa carrière. En 1861, elle refuse de partager sa loge à l'Opéra-Comique en tant qu'artiste de premier plan[20],[21]. En 1865, elle refuse de chanter le rôle de Marguerite de Navarre dans Le Pré aux clercs de Ferdinand Hérold au motif qu'il n'était « ni dans [son] emploi ni dans [son] répertoire »[22],[23]. Elle est les deux fois déboutée et condamnée aux dépens.

En 1869, elle est engagée par le directeur du Théâtre-Lyrique de Strasbourg, Émile Marck, comme première chanteuse au vu de son répertoire comprenant - affirme-t-elle - dix-neuf rôles sus parfaitement et huit autres nécessitant quelques répétitions[24]. Or une fois sur place, celle-ci refuse certaines prises de rôles, demande des délais supplémentaires et se montre fréquemment « indisposée »[25],[26],[27]. Son contrat est résilié quelques jours plus tard[28].

Après un dernier bref retour salle Favart, elle s'éloigne définitivement de la scène pour enseigner le chant, ouvrant notamment un cours à Bourges en 1880-1881[29].

Eugénie Monrose meurt le 11 décembre 1913, à l'âge de 78 ans, à la Fondation Rossini, résidence pour anciens artistes installée au 29, rue Mirabeau dans le 16e arrondissement de Paris[30],[31] et est enterrée au cimetière de Montmartre (3e division).

Vie privée

modifier

Le au Vésinet (alors rattaché à la commune de Chatou), elle accouche d'un fils, Georges, né de père inconnu[32] (reconnaissance effectuée le 16 octobre 1877[33]). Celui-ci fera une courte carrière d'acteur, notamment au théâtre de la Renaissance et au théâtre de l'Œuvre[34], avant de mourir prématurément à l'âge de 29 ans[35].

Répertoire

modifier
  • 1859 : Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas, Opéra-Comique (24 septembre) : Élisabeth Ire
  • 1860 : Le Roman d'Elvire d'Ambroise Thomas, Opéra-Comique (4 février) : la marquise de Villa-Bianca
  • 1860 : Le Pardon de Ploërmel de Giacomo Meyerbeer, Opéra-Comique : Dinorah
  • 1860 : La Part du diable de Daniel-François-Esprit Auber, Opéra-Comique (septembre) : Carlo Broschi
  • 1861 : La Circassienne de Daniel-François-Esprit Auber, Opéra-Comique (2 février) : Olga
  • 1861 : Les Deux Amours de François-Auguste Gevaert, Theater der Stadt de Baden-Baden (31 juillet)
  • 1861 : Le Pardon de Ploërmel de Giacomo Meyerbeer, Opéra-Comique (septembre) : Dinorah
  • 1862 : Le Joaillier de Saint-James d'Albert Grisar, Opéra-Comique (17 février) : la marquise de Richmond
  • 1862 : Béatrice et Bénédict d'Hector Berlioz, Theater der Stadt de Baden-Baden (9 août) : Hero
  • 1862 : Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas, La Monnaie de Bruxelles (octobre) : Élisabeth Ire
  • 1862 : Lalla-Roukh de Félicien David, La Monnaie (27 octobre) : Lalla-Roukh
  • 1862 : Les Diamants de la couronne de Daniel-François-Esprit Auber, livret d'Eugène Scribe et Henri Vernoy de Saint-Georges, Opéra-Comique
  • 1863 : Le Domino noir de Daniel-François-Esprit Auber, La Monnaie : Angèle
  • 1863 : La Chatte merveilleuse d'Albert Grisar, La Monnaie (3 février) : Féline
  • 1863 : Le Joaillier de Saint-James d'Albert Grisar, La Monnaie (7 avril) : la marquise de Richmond
  • 1863 : Le Roman d'Elvire d'Ambroise Thomas, La Monnaie (23 mai) : la marquise de Villa-Bianca
  • 1863 : Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas, Opéra-Comique (octobre) : Élisabeth Ire
  • 1864 : Zampa de Ferdinand Hérold, Opéra-Comique : Camille
  • 1864 : Lalla-Roukh de Félicien David, Opéra-Comique (11 avril) : Lalla-Roukh
  • 1864 : Le Songe d'une nuit d'été d'Ambroise Thomas, Opéra-Comique (avril) : Élisabeth Ire
  • 1864 : Lara de Louis-Aimé Maillart, livret d'Eugène Cormon et Michel Carré, Opéra-Comique (avril) : Camille
  • 1864 : Le Trésor de Pierrot d'Eugène Gautier, Opéra-Comique (5 novembre) : Lucette
  • 1865 : Le Pré aux clercs de Ferdinand Hérold, Opéra-Comique (4 mai) : Marguerite de Navarre
  • 1871 : Zampa de Ferdinand Hérold, Opéra-Comique (11 juillet) : Camille

Références

modifier
Notes
  1. ↑ Les immigrants ayant la possibilité de choisir leur patronyme à leur arrivée aux États-Unis, le nom de Monrose se substituera dès lors officiellement à celui de Barizain pour la branche américaine, contrairement à la branche française qui conservera le nom de Barizain.
Références
  1. ↑ Selon la déclaration faite le 2 juillet 1836 au bureau des Registres de naissances et décès de la Paroisse d'Orléans (non disponible en ligne). Cf. aussi « Liste des passagers à destination de la Nouvelle-Orléans », sur familysearch.org, .
  2. ↑ « Acte no  898 (vue 151/159) », registre de naissances de l'année 1804 pour la ville de Bordeaux, sur Archives départementales de la Gironde (consulté le ).
  3. 1 2 Louis-Adolphe de Pontécoulant, « Mlle Eugénie Monrose », La France musicale,‎ , p. 82 (lire en ligne)
  4. 1 2 Émile Abraham, op. cit., p. 30 sur Google Livres.
  5. ↑ Henry Lyonnet, op. cit., p.459 sur Gallica.
  6. ↑ Alexandre Dumas et Adolphe de Leuven, op. cit., « Personnages »
  7. ↑ Nicole Wild et David Charlton, op. cit., p.394.
  8. ↑ S. de Noailly, « Revue dramatique », Les Beaux-arts,‎ , p. 435 (lire en ligne, consulté le ).
  9. ↑ Eugène Scribe, op. cit., p. 1.
  10. ↑ Nicole Wild et David Charlton, op. cit., p.192.
  11. ↑ (en) The Musical World, 16 février 1861.
  12. ↑ Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Adolphe de Leuven, op. cit., « Personnages ».
  13. ↑ Nicole Wild et David Charlton, op. cit., p.293.
  14. ↑ « Brève », L'Univers musical,‎ , p. 83 (lire en ligne).
  15. ↑ François-Joseph Fétis, Correspondance, Mardaga, (ISBN 978-2-87009-947-6, lire en ligne).
  16. ↑ Jacques Isnardon (préf. Arthur Pougin, ill. Dardenne), Le Théâtre de la Monnaie depuis sa fondation jusqu'à nos jours, (lire en ligne), p. 460.
  17. ↑ Hector Berlioz, op. cit. p.1.
  18. ↑ Nicole Wild et David Charlton, op. cit., p.160.
  19. ↑ David Cairns, op. cit., p.640.
  20. ↑ « 3855. Actrice. Jouissance d'une loge. Acte de tolérance. », Journal des tribunaux de commerce,‎ , p. 178 (lire en ligne).
  21. ↑ Désiré Dalloz, « Théâtre, Administration intérieure, Loges d’artistes. Distribution, Directeur. », Jurisprudence générale du royaume en matière civile, commerciale et criminelle,‎ , p. 47 (lire en ligne).
  22. ↑ « Bulletin des tribunaux », Le Constitutionnel,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  23. ↑ Francisque Sarcey, « Théâtres », Le Journal illustré,‎ , p. 134-135 (lire en ligne).
  24. ↑ Edmond Thiaudière, « Chronique judiciaire », La Vogue parisienne,‎ , p. 6 (lire en ligne).
  25. ↑ Petit-Jean, « Courrier du palais », Le Monde illustré,‎ , p. 78 (lire en ligne).
  26. ↑ Ary Stéphen, « Le Palais : Un impresario strasbourgeois dans l'embarras », Paris-journal,‎ (lire en ligne).
  27. ↑ « M. Marck, directeur du théâtre de Strasbourg, contre Mlle Eugénie Monrose — Demande en résiliation d'engagement », Gazette des tribunaux,‎ , p. 60 (lire en ligne).
  28. ↑ « Tribunaux », Le National,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  29. ↑ Madeleine et Jean-Paul Cabarat, Le Chant d'une ville : la musique à Blois du XVe au XIXe siècle, (lire en ligne), p. 215 :
    « Les amateurs d'art lyrique goûtèrent au plaisir de travailler avec Eugénie Monrose de l'Opéra-Comique, élève de Louis Duprez, qui ouvrit un cours de chant en 1880 et 1881. »
    .
  30. ↑ « Acte no 182 (vue 27/31) », registre des décès de l'année 1913 pour le 16e arrondissement, sur Paris-Archives (consulté le ).
  31. ↑ « Courrier des spectacles », Le Gaulois,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  32. ↑ « Acte no 153 (vue 61/279) », registre des naissances, mariages et décès de l'année 1873 pour la ville de Chatou, sur Archives départementales des Yvelines (consulté le ).
  33. ↑ « Acte no 138 (vue 97/189) », registre des naissances, mariages et décès de l'année 1877 pour la ville de Chatou, sur Archives départementales des Yvelines (consulté le ).
  34. ↑ Eugénie Monrose sur Les Archives du spectacle.
  35. ↑ « Acte no 1795 (vue 6/25) », registre des décès de l'année 1902 pour le 16e arr., sur Paris-Archives (consulté le ).

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier

Liens externes

modifier