Mungos gambianus

espèce de mammifères
(Redirigé depuis Mangouste de Gambie)

Mangouste de Gambie, Mangue de Gambie

Mungos gambianus
Description de cette image, également commentée ci-après
Illustration d’une Mangouste de Gambie dessinée par Joseph Wolf dans The carnivores of West Africa, 1974.
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Ordre Carnivora
Famille Herpestidae
Sous-famille Herpestinae
Genre Mungos

Espèce

Mungos gambianus
(Ogilby, 1835)

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de l'image Gambian Mongoose area.png.

Synonymes

  • Herpestes gambianus Ogilby, 1835 (Protonyme) [1]
  • Mungos gambianus J. E. Gray, 1843 [1]
  • Crossarchus gambianus Trouessart, 1904 [1]

Mungos gambianus, la Mangouste de Gambie, parfois désignée sous le nom de Mangue de Gambie, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des herpestidés. Cette petite mangouste de la sous-famille des Mungosinae, est indigènes des mosaïques de forêts et de savanes en Afrique de l'Ouest, de la Gambie au Nigeria, en passant par la Guinée. Bien qu’elle soit bien plus rare que sa cousine la mangouste mungo (Mungos mungo), l’espèce est classée Préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge de l'UICN depuis 2008.

Dénominations

modifier

Taxonomie

modifier

L'espèce a été décrite et présenté le 9 octobre 1835 par le zoologiste William Ogilby lors d'une réunion de la Zoological Society of London, au cours de laquelle il a exposé plusieurs espèces rares et inédites de mammifères et d'oiseaux rapportées de Gambie par un certain M. Rendall[5].

Ogilby a initialement décrit le spécimen sous le protonyme d'Herpestes gambianus. Il l'a rattaché au genre Herpestes tout en notant des particularités dentaires notables notamment une formule dentaire spécifique et l'absence de la fausse molaire rudimentaire décrite par Frédéric Cuvier qui, si elles n'avaient partagé autant de caractéristiques communes avec les mangoustes traditionnelles, auraient pu justifier à elles seules la création d'un genre nouveau. L'auteur a également mentionné l'examiner initialement sous le nom de Mungos, mais assorti d'un point d'interrogation en raison de l'analyse d'un unique spécimen-type[5]. La localité type se situe précisément à Cape St. Mary, en Gambie. L’espèce passera à son genre actuel en 1843. Le nom de « mangue de Gambie », lui vient aussi de son reclassement dans le genre Crossarchus survenu entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Il n’y a pas de sous-espèce ayant été décrite [1].

Phylogénie

modifier

Phylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[6], Barycka (2005)[7] et Patou et al. (2009)[8] :

Mungosinae
(Mangues)




Genre Helogale (Hélogales, Mangoustes naines)



Genre Dologale




Genre Crossarchus (Crossarches, Mangues proprement dits)





Genre Liberiictis (Mangue du Libéria)


Genre Mungos (Mungos)

Mungos gambianus (Mangouste de Gambie)



Mungos mungo (Mangouste rayée)





Genre Suricata (Suricates)

Genre Suricata (Suricate)



Description

modifier
 v · d · m  Formule dentaire
mâchoire supérieure
2 3 1 3 3 1 3 2
2 3 1 3 3 1 3 2
mâchoire inférieure
Total : 36
Dentition de la Mangouste de Gambie.

La Mangouste de Gambie est un petit carnivore au corps ramassé et trapu, doté de membres et d'une queue courts[9]. La longueur de son corps sans la queue varie de 30 à 45 cm, pour une moyenne d'environ 43 cm), tandis que sa queue mesure entre 23 et 29 cm, pour une moyenne de 24 cm[9]. Le poids des adultes oscille généralement entre 1 et 2,2 kg[9].

Son pelage présente des coloris variés : la tête, le cou et les épaules arborent des tons gris-brun, qui se teintent progressivement de roux à mesure que l'on progresse vers l'arrière du corps, les cuisses et le bas du dos affichant des teintes rousses marqués[9]. Une tache de couleur jaune à brun-argenté pâle marque la gorge, tandis que la poitrine, le ventre et la face interne des membres sont couverts de poils rouges[9]. Le cou se distingue par la présence de bandes bilatérales sombres, noires ou brun foncé, s'étendant horizontalement des oreilles jusqu'aux l'épaule[9]. Les pattes sont entièrement noirs, et la queue, mouchetée de gris, de brun et de noir, s'achève par un petit toupet de poils noirs à son extrémité[9].

Il n'existe pas de dimorphisme sexuel apparent chez cette espèce, même si les données de terrain demeurent restreintes[9]. Bien qu'elle présente des similitudes physiques avec la mangouste rayée (Mungos mungo), la mangouste de Gambie s'en différencie aisément par l'absence des 10 à 15 rayures sombres dorsales caractéristiques de cette dernière, ainsi que par des dimensions crâniennes et dentaires plus réduites[9].

Écologie et comportement

modifier

Distribution et habitat

modifier

La Mangouste de Gambie est endémique d'Afrique de l'Ouest, son aire de répartition s'étendant de la Gambie et du Sénégal vers l'ouest et le sud à travers la Guinée-Bissau, la Guinée, la Sierra Leone, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo et le Nigeria[10][9]. L'espèce est également présente au Bénin, mais aucun signalement n'est recensé au Liberia, dans le sud du Mali ni dans le sud du Burkina Faso[10]. Le fleuve Niger constitue vraisemblablement sa limite orientale[10][9]. Une mention ancienne au Cameroun découle probablement d'une confusion avec la mangouste rayée[10].

L'espèce fréquente principalement les habitats allant du sec au semi-humide au sein des zones boisées et des savanes, et a également été documentée dans les prairies, les brousses côtières ainsi que dans les milieux naturels entrecoupés de forêts artificielles[9]. Elle y est localement assez commune[11].

Activité et comportements

modifier

La Mangouste de Gambie est terrestre, diurne et grégaire. Elle vit en société au sein de groupes généralement composés de 5 à 10 individus (voire 3 à 7 selon les observations), bien que des bandes de 10 à 40 individus, et parfois plus, aient été signalées lors de la recherche de nourriture. Par exemple, des troupes comptant de quelques-uns à plus d’une quarantaine individus ont été observées dans le parc national du Niokolo-Koba, au Sénégal[11] [10][9].

Lorsqu'elles sont effrayées, ces mangoustes fuient pour se réfugier sous des termitières[9]. Les troupes occupant des territoires qui se chevauchent se montrent vraisemblablement intolérantes les unes envers les autres, un comportement similaire à celui observé chez d'autres espèces d’herpestidés territoriaux[9]. Bien qu'aucune donnée précise ne soit documentée dans la littérature concernant leurs modes de communication, il est su que l'espèce recourt à l'entraide sociale, comme l'élevage coopératif des petits par des baby sitters assurant l'approvisionnement en nourriture, le jeu et les soins, par analogie avec la mangouste rayée[9]. Aucune information n'est en revanche disponible concernant la taille de leur domaine vital[9].

Alimentation

modifier

Bien que son écologie alimentaire reste peu étudiée, la littérature dit que la Mangouste de Gambie est un animal insectivore et social qui recherche sa nourriture le jour[9]. Les rapports disponibles indiquent un régime très similaire à celui de la mangouste rayée, comprenant des arthropodes terrestres, ainsi qu'une variété de petits vertébrés tels que des mammifères et des reptiles[9]. Son rôle exact dans l'écosystème n’est pas encore pleinement documenté[9].

Reproduction et cycle de vie

modifier

Les systèmes d'accouplement de la Mangouste de Gambie n'ont pas fait l'objet d'études approfondies, mais les mâles de sa proche parente, la mangouste rayée, présentent des comportements agressifs de protection des partenaires, comme une poursuite des femelles pendant la recherche de nourriture, défense agressive avec des mouvements brusques et des charges envers les autres mâles, tandis que les femelles peuvent s'accoupler avec d'autres mâles ou bien commettre des infanticides, des comportements que l'on suspecte également chez l'espèce gambienne[9]. Pratiquant un élevage coopératif, la Mangouste de Gambie partage vraisemblablement des traits avec sa cousine rayée, à savoir des soins alloparentaux, gardiens de terrier, toilettage, jeu et approvisionnement en nourriture[9].

Bien que la reproduction demeure encore mal documentée, sans données précises sur l'intervalle de reproduction, la saisonnalité exacte, la taille des portées, la durée de gestation, le temps d'indépendance ou l'âge de maturité sexuelle, des rapports indiquent que les jeunes émergent de leurs terriers en janvier, février, juin et septembre selon la zone géographique[9].

Concernant la longévité et la mortalité, aucune donnée spécifique n'est disponible dans la littérature pour l'espèce, mais des congénères ont atteint jusqu'à 17 ans en captivité[9]. La prédation et l'infanticide constituent des causes majeures de mortalité chez les espèces du genre Mungos, avec un taux de mortalité de 72 % entre la naissance et l'indépendance chez la mangouste rayée[9]. Les informations sur la prédation de la Mangouste de Gambie sont rares, mais les grands rapaces, tels que l'Aigle couronné, connu pour chasser la mangouste libérienne sympatrique, figurent probablement parmi ses principaux prédateurs[9].

Interactions avec l’Homme

modifier

L'importance économique de la Mangouste de Gambie pour l'Homme reste peu documentée, bien que des espèces étroitement apparentées puissent être apprivoisées comme animaux de compagnie[9]. L'espèce est parfois commercialisée comme viande de brousse, un usage ayant notamment été rapporté en Guinée et au Bénin[10][9]. À l'instar d'autres espèces de mangoustes, elle pourrait potentiellement servir de vecteur à des parasites et des maladies infectieuses, bien qu'aucune information concluante ne soit disponible à ce sujet[9].

Sur le plan de la conservation, la Mangouste de Gambie est classée comme espèce de « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN[10][9]. Considérée par le passé comme le carnivore le plus abondant de la savane guinéenne[10], elle dispose de populations apparemment vastes, localement communes et sans menaces majeures recensées à l'heure actuelle[10][9]. L'espèce est présente dans plusieurs aires protégées d'Afrique, telles que le parc national du Niokolo-Koba au Sénégal, le parc national du Haut-Niger en Guinée, la réserve de biosphère du mont Nimba en Guinée, le parc national de la Comoé en Côte d'Ivoire ou encore le parc national de Mole au Ghana[10]. Elle ne bénéficie par ailleurs d'aucun statut de protection particulier sur la liste fédérale américaine, la CITES ou la liste de l'État du Michigan[9].

Notes et références

modifier

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 ASM Mammal Diversity Database, consulté le .
  2. (en) Amy Chernack (dir. et Project Co-ordinateur), Normand David et Michel Gosselin (French common names), All the Mammals of the World, Barcelone, Lynx Nature Books, , 800 p. (ISBN 978-84-16728-66-4), p. 658
  3. UICN, consulté le .
  4. Theodor Haltenorth et Helmut Diller, Mammifères d'Afrique et de Madagascar, Delachaux et Niestlé, , 400 p. (ISBN 978-2-603-00568-2), p. 194
  5. 1 2 Ogilby 1835, p. 97-105.
  6. G. Veron, M. Colyn, A.E. Dunham, P. Taylor et P. Gaubert, « Molecular systematics and origin of sociality in mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 30, no 3, , p. 582-598 (PMID 15012940, DOI 10.1016/S1055-7903(03)00229-X, Bibcode 2004MolPE..30..582V)
  7. E. Barycka, « Evolution and systematics of the feliform Carnivora », Mammalian Biology, vol. 72, no 5, , p. 257-282 (DOI 10.1016/j.mambio.2006.10.011)
  8. M. Patou, P.A. Mclenachan, C.G. Morley, A. Couloux, A.P. Jennings et G. Veron, « Molecular phylogeny of the Herpestidae (Mammalia, Carnivora) with a special emphasis on the Asian Herpestes », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 53, no 1, , p. 69-80 (PMID 19520178, DOI 10.1016/j.ympev.2009.05.038, Bibcode 2009MolPE..53...69P, lire en ligne Accès libre)
  9. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le .
  10. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 UICN, consulté le .
  11. 1 2 (en) C. Sillero-Zubiri et F. Bassignani, « Observation of a large group of Gambian mongooses (Mungos gambianus, Ogilby 1835) in southeastern Senegal », Hystrix, (consulté le ), p. 7-9

Bibliographie

modifier
  • (en) William Ogilby, Mr. Ogilby exhibited several rare and undescribed species of Mammalia and Birds, brought from the Gambia, vol. 1835, (lire en ligne), p. 97-105

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes

modifier