Liberiictis kuhni
Mangouste du Libéria, Mangue du Libéria, Mangouste de Kühn
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VU A2cd : Vulnérable
Répartition géographique
Liberiictis kuhni, la Mangouste ou Mangue du Libéria ou de Kühn, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Herpestidés[1]. Cette petite mangouste de la sous-famille des Mungosinae, unique représentant du genre Liberiictis, est endémique d'Afrique de l'Ouest, principalement présente au Liberia et en Côte d'Ivoire[1][2]. Des analyses phylogénétiques récentes montrent qu'elle est plus proche des Mungos que des Crossarches[1]. Rare et menacée, elle est classée comme « Vulnérable » (VU) par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)[1].
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Liberiictis kuhni Hayman, 1958 selon ITIS ()[3] ;
- Nom vulgaire typique en français : Mangouste du Libéria[1] ;
- Autres noms vulgaires : Mangue du Libéria[4], Mangouste de Kühn[5].
Taxonomie
modifierL'espèce a été décrite pour la première fois en 1958 par le zoologiste britannique Robert William Hayman sur la base de spécimens squelettiques collectés au Liberia[6]. Par la suite, de plus amples travaux ont été menés pour documenter ses caractéristiques anatomiques et sa position phylogénétique au sein des Herpestidés[7]. Des études phylogénétiques récentes des Herpestidés ont démontré que le genre Liberiictis se trouve plus apparenté aux Mungos comme la Mangue rayée (Mungos mungo) qu'aux Crossarches comme le Mangue obscur (Crossarchus obscurus)[8].
Phylogénie
modifierPhylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[9], Barycka (2005)[10] et Patou et al. (2009)[11] :
| Mungosinae (Mangues) |
| ||||||||||||||||||||||||||||||
Description
modifierLa mangouste du Libéria possède un pelage principalement brun foncé à noirâtre, orné d'une raie plus sombre sur le cou et les épaules, bordée de rayures plus claires de couleur blanche. Comparée à d'autres espèces de mangoustes, elle se distingue par des griffes particulièrement longues et un museau allongé doté de dents de petite taille par rapport aux dimensions de son crâne. Sa queue est touffue et s'effile vers l'extrémité, mesurant un peu moins de la moitié de la longueur de la tête et du corps[12].
Écologie et comportement
modifierRépartition et habitat
modifierCette espèce est inféodée aux forêts tropicales humides d'Afrique de l'Ouest. Elle n’est connue uniquement dans le nord-est du Liberia et dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. Des données récentes obtenues par pièges photographiques ont confirmé sa présence dans le parc national de Sapo, soit environ 80 km plus au sud que les mentions antérieures pour le Liberia. Bien qu'elle n'ait pas été détectée lors d'études de prospection et de piégeage photographique menées dans les monts Putu, au sud-est du pays, des témoignages locaux indiquent qu'elle y était historiquement présente et qu'elle pourrait y subsister à de faibles densités. Son aire de répartition potentielle est susceptible de s'étendre aux habitats favorables du sud de la Guinée[1].
Elle fréquente aussi bien les forêts primaires que secondaires, se rencontrant principalement dans les forêts marécageuses et le long des cours d'eau dotés de sols sableux profonds où les vers de terre abondent. Bien qu'elle puisse être présente en forêt secondaire, le manque de sites de gîte et de refuges adaptés peut restreindre sa distribution[1].
Alimentation et activités
modifierDes observations comportementales et des analyses de fèces indiquent qu'elle se spécialise dans la consommation de vers de terre, bien que de petits vertébrés et des larves d'insectes puissent également être ingérés lorsqu'elle fouille le sol à la recherche de vers. Des fruits tombés au sol sont également consommés[1].
Elle utilise ses robustes griffes et son long museau pour fouiller activement la litière de feuilles et retourner le sol. Elle vit et se déplace généralement en groupes familiaux ou en meutes comptant de 3 à 8 individus, bien que des rassemblements plus importants aient pu être observés[13]. Ses activités de fouille de la litière modifient considérablement le sol forestier — au point de pouvoir retourner l'ensemble de la surface d'un sous-bois en l'espace de plusieurs mois —, ce qui influence directement la prédation et la germination des graines[14]. La période de reproduction coïncide généralement avec la saison des pluies, favorisée par une plus grande abondance de proies[12].
Menaces et conservation
modifierLa mangouste du Libéria est évaluée comme espèce « Vulnérable » (VU) sur la liste rouge de l'UICN[1]. Bien qu'aucune information fiable ne soit disponible sur l'état global exact de ses populations, le premier spécimen vivant n'ayant été documenté qu'en 1989, il est établi qu'elle régresse dans de nombreuses régions. Dans le parc national de Taï, les densités de population ont été estimées à environ 1,5 individu par kilomètre carré. L'espèce semble présenter naturellement de faibles densités, par rapport à d'autres espèces d’Herpestidés, dans certaines parties de son aire de répartition[1].
Cette classification se justifie par une population totale estimée à environ 5 200 individus matures (calculée sur la base d'une aire de répartition de 78 000 km², d'une densité de population estimée à moins de 1 individu pour 10 km², et d'une proportion d'individus matures de 67 %) ainsi que par un déclin démographique soupçonné d'au moins 10 % au cours des 12 années précédentes (en supposant une durée de génération de quatre ans). Ce déclin est principalement attribué à la perte d'habitat dans les forêts de Haute-Guinée, combinée aux impacts de la chasse[1].
Les menaces pesant sur l'espèce incluent la perte d'habitat causée par l'agriculture, l'exploitation forestière et l'exploitation minière, ainsi que la chasse à l'aide de chiens, de fusils et de collets. L'espèce fait également l'objet d'une chasse intensive pour sa viande de brousse dans l'ensemble de son aire de répartition. Par ailleurs, elle peut être vulnérable à l'utilisation de pesticides dans les plantations forestières, les vers de terre étant connus pour accumuler des toxines à des concentrations dangereuses pour les mammifères prédateurs[1].
En matière de mesures de conservation, l'espèce est connue pour être présente dans le parc national de Taï et le parc national de Sapo[1]. L'instabilité politique et les conflits armés dans les régions de son aire de répartition ont cependant entravé les efforts de recherche et de suivi biologique à long terme[1]. De plus, l'espèce héberge des parasites spécifiques, tel que le pou broyeur Felicola liberiae[15].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 UICN, consulté le .
- ↑ « Genus Liberiictis », sur Mammal Species of the World (consulté le )
- ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
- ↑ Haltenorth et Diller 1977, p. 196.
- ↑ David Attenborough, Atlas du vivant : du big bang à l'effet de serre, Paris, Nathan, , 206 p. (ISBN 2-09-294111-9)
- ↑ (en) Robert W. Hayman, « A new genus and species of West African mongoose », The Annals and Magazine of Natural History, 13e série, vol. 1, no 1, , p. 448–452 (DOI 10.1080/00222935808650967)
- ↑ (en) Duane A. Schlitter, « Notes on the Liberian Mongoose, Liberiictis kuhni Hayman, 1958 », Journal of Mammalogy, vol. 55, no 2, , p. 438–442 (DOI 10.2307/1379011, lire en ligne)
- ↑ UICN, consulté le .
- ↑ G. Veron, M. Colyn, A.E. Dunham, P. Taylor et P. Gaubert, « Molecular systematics and origin of sociality in mongooses (Herpestidae, Carnivora) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 30, no 3, , p. 582-598 (PMID 15012940, DOI 10.1016/S1055-7903(03)00229-X, Bibcode 2004MolPE..30..582V)
- ↑ E. Barycka, « Evolution and systematics of the feliform Carnivora », Mammalian Biology, vol. 72, no 5, , p. 257-282 (DOI 10.1016/j.mambio.2006.10.011)
- ↑ M. Patou, P.A. Mclenachan, C.G. Morley, A. Couloux, A.P. Jennings et G. Veron, « Molecular phylogeny of the Herpestidae (Mammalia, Carnivora) with a special emphasis on the Asian Herpestes », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 53, no 1, , p. 69-80 (PMID 19520178, DOI 10.1016/j.ympev.2009.05.038, Bibcode 2009MolPE..53...69P, lire en ligne
) - 1 2 (en) Corey A. Goldman et Mark E. Taylor, « Liberiictis kuhni », Mammalian Species, no 348, , p. 1–3 (DOI 10.2307/3504105, lire en ligne)
- ↑ (en) B. Grzimek, N. Schlager, M. Olendorf et C. McDade, Grzimek's Animal Life Encyclopedia, New York, Thomson Gale, , 347–358 p.
- ↑ (en) Amy E. Dunham, « Soil disturbance by vertebrates alters seed predation, movement and germination in an African rain forest », Journal of Tropical Ecology, vol. 27, no 6, , p. 581–589 (DOI 10.1017/s0266467411000344)
- ↑ (en) K. C. Emerson et Roger D. Price, « A new species of Felicola (Mallophaga: Trichodectidae) from the Liberian mongoose (Liberiictis kuhni) », Proceedings of the Biological Society of Washington, vol. 85, no 33, , p. 399–404
Liens externes
modifierGenre Liberiictis
modifier- (en) Catalogue of Life : Liberiictis Hayman, 1958 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Liberiictis Hayman, 1958
- (en) Animal Diversity Web : Liberiictis
- (en) NCBI : Liberiictis (taxons inclus)
Espèce Liberiictis kuhni
modifier- (fr + en) ITIS : Liberiictis kuhni Hayman, 1958
- (en) Animal Diversity Web : Liberiictis kuhni
- (en) NCBI : Liberiictis kuhni (taxons inclus)
- (en) UICN : espèce Liberiictis kuhni Hayman, 1958 (consulté le )