Mouvement social d'octobre 2026 en France
Le mouvement social d'octobre 2026 en France désigne des journées de mobilisation hebdomadaires contre la vie chère, dans le contexte du choc pétrolier de 2026 et du mouvement lycéen et étudiant à la fin de la seconde présidence d’Emmanuel Macron, et débutant le samedi 17 octobre 2026.
| Mouvement social d'octobre 2026 en France | |
Rassemblement sur la place de la République à Paris le . | |
| Type | Mouvement social, manifestations, émeutes, pillages, incendies |
|---|---|
| Pays | France |
| Organisateur | Coordination de Gilets jaunes, syndicats de salariés et agricoles, organisations lycéennes et étudiantes, organisations politiques |
| Date | Depuis le |
| Revendications | Contre la vie chère, pour un meilleur pouvoir d'achat et de meilleurs moyens pour les services publics Dénonciation des violences policières Défense des libertés publiques Soutien du mouvement lycéen et étudiant de 2026 Démission d'Emmanuel Macron et du gouvernement Lecornu II (Gilets jaunes) |
| Fréquentation | 550 000 à 800 000 (17 octobre) 410 000 à 800 000 (24 octobre) 320 000 à 500 000 (31 octobre) |
| Bilan | |
| Morts | 1 à 2 manifestants (Paris, 17 octobre) |
| Répression | |
| Arrestations | 2 397 (17 octobre) 1 314 (24 octobre) 779 (31 octobre) |
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La première journée est marquée par des émeutes et des pillages d'une ampleur exceptionnelle dans de nombreuses villes, ainsi que par la mort d'un manifestant à Paris. Le mouvement donne lieu à de vifs débats sur la stratégie de maintien de l'ordre, mise en cause à la fois pour son incapacité à empêcher les violences et pour les blessures graves infligées à des manifestants, sur les agressions de manifestants par des groupes d'extrême droite et l'attitude des forces de l'ordre à leur égard, ainsi que sur les restrictions apportées au droit de manifester, contestées devant les juridictions administratives.
Contexte
modifierMouvement lycéen
modifierLe mouvement naît à Mayotte, où le lycée du Nord d'Acoua est bloqué à partir du [1], puis gagne la métropole le au lycée Saint-Exupéry de Créteil. Il s'étend en quelques jours à l'ensemble du pays : le , plus de 1 000 lycées sont concernés selon le ministère de l'Intérieur[2]. Les lycéens dénoncent le manque d'enseignants, la vétusté des bâtiments, des emplois du temps surchargés et réclament la suppression de Parcoursup[3],[4]. Les universités rejoignent ensuite la mobilisation[5].
La réponse policière est très critiquée. Le , le ministère de la Justice recense près de 8 000 gardes à vue depuis le début du mouvement, en grande majorité de mineurs[6]. Plusieurs lycéens sont grièvement blessés, dont un élève de 15 ans amputé d'une main par une grenade à Lens le [7]. Au , 83 enquêtes ont été confiées à l'IGPN et à l'IGGN[8].
À l'approche du , le mouvement est rejoint par différentes organisations syndicales comme la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération paysanne[9].
Organisation sur Internet
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L’appel à manifester le est lancé sur TikTok en par un créateur de contenu connu sous le pseudonyme « V2 » ou « v2.95 », avant d’être relayé par différents groupes et organisations, sans affiliation politique établie[10]. Le mouvement est pensé pour mobiliser massivement en se déroulant au début du weekend des vacances scolaires de la Toussaint[11].
À l’approche de la manifestation, différentes actions sont mises en place par différents acteurs pour faire parler du mouvement et mobiliser. De nombreuses vidéos d’appel à la mobilisation circulent sur les réseaux sociaux[12]. Des cartes collaboratives en ligne indiquent les lieux de manifestations[13] et donnent des conseils sur la présence de forces de l’ordre, de barricades ou encore de gaz lacrymogènes[14]. Le , le site des Républicains est victime d’une action de défacement. Le contenu de la page est remplacé par un appel à la mobilisation pour le lendemain ainsi que des conseils pour s’organiser dans les manifestations[15],[16].
Résurgence du mouvement des Gilets jaunes
modifierSelon Intelligence Online, la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT) alerte l'exécutif les mois précédents « sur un embrasement à venir ». Selon plusieurs sources, une résurgence du mouvement des Gilets jaunes est envisagée sous une forme différente et potentiellement plus violente[17],[18].
Revendications
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Les revendications sont multiples selon les différents mouvements, mais se regroupent sur la dénonciation de la baisse du pouvoir d’achat, la vie chère, la dégradation des conditions de vie, la dégradation des services publics et la demande de moyens supplémentaires au gouvernement[19].
Les lycéens et les étudiants demandent la suppression ou la réforme en profondeur de la plateforme Parcoursup ainsi que des investissements dans l'éducation à hauteur de 10 milliards d'euros[20]. En soutien au mouvement lycéen, les Gilets jaunes protestent contre l'inflation et la hausse des prix du carburant. L'appel « Jaunes et jeunes » dénonce notamment le projet du budget de 2027 concernant le gel des allocations et des salaires des fonctionnaires[21],[22]. Les syndicats tels que la Confédération générale du travail (CGT), Union syndicale Solidaires (Solidaires) et la Confédération paysanne (Conf') dénoncent également la vie chère. La CGT demande au gouvernement d'aller chercher l’argent « dans les poches des milliardaires, des rentiers, des plus grandes entreprises ». Solidaires proteste contre « l'inflation, la dégradation des conditions de vie, la casse des services publics et l'explosion de la précarité ». La Conf' demande d'agir contre le changement climatique, de développer les services publics et la justice sociale, ainsi que de garantir l’accès à une alimentation de qualité[23],[21].
Déroulement
modifier17 octobre 2026
modifierLa première journée réunit 550 000 manifestants selon le ministère de l'Intérieur, répartis dans 110 manifestations[24], et 800 000 selon les organisateurs ; à Paris, le cortège compte environ 110 000 personnes[25]. Environ 60 000 policiers et gendarmes sont mobilisés[26].
Si la plupart des cortèges se déroulent dans le calme, la journée est marquée par des émeutes, des incendies et des pillages d'une ampleur exceptionnelle à Paris et dans de nombreuses villes de province, détaillés plus bas. À Paris, les premiers tirs de gaz lacrymogène ont lieu place de la République dès 12 h 19, avant le départ du cortège[27]. Le ministère de l'Intérieur recense 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement[28]. Un manifestant de 59 ans meurt à Paris et plusieurs manifestants, dont des mineurs, sont grièvement blessés (voir ci-dessous). Des militants d'extrême droite prennent également part aux violences dans plusieurs villes (voir ci-dessous).
Le , Emmanuel Macron s'adresse aux Français et attribue les violences à des « factieux » d'ultragauche rejoints par des délinquants[29]. Le , un homme ouvre le feu sur des passants à Trappes et La Verrière, tuant une personne ; il déclare avoir voulu venger les commerçants pillés en visant des personnes en fonction de leur couleur de peau[30].
24 octobre 2026
modifierL'« acte II » rassemble 410 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et plus de 800 000 selon la CGT ; à Paris, 110 000 selon la préfecture et 250 000 selon la CGT[31]. Elle se tient sous un dispositif de sécurité considérablement renforcé et dans un contexte de multiplication des interdictions de manifester et des couvre-feux, le cortège parisien étant relégué en périphérie de la capitale (voir ci-dessous et ci-dessous).
Les violences sont nettement moins importantes qu'une semaine plus tôt[32]. Le ministère de l'Intérieur recense 1 314 interpellations[33], ainsi que 267 membres des forces de l'ordre et 150 manifestants blessés, dont trois gravement[34]. La journée est également marquée par des agressions de manifestants par des groupes d'ultradroite dans une quinzaine de villes (voir ci-dessous). À Orléans, une manifestation antifasciste contre le congrès du Rassemblement national réunit entre 13 000 et 26 000 personnes sans incident[35].
31 octobre 2026
modifierL'« acte III », organisé le jour d'Halloween et à l'avant-veille de la rentrée scolaire, réunit 320 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et près d'un demi-million selon les organisations de jeunesse, une participation en recul[36]. Comme la semaine précédente, elle se déroule sous un régime de parcours imposés, d'interdictions locales et de couvre-feux (voir ci-dessous).
Les cortèges se déroulent majoritairement dans le calme, mais des affrontements éclatent lors des dispersions dans plusieurs grandes villes, dont Paris, Marseille, Rennes, Toulouse, Rouen et Bordeaux[37]. À Paris, un gendarme mobile est atteint par un cocktail Molotov près de la porte de Charenton. Un bilan provisoire du ministère de l'Intérieur fait état de 565 interpellations à 21 heures[38].
- Manifestation à Nancy
- Rassemblement à place de la République, avant le départ en cortège.
- Pancarte sur le thème d'Halloween.
- Pancartes sur le thème de Hunger Games.
- Des street medics continuent d'encadrer la manifestation.
Maintien de l'ordre et violences policières
modifierDoctrine et moyens engagés
modifierLe mouvement social prend le relais d'un mouvement lycéen dont la gestion policière fait déjà l'objet de vives critiques. Le , le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez déclare sur TF1 ne donner « aucune consigne de retenue » aux forces de l'ordre, tout en se réclamant des principes de proportionnalité, et demande l'emploi de l'ensemble de l'armement intermédiaire disponible[39]. Après l'amputation d'un lycéen à Lens, l'usage des grenades assourdissantes est suspendu le dans le cadre des mobilisations lycéennes[40], et Amnesty International réclame leur interdiction définitive dans toutes les opérations de maintien de l'ordre[41]. La veille du , le ministre annonce sur France 2 que tous les types d'armes intermédiaires, y compris les grenades et les lanceurs de balles de défense (LBD), pourront de nouveau être utilisés en cas de violences[42].
Après les débordements du , au cours duquel environ 60 000 policiers et gendarmes étaient engagés[26], Laurent Nuñez reconnaît des erreurs d'anticipation et annonce une doctrine revue « en volume, en réactivité et en mobilité », destinée à cibler des groupes très mobiles cherchant à disperser les forces de l'ordre[43],[44]. Pour le , 70 000 policiers et gendarmes sont mobilisés ; des gendarmes sont engagés en zone de police, des services habituellement affectés à d'autres missions et des élèves policiers sont mis à contribution, et la police vise un taux de présence de ses agents de 75 %, contre 60 % la semaine précédente[45],[43]. Le dispositif comprend des unités d'élite (RAID, GIGN, BRI), dont le ministre précise qu'elles « n'ont pas vocation à faire du maintien de l'ordre » mais à suppléer les autres forces[46], une vingtaine de blindés Centaure, une quinzaine d'engins lanceurs d'eau, des hélicoptères et des drones ; à Paris, un arrêté préfectoral autorise jusqu'à quatorze caméras aéroportées simultanées sur l'ensemble de la capitale[45],[47].
Des militaires de l'opération Sentinelle sont en outre chargés de la garde statique de bâtiments publics et de sites sensibles afin de libérer des effectifs de police et de gendarmerie ; la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon avait d'abord écarté cette option[44]. Un tel recours n'a qu'un précédent récent, en , pendant le mouvement des Gilets jaunes ; selon le chercheur Élie Tenenbaum, de l'Institut français des relations internationales, la dernière réquisition de l'armée pour des opérations de maintien de l'ordre proprement dites remonte aux grèves de 1947-1948[48]. Le député LR Jean-Louis Thiériot, membre de la commission de la Défense, estime que l'armée n'est préparée ni au maintien de l'ordre ni à l'usage proportionné de la force[44]. Pour le , le ministre évoque dans une note aux préfets un risque « très élevé » de violences urbaines et maintient un dispositif de 70 000 policiers et gendarmes[49].
Blessés graves et décès
modifierLe , un manifestant de 59 ans, Christophe M., perd connaissance boulevard de Magenta, dans le 10e arrondissement de Paris, dans des circonstances encore mal établies ; les sapeurs-pompiers peinent à le prendre en charge en raison des affrontements en cours et de la présence de gaz lacrymogène[50]. Il meurt au centre de secours de la rue du Château-d'Eau avant d'avoir pu recevoir des soins[51]. La préfecture de police évoque un arrêt cardiorespiratoire, tandis que la famille affirme qu'il ne souffrait d'aucun problème cardiaque et dépose plainte auprès de l'IGPN[50] ; son avocat accuse les autorités de « jouer la montre »[52] et la famille réclame le la communication des résultats de l'autopsie, tout en lançant un appel à témoignages[53]. L'eurodéputée Manon Aubry (LFI) demande des explications au ministre de l'Intérieur[54].
Plusieurs manifestants sont grièvement blessés le même jour. À Saint-Étienne, un adolescent de 17 ans a la main arrachée par une grenade vers 16 h 5, lors d'affrontements aux abords du centre commercial Centre Deux[55] ; l'enquête est confiée conjointement à l'IGPN et à l'IGGN, le ministre déclarant ne pas pouvoir confirmer qu'il s'agissait d'une grenade de la gendarmerie[56],[57]. Une plainte visant Laurent Nuñez pour « complicité de violences aggravées » est ensuite déposée devant la Cour de justice de la République, la réautorisation des grenades étant mise en cause[58]. À Mulhouse, une jeune fille de 17 ans perd l'usage de l'œil gauche après avoir été atteinte au visage par un projectile, une grenade lacrymogène tirée à tir tendu selon plusieurs témoins interrogés par Politis, alors que, selon ses proches, elle sortait d'un restaurant et ne participait pas à la manifestation[59] ; le parquet saisit l'IGPN d'une enquête de flagrance pour violences aggravées, en précisant que la nature du projectile n'est pas encore déterminée[60]. À Paris, le parquet ouvre une enquête pour violences par personne dépositaire de l'autorité publique après la plainte d'un manifestant blessé au crâne près de la gare du Nord[61], tandis qu'un photographe, dont l'artère fémorale a vraisemblablement été sectionnée par un éclat de grenade, est opéré en urgence à la Pitié-Salpêtrière ; sa famille porte plainte[62]. À Dijon, un lycéen de 17 ans est blessé à l'œil, selon des sources syndicales par une grenade lacrymogène, et le parquet ouvre une enquête[63] ; à Clermont-Ferrand, une vidéo montre un manifestant atteint par ce qui semble être un tir de LBD[64].
Le , trois manifestants sont grièvement blessés. À Toulouse, Tedy, un serveur de 20 ans, est blessé à la main droite vers 16 h 30 dans le quartier des Arènes, lors de la dispersion d'un attroupement au cours de laquelle les forces de l'ordre font usage de grenades de désencerclement et de gaz lacrymogènes face à des jets de projectiles ; amputé de deux doigts, il dépose plainte et le parquet saisit l'IGPN du chef de violences volontaires[65],[66] ; son avocate met en cause la décision du ministre d'autoriser de nouveau ces grenades[67]. À Clermont-Ferrand, un manifestant est grièvement blessé à la main vers 16 heures près de la place de Jaude, lors d'une dispersion au cours de laquelle, selon la police, des grenades assourdissantes ont été employées ; les informations sur la gravité de la blessure divergent, les secouristes et la préfecture démentant tout arrachement[68]. Le procureur de la République ouvre une enquête en recherche des causes et évoque l'hypothèse d'une grenade lancée par la police[69], qu'une source proche du dossier citée par Le Dauphiné libéré conteste[70] ; une vidéo largement diffusée montre un engin s'apparentant à une grenade tomber au milieu de la foule[71]. À Poitiers, un étudiant de 19 ans est gravement blessé à l'œil gauche place du Maréchal-Leclerc, après une charge de CRS suivie de tirs de grenades de désencerclement et de gaz lacrymogènes selon un photographe de La Nouvelle République[72] ; le maire Anthony Brottier demande que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la blessure[73].
Le même jour à Rouen, une vidéo montre un policier motocycliste dégoupiller et lancer un projectile qui explose aux pieds d'une femme accompagnée de ses trois enfants, dans une rue où aucun trouble n'est apparent. Le maire Nicolas Mayer-Rossignol adresse un signalement au procureur, la mère porte plainte contre X, la préfecture de la Seine-Maritime annonce l'ouverture d'une enquête judiciaire et la députée Alma Dufour saisit la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale[74]. Au total, le ministère de l'Intérieur dénombre pour le 150 manifestants blessés, dont trois gravement[34]. Au , 83 enquêtes ont été confiées à l'IGPN et à l'IGGN depuis le début du mouvement lycéen, parmi lesquelles celles portant sur les blessures de Mulhouse et de Saint-Étienne[8].
Interpellations, gardes à vue et réponse pénale
modifierLe volume des interpellations prolonge la pratique observée pendant le mouvement lycéen. Pour la seule journée du , le ministère de l'Intérieur recense d'abord 2 397 interpellations[28], chiffre porté à 2 628 dans un bilan publié une semaine plus tard, qui fait également état de 1 144 membres des forces de l'ordre blessés[75] ; 2 513 personnes sont placées en garde à vue[76]. À Paris, les commissariats sont saturés et des avocats de la Legal Team Paris dénoncent des « conditions d'enfermement contraires à la dignité humaine »[77]. Selon le Bondy Blog, publié par Mediapart, des mineurs passent la nuit au dépôt du tribunal de Bobigny dans des cellules non chauffées, sans matelas ni toilettes et souillées de déchets, et des adolescentes ne reçoivent pas de protections hygiéniques en quantité suffisante[78].
Les premières comparutions immédiates se tiennent dès le , notamment à Paris[76], à Grenoble, où dix hommes sont jugés pour émeutes, dégradations et pillages[79], et à Metz, où six hommes comparaissent pour violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, dégradations ou participation à un groupement violent[80]. À Caen, les syndicats de police Alliance et Un1té jugent au contraire les suites judiciaires « pas à la hauteur »[81]. Le , 1 314 interpellations sont recensées selon le premier bilan[75], dont 142 à Paris, où 126 personnes sont placées en garde à vue et plus de 3 000 contrôles sont effectués[82],[31] ; le ministre fait ensuite état de 1 435 interpellations, dont plus d'une centaine pour détention d'armes par destination[83]. Le , un bilan provisoire fait état de 565 interpellations à 21 heures[38].
Mises en cause et réactions
modifierLe déroulement de la journée parisienne du est au cœur des critiques. S'appuyant sur l'analyse de centaines de vidéos et de dizaines de témoignages, Mediapart affirme que les premiers tirs de gaz lacrymogène, à 12 h 19 place de la République, ont été lancés par des policiers de la BRAV-M sur des manifestants qui ne présentaient pas de menace, contrairement aux déclarations du ministre, et qu'ils ont déclenché les premiers affrontements[27]. L'Orchestre du Nouveau Monde est gazé au même moment pendant sa répétition[84], et de nombreux manifestants témoignent de leur choc face à un maintien de l'ordre qu'ils décrivent comme indiscriminé[85].
Sur le plan politique, les critiques visant le maintien de l'ordre proviennent de bords opposés. Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure condamne les casseurs mais demande une modification de la doctrine de maintien de l'ordre, tandis que la secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier et plusieurs députés insoumis réclament la démission de Laurent Nuñez ; des députés du Rassemblement national formulent la même demande en lui reprochant au contraire d'avoir été dépassé[86],[87]. Jean-Luc Mélenchon met en cause la conduite des opérations à Paris, ce que le Premier ministre Sébastien Lecornu qualifie d'« inversion dangereuse et cynique des responsabilités »[88]. Le , Emmanuel Macron exprime sa compassion envers les lycéens comme envers les policiers blessés et rappelle que des enquêtes ont été ouvertes sur les agissements de certains policiers[89].
La répression du mouvement suscite également des réactions internationales. Le , la Ligue des droits de l'Homme (LDH) annonce avoir saisi le Comité des droits de l'enfant et demande au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme d'envoyer une mission d'observation en France[90]. Le , quatre rapporteurs spéciaux du Conseil des droits de l'homme, qui ne s'expriment pas au nom de l'organisation, se disent consternés par la répression des manifestations lycéennes et étudiantes : ils jugent l'ampleur des interpellations et des gardes à vue disproportionnée et dissuasive pour l'exercice des libertés d'expression et de réunion, qualifient d'« inacceptables et injustifiables » les blessures graves infligées à des mineurs, tout en condamnant les violences contre les policiers et les dégradations[91].
Émeutes, pillages et dégradations
modifierJournée du 17 octobre
modifierDès le matin du , une centaine de personnes cagoulées s'en prennent au siège parisien de CNews et d'Europe 1, dont elles brisent des vitres ; 21 personnes sont interpellées[92]. Dans l'après-midi, plusieurs cortèges sauvages cherchent à atteindre le palais de l'Élysée et dressent des barricades rue du Faubourg-Saint-Honoré, rue Cambacérès et sur les Champs-Élysées, dans une ambiance que Le Parisien décrit comme « quasi insurrectionnelle »[93]. Des observateurs parlent d'insurrection[94] ou de guérilla urbaine, une expression reprise par une partie de la presse internationale[95].
En province, plusieurs bâtiments publics sont pris pour cible. À Limoges, l'hôtel de ville, inauguré en 1883 et inscrit monument historique, est incendié en fin d'après-midi ; le feu gagne la toiture, le campanile s'effondre et le préfet décrit le bâtiment comme « en grande partie perdu »[96],[97]. À Marseille, des manifestants forcent les portes de l'hôtel de ville et un poste de police municipale est attaqué sur la Canebière[98] ; à Bordeaux, la résidence préfectorale est saccagée et le RAID est engagé, la préfecture faisant état de plusieurs centaines d'individus violents[99],[100] ; à Lille, la mairie est brièvement envahie et le restaurant McDonald's de la Grand-Place est incendié[101],[102]. À Lyon, un pavillon de la place Bellecour abritant l'office de tourisme est incendié[103]. Les pillages de commerces touchent la plupart des grandes villes : environ 300 commerces à Marseille et 200 à Lyon selon Le Monde[104], plusieurs dizaines à Rennes, où des centaines de casseurs masqués dressent des barricades avec les matériaux d'un chantier et où la maire Nathalie Appéré déclare n'avoir « jamais vu ça »[105]. À Valenciennes, une structure de loisirs pour enfants est détruite par les flammes[106]. Les violences gagnent aussi l'outre-mer : en Guadeloupe, des pillages et des affrontements secouent l'agglomération de Pointe-à-Pitre, où trois policiers sont légèrement blessés par des tirs d'armes à feu et où un couvre-feu est instauré pour les mineurs non accompagnés[107], tandis qu'à La Réunion des affrontements et des incendies sont signalés au Port, à La Possession et à Saint-Denis[108].
Les forces de l'ordre sont la cible de violences d'une intensité inhabituelle : le premier bilan consolidé fait état de 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement[28]. Le délégué national de l'UNSA Police Rudy Manna affirme n'avoir « jamais vu une telle violence » et parle de « guérilla urbaine »[109]. Des incidents se poursuivent les jours suivants, notamment à Paris, où 108 personnes sont interpellées le et où des groupes qualifiés d'« hostiles » sont signalés à Châtelet-les-Halles[110]. Les journées suivantes sont nettement moins violentes : le , le ministère recense 24 commerces pillés[75], et le , les affrontements se concentrent sur les fins de cortège[37].
Bilan matériel
modifierSelon un premier état des lieux de CCI France, 2 488 commerces et entreprises ont été touchés le , dont 1 161 fortement dégradés (pillages, saccages, incendies), et 643 restaient fermés plusieurs jours plus tard ; les premières évaluations des assureurs dépassent le milliard d'euros, soit davantage que les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk en 2023. La fondation libérale IFRAP estime la facture à près de 910 millions d'euros de dommages matériels et 190 millions de pertes d'exploitation ; les commerces représentent l'essentiel du coût (666 millions d'euros), les destructions de biens publics étant estimées à 200 millions[111]. Les grandes enseignes de distribution comptent parmi les plus touchées : le groupe Carrefour recense une cinquantaine de magasins concernés et estime ses pertes à plus d'une dizaine de millions d'euros[112].
Le gouvernement annonce une prise en charge à 100 % du chômage partiel des salariés des commerces pillés[113]. L'indemnisation des dommages oppose toutefois assureurs et État : les dégâts causés lors d'émeutes ne sont pas couverts par défaut par les contrats, et la hausse continue de leur coût, de 256 millions d'euros pour le mouvement des Gilets jaunes à 795 millions pour les émeutes de 2023, conduit les assureurs à plaider pour un régime proche de celui des catastrophes naturelles[114]. Les maires de Paris, Marseille et Lyon, Emmanuel Grégoire, Benoît Payan et Grégory Doucet, demandent la création d'un fonds de solidarité dans le projet de loi de finances[115].
Profil des auteurs et controverse sur l'ultragauche
modifierL'exécutif attribue rapidement les violences à l'ultragauche. Sébastien Lecornu affirme que « des groupes d'ultragauche ont organisé la violence dans plusieurs villes de France »[86], et Emmanuel Macron évoque dans son allocution du des « factieux issus de groupuscules d'ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants »[29]. Plusieurs responsables de droite et d'extrême droite, dont Bruno Retailleau, Jean-Philippe Tanguy et François-Xavier Bellamy, réclament la dissolution de La France insoumise, qu'ils jugent responsable des débordements[116].
Cette lecture est nuancée par plusieurs acteurs judiciaires et policiers. Le , la procureure de Paris Laure Beccuau déclare ne pouvoir « absolument pas confirmer » que les auteurs des violences parisiennes soient politisés à l'ultragauche, la grande majorité des personnes placées en garde à vue gardant le silence et n'exprimant aucune revendication politique[117]. Selon Mediapart, un commissaire du renseignement territorial affirme qu'il est demandé aux agents d'écrire que LFI est derrière le mouvement, ce qui serait selon lui « objectivement faux » ; un responsable syndical policier évalue la part de l'ultragauche à environ 20 % des auteurs de violences, le reste étant selon lui des pilleurs sans appartenance politique. Le ministère de l'Intérieur dément avoir donné de telles consignes[17]. À la suite de ces révélations, LFI annonce vouloir poursuivre Laurent Nuñez devant la Cour de justice de la République[118]. L'ampleur même des pillages est discutée : la préfecture de police des Bouches-du-Rhône affirme que les forces de l'ordre ont fait face à 30 000 pilleurs à Marseille, dont 8 000 émeutiers[119], un chiffre que le maire Benoît Payan juge « ridicule », des sources policières évoquant selon lui plutôt 1 500 personnes[120]. Des militants d'extrême droite figurent par ailleurs parmi les auteurs de violences dans plusieurs villes (voir ci-dessous).
Défaillances du dispositif et commission d'enquête
modifierL'incapacité des forces de l'ordre à protéger les centres-villes fait l'objet de nombreuses critiques. Le Monde parle d'un « fiasco sécuritaire » résultant d'erreurs du renseignement et d'un manque d'effectifs mobilisés[104]. Laurent Nuñez assure que le dispositif n'était pas sous-dimensionné et attribue les violences à des groupes de casseurs et de pilleurs très mobiles agissant de manière dispersée[121], tandis que l'UNSA Police reconnaît que les forces de l'ordre ont été « complètement débordées », évoquant une sous-estimation du nombre de casseurs et un manque de munitions[122]. Benoît Payan dénonce la présence d'une seule compagnie de CRS le matin dans la deuxième ville de France[123], et les maires de Paris, Marseille et Lyon écrivent avoir eu le sentiment que « des pans entiers de nos villes avaient été laissés sans protection »[115]. Selon Le Canard enchaîné, le ministre, persuadé d'un essoufflement de la mobilisation, n'aurait déployé que 42 compagnies républicaines de sécurité en laissant 14 autres au repos ; le préfet de police de Paris n'aurait obtenu que la moitié des renforts demandés, tandis que des compagnies auraient été affectées à la protection des chocolateries Trogneux, propriété de la famille de Brigitte Macron, à Amiens et au Touquet[124].
Pour le criminologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, la journée traduit « une impréparation et un amateurisme total » : il met en cause l'accord tardif sur le tracé du cortège parisien, le gazage préventif de la place de la République, qui aurait favorisé l'éclatement des manifestants en petits groupes, et une posture ministérielle de défi ; il estime en outre que le recours massif aux gardes à vue pendant le mouvement lycéen a saturé la police et la chaîne judiciaire sans prévenir les émeutes[125].
À l'initiative de la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, la commission des Lois, présidée par Vincent Caure (EPR), est dotée le des prérogatives d'une commission d'enquête sur les événements du [126]. Le lendemain, Pouria Amirshahi (écologiste), Roger Vicot (socialiste) et Agnès Firmin-Le Bodo (Horizons) en sont désignés rapporteurs[127]. Le , Agnès Firmin-Le Bodo démissionne de cette fonction en dénonçant une répartition des postes contraire aux équilibres de l'Assemblée, ce que le président du groupe socialiste Boris Vallaud interprète comme une tentative de décrédibiliser la commission[128]. La commission doit commencer ses travaux le par l'audition de Laurent Nuñez[129].
Violences de l'extrême droite
modifierLe 17 octobre
modifierDès la première journée, des militants d'extrême droite sont impliqués dans des violences, tandis que cette mouvance se mobilise en ligne contre ce qu'elle présente comme des « émeutes ethniques »[130]. À Paris, des militants proches du GUD figurent parmi les casseurs qui érigent des barricades près du palais de l'Élysée ; à Nice, un groupe de vingt à trente individus cagoulés, ayant revêtu des gilets jaunes, se mêle à une manifestation pacifique et passe à tabac un homme avant de revendiquer l'agression dans une vidéo ; à Tours, plusieurs dizaines de militants proches des milieux hooligans se photographient devant la basilique Saint-Martin avec des slogans xénophobes[130]. À Rouen, des militants identitaires affrontent des contre-manifestants antifascistes ; Mediapart identifie parmi eux le dirigeant d'une agence de communication prestataire du Rassemblement national[131].
Mobilisation en vue du 24 octobre
modifierÀ quelques heures de l'« acte II », la cellule investigation de Radio France révèle que des militants identitaires, nationalistes ou royalistes se coordonnent sur TikTok, Discord et Telegram ; si certains disent vouloir « défendre les commerçants », d'autres évoquent ouvertement des affrontements et le port d'armes, et de nombreux participants annoncent vouloir se rendre à Lyon en invoquant la mort du militant identitaire Quentin Deranque dans cette ville en février 2026[132].
Agressions du 24 octobre
modifierSelon Libération, des militants d'extrême droite s'en prennent aux manifestants pendant ou en marge des cortèges dans plus d'une quinzaine de villes, parfois accompagnés de hooligans ou d'ultras de clubs de football[133]. Le ministère de l'Intérieur indique que, dans plusieurs villes, ces groupes se sont donné pour mission de protéger les commerces mais ont plus souvent cherché l'affrontement avec des militants d'ultragauche, et reconnaît qu'ils n'ont pas été systématiquement interpellés[134].
À Nice, selon la préfecture des Alpes-Maritimes, une centaine de militants masqués, vêtus de noir et portant un brassard blanc, convergent vers le centre-ville derrière une banderole « Touche pas à ma ville » en affirmant vouloir sécuriser les commerces[135]. Vers 16 h 30, de fortes tensions opposent environ 300 manifestants à une cinquantaine d'entre eux entre le port et l'avenue Borriglione, la préfecture estimant que ces derniers cherchaient l'affrontement[136] ; le maire Éric Ciotti condamne ces agressions[137]. Onze militants, interpellés dans deux véhicules où les enquêteurs retrouvent cagoules, gants, bombes lacrymogènes et un étui de matraque, sont placés en garde à vue ; dix d'entre eux sont poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de commettre des violences et leur procès est renvoyé au , les prévenus contestant toute appartenance à l'ultradroite[138],[139].
À Montpellier, des manifestants sont agressés place de la Comédie et rue de la Loge par des militants identitaires ; le maire Michaël Delafosse dénonce la présence d'une « milice d'ultra droite » et saisit le procureur, qui ouvre une enquête afin d'identifier les auteurs[140],[141]. À Nancy, une vingtaine de militants vêtus de noir et portant un brassard blanc, mobilisés par un compte Instagram intitulé « Les Templiers de Nancy », provoquent puis attaquent le cortège ; plusieurs vidéos les montrent entonner des chants nationalistes, lancer des projectiles sur des manifestants et, rue du Pont-Mouja, accompagner une charge policière, l'un d'eux armé d'une barre de bois[142],[143]. À Rouen, une vidéo diffusée par Blast montre des militants nationalistes masqués frapper un homme au sol rue Saint-Lô, à quelques pas du palais de justice, avant de se replier aux cris de « Rouen nationaliste » ; le parquet ouvre une enquête pour violences aggravées et une victime porte plainte contre X[144],[145].
Des faits similaires sont signalés ailleurs. À Toulouse, une soixantaine de militants mobilisés sur Telegram se réunissent dans le centre-ville malgré l'interdiction d'y manifester et affrontent vers 18 heures des manifestants face à l'école des Beaux-Arts, avant que les policiers ne séparent les deux groupes[146]. À Dijon, une vingtaine de supporters du DFCO rattachés par la préfecture à l'ultradroite s'en prennent aux manifestants place de la République, et des gestes s'apparentant à des saluts nazis sont relevés sur une vidéo ; le parquet ouvre une enquête pour violences avec arme en réunion[147],[141]. À Brest, trois jeunes manifestants qui se rendaient à un blocage à l'aube sont attaqués par huit individus masqués et armés, l'un d'eux souffrant d'une fracture à la main ; le maire Stéphane Roudaut condamne l'agression et se dit choqué qu'un salut nazi ait été effectué devant le monument aux morts[148]. À Bordeaux, une rixe violente impliquant des individus armés de barres de fer et de battes de baseball éclate sur les quais en fin de manifestation ; l'identité et l'appartenance politique des agresseurs font l'objet d'une vive polémique, et aucune plainte n'a été déposée selon le procureur[149]. À Tours, des manifestants affrontent près des Halles une trentaine de militants du groupe « Des Tours et des Lys », sans faire de blessés[150].
Accusations de complaisance des forces de l'ordre
modifierL'attitude des forces de l'ordre envers ces groupes suscite de nombreuses mises en cause. Libération juge « passive voire complaisante » celle observée à Nancy sur une vidéo qu'il s'est procurée[133] ; selon L'Est républicain, les militants d'ultradroite y ont pu à plusieurs reprises se réfugier derrière le cordon de gendarmes mobiles et de policiers sans être interpellés ni exposés aux gaz lacrymogènes[142]. À Montpellier, l'Observatoire des libertés publiques dénonce la présence d'une « milice d'extrême droite » aux côtés des forces de l'ordre, en s'appuyant notamment sur une vidéo où un CRS fait un signe de la main à un homme qu'il rattache à ce groupe[151] ; une enquête de Franceinfo examine une séquence rue de la Loge où un cordon de CRS situé à quelques mètres n'intervient pas pendant que des militants s'en prennent à des manifestants, une partie d'entre eux allant ensuite se réfugier derrière les policiers selon le photographe qui l'a filmée[152]. À Rouen, les images montrent qu'à l'arrivée de la police, ce sont les manifestants agressés qui sont contrôlés, tandis que les identitaires repartent sans être interpellés[140]. Mediapart publie des enquêtes faisant état d'une même passivité à Nice, à Toulouse et à Rouen[153],[154],[155], et le média Bon Pote rapporte que, dans des conversations Telegram, des membres de ces groupes affirment avoir bénéficié d'une coordination avec les forces de l'ordre[156].
Les autorités rejettent ces accusations. Des représentants des syndicats Unité et Alliance Police nationale en Meurthe-et-Moselle assurent que les policiers n'ont protégé à aucun moment les militants d'ultradroite[157]. Laurent Nuñez qualifie les allégations de collusion de « rumeurs » et affirme qu'à aucun moment ces militants n'ont travaillé en concertation avec des policiers ou des gendarmes[158], tout en demandant aux préfets de saisir la justice[134]. Interpellé au Sénat le par le sénateur socialiste Hussein Bourgi, qui dénonce une « passivité troublante », il indique avoir constaté dans une quinzaine de villes des groupes compacts « proches des groupes de combat » venus affronter des militants d'ultragauche, et assure qu'il n'y a eu « aucune complaisance » des forces de l'ordre[159]. Le lendemain, Olivier Faure demande au ministre un bilan ville par ville des violences imputables à l'extrême droite et des explications sur la manière dont ces groupes, suivis par les services de renseignement, ont pu approcher les cortèges[160], estimant que l'absence d'interpellation des agresseurs nourrit le sentiment d'un traitement inégal des violences selon leur origine politique[158].
Plusieurs procédures sont engagées. À Nancy, après un signalement du préfet, le procureur ouvre deux enquêtes, l'une sur les violences commises pendant la manifestation, l'autre, confiée à la cellule déontologique de la police nationale, sur l'action des forces de l'ordre, notamment à l'égard du groupe d'ultradroite[161] ; la sénatrice Silvana Silvani saisit également le parquet[162]. Des enquêtes sont également ouvertes à Nice, Montpellier, Dijon et Rouen[141],[134].
Restrictions de la liberté de manifester
modifierInterdictions de manifester et parcours imposés
modifierAu lendemain des violences du , plusieurs préfets interdisent les rassemblements dans l'hypercentre des villes touchées, comme à Grenoble du 22 au [163]. Le , à l'issue d'un conseil de sécurité, Emmanuel Macron recommande qu'il n'y ait « pas de manifestation dans les jours à venir » et annonce que les rassemblements demandés par des personnes « qui n'ont aucune légitimité pour cela » seront interdits par les préfets, seuls les cortèges syndicaux devant être épargnés[164]. La LDH juge cette distinction « parfaitement illégale » : sa vice-présidente, la magistrate Évelyne Sire-Marin, rappelle que les interdictions relèvent des préfets et non du président de la République, et qu'aucune interdiction générale ne peut s'appliquer à l'ensemble du territoire[165] ; selon des défenseurs des libertés interrogés par France 24, la consigne présidentielle inverse le principe selon lequel la liberté de manifester est la règle et son interdiction l'exception[166]. Saisie en référé-liberté par plusieurs associations et partis de gauche, la juge des référés du Conseil d'État rejette les requêtes le : elle estime que le chef de l'État n'a pas formellement ordonné aux préfets d'interdire les rassemblements non syndicaux, que sa déclaration n'a donc pas d'effet par elle-même sur l'exercice de la liberté de manifester, et qu'il revient aux préfets d'apprécier au cas par cas les risques de troubles à l'ordre public[167].
Pour le , plus d'une centaine de villes sont concernées par des interdictions de rassemblement, des restrictions de circulation ou des couvre-feux[168], une multiplication dont Le Monde souligne qu'elle risque de « malmener l'État de droit »[169]. Dans plusieurs villes, les interdictions visent y compris des manifestations régulièrement déclarées[47] : à Metz, le préfet refuse le parcours déposé par la CGT en invoquant les incidents du [170] ; à Avignon, la préfecture justifie l'interdiction de l'intra-muros par l'absence de déclaration dans le délai légal et par les violences de la semaine précédente[171] ; à Grenoble, l'arrêté en vigueur empêche des militants de FO de distribuer des tracts[47]. À Paris, le parcours entre la place de la Bastille et la place de la Nation est remplacé la veille par un itinéraire entre la porte d'Italie et la porte de Vincennes, la préfecture de police invoquant l'attentat de Trappes et La Verrière ; le tribunal administratif de Paris rejette le recours des organisateurs[172], après avoir en revanche réautorisé le un cortège étudiant du collectif Interfac interdit par la préfecture[47].
Les recours se multiplient devant les tribunaux administratifs, qui valident ou suspendent les arrêtés selon les cas[173]. La LDH attaque notamment les arrêtés du Mans, de Brest, de Quimper, de Marseille, de Caen, de Lille, d'Avignon et de Montpellier, et dénonce des publications tardives qui compromettent le droit à un recours effectif[174]. L'arrêté interdisant toute manifestation dans les Bouches-du-Rhône est partiellement suspendu par le tribunal administratif de Marseille[172], tandis que les juges confirment les interdictions à Besançon[175] ou à Metz, où sont également interdits les équipements de protection individuelle comme les masques à gaz[176]. Dans de nombreuses villes, des milliers de personnes manifestent malgré tout, certaines expliquant avoir rejoint les cortèges précisément pour défendre la liberté de manifester[177].
Le même schéma se répète le . À Paris, la préfecture de police interdit le parcours de la CGT entre Bastille et Nation et celui des Gilets jaunes entre Bastille et Concorde, et impose un trajet de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton[49] ; le tribunal administratif autorise le parcours Bastille-Nation, mais le Conseil d'État, saisi en appel par le ministère de l'Intérieur, annule cette décision le matin même[178]. Les manifestations sont interdites à Marseille et dans une large partie du centre de Lyon, mais autorisées dans le centre de Bordeaux[49] ; à Toulouse, tous les rassemblements sont interdits[179], tandis qu'à Metz, la préfecture autorise cette fois le cortège de la CGT[180]. Le ministre de l'Intérieur avertit que les masques d'Halloween ne constitueront pas un motif légitime de dissimulation du visage s'ils servent à « commettre des troubles à l'ordre public »[181].
Couvre-feux et contrôles préventifs
modifierÀ Paris, un couvre-feu nocturne est instauré de 23 h à 6 h autour de la place de la République et des Halles, et reconduit chaque nuit jusqu'au [182], puis rétabli dans les mêmes secteurs du 31 octobre au [49]. Le , de nombreuses villes recourent à des couvre-feux, ciblant le plus souvent les mineurs[168] ; dans l'agglomération grenobloise, il s'applique à tous de 18 heures au lendemain 6 heures dans certains secteurs[183]. Ces mesures s'accompagnent de contrôles en amont des cortèges : dans une note interne, le préfet de police de Paris Patrice Faure demande des opérations de contrôle dans les gares, aux péages autoroutiers et sur les principaux axes d'Île-de-France[47], et plus de 3 000 contrôles sont effectués dans la capitale le [82].
Projet de coupure des réseaux sociaux
modifierLe , l'ancien Premier ministre Gabriel Attal propose de pouvoir bloquer temporairement certaines plateformes sur les territoires touchés par des émeutes, comme il l'avait fait pour TikTok en Nouvelle-Calédonie en 2024[184] ; le Conseil d'État avait annulé cette suspension le , tout en admettant le principe d'une interruption nécessaire, proportionnée et limitée dans le temps[185]. Selon des documents publiés par Blast le , Sébastien Lecornu demande deux jours plus tôt aux dirigeants d'Orange, d'Iliad, de Bouygues Telecom et d'Altice France de se préparer à suspendre pendant quelques heures, par filtrage DNS, l'accès à TikTok, Instagram et Snapchat, puis à X, en cas de nouvelles violences urbaines[186]. Le courrier, présenté comme « exploratoire » et confidentiel, ne cite aucune base légale[185]. Lors d'une réunion tenue le lendemain avec le Secrétariat général du gouvernement, les opérateurs se disent incapables de limiter le blocage à certaines zones, ce qui lui donnerait une portée nationale, soulignent qu'il pourrait être contourné par un réseau privé virtuel et réclament un acte formel publié, Matignon estimant pour sa part qu'une instruction individuelle suffirait[187]. La mesure, envisagée pour le début d'après-midi du , n'est finalement pas appliquée[186].
Liberté de la presse
modifierÀ la veille du , Reporters sans frontières recense une trentaine de journalistes agressés ou empêchés de travailler depuis le début des mobilisations sociales, dont plus de la moitié le , du fait de membres des forces de l'ordre, de manifestants ou de tiers ; l'organisation rappelle que le schéma national du maintien de l'ordre garantit aux journalistes le droit de porter des équipements de protection et de couvrir les opérations de police[188].
Projet de loi « casseurs-payeurs »
modifierPrésenté en Conseil des ministres le et dont l'examen est accéléré après le début du mouvement lycéen[189], le projet de loi dit « casseurs-payeurs » est durci par la commission des lois du Sénat le [190]. Son article premier crée un régime de responsabilité civile solidaire, plafonné à 10 000 euros par personne, pour les personnes ayant sciemment participé à un groupement formé en vue de commettre des violences et pour celles s'étant maintenues dans un attroupement après deux sommations ; des dérogations sont prévues pour les personnes présentes pour un motif légitime, comme les observateurs indépendants ou les street medics, un amendement du gouvernement visant à les réserver aux seuls journalistes étant rejeté. Le Sénat crée en outre un délit de participation à une manifestation interdite, puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende, une interdiction individuelle de manifester prononcée par le préfet et la possibilité de bloquer les plateformes qui ne retirent pas sous 24 heures certains contenus appelant à la violence[191]. Le texte prévoit également la saisie de certaines prestations sociales, dont les allocations familiales, l'APL et le RSA, pour recouvrer les sommes dues, ainsi qu'un assouplissement du recours aux drones lors des manifestations[192]. Il est adopté dans la nuit du 27 au par 229 voix contre 105, avec le soutien du Rassemblement national[193],[194], puis transmis à l'Assemblée nationale[195]. La gauche y voit une atteinte à la liberté de manifester, la sénatrice écologiste Mélanie Vogel estimant que le texte « désigne des payeurs de substitution »[191] ; dès le mois d'octobre, Amnesty International critiquait le principe d'une responsabilité financière engagée sans preuve d'implication personnelle[196].
Réactions
modifierLe gouvernement et les préfectures justifient ces mesures par la nécessité de prévenir la répétition des violences du , les arrêtés invoquant les risques de troubles graves à l'ordre public[167],[171]. Pour Amnesty International France, les interdictions et couvre-feux annoncés en série constituent au contraire des restrictions graves au droit de manifester et de circuler librement, relevant d'une « surenchère uniquement sécuritaire » ; l'organisation range dans cette logique le déploiement de militaires et le projet de coupure des réseaux sociaux, et dit craindre une escalade dans l'usage des nasses, des gaz lacrymogènes et des grenades[197],[198]. Le , le commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Michael O'Flaherty, appelle les États membres à protéger la liberté de réunion pacifique et à privilégier le dialogue et la désescalade ; tout en jugeant légitime l'intervention de la police face aux pillages et aux émeutes, il rappelle que la privation de liberté ne doit jamais servir à intimider ou à dissuader une manifestation pacifique et que les autorités doivent tenir compte de la vulnérabilité des enfants[199].
Réponses du gouvernement
modifierLe , Sébastien Lecornu reçoit les organisations lycéennes et annonce le remplacement de Parcoursup en 2028, le plafonnement des classes de seconde à 28 élèves, le recrutement de 920 enseignants et l'abandon de la suppression de 800 postes prévue au budget 2027[200]. Les organisations de jeunesse jugent ces mesures insuffisantes et maintiennent leurs appels à manifester[201]. Parallèlement, le gouvernement fait adopter au Sénat le projet de loi dit « casseurs-payeurs » (voir ci-dessus).
La prochaine échéance est la journée de grève et de manifestation interprofessionnelle du , à l'appel de la CGT, de la CFDT, de FO, de l'Unsa et de la FSU[31].
Notes et références
modifierRéférences
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