Mouvement bisexuel
Le mouvement bisexuel ou militantisme bisexuel est l'ensemble des acteurs, organisations, associations, regroupements et actions promouvant la visibilité de la bisexualité et les droits des personnes bisexuelles.

Participant activement et souvent en première ligne des prémices de ce qui deviendra le mouvement LGBT dans les années 1960, les bisexuels sont alors souvent discriminés par les gays et les lesbiennes, et leurs contributions à l'égalité des droits sont fréquemment minorées ou niées. En réponse, un mouvement spécifique de défense des droits des bisexuels se structure progressivement de manière autonome à partir des années 1970 dans les pays occidentaux, en parallèle de la poursuite de l'investissement bisexuel au sein du plus général militantisme des cercles LGBT.
Vue d'ensemble
modifierLe nombre d'associations bisexuelles dans le monde s'accroît énormément au cours des années 1990. L'édition 2001 du Bisexual Resource Guide, un document produit par le Bisexual Resource Center et qui contient un annuaire des associations bisexuelles dans le monde, répertorie 352 organisations bisexuelles et 2 129 organisations bi-friendly dans 66 pays (incluant des pays aussi divers que le Botswana, la Colombie, les îles Fidji, la Hongrie, la Lituanie, la Namibie, Singapour, la Corée du Sud ou l'Uruguay)[1].
Histoire
modifierAcceptation difficile par les mouvements homosexuels
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Bien que des personnes attirées par les hommes et les femmes soient présentes dans les mouvements gays et lesbiens dès leur origine, des organisations spécifiquement bisexuelles ne naissent aux États-Unis qu'à partir des années 1970, et dans les années 1980 en Europe[2].
Les bisexuels ne sont pas toujours acceptés dans les mouvements gays et lesbiens dans les années 1950 et 1960, alors que beaucoup de personnes recherchant l'aide de ces mouvements sont elles-mêmes bisexuelles[2]. Au début du mouvement LGBT, les bisexuels sont en effet fréquemment obligés de cacher leur bisexualité, faisant face à l'hostilité des gays et lesbiennes, certains homosexuels avançant que les bisexuels échapperaient aux discriminations via un « privilège hétérosexuel »[2]. La situation s'améliore à partir des années 1970, où la bisexualité est un peu mieux acceptée, voire parfois même célébrée, des groupes comme le Gay Liberation Front ou la Sexual Freedom League (en) ayant une vision positive de la fluidité sexuelle[2].
Premiers mouvements aux États-Unis
modifierL'activisme en faveur des personnes bisexuelles commence à se développer, en particulier à San Francisco. L'une des premières organisations pour personnes bisexuelles, la Sexual Freedom League à San Francisco, est animée par Margo Rila et Frank Esposito à partir de 1967. Deux ans plus tard, lors d'une réunion du personnel du Center for Special Problems (établissement de santé mentale) de San Francisco au service des personnes LGBT, l'infirmière Maggi Rubenstein annonce être bisexuelle, pratiquant sans le savoir le premier acte de visibilisation bisexuelle. Plus tard, lorsque le groupe LGBT Bay Area lui demande d'intervenir dans un colloque, elle exige que la bisexualité soit intégrée dans leur programme comme une orientation sexuelle distincte[3].
La rébellion de Stonewall, considérée comme le début du mouvement moderne pour les droits des LGBT, est déclenchée à Stonewall en 1969. Des clients du bar, dont des personnes bisexuelles, s'opposent à la police lors d'une opération de contrôle policière[4]. Pour commémorer cela, l'année suivante a lieu la première gay pride LGBT (marche des fiertés). La militante bisexuelle Brenda Howard est nommée « Mère de la fierté »[5] en reconnaissance de son travail de coordination de cette première pride LGBT, pride dont le principe a depuis essaimé dans le monde entier[6]. Des célébrations de la pride se tiennent dans le monde entier chaque année en juin. Howard ainsi que l'activiste bisexuel Robert A. Martin et l'activiste gay L. Craig Schoonmaker popularisent le mot « pride » pour décrire ces manifestations[7],[8]. Le militant bisexuel Tom Limoncelli dit à ce sujet : « La prochaine fois que quelqu'un vous demande pourquoi les marches de la fierté LGBT existent ou pourquoi le mois de la fierté [LGBT] est juin, dites-leur qu'une femme bisexuelle nommée Brenda Howard a pensé que cela devait se faire comme ça »[9],[10].
Aux États-Unis, le National Bisexual Liberation Group (en) est créé en 1972, le Bisexual Forum suit en 1975, tous deux à New York[11]. Le San Francisco Bisexual Center, première institution au monde dédiée spécifiquement aux bisexuels, ouvre ses portes en 1976[11]. Des groupes bisexuels se créent dans d'autres villes américaines dans les années 1970 à Chicago, Détroit, Minneapolis et Washington, D.C[11].
La première vague des mouvements bisexuels est largement gérée par des hommes mariés, qui vont consacrer leurs efforts à partir du milieu des années 1980 à la crise du SIDA et progressivement abandonner les organisations spécifiquement bisexuelles qu'ils avaient mis en place[11]. Des femmes bisexuelles vont progressivement fonder de nouveaux groupes, notamment pour se soutenir entre elles et lutter contre la biphobie présente dans beaucoup de cercles lesbiens[11]. Beaucoup de ces femmes avaient été précédemment actives dans le militantisme lesbien, jusqu'à leur rejet par une orientation de « séparatisme lesbien », excluant les bisexuelles[11]. Ces militantes bisexuelles gardent toutefois une adhésion au féminisme et à des pratiques comme les espaces excluant les hommes[11]. Parmi les groupes fondés sur ces principes dans les années 1980 figurent le Boston Bisexual Women's Network, le Chicago Action Bi-Women, et le Seattle Bisexual Women's Network[11]. Des mouvements mixes sont également créés dans les années 1980 dans des villes comme San Francisco, Philadelphie, et Boston ; c'est également la philosophie de la première organisation régionale le East Coast Bisexual Network[11].
À la fin du XXe siècle, le Bay Area Bisexual Network de San Francisco fait paraitre pendant plus d'une décennie Anything That Moves, le premier magazine américain consacré aux thématiques de bisexualité[11].
Argentine
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Les militantes bisexuelles argentines se retrouvent d'abord au sein des milieux lesbiens, mais subissent un fort rejet (particulièrement des lesbiennes radfem), qui les accusent de collaboration avec le patriarcat, de trahison, ou bien estiment qu’elles sont à moitié hétéro, à moitié lesbiennes, et ne méritent pas la même place que les « vraies » lesbiennes. D'autre part, le mouvement féministe argentin est majoritairement constitué de femmes hétérosexuelles et s'intéresse peu aux problématiques d'orientation sexuelle. La première organisation de femmes bisexuelles naît en 1997 sous l'égide d'Alejandra Sardá (es), dont le coming-out bi en 1997 provoque d'importants remous parmi les militantes lesbiennes[12].
En 2012, le collectif bisexuales feministas (féministes bisexuelles) fait sa première action militante lors de la marche des fiertés de Buenos Aires ; la première rencontre Bi+ nationale a lieu en 2022, et en 2025, il existe des collectifs bisexuels dans plus de sept villes du pays[12]. En parallèle, les femmes bisexuelles sont actives au sein du mouvement féministe, participant aux Rencontres nationales des femmes (es) (1986-2022) puis Rencontres plurinationales de femmes, lesbiennes, travestis, trans, bisexuelles, intersexes et non-binaires (es) depuis 2022, des rencontres féministes rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes[12].
Brésil
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Au Brésil, le mouvement bisexuel se structure à partir de 2004, après l'exclusion des bisexuels d'une rencontre nationale de gays, lesbiennes et travestis. le Coletivo Brasileiro de Bissexuais est actif de 2005 à 2007[13]. En 2020 est créé le Front bisexuel brésilien (Frente Bissexual Brasileira). L'année suivante, des étudiants créent le Grupo Amazônida de Estudos sobre Bissexualidade (groupe amazonien d'études sur la bisexualité) ki devient national et est renommé Rede Brasileira de Estudos sobre Bissexualidade e Monodissidência (réseau brésilien d'études sur la bisexualité et la monodissidence)[14.1]. D'après une enquête de 2019, le pays compte plus d'un million d'adultes bisexuels[15].
France
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La sociologue et anthropologue Catherine Deschamps note qu'un « Groupe Bi » prend forme en France en [16], puis se structure en association, Bi'Cause, en 1997[17]. Ses statuts indiquent que cette association se donne pour but de « favoriser l'émergence d'une identité bisexuelle », lutter contre la biphobie, soutenir les bisexuels, informer le grand public sur les thématiques liées à la bisexualité, et contribuer à lutter contre les infections sexuellement transmissibles par de la prévention[17].
En 2022, le mouvement du Réveil Bi mène à la création d'une dizaine de collectifs à Paris et en région, sous l'impulsion de Floralie Resa et son manifeste pour un réveil bi[18],[19].
Royaume-Uni
modifierLa première association de bisexuels du royaume, le London Bisexual Group, est formée en 1981[14]. D'autres suivent à Édinbourg (1984), Brighton (1985), Manchester (1986) et Glasgow (1988)[14].
BiCon est un rassemblement tenu chaque année au Royaume-Uni depuis 1984[14]. Environ 200 personnes assistent aux réunions annuelles, qui se tiennent chaque année dans un lieu différent, habituellement une université[20].
Des contributions significatives mais fréquemment niées ou effacées
modifierLes bisexuels sont très actifs dans les premiers pas du mouvement LGBT[2]. Le vice-président de la Society for Human Rights (en), la première organisation homosexuelle des États-Unis (fondée en 1924), est bisexuel et marié, mais doit toutefois garder sa bisexualité secrète, car cette association refuse l'adhésion des bisexuels, prétendant qu'ils seraient moins engagés dans la cause[2].
Un autre exemple est celui de l’américaine Brenda Howard, militante bisexuelle à l'origine de la marche des fiertés en 1970, un an après les émeutes de Stonewall[21] .
De plus, malgré des décennies d'implication et de militantisme, les bisexuels ont souvent été effacés de l'histoire du mouvement LGBT, leurs contributions niées, ou ils ont été accusés d'être des passagers clandestins profitant des luttes gays et lesbiennes[6].
Références
modifier- ↑ (en) Robyn Ochs, Bisexual Resource Guide, Bisexual Resource Center, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 Beemyn 2005, p. 1.
- ↑ Anne, « Brève chronologie du mouvement bi américain », sur Bi'Cause, (consulté le ).
- ↑ (en) « TIMELINE: THE BISEXUAL HEALTH MOVEMENT IN THE US », BiNetUSA.
- ↑ (en-US) Elyssa Goodman, « Meet "The Mother of Pride," The Pioneering Bisexual Activist Brenda Howard », sur Them, (consulté le )
- 1 2 (en) San Francisco Human Rights Commission, « Bisexual Invisibility: Impacts and Recommendations », p. 5
- ↑ (en) Donaldson, Stephen (1995). "The Bisexual Movement's Beginnings in the 70s: A Personal Retrospective". In Tucker, Naomi (ed.). Bisexual Politics: Theories, Queries, & Visions. New York: Harrington Park Press. p. 31–45. (ISBN 1-56023-869-0).
- ↑ (en) « Why Is It Called Pride? », Msn.com, (consulté le ).
- ↑ (en) In Memoriam – Brenda Howard
- ↑ (en) Elyssa Goodman, « Meet Brenda Howard, "The Mother of Pride" and a Pioneering Bisexual Activist », Them.us (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Beemyn 2005, p. 2.
- 1 2 3 Laura A. Arnés, Malena Correa, Augustina Herrero, Josefina Itoiz, Agostina Invernizzi, Iris Luz Ortellao et Ayelen Pandolfi Chediac (trad. de l'espagnol par Jeanne Godard Davant, préf. Floralie Resa, postface Ayris Taban, contrbutions de Bisexual Voices et du Front d'action bisexuelle (FAB)), Bisexualités féministes: : contre-récits depuis une dissidence située [« Bisexualidades feministas »], Milgrana, coll. « Collection Grain à moudre », (ISBN 978-2-487778-01-6), p. 43-55
- ↑ (pt-BR) Inácio Saldanha, « Por uma história visível: 20 anos de Movimento Bissexual no Brasil », sur Agência Diadorim, (consulté le )
- 1 2 3 (en-GB) « A short history of the word ‘bisexuality’ », sur Stonewall (consulté le )
- ↑ p. 124
- ↑ (pt-BR) « Brasil tem 2,9 milhões de adultos que se declaram homossexuais ou bissexuais em 2019 », sur Brasil de Fato, (consulté le )
- ↑ Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 11
- 1 2 Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 118
- ↑ Gabriel-le, « Appel à communications - Perspectives bi/pan+. Les plurisexualités hier, aujourd’hui et demain », sur Bi'Cause, (consulté le )
- ↑ Camille Teste, Embrasser la bisexualité, les Renversantes, (ISBN 978-2-488051-01-9), p. 139-164
- ↑ Meg Barker, Helen Bowes-Catton, Alessandra Iantaffi, Angela Cassidy and Laurence Brewer, « British Bisexuality: A Snapshot of Bisexual Representations and Identities in the United Kingdom », sur Open University
- ↑ Equality Forum, « LGBT History Month profile: Activist, ‘Mother of Pride’ Brenda Howard », sur LGBTQ Nation, (consulté le )
Bibliographie
modifier- (en) Brett Beemyn, « Bisexual Movements », An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture, (lire en ligne, consulté le ).

- Catherine Deschamps, Le Miroir bisexuel, Balland, coll. « Le Rayon », , 299 p. (ISBN 978-2-7158-1391-5), p. 32.

- (en) Amanda Udis-Kessler, « Identity/Politics: A History of the Bisexual Movement », dans Bisexual politics, Routledge, (ISBN 9781315783758, lire en ligne)