Organisation des nationalistes ukrainiens

mouvement politico-militaire ukrainien ultra-nationaliste
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L'Organisation des nationalistes ukrainiens ou OUN (en ukrainien : Організація українських націоналістів, Orhanizatsiya ukrayins'kykh natsionalistiv ou ОУН) est un mouvement nationaliste extrémiste ukrainien créé en 1929 lors d’un congrès fondateur à Vienne, par Yevhen Konovalets et Andriy Melnyk. Elle englobe l'Organisation militaire ukrainienne (UVO)[6]. Son but était de maintenir la force de la nation ukrainienne par la dictature[6].

Organisation des nationalistes ukrainiens
(uk) Організація українських націоналістів
Image illustrative de l’article Organisation des nationalistes ukrainiens
Logotype officiel.
Présentation
Président Yevhen Konovalets (premier)
Bohdan Chervak (actuel)
Fondation 1929
Organisation paramilitaire Armée insurrectionnelle ukrainienne
Hymne Marche des nationalistes ukrainiens
Positionnement Extrême droite
Idéologie Fascisme
Ultranationalisme ukrainien
Anticommunisme[1],[2]

Ethnocratie :

Adhérents 300 000 (1944)[5]
Couleurs Rouge et noir
Site web kmoun.infoVoir et modifier les données sur Wikidata

Idéologie

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Fascisme

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L'organisation est classée selon John Alexander Armstrong en tant qu'organisation nationaliste intégrale[7]. Il n'existe pas de différence fondamentale entre fascisme et nationalisme intégral, ce dernier étant une variété de fascisme[8]. Les nationalistes ukrainiens eux-mêmes n’ont pas utilisé cette classification de nationalisme intégral, alors que les références au fascisme et au nazisme abondent dans les textes nationalistes des années 1930 et 1940. L’idéologie de l’organisation a été fortement influencée par la philosophie de Dmytro Dontsov, du fascisme italien, de Nietzsche et du nazisme, combinant un nationalisme extrême avec le terrorisme, le corporatisme et le principe du chef[9]. Selon Iaroslav Orshan, un influent idéologue de l’OUN : « Les nationalismes : fascisme, national-socialisme, nationalisme ukrainien, etc. sont différentes expressions nationales du même esprit »[10]. Par ailleurs l'OUN préconise le meurtre de masse, les propos de Stepan Bandera en 1936 sont assez explicites : « L’OUN valorise la vie de ses membres, elle lui est très chère ; mais notre idée [i.e. de la nation ukrainienne] dans notre compréhension est si grande, que lorsque nous parlons de sa réalisation, ce ne sont pas des individus isolés, ni des centaines, mais des millions de victimes qui doivent être sacrifiés pour y parvenir »[11].

Racisme

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Le maintien de la pureté raciale était un appel important aux fidèles nationalistes. Les membres de l’OUN étaient guidés par une liste de règles comportementales appelées les 44 règles de vie d’un nationaliste ukrainien une brochure idéologique clandestine rédigée par Dmytro Myron, connu sous le pseudonyme d'Orlyk[12]. Adoptant un discours hautement racialisé, et empruntant fortement aux théoriciens raciaux nazis Alfred Rosenberg et Hans Günther, le discours retrouvé sur les tracts de l'OUN distribués à ses membres ainsi que dans l'almanach édité en France énonçait[10] : « La raciologie [rasoznavstvo] est la clé de l’histoire du monde ; la maîtrise de la course est le chemin vers la politique mondiale ».

L'OUN partageait avec les nazis allemands une vision du monde basée sur un raciste biologique : « La nation a émergé de manière organique. Dans le monde, il y a une lutte constante pour l’existence, le développement et le pouvoir. Il y a une lutte entre les espèces : ... . chiens, chats, lions, aigles sont des espèces animales ; les peuples, nations et tribus sont des espèces humaines (Ukrainiens, Allemands, Moscovites, Tsiganes et Juifs) ; il existe des différences entre les humains, les animaux et les plantes, tout comme il en existe entre les espèces humaines »[13]. Ce qui est confirmé dans un autre texte fondateur de l'organisation nationaliste : « La vie de famille doit avoir un caractère ukrainien. Son contenu : les parents (le père et la mère) et les enfants doivent être ukrainiens. Les mariages mixtes (ukrainien-polonais, ukraino-moscovite, ukraino-magyar, ukrainien-juif) seront interdits et la formation de telles unions sera rendue impossible.  Nous considérons leur existence même et le fait de faire de ces unions un crime de trahison nationale »[14]. Le professeur Dr. St. Rudnytskyi, dans son livre sur la base du nationalisme ukrainien, écrit que : « les mariages mixtes avec nos voisins sont désavantageux , car ils conduisent à la dénationalisation de beaucoup et à la dégénérescence des autres. Le rejet des mariages mixtes est naturel, car il découle de l’instinct d’auto-préservation et de croissance de la nation. C’est typique de toutes les sociétés nationales [très conscientes]. Les nations en cours d’expansion respectent strictement cette loi. Par exemple, en Allemagne, les lois raciales déterminent le destin du peuple et de l’individu tout au long de sa vie (il en va de même pour les Italiens et les autres). Les peuples en déclin (spirituellement comme physiquement) ignorent cette loi, qui fait appel à l’instinct de protection personnelle. Ils sont sourds à la santé et à la croissance de la vie »[14].

En , au cours d'un congrès de l'OUN à Cracovie (alors en territoire sous contrôle allemand), Stepan Bandera s’oppose à Andriy Melnyk et fonde une aile plus radicale[15]. Il résulte de ce conflit deux courants rivaux, identifiables par l'initiale de leurs leaders : l'OUN-B (ou les « Banderivtsi »), celui de Bandera ; l'OUN-M (ou les « Melnykivtsi ») dirigée par Melnyk[15]. Toutes deux sont financées par l'Abwehr[15] et plus particulièrement par la section II consacrée au sabotage. Plus grande organisation d'extrême droite ukrainienne active durant l'entre-deux-guerres sur le territoire de la Seconde république polonaise où elle participera à la Shoah[16],[17], elle était principalement active avant, pendant et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. Son idéologie a été qualifiée par les chercheurs de forme ukrainienne de fascisme, prônant le Führerprinzip, un culte de la violence politique, le racisme et un antisémitisme virulent[16],[18].

À compter de 1945, l'OUN-B poursuit son action armée contre les Soviétiques, et maintient une activité politique et militaire clandestine en Ukraine jusqu’à la fin des années 1950. Elle disparaît alors d’Ukraine avec la dernière arrestation enregistrée qui daterait de 1958. L’OUN-B maintient cependant une organisation active dans la diaspora ukrainienne. Après la disparition de l'Union soviétique fin 1991, l'OUN reprend son activité en Ukraine, où elle se réorganise sous le nom de Congrès des nationalistes ukrainiens.

Au cours de son existence, l'OUN acquit une très grande influence dans les différentes couches de la société. Son principal succès réside dans sa capacité à assurer la poursuite de la lutte pour l'indépendance ukrainienne, notamment après la Seconde Guerre mondiale au sein de l’Union soviétique.

Emblèmes

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Contexte : naissance du nationalisme ukrainien

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La cause indépendantiste ukrainienne connut deux phases dans son histoire contemporaine. La première fut incarnée par les mouvements socialistes (et dans une moindre mesure libéraux) modérés et démocratiques qui apparurent à la fin du XIXe siècle et perdurèrent jusque dans les années 1920. Ce sont ces mouvements qui donnèrent naissance et dirigèrent la République populaire ukrainienne. La seconde phase est incarnée par les mouvements nationalistes qui au cours du temps et des revers passèrent d'une conception politique radicale vers un modèle plus modéré et démocratique. Le nationalisme, au sens idéologique du terme, c'est-à-dire le nationalisme intégral, apparaît en Ukraine à partir des années 1920. Il naquit de la frustration, notamment parmi certains responsables militaires ukrainiens à l'image de Yevhen Konovalets, de la disparition de la République populaire ukrainienne, vaincue par la République socialiste soviétique d'Ukraine, qui sera incorporée à l'URSS.

Les membres de l'OUN, dans leur recherche des causes de l'échec de leur lutte pour l'indépendance ukrainienne (1917-1920) furent convaincus que les masses avaient cherché un État indépendant mais qu'elles avaient été déçues et frustrées par l'incapacité gouvernementale. La critique de ce manquement résultat en un rejet systématique des principes démocratiques et socialistes, qui fut la marque du mouvement national ukrainien à la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Les traditions humanistes de la pré-révolution dont étaient empreints les dirigeants ukrainiens ont été qualifiées de naïves et manquant de conviction nationale. Les membres de l'organisation des nationalistes ukrainiens condamneront et reprocheront aux partis socialistes de l'époque et à leurs dirigeants leur modération et de n'avoir su préserver l'indépendance du pays. Ils estimèrent que leur époque exigeait de nouvelles formes d'action révolutionnaire qui pourraient correspondre à la cruauté et à la détermination manifestée par les ennemis de l'Ukraine, les amenant à s'inspirer du fascisme italien et du nazisme.

Les nationalistes adoptèrent la forme de nationalisme connue sous le nom de nationalisme intégral, cherchant un sens face à l'effondrement de la République populaire ukrainienne. Selon cette idéologie, la nation était considérée comme valeur absolue et suprême, primant sur la classe sociale, les régions, l'individu, ou la religion. À cette fin, les membres de l'OUN étaient incités à s'imposer dans tous les domaines de la vie nationale, tels que les institutions, les associations, les villages et les familles. Les premières tentatives pour créer des organisations nationalistes proviennent de Galicie et des cercles issus de l'émigration comme le Groupe national de la jeunesse ukrainienne de Prague, la Ligue des nationalistes ukrainiens et l'Union de la jeunesse nationaliste ukrainienne de Lviv[19]. À ces organisations s'ajoute le Parti ukrainien du travail national dirigé par Dmytro Dontsov, Dmytro Paliiv et Volodymyr Kuzmovych. Leurs opinions aux penchants nationalistes apparaissent dans la revue Zahrava de 1923 à 1924. C'est Dmytro Dontsov, journaliste, qui cristallisa l'idéologie nationaliste ukrainienne, en particulier après avoir publié un travail très influent intitulé Nationalisme en 1926. Parmi les autres grands idéologues du mouvement on peut citer Rozbudova natsiï, Dmytro Andriievsky, Volodymyr Martynets, Mykola Stsiborsky et Yuliian Vassyian.

Avant la Seconde Guerre mondiale

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Dès le début des années 1930, les nationalistes ukrainiens se rapprochent des nazis d'Allemagne et ne rompront les liens qu'en 1943. En , au cours de son congrès à Cracovie, l'OUN se scinde en deux : Bandera prend la tête de la partie la plus radicale, l'OUN-B, tandis qu'Andriy Melnyk contrôle la deuxième branche, l’OUN-M. Le , au château du WawelCracovie), les membres de l'OUN-B jurent loyauté au Troisième Reich, représenté par le gouverneur général de Pologne, Hans Frank. Bandera espère ainsi, en échange de son soutien dans la guerre germano-soviétique[20] qui se prépare, l'aide de l'Allemagne nazie contre l'URSS afin de permettre l'instauration d'une Ukraine libre et indépendante Beaucoup des membres de l'OUN sont des agents nazis fournissant des renseignements et commettant attentats, sabotages et assassinats sur commande : en 1934, l'OUN assassine à Varsovie le ministre de l'Intérieur polonais Bronisław Pieracki[6]. Le régime nazi met à la disposition de l’OUN des camps d’entraînement autour de Berlin, en Bavière autour du lac Chiemsee puis à Quenzgut, le quartier général de la section sabotage de l'Abwehr près de Berlin[15]. Ces troupes sont entraînées pour faire du sabotage en Pologne et en Ukraine[15]. Les Japonais financent également l'organisation puisque de nombreux habitants de Mandchourie sont d'origine ukrainienne.

En 1938, Konovalets, fondateur de l’OUN, est assassiné à Rotterdam par un commando du NKVD[15]. Andriy Melnyk lui succède à la tête de l'OUN. En , les relations se tendent avec l'Abwehr quand Hitler envisage de donner la Ruthénie ukrainienne aux Hongrois qui réprimeront le mouvement nationaliste ukrainien[21]. Après le et le Pacte germano-soviétique, l'Abwehr cesse d’entraîner l'UPA. Mais l'entraînement est simplement repris en main par les alliés japonais[21] de l’Allemagne.

Seconde Guerre mondiale

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En 1939, après l'invasion de la Pologne, l'OUN en Pologne amorce une collaboration dirigée contre l'Union soviétique avec l'Allemagne nazie. En 1940, l'OUN éclate entre OUN-B de Stepan Bandera, plus radicale et plus influente, et l'OUN-M.

Après la conquête de la Pologne (qui a eu lieu en septembre 1939), en février 1940, au cours d'un congrès de l'OUN à Cracovie (alors en territoire sous contrôle allemand), Stepan Bandera défie Andriy Melnyk et fonde une aile plus radicale[15] : on distingue alors deux OUN rivales, identifiables par l'initiale de leurs leaders : l'OUN-B (ou les « Banderivtsi »), celle de Bandera ; l'OUN-M (ou les « Melnykivtsi ») dirigée par Melnyk[15]. Toutes deux sont financées par l'Abwehr[15] et plus particulièrement par la section II de l'Abwehr consacrée au sabotage..

Durant l'hiver 1940-1941, l'Abwehr construit un nouveau camp d'entraînement en Neuhammer[21], en Silésie alors allemande. Y sont entraînés les membres de l'OUN et des volontaires ukrainiens pour la future invasion de l'URSS (opération Barbarossa)[21]. Les troupes sont dirigées par le commandant ukrainien Skonprynka, conseillé par le lieutenant allemand Herzner et le professeur allemand Oberländer[21]. Ces troupes sont regroupées en un régiment appelé Nachtigall, en l'honneur d'une chanson cosaque[21]. Le but de cette unité est d'infiltrer les lignes soviétiques avant l'attaque du , et de pratiquer le sabotage, en coupant les lignes téléphoniques, en faisant sauter des ponts, etc.

En , Stepan Bandera, Iaroslav Stetsko et les autres membres de l'OUN-B organisent un second congrès de l'OUN à Cracovie. Il y est dit que « les Juifs sont les principaux soutiens de l'URSS (...) l'OUN combat les Juifs[6] ». À la veille de l'opération Barbarossa, les agents de l'OUN fournissent de nombreux renseignements aux Allemands[6].

Dès , 8 jours après l'invasion allemande de l'Union soviétique, l'OUN-B tente de proclamer un État indépendant en Ukraine, ce qui, malgré l'alliance en cours, est refusée par l'Allemagne, laquelle entame la répression contre l'organisation, tuant ou arrêtant ses dirigeants. Stepan Bandera est envoyé en camp de concentration.

Le , avertis du massacre par le NKVD des espions emprisonnés dans la prison de Lviv, l’OUN anticipe le départ des Soviétiques de quelques heures[21]. Ayant pris le contrôle de la station radio de Lviv, les nationalistes ukrainiens déclarent l'indépendance[21] le [22]. Mais Hitler n'est pas de cet avis et fait dissoudre le régiment Nachtigall[21]. Le dans la cathédrale de Lviv, le métropolite André Cheptytsky consacre Iaroslav Stetsko comme Premier ministre du nouvel État ukrainien[22]. Les tensions entre l'OUN-B et l'OUN-M s'accroissent : le , un homme de Bandera assassine deux chefs de l’OUN de Melnyk[6].

Début 1942, l'OUN-M, qui collaborait toujours avec les nazis, est à son tour réprimée par ceux-ci, son activité nationaliste étant vue comme préjudiciables aux projets nazis de transformer les territoires de l'est en simples colonies allemandes.

En 1943, l'OUN-B entame la lutte armée contre les nazis, contre les partisans ukrainiens pro-soviétiques, et à l'occasion contre ses rivaux nationalistes de l'OUN-M, qui sont de facto obligés de se rallier ou de cesser leurs activités.

L'Armée insurrectionnelle ukrainienne, ou UPA, est créée en 1942 par Stepan Bandera et Roman Choukhevytch. L'Armée insurrectionnelle d'Andriy Melnyk est, elle, créée au printemps 1943. Des deux branches de l’OUN, l'OUN-B (complétée de l'UPA) est de loin la plus importante et finit par absorber la seconde en juillet-.

Participation à la Shoah

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Dès les années 1930, elle compara publiquement les Juifs à des parasites et appela à leur élimination violente de la société ukrainienne, préconisant l'isolement culturel, économique et politique complet des Juifs par rapport aux Ukrainiens[23]. La guerre avançant, l'antisémitisme de l'OUN a dégénéré en rhétorique et violences génocidaires, aboutissant à une participation active à la Shoah[24]. Lorsqu'elle s'est alliée à l'Allemagne nazie en 1941 lors de l'Opération Barbarossa, l'OUN-B appela au massacre des Juifs ukrainiens et félicita l'Allemagne d'avoir apporté ses méthodes de ségrégation et d'exécution des Juifs en Ukraine[24]. Lorsque le responsable allemand Reinhard Heydrich demanda des « actions d'auto-épuration » en juin de la même année, les milices organisées par l'OUN ont répondu à cet appel, assassinant plusieurs milliers de Juifs en Volhynie et en Galicie orientale[25],[26]. Yaroslav Stetsko a déclaré dans un rapport à Bandera : « Nous levons une milice qui participera à l'extermination des Juifs… Je suis d'avis que les Juifs doivent être anéantis en appliquant les méthodes d'extermination allemandes en Ukraine. »[27].

L'OUN-B et l'OUN-M devancent les nazis dans leurs opérations de liquidation des Juifs et des hommes soupçonnés de soutenir l'URSS : par exemple, le , avant l'arrivée prévue des troupes allemandes, des nationalistes ukrainiens assassinent 19 Juifs à Trembowla ; à l'aéroport de Vinnytsia, les nationalistes ukrainiens prennent une part active au massacre des Juifs (femmes et enfants compris)[22]. La Milice populaire ukrainienne (en), sous le commandement de l'OUN, a mené des pogroms aboutissant au massacre de plus de 6 000 Juifs à Lviv peu après la chute de la ville aux mains des forces allemandes[28],[29],[30]. Les membres de l'OUN ont alors répandu une propagande incitant la population à participer aux pogroms, avec notamment un slogan lancé par le groupe de Bandera et enregistré dans le rapport des Einsatzgruppen du  : « Vive l'Ukraine sans Juifs, Polonais et Allemands ; les Polonais derrière la rivière San, les Allemands à Berlin et les Juifs à la potence »[31].

Ivan Klymiv, chef de l'OUN-B en Volhynie, rédigea une directive en ordonnant à l'OUN-B d'« anéantir les Polonais, les Juifs, les professeurs, les officiers, les dirigeants et tous les éléments ennemis établis d'Ukraine et d'Allemagne »[32]. Ses membres infiltrés dans la police allemande participèrent au démantèlement des ghettos et aidèrent les Allemands à mettre en œuvre la Solution finale. Bien que la plupart des Juifs aient été tués par les allemands, la police de l'OUN, agissant pour leur compte, joua un rôle crucial dans l'extermination de 200 000 Juifs en Volhynie au début de la guerre[33]. Des bandes de l'OUN massacrèrent également des Juifs réfugiés dans les forêts pour échapper aux Allemands[31]. Les massacres de Polonais perpétrés par l'OUN ont été comparés par ses dirigeants à la Solution finale : « La question polonaise n'est pas une question militaire, mais une question de minorité. Nous la résoudrons comme Hitler a résolu la question juive ». Ces massacres sont aujourd'hui reconnues par la Pologne comme un génocide, commémoré les 11 juillet, date de l'apogée des massacres (en)[34].

L'après-guerre

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Après la reconquête soviétique, l'OUN-B continue son action armée contre les Soviétiques, et maintient une activité politique et militaire clandestine en Ukraine jusque dans les années 1950. Après sa disparition sur le terrain (la dernière arrestation enregistrée daterait de 1958), l'OUN-B devient une organisation surtout active dans la diaspora ukrainienne.

Après la disparition de l'Union soviétique fin 1991, l'OUN reprend son activité en Ukraine, où elle se réorganise sous le nom de Congrès des nationalistes ukrainiens.

Idéologie et programme politique

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L'objectif principal de l'OUN était d'établir un État ukrainien indépendant et ethniquement pur[35],[36]. Son commandement estimait que les tentatives précédentes d'obtenir l'indépendance avaient échoué en raison des valeurs démocratiques, du manque de discipline, et d'une attitude conciliante envers les ennemis traditionnels de l'Ukraine. Issue de la fusion de l'UVO et de plusieurs organisations d'extrême droite, dont l'Association nationale ukrainienne, l'Union des fascistes ukrainiens et l'Union pour la libération de l'Ukraine[37],[38], elle est à ses débuts dirigée par des vétérans de la guerre civile russe ayant échoués à établir un État ukrainien. L'idéologie de l'organisation était fortement influencée par le nazisme et le fascisme italien, mêlant ultranationalisme, terrorisme, corporatisme et antisémitisme[38]. La politique était perçue comme une lutte darwinienne entre nations pour la survie, rendant le conflit inévitable et justifiant tous les moyens permettant la victoire d'une nation sur les autres. Dans ce contexte, la volonté primait sur la raison, et la guerre était glorifiée comme une expression de la vitalité nationale[39].

L'OUN présentait les attributs fascistes de l'antilibéralisme, de l'anti-conservatisme et de l'anticommunisme, un parti armé, l'antisémitisme, le Führerprinzip et l'adoption de salutations fascistes. Ses dirigeants insistaient auprès d'Hitler et de son ministre des affaires étrangères Ribbentrop sur leur adhésion à la Weltanschauung nazie et à l'idée d'une Nouvelle Europe fasciste[38]. Elle entretenait des relations étroites avec l'Italie fasciste, l'Allemagne nazie, la Phalange espagnole et les Oustachis croates[40].

La nation devait être unifiée sous un parti unique dirigé par une hiérarchie de combattants aguerris. À sa tête se trouverait un Guide suprême ou Vozhd, calqué sur l'exemple du Führer ou du Duce. Sa doctrine était similaire à celle d'autres mouvements agraires d'extrême droite d'Europe de l'Est, tels que la Garde de fer roumaine, les Oustachis en Croatie, le Parti des Croix fléchées en Hongrie et des groupes similaires en Slovaquie et en Pologne[39]. Elle avait pour ambition de créer une grande Ukraine, mais constituée d'un peuple ukrainien au sens strict. Lors de son premier congrès, en 1929, elle déclara que « seul le départ complet de tous les occupants des terres ukrainiennes permettra le développement général de la nation ukrainienne au sein de son propre État ». Les « Dix Commandements » de l'OUN affirmaient : « Aspire à accroître la force, la richesse et la superficie de l'État ukrainien, même en réduisant les étrangers en esclavage », ou encore : « Tu lutteras pour la gloire, la grandeur, la puissance et l'espace de l'État ukrainien en asservissant les étrangers »[41].

Personnalités

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Notes et références

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  1. Ivan Katchanovski, « Terrorists or National Heroes? Politics of the OUN and the UPA in Ukraine », Cpsa-acsp.ca
  2. Ewa Siemaszko, The July 1943 genocidal operations of OUN-UPA in Volhynia, 2–3 p. (lire en ligne [archive du ])
  3. « Ethnocratic Concepts. Ukrainian Statehood in the 20th Century »
  4. Taras Kuzio, « Identity and Nation-Building in Ukraine Defining the 'Other' », Ethnicities, vol. 1, (DOI 10.1177/146879680100100304, lire en ligne)
  5. Myśl Polska, « Konferencja "Polska-Ukraina: przyjaźń i partnerstwo; OUN-UPA: hańba i potępienie », Federacja Organizacji Kresowych, (lire en ligne [archive du ], consulté le ) :
    « Dr Georges Digas przekazał zebranym interesujące informacje na temat pracy aparatu sprawiedliwości w ZSRR, który zajmował się OUN-UPA po 1944 roku. Według danych oficjalnych, pod wpływem OUN pozostawało podczas wojny ok. 300 tys. Ukraińców, z czego w walkach z NKWD i Armią Czerwoną (do 1950 r.) zginęło 120 tys., 60 tys. uciekło na Zachód, a ok. 80 tys. wywieziono na Syberię. »
  6. 1 2 3 4 5 6 (en) B. F. Sabrin, Alliance for murder : the Nazi-Ukrainian Nationalist partnership in genocide, Sarpedon, (ISBN 0-9627613-0-3 et 978-0-9627613-0-0, OCLC 23149844, lire en ligne), p.4
  7. « Ukrainian Nationalism, 1939-1945. By John A. Armstrong. (New York: Columbia University Press. 1955. Pp. 322. $5.00.) », American Political Science Review, vol. 49, no 3, , p. 906–906 (ISSN 0003-0554 et 1537-5943, DOI 10.1017/s0003055400297190, lire en ligne, consulté le )
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  11. (uk) Mykola Posivnych, « Molodist’ Stepana Bandery (Traduction : La Jeunesse de Stepan Bandera) », Zhyttia i dial’nist’ Stepana Bandery: Dokumenty i materialy (traduction : La vie et l'activité de Stepan Bandera : Documents et matériaux) dans Aston éditions,
  12. 44 Правила Життя Українського Націоналіста (Traduction : les 44 règles de vie du nationaliste ukrainien), Texte programmatique et clandestin de l'extrême-nationalisme ukrainien, ancré dans la tradition de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) au cours des années 1930-1940
  13. Organisation des nationalistes ukrainiens : La nation comme espèce, Texte fondateur de l'organisation
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Voir aussi

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