Théâtre de la Main d'or

ancienne salle de spectacle et de théâtre, dans le 11e arrondissement de Paris
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Le théâtre de la Main d'or est une ancienne salle de spectacle située 15 passage de la Main-d'Or (« cité Dupuy ») dans le 11e arrondissement de Paris, inaugurée en et fermée en .

Théâtre de la Main d'or
Description de cette image, également commentée ci-après
Devanture du théâtre de la Main d'or en .
Type Théâtre
Lieu Paris 11e, Drapeau de la France France
Coordonnées 48° 51′ 08″ nord, 2° 22′ 41″ est
Inauguration
Fermeture
Capacité entre 120[1] et 250[2]

Carte

Elle est principalement connue pour avoir été gérée par l'humoriste Dieudonné de à .

Description

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Le théâtre de la Main d'or se situe dans le quartier Sainte-Marguerite, dans le 11e arrondissement de Paris, au 15 passage de la Main-d'Or. Cette adresse est celle du porche de la cité Dupuy, un immeuble avec cour intérieure dont le théâtre occupe une partie.

Il est composé d'une salle circulaire de 120[1], 200[3],[4],[5] ou 250 places[2] selon les sources, et d'un hall d'exposition. Une grande main dorée se dresse dans la cour précédant l'entrée de la salle[6].

Histoire

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Création

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La cité Dupuy, où se trouve le théâtre, tient son nom de Barthélemy Dupuy, docteur en médecine et en pharmacie qui a fait construire cet immeuble à la fin du XIXe siècle avec une vocation mixte d'habitation ouvrière et d'ateliers[7]. Mais un siècle plus tard, les artisans quittent progressivement l'immeuble[8]. Le théâtre de la Main d'or est ainsi créé dans une ancienne ébénisterie[1],[9].

Le théâtre est fondé par Alain Illel[10] et ouvre le . Pendant la première année, Illel y met en scène les pièces ou adaptations de romans suivantes : L'Étranger de Camus, L'Écume des jours de Vian, La Métamorphose de Kafka, Les Bonnes de Genet, Huis clos de Sartre et la Trilogie marseillaise de Pagnol[11].

Gestion par Jean-Christian Grinevald

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De à , le théâtre est dirigé par Jean-Christian Grinevald. Sous sa direction, il reçoit en le Fauteuil d'or, un prix décerné par un jury de critiques à l'initiative de Guy Dumur, qui récompense la qualité et l'originalité de la programmation[12],[13]. Outre ses propres mises en scène, il accueille des spectacles d'Abbes Zahmani, Joël Pommerat, Régis Santon, etc.

À cette époque, en , Éric Soyer y devient régisseur[14].

Gestion par Dieudonné

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En , l'humoriste Dieudonné prend la direction du théâtre alors qu'il cherchait une salle pour jouer son deuxième one-man-show, Pardon Judas[15]. Il en garde la gestion jusqu'en et s'y produit trois fois par semaine[16].

Opérant un tournant vers le one-man-show et le stand-up, la salle voit se produire dans un premier temps des humoristes notoires tels que François Rollin, Jean-Luc Lemoine, Tex et Stéphane Guillon.

La fréquentation du théâtre évolue à mesure de la politisation et des polémiques autour de Dieudonné. Accusé d'antisémitisme après son spectacle Mes excuses en , celui-ci se radicalise politiquement au cours des années 2000, tout en fidélisant et fédérant autour de lui un public à la fois nombreux et très hétéroclite. L'Express, étudiant en le public d'une représentation au théâtre de la Main d'or, décrit une assistance « cosmopolite mêlant habitants du quartier et lointains banlieusards, jeunes couples enlacés, Blacks-Blancs-Beurs en survêt, copines sur leur trente et un, retraités en keffieh et crânes rasés en bombers »[17],[18]. Rue89 note également la variété du public, au sein duquel certains adhèrent entièrement au discours du comique et le croient victime du « lobby juif » (une théorie du complot antisémite) tandis que d'autres viennent apprécier l'artiste et gardent leur distance vis-à-vis du discours politique, exprimant parfois leur gêne sur certains points[19].

Dieudonné en représentation du spectacle Le Mur au théâtre de la Main d'or en .

Slate revient, en , sur le caractère bigarré du public de Dieudonné, où se côtoient militants d'extrême droite (qui ne représentent pas la majorité), jeunes musulmans, mais aussi « tout un petit peuple de rastas blancs, qu'on imaginerait plutôt dans un festival reggae ou une free party » et « une frange de l'extrême gauche altermondialiste, qu'on reconnaîtra facilement au port du tee-shirt à l'effigie d'Hugo Chavez ou au total look joueur de diabolo à Rennes », soit, dans l'ensemble, une jeunesse « plutôt arrivée là par le biais de la critique radicale des médias, de l'oligarchie et du « nouvel ordre mondial » que par le prisme du conflit israélo-palestinien, encore que les deux logiques aient tendance à s'entrecroiser ». Le journal en ligne s'interroge à cette occasion sur le processus de « dieudonnisation des esprits » qui serait à l'œuvre via la diffusion des idées et des thématiques de l'humoriste[20].

Selon Marc Weitzmann, « au mur du bar du théâtre s'affichaient photos de quenelles prises par les fans, affiches de plusieurs groupes politiques allant de syndicats d'étudiants d'extrême droite au Hamas » ainsi que des « références au président iranien de l'époque Mahmoud Ahmadinejad »[21]. Le service d'ordre scrute et photographie les spectateurs qui ne rient pas, suspectés de ne pas partager les opinions de l'humoriste et de son public[22].

Le chercheur Jean-Yves Camus souligne quant à lui que, au-delà de la fréquentation par le public payant, le théâtre a été transformé par Dieudonné en « épicentre de la toute la nébuleuse anti-juive de Paris ». Ses locaux sont en effet fréquentés par le Rassemblement étudiant de droite (RED, renouveau du GUD), la Droite socialiste (droite ultra), ainsi qu'Égalité et Réconciliation (l'association d'Alain Soral)[23], dont le théâtre de la Main d'or devient officiellement le quartier général en  : il est mis gracieusement à disposition de l'association une fois par mois, à condition que les membres présents consomment sur place[24].

De plus, quelques mois avant l'élection présidentielle de , Dieudonné loue le théâtre au Front national afin que ses militants y soient formés à obtenir les 500 parrainages d'élus permettant à Jean-Marie Le Pen, ami de Dieudonné et parrain de sa fille, de présenter sa candidature à la présidentielle[3].

Le théâtre accueille également entre et des conférences de Kémi Séba, militant panafricain, ami de Dieudonné, et fondateur de la Tribu Ka, organisation dissoute par le Gouvernement notamment pour incitation à la haine raciale en raison de prises de position antisémites. Il est arrêté en à la sortie du théâtre[25].

Expulsion et fermeture

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Les hommes d'affaires Georges Melka et Gabriel Levy rachètent les murs en . Grands donateurs de la communauté juive et du mouvement sioniste, ils affirmeront en qu'ils ignoraient qui était Dieudonné au moment de leur acquisition[26],[27]. Selon Valeurs actuelles, les propriétaires du théâtre de la Main d'or auraient d'abord, entre et , tenté de se faire « discrets » afin de ne pas être accusés de faire la promotion d'un humoriste antisémite[26].

Le , dans le cadre des polémiques entourant le spectacle de Dieudonné Le Mur, ils font savoir qu'il tentent de trouver une solution pour expulser l'humoriste de leur théâtre, en écourtant un bail censé courir jusqu'en [28],[29].

Pour obtenir gain de cause, les propriétaires s'appuient sur le fait que le bail est au nom de la société Bonnie productions, liée à Dieudonné, tandis que son exploitation est confiée à une autre société, Les Productions de la Plume, possédée par l'épouse et la mère de Dieudonné, ce qui constituerait une sous-location irrégulière. Le , le tribunal de grande instance de Paris donne raison aux propriétaires et condamne Dieudonné à quitter le théâtre de la Main d'or[30]. L'humoriste interjette appel mais, le , la cour d'appel de Paris confirme le jugement de première instance. Bonnie productions est en outre condamnée à payer aux propriétaires 280 660 euros d'arriérés locatifs[31],[32].

Le théâtre cesse dans la foulée toute activité et est considéré depuis comme fermé bien que le bâtiment existe toujours.

Programmation

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Source : Les Archives du spectacle.

Direction Alain Illel (-)

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Direction Jean-Christian Grinevald (-)

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Direction Dieudonné (-)

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Notes et références

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  1. 1 2 3 « C'est arrivé hier - Au jour le jour :  -  », Acteurs auteurs, Arles et Paris, Actes Sud, no 55,‎ , p. 6 (ISSN 0991-949X).
  2. 1 2 « Les propriétaires du théâtre de la Main d'or souhaitent expulser Dieudonné », Le Figaro, .
  3. 1 2 « Le généreux coup de pouce de Le Pen à Dieudonné », Le Parisien, .
  4. ↑ Camille Neveux, « Dieudonné insiste », Le Journal du dimanche, .
  5. ↑ Vincent Bouquet, « Dieudonné regrette les chambres à gaz, Radio France attaque », Le Nouvel Observateur, .
  6. ↑ Denis Michel et Dominique Renou (photogr. Jacques Lebar), Le guide du promeneur : 11e arrondissement, Paris, Parigramme, , 203 p.-[16] p. de pl. (ISBN 2-84096-001-X), p. 124.
  7. ↑ « Plan local d'urbanisme bioclimatique - Règlement - t. 2 (vol. 3) - Annexe au règlement X, Protections patrimoniales (Arrondissements 11 à 20) » [PDF] (version approuvée par délibération du Conseil de Paris des  - ), sur data.geopf.fr, p. 53.
  8. ↑ Bruno Cabanis (préf. François-Paul Journe), « Atelier Marcotte : tourneurs sur bronze », dans Horlogerie française : les artisans du temps, Paris, Eyrolles, , 263 p. (ISBN 978-2-212-12865-9 et 978-2-212-18153-1), p. 125 (lire en ligne Accès limité).
  9. ↑ « Fiche détaillée » dans « [Paris, Théâtre de la Main d'or. Programmes], - », notice du document dont la cote est 8-PRO-0238 à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, sur bibliotheques-specialisees.paris.fr.
  10. ↑ Guy Bruit, « La Métamorphose, d'après Kafka », Raison présente, no 86 « La Nation, réalités et fantasmes »,‎ 2e trimestre 1988, p. 175–176 (lire en ligne).
  11. ↑ Jack Kolbert et Nancy L. Cairns, « L'Année littéraire  », The French Review, vol. 63, no 1,‎ , p. 1–15 (JSTOR 394682).
  12. 1 2 André Videau, « Au cœur, la brulure de Fatima Gallaire. Mise en scène de Jean-Christian Grinevald, au théâtre de la Main d'or à Paris et 15 passage de la Main-d'or », Hommes et Migrations, no 1156,‎ , p. 59–60 (lire en ligne).
  13. ↑ Mireille Davidovici, « Fauteuil d'or à la Main d'Or », Théâtre/Public, no 110,‎ .
  14. ↑ Emmanuelle Bouchez, « Les invisibles de la culture : Éric Soyer, le créateur de lumière qui sublime danse et théâtre » Accès payant, Télérama, .
  15. ↑ « Théâtre de la Main d'or », Le Parisien Étudiant.
  16. ↑ Sylvain Mouillard et Quentin Girard, « À la Main d'or, les fans « rient de tout » » Accès payant, Libération, .
  17. ↑ Julie Joly, « Dieudonné dans ses œuvres », L'Express, (version du sur archive.org).
  18. ↑ Carole Dieterich, « Dieudonné : quand l'antiracisme vire à l'antisémitisme », Africultures, no 97,‎ , p. 211–215 (DOI 10.3917/afcul.097.0211 Accès payant).
  19. ↑ Chloé Leprince, « Dans le public de Dieudonné, « le seul qui nous fasse rire » », sur Rue89, .
  20. ↑ Jean-Laurent Cassely, « La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d'en bas », sur Slate.fr, (consulté le ).
  21. ↑ Marc Weitzmann, Un temps pour haïr, Paris, Bernard Grasset, , 506 p. (ISBN 978-2-246-85238-4 et 978-2-246-85239-1, lire en ligne Accès limité).
  22. ↑ Laetitia Dumont-Lewi, « Des clous dans la tête : Critique de la raison comique chez Dario Fo », dans Marie Duret-Pujol (dir.), Comique et Politique chez les Modernes et les Anciens (séminaire Comique et Politique et journée d'études Le Comique, les Intellectuels et la Politique, -, Université Bordeaux-Montaigne), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Cahiers d'ARTES (Atelier de recherches transdisciplinaire esthétique et sociétés) » (no 13), , 274 p. (ISBN 979-10-300-0135-8, HAL hal-01954375), p. 55–56.
  23. ↑ Marc Caen, « Comment Dieudonné est devenu antisémite », sur Slate.fr, .
  24. ↑ Abel Mestre et Caroline Monnot, « Les étranges amitiés de Dieudonné », Le Monde, (consulté le ).
  25. ↑ Camille Jourdan, « Kémi Séba, du radicalisme noir à l'extrême droite », Les Inrockuptibles, .
  26. 1 2 « Georges Melka et Gabriel Levy, les propriétaires du théâtre de Dieudonné », Valeurs actuelles, .
  27. ↑ Soren Seelow, « Nouveau renvoi dans l'affaire du théâtre de Dieudonné », Le Monde, (consulté le ).
  28. ↑ Sylvain Mouillard, Willy Le Devin et Dominique Albertini, « Dieudonné bientôt viré du théâtre de la Main d'or ? », Libération, (version du sur archive.org).
  29. ↑ Sara Taleb, AFP, « Les propriétaires du théâtre de la Main d'or, QG de Dieudonné, étudient la possibilité de le déloger », Le Huffington Post, .
  30. ↑ Nicolas Guégan, « Dieudonné expulsé du théâtre de la Main d'or ! », Le Point, .
  31. ↑ AFP, « Dieudonné expulsé du théâtre de la Main d'or et condamné pour antisémitisme », Le Parisien, (consulté le ).
  32. ↑ « CA Paris, , no 15/23456 » Accès payant, sur predictice.com (consulté le ).
  33. ↑ Florence Ruzé, « Humour : Cartouche à la Main d'Or », Le Parisien, .
  34. ↑ Florence Ruzé, « Yannick Jaulin fait parler les morts », Le Parisien, .
  35. ↑ Anne-Sophie Damecour, « Mouss Diouf seul sur scène », Le Parisien, .
  36. ↑ Hubert Lizé, « La télé leur a réussi, la scène aussi », Le Parisien, .

Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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