Utilisateur:Rais67/Histoire de Djerba
Djerba avant les empires
modifier(4000 av. J.-C. – 146 av. J.-C.)
Préhistoire et premiers peuplements berbères
modifier4000 av. J.-C. – VIIIᵉ siècle av. J.-C.
Époque protohistorique
modifierLa période protohistorique de Djerba se caractérise par une évolution notable des formes d’occupation et des pratiques architecturales.
À Henchir Tawrirt, les vestiges révèlent une occupation légère et saisonnière, matérialisée par des fonds de cabanes à poteaux et quelques traces de fréquentation ponctuelle (trous de poteaux, foyers, petites fosses de stockage), accompagnées de mobilier simple comme des ossements d’ovi‑caprinés, du silex et de la céramique libyque modelée de tradition libyque et de la poterie à empreintes de vannerie [1]. À Mezraya, les fouilles ont mis en évidence les fondations en pierres sèches de cabanes, témoignant d’un habitat modeste caractéristique de cette phase ancienne. [2]. Enfin, à Oulad Amor (Trifa), la découverte de trois haouanet constitue un témoignage funéraire essentiel, représentant les seuls exemples protohistoriques connus sur l’île et illustrant les traditions libyco‑amazighes de cette période. [3].
Période phénicienne et punique
modifierVIIIᵉ siècle av. J.-C. – 146 av. J.-C.
Période numide et royaumes berbères
modifierIIIᵉ siècle av. J.-C. – Iᵉ siècle av. J.-C.
Djerba dans l’Antiquité impériale
modifierDjerba musulmane : autonomie ibadite et rivalités d’Ifriqiya
modifier- Islam
- Islam en KSA
- Islam a djerba
- Ibadi
Islamisation de Djerba
modifierEn Tunisie, la premiere tentative d'islamisation commence en 647 sous le califat de Othman ibn Affan, lorsque les troupes arabes conduites par Abd Allâh ibn Saad, remportent leur première victoire contre les Byzantins [4] [5].
A Djerba, l’islam est introduit 20 ans après, lors d'une deuxieme tentative en 668 sous le califat de Muawiya (47 de l'hegire) [6] par Ruwayfi ibn Thabit al Ansari [7]. L’adoption de l’islam s’y déroule sans opposition notable, et la population maintient son attachement à cette foi malgré les différentes phases de conquêtes qui touchent le reste du pays[8] notamment contre les Byzantins puis les tribus berberes[9] et dans le contexte ou sur le continent, la conversion des tribus ne se déroule pas uniformément et connaît des résistances, des apostasies ponctuelles ou l’adoption de syncrétismes [10].
Période proto‑ibadite
modifierL’ibadisme apparaît vers 658 en Irak, après s’être distingué des kharijites à la suite de la bataille de Nahrawân ; il se structure avec Abou Bilal Medras, puis se définit doctrinalement grâce à Jabir ibn Zayd et Abdullah ibn Ibad puis avec Abou Ubayda Muslim ibn Abi Karima qui développe l’école ibadite et fait de Bassorah, un centre de formation des prédicateurs [11].
Le prédicateur Salma ibn Saad al‑Hadrami arrive au Maghreb et diffuse la doctrine à Tripoli et dans le Djebel Nefoussa auprès des tribus berbères, ce qui conduit à l’établissement de la première imamat ibadite à Tripoli en 743 [12]. Salma ibn Saad envoie un groupe d’étudiants à Bassora afin qu’ils reçoivent l’enseignement de la doctrine auprès d’Abou Ubayda. Ces étudiants connus sous le nom des « Cinq porteurs du savoir » séjournent cinq ans à Bassora avant de revenir au Maghreb pour former le premier noyau de la doctrine [13].
Parmi ces prédicateurs figure Abu al-Khattab al-Maafiri, à qui l’on attribue l’introduction de l’ibadisme à Djerba en 759 [14] durant sa période d’imamat à Tripoli [15]. L’île est alors rattachée à cette imamat et intégrée à son réseau religieux [16].
Période Rostémide
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La formation de la dynastie rostémide à Tahert en Algérie en 777, sous l’imam Abd al-Rahman ibn Rustam, coïncide avec l’établissement de la dynastie aghlabide à Kairouan en 800 par l’émir Ibrahim ibn al-Aghlab.
Tandis que le nord passe sous administration aghlabide, le sud tunisien - y compris l’île de Djerba - se lie politiquement et doctrinalement en 778 à l’État rostémide [16], bénéficiant des réseaux ibadites qui l’unissent à Téhert. À la mort d’Abd al-Rahman, la communauté donne son allégeance à son fils Abd al-Wahhab, qui nomme son ministre et ami Al-Samh ibn Abi al-Khattab, gouverneur de Tripoli et du sud tunisien, y compris Djerba [17].
L’allégeance à Abd al-Wahhab provoque une division au sein de l’ibadisme entre un courant qui soutient Abd al-Wahhab - connu sous le nom de « wahbiya » - et un courant opposé mené par Yazid ibn Fandin, influencé par les idées doctrinales de Abd Allah ibn Yazid al-Fazari. Ce dernier courant rejette la légitimité de l’imamat d’Abd al-Wahhab, et ses partisans reçoivent alors l’appellation de « nukkar » [18].
Parallèlement, un autre mouvement se développe à Djerba après le décès d’Al-Samh ibn Abi al-Khattab, lorsque ses partisans donnent l’allégeance à son fils Khalaf ibn Al-Samh. Ce mouvement dit « Khalafiya », s’appuient sur une conception décentralisée de l’imamat ainsi que sur la légitimité lignagère de la famille de Abi al-Khattab [19] [20]. Ce courant recule progressivement après la défaite de Khalaf en 211 H, puis la poursuite et la capture de son fils sous l’imamat de Yusuf ibn Muhammad [21].
À cette étape sensible, l’île voit coexister des figures appartenant aux deux principaux courants ibadites: les wahbiya d’un côté, et les « nukkar » (Khalafiya, mestaoua, ou mahboubine) de l’autre. Khalaf ibn Ahmad, l’un des notables mestaoua[22], y réside, tandis que son neveu Abou Messouer y arrive vers 894 [23]. Al-Darjini rapporte « À l'époque, Djerba n'avait personne sauf ceux qui suivaient l'école de Ibn al-Samah, à l'exception de quelques personnes. Abou Messouer les invita à suivre l'école wahbite. Il y avait alors un homme de Zouagha, un Nukkari, nommé Khalaf ibn Ahmed, qui était très riche et généreux : il préparait de la nourriture et invitait les gens, les encourageant à suivre son école. Ainsi, quiconque suivait Abou Messouer devenait wahbi, et quiconque suivait Khalaf devenait Nukkari, au point qu'il ne restait plus personne sur l'île fidèle à l'école de Ibn al-Samah. »
Malgré leurs différences doctrinales, la relation entre l’oncle nakkari et le neveu wahbite se caractérise par l’estime et le soutien mutuel[24], ces groupes coexistent notamment dans les cercles savants, car leurs divergences relèvent essentiellement de questions politiques plutôt que de distinctions dogmatiques [25]. Al-Wisiyani note à ce propos: « Parmi les habitudes de Djerba à l'époque, quand ils faisaient la fête, ils avaient un seul lieu de rassemblement, leur wahbi et nukkari » [26].
Denominations
modifierNon de Mistaoua: origine berbere selon Lewicki, les whab ne veulent pas les appelerparce nom, les nomment "ma Stwa", Nakkar, Nukkar ils se nomment mahboubine. Meriemi 2015 p 324
les whab qui resident dans les regions, expliquent leur superiorite financiere et politique par leur appartenance doctrinale a l'ibadisme wahbi, les mistawa resident l'est et le sud est moin riche Meriemi 2015p 325
Période Fatimide
modifierAprès la prise de Tahert et l’effondrement de la dynastie rostémide et l’ascension des Fatimides en 909, Djerba entre dans leur sphère d’influence suite a une expédition navale, conduite par Ali ibn Sliman al-Dai en 923 qui impose l’autorité du califat sur l’île. À partir de cette date, Djerba demeure sous administration fatimide durant près de vingt ans entre 923 et 944, gouvernée par des responsables nommés depuis Mahdia [27].
Au cours de la révolte menée par Abou Yazid ― théologien ibadite [28] ― contre les Fatimides [27], celui‑ci parvient à chasser les troupes fatimides de Djerba en 944. Il contrôle l’île durant trois années et rallie à son mouvement les « nukkar », qui lui apportent un soutien important. Lorsque les Fatimides reprennent l’île en 954 [16], l’influence des nukkar recule avant de réapparaître avec suffisamment de force pour dominer une partie notable du territoire [29]. Djerba se soulève ensuite de nouveau contre l’autorité fatimide et retrouve son autonomie [29].
Dans le même temps, les savants de la tradition wahbite, notamment avec Fasil, fils de Abou Miswar, renforcent la présence doctrinale wahbite au sein de la communauté ibadite de l’île [30].
Système de l’azaba et début de l’autogouvernance djerbienne
modifierLe système de l’azaba naît dans un contexte de profondes mutations politiques avec la répression de Manu en 896 par les Aghlabides, la disparition de l’État rostémide en 909, l’échec de la révolte d’Abou Yazid en 947 et la défaite du soulèvement de Baghay en 968 face aux Fatimides — ainsi que les pressions exercées par les pouvoirs en place pour imposer leurs doctrines Ismaélite et Malekite, entraînent un recul de l’influence ibadite et le passage de la communauté de la phase de « dhouhour » ou d'apparition a une phase de « kitman », c’est‑à‑dire de discrétion et de retrait [31].
Dans ce contexte, les dirigeants ibadites élaborent un modèle organisationnel destiné à assurer la continuité de leur communauté en l’absence d’une imamat politique. Le système de l’azaba s’impose alors comme une structure interne chargée de gérer les affaires religieuses et sociales, tout en préservant l’identité ibadite [32].
Dans ce contexte, Fasil ibn Abi Masur al-Yahrasni joue un rôle déterminant dans l’affermissement du courant wahbite. Il envoie un groupe de ses disciples — parmi lesquels ses deux fils ainsi que son neveu — auprès de Mohamed ben Bakr al-Farastai. Aux côtés de ce dernier, ils participent à la mise en place du système de l’azaba dans le Oued Righ et comptent parmi les premiers à l’appliquer[33].

À leur retour à Djerba ils approfondissent l’étude du droit auprès des maîtres de Banu Yahrasn, en particulier Abou Muhammad Wislan, qui s’impose comme une figure savante majeure et contribue à la rédaction du Diwan el ghar vers l'an 1010 [34].
Une fois les bénéfices du système de l’azaba pleinement reconnus, les savants de Djerba l’adoptent et en confient la direction à Abou Muhammad Wislan. Cette organisation semble se structurer à une période où l’île jouit d’une relative autonomie face au pouvoir ziride [33].
Période ziride
modifierAprès le transfert du pouvoir fatimide vers l’Égypte en 973, les Fatimides confient l’administration de l’Ifriqiya à l’émir amazigh Bologhine ibn Ziri qui fonde la dynastie des zirides.
Cette période connaît un essor urbain et culturel notable, et Kairouan s’impose comme un centre majeur de savoir et de vie intellectuelle. Cependant, lorsque Al-Muizz ben Badis rompt avec les Fatimides en 1045, le calife al-Mustansir Billah envoie les tribus hilaliennes en Ifriqiya. Leur arrivée provoque l’effondrement de l’État sanhadjien et la fragmentation du territoire en entités locales, tandis que les Zirides conservent les régions côtières, dont Djerba.
En 1106, Tamim ben al-Muizz lance une vaste expédition terrestre et maritime contre Djerba, qui s’est affranchie de son autorité. Il confie le commandement de l’armée et de la flotte à Abou al‑Hasan al‑Fihri. Les habitants de l’île, informés de l’avancée de la campagne, se préparent à l’affrontement et organisent leurs ressources. Leur résistance oblige les troupes zirides à se retirer sans obtenir de résultat significatif [35].
Lorsque Ali ibn Yahya accède au pouvoir, il entreprend de mettre fin aux troubles maritimes attribués aux habitants de Djerba, accusés d’attaquer les navires et d’enlever des voyageurs. Il ordonne une expédition contre l’île en 1116, dirigée par Ibrahim ibn Abd Allah. Celui‑ci assiège Djerba avec rigueur jusqu’à obtenir sa soumission. Les habitants déclarent alors leur loyauté et promettent de cesser toute forme de piraterie ou d’agression maritime visant les côtes d’Ifriqiya. Informé de ces engagements, le souverain accepte leurs conditions et ordonne le retrait de la flotte. La sécurité revient ainsi en mer, mettant fin aux dangers qui menaçaient les voyageurs.[36] [37] [38] [39]
Période des Normands de Sicile
modifierAu XIIᵉ siècle, l’autorité des Zirides sur l’Ifriqiya entre dans une phase de déclin profond, ce qui ouvre la voie à l’expansion des Normands de Sicile sous la conduite du roi Roger II. Profitant de cette faiblesse, Roger lance en 1135 une campagne contre l’Ifriqiya: il s’empare progressivement de plusieurs villes côtières et se proclame « roi d’Ifriqiya ». À l’issue de sa campagne, la plupart des grands centres urbains passent sous son contrôle, notamment Tripoli, Gabès, Sfax et la capitale ziride, Mahdia, tandis que son influence atteint les abords de Tunis, mettant fin à la domination de la dynastie des banu Badis.

La même année (1135), les Normands dirigent une expédition terrestre et maritime contre Djerba [40]. Ils mobilisent une flotte importante comptant plusieurs chevaliers renommés [41]. Les troupes débarquent sur les côtes de l’île et encerclent ses rivages. Les habitants opposent une résistance acharnée, mais finissent par être vaincus après de lourdes pertes. Roger II s’empare alors de Djerba, pille ses richesses et réduit en captivité les femmes et les enfants [42]. La majorité des hommes sont tuée, et les survivants obtiennent l’aman après avoir racheté leurs captifs [43]. Roger nomme ensuite un gouverneur pour l’île et impose la capitation à ses habitants. Il informe le calife al-Hafiz li-Din Allah de sa conquête, et celui-ci répond en la jugeant légitime ; certaines analyses modernes suggèrent qu’il aurait interrogé Roger sur les raisons de l’attaque, et que ce dernier aurait décrit Djerba comme un « repaire de pirates » ne respectant ni traités ni engagements.
En 1151, l’île connaît une tentative de soulèvement : les habitants se révoltent et parviennent à chasser les Normands. Ceux-ci reviennent toutefois dans une nouvelle expédition, appuyés par la garnison restée sur place. De nombreux Djerbiens sont tués, et une partie importante de la population est capturée puis vendue comme esclaves en Sicile et en Italie. Djerba est alors intégrée au royaume sicilien [44].
Face à l’oppression normande, le Conseil de l’azaba se réunit pour évaluer la situation. Sous la conduite de Wislan al‑Yahrasnî et de Qasim al‑Zawaghi al‑Jerbi, les habitants se mobilisent et proclament en 1153 [45] une résistance ouverte contre l’occupation [46]. La victoire est d’abord acquise, mais lorsque les rescapés normands atteignent la Sicile, le roi y prépare une plus grande flotte et reprennent Djerba en 1154 après des combats violents. Les survivants sont capturés et vendus comme esclaves sur les marchés siciliens, et seuls demeurent sur l’île les personnes les plus vulnérables [47].
Période Almohade
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En 1160, les Almohades arrivèrent du Maghreb sous la conduite de l’émir Abd al-Mumin. Ils expulsèrent les Normands de l’ensemble des côtes tunisiennes, aidèrent Djerba à les chasser et intégrèrent l’île à leur autorité. La vie y reprit alors son cours normal : les habitants retrouvèrent leurs activités agricoles, commerciales et artisanales, les réfugiés revinrent après les troubles, et l’économie locale se réactiva dans tous les marchés de l’île. Djerba demeura ensuite rattachée à l’État almohade par l’intermédiaire de gouverneurs placés sous la supervision du wali de Tunis [47].
Période Hafside
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En 1229, Abû Zakariya fonde la dynastie hafside en Ifriqiya et proclame l’indépendance politique de son État vis-à-vis du califat almohade et fait de Tunis la capitale du royaume.
En 1270, le pays subit l’assaut de la Huitième croisade, menée par Louis IX. À la mort d’al‑Mustansir, le pouvoir se fragilise et glisse dans une période de troubles internes, avant que Abou Yahya ne rétablisse progressivement l’équilibre du royaume.
Sous les règnes d’Abou al-Abbas et d’Abou faris, l’État hafside atteint son apogée économique. Puis, à la fin du XVe siècle, l’activité ralentit et le pays commence à subir, dès 1510, des attaques espagnoles répétées jusqu'a la chutte du sultanat en 1574 avec la conquête ottomane.
Royaume d'Aragon
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En 1284 l’amiral de la flotte du roi d’Aragon, Roger de Lauria lance une razzia contre l’île de Djerba [48] et arrache l’île au chef des Nukkar, Yakhlef ibn Maghar [49], en fait une petite principauté nominalement soumise au Saint-Siège, et construit le Fort el Kastil à l’entrée de la Qanṭara. Durant cette campagne, le Cheikh de l’île, Mohamed Smoumni est tué [50] [51].
Une série de soulèvements éclate, soutenue par les Hafsides, qui envoient alors le Cheikh almohade Ibn al‑Lihyani — futur sultan — pour assiéger le fort et appuyer la rébellion. Cet épisode marque le retour du pouvoir hafside dans les affaires de Djerba: le sultan arrive avec une armée mêlant combattants musulmans et troupes chrétiennes, sans doute des mercenaires, et impose un siège au fort. L’encerclement se prolonge huit mois (ou, selon certaines sources, deux mois), avant d’être levé en raison des difficultés d’approvisionnement de l’armée hafside et de l’annonce de l’arrivée de renforts chrétiens [52].
Une flotte menée par Roger (II) de Lauria, avec l’appui du roi de Sicile, force l’armée hafside à se retirer. Dans les années qui suivent, les Catalans affrontent régulièrement les Mestaoua, parfois renforcés par des contingents venus de Tunis ou par certains groupes wahbiya. Cette première crise les Lauria à intensifier leur action militaire et à intervenir dans les rivalités internes de l’île, un levier qui devient ensuite l’un des principaux instruments de la domination catalane [53].
À cette époque, Abou al‑Baqa Yaich al‑Zwaghi dirige le système de l’Azaba, tandis que Sliman ibn Salah Smoumni exerce l’autorité politique sur l’île jusqu’à sa mort en 1300 lors d’un affrontement entre Djerbiens et Siciliens dans la région de Terbella, près du fort el Kastil, qui sert alors de quartier général aux Siciliens [54].
La mort de Roger (II) de Lauria en 1307, suivie peu après de celle de son frère et successeur Charles, laisse pour héritier un enfant de cinq ans. Son tuteur, Conrad Lancia, prend alors la direction des affaires, mais ses moyens — surtout financiers — s’avèrent insuffisants. Sur place, le capitaine Simon de Montoliu ne parvient pas à contenir les troubles qui reprennent, ce qui pousse Conrad Lancia à solliciter l’aide du roi de Sicile. Celui‑ci dépêche le corsaire Jacques Castellar pour soutenir la garnison du fort. L’expédition échoue, les troupes aragonaises sont anéanties par Yakhlef, chef des Mestaoua [55].
Royaume de Sicile
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Ne parvenant plus ni à contenir les révoltes locales ni à repousser les offensives hafsides, les successeurs de Lauria finissent par céder leurs droits sur l’île au roi de Sicile, Frédéric II[56] qui confie à Ramon Muntaner la mission de rétablir l’autorité aragonaise à Djerba. Muntaner parvient à stabiliser la situation et assure le gouvernement de l’île jusqu’en 1315 [57].
Les Hafsides reprennent ensuite l’île vers 1337 [54] sous la conduite de Makhlouf ibn Kamad, qui en assure le gouvernement. Il est remplacé en 1338 par Ahmad ibn Makki, avant d’être déposé en 1362 par Abou Abdallah ibn Muhammad ibn Tafrajin, gendre du sultan hafside. Ce dernier assiège Djerba par terre et par mer et nomme Abou al‑Qasim Abi al‑Ayyun comme gouverneur [51]. Mais Abi al‑Ayyun s’approprie ensuite le pouvoir, comme plusieurs gouverneurs hafsides avant lui, ce qui pousse Abou al‑Abbas al‑Mustansir à envoyer en 1370 une expédition dirigée par l’émir Abou Bakr ibn Abi al‑Abbas, qui le destitue et l’emprisonne [58].
Durant la seconde moitié du XIVᵉ siècle, l’activité des pirates musulmans et chrétiens s’intensifie en Méditerranée, causant de lourds dommages au commerce, notamment depuis les ports hafsides comme Béjaïa, Mahdia et surtout Djerba, qui devient un centre majeur de raids maritimes. La République de Gênes tente d’y mettre fin et envoie en 1383 un ambassadeur auprès du sultan hafside Abou al‑Abbas pour conclure un accord anti‑piraterie. Mais le sultan ne parvient pas à appliquer ses engagements, faute d’autorité réelle sur les zones où opèrent les réseaux de pirates. Les Génois interprètent cette incapacité comme une négligence volontaire et s’allient en 1388 avec la reine de Sicile pour organiser une expédition commune dirigée par Manfredi III Chiaromonte, à laquelle participent également Venise et Pise. En juillet de la même année, la flotte appareille vers les côtes hafsides et s’empare aisément de Djerba: les Siciliens réoccupent l’île, installent une garnison dans la forteresse, et la flotte repart chargée de butin[59]. Leur présence ne dure toutefois que quatre ans.
De nouvelles tentatives de prise de contrôle ont lieu en 1424 et 1431 [60] sous la conduite de la flotte d’Alphonse V d’Aragon[61], mais les Djerbiens repoussent les attaques avec le soutien du sultan Abou Faris, qui fait construire en 1425 le fort de Borj Ghazi Mustapha [62].
Affrontements hispano‑ottomans
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Au tournant du XVIᵉ siècle, la Méditerranée voit émerger deux forces qui redessinent l’équilibre régional: l’Espagne, portée par l’expansion ibérique, et l’Empire ottoman, en pleine affirmation de sa puissance maritime. Leur montée en influence transforme l’espace méditerranéen en un champ de rivalités. Djerba, située au cœur des routes maritimes, se retrouve ainsi au centre de cette nouvelle confrontation.
L’intervention ottomane à Djerba commence à une période de fragilité de l’État hafside, lorsque des corsaires affiliés aux Ottomans s’installent sur les côtes de l’Afrique du Nord. Parmi eux se trouvent les frères Barberousse: Khaireddine et Arudj, qui obtiennent l’autorisation du sultan Abou Abdallah pour résider dans plusieurs ports du royaume, dont Djerba [63].
Au XVIᵉ siècle, Djerba devient à quatre reprises en l’espace de cinquante ans, le théâtre d’affrontements entre puissances chrétiennes et forces musulmanes [64].
En 1510, le comte Pedro Navarro attaque Djerba, mais subit une défaite totale lors de la bataille de la Kantara, près du « Qasr Massoud ». La campagne suivante, menée par Garcia Álvarez de Toledo — père du célèbre Fernando Álvarez de Toledo — tourne elle aussi au désastre, causant entre 2 000 à 4 000 morts[65] [66] et la perte de son commandant [67] [68]. Cet épisode reste connu sous le nom de « Le désastre de Djerba ».

En 1520, Hugo de Moncada, chevalier de Rhodes et vice-roi de Sicile, obtient par la diplomatie une déclaration de vasselage des Djerbiens et une promesse de tribut. Mais cet accord ne dure pas: les habitants rejettent rapidement la souveraineté espagnole [69], et l’île redevient une base pour Khaireddine Barberousse [70]. Entre 1524 et 1551, Djerba devient l’un des principaux repaires des corsaires ottomans dirigés par Dragut, qui en fait son quartier général dès 1543.
En 1551, une confrontation a lieu dans le canal de la Kantara entre Andrea Doria et Dragut, et se conclut par la victoire de ce dernier [69]. A cette époque, Djerba dépend administrativement de Tripoli : Murad Agha Khan en assure la gestion à partir de 1551, avant que Dragut ne prenne lui-même la charge en 1553 [71].

En 1560, lorsque Juan Luis de la Cerda, duc de Medina Sidonia et vice-roi de Sicile, prépare une expédition contre Djerba, Dragut sait que la flotte éspagnole se mobilise contre lui. Il envoie alors Uluj Ali à Istanbul pour demander l’appui du sultan. La mission réussit : Soliman le Magnifique accepte rapidement de dépêcher une flotte ottomane commandée par Piyale Pacha, composée de cent galères royales, pour soutenir Dragut.
Lorsque l’escadre ottomane approche de Djerba à une vingtaine de milles, Piyale hésite à engager le combat, et envisage même de se retirer. Uluj Ali le convainc fermement de rester. La bataille se termine par une défaite écrasante des forces éspagnoles : la plupart de leurs galères sont capturées ou détruites, et seuls le duc de Medina Sidonia et Giovanni Andrea Doria parviennent à s’échapper. Les troupes terrestres sont anéanties, le fort tombe, et plus de 10 000 Espagnols sont faits prisonniers — parmi eux : Don Álvaro de Sande, Don Gaston de la Cerda, Don Beringuer, Don Sancho de Leyva, ainsi que de nombreux officiers et notables [72]. Un monument constitué de crânes de soldats espagnols est alors érigé près du fort Ghazi Mustapha [73].
Gouvernance de la famille Smoumni
modifierLa « mashyakha » de l’île se divise en trois instances : la mashyakha du savoir et de la consultation, la mashyakha du jugement, et la mashyakha du gouvernement. Le Conseil de l’Azaba élit leurs membres pour appliquer ses décisions et ses sentences. Ces responsables disposent de leurs propres résidences, où ils siègent pour rendre la justice et où sont emprisonnés les criminels et les rebelles [74].
Parmi les familles qui exercent la mashyakha du gouvernement figure la famille djerbienne des Smoumni, connue pour son rôle dans la résistance contre les Espagnols. Elle gouverne l’île pendant plus de trois siècles, de 1289 à 1560, période qui coïncide avec la chute de l’État hafside [75]. Son autorité s’inscrit dans le cadre politico‑religieux ibadite fondé sur la mashyakha de l’Azaba, et se distingue par l’enseignement, la direction religieuse et la construction d’édifices tels que le Mosquée El Cheikh et la mosquée des Ghorba [75].
Les Smoumni s’installent à Djerba et gravissent progressivement les échelons du pouvoir jusqu’à devenir l’une des principales familles dirigeantes. Ils affrontent les offensives siciliennes et espagnoles et contribuent à préserver l’autonomie politique et religieuse de Djerba. Leur souveraineté reste toutefois locale et demeure, au moins nominalement, soumise à une autorité supérieure qui est celle des Azabas [76].
Les sources documentent plusieurs chefs de la famille Smoumni :
| Nom | Période approximative | Principales réalisations |
|---|---|---|
| Abou Yazid ibn Abi Nouh | mort en 1240/41 | Tué par les chrétiens après sa capture. Probablement le premier gouvernant désigné par l’Azaba pour administrer Djerba [77] [78] |
| Muhammad (Abou Abdallah) ibn Salah | Cheikh de l'ile en 1241/42, mort en 1289/90 | Dirige le combat contre Roger de Lauria et meurt dans la bataille [78] [77] |
| Suleimen ibn Salah | Mort en 1300/01 | Frère d’Abdu Abdallah. Décédé a Terbella lors du siège des Espagnols et Siciliens au Kastil [78] [77] |
| Zakariya (Abou Yahia) | Actif vers 1431/32 | Gouverne sous le règne du sultan hafside Abou Faris Abd al‑Azîz al‑Mutawakkil, [78] sous les ordres de Kheireddine [77] |
| Yahya (Abou Zakariya) ibn Said ibn Abi Nuh | vers 1500 | L’un des plus célèbres Cheikhs de Djerba. Chef de l’île et administrateur. Désigné « imam de défense » pour repousser les flottes espagnoles. Dirige une armée composée de murabitin, de volontaires, de capitaines maritimes et des gardiens des « mosquées du rivage ». Dispose d’une cavalerie appelée « cheveaux du Cheikh » chargée de surveiller les Espagnols. Ce dispositif militaire relève du système de l’Azaba. Il mène la bataille contre Pedro Navarro avec l’aide de son fils Abou al‑Rabi Sliman [78] en 1510 |
| Said ibn Sliman | Cheikh de l'ile en 1520 | Conclut un traité de paix avec Hugo de Moncada en 1520, gouverneur espagnol de Tripoli et vice‑roi de Sicile, confirmant la soumission de l’île à l’occupation espagnole [79] [77] |
| ...?... ibn Sliman | Cheikh de l'ile en 1541 | Frère de Said ibn Sliman. Conclut un traité de paix avec Hugo de Moncada en 1541, gouverneur espagnol de Tripoli et vice‑roi de Sicile, confirmant la soumission de l’île à l’occupation espagnole [79] [80] |
| Salah ibn Yahya ibn Zakariya | Déposé de sa fonction de Cheikh en 1546/47 | Opposé à la présence ottomane et à l’occupation de Djerba par Dragut et ses corsaires. Déposé et emprisonné par son fils Abou Nouh, qui lui crève les yeux en 1546. Fondateur de la mosquée du Cheikh et de la mosquée des Ghorba dans le grand souk [81] [80] |
| Abou Nouh ibn Salah | Cheikh de l'ile en 1546/47 | Son nom disparaît après 1552. Premier gouverneur désigné par Dragut et par l’autorité ottomane, il entretient de bonnes relations avec le sultan Soliman le Magnifique [82]. En 1551, il aide Dragut à s’échapper et à lever le siège espagnol grâce au soutien de deux mille habitants de Djerba [80]. |
| Sliman ibn Said | Cheikh de l'ile en 1551 | Le 19 mars 1551, il signe un traité avec Hernando de Vega confirmant les précédents engagements d’allégeance aux Espagnols et de soutien contre Dragut. L’accord prévoit également la remise de son fils Yahia comme otage, garanti du traité. Dragut le fait exécuter par pendaison à Tripoli en 1558 [81] [80]. |
| Yahia | Cheikh de l'ile en 1553 | Durant sa gouvernance, Dragut attaque l’île avec une armée composée de Turcs, d’Awlâd Shibl, d’al‑Sabua et de Zouara. Yahia demande alors l’aide d’Ahmed ibn Hassan al‑Hafsi, qui ne parvient pas à le soutenir. Dragut s’allie ensuite aux Mestaoua et aux Arabes d’al‑Hzem pour chasser les Espagnols du fort du Kastil et prendre le contrôle de l’île [82] |
| Salah | Il a conduit une attaque contre Dragut avec lesoutien de des Wahbiya — surtout ceux de Sedouikech — qui livrent un combat acharné au port de Sedouikech. Les Wahbiya sont vaincus : 1200 d’entre eux tombent, tandis que les survivants se dispersent. De nombreux Turcs, des Mestaoua et leurs alliés périssent également. Dragut se retire ensuite vers Tripoli. [83] | |
| Massoud ibn Salah | Cheikh de l'ile en 1559 | Dernier Cheikh de la famille. Son mandat coïncide avec la grande expédition espagnole et il meurt en 1560 [82] [84] |
Organistion de aayan al ibadiya
modifier[85].
- Cheikh Djerba [85]
- Cheikh el Jama'a [86]
- Mokaddem [87]
- Comitee d'el Jama'a Mokaddem [88]
- Systeme militaire: [89]
- Kadhi [90]
- Caid: [91]
- Khalifa [92]
- Cheikh al balad (Cheikh Djerba)
- Au niveau du rite
- Majless alelm et al 7okm al a3la (Majless al azaba)
- Cheikh al 7alka
- Majless alelm et al 7okm al a3la (Majless al azaba)
- Au niveau du secteur
- Au niveau du houmt
- Au niveau de la Mosquee
- Au niveau du rite
Conflits internes
modifierÀ cette période, le systeme de l’Azaba joue à la fois le rôle d’autorité religieuse et de référence politique pour la société djerbienne. Il parvient à exercer un pouvoir autonome sur l’île et à s’affranchir du sultan Abou Ishaq Ibrahim, sur l’avis de Muhammad ibn Abi al‑Qasim ibn Abi al‑Ayyun, gouverneur de Djerba en 1336 [94]. L’organisation administrative repose alors sur les notables locaux, qu’ils soient figures religieuses ou élites économiques, unis par leur appartenance au courant ibadite wahbite et mestaoua [94]
Lors de son voyage à Djerba, al‑Tijani décrit cette structure sociale: « Ils se divisent en deux groupes : le premier est connu sous le nom de Wahbiya, dont la direction revient aux Banu Smumn, et leur territoire occupe la partie occidentale de l’île ainsi que les zones qui s’étendent vers le nord. Le second groupe est appelé les Nakkara, dirigé par les Banu Azzun, et leur domaine couvre la partie orientale de l’île et les régions qui s’étendent vers le sud. » [95]
Plusieurs affrontements éclatent entre les wahbiya et les mestaoua. Parmi les plus marquants figurent:
- En 1160, Djerba connut ce que les sources désignent comme l’année des cinq (555 Hégire): des conflits internes éclatèrent entre les tribus à la suite des rivalités entre les chefs locaux [96]. Ces affrontements divisèrent l’île en deux camps opposés, chacun sollicitant l’appui de groupes arabes et de contingents de Ouerghemma venus de l’extérieur. Cette intervention étrangère provoqua de vastes destructions, la mort de nombreux innocents et un alourdissement considérable des charges imposées à la population [96].
- En 1213, l’incident de la mosquée tajdit qui se solde par la défaite des mestaoua [97].
- En 1219, l'affrontement d'El May [98] [99].
- En 1223, la bataille de « Karra » ou « Aghram Masoud » encore au détriment des mestaoua [97].
- En 1244, l’affrontement de « Baṭṭal », marqué par la première «qima (ou qassima» (échange d’otages entre factions) [97].
- En 1270, l’incident de « Henshir al‑Khanfus » [58].
- En 1283, la seconde «qima» [54].
- En 1501, un affrontement connue sous le nom d’« année de la Sebkha », car elle se déroule dans la sebkha située entre le marché mestawite (souq el‑Guebli) et le fort al‑Kastil [100] [99].
- En 1559, un nouveau conflit interne éclate dans le port de Sedouikech entre les Wahbiya de Sedouikech d’un côté, et les Mestawa, les Arabes de al‑Hazm et les Turcs de l’autre. Les troubles durent sept mois [101].

- En 1560, les habitants de Djerba se soulèvent contre Massoud ibn Salah Smoumni, protégé de Dragut, gouverneur ottoman de Tripoli, qui l’a nommé à la tête de l’ile en 1559. Informé de la révolte, Dragut accourt depuis Tripoli par terre et par mer, accompagné des tribus de Awlad Shibl, al‑Sabua et Zouara. Il rejoint Massoud et la bataille se termine par la défaite des wahbiya, submergés par le nombre de soldats ottomans ou environ 1200 d’entre eux sont tués [101] dont le savant Abou Sliman Daoud ibn Ibrahim al‑Tlati, chef de l’Azaba de Djerba. Les biens sont pillés et une grande partie de la population fuit l’ile [102]. Après la bataille, Massoud est rétabli dans ses fonctions, mais il renonce rapidement à son poste après la « bataille du Borj ». Il se réfugie auprès des Espagnols, déclarant son abandon de la bannière ottomane et son ralliement à la couronne espagnole. Cependant, la victoire de Dragut pousse Massoud à se rendre à Tripoli pour tenter de se justifier. Dragut ordonne son exécution en 1560 [103] et nomme à sa place Moussa ibn Omar ben Jloud comme gouverneur de Djerba [104]. Cet événement met fin à la mashyakha de la famille Smoumni et la montée au pouvoir de la famille Ben Jloud.
Introduction du rite Malékite
modifierLe plus ancien témoignage de la présence du rite malékite à Djerba est un document daté de 1450: le testament d’Omar ibn Slimane Bejaoui al‑Maleki, qui attribue la moitié de son héritage à la mosquée al‑Ghorba et l’autre moitié à la mosquée Taourit. Ce document atteste que le rite malékite est déjà établi sur l’île durant le gouvernement du sultan Hafside Abou Amr Uthman (1435‑1488) [105]. Plusieurs éléments indiquent que la mosquée al‑Ghorba, anciennement ibadite et autrefois désignée sous le nom de mosquée Barzine, constitue la plus ancienne mosquée malékite de l’île [106]. Le premier imam de la mosquée etant Hamid ibn Ahmed ibn Muhamed al‑Meniaoui, originaire de la tribu des Hamarna de Mareth, nommé à cette fonction par le gouverneur ottoman de Tripoli après avoir été empêché d’exercer et expulsé par les communautés ibadites [107]. Le fils de Sidi Hamid, Ahmed, hérite de la fonction de son père. Sur ordre des autorités ottomanes, il reçoit la présidence de la mosquée ainsi que la direction de l’institution de la fatwa pour le secteur de Djerba, et pour le reste de la régence comprenant Tripoli, al‑Jarid et Gabès [107]. l’institution de la mosquée évolue pour devenir un centre religieux, éducatif, juridique et de bénédiction (présence d’un saint local). Les autorités ottomanes œuvrent à renforcer cette ancienne institution hafside en développant son pluridisciplinarité, ce qui lui permet d’accroître son rayonnement dans un environnement marqué par la coexistence d’organismes relevant du pouvoir local et d’autres dépendant du pouvoir central [108].
Période Ottomane
modifierLa conquête ottomane de Djerba intervient avec la chute de l’État hafside et de l’entrée des troupes ottomanes menées par Sinan Pacha à Tunis en 1574. Ce changement s’inscrit dans le contexte des rivalités maritimes en Méditerranée et des luttes d’influence entre les eyalats ottomans d’Afrique du Nord.
Durant cette période, l’ile connaît deux formes successives de dépendance politique : d’abord rattachée à l’eyalet Tripoli, puis intégrée à celle de eyalet Tunis. Cette double affiliation place Djerba dans une position oscillant entre l’autorité des pachas de Tripoli et celle des dey de Tunis.
La période se caractérise par une forte présence militaire, des changements fréquents dans la mashyakha locale, ainsi qu’un enchevêtrement de facteurs économiques, tribaux et politiques liés aux rivalités internes entre les centres de pouvoir ottomans.
Régence de Tripoli
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En 1570/71, le gouverneur de l’éyalet de Tripoli, Jaafar Pacha, impose à Djerba une lourde amende. Une grande partie de la population quitte alors l’ile en raison de la sécheresse, de la famine et de la cherté des denrées [109]. La crise se poursuit, et en 1595, de nombreux habitants meurent de faim [109].
En 1598/99, a la mort de Moussa ibn Omar ben Jloud, son fils Omar lui succède à la tête de l'ile. Peu après, Omar se rend à Tripoli et son absence coïncide avec l’aggravation de la famine, et les Djerbiens décident de le destituer [110] [109]. Ils élisent alors Abdallah al‑Borji al‑Sedghiani et écrivent au gouverneur de Tunis, Othman Dey, pour lui demander assistance et lui confier l’autorité sur Djerba [110]. Lorsque la nouvelle parvient à Ibrahim Pacha, celui‑ci marche vers Djerba [111]. Les Djerbiens se regroupent près du port de Sedouikech pour empêcher l’armée de Tripoli d’avancer. Ibrahim Pacha les rejoint, mais les habitants résistent pendant trois mois. Ils feignent ensuite la reddition et demandent à négocier. Une fois le pacha entré dans l’île, ils le capturent et ne le libèrent qu’après la remise en liberté de tous les Djerbiens emprisonnés dans ses navires [112]. Ibrahim Pacha retourne à Tripoli, décidé à se venger, il envoie une nouvelle expédition qui pille l’île durant trois mois. L’année suivante, il revient à Djerba, arrête Abdallah al‑Borji — qui tente de fuir par mer avant d’être livré par les habitants d’Arkou — et ordonne de le mettre à mort, de l’écorcher et de remplir sa peau de paille avant de l’emporter à Tripoli. À son retour en 1599/1600, il réinstalle Omar comme Cheikh de l’île. La population, profondément éprouvée, nomme cette année « l’année du Borji » [111].
En 1600/01, Dali Hassan Pacha, pacha de l’eyalat d'Alger, se dirige vers Tripoli. Il s’arrête à Djerba et séjourne au fort de Kastil. Yahya al‑Borji, frère de Abdallah, se rend auprès de lui et deamnde la mashyakha en échange d’un don de 14.000 douros. Mais dès qu’il reçoit l’argent, le pacha fait étrangler Yahya, emprisonne les notables et leur impose de lourdes taxes, avant de repartir vers Tripoli. Quelques mois plus tard, après avoir échoué à rallier les Tripolitains, il revient à Djerba et installe son camp sur la plage de Ras al‑Rocca [113]. Des navires chrétiens passent alors près du rivage pour se ravitailler en eau; leurs équipages attaquent le pacha et ses soldats et les tuent tous [114].
En 1601, Omar ben Jloud et Ali des Awlad Thabit fuient Djerba, craignant la répression d’Ahmad Pacha, gouverneur de Tripoli. Après sa mort, Ahmad ibn Massoud des Awlad Thabit, surnommé « Kanafa », devient Cheikh de l’île en 1602 [114].
En 1603/04, Omar ben Jloud et Ali des Awlad Thabit achètent la mashyakha auprès de l’eyalet de Tripoli pour 60 000 dinars sultani [114]. La même année, Ali, l’un des fils de Omar est assassiné dans la mosquée Moghzal par le Cheikh Issa des Beni Maaguel. Omar ben Jloud, furieux, finance l’assassinat d’Ahmad ibn Massoud, qui est tué dans la région d’al‑Dakhla en 1604/05. A sa mort, son fils Abou Salama obtient la mashyakha pour 100 000 dinars [115] et destitue Omar Ben Jloudd qui s’enfuit avec ses enfants [116] [115].

Régence de Tunis: Les Mouradites
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En 1605, Othman Dey envoie des troupes à Djerba pour combattre les forces de Tripoli avec un soutient des habitant de Ajim et Sedouikech [115] et les expulser de l’île. L’affrontement se conclut par le retrait des soldats tripolitains, mais quarante‑deux Djerbiens périssent durant ces événements [115].
En 1605/06, après la destitution de Omar ben Jloud par les turcs de Tunis, les habitants ne trouvent personne pour lui succéder, finissent par le rétablir dans ses fonctions la même année, qu’il conserve jusqu’à sa mort en 1619/20 [116].
En 1610/11, un conflit éclate entre les habitants de Sedouikech et ceux d’Ouersighen au sujet d’un territoire maritime de pêche utilisant la technique de la Damassa [117].
En 1606, une peste atteint la region d'el May [115], puis en 1622, une autre épisode frappe Djerba, connu sous le nom de « peste de Balghith al‑Qachach » [118] [119].
En 1631, Youssef Dey rattache définitivement Djerba à Tunis [120].
L’épidémie de peste revient en 1642, puis une troisième fois en 1662, durant trois années, et une quatrième fois en 1667 [121]. Les habitants de l’île subissent alors la maladie, la cherté, la stagnation économique et la sécheresse. En 1685, la situation empire lorsque Ali Bey El Mouradi leur interdit l’accès au blé, à l’orge et à la plupart des denrées, ne leur laissant que la fitura (résidus d’olives après pressage); les habitants sont contraints de s’en nourrir [122][123]. En 1686, les Djerbiens apprennent que les Tunisois se sont révoltés contre Ali Bey et ont placé son frère Mohamed Bey El Mouradi au pouvoir, sur ordre du sultan ottoman [122].
Durant cette période, Saïd ibn Moussa, connu pour favoriser les tribus arabes au détriment des insulaires, installe les tribus de Ouerghemma et de Oueriemma à Djerba et leur donne libre accès aux biens des habitants, afin de renforcer sa position contre son frère Abderrahman, rival au pouvoir [124]. En réaction, Abderrahman rassemble des Arabes de Tripoli et des côtes voisines, les embarque sur quatre navires et tente d’entrer dans l’île par le port d’Aghir, puis par la Kanṭara, mais les Ouerghemma l’en empêchent. Il contourne alors l’île vers Ajim, où il est également repoussé. Il se tourne ensuite vers les tribus des Arad, d’Arfat al‑Jarid et du Djebel Matmata, réunissant plus de trois mille hommes. Il se dirige vers Djerba par le port de Marsa al‑Ghanam et tente d’entrer par el Gataia el Gueblia [125], mais il est vaincu et perd de nombreux combattants [126].
Au milieu de ces troubles, Said ibn Moussa est tué en 1686 par des soldats de l’éyalet de Tunis, sur instigation de son frère Abderrahman [127]. qui prend ensuite le contrôle de la mashyakha. Sous son autorité, la situation de l’île s’améliore : les récoltes augmentent, la population retrouve l’abondance et les tensions liées aux tribus arabes disparaissent. Il expulse également les tribus installées par son frère [127]. Son règne reste toutefois bref : il se donne la mort en 1689. Al‑Ḥîlâtî décrit les circonstances de son suicide : « Au mois de Joumada al-oula de cette année qui clôt le siècle, Dieu jette la frayeur dans le cœur du cheikh. Il quitte alors sa maison pour se rendre à Oued Zbib et s’installe à Tajmut. Puis, dans la nuit du sixième jour de Rajab, le démon lui inspire que se donner la mort serait pour lui plus supportable que de continuer à vivre. La terre se resserre autour de lui malgré son immensité. Il charge son fusil; lorsque la nuit tombe, il ferme la maison sur lui, place l’arme contre sa poitrine, et meurt » [128]. Après sa mort, Mohamed ibn Salah et Othman ibn Sliman ben Jloud se rendent à Tunis pour demander la charge de Djerba, qui est finalement confiée au Cheikh Mohamed [128].
Gouvernance de la famille ben Jloud
modifierLes sources documentent plusieurs chefs de la famille Ben Jloud:[129] [130]
| Nom | Principaux événements | Date grégorienne |
|---|---|---|
| Moussa Ben Jelloud | Premier dirigeant de la famille Ben Jelloud ; nommé par Dragut en 1560 [131] après l’assassinat du dernier chef de la famille al‑Smumni | Cheikh de l'ile entre 1560 et 1599 [132]. |
| Omar Ben Moussa | Accede au pouvoir en 1599. Gouverne avec abus et oppression, imposant de lourdes taxes à son profit. Destitué par les habitants dans la meme annee, il revient au pouvoir en 1600 après l’expulsion des troupes de Tripoli en 1600; fuit en 1601/02, redevient Cheikh en 1603/04, destitue en 1604/05, redevient Cheikh en 1605/06 jusqu’à sa mort en 1619 [133] | Cheikh de l'ile sur plusieurs périodes entre 1598/99 et 1619 [134] |
| Ali ibn Moussa | Fils de Omar, assassiné en 1603 dans la mosquée al‑Mughzal par le Cheikh Issa des Ben Maaguel [135] | |
| Said ibn Omar ibn Moussa | Accède au pouvoir apres son père; dirige l'ile jusqu’à sa mort en 1650/51; il impose la "Taqiah" aux membres d'el Azzaba [136]. Bâtit la mosquée Bounkhil à Oualegh en 1625 [137] | Cheikh de l'ile entre 1619/20 et 1652/53 [137] |
| Moussa ibn Said ibn Omar ibn Moussa | Accède au pouvoir aprés son père. Instaure pour la premiere fois la prière du vendredi chez les Ibadites en 1668/69 à la Mosquée Cheikh de Houmt Souk [138] [139] | Cheihk de l'ile de 1652/53 [137] a 1686 [130] |
| Saïd ibn Moussa ibn Said | Accusé d’avoir introduit les tribus Ouerghemma et Oueriemma à Djerba; tué a Houmt Souk dans son conflit avec son frère Abd al‑Rahman [137] | Mort en 1686 [137] |
| Abd al‑Rahman ibn Moussa ibn Said | Conteste le pouvoir de son frère Said dès 1684 [140], commandite l'assassinat de son frère en 1686 [137]; expulse les tribus arabes; se suicide en 1688 [140]. Bâtit la mosquée Cheikh à Oualegh [141] | Cheikh de l'ile entre 1686 et 1689 [137] |
| Mohamed ibn Salah | Devient Cheikh après le suicide d’Abd al‑Rahman | Cheikh de l'ile de entre 1689 et 1696/97 [142] |
| Said ibn Moussa | Réputé pour ses injustices, ses violences et les lourdes taxes imposées aux habitants, assassiné par l’Agha de Nuba Djerba sur instigation de Younes Ben Ali Pacha | Cheikh de l'ile entre 1696/97 et 1739/40 [142] |
| Moussa ibn Salah | Designé Cheikh de l'ile par Ali Pacha aprés l'assassinat de Said ibn Moussa [143]. Destitué par Younès fils de Ali Pacha aprés le conflit avec Ahmed ibn Moussa et nomme son frère Mohamed ibn Salah. Il perd la raison et se cloître dans la mosquée de Tajmout à Wâdî Zbîb ou il se donne la mort [144]. | Cheikh de l'ile entre 1739/40 [143] et 1757 [130] |
| Mohamed ibn Salah | Destitué et emprisonné par Younès, les biens de sa famille sont confisqués et les demeures détruites. Ali Pacha transporte à Tunis les portes, fenêtres, bois et objets précieux pour construire le palais du consul suédois à Bab al‑Bahr, près de l’ambassade britannique [144] | |
| Ahmed ibn Moussa | Exerce le role de "Caid" sous les husseinites à deux reprises; il fuit vers Tripoli après l'assassinat de son frère Said ibn Moussa et sa défaite contre Younès, la deuxième en 1756/57 avec l'ascension au trone de Mohamed Rachid Bey; ne reste qu’un an avant d’être destitué [144] [94] | Cheikh de l'ile entre 1756 et 1759 [130] |
| Saïd ibn Salah | Sa mort marque l’extinction de la dynastie Ben Jloud [144]. | Cheikh de l'ile jusqu'a 1798 [94] ou 1800/01 [145] |
Régence de Tunis: Les Husseinites
modifierEn 1705, l'instauration de la dynastie des Husseinites se déroule durant la gouvernance de Said ibn Moussa [146]sur l'ile. Al‑Baji rapporte que ce dernier est plus fort que Ali Pacha dans son autorité et son tempérament. Il atteint un degré de puissance et de domination tel qu’il se constitue sa propre force de sécurité, grâce à laquelle il protège sa position et impose sa politique aux habitants de Djerba. Il possède de nombreux esclaves installés près de sa demeure. Un officier turc reconnaît que les partisans de Saïd Ben Moussa sont bien plus nombreux que les soldats dont il dispose [142]. Said est assassiné sur instigation de Younes ibn Ali Pacha [142].
En 1739, après la mort de Saïd, Ali Pacha nomme Moussa ibn Salah à la tête de Djerba. Mais Ahmed ibn Moussa, le frère de Saïd, se rend à Tripoli pour obtenir le soutien du gouverneur de la ville, Ahmed Pacha, ce dernier refuse d'intervenir. Ahmed retourne alors dans le sud tunisien, rassemble des partisans — notamment de Ouerghemma, des Akkaras et d’autres groupes — puis entre à Djerba pour affronter Moussa. Moussa se réfugie dans le Borj el‑Kebir. Les troupes qui accompagnent Ahmed attaquent Houmt Souk, pillent la ville, et Ahmed prend le contrôle de l’île. Moussa fuit l'ile et rejoint Younes ibn Ali dans son camp a Sfax, Il l’informe des événements et sollicite son aide. Younes lui fournit une armée et l’envoie reprendre l’île. Moussa revient avec une force importante. Ahmed sort à sa rencontre avec ses partisans, qui voyant l’ampleur de l’armée de Moussa et sa préparation, prennent la fuite par la route de Terbella, traversant la mer à pied. L’armée de Moussa les poursuit et les massacre presque tous; seuls échappent ceux qui parviennent à embarquer avant son arrivée. Moussa avance ensuite vers Ajim, qu’il pille et saccage [131] et reprend le controle de l'ile. Peu de temps apres, Younès le destitue et le remplace par son frère Mohamed, puis renverse Mohamed et l’emprisonne. Moussa perd la raison, se cloître dans la mosquée de Tajmout à Oued Zbib ou il se donne la mort [144]. Les biens des deux frères sont confisqués et leurs demeures détruites. Ali Pacha fait transporter à Tunis portes, fenêtres, bois et objets précieux pour construire le palais du consul suédois à Bab al‑Bahr, près de l’actuelle ambassade britannique [144].
Entre 1746 et 1748, le pouvoir central a Tunis mène une politique de répression pour affaiblir les autorités politico‑religieuses locale. Il emprisonne certains responsables, pousse d’autres à fuir vers Zouara et voit disparaître une partie d’entre eux. Il impose une sanction financière à l’Azaba al‑Wahbiya et à la population, tout en tenant les instances religieuses supérieures pour responsables. En créant une fracture entre ces institutions et leurs bases ibadites, l’État central parvient à consolider son contrôle sur l’île [147].

Ali Pacha exploite le vide politique créé par sa politique de répression contre les instances supérieures du système religieux de l’Azaba, afin de renforcer les structures makhzeniennes et leur permettre d’obtenir « prestige et autorité » [147] . Les représentants du pouvoir central religieux — notamment la Zaouïa Jomnia de rite malékite — ainsi que ses institutions administratives et politiques, comme le juge et le caïd, acquièrent alors une influence notable, au détriment des structures religieuses et politiques ibadites locales [147] [148].
Fin de l’autogouvernance djerbienne
modifierEn 1744, l'institution de Mashyakha est alors remplacée par l’institution du caïd ou « qayyad de Djerba » [149] mettant fin a l'autorité politique du système de l’Azaba et de la Mashyakha sur l'ile et la fin de l’autogouvernance assuré depuis longtemps par les familles locales — les Smoumni et les Ben Jloud — qui administraient les affaires de l’île. Cette décision marque la disparition définitive de leur rôle politique et clôt une période où les lignages ibadites exerçaient une autorité autonome sur Djerba [150], remplacés par des caid de doctrine Malékite [151].
Bien que le système de l’Azaba disparaisse en tant qu’institution organisée, l’autorité religieuse et le titre d’« Azabi » continuent de subsister dans certains villages. À Guellala, la famille Ben Mansour maintient cette fonction, tandis qu’à Sedouikech, les familles Bousetta et Mechichi conservent également ce statut [152]. Plusieurs de leurs membres poursuivent leur rôle d’imam dans les mosquées de Sedouikech jusqu’au XXᵉ siècle, témoignant de la persistance locale de cette tradition malgré l’effacement du système institutionnel. [153]
événements de 1159 H (1746), après que des juristes de la famille al‑Youssi, ayant renié le rite ibadite, se soient emparés de l’imamat de la mosquée Tajdīt dans le quartier de Fâtou, dans la région de Ṣadghiyān. Craignant les agents du Makhzen — trois « ḥawanib » appartenant aux « serviteurs » du pacha, arrivés de Sfax après la mise à mort du juriste Saïd ibn ʿAbd al‑Raḥmān al‑Youssi du quartier al‑Qashʿayn — les cheikhs savants et les notables locaux (les « wujūh ») de l’île se sont également éclipsés.
Composition demographique
modifier1er : Whab 2: Mistawa Malekite 3- Arabes 4- Escalves (Abid) 5-Hanafites 6- juifs (meriemi 2015, 327) 7 ghorba (meriemi 2015, 330)
Les ibadites considerent les arabes malekite et hanafite comme Moukhalifine ou Mouwahidine (meriemi 2015, 332)
pas de mariage, pas de imamat (meriemi 2015, 333), ceci est du a la difference : locale ou centrale.
Gouvernance des Caids ou "Qayyad"
modifierLes sources documentent plusieurs chefs de la famille Smoumni : A partir de 1849, l'institution de Caid est assigne a des hommes d'etats basee a Tunis [154]
| Caid | Période | Remarques |
|---|---|---|
| Jaafar ben Khedhr | 1744 [155] | originaire de Jemmal |
| Mohamad ben Khedhr | 1748 | |
| Ali Al Jallouli | 1752 [155] | originaire de Sfax |
| Ahmad Ben Jloud | 1756 | |
| Ali Ben Ayad | 1763 | |
| Hamida ibn Kacem Ben Ayad | Accède au pouvoir en 1788 et est démis de ses fonctions en 1794 | L’île est pillée par les troupes de Tripoli, ce qui le pousse à prendre la fuite. En réaction à cet abandon de la île sans combat, Hammouda Pacha décide de le destituer |
| Mustapha Ben al Hassan Al kabir | destitué en 1794 | |
| Younes ibn Hamida Ben Ayad | destitué en 1805 | |
| Mohamed ibn Mahmoud Al Jallouli | destitué en 1806 | |
| Mohamed Al Mourali | ||
| Hamida Ben Ayad | 1808 | Décédé en 1816 |
| Mohamed ibn Hamida Ben Ayad | 1815 | |
| Mohamed Ben Ayad | 1816 | |
| Mohamed Ali ibn Hamida Ben Ayad | ||
| Abdelrahmane ibn Mohamed Ben Ayad | 1824 ou 1826 | |
| Mohamed Ben Ayad | 1828 | |
| Rjab ibn Younes Ben Ayad | 1829 ou 1830 | |
| Mahmoud Ben Ayad | 1848 |
Djerba contemporaine
modifier(1881 – aujourd’hui)
Protectorat français
modifier1881 – 1956
Diaspora
modifierComme a l'interieur, les djerbien s'organisent en groupe "Jamaa" dans la diaspora, souvent selon les villages et les relations de sang [156]. Les djerbiens de toutes les regions migrent vers Tunis, tandisque ceux qui migrent vers Bizerte sont de Guellal, Arkou, Beni maaguel, Mahboubine et el May, a Mateur de Oualegh, Cedghiane, Midoun,el May et Benidis [157]. En 1857, "أعيان جماعة الجرابة" sont au nombre de 7 a Tunis: [156]. Diaspora en Egypt, Istanbul et Tripoli. Les jeunes ouvriers et les maisons des Jamaa [158].
ne voulaient pas se mixer(meriemi 2015, 331)
Systeme educatif: - basee sur les institutions sunnites: Mosque ghorba et ecole Jomni qui permet aux etudiants d'avoir un diplome et acceder aux fonction de l'etat - systeme parallele ne permettant pas a l'accees aux fonctions de l'etat (et sans diplome) et permet uniquement l'accees au monde de l'emploie aux mains des aayan ibadite et azaba ... [159].
1 Mokadem a la tete de chaque "secteur" (cheikh a la tete de chaque khoms): 6 pour les secturs ibadites: Ajim, Guellal, Sedouikech, Beni dis, oualegh, et Sedgiane. 4 sur les secteurs mistaoua: Oufar, Arkou, Beni Maaguel et el May. [160].
Tunisie indépendante
modifier1956 – aujourd’hui
Notes et références
modifier- ↑ Sami Ben Tahar, « Henchir Tawrirt (Jerba) : un site libyque aux origines », Antiquités africaines, no 52 « L'Afrique du Nord de la protohistoire à la conquête arabe », , p. 9–52 (ISSN 0066-4871, DOI 10.4000/antafr.544, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Sami Ben Tahar, « Le site rural de Mezraya (Jerba) de la Protohistoire à l’époque romaine impériale : résultats de la première campagne de fouilles préventives de 2018 », Antiquités africaines, no 57 « L'Afrique du Nord de la protohistoire à la conquête arabe », , p. 33-92 (lire en ligne)
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