Adrien de Witte

peintre, dessinateur, graveur et aquarelliste belge (1850-1935)
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Adrien de Witte, né le à Liège et mort le dans sa ville natale, est un peintre, aquarelliste, graveur et dessinateur belge.

Adrien de Witte
Léonard Hubert Zeyen, Le peintre Adrien de Witte, 1882-1888 (épreuve photographique, noir et blanc ; 16,6 × 10,8 cm), Liège, musée de la Vie wallonne.
Fonctions
Directeur de l'Académie royale des beaux-arts de Liège
-
Enseignant
Académie royale des beaux-arts de Liège
Dessin d'après nature (d)
-
Enseignant
Académie royale des beaux-arts de Liège
Expression (d)
-
Enseignant
Académie royale des beaux-arts de Liège
Dessin d’après l’antique (d)
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 84 ans)
LiègeVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Lambert Jean Adrien De Witte de LimmingheVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Période d'activité
Père
Jean-Baptiste Corneille de Witte (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Marie Catherine Antoinette Lambertine Andrien (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Jacqueline Lambertine Charlotte de Witte (d)
Jacqueline Eugénie Josephine Maria de Witte (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Joséphine Marie Léopoldine Goemé (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Commission royale des monuments et des sites ()
Cercle royal des Beaux-Arts (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mouvements
Maîtres
Genres artistiques
Influencé par
Distinctions
Œuvres principales
signature d'Adrien de Witte
Signature.

Fils d'un artiste peintre, de Witte montre, dès son enfance, une prédisposition pour les arts. Après de brillantes études à l'Académie royale des beaux-arts de Liège, il s’installe en 1870 avec son ami le sculpteur Léon Mignon dans un atelier situé rue de l'Étuve. Il y commence sa carrière, dessinant et peignant « au hasard de la commande », et s'y initie également à la gravure. Enthousiasmé par un premier voyage de plusieurs semaines dans la péninsule italienne fin 1872-début 1873, il a l'occasion d'y séjourner plus longuement lorsqu'il obtient en la bourse de la fondation Lambert Darchis. Celle-ci lui permet de rejoindre son ami Léon Philippet à Rome, où il réside jusqu'en . Il y vit en « flâneur studieux » plus intéressé par « la nature, la vie contemporaine, la pittoresque humanité de la rue » que par les grandes œuvres du passé.

Revenu à Liège pour assurer l'intérim de Jean-Mathieu Nisen à l'Académie des beaux-arts, il part ensuite à Paris. Bien qu'il envisage d'y rester plus longtemps, de Witte rentre finalement au pays lorsque Prosper Drion, le directeur de l'Académie, lui offre la place de professeur qu'occupait Nisen, décédé en . Commence alors une longue carrière d'enseignant, qui dure jusqu'en mais s'effectue « au détriment de sa production personnelle ». Éducateur « sévère autant qu'il est courtois », il laisse un « souvenir ému » à nombre de ses élèves. Parmi ceux-ci figurent des artistes tels qu'Émile Berchmans, Auguste Donnay, Jean Donnay, François Maréchal ou Ernest Marneffe. Il est également directeur de l'Académie de 1910 à 1913.

De Witte est non seulement le principal artisan de la relance de la gravure en région liégeoise dans le dernier quart du XIXe siècle mais aussi l'un des représentants majeurs du réalisme en Wallonie, qu'il introduit à Liège avec Léon Philippet dans les années 1870.

Biographie

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Jeunesse et formation (1850-1870)

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Lambert Jean Adrien de Witte de Limminghe, né à Liège le [1],[2],[3], est le fils de Jean-Baptiste Corneille de Witte de Limminghe (1819-1907)[2],[4] et de Marie Catherine Antoinette Lambertine Andrien (1821-1883)[2],[5]. Le jeune Adrien a déjà une sœur, Charlotte (1849-1913)[6], qui restera célibataire jusqu'à la fin de ses jours[6], et la famille s'agrandit peu après avec la naissance d'une seconde fille, Maria (1852-1886)[7]. Cette dernière épousera en M. Gustave Bernimolin[8], avec qui elle a cinq enfants avant son décès prématuré à l'âge de 34 ans[9].

Nature morte, non datée, de Jean-Baptiste Corneille de Witte.

Le père d'Adrien de Witte, ancien élève de l'Académie royale des beaux-arts de Liège qui y avait « obtenu des distinctions », gagne sa vie comme artiste peintre[10] et est l'auteur de natures mortes « empreintes d'un charme classique »[11]. Il transmet à son fils ses premières notions de dessin[10],[12], comme le décrit en 1927 Charles Delchevalerie : « Le soir, sous la lampe familiale, il crayonnait pour amuser ses enfants des croquis que le petit Adrien coloriait ensuite. Celui-ci conserve des albums remplis de ces enluminures auxquelles père et fils ont collaboré »[10].

Le garçon commence son parcours scolaire à l’école Saint-Jean[10],[12] puis il entre à l'athénée de Liège, en sixième latine, établissement qu'il doit assez rapidement abandonner car son professeur est choqué par les croquis qu'il dessine en marge de ses cahiers[10]. Il continue alors ses études au Collège des Jésuites dans la section professionnelle[10]. Dès son enfance, il montre une prédisposition pour les arts[13],[14] et « le dessin, pour lui, n'est pas un travail, mais un amusement qui contente un instinctif besoin »[15].

De 1866 à 1870, il se forme, comme son père, à l'Académie royale des beaux-arts, où il suit les cours de Lambert Herman pour le dessin « d’après la feuille », de Charles Soubre pour le dessin « d’après l’antique », de Prosper Drion pour l’anatomie, de Camille Renard pour l'histoire de l'art et d’Auguste Chauvin pour le dessin « d’après nature »[13],[14],[16],[17]. Ses premiers dessins, qui datent de cette époque, révèlent déjà son penchant à l'observation : « Il silhouette ainsi ses grands-parents, le vieux domestique Paquay, le voisin qui vient jouer aux cartes » et il reproduit de mémoire les bustes qu'il a copiés au cours de dessin « d’après l’antique »[15],[12]. Toujours vers 1866, son grand-père maternel, négociant, installe une collection de plusieurs centaines de tableaux, dont « certains devaient être très intéressants », dans sa propriété de la rue Hocheporte[10],[12]. Le jeune adolescent « trouve donc chez lui une atmosphère propre à favoriser ses velléités d'art »[10],[18].

Autoportrait, 1867 (huile sur papier marouflé sur toile ; 41 × 31,5 cm), Liège, La Boverie.

Testament de sa précocité comme artiste[19],[14], il apporte habituellement des corrections amicales aux devoirs de ses camarades de classe à l'Académie des beaux-arts[19],[18], il peint, dès 1867, un Autoportrait sur papier « si curieusement précis et expressif dans sa naïveté méticuleuse »[20],[21] et il obtient, lors des concours bisannuels de l'Académie royale des beaux-arts pour 1866-1867, 1868-1869 et 1870-1871, pas moins de neuf récompenses : trois 1er prix avec distinction, quatre 1er prix et deux 2e prix[16],[17],[22]. Comme l'observe le marchand et critique d'art Jacques Goijen[23] : « Doué à l'extrême, il brûle les étapes et très jeune (16 ans) est un dessinateur accompli, un peintre sensible »[24].

La découverte lors d’une visite rendue à un amateur d’art, M. Keppenne, d’un tableau de Gustave Courbet, représentant une femme vue de dos sur un lit, est une révélation pour le jeune homme. Il perçoit ce que doit être l’art : l’expression de la vérité[15],[25].

Début de carrière artistique et premier voyage en Italie (1870-1879)

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L'atelier de la rue de l'Étuve et la découverte de l'Italie

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Une fois ses études achevées en 1870, il s’installe dans un atelier situé rue de l'Étuve avec son ami le sculpteur Léon Mignon[26],[25] et il collabore avec ce dernier et Joseph Demoulin au journal satirique Le Caustique[25]. Dans leur atelier, Mignon et de Witte se réunissent régulièrement avec un petit groupe d’amis dont le peintre exécute divers portraits dans les années 1870 : Achille Guillaume Durup de Baleine (professeur et directeur de l'Institut Royal des Sourds-Muets et Aveugles de Liège), Félix Nisen (peintre ; fils du portraitiste Jean-Mathieu Nisen), Alphonse Taïée (sculpteur), Antonin Terme (archéologue, collectionneur et futur conservateur du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon), Jean Ubaghs (peintre) et Léonard Hubert Zeyen (photographe)[27]. Parmi le groupe d'amis, de Witte, Mignon, Nisen, Ubaghs et Taïée sont tous élèves, approximativement à la même époque, de l'Académie royale des beaux-arts de Liège[16],[17],[22].

Deux hommes sont représentés dans un intérieur du 19ième siècle, le premier, à droite, est assis dans un fauteuil en train de lire le journal alors que le second, à gauche, est assis devant un secrétaire, dans une attitude paisible et décontractée, presque familiale.
Photographie d'Adrien de Witte et Léonard Hubert Zeyen (vers 1870), Liège, musée de la Vie wallonne.

Fin 1872, de Witte obtient une bourse de 1 000 francs qui lui permet de voyager en Italie avec son ami Félix Nisen, l'un des habitués de l'atelier de la rue l'Étuve[26],[25],[28]. Les deux camarades traversent la Bavière, passant par Munich, et le Tyrol, puis ils visitent durant plusieurs semaines Florence, Vérone, Venise, et enfin Rome, où ils s'attardent un peu plus et rendent visite à Pierre Joseph Antoine (1840-1913), boursier de la fondation Lambert Darchis et auteur, entre autres, des peintures murales de l’église Sainte-Véronique de Liège[26],[25],[28].

Portrait d'Alphonse Taïée, 1876 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 36 ; 10 × 7 cm), collection privée.

Dans une lettre datée du qu'il envoie depuis Florence à son père, le jeune homme décrit le Tyrol comme « des villages composés de petites maisons et de chalets dispersés avec leurs toits de chaume et sur lesquels sont posées de grosses pierres, comme l'on a si souvent reproduit en gravure »[29]. Il ne reste qu'une journée à Vérone, où il trouve le musée peu intéressant mais s'enthousiasme pour les arènes et surtout pour la basilique Saint-Zénon : « L'intérieur n'est éclairé que par un demi-jour, cela lui donne un air de calme et de mystère qui s'accorde parfaitement avec l'architecture noble et sévère. Rien de neuf, aucun autel brillant ne vient troubler l'harmonie de l'ensemble et lui laisse parfaitement le caractère de l'époque »[29]. De Witte est émerveillé par la découverte de l'Italie, comme le dévoile une lettre que lui adresse son ami Alphonse Taïée : « J'ai cru un instant que l'Italie avait la faculté de faire oublier les amis. Les descriptions que tu m'en fais me le ferait comprendre, elles m'ont donné un vrai désir de voir par moi-même ces villes si splendides, si pittoresques, qui sont d'une époque pour laquelle j'ai toujours un faible »[28].

Pendant le voyage de Nisen et de Witte en Italie, le reste du groupe de l'atelier de la rue de l'Étuve organise une « soirée vocale, chorale, instrumentale, bachique, féerique, physique, optique et toute excentrique », pour célébrer la Saint-Nicolas[30]. Après le souper, un spectacle est organisé dans un décor d'enfer, création d'Alphonse Taïée, au cours duquel les portraits-charges en ombre chinoise de chaque invité, œuvre de Léon Mignon, sont, après jugement, jetés en enfer. De Witte y est représenté roulant à bicyclette vers Rome[30].

Premières œuvres notables et expositions

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Coin d'atelier, 1876 (huile sur carton ; 67 × 52 cm), Liège, La Boverie.

Revenu dans sa ville natale début 1873, il retourne pendant quelque temps à l'Académie royale des beaux-arts puis s'installe dans son atelier rue Hocheporte[26],[18],[25]. Il y effectue de nombreux croquis et portraits mais y brosse aussi « des natures-mortes, des fleurs, des panneaux décoratifs au hasard de la commande »[26]. Entre 1870 et 1878, il exécute quelques 25 peintures à l'huile[31] ainsi que 45 dessins, dans lesquels il manie le crayon, la plume, la mine de plomb, le fusain, le lavis ou des combinaisons de ces techniques[32].

De cette période datent, par exemple, ses dessins de la Femme portant un paquet de linge sur la tête (1874)[33],[34], conservé au fonds patrimoniaux de la ville de Liège[34], le Portrait de Léon Philippet (1876)[35] et La Liseuse (1877)[36]. Quant aux peintures à l'huile, il réalise, entre autres, ses portraits de Léon Mignon (1871)[37], de Femme au corsage noir (1873)[38],[39] et d'Alphonse Fétis, parent de François-Joseph Fétis (1878)[40] ; deux panneaux décoratifs sur le thème de Daphnis et Chloé (1877)[41] et plusieurs natures-mortes[42], dont son Coin d'atelier (1876)[43],[44],[45],[46].

Dans un autre registre, il est aussi l'auteur, en , d'un croquis à la plume reproduisant les traits d'un individu arrêté pour le vol d'une bijouterie en mars de la même année. Le croquis, « d'une ressemblance remarquable », permet à la police d'identifier le détenu comme Thomas Hull, originaire de New York et timonier de navires, déjà condamné au Royaume-Uni pour vol en 1871[47]. De Witte effectue ce portrait sur demande du juge d'instruction Nihon car le suspect « a refusé obstinément de se laisser photographier ; placé devant l'appareil, il a été impossible de saisir ses traits, Hull se démenant et faisant des contorsions et des grimaces de façon à rendre l'opération impossible »[47]. Le « voleur émérite » est finalement condamné à un an d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Liège[47].

L'artiste, que « ni le gain, ni la notoriété n'intéressent », ne participe qu'à peu d'expositions tout au long de sa carrière, et ses débuts ne sont pas une exception à la règle[48],[49]. Néanmoins, il figure durant ces premières années parmi les exposants au Salon de Bruxelles de 1875 avec une nature-morte intitulée Fleurs et fruits[50] et à la XXXe Exposition triennale du Salon de Gand 1877 avec une série d'eaux-fortes[51].

Initiation à la gravure

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Buste de femme de profil, 1876 (eau-forte ; Inv. Delchevalerie no 29 ; 12,3 × 8,9 cm), Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.

Entre 1870 et 1874, il fait également ses premiers essais à l’eau-forte[52],[25],[24],[53], « dans des conditions rudimentaires et pittoresques »[18] que Charles Delchevalerie décrit en ces termes[54] : « Ils (Adrien de Witte et Léon Mignon) n'ont rien du matériel indispensable, mais leur inexpérience ne s'embarrasse pas pour si peu. Faut-il avouer que telle de leurs planches initiales fut burinée sur une plaque de cuivre qu'un ami, professeur de gymnastique, plus athlétique que truffé de scrupules, avait, de haute lutte, détachée de la porte d'un notaire ? Les néophytes n'avaient ni encre, ni presse. Pour ébauchoir, Mignon utilisait une latte en buis : on imprimait au moyen d'un crayon roulé, aussi, ne s'étonnera-t-on pas d'apprendre que les amis tiraient bien des épreuves avant d'en obtenir une... perceptible »[54].

C'est un ami commun, l'écrivain Alfred Herman, qui vient à la rescousse des deux apprentis graveurs en faisant tirer les essais d'Adrien de Witte par un imprimeur bruxellois de sa connaissance[54]. Il s'agit de François Nys (1839-1921), collaborateur habituel de Félicien Rops[54],[55], que le jeune artiste liégeois représente d'ailleurs dans une eau-forte de 1876 (Inv. Delchevalerie no 46)[56],[57]. L'inventaire de son œuvre, qui est réalisé en 1927 par Armand Rassenfosse et Charles Delchevalerie, ne comptabilise que cinq de ses premiers essais réalisé avant 1875[58], date où son catalogue d'eaux-fortes commence à s'étoffer[59].

Portrait d'Alfred Herman, 1876 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 31 ; 19,5 × 15 cm), Amsterdam, Rijksmuseum.

Parmi les gravures qu'il exécute durant ces premières années d'apprentissage, figurent son Portrait de Monsieur Gérimont (Inv. Delchevalerie no 17)[58],[60]. Il y dépeint Édouard Gérimont (1832-1876)[61], avocat, homme politique et journaliste pour La Tribune qui est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont une Histoire populaire des Liégeois[62].

Cette estampe a une origine farfelue qui est détaillée dans une lettre d'Alfred Herman du [63]:

« Tu as dû recevoir le portrait de Gérimont ainsi que les vêtements nécessaires pour le terminer. J'ai eu hier l'occasion de faire voir ton dessin à plus de 30 personnes qui toutes connaissaient Gérimont. Il n'y a eu qu'un concert d'éloges. Chacun le trouve d'une ressemblance extraordinaire. Au point de vue de l'art, ton dessin a été beaucoup admiré par les connaisseurs et les artistes […] Madame Gérimont elle-même […] le trouve admirable en tous points.

Maintenant que je t'ai brûlé une quantité considérable d'encens sous le nez, il faut empêcher que l'ivresse ne t'en monte au cerveau. Le dessin n'est rien, il nous faut l'eau-forte. J'espère que tu vas te mettre à la besogne immédiatement. Songe sur la vue de ton dessin, cinquante souscripteurs le contemplent. C'est un chef-d’œuvre qu'il nous faut, ni plus, ni moins. Voyons, le Bon Dieu a fait le monde en six jours, n'est-ce pas. Eh bien ! Ne pourras-tu faire une eau-forte en deux jours ? […] »[64].

Dans ses premiers dessins et ses premières eaux-fortes, le jeune artiste « atteint d'emblée […] une maîtrise remarquable »[29]. Entre 1875 et 1878, il va finalement exécuter pas moins de 92 planches selon le catalogue Delchevalerie-Rassenfosse de 1927[65].

Second voyage en Italie (1879-1884)

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La bourse de la fondation Darchis et le départ pour Rome

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L'Indisposée, 1879 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 102 ; 17,9 × 13,5 cm), collection privée.

De Witte est prévenu dès 1876 par son ami Léon Philippet, résident romain depuis 1868, qu'une bourse de la fondation Lambert Darchis va bientôt se libérer[66],[64]. Celle-ci est offerte par Mgr de Montpellier, évêque de Liège, à Félix Nisen, qui y renonce car « il vient de se marier et n'est guère tenté de retourner à Rome »[67]. En effet, il s'est marié avec Jeanne Charlotte Henriette Hougardy en 1876[68],[69] et le couple a un enfant en bas âge (le petit Félix Mathieu Adolphe Marie Nisen, né le )[70]. Il propose donc à son ami de « briguer cette faveur » et lui fournit une introduction afin qu'il fasse agréer sa candidature[67],[71].

Muni de cette introduction, de Witte se rend à l'évêché. L'évêque étant malade, il y est reçu par son coadjuteur, Mgr Doutreloux[67]. Bien qu'il « n'ait nullement cherché à se faire passer pour plus zélé chrétien qu'il n'est et ne se fasse pas beaucoup d'illusions », le jeune homme doit faire bonne impression auprès de l'assistant de l'évêque car il apprend bientôt que la bourse lui est octroyée[67]. Le , il reçoit une lettre de Mgr de Neckere, président de la Commission de la fondation Darchis, lui communiquant « qu'il peut partir pour Rome où il doit se trouver en février »[72]. En cette circonstance, il se met donc rapidement en route, dès le , laissant le « petit groupe d'intimes resté sur le quai de la gare » attristé par son départ[72].

Le chagrin que provoque son départ est palpable dans une lettre que lui envoie son ami Alphonse Taïée : « Monsieur Terme a dit : « il me semble Messieurs que vous êtes tous comme moi et que vous prendrez bien un verre de péket ». Nous sommes sortis en parlant de toi, et Monsieur Terme disait : « de Witte me manquera beaucoup ; depuis que je connais ce garçon, je l'ai admiré de plus en plus. C'était une nature excessivement distinguée, et qu'on ne connaissait qu'à la longue, mais plus on le connaissait, plus on l'aimait ». Depuis lors, on ne fait que parler de toi à chaque instant »[72].

Le séjour en Italie

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Palazzo Zucchi via Gregoriana, 1880 (dessin à la plume ; 46,3 × 30 cm), Liège, fonds patrimoniaux.
Palazzo Zucchi via Gregoriana, 1880 (dessin à la plume ; 46,3 × 30 cm), Liège, fonds patrimoniaux.

Une fois arrivé, Léon Philippet l'invite à s'installer dans sa demeure-atelier, au no 56 de la Via dell'Olmata[73],[74]. Comme la pension allouée par la fondation Darchis est insuffisante, il envoie régulièrement des dessins à son ami Léonard Hubert Zeyen pour qu'il les vende[73],[67],[75]. De 1879 à 1880, il suit des cours du soir à l'Académie Chigi (Accademia di Gigi), y étudiant « avec application l'anatomie et le dessin d'après le modèle vivant »[73],[67].

Le , il déménage son atelier au no 123 de la Via Felice, nom familier donné à la Via Sistina par les habitants de Rome car elle fut créée par Felice Peretti, c'est-à-dire le pape Sixte Quint, à la fin du xvie siècle[76]. Le , il y aménage son logement[77]. Le de la même année, un orage cause l'effondrement de la maison paternelle, rue Hocheporte, ce qui amène le peintre à rentrer temporairement à Liège fin septembre, début octobre[75].

Le Joueur de Morra, 1881 (aquarelle ; 50 × 32 cm), Liège, La Boverie.

Son niveau de vie à Rome est modeste : invité un soir à dîner avec Philippet et d'autres pensionnaires de la fondation Lambert Darchis chez un ministre, il doit emprunter un paletot à un ami russe, le sien étant trop vieux[78]. En 1881, il reçoit un subside supplémentaire de 1 000 francs[78],[73] qui « sera bienvenu, il fermera tout d'abord les plaies de mes souliers et de mes culottes »[78] mais qui va surtout lui permettre de s'installer dans un nouvel atelier vía San nicòla da Tolentino[73].

Dans ce local, il peut « s'équiper de chevalets, paravents et se meubler plus confortablement »[79] : « On nous a autorisés à acheter pour le compte du gouvernement le mobilier de l'atelier. J'ai déjà 3 chevalets, 4 chaises, 1 fauteuil, 1 paravent, on viendra demain ou après placer un tapis, nous aurons encore un divan, une armoire et d'autres objets encore, puis comme j'ai quelques étoffes que j'ai placées aux murailles avec quelques études, peintures et dessins, mon atelier est assez gentil et j'y suis fort bien »[78].

Il représente ce nouvel atelier, qui sera également le dernier de son séjour romain[80], dans quatre croquis à la plume conservés aux fonds patrimoniaux de la ville de Liège[77]. Ces dessins sont, par ailleurs, reproduits dans l'article À propos de la Femme au corset rouge et du second séjour italien d'Adrien de Witte que l'historienne de l'art Gaëtane Warzée[81] publie en 2014 dans le Bulletin de l'institut archéologique liégeois[82].

Le Modèle, 1882 (huile sur toile ; 49 × 64,5 cm), Liège, La Boverie.

Le peintre est un « flâneur studieux »[67] à Rome, comme il l'écrit à sa sœur Charlotte dans une lettre de [83]« il relate son emploi du temps, ses rencontres, ses loisirs »[84] :

« Tu veux savoir ce que je fais. Voici. Le matin à 7h30, je vais prendre le café près de chez moi où l'on reçoit, de Paris, le Journal des débats et L'Illustration. À 8 heures vient le modèle qui reste jusqu'à midi. À une heure, je vais manger (collazione), on est servi très lentement, il faut une heure et demie avant d'avoir fini, je flâne jusque trois heures puis je vais faire des études dehors jusque huit heures ou huit heures et demie, alors je vais dîner (pranzo), comme nous sommes ensemble et que l'on s'attend l'un l'autre, on n'a jamais fini avant dix heures et demie ou onze heures et puis on va tout doucement se coucher »[83].

La Façade postérieure du palais du Capitole face au forum au moment de l'enterrement de Garibaldi, 1882 (dessin au crayon Conté ; 21 × 30 cm), collection privée.

En 1882, il voit passer au Capitole, l’enterrement de Garibaldi[75]. Il immortalise l'événement dans un dessin au crayon[85] où il parvient « à suggérer, par un succession de traits sûrs et appuyés, l'importance de la cérémonie »[86]. À la suite du décès de sa mère en [5], il revient à Liège jusqu'au puis retourne à Rome[75]. La même année, il effectue un voyage de juillet à septembre dans la vallée de l'Aniene, notamment à Scarpa et à Anticoli Corrado (dans le nord-est de Rome), dont « le cadre agreste et sauvage le fascine »[87],[88],[89].

Toujours en 1883, il rencontre à Rome et se lie d'amitié avec l'artiste et futur écrivain Henri Simon, qui vient d'y arriver en tant que boursier de la fondation Lambert Darchis[90]. Bien que celui-ci appréhende quelque peu sa première rencontre avec de Witte, dont la personnalité « fière, distante, scrupuleuse, un peu abstraite » est souvent confondue avec de la froideur, il est fort agréablement surpris lorsque le peintre « l'apostrophe cordialement en wallon », « s'intéresse à ses essais, l'invite à travailler à son atelier et à l'accompagner à l'Académie Chigi », et « l'emmène à l'osteria où il lui fait faire la connaissance de Léon Philippet, du sculpteur Pollard qui travaillait à son groupe des Abandonnés », et « des prix de Rome Cogge, Charlier, Lenain »[91].

Portrait d'Henri Simon, 1889 (eau-forte ; Inv. Delchevalerie no 134 ; 13,5 × 9,9 cm), Amsterdam, Rijksmuseum.

Au demeurant, de Witte lui notifie dès le premier jour : « Comme nous sommes destinés à vivre côte à côte, on va se tutoyer ! »[92]. Simon gardera en mémoire ce « charmant commerce », qui se traduit dans la dédicace au peintre de son tableau de mœurs populaires Coûr d'ognon (1888)[92],[93] alors que ce dernier exécute un portrait de l'écrivain à l'eau-forte en 1889 (Inv. Delchevalerie no 134)[93],[94].

Les œuvres de la période romaine

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Dès le début de son séjour, l'artiste est plus intéressé par « la nature, la vie contemporaine, la pittoresque humanité de la rue » que par les grandes œuvres du passé[67]. En effet, il est captivé par les « rencontres populaires » qu'il fait en Italie et qui sont sa principale source d'inspiration[84]. Il exécute de « superbes portraits d'Italiennes, qu'elles soient modèles, lavandières ou mères prévenantes, de joueurs d'échecs ou de laboureurs », qu'il alterne avec « des vues de carnaval, de fêtes populaires, de rixes, de soirées d'osteria, des scènes de marché »[73].

La Jeune mère, 1884 (dessin à la plume ; 91 × 62 cm), Liège, fonds patrimoniaux.

En 1930, Jules Bosmant le mentionne en ces termes : « Ce qui séduit tout de suite Adrien de Witte c’est la ville elle-même, ses maisons pittoresques, ses osteries, ses paysans et paysannes venus de la proche campagne, ses processions violentes, puis le Tibre avec ses ponts et ses lavoirs, ou bien encore les hallebardiers du Vatican et les superbes cardinaux pourpres »[95].

En 1927, Charles Delchevalerie a déjà listé la majorité des thèmes abordés par le peintre durant les années qu'il passe en Italie : « Ses dessins, ses croquis, ses aquarelles attestent de ses prédilections. Ils nous montrent des paysans dans l'animation du marché, avec leurs ânes et leurs chevaux, des scènes saisies dans les tavernes, les montreurs de marionnettes aux étages plébéiens des théâtres, au Nazionale ou au Costanzi. De Witte se plaît à y fixer, de la galerie, les rangées de gosses attentifs. […] Voyez encore ses scènes de lavoir, ses intimités surprises dans des logis faméliques. […] il anime sur le papier l'élégante robustesse des jeunes Transtevérines : les gracieuses et riantes madones de la rue, avec leurs bambinos ébourriffés, l'attirent plus que les Raphaël de la Chapelle Sixtine »[96].

Ces sujets sont donc omniprésents dans les œuvres de sa période romaine, qui compte une quarantaine de peintures à l'huile[97], approximativement 140 dessins[98], et la quasi totalité de sa production d'aquarelles (une cinquantaine)[99], technique qu'il découvre durant ce séjour en Italie[100]. Par contre, de Witte n'exécute qu'une vingtaine de gravures[101], car, dans un premier temps, il ne trouve pas le matériel nécessaire pour faire de l'eau-forte à Rome[57]. Après s'en être plaint, l'imprimeur François Nys, qui place les eaux-fortes de l'artiste à Paris, lui envoie « un paquet contenant des outils, du vernis, des cuivres et du papier »[57].

Lavoir près du Ponte Rotto, 1880 (dessin à la plume ; 37,5 × 53,5 cm), Liège, fonds patrimoniaux.

Parmi toutes ces œuvres qui se « caractérisent par une spontanéité nouvelle et une variété thématique dictée au gré des rencontres »[102], figurent ses peintures de Femme accroupie, le torse nu, La Lessiveuse, Le Modèle (La Femme aux bas rayés), l'un de ses rares paysages[103], Scarpa, et son chef-d'œuvre, la Femme au corset rouge[104]. Quant aux dessins, mentionnons le Lavoir près du Ponte Rotto, la Femme nue couchée, les Prêtres assistants, dans le chœur de l'église du Gesù à Rome, la nuit de Noël, l'Italienne détressant ses cheveux, le Portrait d'italienne en buste, nu-tête, les Joueurs d'échecs au café Greco, la Femme nue se regardant dans un miroir, La Jeune mère ou encore Les Conseils maternels[98].

Retour à Liège et carrière à l'Académie royale des beaux-arts (1884-1921)

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Carrière à l'Académie royale des beaux-arts

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Photographie de Léonard Hubert Zeyen représentant divers artistes liégeois, de gauche à droite : Edmond Devos, Adrien de Witte (assis), Armand Rassenfosse, François Namur et Henri Berchmans (1886), Liège, musée de la Vie wallonne.

Le choléra sévissant à Rome, de Witte rentre à Liège en [105],[75],[24],[53]. Il y est chargé de remplacer temporairement le professeur Jean-Mathieu Nisen, malade, à l'Académie royale des beaux-arts[105],[75],[24],[53]. Il part ensuite pour Paris, « qui l'attirait depuis longtemps »[105],[75]. Alors qu'il projette d'y séjourner plus longuement, Nisen, qui partage avec Charles Soubre les cours de dessin « d'après le modèle vivant » et de peinture (enseignement supérieur), meurt inopinément en [106],[107],[108]. Charles Soubre s'occupe dorénavant seul de ces cours et l'Académie doit donc lui trouver un remplaçant pour assurer les cours de dessin « d'après l'antique » et d'expression[106],[107],[108]. Le poste est offert à de Witte par le directeur de l'établissement, le sculpteur Prosper Drion[109],[75].

L'artiste hésite à quitter « la grande ville et son atmosphère électrisante, pour rentrer dans le cher milieu natal, tout de même bien confiné, et pour accepter d'enseigner à dessiner aux autres au lieu de tenter librement et largement l'aventure personnelle »[110]. Cependant, les « œuvres définitives » qu'il a déjà exécutées et sa « maturité hâtive » lui valent une considération particulière de Drion[110], qui « insiste avec tant d'opiniâtreté qu'il finit par avoir gain de cause »[111]. Le , il est officiellement nommé nouveau professeur des cours de dessin « d'après l'antique » et d'expression[111],[108],[112]. À partir de ce moment, il va de plus en plus se consacrer à sa tâche d'enseignant, « au détriment de sa production personnelle »[113],[114],[115], qui va « se ralentir et se raréfier »[110].

Portrait de M. Prosper Drion, 1877 (eau-forte ; 21 × 11 cm), collection privée.

Ce ralentissement dans sa production artistique va s'amplifier avec ses nominations en tant que professeur de dessin « d'après le modèle vivant » en , au départ de Charles Soubre[107],[116], et comme professeur de dessin et de peinture à la section des demoiselles en , au départ de Victor Fassin[111],[117]. Son ami Jean Ubaghs reprend ses cours d'expression en 1912[118]. Succédant à Évariste Carpentier, il est nommé directeur de l'Académie royale des beaux-arts de Liège en 1910 et occupe ce poste jusqu'en [119],[117],[24],[53]. Il continue à enseigner durant toutes ces années jusqu'en [120], lorsqu'il est « admis à la pension de retraite »[117],[24],[53].

Cette « tâche d'éducateur esthétique », il la prend très au sérieux et y applique sa « conscience intransigeante »[111]. Ce n'est donc pas un enseignant « complaisant et commode que cet artiste toujours fièrement insatisfait et difficile pour lui-même au moins autant que pour les autres »[111]. Jean Donnay, ancien élève du maître, s'en souvient en 1981 : « Grand, racé, impeccable, distant, taiseux, il en imposait »[121]. Et pourtant, nombre de ses élèves gardent un « souvenir ému »[122] de l'enseignement reçu de ce professeur « sévère autant qu'il est courtois »[110], car « ils savent quelle profonde sollicitude, quel sincère et paternel désir de leur être réellement utile il y avait sous ces rigueurs »[122]. Il leur apprend « à voir clair en eux-mêmes, à juger de leurs possibilités »[110], tout en répétant sentencieusement que « le dessin n'est pas la ligne, mais ce qui est entre les lignes »[121],

À noter qu'en plus de ses cours à l'Académie, il se réunit chaque semaine dans le courant de l'année 1888 avec François Maréchal, Armand Rassenfosse, Émile Berchmans et Auguste Donnay, et, exerçant de tuteur, il les initie à la gravure[123],[Note 1]. Par après, il va maintenir un étroit contact avec ces anciens élèves comme le laisse entrevoir une lettre du envoyée à Rassenfosse, alors à Paris, qui « raconte une des promenades dominicales » qu'il a l'habitude de faire avec Alfred Lavachery, Auguste Donnay et François Maréchal[126]. En outre, de Witte y évoque avec esprit le tempérament impétueux et la passion pour les papillons de Maréchal[126].

Carrière artistique

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Frontispice pour l'Histoire du Théâtre de Liège (1735-1887) par Jules Martiny, 1887 (eau-forte et pointe sèche à la sanguine sur papier ; Inv. Delchevalerie no 125 ; 16 × 12 cm), Liège, musée de la Vie wallonne.

De 1893 à 1897 il réalise ses portraits au pastel d’Édouard Brahy, Maurice Chizelle et Mme de Soer de Solières. Il réalise aussi ses derniers portraits gravés dont celui de Félicien Rops[127]. Absorbé par son enseignement, il travaille de moins en moins pour lui-même[127],[128],[129],[130],[131],[132]. Il reprend la gravure en 1902, créant une vingtaine de planches cette année-là, même si certaines ne seront pas terminées[127],[130],[132]. Il réalise également quelques travaux d'illustration durant la période 1885-1920, parmi lesquels il convient de mentionner le frontispice du livre de Jules Martiny 1735 Histoire du Théâtre de Liège[131],[133].

Expositions

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Caprice Revue no 29 du (1re page illustrée d'un portrait d'Adrien de Witte par Jonathan, pseudonyme d'Alfred Decelle).

Du au , il participe, avec Léon Mignon et Alfred Hubert, à l'« exposition des Trois », qui est organisée dans les locaux de la Société d'Émulation[134]. Les œuvres exposées de de Witte sont « une révélation, une découverte » pour le public liégeois[135]. En effet, « beaucoup ignoraient que, depuis longtemps, notre ville possédait un artiste supérieur, modeste au possible, consciencieux et difficile à l'excès, d'un idéal très élevé et dont la place était tout au premier rang »[135].

Dans ses dessins, sont dépeints « ces types d'un modelé superbe, ces étoffes qui chatoient ou froufroutent, ces accessoires rendus avec une excessive habileté, ces portraits qui pensent »[136]. Selon un article publié dans Caprice Revue, les œuvres exposées sont le reflet d'un auteur où se côtoient deux artistes, bien différents, « d'une inébranlable sincérité » : « L'un, consciencieux, esclave de son œil, reproduit, par un travail soumis et outrancier, sans nulle préoccupation d'au-delà, le modèle qui toujours pose. L'autre donne libre cours à son imagination ; en lui on sent un avide de lumière discrète et troublante ; la couleur transparaît sous la ligne enlevée de belle main, la vie éclate : celui-ci est un poète à qui va notre admiration »[136].

Annonce de l'Exposition Hubert, Mignon et de Witte publiée dans Caprice Revue no 29 du .

Bien que l'exposition ait été bien reçue[137],[103],[138], il ne montre pas d'intérêt à renouveler l'expérience[103],[49]. Son caractère modeste et désintéressé est le principal responsable de cette situation[24],[48],[139], comme le décrit Charles Delchevalerie en 1949 : « On ignorait encore la mode des expositions fréquentes, et notre artiste eût été le dernier à s'y soumettre. […] Idéaliste, A. de Witte a pratiqué l'effacement et le dédain du lucre, comme nombre d'artistes de sa race. Il s'est libéralement dépensé pour les autres au détriment de sa gloire »[140]. Dès 1906, Luca Rizzardi va dans la même direction lorsqu'il écrit que l'artiste a « toutes les qualités de l'aristocratie en ce qui en est le charme : discrétion, correction fine, haine des emportements qui font trop apparaître l'homme sauvage »[141].

Ses œuvres ne sont à nouveau exposées qu'en 1895 durant l'exposition inaugurale des nouveaux locaux de l'Académie royale des Beaux-Arts, rue des Anglais[142],[143],[144] ainsi qu'en 1920 lors d'un hommage que lui rend la Société royale des Beaux-Arts de Liège dans une salle du Palais des Beaux-Arts[145],[146],[147],[138]. Durant ce dernier événement, ses œuvres sont « pour la génération nouvelle une précieuse révélation documentaire »[138], car, « depuis déjà un certain nombre d'années, son nom a disparu des grandes expositions et même de petits groupements d'art »[49].

Les dernières années (1921-1935)

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Adrien de Witte (photographie publiée dans L'École de Gravure de Liège de Sander Pierron en 1923).

Après son départ à la retraite, il continue à s'adonner à la peinture[127]. Plusieurs expositions de ses œuvres sont organisées les années qui suivent ; au Palais des Beaux-Arts du parc de la Boverie de Liège et à Brighton en 1926, à Stockholm et, de nouveau, au Palais des Beaux-Arts du parc de la Boverie lors d'une rétrospective qui lui est dédiée au salon de 1927, et au Cercle des beaux-arts d’Anvers en 1934[148],[127],[149]. L'exposition organisée au Palais des Beaux-Arts de Liège en 1926 est une initiative de quelques collectionneurs, dont Maurice Chizelle, qui permet aux visiteurs de découvrir plusieurs peintures qui étaient jusque là totalement inconnues du grand public[127].

Il est nommé officier de l'ordre de Léopold en [150],[151] puis commandeur de l'ordre de la Couronne en [152],[153]. Enfin, une rue de Liège, dans le quartier des Vennes, lui est dédiée en 1933[152]. Le , il épouse Joséphine Marie Léopoldine Goemé[152],[154].

Adrien de Witte meurt à l’âge de 84 ans le [1],[152],[155]. Il est inhumé au cimetière de Sainte-Walburge à Liège[152].

Style et techniques artistiques

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Dessinateur ainsi que graveur (principalement aquafortiste), il est surtout un peintre de genre, de natures mortes, de portraits, de fleurs et de figures[148],[127],[128],[130],[131],[132],[156].

Sa production artistique se situe dans le réalisme[128],[157],[158],[159]. Jules Bosmant indique que son œuvre « fut, dans tous les domaines, éprise de vérité, d'objectivité, de naturisme »[149]. Jacques Hendrick le confirme en 1964[160]: « Léon Philippet (1843-1906) et Adrien de Witte (1850-1935) sont les initiateurs du renouveau. Ils ont renoncé à la peinture d’imagination et au langage théâtrale de leurs prédécesseurs pour transcrire simplement sur leurs toiles le spectacle quotidien des choses ; ils ont ouvert les yeux sur la nature et ils ont oublié les recettes d’atelier ; leur palette s’est illuminée de clarté et de fraîcheur. C’est au contact de l’Italie – non pas celle des musées, mais celle de la réalité contemporaine – qu’ils ont acquis ce style fait de ferveur et de vérité. » Enfin, Charles Delchevalerie le décrit en ces termes[127] : « Il n'a aucun besoin de chercher l'exceptionnel, puisqu'il excelle à discerner la force et la grâce de ce que Maupassant appellera l'humble vérité. »

Il est également connu pour sa minutie, sa sincérité et son dépouillement[157],[158], et pour s'inspirer principalement de la figure humaine et des scènes de genre, comme le décrivent avec justesse Françoise Clercx-Léonard-Étienne et Sylvie Lejeune[148]: « En dessin comme en gravure, c'est à la figure humaine qu'il a accordé la plus grande part. S'il s'est tourné vers les types populaires, ce n'est pas par goût du pittoresque mais parce qu'il y a trouvé l'authenticité. Une grande sérénité émane de ces visages où s'exprime une vie intérieure profonde, de ces hommes et de ces femmes si attentifs à ce qu'ils font. C'est en humaniste que de Witte aborde son modèle. Témoin des travaux et des jours, il révèle la noblesse et la beauté des gestes les plus simples de la vie quotidienne. » Jules Bosmant, de son côté, le résume de cette façon[149] : « La Vie, multiple et jeune en ses spectacles toujours nouveaux, puis l'Homme observé à tous les âges, à tous les degrés de l'échelle sociale, lui sont des modèles suffisants. Et voilà que ce qui donne à l'œuvre une telle hauteur, lui gagne en même temps sa diversité, sa saveur folklorique, sa valeur documentaire et son intérêt constant. »

Gravures

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La Partie d'échecs, 1888 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 131 ; 21,2 × 16,4 cm), Liège, fonds patrimoniaux.

Adrien de Witte est non seulement considéré comme l'artiste qui va donner un nouvel élan à la gravure en région liégeoise dans le dernier quart du xixe siècle, mais aussi comme celui qui va lui permettre de s'ériger en véritable art indépendant[155],[161],[162],[115]. Comme le résume Françoise Clercx-Léonard-Etienne en 1981, il « fait prendre à la gravure liégeoise un tournant décisif. Libérant la gravure de son rôle de reproduction, il la traite pour elle-même »[163].

Bien auparavant, d'autre auteurs ont déjà développé cet argument. Parmi ceux-ci figurent Sander Pierron qui, dès 1923, l'exprime en ces termes[161] : « C'est cet artiste-là qui marque l'éveil. Il est le signal de la renaissance. Bientôt des artistes viendront qui s'engageront dans la voie qu'il avait commencé à frayer. Le premier de ceux qui, tout en reprenant les vigoureuses traditions techniques des ancêtres, refondront l'art de graver en le mettant au service d'une observation directe et sensible, est Adrien de Witte de Limminghe […] Avec lui, résolument, la taille-douce et l'eau-forte abandonnent ce rôle en somme servile de procédé de reproduction des œuvres picturales dans lequel elles s'étaient trop cantonnées à travers les années. C'est ainsi que le réveil marque l'ascension de la gravure wallonne au niveau d'art indépendant, puisqu'elle n'est plus d'aucune façon tributaire des autres arts plastiques »[161].

Tête de femme à trois quarts dans l'ombre, le regard dirigé en bas, 1889 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 155 ; 20,8 × 14,1 cm), collection privée.

Jules Bosmant abonde dans le même sens en 1930[164] : « […] Adrien de Witte à qui la gravure liégeoise doit d'avoir repris à son tour une place si marquante dans nos arts régionaux[165]. […] de Witte fut notre premier graveur. En son temps, l'aquafortiste fut un précurseur et un chef. Non seulement il a ouvert la voie à ces beaux et fiers graveurs dont nous nous flattons, mais par son exemple, il leur a imposé l'honnêteté, la pureté, la candeur ouvrière et ce respect du procédé sans quoi un tel art perd rapidement toute originalité et toute valeur de création. Son influence fut considérable et, à cet égard, généralement reconnue[166]. […] Il orienta la gravure dans des voies originales, la tourna vers l'observation de la figure humaine, l'étude du type et en fit ce souple instrument qui nous devint si utile dans nos voyages d'introspection aux régions inconnues de l'âme wallonne »[167].

Le même auteur estime également que « la gravure liégeoise ne serait pas ce qu'elle est chez Berchmans, chez Maréchal, voire chez Rassenfosse, l'élève et ami de Rops, ni chez tous les autres qui viendront après eux, si de Witte ne s'était pas trouvé aux aurores héroïques de la Renaissance pour initier ses jeunes émules aux secrets des morsures et aux pratiques de a pointe »[167].

Sander Pierron liste les sujets que de Witte aborde habituellement dans son œuvre gravé : la célébration de l'amour maternel, des figures, des bustes, et des visages de différents personnages anonymes (souvent féminins), des paysages, des scènes de genre et enfin des portraits[168]. Il emploie principalement l'eau-forte, retravaillant souvent la planche à la pointe sèche par après[169],[170]. Il utilise aussi, bien que beaucoup plus rarement, le vernis mou et la photogravure[171].

En 1981, le graveur Jean Donnay précise qu'un « grand nombre de ses gravures commencées à l'eau-forte sont poursuivies à la pointe sèche dans des travaux de demi-teintes, mais toujours ébarbées, celle-ci reste très difficile à départager des fines morsures de l'acide »[163]. Dans une lettre du qu'il adresse à Armand Rassenfosse, le graveur namurois Félicien Rops écrit d'ailleurs : « Une pointe-sèche bien ébarbée, condition sine qua non, relevée par des touches d'eau-forte donne un travail d'une finesse merveilleuse, brillant, sonore, et qui je crois se prêterait parfaitement à la clarté et à l'honnêteté du faire de De Witte »[172].

Les portraits

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Les nombreux portraits gravés que de Witte effectue sont « non seulement physiquement ressemblants » mais aussi psychiquement : « la vie apparente et la vie interne se marient, se mêlent, se confondent dans ces effigies, qui sont autant d'analyses psychologiques »[173]. Qu'il s'agisse du portrait du photographe Léonard Hubert Zeyen, coiffé d'un « béret d'où s'échappe une chevelure bouclée encadrant un visage rond très expressif »[174], de la fille cadette de Zeyen, Martine, au visage « sérieux et expressif »[57], du « sculpteur de talent qui ne connut […] aucun succès de son vivant » Jean Joseph Halleux (1817-1876), à « l'expression tourmentée »[175], du géneral Henri Poswick, « aux traits énergiques, au regard clair »[176], ainsi que des images qu'il exécute, par exemple, d'Érasme Bernard[175], Nicolas Defrêcheux[177], Antonin Terme[178], Joseph Demoulin[179], Emmanuel Desoer[176], Léonard Terry[180], Eugène Geefs[180], Henri Simon[171], Mathieu Grandjean[181] et Charles Morisseau[182], on sent toujours « le même cerveau, le même cœur, la même main ouvrière »[139] et la même capacité « d'observer et de saisir le caractère du modèle »[163].

« Parmi tous ces visages faits d'après nature », Sander Pierron loue tout particulièrement ceux de Félicien Rops et de Victor Chauvin[183], qui « ont la grave simplicité des œuvres définitives. Cette dernière effigie surtout est d'une psychologie comme inflexible : dans le masque au long front couronné d'une chevelure hirsute, toute la pensée est exprimée, toute cette pensée qui s'allie avec l'esprit des livres que serrent les mains nerveuses et où il semble que la lumière qui les éclaire soit un reflet de la lumière enveloppant les tempes intelligentes... »[183].

Luca Rizzardi commente aussi brièvement le portrait de Rops, « exécuté pour le programme d'une exposition des œuvres du maître aquafortiste, tête de trois quarts, figure fine, nerveuse, tempe encadrée de cheveux un peu bouclés, dont on sent la profondeur, paupières un peu crispées, laissant passer le regard aiguisé, incisif du puissant et pénétrant scrutateur »[184]. D'ailleurs, Rops lui-même écrit à la fin d'une lettre du adressée à Armand Rassenfosse : « Le portrait de De Witte est un succès »[185].

Les autoportraits

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De Witte a également réalisé plusieurs autoportraits gravés, entre autres celui de 1889 « sous un vaste chapeau italien »[186] (Étude de tête d'homme avec un chapeau haut), estampe qui, selon Charles Delchevalerie, est « individuelle, par la souple précision qui anime cette physionomie aux yeux observateurs dans le visage patricien ; elle prend par le style et la profondeur ce haut caractère d'humanité transposée qui dépasse la ressemblance particulière »[187]. Un tirage de l'état définitif est inclus, avec celui d'un autre autoportrait gravé de l'artiste (non daté), dans chacun des 135 exemplaires de luxe sur papier du japon de l'ouvrage Adrien de Witte : peintre, dessinateur et graveur qui paraît en 1927[188],[189].

Les différents états des gravures

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Comme il a déjà été commenté, la production artistique d'Adrien de Witte se réduit sensiblement une fois qu'il est nommé en 1885 à l'Académie royale des beaux-arts de Liège[113],[114],[110], et cela est particulièrement le cas pour son œuvre gravé puisque, du total des 188 planches répertoriées dans le catalogue Delchevalerie-Rassenfosse de 1927, 122 ont été réalisées avant 1885[190]. Qui plus est, les gravures produites après 1885 sont d'habitude retravaillées à maintes reprises par l'artiste[Note 3], jusqu'à atteindre des niveaux extrêmes de détail et de modelé[194],[195],[49].

Certains commentateurs, comme Charles Delchevalerie, y voient « l'analytique minutie du métier »[187] qui nous « invite à communier avec lui dans sa méditative religion de la vérité »[138], mais d'autres, comme Luca Rizzardi[49] ou Sander Pierron[195], préfèrent les premiers états, qu'ils considèrent « moins fouillés, plus spontanés »[163]. De fait, Luca Rizzardi voit en de Witte l'un de ces artistes, « toujours rebutés », qui tend à exagérer ses propres défauts « jusqu'à recommencer vingt fois la même œuvre, la gâtant quelquefois à force de travail et de minutie dans le rendu »[49]. Dans le même sens, Sander Pierron ajoute :

« Regardez sa lessiveuse […], et ses deux botteresses assises […] d'un caractère si familier et si cordial ; il faut totalement les admirer dans les premiers états, d'un métier si sobre, d'un style si simple, qui se compliquent dans les états successifs, comme c'est souvent le cas chez ce merveilleux et, serions-nous tenté d'écrire, trop consciencieux artiste, de Witte reprend si souvent et si longuement ses œuvres, qu'il lui arrive de figer ses figures en les emprisonnant dans des contours appuyés, en modelant les formes à l'excès, et en poursuivant alors le détail dans les recoins ; il fatigue, il éreinte, dans ces conditions, la plaque qui, en principe, était magnifique en son langage clair et aisé »[195].

Dessins et croquis

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Les dessins et croquis composent le plus gros de l'œuvre d'Adrien de Witte selon le catalogue établi en 1927 par Charles Delchevalerie et Armand Rassenfosse. Y sont consignés 255 dessins et croquis, même si Rassenfosse y précise en note de bas de page que cet inventaire est incomplet[196] : « Il existe de très nombreux croquis et de nombreux portraits de famille et d'amis, ainsi que d'autres dessins de tous genres exécutés au fusain, au crayon noir, à la mine de plomb, à la plume, au lavis et en peinture, qu'il est absolument impossible de dénombrer exactement »[197].

Charles Delchevalerie remarque dès 1927 la capacité d'unir « l'analyse à la synthèse »[198] et la minutie qu'Adrien de Witte démontre dans ses dessins[198],[103],[199]. Le même auteur observe également que « le procédé lui-même [dessin à la plume] peut conduire à la sécheresse. Mais, ayant constaté sa méticuleuse perfection, prenez du recul, et voyez comment la scène aux mille détails s'ordonne et devient un tableau homogène, largement conçu, où la lumière circule, et qu'imprègne une atmosphère de pénétrante intimité ! »[200].

En 1930, Jules Bosmant abonde dans le même sens : « [...] si l'on considère d'assez près les grands dessins à la plume du Maître on s'étonne du trait qui caresse chaque détail, s'éprend des plus ténues broderies, hachure les étoffes avec application. Et cependant dès qu'on s'éloigne tout s'ordonne, chaque élément prend sa place, l'équilibre inattaqué régit souverainement le tableau »[201].

Enfin, Georges Comhaire et Francis Vanelderen arrivent à la même conclusion en 1978 : « Tandis que d'autres traduisent la réalité en quelques traits, Adrien de Witte, dans ses dessins et ses eaux-fortes, les multiplie avec une minutie, une sûreté réfléchies. C'est à une telle application, sans cesse attentive à l'ensemble, que son œuvre graphique - à noter des dessins à la plume de grand format - doit la densité, la construction impérieuse, dont la sévérité n'embarrasse pas l'harmonie triomphante des valeurs »[199].

Cotîresse (1886)

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Cotîresse, 1886 (dessin à la plume ; 63,6 × 42,7 cm), Liège, fonds patrimoniaux.

Il s'agit d'un portrait d'un type régional[202], tout comme les botteresses que de Witte dépeint dans divers dessins de 1886-1889[203] et gravures de 1889-1890[204]. Dans la plupart de ces œuvres, « c'est le métier plus que la femme qui est représenté »[202] et la figure est dépeinte en costume traditionnel « dans une attitude digne et fière, sur un fond neutre, entourée de ses outils de travail »[202], ce qui en fait « le symbole de leur région »[202].

Dans la présente œuvre, l'artiste représente une cotîresse, mot wallon désignant « les maraîchères qui descendaient autrefois des coteaux pour vendre leurs légumes à la ville »[205], « coiffée d'un grand chapeau avec deux mannes à coté d'elle »[206].

Le dessin fait partie de la collection de Maurice Chizelle, industriel et grand collectionneur d'art, puis, à sa mort en , elle entre dans les collections publiques liégeoises[206],[207],[208]. Comme le remarquent en 1981 la conservatrice de musée Françoise Clercx-Léonard-Etienne et l'historienne Sylvie Lejeune[209], ce « beau dessin a, en plus de sa valeur esthétique, un intérêt documentaire sur le costume et les objets utilisés par les paysannes au xixe siècle »[205].

Il convient de noter que de Witte exécute une réplique du dessin, la même année que l'original, cette fois sans les deux mannes. Elle est listée dans le catalogue Delchevalerie-Rassenfosse de 1927 comme étant la propriété de M. Hortsmans[206].

Le Rideau (1890)

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Le Rideau, 1890 (Dessin à la craie et au crayon sur papier beige ; MIA Accession Number 2020.92.2. ; 74,8 × 51,3 cm), Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.

Dessin allégorique au crayon noir et bâton de craie que de Witte exécute en 1890[210] pour la Grande fête de charité au profit des Chauffoirs publics liégeois qui se déroule le et qui est organisée par les principaux cercles de la ville : Société littéraire, Société militaire, Société libre d'émulation, Concordia et Royal Sport Nautique[211]. Le programme du bal est édité par l'imprimerie d'Auguste Bénard, reproduisant, d'une part, l'ordre des danses et, d'autre part, la présente œuvre en photogravure[212].

L'artiste y représente « une femme debout, la tête couronnée d'épines, semblant personnifier la souffrance, qui soulève une draperie et montre là, entassées, les misères que la richesse, par l'entremise de l'œuvre bénéficiaire, est appelée à soulager »[212].

Selon le Minneapolis Institute of Art, où l'œuvre est conservée depuis 2020 grâce au don d'Yvonne and Gabriel Weisberg, la figure féminine correspond à « la Mère de la Miséricorde, l'un des nombreux titres conférés à Marie, la mère de Jésus, par ses fidèles dans l'Église catholique romaine. Sa tenue simple – jupe longue, chemisier sans manches et sandales – souligne son humilité »[210].

La notice publiée par le musée remarque également qu'en 1890, année où l'artiste effectue le dessin, « des mauvais investissements de la Barings Bank en Amérique du Sud font boule de neige et provoquent une panique financière internationale. Celle-ci entraîne une détérioration des conditions de vie, déjà difficiles auparavant, de gens comme ceux derrière le rideau »[210].

Peintures

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Le rôle d'Adrien de Witte comme peintre a, pendant longtemps, souffert de sa réputation comme graveur[127],[149],[158],[213],[214]. Et pourtant, l'artiste peintre n'a rien à envier au graveur, comme le défend Jules Bosmant en 1930 lorsqu'il passe en revue les peintures qu'il considère comme les plus représentatives[215] : « On a souvent fait tort à de Witte en grossissant son rôle de graveur au détriment de sa réputation de peintre. C'est une grande injustice. Avant tout et par dessus tout de Witte est peintre. La nature morte en blanc - Après le déjeuner de la collection Herve, Boules de neige de la collection Rassenfosse, Les Lavandières, La Lessiveuse qu'il exposait déjà en à la vitrine Koister, place Verte et surtout l'admirable Corset rouge qui date de la même époque dispensent de vaines démonstrations. Et que dire du Portrait de femme en corsage noir de la collection Chizelle, du portrait au pastel de Mme De Soer de Solières, de ses nombreuses natures-mortes, de ses Fleurs et de ce Gordon-Setter qui nous surprit tous, au salon de 1926 […] »[215].

À titre d'exemple, les paragraphes suivants présentent quelques-unes des peintures les plus abouties qu'a réalisées Adrien de Witte : ses portraits deFemme au corsage noir de 1873 et de Femme au corset rouge de 1880, ainsi que sa scène de genre La Lessiveuse de 1879.

Femme au corsage noir (1873)

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Femme au corsage noir, 1873 (huile sur toile ; Inv. La Boverie BA.WAL.05b.1931.738 ; 65 × 47,5 cm), Liège, La Boverie.

Le tableau entre dans les collections de la ville de Liège dès 1930, grâce au legs de Maurice Chizelle, industriel et grand collectionneur d'art[37],[216],[217]. Il offre un lot important de peintures, dessins et gravures d'Adrien de Witte, dont la présente toile[216],[217],[45].

Ce portrait est souvent considéré comme une des premières œuvres maîtresses d'Adrien de Witte[20],[218],[219], et il est utilisé comme illustration de couverture du catalogue de l'exposition organisée pour célébrer le centenaire du Cercle royal des Beaux-Arts de Liège en 1992[220]. Le modèle représenté est réutilisé par le peintre pour son tableau La Lessiveuse de 1879, « qui la met en scène sous les traits d'une femme du peuple occupée à laver du linge »[219], et il pourrait s'agir, selon Charles Delchevalerie, de l'une des deux sœurs de l'artiste[221].

L'œuvre dépeint une « jeune femme assise, vue de trois quarts, le bras gauche légèrement appuyé sur le dossier d'une chaise en bois, qui porte un corsage égayé d'une collerette et de manchettes en dentelle blanche »[222]. Comme le remarquent Françoise Dehousse et Maurice Pauchen dans le catalogue général du musée de l'Art wallon publié en 1983 : « Les yeux du spectateur se portent tout d'abord vers le visage dont les traits délicats sont mis en valeur par un jeu subtil d'ombre et de lumière. Une douce mélancolie émane de cette jeune femme au regard triste, aux lèvres fines. La coiffure quelque peu négligée, le lobe délicat de l'oreille, une petite fossette au menton, lui donnent une grâce quasi enfantine. Les mains élégamment croisées confèrent au modèle un caractère posé et méditatif. Le fond neutre de teinte brunâtre fait ressortir la douceur de la carnation où se mêlent savamment touches de rose et de bleu »[222].

En 1949, Charles Delchevalerie remarque que « le peintre s'impose par l'étonnante réussite » de ce portrait[218], au sujet duquel il s'est déjà étendu en 1927 : « […] il réalise ce magistral portrait de femme assise, en corsage noir et collerette blanche, d'une facture si délicate, si ferme, et qu'anime un sentiment si doucement spiritualisé. On pense aux intimités d'un Fantin-Latour devant une œuvre aussi riche dans sa simplicité, et l'on a peine à croire que tant de distinction pensive émane du pinceau d'un artiste de vingt-deux ans »[20].

La Lessiveuse (1879)

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La Lessiveuse, 1879 (huile sur toile ; 64 × 42 cm), Liège, La Boverie.

La toile fait partie, en 1888, de la collection de M. Antonin Terme[223] puis elle entre dans les collections du musée des Beaux-Arts de Liège comme le confirme le catalogue des collections publié par l'imprimerie Bénard en 1926[224].

Emmanuelle Sikivie la présente en ces termes : « […] une jeune femme au visage émacié et blême mais avec les bras solides de quelqu'un qui travaille durement est courbée au-dessus d'un haut bassin de bois débordant de linge à tordre. Elle est vêtue d'une jupe de toile grossière, de bas de laine et chaussée de lourds sabots. Elle relève la tête comme pour reprendre son souffle ou parce qu'elle a été interrompue dans sa tâche. L'aspect naturel et même spontané de son attitude rappelle l'instantané photographique, à cette époque où la longueur du temps de pause figeait au contraire les personnages des premières photographies »[225].

Elle remarque également que cette œuvre d'Adrien de Witte est représentative des sujets abordés par le réalisme, tels que « […] la vie difficile des travailleurs, celle des ouvriers d'usines mais aussi une série de travaux domestiques, de gestes quotidiens exécutés par des hommes et des femmes dont le seul sentiment semble être la lassitude de trop de pauvreté »[226].

En 2001, Caroline Jamaer valorise positivement le dessin, « soigné et rigoureux », ainsi que la couleur, « solide et nourrie ». La figure de la jeune lavandière y est « traitée en tons plats, la chair rosée est travaillée en touches minutieuses tandis que les touches sont plus larges dans le blanc du linge ». Enfin, elle estime qu'avec « son sens pénétrant de l'analyse, l'artiste perçoit le véritable caractère du sujet »[191].

La peinture est reproduite par de Witte au travers d'une série d'eaux-fortes, qu'il retravaille sur une période de huit ans[191],[192]. En effet, les premiers états (jusqu'au 19e) datent de 1880 mais les états suivants (jusqu'au 36e) datent de 1888[191],[192],[227]. L'estampe est reprise dans le catalogue Delchevalerie-Rassenfosse de l'œuvre d'Adrien de Witte sous le no 107[228].

Femme au corset rouge (1880)

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Femme au corset rouge, 1880 (huile sur toile ; Inv. La Boverie BA.WAL.05b.1921.731 ; 85 × 69 cm), Liège, La Boverie[229].

Œuvre acquise en 1921 au Salon de la Société des Beaux-Arts par le Musée des Beaux-Arts de Liège et qui a été classée Trésor par la Fédération Wallonie-Bruxelles le [230]. Cette toile, que l’ancien conservateur du Musée du Louvre, René Huyghe, n’hésitait pas à prétendre digne d’un tableau d’Edgar Degas[231],[213], est considérée comme le chef-d’œuvre d'Adrien de Witte[127],[131],[149],[231],[158],[213],[214],[232]. L'œuvre est analysée en détail par Gaëtane Warzée sur le site web du Musée de La Boverie[231],[213] :

« Exécutée à Rome en 1880, durant le second séjour italien de l’artiste alors boursier de la Fondation Darchis, la peinture donne à voir un de ses modèles favoris : Luisa Giardini. Adrien de Witte l’a croquée sur le vif, et non durant la traditionnelle séance de pose. Le moment est dérobé à la jeune femme qui se rajuste dans une intimité des plus sensuelles: levant les bras pour mettre de l’ordre à sa coiffure, elle révèle involontairement le galbe de sa poitrine jaillissant de la chemise et du corsage à peine relacé. Le côté instantané auquel s’ajoutent les jeux d’ombres et de lumières confèrent au tableau un caractère impressionniste. Mais bien au-delà de toute appartenance à un mouvement stylistique, la simplicité même de la composition et l’économie de la palette suffisent à lui conférer le statut d’une œuvre de tout premier ordre.

En Italie, les femmes du peuple portaient le corset par-dessus leur chemise, au vu de tous. La couleur de la pièce de lingerie indiquait le statut social de celle qui l’arborait. Le rouge était réservé aux femmes mariées. Depuis le XVIIIe siècle, les représentations figurant des Italiennes vêtues de la sorte étaient légion, toutes écoles confondues. Tableaux d’histoire, scènes de genre et portraits de personnages typiques en costume traditionnel multipliaient les représentations en la matière. Le trait de génie d’Adrien de Witte est de n’avoir retenu que le détail du fameux vêtement, ainsi sublimé et devenu le sujet essentiel de la composition. L’artiste campe là une jeune paysanne corsetée de rouge, certes, mais dans la veine des femmes à leur toilette et autres scènes intimistes à la mode de son temps. Le tout est peint avec finesse et sensualité, sans vulgarité aucune. »

Léon Koenig commente aussi ce tableau en 1951[214]: « Allons à la Femme au corset rouge du Musée de Liège, et à ce rouge noyé, modulé, qui est le thème, le prétexte de la toile, il a si bien marié le tout que cette couleur, dangereuse et magnifique en même temps n’impose pas à l’ensemble un règne tyrannique ; la ligne même, le geste des bras, l’arrondi des hanches, la tête penchée avec douceur, contribue à l'enveloppement calme, à l’atmosphère sereine mais forte et bien assise de l’œuvre. »

Catalogue et musées

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Au total, Charles Delchevalerie estime que l'œuvre d'Adrien de Witte se compose d'environ 600 pièces (répertoriées en 1927 par son élève et ami Armand Rassenfosse)[127],[131]: 78 peintures, 7 pastels, 52 aquarelles, 188 planches pour l’œuvre gravée et 255 dessins et croquis à la plume, au crayon et au lavis. Comme mentionné antérieurement, Armand Rassenfosse précise que cet inventaire est incomplet, surtout en ce qui concerne les dessins et croquis de l'artiste[127].

Des œuvres d'Adrien de Witte sont présentes dans les collections de l'Art Institute of Chicago[233], du Minneapolis Institute of Art[234], du British Museum[235],[236],[237], des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique[238],[239], du Centre de la gravure et de l'image imprimée[240], du Musée d'Art wallon (La Boverie)[231],[241],[239],[242], du Musée de la Vie wallonne[133],[239],[243],[244],[245], de l'université de Liège[239] et dans les collections artistiques de la Province de Liège[246].

Le professeur et ses élèves

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En plus de sa qualité d'artiste peintre, dessinateur et graveur, Adrien de Witte a eu un rôle prééminent comme professeur à l'Académie royale des beaux-arts de Liège[127],[128],[131],[149],[158],[247], comme le décrit Jules Bosmant : « Sans doute de Witte fut un de ces professeurs très rares qui se vouent entièrement à leur tâche pédagogique et, la mort dans l’âme, lui subordonnent leur œuvre propre. Or cette tâche fut particulièrement lourde puisque professeur de 1885 à 1910, recteur de 1910 à 1913, il ne prendra sa retraite qu’en 1921, après avoir consacré plus de trente-six années à un enseignement particulièrement fécond d’ailleurs, puisqu’il n'est guère d'artiste de chez nous qui ne réclame, avec fierté, la qualité d’élève d’Adrien de Witte »[114].

En 1908, Alfred Micha, reprenant des commentaires publiés en 1900 par Jules du Jardin, observe avec regret la progressive réduction de la production artistique d'Adrien de Witte à partir du moment où il commence à travailler comme professeur à l'Académie[247],[248]. Néanmoins, il se console en reconnaissant la qualité de l'enseignement que prodigue Adrien de Witte[248]: « S'il peut y avoir, sous ce rapport, un soulagement apporté à nos regrets, c'est la conviction, en nous profonde, que le maître continue à former des élèves dignes de lui, des disciples aussi convaincus qu'il l'est lui-même, que, suivant l'expression de Victor Hugo, le dessin est la loi première de tout art. »

Élèves notables

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Cendrillon, 1879 (eau-forte et pointe sèche ; Inv. Delchevalerie no 98 ; 15,9 × 11,8 cm), Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.

Expositions

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Liste des expositions jusqu'en 1981 établie d'après Françoise Clercx-Léonard-Étienne et Sylvie Lejeune[148].

Expositions du vivant de l'artiste

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  • 1875 : Salon de Bruxelles, du au , place du Petit Sablon, Bruxelles (le peintre y expose Fleurs et fruits)[50].
  • 1877 : XXXe Exposition triennale - Salon de Gand, du au , casino de Gand, Gand (l'artiste y expose une série d'eaux-fortes)[51].
  • 1879-1880 : Exposition de dessins, aquarelles et esquisses organisée par le Cercle artistique et littéraire de Liège, du au , salle du casino du passage Lemonnier, Liège[249],[250],[251].
  • 1888 : Exposition des trois : Hubert, Mignon et de Witte, du au , Société d'Émulation, Liège[134],[136],[252].
  • 1895 : Exposition inaugurale de l'Académie des Beaux-Arts (organisée par le Cercle royal des Beaux-arts dans le cadre de l'inauguration des nouveaux bâtiments de l'Académie royale des beaux-arts de Liège), du au , rue des Anglais no 21, Liège (il y expose une quinzaine d'œuvres, dont La Lessiveuse)[142],[143],[144].
  • 1920 : Salon des Beaux-Arts, du au , Palais des Beaux‑Arts du parc de la Boverie, Liège (une soixantaine d'œuvres de de Witte sont exposées dans une salle du palais)[229],[145],[146],[147].
  • 1923 : Exposition d'œuvres de collections particulières, du au , salle d'art du journal La Meuse, Liège[253],[254].
  • 1924 : IIe Exposition de la Gravure Originale Belge, du au , musée-maison du Livre, Bruxelles (plusieurs portraits gravés de l'artiste sont exposés)[255].
  • 1926 : Salon de la Société royale des Beaux-Arts, du au , Palais des Beaux‑Arts du parc de la Boverie, Liège[256] ; Exhibition of the work of Liège Engravers from the XVIe century to the Present Time, du au , Public Art Galleries, Brighton (42 estampes de l'artiste sont exposées)[257],[258],[259].
  • 1927 : Exposition d'ensemble de l'œuvre d'Adrien de Witte (dans le cadre du Salon de la Société royale des Beaux-Arts), du au , Palais des Beaux‑Arts du parc de la Boverie, Liège (438 œuvres de de Witte sont exposées)[260],[261],[262] ; Äldre och Nyare Belgisk Konst, du au , Liljevalchs konsthall, Stockholm (son tableau Femme au corset rouge est exposé)[229],[263].
  • 1933 : Le Visage de Liège (exposition organisée pour célébrer le centenaire de la Société Royale des Beaux-Arts de Liège), du au , Palais des Beaux‑Arts du parc de la Boverie, Liège[264],[265],[266],[267] ; Exposition des pièces composant le legs de Maurice Chizelle en faveur de la ville Liège, musée d'Ansembourg, Liège[268].
  • 1934 : Exposition d'ensemble, Cercle des Beaux-Arts, Anvers ; Portraits de femmes et d'enfants, seconde quinzaine du mois d'avril, galerie d'art du journal La Meuse, Liège (son portrait de Femme au corsage noir est exposé)[269].

Expositions après la mort de l'artiste

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  • 1936 : Exposition commémorative Adrien de Witte (organisée par l'Œuvre des Artistes), du au , salle Lutétia, Liège[270],[271],[272],[273].
  • 1938 : Exposition de la gravure liégeoise contemporaine, du au , palais provincial, Liège[274].
  • 1939 : Cent ans d'Art wallon (exposition organisée à l'occasion du 100e anniversaire de l'Académie royale des Beaux-Arts), du au , musée des Beaux-Arts, Liège[229],[275] ; La Gravure liégeoise des origines à nos jours (exposition organisée à l'occasion du 100e anniversaire de l'Académie royale des Beaux-Arts), du au , Académie royale des Beaux-Arts, Liège[275],[276].
  • 1940 : Les chefs d'œuvre du Musée de Liège, du au , musée d'Art Moderne, Bruxelles (son tableau Femme au corset rouge est exposée)[229],[277].
  • 1945 : Salon quatriennal & Artistes vivants, collections privées, architecture et urbanisme, du 1er au , Musée des Beaux-Arts, Liège.
  • 1949 : Luikse kunstenaars van heden, du au , Prinsenhof, Groningen (Pays-Bas)[229].
  • 1950 : La peinture belge contemporaine, du au , Musée des Beaux-Arts, Lyon (France) ; Rétrospective Adrien de Witte, du au , musée des Beaux‑Arts, Liège[229],[278].
  • 1952 : Salon 1952, du au , Musée des Beaux-Arts, Liège.
  • 1955 : de Witte Adrien, Société d'Emulation, Liège.
  • 1964 : 125e anniversaire de l'Académie royale des Beaux‑Arts, du au , Musée des Beaux-Arts, Liège[229].
  • 1966 : Hommage à de Witte Adrien, Donnay Auguste, Heintz Richard, Mataive Alphonse, Maréchal François, Philippet Léon, Rassenfosse Armand, du 3 au , Cercle royal des Beaux-Arts, Liège.
  • 1970 : Gravures au pays de Liège. Estampes, verre, armes, février, Les Chiroux, Liège ; Gravures au pays de Liège. Estampes, verre, armes, du au , Musée de l'Abbaye de Stavelot, Liège.
  • 1977 : Gravures du 16e au 20e siècle, du au , Cabinet des Estampes et des Dessins, Liège.
  • 1978 : Techniques de la gravure. Le burin et la pointe sèche, du au , Cabinet des Estampes et des Dessins, Liège.
  • 1980 : Portraits liégeois dans les Collections du Cabinet des Estampes, Salons de la Société Littéraire, Liège ; Gérardy Paul et ses amis, du au , Cabinet des Estampes et des Dessins, Liège ; Art et Société en Belgique, du au , Palais des Beaux-Arts, Charleroi.
  • 1981 : Salon noir et blanc, Galerie Gustave Drisket, Liège ; De Witte Adrien. Rétrospective des dessins, pastels, gravures, du au , Cabinet des Estampes et des Dessins, Liège ; De Witte Adrien. Peintures, du au , Galerie de la Province, Liège[279].
  • 1983 : Les petits métiers de la rue, Galerie de la Province, Liège[279].
  • 1984 : L'atelier Paul Franck, du au , Cabinet des Estampes et des Dessins, Liège[279] ; Le Nu dans les collections du Musée de l'Art wallon, septembre-octobre, Musée de l'Art wallon, Liège[229].
  • 1985 : Autoportraits, du au , Galerie l'A., Liège[279].
  • 1987 : Le Symbolisme - Le Réalisme, du au , Centre Wallonie‑Bruxelles, Paris (France)[279] ; Œuvres du Musée de l'Art wallon et du Cabinet des Estampes, du au , Liège[229].
  • 1989 : Carte blanche à Jacques Parisse, 25 ans de critique d'Art, du au , Centre wallon d'art contemporain - La Châtaigneraie, Flémalle, Liège[279].
  • 1992 : Le Cercle royal des Beaux-Arts de Liège 1892-1992, du au , Cercle royal des Beaux-Arts, Liège[132].
  • 1996 : 125 ans d'art liégeois - peinture, sculpture, gravure en province de Liège 1870-1995, du au , ING Espace Culturel, Liège[279].
  • 1996-1997 : Les artistes liégeois à Rome : la Fondation Darchis, du au , salle Saint-Georges, Liège (4 peintures à l'huile, 2 aquarelles, 17 dessins et 4 estampes de l'artiste sont exposés)[280].
  • 1997 : Choix de dessins par Jacques Parisse, du au , Galerie Liehrmann, Liège[279]; Talents d’hier et d’aujourd’hui, du au , Générale de Banque, Liège[279].
  • 1998 : Par-delà nos terres - œuvres de la collection de Philippe Crismer, du 1er au , Centre culture, Marchin, Liège[279].
  • 2003 : Regards gravés et acquisitions récentes, du au , Cabinet des Estampes, Liège[279].
  • 2006 : After Cage - 24 collections en mouvement, du au , Musée d'Ansembourg, Liège[229].
  • 2007 : Acquisitions des collections artistiques de l'Université de Liège.1998-2006. Estampes, du au , Université de Liège, Liège[279].
  • 2008 : Jeux de miroirs - Cent chefs-d’œuvre rassemblés. Présentés par les Musées des Beaux-Arts de Tournai et de Liège, du au , Musée des Beaux-Arts, Liège[279]; Six maîtres de la peinture au pays de Liège 1875 - 1930, du au , Musée de l'ancienne abbaye de Stavelot, Stavelot[229],[281],[282] ; Coups de cœur estampés, du au , Cabinet des Estampes, Liège[279].
  • 2018-2019 : Liège. Chefs-d'œuvre, du au , musée de La Boverie, Liège[229],[283],[284].
  • 2022-2023 : Reflections on Reality : Drawings and Paintings from the Weisberg Collection, du au , Minneapolis Institute of Arts, Minneapolis (son dessin Le Rideau est exposé)[285],[286].
  • 2023-2024 : Félicien Rops en portraits, du au , musée Félicien Rops, Namur (un tirage de son Portrait de Félicien Rops, signé au crayon par de Witte, est exposé)[287],[288].
  • 2025-2026 : 250 ans de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège : L’Atelier de dessin, du au , Galerie noire de La Boverie, Liège (quatre dessins de de Witte y sont exposés)[289] ; Trésors cachés de l’Institut archéologique liégeois, du au , Grand Curtius, Liège (son portrait d'Eugénie Zeyen, fille aînée du photographe Léonard Hubert Zeyen, est exposé)[290],[291],[292] ; 250 ans de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège : Une école d’art sur quatre siècles, du au , fonds patrimoniaux, Liège (son autoportrait Étude de tête d'homme avec un chapeau haut, gravé en 1889, y est exposé)[293].
  • 2026 : 10 ans de La Boverie : Les coulisses d'une Collection, du au , La Boverie, Liège (son tableau Le Modèle (La Femme aux bas rayés) et son dessin Italienne debout, de face, adossée à un arbre, une quenille à la main sont exposés)[294],[295],[296].

Prix et distinctions

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Photographie d'un buste placé sur un piédestal.
Monument Adrien de Witte, par le sculpteur Oscar Berchmans, dans la roseraie du parc de la Boverie, à Liège.

Réception critique

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« S'il a beaucoup peint, et surtout beaucoup dessiné, d'admirables et fins croquis de personnages à la plume, il a beaucoup gravé aussi. Et toutes ses planches sont d'une valeur supérieure, à la fois par la pureté de forme, par la révélation de la vie morale, par la sûreté savante de l'exécution. [...] Pour lui seule compte la nature ; mais il la découvre à travers un tempérament délicat, qui prête de la distinction aux éléments les plus vulgaires et enjolive même la laideur. Que de figures douces et méditatives ne compte pas son œuvre, figures repliées aux gestes placides, dont de Witte semble garder le secret ? D'autant plus que son outil est d'une finesse qui évite toutes les rudesses et semble amortir toutes les duretés en les touchant. Cet interprète de la vie humble est de toute manière un aristocrate, par sa technique recherchée et savante et par son esprit subtil à l'abri de la passion et de la violence. »[129]

 Sander Pierron

« C'est le moment de parler de l'œuvre gravé d'Adrien de Witte. [...] Il n'a pas fallu longtemps à l'artiste pour atteindre la virtuosité technique, et pour s'assimiler les ressources de son art. Qu'il s'agisse d'un croquis tracé avec un apparent laisser aller qui donne à la science du rendu l'apparence d'un jeu, ou d'un de ces portraits académiques dans lesquels se montre (comme dans les dessins à la plume) l'analytique minutie du métier, la manière est toujours aussi sure, aussi ferme, aussi largement expressive. Et quel art des contrastes pour donner a une planche sa coloration frémissante, quel sagace emploi des blancs et des noirs dosés sans les brutalités qui rendent l'effet facile, quelles délicates symphonies de nuances dans le mariage des clartés et des ombres ! »[127]

 Charles Delchevalerie

« Son œuvre, par sa haute probité, par la finesse et la rigueur de sa technique, par le sens aristocratique de sa vision, réalise, d’une seule foulée, l’équilibre que l’on peut concevoir entre une discipline classique et l’esthétique naturiste qui le commande. Adrien de Witte est un dessinateur impeccable, qui apporte un souci de justesse jamais défaillant, dans toutes ses créations. Comme Philippet, il a vécu en Italie, et, comme lui, la vie romaine, les types populaires romains ont été ses modèles préférés, comme le furent durant sa longue carrière dans sa ville natale, les botteresses, les hiercheuses, les femmes du peuple de chez nous. Les gravures d’Adrien de Witte reflètent fidèlement l’âme probe et aristocratique de ce maître authentique auquel l’école liégeoise doit ses plus fructueuses leçons. La figure de de Witte se dresse, au premier plan de notre histoire moderne des Beaux-Arts. Il fut un professeur d’élite, et son enseignement à l’Académie reste présent à la mémoire de tous ses disciples. »[300]

 René Tonus

« Déjà de Witte, par des dessins d'une impeccable correction, d'une maîtrise incontestée, d'une probité absolue de réalisme, avait rompu avec la boursouflure antérieure. On connaît aussi de lui des tableaux d'une grande délicatesse de tons, des portraits, des natures mortes où la gamme des gris est d'une élégance et d'une distinction extrêmes. »[301]

 Maurice Des Ombiaux

« Adrien de Witte est, de même, un artiste liégeois préoccupé davantage de produire de belles œuvres que de rechercher la gloire, d'autant plus que les cours qu'il professe au sein de l'académie de Liège absorbent une grande partie de son temps. Puis, au demeurant, il semble bien que le maître aime la paix qui lui est nécessaire pour le travail, qu'il s'ingenie à caresser ses œuvres avec amour, et c'est cela surtout qui l'éloigne des expositions. [...] Quoi qu'il en soit, Adrien de Witte a produit des tableaux d'une belle couleur, tableaux exécutés notamment en Italie, et on connaît de lui des dessins à la plume reproduisant des types liégeois d'un procédé délicat. »[247]

 Jules du Jardin

« Un artiste que sa trop grande modestie a fait méconnaître à certains et où cependant se trouvent à profusion les qualités d'un grand peintre. M. Adrien de Witte, à côté de dessins à la plume et au modelé si moëlleux, montre une série de peintures de la plus haute valeur ; où la nature est traduite d'une facture large, dans une matière précieuse et sobre, où la lumière est intense et la forme impeccable. »[130]

 Edgar Scauflaire

Notes et références

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  1. À l'époque, la gravure ne s'enseigne pas à l'Académie royale des beaux-arts de Liège. Un cours de gravure est créé en 1843, où le professeur Hubert Distexhe enseigne la gravure en taille douce, ayant pour but la production des estampes, et la gravure en relief, qui conduit à la gravure en médailles[124]. Ce cours est supprimé en 1868 à cause du manque d'élèves. Le cours de gravure ne revient dans le cursus de l'Académie qu'en 1921 grâce à François Maréchal[125].
  2. C'est l'autre autoportrait gravé inclus dans les 135 exemplaires de luxe sur papier du japon de l'ouvrage Adrien de Witte : peintre, dessinateur et graveur[188],[189].
  3. Par exemple celles de La Lessiveuse et de la Botteresse soufflant sur sa tasse de café sont respectivement exécutées par l'artiste de 1880 à 1888 au travers de 36 états[191],[192] et de 1889 à 1891 au travers d'au moins 11 états[193].

Références

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  1. 1 2 (en) « Adrien De Witte » Accès libre, sur Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie (consulté le ).
  2. 1 2 3 « Naissance de Lambert Jean Adrien de Witte de Limminghe le 2 août 1850 à Liège » Accès libre, sur Archives Ouvertes (consulté le )
  3. « No 1945 - Acte de naissance de Lambert Jean Adrien de Witte de Limminghe le  » Inscription nécessaire, sur FamilySearch,
  4. « No 126 - Acte de décès de Jean-Baptiste Corneille de Witte de Limminghe le  » Inscription nécessaire, sur FamilySearch,
  5. 1 2 « No 1379 - Acte de décès de Marie Catherine Antoinette Lambertine Andrien le  » Inscription nécessaire, sur FamilySearch,
  6. 1 2 « No 1549 - Acte de décès de Jacqueline Lambertine Charlotte de Witte de Limminghe le  » Inscription nécessaire, sur FamilySearch,
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Annexes

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Bibliographie

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Catalogues d'expositions

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Dictionnaires

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Études monographiques

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Ouvrages sur l'art

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Liens externes

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