Cameroun méridional
Le Cameroun méridional ou Cameroun du Sud (en anglais : Southern Cameroons) était la partie sud du Cameroun britannique, un territoire sous mandat de la Société des Nations puis sous tutelle des Nations unies administré par le Royaume-Uni. Aujourd'hui, il correspond à deux régions du Cameroun : le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
(en) Southern Cameroons
–
(39 ans, 2 mois et 11 jours)
| Statut |
Partie sud du Cameroun britannique Région autonome au sein du Nigeria |
|---|---|
| Capitale | Buéa |
| Langue(s) | Anglais |
| Religion | Christianisme et animisme |
| Superficie | 43 700 km2 |
|---|
| Le Cameroun méridional devient une quasi-région au sein du Nigeria avec Emmanuel Mbela Lifafe Endeley comme chef des affaires gouvernementales | |
| 1957 | Le Cameroun méridional devient une région à part entière au sein du Nigeria avec Emmanuel Mbela Lifafe Endeley comme Premier ministre |
| John Ngu Foncha est élu Premier ministre | |
| Rattachement au Cameroun |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
Histoire
modifierLe Kamerun (dont le territoire correspond à l’actuel Cameroun et à la frange Est du Nigeria) est colonisé par l'Allemagne sous le régime du protectorat durant la « course à l'Afrique » entre puissances européennes à la fin du XIXe siècle. Pendant la Première Guerre mondiale, le protectorat est occupé par les troupes britanniques, françaises et belges. À l'issue du traité de Versailles, le protectorat est divisé en un territoire sous mandat français et un autre sous mandat britannique.
Période du mandat (1922-1946)
modifierPlacé sous un régime d'administration indirecte (indirect rule), le Cameroun méridional compte des chefs suprêmes (paramount chiefs (en)) à Buéa et à Victoria, ainsi que des fons à Bali, Bafut, Kom, Bum, Nso et Bangwa. Ces chefs traditionnels reçoivent des autorités britanniques les ressources nécessaires à l'exercice de leur autorité. Ils disposent d'une cour traditionnelle et d'un trésor, dotés de fonctions administratives et fiscales. Ils sont chargés de la santé et de l'éducation de leur peuple, du maintien de l'ordre, de la prévention de la criminalité et, de manière générale, de la promotion du développement de leurs communautés[1].
Le , les habitants du Cameroun méridional créent leur tout premier groupe de défense, la Cameroons Youth League (CYL), principalement composée d’étudiants. Son objectif est d’obtenir des réparations de la part des autorités britanniques, accusées de négligence, pour les préjudices économiques, éducatifs, politiques et sociaux subis par le territoire[2].
Période de la tutelle (1946-1961)
modifierEn 1948, à son retour au Cameroun méridional après des études de médecine à Lagos, Emmanuel Mbela Lifafe Endeley devient secrétaire du Cameroons Development Corporation Workers Union (CDCWU). Il crée ensuite le premier parti politique du Cameroun méridional[3], la Cameroons National Federation (CNF), qui milite pour l’autonomie du Cameroun méridional au sein du Nigeria et pour la réunification des deux Camerouns[4],[5]. Cependant, les dirigeants du parti sont divisés sur la question de la réunification. Certains d’entre eux, notamment Nerius Namaso Mbile et R.K. Dibongue, estiment que l’approche du parti en matière de réunification n'est pas assez énergique ; ils souhaitent accélérer le processus. En conséquence, ils quittent la CNF et forment leur propre parti, le Kamerun United National Congress (KUNC)[5].
Malgré les divergences entre les dirigeants politiques du Cameroun méridional, leurs revendications sont prises au sérieux par les autorités britanniques. Celles-ci répondent progressivement à ces préoccupations, soit par des amendements constitutionnels, soit par le biais de conférences réunissant les principales parties concernées, à savoir les Britanniques, les Sud-Camerounais et des représentants de l'Organisation des Nations unies (ONU). Parmi celles-ci figurent la Conférence de Mamfé (1950) et la Conférence de Lancaster House (1959)[6].

À la suite de l'adoption des constitutions de Macpherson (en) et de Lyttelton au Nigeria, le Cameroun méridional devient, à compter du , une quasi-région au sein du Nigeria, dotée d'un siège administratif à Buéa. Emmanuel Mbela Lifafe Endeley est nommé chef du gouvernement, sous l'autorité d'un commissaire britannique, Edward John Gibbons. À la suite des réformes constitutionnelles de 1957, le territoire devient une région à part entière au sein du Nigeria, avec Emmanuel Mbela Lifafe Endeley au poste de Premier ministre[7].
Le , John Ngu Foncha remporte les élections législatives, devenant ainsi le deuxième Premier ministre. Il mène une campagne prônant l’indépendance du Cameroun méridional et, à terme, la réunification avec le Cameroun français. Pour contrecarrer le programme de John Ngu Foncha, les Britanniques rallient l’opposition, menée par Emmanuel Mbela Lifafe Endeley, afin de contester ce qui est qualifié de victoire « étroite »[8]. L’opposition porte l’affaire devant l’ONU et, avec le soutien britannique, l’idée d’un plébiscite comme moyen le plus fiable de déterminer l’avenir du territoire fait son chemin[8].
Peu avant le référendum de 1961, qui doit permettre aux habitants du Cameroun britannique de choisir entre l'union avec le Nigeria ou le Cameroun, des troupes britanniques sont déployées au Cameroun méridional. Elles doivent y rester jusqu'à la fin de la tutelle, prévue pour le [9],[10]. Deux unités de l'armée britannique sont successivement déployées : le King's Own Royal Border Regiment (en), puis le 1st Grenadier Guards, soit un peu plus de 700 hommes de tous grades[11]. Après l'indépendance du Nigeria, le , le bureau de la Guerre est chargé d'assurer la sécurité au Cameroun méridional. C'est la première fois que des troupes britanniques sont déployées dans le territoire[12].
Le , l'ONU organise un référendum au Cameroun britannique, proposant deux options à la population locale : le rattachement au Cameroun (indépendant depuis le ) ou le rattachement au Nigeria (indépendant depuis le ). 70,5 % des électeurs du Cameroun méridional optent pour le rattachement au Cameroun, ce qui conduit à la création d'une république fédérale, qui voit le jour le .
Politique et administration
modifierAdministration territoriale
modifierAu début du mandat britannique, le Cameroun méridional est divisé en quatre unités administratives : Victoria, Kumba, Mamfe et Bamenda, chacune dirigée par un district officer. Les district officers sont assistés dans les plus petites unités par des assistant district officers[13]. En 1946, à la suite de l'adoption de la constitution de Richards au Nigeria, ses provinces méridionales (Southern Provinces) sont divisées en deux régions : occidentale (Western) et orientale (Eastern). Le Cameroun méridional, intégré à la région orientale, est administré depuis Enugu, capitale régionale[14]. En 1949, le territoire est divisé en deux provinces : Bamenda et Cameroons, administrées respectivement par des résidents sous l'autorité du lieutenant-gouverneur du Nigeria[14]. En 1954, ces deux provinces sont supprimées pour être fusionnées en une seule entité[15].
Pouvoir législatif
modifier
Le corps législatif du Cameroun méridional se compose de deux chambres : une chambre d'assemblée (House of Assembly) et une chambre des chefs (House of Chiefs)[14].
Dirigeants
modifierÉducation
modifierRôle des missions chrétiennes
modifierTrois missions chrétiennes jouent un rôle clé dans l'éducation au Cameroun méridional : les Missionnaires de Mill Hill, la Mission de Bâle et la Mission baptiste d'Amérique du Nord. La mission catholique est la première à créer des écoles « anglaises », en 1922 dans ce qui est aujourd'hui la région du Sud-Ouest du Cameroun et en 1924 dans ce qui est aujourd'hui la région du Nord-Ouest du Cameroun. Les baptistes, grâce à leur église autochtone, sont présents dès 1924 dans les Grassfields et en 1927 dans la région forestière. Les presbytériens, en raison de leur activité passée dans le cadre de la colonisation allemande, mettent plus de temps à obtenir l'autorisation de se réinstaller. Ils s'appuient de plus en plus sur le développement des écoles vernaculaires. D'où leur retard dans la construction d'écoles « anglaises » : 1929 dans ce qui est aujourd'hui la région du Sud-Ouest du Cameroun, 1937 dans ce qui est aujourd'hui la région du Nord-Ouest du Cameroun[16].
Diversité des établissements
modifierEn 1938, il y avait 203 écoles vernaculaires (une pour cinq villages), 50 écoles anglaises, dont 7 seulement avaient deux classes élémentaires supérieures. Sur 1 000 élèves scolarisés, seuls 3 sont dans les deux classes élémentaires supérieures. En 1938, la St. Joseph's College, première école secondaire du territoire, ouvre ses portes à Sasse, près de Buéa. En 1949, la deuxième école secondaire ouvre ses portes à Bali. Avec l'ouverture du collège technique d'Ombe en 1952, le Cameroun méridional accède à l'enseignement professionnel[16].
En 1954, lors de l'autonomisation politique du Cameroun méridional, le système d'enseignement primaire atteint sa maturité et l'enseignement secondaire, général et technique commence à émerger, avec quelques classes en activité[16].
Inégalité
modifierIl existe une distorsion des taux de scolarisation entre les différentes zones. En 1927, l'actuelle région du Nord-Ouest compte 6 écoles, contre 12 dans l'actuelle région du Sud-Ouest. Ce n'est qu'en 1947 qu'un équilibre s'établit. Des départements marginaux comme le Ndian, la Donga, le Mantung et le Momo n'ont toujours pas d'école en 1927. Même à la fin de la tutelle britannique en 1961, deux cantons sur 78 n'ont pas d'école, tous deux dans l'arrondissement d'Akwaya, au nord de la Manyu[16].
Notes et références
modifier- ↑ « Le Cameroun Britannique 1916 1961 », sur asso.musc.free.fr (consulté le )
- ↑ « Le Cameroun Britannique 1916 1961 », sur asso.musc.free.fr (consulté le )
- ↑ (en) W. Munji, « 100+ years Cartographical History of Southern Cameroons », sur Medium, (consulté le )
- ↑ Depuis 1922, le Cameroun, ancien protectorat allemand, est divisé en deux territoires sous mandat : français et britannique.
- 1 2 « Le Cameroun Britannique 1916 1961 », sur asso.musc.free.fr (consulté le )
- ↑ « Le Cameroun Britannique 1916 1961 », sur asso.musc.free.fr (consulté le )
- ↑ (en) W. Munji, « 100+ years Cartographical History of Southern Cameroons », sur Medium, (consulté le )
- 1 2 (en) W. Munji, « The United Kingdom’s Troubled Legacy in the Cameroons », sur Medium, (consulté le )
- ↑ (en) « British Forces », sur hansard.parliament.uk,
- ↑ (en) « British Troops », sur hansard.parliament.uk,
- ↑ (en) « 1St Grenadier Guards (Strength) », sur hansard.parliament.uk,
- ↑ (en) « Album of photographs of 2 Brigade Group Medical Company, RAMC, when stationed in the South Cameroons », sur wellcomecollection.org, 1960-1961 (consulté le )
- ↑ « Le Cameroun Britannique 1916 1961 », sur asso.musc.free.fr (consulté le )
- 1 2 3 (en) W Munji, « 100+ years Cartographical History of Southern Cameroons », sur Medium, (consulté le )
- ↑ Cameroun. Service de la statistique générale, La population du Cameroun Occidental : résultat de l'enquête démographique de 1964, t. I, République française, Secrétariat d'État aux affaires étrangères / INSEE, , 283 p. (lire en ligne), p. 24
- 1 2 3 4 Georges Courade et Christiane Courade, « L'école du Cameroun anglophone : de l'école coloniale à l'école nationale », Revue Tiers Monde, vol. 19, no 76, , p. 743–769 (DOI 10.3406/tiers.1978.2832, lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Carlson Anyangwe (dir.), The secrets of an aborted decolonisation: the declassified British secret files on the Southern Cameroons, Langaa RPCIG, Mankon, Bamenda, 2010, 796 p. (ISBN 995-657850-9)
- (en) Martin Ayong Ayim, Former British Southern Cameroons Journey Towards Complete Decolonization, Independence, and Sovereignty.: A Comprehensive Compilation of Efforts, vol. 1, AuthorHouse, 2010, 816 p. (ISBN 9781434365200)
- (en) Victor Julius Ngoh, Southern Cameroons, 1922-1961: A Constitutional History, Ashgate, Aldershot, Hampshire, England ; Burlington, Vt., 2001, 201 p. (ISBN 0-7546-1401-8)
- (en) Nfor N. Nfor, In chains for my country : crusading for the British Southern Cameroons, Langaa Research & Publishing CIG, Bamenda, Cameroon, 2014, 161 p. (ISBN 978-995-679204-7)