Comté de Duras
Le comté de Duras est un comté médiéval du XIIe siècle relevant du Saint-Empire romain germanique. Son siège est établi au château de Duras, situé dans une région où les princes-évêques de Liège disputent leur autorité aux comtes de Louvain. Le château actuel, largement reconstruit au XVIIIe siècle, se trouve sur le territoire de l'actuelle commune de Saint-Trond, dans la province de Limbourg.
Le comté constitue l'un des nombreux comtés médiévaux de la Hesbaye, région historique qui s'étend aujourd'hui sur plusieurs provinces de Belgique. En tant qu'entité territoriale distincte portant le nom de Duras, il disparaît à l'extinction de la seconde lignée masculine de ses comtes. Cette dernière possède également les comtés de Montaigu, situés plus au sud. Le comté de Duras est ensuite réuni au comté de Looz, alors gouverné par une branche cousine issue de la famille des premiers comtes de Duras.
L'histoire du comté est étroitement liée à celle de l'abbaye de Saint-Trond. Les premiers comtes de Duras attestés avec certitude exercent la fonction de sous-avoué (subadvocatus) de l'abbaye. Ils sont chargés d'assurer les prérogatives seigneuriales de nature temporelle, notamment l'exercice de la justice criminelle et les obligations militaires. Comme dans de nombreuses principautés ecclésiastiques du XIIe siècle, cette fonction acquiert progressivement une importance politique considérable et devient une source de conflits. Ceux-ci opposent non seulement les sous-avoués à l'abbaye et à ses dépendants, mais également aux avoués supérieurs, les ducs de Limbourg, puis à leurs successeurs, les ducs de Brabant. Ces affrontements occupent une place importante dans les Gesta abbatum Trudonensium, la chronique médiévale de l'abbaye.
Territoire
modifierComme l'ont montré Camille de Borman puis René Ulens, les limites exactes des possessions des comtes de Looz et de Duras demeurent mal connues avant la réunion des deux comtés. Des documents féodaux du XIVe siècle mentionnent cependant un fief appelé « Duras » (également orthographié Der As) au sein du comté de Looz. Fait remarquable, ce fief ne se limite pas aux environs immédiats du château de Duras, mais se compose de possessions dispersées au milieu des domaines relevant directement des comtes de Looz.
Outre ces terres, la famille possède également la seigneurie de Jodoigne, située dans l'actuelle province du Brabant wallon. Ce domaine, qui appartient au XIe siècle à la comtesse Erlinde, est ensuite intégré aux possessions des seigneurs de Brabant et de Louvain. Plusieurs chartes conservées dans le cartulaire de l'abbaye d'Hélécine, bénéficiaire de donations de la comtesse Erlinde puis de la comtesse Julienne de Duras, qualifient d'ailleurs cette seigneurie de comté.
Les deux principales lignées
modifierLa première lignée des comtes de Duras descend d'Otton de Looz, frère d'Emmon de Looz, ancêtre des comtes de Looz. Les deux frères portent simultanément le titre de comte de Looz, leur autorité s'exerçant autour de Looz (Borgloon). Le fils d'Otton, Giselbert, est le premier personnage attesté avec certitude comme comte de Duras. Comme son père, il exerce également la fonction de sous-avoué de l'abbaye de Saint-Trond. Son fils, Otton II, lui succède.
La succession des comtes de Duras est la suivante :
- Otton de Looz, frère d'Emmon de Looz, également qualifié de comte de Looz ;
- Giselbert II de Duras ;
- Otton II de Duras ;
- Julienne de Duras, fille d'Otton II, et son époux Godefroid de Montaigu, comte de Montaigu et de Clermont ;
- Gilles de Montaigu, mort sans descendance ;
- Conon de Montaigu, dernier comte de Duras de cette lignée.
- Julienne de Duras, fille d'Otton II, et son époux Godefroid de Montaigu, comte de Montaigu et de Clermont ;
- Otton II de Duras ;
- Giselbert II de Duras ;
À la mort de Conon, le comté revient à la principauté de Liège, qui le cède par la suite aux comtes de Looz.
Les premières mentions médiévales
modifierÀ l'époque d'Otton, au XIe siècle, les dénominations comtales et les circonscriptions territoriales sont encore en cours de formation et ne présentent pas la stabilité qu'elles acquerront au cours des siècles suivants. Seule la troisième continuation des Gesta abbatum Trudonensium, rédigée au XIVe siècle, désigne explicitement Otton comme « comte de Duras ». L'historien Jean Baerten estime qu'il est peu probable que ce titre ait été employé de son vivant.
En revanche, Otton est le premier subadvocatus (sous-avoué) de l'abbaye de Saint-Trond dont l'existence soit attestée avec certitude. Il exerce cette fonction sous l'autorité de l'avoué supérieur, le duc de Limbourg, désigné par les seigneurs de l'abbaye, les évêques de Metz. Les chartes de cette période décrivent l'organisation de cette nouvelle hiérarchie de l'avouerie.
Aucune source médiévale ne fait état d'un système comparable de double avouerie avant cette époque, ni d'une transmission héréditaire de l'ancienne charge d'avoué. Jean Baerten considère toutefois qu'une certaine continuité dynastique est probable. Reprenant une hypothèse déjà formulée au XVIIIe siècle par Jan Mantelius, il suppose qu'Otton aurait épousé l'héritière d'un précédent avoué de l'abbaye de Saint-Trond, héritant ainsi de cette fonction. Une autre hypothèse est que les premiers avoués aient été désignés individuellement par les évêques de Metz.
Jean Baerten a également proposé que le comté de Duras trouve son origine dans un ancien comté d'Avernas, situé au sud de Saint-Trond, dans l'actuelle province de Liège. L'existence de ce comté est attestée par deux documents du Xe siècle, mais son histoire demeure mal connue[1].
Les prédécesseurs du XIe siècle
modifierLa troisième continuation des Gesta abbatum Trudonensium, rédigée au XIVe siècle, mentionne plusieurs personnages que l'on considère parfois comme les prédécesseurs des comtes de Duras.
Une veuve nommée Herlendis (ou Erlinde), décédée après le 2 novembre 1023, est qualifiée de « comtesse de Duras » dans le récit d'une donation effectuée vers 1021. Une charte de confirmation rédigée par son fils, le comte Godefroid, est également conservée dans le cartulaire de l'abbaye de Saint-Trond. Au XIIe siècle, plusieurs actes de donation émanant de la famille des comtes de Duras, notamment une charte confirmée en 1164 par le prince-évêque de Liège Henri II de Leez, citent Erlinde comme ancêtre ou prédécesseure. Toutefois, ces documents la désignent non comme comtesse de Duras, mais comme comtesse de Jodoigne.
Par ailleurs, un membre de cette même famille exerce également la charge d'avoué de l'abbaye de Saint-Trond, comme ce sera plus tard le cas des comtes de Duras.
Herlendis et son époux, dont le nom n'est pas connu, auraient eu au moins trois enfants :
- Adalbéron (mort avant 1021), fils aîné selon les Gesta. Il meurt avant sa mère. Bien qu'issu d'une famille comtale, il exerce la fonction ecclésiastique de primicerius à Metz. Selon Léon Vanderkindere et plusieurs autres historiens, la fréquence du prénom Adalbéron au sein de la maison d'Ardenne pourrait indiquer un lien de parenté avec cette dynastie.
- Godefroid (vivant après 1023), qualifié de comte, sans que le territoire sur lequel s'exerce son autorité puisse être identifié avec certitude.
- Giselbert (vivant après 1023), sous-avoué de l'abbaye de Saint-Trond.
Au XVIIIe siècle, l'antiquaire hasseltois Jan Mantelius avance l'hypothèse selon laquelle le patrimoine de cette famille aurait été transmis à une petite-fille d'Herlendis ayant épousé un membre de la maison des comtes de Looz.
Selon cette théorie, largement reprise par Jean Baerten, Oda (morte avant 1101) épouse Otton de Looz, fils du comte Gislebert de Looz. Les Gesta abbatum Trudonensium la présentent comme la mère de Giselbert II de Duras, premier comte de Duras attesté avec certitude. Aucun document médiéval ne permet toutefois d'identifier les parents d'Oda ni de confirmer son ascendance.
L'hypothèse de Mantelius demeure néanmoins largement admise par une partie de l'historiographie moderne. Selon cette reconstitution, Oda aurait hérité du territoire qui formera le comté de Duras, tandis que son époux Otton aurait acquis le titre comtal par son mariage. La charge de sous-avoué de l'abbaye de Saint-Trond aurait été transmise de la même manière.
Le lien entre Herlendis et la seigneurie de Jodoigne conduit également plusieurs historiens à considérer la comtesse Alpaïde comme une probable ancêtre ou prédécesseure de la maison de Duras, bien qu'aucune preuve formelle ne permette d'établir cette filiation[2].
Notes et références
modifier- ↑ Jean Baerten, « Les origines des comtes de Looz et la formation territoriale du comté », Revue belge de philologie et d'histoire, no 43, , p. 469 (lire en ligne) : C'est depuis le début du siècle que le titre de comes de Duras apparaît dans les documents.
- ↑ Jean Baerten, Het Graafschap Loon (11de - 14de eeuw), Assen, (lire en ligne), p. 35-37 : Het is duidelijk, dat er een verwantschap bestaat tussen beide vrouwen; de goederen waarover deze documenten handelen, zijn gelegen te Molembisoul onder Geldenaken, waar ook de graven van Duras nog rechten hadden." And in a footnote: "Juliana zelf wordt in een oorkonde van 1164 "Comitissa Clarimontis et Geldonie" genaamd.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean Baerten, « Les origines des comtes de Looz et la formation territoriale du comté », Revue belge de philologie et d'histoire, no 43, , p. 459-491 et 1217-1242 (lire en ligne)
- Jean Baerten, Het Graafschap Loon (11de - 14de eeuw), Assen, (lire en ligne)
- Boeren, De oorsprong van Limburg en Gelre en enkele naburige heerschappijen, (lire en ligne)
- Camille de Borman, Le livre des fiefs du comté de Looz sous Jean d'Arckel (lire en ligne)
- P. Gorissen, « Omtrent de wording van het graafschap Loon », Jaarboek van de Vereniging van Oudheidkundige en geschiedkundige kringen van België : 32e zitting Congres van Antwerpen 27-31 juillet 1947, 1950-1951
- Joannes Mantelius, Historiae Lossensis libri décem, Liège, (lire en ligne)
- R. Ulens, « Les origines et les limites primitives du comté de Duras », Bulletin de la Société Scientifique & littéraire du Limbourg, no 50, , p. 49–71
- Jan Vaes, De Graven van Loon. Loons, Luiks, Limburgs, Louvain,
- Matthias Joseph Wolters, Notice Historique sur l'Ancien Comté de Duras en Hesbaie, Gand, E. et F. Gyselynck, (lire en ligne)
- Thibaut Zeller, « La maison de Duras en Hesbaye : les pilliers de pouvoir d'une parentèle comtale (XIe -XIIe siècles) », Annuaire d'histoire liégeoise, no 37, 2007-2008, p. 33–57