Hortus deliciarum

œuvre chrétienne, illustrée sur parchemin et réalisée sous la direction de l'abbesse Herrade de Hohenbourg
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Le Jardin des délices

Hortus deliciarum
La Femme de l'Apocalypse, extrait du fac-similé colorisé et publié par Auguste de Bastard d'Estang en (fo 261 vo)[1]
(Bibliothèque nationale de France)
Artiste
Date
v.  -[3],[4]
(détruit le )[5]
Lieu de création
Commanditaire
Technique
manuscrit relié - peinture sur vélin[6]
Dimensions (H × L)
53 × 37[7] cm
Format
324 folios (342 folios à l'origine)[6]
Mouvement
Localisation
Bibliothèque municipale (en ), ancienne église des Dominicains, Strasbourg (Drapeau de la France France)

L'Hortus deliciarum (littéralement « le Jardin des délices » en latin) est un manuscrit médiéval, illustré sur parchemin et réalisé à la fin du XIIe siècle sous la direction de l'abbesse Herrade du monastère de Hohenbourg, situé sur le mont Sainte-Odile, alors en Basse-Alsace. Transféré dans plusieurs lieux de la plaine d'Alsace au cours de son histoire, il est détruit par un bombardement prussien lors du siège de Strasbourg, le .

Sa disparition contribue à la renommée de l'ouvrage, dont plusieurs calques, copies et reconstitutions permettent de connaître une grande partie du contenu. Florilège de textes théologiques et de poèmes en latin, recopiés ou composés par l'abbesse dans le cadre d'une compilation des savoirs de son temps, destiné à instruire les religieuses et les dames nobles présentes au couvent, il a été considéré par des érudits du XIXe siècle comme la première encyclopédie initiée et dirigée par une femme.

L'œuvre se caractérise notamment par des enluminures, qui témoignent des nombreux échanges intellectuels et artistiques dans le Saint-Empire au XIIe siècle. Elles offrent des représentations de la vie quotidienne et livrent de précieux renseignements sur l'agriculture, l'armement médiéval, la construction, la foi chrétienne, l'habillement, les arts de la table et l'éducation des femmes au Moyen Âge. Le style et l'éclat des couleurs des miniatures de l'Hortus semblent inspirés par l'enluminure romane de Souabe et de Bavière, par la culture de la Sicile normande et par l'art byzantin, dont les modèles circulaient dans l'Occident chrétien.

Depuis le XIXe siècle, plusieurs contributions individuelles et collectives de copistes, d'érudits et de chercheurs ont permis de reproduire partiellement l'œuvre, de la recomposer, de la numériser et de préserver son iconographie ainsi que ses connaissances, malgré la destruction de l'original.

Histoire du manuscrit

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Datation

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La réalisation de l'Hortus deliciarum, qui a impliqué une collecte de textes, leur transcription et l'exécution des enluminures, s'étend sur plusieurs années. Aucun repère chronologique explicite ne figure dans le prologue (en latin : incipit) rédigé par Herrade, ce qui empêche une datation précise. Conservé à l'abbaye de Hohenbourg au cours du Moyen Âge, le manuscrit est mentionné pour la première fois au début du XVIe siècle par l'humaniste Jérôme Gebwiler, qui n'indique pas sa date de conception[9].

Page manuscrite présentant des tableaux de signes et de notations musicales, accompagnés de textes en latin.
La première page de l'Hortus contient un calendrier des fêtes chrétiennes ainsi que l'incipit rédigé par Herrade (fo 1 vo)[10].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Après son transfert à Saverne puis à la chartreuse de Molsheim, un moine anonyme en réalise une copie en , dont le titre indique l'année comme date de composition du manuscrit original. Cette datation est reprise en par le prieur Dionysius Albrecht qui retrace l'histoire de l'abbaye de Hohenbourg. Au XIXe siècle, plusieurs érudits, dont Christian Maurice Engelhardt, Thomas Frognall Dibdin et Alexandre Le Noble, situent l'œuvre au XIIe siècle sans plus de précision[11].

Le manuscrit fournit lui-même quelques indices. L'année est mentionnée dans un des poèmes qu'il contient, mais cette indication relève probablement des règles de la poésie de l'époque et d'un procédé de versification. Elle apparaît également dans d'autres manuscrits, ce qui la rend peu fiable pour en déterminer la date de réalisation. En revanche, l'année est indiquée sur l'une des dernières pages de l'Hortus[9],[12].

Ces éléments suggèrent une élaboration progressive. Au XXe siècle, des spécialistes comme Gérard Cames et Joseph Walter proposent une réalisation comprise entre et [13],[14].

L'analyse des textes compilés dans le manuscrit permet de préciser cette chronologie. Les extraits de l'Historia scholastica de Pierre le Mangeur, achevée au plus tard en , ainsi que de poèmes de Gautier de Châtillon et d'autres auteurs, placent le début de la rédaction entre et . La présence d'une liste des papes, allant de Pierre à Clément III et remaniée au fil du temps, indique une composition probable entre et . La dernière charte connue d'Herrade datant de , son œuvre a sans doute été achevée de son vivant[3],[4].

Contexte de création

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Au cœur de l'Empire

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Page enluminée montrant une église en pierre au sommet d'une montagne et entouré par plusieurs personnages, dont le Christ, un homme couronné représentant le duc et des religieuses.
L'Hortus montre la fondation de l'abbaye de Hohenbourg par le duc Etichon-Adalric d'Alsace et sa fille Odile au VIIe siècle, ainsi que sa refondation par Relinde au XIIe siècle (fo 322 vo)[15].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

L'abbaye de Hohenbourg est fondée par le duc Etichon-Adalric d'Alsace à l'époque mérovingienne. Selon la tradition, sa fille Odile en est la première abbesse à la fin du VIIe siècle, ce qui contribue au rayonnement spirituel du lieu. Situé sur le mont Sainte-Odile, dans le duché d'Alsace, le monastère relève ensuite du duché de Souabe, intégré au Saint-Empire romain germanique à partir du Xe siècle. Les ducs de Souabe portent également le titre de duc d'Alsace[16],[14].

Placée plus tard sous la protection du pape, l'abbaye subit les conséquences de la querelle des Investitures, qui oppose la papauté et le pouvoir impérial entre et . Dans ce contexte, la maison de Hohenstaufen s'impose en Souabe : le duc Frédéric II le Borgne s'empare du monastère et s'en proclame avoué afin d'en capter une partie des revenus. Après des pillages, le site est déserté par les dernières religieuses bénédictines. L'abbaye n'est restaurée qu'au milieu du XIIe siècle, sous l'impulsion de Frédéric Barberousse, duc de Souabe et d'Alsace en , puis souverain du Saint-Empire en [17],[18],[19].

Photographie d'une falaise au milieu d'une forêt et au sommet de laquelle est construit un bâtiment de deux étages qui possède plusieurs fenêtres et un toit pointu avec plusieurs lucarnes.
L'Hortus deliciarum a été réalisé pour les chanoinesses de l'abbaye de Hohenbourg, située sur le mont Sainte-Odile.

Pour entreprendre cette restauration, il nomme Relinde à la tête du couvent à une date indéterminée, entre et . Avec l'appui de l'évêque de Strasbourg, la nouvelle abbesse restaure les bâtiments, récupère les biens aliénés et rétablit la discipline. Elle introduit la règle de saint Augustin, transformant la communauté en chapitre de chanoinesses[2],[20],[21].

Frédéric Barberousse suit de près l'évolution de Hohenbourg, qu'il visite notamment en et . Le monastère redevient alors un centre d'éducation pour les jeunes filles de la noblesse. Cette dynamique se poursuit avec l'abbesse suivante, Herrade, attestée à partir de [N 1]. Elle prolonge l'œuvre de Relinde et développe le rayonnement du monastère[23],[21],[24].

Les origines d'Herrade et les circonstances de son accession restent mal connues. Son prénom apparaît pour la première fois dans deux documents datés de . Elle est longtemps considérée comme issue de la famille de Landsberg, attribution reposant sur une erreur de Jacques Wimpfeling en , reprise plus tard par Jérôme Gebwiler, sans qu'aucune source de l'époque ne vienne l'étayer. La dénomination « Herrade de Landsberg » est abandonnée par les chercheurs au XXIe siècle, qui privilégient « Herrade de Hohenbourg »[2],[25],[26].

Celle-ci a probablement été formée par Relinde, qu'elle aurait assistée avant de lui succéder. L'historien de l'art Gérard Cames envisage que Relinde ait contribué à la conception de l'Hortus. L'œuvre aurait par ailleurs été présentée en à Frédéric Barberousse, selon l'historien Bernard Vogler[2],[27].

Renouveau spirituel et artistique

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Photographie d'un livre en parchemin, ouvert présentant un texte en latin et une enluminure représentant une figure sacrée entourée de deux personnages.
Le Codex Guta-Sintram, réalisé peu avant l'Hortus, illustre le dynamisme spirituel et créatif en Alsace au XIIe siècle[28].
(Bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg)

Le XIIe siècle est marqué par l'essor de l'enluminure dans les monastères. Dans la plaine d'Alsace, les chanoines de l'abbaye de Marbach et les chanoinesses du couvent de Schwartzenthann se dotent d'un scriptorium, comme en témoigne le Codex Guta-Sintram réalisé vers . Ce manuscrit s'inscrit dans le cadre de la réforme menée par les Augustins de Marbach, dont l'influence se diffuse à travers de nombreuses abbayes dans l'Empire[28],[29].

Photographie d'un bloc de pierre dans lequel est taillé un bas-relief représentant une femme tenant un enfant dans ses bras et aux pieds de laquelle se trouvent deux autres femmes offrant un livre.
Une stèle du XIIe siècle montre une Vierge à l'Enfant recevant, de la part de Relinde (à gauche) et d'Herrade (à droite), un livre qui symbolise peut-être l'Hortus[N 2],[2].
(Abbaye de Hohenbourg)

Dans ce réseau de monastères, l'abbaye de Hohenbourg occupe une place importante depuis sa refondation au milieu du XIIe siècle. Ses chanoinesses, issues de la noblesse, mènent une vie religieuse rythmée par la prière, la lecture, le chant et l'apprentissage du latin. Conçu comme un outil d'instruction et de formation spirituelle, l'Hortus leur est destiné[31],[32],[33].

Herrade prolonge la réforme engagée par Relinde et développe d'autres couvents à proximité de Hohenbourg. À partir de , elle fonde le prieuré de Saint-Gorgon et l'abbaye de Truttenhausen, confiés respectivement à des moines des abbayes d'Étival et de Marbach. Ces communautés d'hommes assurent l'exploitation des terres et la célébration des offices à Hohenbourg. Cette collaboration entre chanoinesses et chanoines garantit la continuité du culte sur le mont Sainte-Odile et favorise la diffusion des savoirs et des pratiques artistiques venus de Marbach[34],[35],[21].

Une stèle de grès datée de la seconde moitié du XIIe siècle constitue un autre témoignage du rayonnement de Hohenbourg sous Relinde et Herrade. Sculptée sur trois faces, elle représente sur un côté une Vierge à l'Enfant devant laquelle les deux abbesses, identifiées par des inscriptions, sont agenouillées en lui présentant un livre ouvert. L'interprétation de ce livre a suscité plusieurs hypothèses : il pourrait s'agir de la charte de refondation du monastère, placée sous la protection de Marie, ou de l'Hortus lui-même. Cette interprétation est souvent retenue, la stèle étant contemporaine d'Herrade et pouvant symboliser l'offrande de l'œuvre à la Vierge[36],[30].

Éducation des femmes

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Page enluminée présentant des rangées de religieuses alignées avec leurs noms inscrits, accompagnées d'un texte explicatif.
Herrade et les chanoinesses de la fin du XIIe siècle sont représentées sur la dernière page de l'Hortus (fo 323 ro)[37].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

L'Hortus s'inscrit dans un mouvement plus large de production et de transmission du savoir par des femmes, particulièrement dynamique dans la vallée du Rhin au XIIe siècle, comme en témoignent les œuvres d'Hildegarde de Bingen et d'Élisabeth de Schönau. D'autres figures féminines participent à l'élaboration d'œuvres savantes au Moyen Âge, parmi lesquelles Hrotsvita de Gandersheim, Héloïse, Hadewijch d'Anvers, Béatrice de Nazareth, Marguerite Porete, Angèle de Foligno, Gertrude de Helfta, Claire d'Assise et Catherine de Sienne[38].

L'ouvrage d'Herrade s'inscrit dans cette tradition intellectuelle féminine, dont il constitue l'un des exemples les plus ambitieux. Conçu pour l'instruction des chanoinesses de Hohenbourg, il offre un témoignage remarquable de l'éducation des femmes dans un cadre monastique[39],[40].

Page enluminée montrant une échelle symbolique reliant le ciel et la terre, avec des personnages montant et chutant, illustrant un parcours spirituel.
Destiné aux jeunes filles du monastère, l'Hortus contient une Échelle du Paradis (fo 215 vo)[41] et condamne les tentations qui peuvent faire chuter les croyants.
(Bibliothèque nationale et universitaire)

La dernière enluminure offre un aperçu de la communauté de Hohenbourg à la fin du XIIe siècle, qui comprend quarante-sept chanoinesses et treize converses, parmi lesquelles figurent sans doute des novices. Elles sont toutes nommées. Le monastère accueille également des femmes de la noblesse envoyées pour y recevoir une éducation avant leur mariage, ce qui confirme sa fonction de centre d'enseignement féminin dans l'Empire[42].

La renommée de l'abbaye dépasse ce cadre éducatif et spirituel. Elle est associée à l'exil de Sibylle d'Acerra, veuve du roi Tancrède de Sicile, que l'empereur Henri VI aurait envoyée en Alsace après la conquête de Palerme en . Selon une tradition relayée à partir du XIIIe siècle, l'ancienne reine aurait séjourné à Hohenbourg avec ses filles, sous surveillance, jusqu'à leur libération en . Cet épisode témoignerait de la confiance accordée au monastère par le pouvoir impérial à l'époque d'Herrade. La présence d'une figure nommée « Sibilia » parmi les chanoinesses représentées sur la dernière page de l'Hortus a été rapprochée de cette reine. Toutefois, les sources ne permettent pas d'en confirmer l'identification dans le manuscrit, ni un éventuel séjour au monastère[43],[44],[45].

Par l'articulation étroite des textes et des images, l'Hortus développe des conceptions religieuses, éthiques et morales fondées sur la complémentarité entre visuel et écrit. Conçu comme un florilège de sources variées, des Pères de l'Église aux théologiens du XIIe siècle, l'ouvrage vise à former spirituellement et intellectuellement un public féminin majoritairement issu de la noblesse. Ces jeunes femmes y trouvent des modèles de comportement incarnés par des figures exemplaires, mettant en avant des vertus telles que la charité et la chasteté, notamment illustrées dans la miniature de l'Échelle du Paradis. Dans son œuvre, Herrade présente le savoir comme une voie essentielle pour le salut des femmes[46],[47],[41].

Réalisation

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Choix du titre

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L'intitulé « Hortus deliciarum », attribué à Herrade, apparaît dès le prologue, sur le premier feuillet du manuscrit. L'ouvrage y est présenté comme un recueil de textes destiné à l'instruction des chanoinesses de Hohenbourg et des autres femmes présentes au couvent :

« Commencement du Jardin des délices dans lequel est rassemblé un florilège de textes qui charmeront agréablement nos escadrons de jeunes filles[48]. »

Le terme « florilège » renvoie à une pratique savante fondée sur la compilation d'extraits choisis, mais aussi, par son étymologie, à l'image de fleurs cueillies. Dans un passage rapporté par Alexandre Straub et Gustave Keller, Herrade développe cette métaphore pour expliciter sa démarche et le titre de son œuvre :

« Ce livre intitulé Jardin des délices, je l'ai composé, moi, petite abeille, sous l'inspiration de Dieu, du suc de diverses fleurs de l'Écriture sainte et des ouvrages philosophiques, et je l'ai construit par amour pour vous, en quelque sorte comme un rayon de miel pour l'honneur et la gloire de Jésus-Christ et de l'Église. C'est pourquoi je vous engage à rechercher souvent dans ce livre le doux fruit qu'il renferme, et à réconforter par ces gouttes de miel votre esprit fatigué afin que, nourries de douceurs spirituelles, vous puissiez parcourir sans danger les choses passagères de ce monde, et que moi-même, ayant à traverser les voies dangereuses de cette mer agitée, je sois par vos puissantes prières préservée de toute affection terrestre et entraînée avec vous vers le ciel, dans l'amour du Christ, votre bien-aimé[49]. »

Page enluminée sur laquelle se trouve un diagramme circulaire organisé en cercles concentriques, avec figures allégoriques et personnages assis autour, représentant chacun une discipline scientifique médiévale.
L'Hortus contient une représentation allégorique de la philosophie médiévale et des arts libéraux (fo 32 ro)[50].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Le titre souligne ainsi la nature de l'ouvrage, composé d'extraits empruntés à divers auteurs, dans une démarche comparable à celle d'autres compilations comme le Liber floridus. L'image du jardin et du butinage, répandue dans la culture médiévale, exprime à la fois la diversité des savoirs réunis et la méthode de composition adoptée par Herrade[51],[52].

Le terme « jardin » renvoie à un riche ensemble de références bibliques et symboliques. Il évoque d'abord le jardin d'Éden, décrit dans la Genèse et dont le nom signifie « délice » en hébreu. Il fait également écho au « jardin clos » (en latin : hortus conclusus), mentionné dans le Cantique des cantiques, symbole de l'union spirituelle entre le Christ et l'Église, modèle de pureté et de virginité. Le manuscrit apparaît ainsi comme un espace de formation spirituelle. Cette symbolique s'étend enfin au cadre monastique, conçu comme un lieu propice à la prière, à l'apprentissage et à la contemplation, à l'image du paradis perdu auquel aspirent les chrétiens. Une allusion au jardin médicinal, présent dans de nombreux monastères est également possible[53],[14],[54].

Le titre met ainsi en lumière la méthode de composition adoptée par Herrade, fondée sur la compilation des savoirs de son temps. Souvent qualifié d'encyclopédie par les érudits du XIXe siècle en raison de la richesse de son contenu, l'Hortus vise avant tout à transmettre une compréhension du monde ordonnée par la foi. Les références à la mythologie grecque, aux arts libéraux ou à la nature y sont intégrées dans une perspective chrétienne. Par cette synthèse, Herrade propose aux chanoinesses un parcours intellectuel et spirituel orienté vers le salut, dans lequel l'ensemble des connaissances est subordonné à la théologie, selon les conceptions de l'époque[50].

Conception

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La réalisation de l'Hortus est généralement attribuée à Herrade, bien que Relinde ait pu en initier le projet lors de la réforme du monastère. Qu'elle ait été encore simple chanoinesse ou déjà abbesse au début de la rédaction, Herrade apparaît comme la coordinatrice de cette œuvre collective, dont elle n'est pas l'unique auteure. Plusieurs poèmes comportent, sous forme d'acrostiches, le nom de trois autres contributeurs : Hugues le prêtre (Hugo Sacerdos), Conrad de Hohenbourg (Hohenburgensis Conradus) et Gottschalk (Godescallcus)[55],[48],[56].

Page enluminée divisée en deux registres montrant le Christ et les apôtres autour d'une grande table, puis une scène centrale avec le Christ entouré d'anges et de groupes de personnages.
L'Hortus représente plusieurs épisodes du Nouveau Testament dont le dernier repas du Christ et l'Ascension (fo 167 ro)[57].
(Bibliothèque nationale de France)

L'ampleur du projet suppose l'accès à une documentation abondante, difficile à réunir dans un couvent récemment reconstruit. Herrade bénéficie probablement de l'appui d'autres monastères, notamment les abbayes de Marbach et d'Étival, liées à Hohenbourg par les chanoines de Truttenhausen et de Saint-Gorgon. Ceux-ci ont pu fournir des modèles, des ouvrages et, peut-être, une partie de la main-d'œuvre. La richesse de la bibliothèque de Marbach constitue vraisemblablement une source majeure. Cette collaboration s'inscrit dans le cadre plus large de la réforme des Augustins, dont l'influence intellectuelle et spirituelle se retrouve au cœur de l'Hortus[58],[59],[60].

Le manuscrit s'organise en grandes sections consacrées à l'Ancien et au Nouveau Testament, à l'Église et à l'Apocalypse. Il rassemble 1 165 extraits en latin, dont une cinquantaine seulement provient de la Bible, le reste étant tiré d'œuvres de divers théologiens. Dans un souci pédagogique, Herrade insère entre les lignes ou en marge des gloses en moyen haut allemand, langue parlée dans la région du Rhin supérieur au Moyen Âge : environ 1 250 mots éclairent ainsi plusieurs passages, en privilégiant une lecture morale et théologique destinée à guider les chanoinesses dans leur formation spirituelle[48],[12],[61].

Les enluminures sont sans doute réalisées par un atelier extérieur, probablement à Strasbourg ou dans un autre centre artistique d'importance. L'Hortus comptait plusieurs centaines de feuillets et un vaste ensemble de miniatures. Bien que l'original ait disparu, les copies partielles réalisées au XIXe siècle permettent d'en restituer l'organisation et confirment l'importance de l'œuvre dans l'iconographie du XIIe siècle[62],[63].

Inspirations

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Carte de l'Europe médiévale indiquant les royaumes et empires vers 1190.
Lors de la réalisation de l'Hortus à la fin du XIIe siècle, des liens culturels et politiques existent entre le Saint-Empire, le royaume de Sicile et l'Empire byzantin[64].

L'Hortus est le fruit d'un vaste travail de compilation, qui témoigne de l'étendue des lectures d'Herrade et de la circulation des manuscrits en Alsace au Moyen Âge. L'abbesse puise d'abord dans les écrits des Pères de l'Église de la fin de l'Antiquité, notamment Augustin d'Hippone, Grégoire le Grand, Jean Chrysostome et Jérôme de Stridon. Des textes d'Eusèbe de Césarée figurent également parmi les sources antiques utilisées[65],[66].

Elle s'appuie aussi sur des auteurs et des théologiens de son temps, tels que Bernard de Clairvaux, Fréculf de Lisieux, Honoré d'Autun, Yves de Chartres, Rupert de Deutz, Pierre Lombard, Pierre le Mangeur, Geoffroi du Loroux et Guillaume de Saint-Thierry. D'autres extraits proviennent de poèmes d'Hildebert de Lavardin et de Gautier de Châtillon. Les gloses en moyen haut allemand reprennent celles du Summarium Heinrici, ouvrage du XIIe siècle inspiré des Étymologies d'Isidore de Séville. La diversité des sources suggère le recours à des aides extérieures, notamment les chanoines de Marbach et d'Étival, dont les bibliothèques et les conseils ont probablement contribué à l'élaboration du manuscrit[67],[68].

L'inspiration ne se limite pas aux textes et concerne aussi l'iconographie. Les miniatures témoignent de la diversité des influences qui nourrissent l'ouvrage. Plusieurs thèmes, comme des épisodes de la Bible ou des motifs allégoriques, révèlent des apports venus de la région du Rhin supérieur, de Souabe et de Bavière, notamment de Fribourg-en-Brisgau, Ratisbonne et Salzbourg. Ces représentations s'appuient sur des modèles diffusés dans le Saint-Empire. Les deux créatures dessinées dans l'Hortus pour symboliser la déchéance de l'homme en offrent un exemple : ces chimères apparaissent à l'identique dans d'autres manuscrits réalisés à la même époque[72],[73],[74].

Des similitudes existent également avec des mosaïques réalisées dans le royaume de Sicile au XIIe siècle, notamment pour la chapelle palatine de Palerme, la cathédrale de Cefalù et la cathédrale de Monreale. Ces parallèles ont conduit à envisager une influence sicilienne, en particulier après la conquête du royaume par Henri VI du Saint-Empire. Ces échanges ont pu favoriser la circulation de modèles entre la Méditerranée et la vallée du Rhin. La présence possible de la reine Sibylle de Sicile à l'abbaye de Hohenbourg a également été avancée pour expliquer ces apports culturels[77],[78],[79].

Décor intérieur d'église couvert de mosaïques représentant des scènes religieuses et des figures de saints autour d'arcades.
Une influence sicilienne expliquerait les similitudes entre les miniatures de l'Hortus et les mosaïques de la chapelle palatine de Palerme construite entre et [74].

Ces influences méditerranéennes apparaissent également dans les contacts entre le Saint-Empire et l'Empire byzantin. Après la conquête de la Sicile, Henri VI retient également prisonnière la princesse Irène Ange, fille de l'empereur Isaac II Ange, avant de la fiancer à Philippe de Souabe, qu'elle épouse en . Ces relations dynastiques favorisent la diffusion de modèles venus de l'Orient chrétien, dont la circulation est facilitée par les croisades et les pèlerinages du XIIe siècle. Les miniatures de l'Hortus présentent ainsi des affinités avec l'art byzantin, perceptibles dans le traitement des figures, des couleurs et des compositions, comme en témoigne une mosaïque byzantine du IXe siècle dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople[34],[74],[83].

Aucune source ne mentionne explicitement l'existence de recueils de modèles utilisés à Hohenbourg. Les ressemblances entre certaines compositions et des motifs observés dans le bassin méditerranéen ne sont pas de simples coïncidences. Elles suggèrent la diffusion de modèles communs dans l'Occident chrétien. Cette influence byzantine se retrouve notamment dans un carnet de dessins conservé à la bibliothèque de Wolfenbüttel, probablement utilisé pour les miniatures des Évangiles de Goslar, très proches de celles de l'Hortus. D'autres feuillets de modèles datant du XIIe siècle, conservés au musée des Augustins de Fribourg-en-Brisgau, présentent des similitudes avec l'œuvre d'Herrade[77],[78],[84].

Conservation

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Préservation

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La première mention connue de l'Hortus remonte au début du XVIe siècle, sous la plume de l'humaniste Jérôme Gebwiler, écolâtre de la cathédrale de Strasbourg et historiographe de la maison de Habsbourg. Dans un ouvrage publié en [N 3], il affirme avoir vu le manuscrit à l'abbaye de Hohenbourg, où il était encore conservé[9],[86].

« Il y avait aussi naguère au monastère de Hohenbourg des dames non seulement religieuses et pieuses, mais aussi très instruites dans les lettres latines. Car moi-même j'ai vu là un beau grand livre en latin appelé Ortulus deliciarum, c'est-à-dire, en allemand « le petit jardin des plaisirs ». Ce livre, une abbesse de ce monastère, née de Landsberg, appelée Herrade, y a compilé [...] des textes tirés de la Bible, de l'Ancien comme du Nouveau Testament, pour le bien des religieuses[85]. »

Page imprimée sur parchemin présentant un long texte.
L'Hortus est mentionné pour la première fois dans une œuvre de Jérôme Gebwiler en , à la seizième ligne de cette page.
(Bayerische Staatsbibliothek)

La forme Ortulus deliciarum constitue toutefois une altération du titre original, le terme latin « ortulus » signifiant « petit jardin ». Cette erreur est corrigée par les érudits des siècles suivants, qui consultent l'Hortus et le décrivent sans erreur[85].

Au cours du XVIe siècle, la diffusion du protestantisme en Alsace bouleverse l'équilibre du monastère. La Réforme protestante, qui rejette la vie monastique et l'autorité du pape, entre en conflit avec la vie religieuse de l'abbaye. De nombreuses chanoinesses de Hohenbourg appartiennent à des familles nobles qui, pour la plupart, adoptent la nouvelle foi. Certaines quittent alors le couvent pour ne pas rompre avec leur entourage, ce qui contribue à un affaiblissement rapide de la communauté religieuse, désormais insuffisante pour assurer le fonctionnement de l'abbaye[87].

La situation se dégrade davantage. Dans un contexte de troubles, les monastères liés à l'abbaye de Hohenbourg, comme Saint-Gorgon et Truttenhausen, sont pillés ou brûlés. Le , un incendie détruit une grande partie du couvent principal, rendant toute reconstruction impossible. L'abbesse Agnès d'Oberkirch décide alors de dissoudre la communauté et de remettre les biens du monastère, dont l'Hortus, à l'évêque de Strasbourg, Érasme de Limbourg. Les dernières chanoinesses se dispersent et, dès l'année suivante, l'abbaye est rattachée à la mense épiscopale de Strasbourg. Cette décision est confirmée par le cardinal Francesco Sfondrati en , marquant la fin de la communauté fondée par Relinde quatre siècles auparavant[87],[88],[89].

Transmission

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Bâtiment ancien en pierre accolé à une église, avec tour et fortifications entourées de végétation.
En , l'évêque de Strasbourg acquiert l'Hortus qui est conservé au château d'Oberhof, la résidence épiscopale à Saverne.

Après l'incendie de , qui épargne les ouvrages de l'abbaye de Hohenbourg, l'Hortus est confié à l'évêque de Strasbourg, qui le transfère au château d'Oberhof, sa résidence de Saverne et siège de la principauté épiscopale de Strasbourg. La présence du manuscrit y est attestée à la fin du XVIe siècle, notamment par le curé d'Ottrott et de Saint-Nabor, Jean Schuttenheimer, qui réédite en l'ouvrage de Jérôme Gebwiler. Il est le premier à mentionner les nombreuses illustrations de l'œuvre d'Herrade. Vers , Jean Buys, prêtre jésuite originaire des Provinces-Unies, consulte également le manuscrit et en fait transcrire des fragments pour son édition des œuvres de Pierre de Blois[9],[6],[90].

Non reliées à l'origine, les pages de l'Hortus sont pourvues, à une date indéterminée, d'une reliure en peau de porc, fixée entre deux planches de bois, et placées dans un écrin de velours rouge. Ces ajouts, probablement réalisés au cours du Moyen Âge ou de la Renaissance, sont décrits par Jean Schuttenheimer lors de son passage à Saverne[52],[91].

Grand bâtiment ancien avec un toit pointu, de grandes fenêtres et des volets alignés.
Au XVIIe siècle, le manuscrit est confié aux moines de la chartreuse de Molsheim, dans le cadre de la Contre-Réforme.

Le manuscrit est ensuite confié aux moines de la chartreuse de Molsheim. Les raisons précises de ce transfert ne sont pas connues. Il intervient vraisemblablement au début du XVIIe siècle, à la suite de l'installation des Chartreux de Strasbourg à Molsheim, ville restée catholique après la Réforme protestante. La présence de l'Hortus est attestée dès dans les Annales de la Chartreuse, selon l'historienne Agnès Guglielmi[92],[93].

Conservé à la bibliothèque de la chartreuse de Molsheim, le manuscrit fait l'objet d'une copie réalisée entre et par un moine anonyme. Celui-ci se présente comme un « humble frère de la famille des Chartreux » (en latin : infimum Cartusianae familiale fratrem). Selon Louis Schlaefli, cette formule rappelle celle employée dans un manuscrit du XVIIe siècle, conservé à la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg et attribué à un moine nommé Petrus Horst, qui se désigne également comme « humble » (infimus). Cette concordance permet de l'identifier comme l'auteur de la copie de l'Hortus[94],[95].

Confiscation

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Voir l’image vierge
Conservé à Hohenbourg, puis transféré à Saverne et Molsheim, l'Hortus est envoyé à Strasbourg, chef-lieu du département du Bas-Rhin, lors de la Révolution française.

La Révolution française marque une nouvelle étape dans l'histoire du manuscrit. Le décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation du permet à l'État de confisquer toutes les possessions de l'Église catholique dans le royaume de France. Les propriétés foncières, le mobilier et les bibliothèques des monastères, des paroisses et des évêchés deviennent alors des biens nationaux. La chartreuse de Molsheim est dissoute le et la communauté religieuse se disperse. L'Hortus est remis au commissaire des guerres Widenlöcher par le dernier prieur, Jean-Baptiste Beck, puis transféré avec d'autres ouvrages au dépôt central du district de Strasbourg, nouvelle subdivision administrative dont dépend Molsheim[96],[97],[98].

Peu après son arrivée à Strasbourg, l'Hortus fait l'objet d'un litige de propriété. Le 24 vendémiaire an III (), le baron Charles de Landsberg déclare que le manuscrit lui appartient et provient des archives de son château de Niedernai. Cette affirmation est infondée, mais l'abbesse Herrade est encore considérée comme issue de la famille de Landsberg à cette époque. Se présentant comme son héritier, le baron obtient une restitution provisoire après avoir prêté serment devant les autorités du district le 9 brumaire an III (). Le manuscrit est remis à son intermédiaire, François-Louis Rumpler, ancien chanoine de l'église Saint-Pierre-le-Jeune, qui en prend possession en son nom[99],[97],[100].

Cette décision est rapidement contestée par l'administration révolutionnaire, qui s'appuie sur le témoignage du commissaire Widenlöcher. Celui-ci rappelle que l'ouvrage provient de la chartreuse de Molsheim et constitue donc un bien national. Après plusieurs interventions, les autorités du district souhaitent le récupérer et ordonnent sa restitution. Rumpler s'y oppose d'abord, retardant son retour, avant d'être menacé de poursuites judiciaires le 25 pluviôse an III (). L'Hortus est finalement restitué le 1er ventôse an III () et réintégré au dépôt central du district, après avoir été conservé trois mois et annoté par son détenteur[101],[97].

Photographie ancienne montrant l'extérieur d'une église avec des contrefort et des grands vitraux au milieu d'une ville et d'habitations plus petites.
À partir de , l'Hortus est conservé à la bibliothèque municipale, dans l'ancienne église des Dominicains de Strasbourg.
(Musée historique de Strasbourg)

Une enquête est ouverte le 27 ventôse an III () en raison des inscriptions ajoutées sur le manuscrit par François-Louis Rumpler pour exprimer sa satisfaction de le posséder, ainsi que ses idées contre-révolutionnaires. Deux professeurs de l'université de Strasbourg, Jean Laurent Blessig et Jérémie-Jacques Oberlin, sont chargés d'examiner l'ouvrage. Leur rapport, daté du 3 floréal an III (), constitue la première description détaillée de l'Hortus : ils soulignent la richesse du contenu, mentionnent plusieurs auteurs cités et recensent les nombreuses pages enluminées. Malgré les légères dégradations constatées, aucune poursuite n'est engagée contre Rumpler, son intervention étant interprétée comme un acte de vanité plutôt que comme une dégradation volontaire[102],[7].

Après cette affaire, le lieu de conservation de l'Hortus n'est pas connu avec certitude. Il se trouve probablement au dépôt de l'école centrale du département du Bas-Rhin, où sont rassemblés 80 000 ouvrages issus des confiscations, dont 1 200 manuscrits et 2 000 incunables. Le 7 fructidor an XI (), ces documents sont déposés dans le chœur gothique de l'ancienne église des Dominicains de Strasbourg, à l'arrière du Temple Neuf. Ce lieu abrite déjà la bibliothèque de l'université créée au XVIe siècle, ainsi que la collection léguée au XVIIIe siècle par l'érudit Jean-Daniel Schoepflin[103],[104].

Les ouvrages confisqués comme biens nationaux constituent le fonds de la bibliothèque municipale créée par arrêté du 5 brumaire an XII (). L'Hortus devient alors accessible aux érudits et aux visiteurs, qui peuvent en demander la consultation. Présenté comme une pièce remarquable du patrimoine local, il attire l'attention des milieux savants, mais reste peu connu du grand public au début du XIXe siècle[105],[99].

Redécouverte

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Premier cercle d'érudits

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Dessin d'une longue salle de bibliothèque avec étagères remplies de livres et colonnes alignées, décorées de vases et de globes terrestres.
L'Hortus était probablement conservé dans le cabinet des manuscrits, situé derrière les portes au fond de la grande salle de la bibliothèque municipale[106].
(Médiathèque André-Malraux)

Après son transfert à la bibliothèque municipale de Strasbourg, l'Hortus connaît un changement décisif. Longtemps conservé dans des monastères, il devient accessible à un public élargi de savants, mais aussi d'amateurs d'histoire et d'art. Les bibliothécaires chargés de sa conservation, nommés par la municipalité, sont tous professeurs à l'université de Strasbourg : Jérémie-Jacques Oberlin, le physicien Jean-Louis-Alexandre Herrenschneider, l'helléniste Jean Schweighaeuser, puis son fils, l'archéologue Jean Geoffroy Schweighaeuser. L'ouvrage suscite la curiosité des visiteurs et acquiert une certaine notoriété, au point que l'Académie des inscriptions et belles-lettres envisage d'en réaliser une copie. Ce projet n'aboutit toutefois pas[107],[108].

Page enluminée présentant plusieurs scènes narratives avec des groupes de personnages dont les vêtements sont finement détaillés.
Le costume au XIIe siècle apparaît à travers les vêtements des personnages, notamment dans les scènes de l'Antéchrist (fo 241 vo et fo 242 ro)[109].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Parmi ces nouveaux admirateurs figure Christian Maurice Engelhardt, chef de la police urbaine de Strasbourg et gendre de Jean Schweighaeuser. Passionné par l'histoire et l'art du Moyen Âge, il étudie attentivement le manuscrit et entreprend d'en reproduire les miniatures à la bibliothèque. Il réalise entre et une première série de calques, parfois rehaussés à l'aquarelle, qui servent de base à la publication d'un ouvrage consacré à l'œuvre d'Herrade et comprenant des planches en couleurs. Le volume est édité en par Johann Friedrich Cotta à Stuttgart et dédié au roi Maximilien Ier de Bavière[110],[7].

Engelhardt s'intéresse particulièrement aux enluminures, qu'il considère comme une source précieuse pour la connaissance du XIIe siècle, notamment en matière d'habillement, d'architecture et de modes de vie. Son ouvrage constitue la première monographie consacrée à l'Hortus et contribue à le faire connaître davantage[111].

Il poursuit ce travail en réalisant une seconde série de calques en . Bien que leur qualité graphique reste inégale, ces reproductions présentent un intérêt majeur, certaines miniatures n'étant connues que par cette édition. Le dessin, parfois imprécis, témoigne néanmoins des premières tentatives de reproduction d'un manuscrit médiéval, alors que la photographie n'existe pas encore. Ces copies sont ensuite reprises et diffusées par d'autres érudits et graveurs, contribuant à la transmission de l'iconographie de l'Hortus[112],[110].

De Paris à Berlin

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Au début du XIXe siècle, l'Hortus suscite un intérêt croissant dans les milieux savants. En , Alexandre Le Noble, ancien élève de l'École royale des chartes, présente un mémoire consacré au manuscrit au concours des Antiquités nationales à Paris. Récompensée par le jury composé notamment de Ferdinand Piper, Louis Spach et Charles Cahier, son étude est publiée dans la revue Bibliothèque de l'École des chartes en . Il décrit l'ouvrage comme une « espèce d'encyclopédie » qui offre un aperçu des connaissances du XIIe siècle. Il insiste sur la diversité des savoirs et atténue la dimension religieuse de l'œuvre[113],[114],[115].

Le manuscrit attire ensuite l'attention de l'historien Achille Jubinal, chargé par le ministère de l'Instruction publique d'inspecter les collections de Strasbourg. Lors de sa visite en , il signale l'Hortus parmi les ouvrages les plus remarquables, contribuant à en accroître la notoriété[116].

Page enluminée montrant une figure divine avec une auréole et entourée d'anges, dont l'un occupe une place centrale.
Auguste de Bastard d'Estang reproduit plusieurs miniatures, notamment la création des anges et la gloire de Lucifer avant de devenir un ange déchu (fo 3 ro)[1].
(Bibliothèque nationale de France)

Les observations de Jubinal attirent l'attention du comte Auguste de Bastard d'Estang, engagé dans un vaste projet de reproduction en fac-similé de diverses enluminures médiévales depuis . Il obtient, à ce titre, la permission d'emporter l'Hortus à Paris en . Dans l'atelier qu'il a installé dans son hôtel particulier, entre la rue Saint-Dominique et le boulevard Saint-Germain, il réunit artistes et graveurs pour en réaliser des copies. Convaincu de l'intérêt de l'œuvre d'Herrade, il en organise l'étude et la reproduction dès pour l'intégrer à son projet intitulé Peintures et ornements des manuscrits classés dans un ordre chronologique pour servir à l'histoire des arts et du dessin, depuis le IVe siècle de l'ère chrétienne jusqu'au XVIe siècle. La démarche s'inscrit dans la politique de valorisation et de conservation du patrimoine culturel encouragée par le roi Louis-Philippe Ier, qui accorde d'importantes subventions à ce type d'initiatives[117],[118],[119].

Une trentaine d'artistes participent à ces travaux, produisant plus de 150 dessins sur papier calque destinés à être reproduits en fac-similés. Contrairement aux gravures en taille-douce d'Engelhardt, Bastard privilégie la lithographie, plus fidèle au tracé original. Les planches sont ensuite rehaussées à la main, parfois avec de l'or ou de l'argent, bien que certaines copies apparaissent plus régulières que les enluminures médiévales[120],[121],[122].

Parallèlement, un important travail documentaire est mené. Bastard et ses collaborateurs, dont Wilhelm Stengel, réalisent des relevés détaillés et des copies de textes, permettant une connaissance précise du manuscrit. Gardé plusieurs années à Paris, l'Hortus est encore absent de Strasbourg en , lorsque Jean-Baptiste-François Pitra ne peut consulter que la copie réalisée par les Chartreux, elle aussi conservée à la bibliothèque municipale[73],[123].

Page enluminée montrant une femme et un animal fantastique à plusieurs cornes renversés dans les flammes, entourés par deux anges et un groupe de personnages humains.
L'atelier du comte de Bastard a également reproduit la chute de la Prostituée de Babylone figurant dans l'Hortus (fo 258 vo)[1].
(Bibliothèque nationale de France)

La publication du projet est interrompue par la révolution française de 1848, qui provoque des troubles à Paris et la destruction de l'atelier de Bastard d'Estang dans un incendie. Une grande partie des travaux disparaît, mais l'Hortus, renvoyé à Strasbourg à la demande du bibliothécaire André Jung, échappe à la destruction. Les calques, les dessins et les notes de Bastard qui ont été épargnés sont réunis et déposés à la Bibliothèque nationale de France, où ils constituent une source essentielle pour l'étude de l'ouvrage. Malgré l'échec partiel du projet, plusieurs fac-similés sont plus tard publiés, dont dix-sept planches coloriées dans l'exemplaire destiné au fils du comte[124].

Peu après son retour à Strasbourg en , l'Hortus est prêté pendant trois mois à l'université Humboldt de Berlin à la demande du baron Heinrich Alexander von Arnim, ambassadeur de Prusse en France. Ce séjour permet la réalisation de copies pour le cabinet des estampes de Berlin (Kupferstichkabinett Berlin). Toutes ces reproductions sont toutefois détruites durant la Seconde Guerre mondiale[125],[126].

Le passage de l'Hortus à Berlin favorise la diffusion de son iconographie hors de France. Le baron Adolf Tilesius von Tilenau, conseiller d'État installé à Saint-Pétersbourg, réalise des copies de quelques miniatures dans un ouvrage consacré à l'armement médiéval et destiné au tsar Nicolas Ier de Russie. Intitulée Die Bewaffnung der Ritterzeit durch mittelalterliche Kunstdenkmäler dargestellt, cette œuvre est publiée en . Exécutées en couleurs, ces illustrations représentent des scènes de combat, de sièges et de guerriers du XIIe siècle. Elles seraient aujourd'hui conservées au musée de l'Ermitage ou à la Bibliothèque nationale de Russie[127],[128].

Retour à Strasbourg

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Feuille de calque représentant un diagramme circulaire avec une figure centrale entourée de personnages disposés en médaillons, reliés par des bandes de texte
De nombreux admirateurs de l'Hortus au XIXe siècle, comme Alexandre Straub, ont réalisé des calques de ses miniatures.
(Bibliothèque du Grand Séminaire)

Vers , l'Hortus revient à Strasbourg. Une nouvelle génération de passionnés se forme autour du manuscrit, parmi lesquels les chanoines Alexandre Joseph Straub et Gustave Keller, férus d'histoire et attachés au patrimoine alsacien. Tous deux réalisent des calques des miniatures, prolongeant les travaux de leurs prédécesseurs[121].

À la même époque, l'œuvre d'Herrade attire l'attention d'Eugène Viollet-le-Duc, alors architecte diocésain. Lors de ses visites à Strasbourg en et , il rencontre Gustave Klotz, architecte de l'Œuvre Notre-Dame, et lui commande des calques du manuscrit. Ces reproductions sont destinées à illustrer son Dictionnaire raisonné du mobilier français de l'époque carolingienne à la Renaissance, publié à partir de , où plusieurs images inspirées de l'Hortus sont intégrées. Les dessins y sont parfois repris tels quels, mais aussi adaptés dans un style plus réaliste, avec l'ajout d'une perspective absente de l'original, afin de représenter les meubles du XIIe siècle[129],[130],[131].

Les miniatures de l'Hortus servent également de modèles pour la restauration de la cathédrale de Strasbourg, supervisée par Klotz, qui constitue une importante collection de calques. Les manuscrits médiévaux conservés à la bibliothèque municipale fournissent une source d'inspiration privilégiée pour ce chantier. Le maître-verrier Baptiste Petit-Gérard est le premier à exploiter ces modèles pour la restauration des vitraux, bientôt suivi par les dessinateurs de son atelier, dont Ferdinand Hugelin, auteur d'une série d'environ vingt-cinq calques, et Louis Charles Steinheil pour les vitraux du chœur et du transept. Conservés dans les archives de l'Œuvre Notre-Dame, ces documents témoignent du rôle du manuscrit dans la redécouverte de l'esthétique médiévale au XIXe siècle[132],[133],[134].

Page enluminée représentant des scènes de l'enfer avec personnages tourmentés par des démons parmi les flammes, dont des hommes casqués et d'autres avec des chapeaux pointus.
L'Hortus montre une vision de l'Enfer (fo 255 ro)[1] où les Juifs et les pécheurs sont torturés par des démons selon les croyances et l'antijudaïsme du Moyen Âge.
(Bibliothèque nationale de France)

Certains calques réalisés directement sur le manuscrit par Ferdinand Hugelin sont acquis par des collectionneurs comme le baron Eugène Le Bel, juge d'instruction à Strasbourg, puis conservés à la bibliothèque du Grand Séminaire de Strasbourg. D'autres érudits s'y intéressent, comme l'archiviste Louis Schneegans, qui en copie plusieurs miniatures et met en évidence leurs liens avec les vitraux de la cathédrale de Strasbourg. Des artistes tels qu'Alfred Touchemolin diffusent ces images en les reproduisant à partir de gravures antérieures, contribuant à faire connaître l'iconographie de l'Hortus au milieu du XIXe siècle[135],[136],[137].

Alors que l'Hortus continue de servir de modèle aux artistes et aux érudits, la propriété de la bibliothèque est débattue entre la municipalité et le Séminaire protestant de Strasbourg. Cette controverse conduit à une séparation matérielle des collections, administrées par deux bibliothécaires distincts, dans le même bâtiment. Frédéric Reussner est chargé des fonds du Séminaire, tandis qu'Auguste Saum gère les collections issues des confiscations révolutionnaires et léguées par Jean-Daniel Schoepflin[138].

Dans le même temps, l'état du manuscrit suscite des inquiétudes : plusieurs feuillets ont disparu, réduisant son volume de 324 à 306 pages. La miniature de l'Enfer est toutefois retrouvée chez un antiquaire allemand par André Jung, qui la rachète et la réintègre au manuscrit. En , la bibliothèque est épargnée par l'incendie du Gymnase protestant, attenant à l'ancienne église des Dominicains où elle est installée. Cette préservation ne laisse toutefois pas présager ce qui attend les collections quelques années plus tard[123],[139].

Destruction

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Peinture représentant des pompiers en uniformes d'autrefois tirant une charette avec des tuyaux d'eau devant une ancienne église en flamme vue de l'extérieur et sur laquelle est marqué le mot "bibliothèque".
L'Hortus est détruit lors du bombardement de la bibliothèque par l'artillerie prussienne dans la nuit du , représentée par l'artiste Émile Schweitzer.
(Archives de Strasbourg)

Malgré ses nombreux transferts, l'Hortus est conservé sans dommages majeurs jusqu'au milieu du XIXe siècle, hormis la disparition de quelques feuillets. Les érudits qui l'étudient le pensent à l'abri dans la bibliothèque municipale de Strasbourg. Cette situation bascule avec le déclenchement de la guerre franco-allemande de 1870, conflit auquel la ville n'est pas préparée[121].

Le , la France déclare la guerre au royaume de Prusse, soutenu par plusieurs États allemands, dont le grand-duché de Bade et le royaume de Wurtemberg. La défense de Strasbourg est confiée au général Jean-Jacques Uhrich. Dès le , la ville est encerclée par 60 000 soldats badois et wurtembergeois commandés par le général prussien August von Werder : le siège commence[140],[141].

Une offre de capitulation est proposée aux défenseurs, qui la rejettent. Les troupes allemandes coalisées bombardent systématiquement la ville à partir du , afin de percer l'enceinte de Strasbourg et de briser le moral des habitants. Malgré les avertissements du général von Werder invitant à mettre les collections à l'abri, aucune mesure de protection n'est prise[142],[143].

Au début du siège, la copie de l'Hortus réalisée par les Chartreux au XVIIe siècle est en possession de l'historien et théologien Charles Schmidt, qui la rapporte à la bibliothèque par précaution, avant d'en exprimer le regret :

« Quand les premiers obus furent tombés sur la ville, je me hâtai de rendre le livre à la bibliothèque, croyant que là il serait plus en sécurité que dans une maison particulière ; si je l'avais gardé chez moi, il existerait encore[143]. »

Dans la nuit du , les bombardements s'intensifient et ravagent le centre-ville. Le Gymnase protestant est atteint en premier. L'incendie se propage aux bâtiments voisins, notamment à l'ancienne église des Dominicains, qui abrite l'église du Temple Neuf, la bibliothèque municipale et celle du Séminaire protestant. Leurs collections sont anéanties, parmi lesquelles l'Hortus deliciarum, qui est réduit en cendres[144],[145]. Le témoignage de Rodolphe Reuss, professeur au Gymnase, décrit l'ampleur du désastre :

« Dès que la nuit fut tombée, cette nuit inoubliable du 24 au 25 août, l'anniversaire néfaste de la Saint-Barthélemy, le terrible vacarme recommença [...]. Car les incendies flambaient partout, et le ciel en était rougi dans toutes les directions. Je n'oublierai jamais les impressions lugubres du lendemain matin. […] Au détour d'une rue, nous nous trouvâmes en présence des ruines énormes et fumantes du Temple Neuf. Là gisaient, ensevelies sous les voûtes calcinées qui s'étaient écroulées sous l'action du feu, plus de 400 000 volumes et des milliers de manuscrits, richesses scientifiques accumulées pendant plus de trois siècles pour être détruites en une seule nuit[146]. »

Peinture représentant des soldats utilisant des canons depuis une tranchée, tirant en direction d'une ville en flammes à l'horizon, avec explosions et fumées s'élevant dans le ciel.
Lors du siège de Strasbourg, près de 200 000 obus ont été tirés sur la ville depuis plusieurs batteries d'artillerie comme celle-ci, représentée par Émile Schweitzer.
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Aucune trace du manuscrit ni de sa copie n'est retrouvée après le sinistre. Rien n'indique un sauvetage partiel ni un déplacement préalable. Dans une lettre adressée au maire de Strasbourg, le bibliothécaire Auguste Saum affirme n'avoir pu préserver aucun document[147].

La destruction s'explique par le chaos du siège, l'absence de mesures de protection et le manque de temps pour évacuer les collections. Il n'est toutefois pas possible d'en déterminer avec certitude les causes précises : l'incendie de la bibliothèque a pu résulter d'un bombardement volontaire destiné à terroriser la population, d'une imprécision de l'artillerie ou encore d'une erreur de l'état-major allemand, qui aurait confondu le bâtiment avec l'hôtel de ville de Strasbourg[148].

La reddition de la ville intervient le , après quarante-six jours de siège. Le bilan est considérable, tant sur le plan humain que matériel, avec des milliers de victimes et de sinistrés. La guerre se poursuit jusqu'en , suivie du traité de Francfort, qui entraîne le rattachement de l'Alsace-Lorraine à l'Empire allemand. La disparition de l'Hortus s'inscrit dans le contexte des bouleversements majeurs qui marquent l'histoire de l'Alsace[149].

Reproductions et recherches

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Projet initial de reconstitution

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Photographie ancienne de l'intérieur d'un chœur d'une église en ruines et calcinée
La bibliothèque de Strasbourg est entièrement en ruines après les bombardements de .
(Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg)

À la suite du siège de , Strasbourg est en grande partie dévastée. Le monde savant est profondément marqué par l'ampleur des destructions du patrimoine culturel : des milliers d'œuvres d'art, d'artefacts archéologiques et d'ouvrages précieux ont disparu dans les musées et les bibliothèques ravagés par les incendies[150].

Le , la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace lance l'idée de reconstituer l'Hortus deliciarum à partir des différentes copies réalisées au cours du XIXe siècle. L'initiative est proposée par l'architecte Gustave Klotz qui, en tant que trésorier de l'association, décide d'y consacrer l'ensemble de ses ressources financières, soit 12 000 francs[151].

À partir de , les chanoines Alexandre Joseph Straub et Gustave Keller, également membres de la Société, entreprennent de rassembler les reproductions afin de préserver ce qui peut encore l'être du manuscrit disparu, notamment les vingt-trois calques réalisés par Straub quelques années auparavant. Ce premier projet de reconstitution, mené pendant plus de vingt-cinq ans, permet de sauvegarder une part importante de l'iconographie, malgré la disparition des couleurs d'origine et d'une grande partie des textes[152],[153].

Page enluminée représentant une figure féminine couronnée et ailée entourée d'un ange, de personnages humains et d'animaux fantastiques symboliques disposés autour d'elle.
La Femme de l'Apocalypse (fo 261 vo)[1] est la seule miniature reproduite en couleurs en dans l'édition d'Alexandre Joseph Straub et Gustave Keller.
(Getty Research Institute)

Charles Schmidt contribue lui aussi à la sauvegarde du contenu de l'œuvre disparue en remettant à la nouvelle bibliothèque municipale, créée après la guerre, une importante documentation personnelle. Celle-ci comprend plusieurs lithographies, calques réalisés par Engelhardt et reproductions issues des travaux de Bastard d'Estang[125].

Cette première reconstitution de l'Hortus est progressivement publiée par la Société entre et . Alexandre Straub, secrétaire général de l'évêché de Strasbourg et passionné d'archéologie, participe activement à la collecte et à l'étude des calques conservés après . Gustave Keller, reconnu pour ses talents de miniaturiste, contribue à l'achèvement du projet et poursuit seul les travaux après la mort de Straub en [73],[154],[155].

La publication paraît sous la forme de fascicules en grand format, dans des dimensions proches de celles du manuscrit original, soit 52 sur 38 cm. Au fil des années, Keller complète la documentation grâce à de nouvelles copies provenant notamment des collections de Ferdinand Piper à Berlin et du peintre Eugène Grasset à Paris[156].

L'ensemble est finalement réuni en dans une édition comprenant 112 planches en noir et blanc accompagnées de notices explicatives. Une seule planche est publiée en couleurs, celle représentant La Femme de l'Apocalypse. Ainsi, sur les 336 miniatures du manuscrit original, 263 sont reproduites en photogravure, afin de donner une idée des enluminures du XIIe siècle. Malgré l'ampleur du projet, Keller ne parvient ni à publier ses essais de mise en couleurs ni à retranscrire l'intégralité des textes du manuscrit avant sa mort en [157],[158].

Nouvelle édition en couleurs

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Page de titre d'un ouvrage intitulé Hortus deliciarum recueil de cinquante planches, et sur lequel figure les noms d'Herrade de Landsberg et Joseph Walter
La reconstitution de l'Hortus par Joseph Walter est publiée juste après sa mort en .

Au début du XXe siècle, les recherches consacrées à l'Hortus connaissent un nouvel essor grâce aux travaux du chanoine Joseph Walter. Entré au Grand Séminaire de Strasbourg en , alors que Gustave Keller en est le supérieur, Walter est chargé de la bibliothèque durant sa formation à la prêtrise. Il y découvre probablement à cette époque les calques et les travaux liés au manuscrit disparu. Nommé bibliothécaire-archiviste à la Bibliothèque humaniste de Sélestat en , il entreprend une nouvelle tentative de reconstitution, avec l'ambition de compléter l'œuvre laissée inachevée par Straub et Keller. S'appuyant notamment sur les travaux de Bastard d'Estang conservé à la Bibliothèque nationale de France, il retranscrit les fragments de texte sur des feuilles au format du manuscrit original et cherche à restituer les passages identifiables[151],[159],[160].

Page enluminée montrant plusieurs personnages avec des auréoles, dont un est plongé dans un fleuve et entouré par trois anges et un homme barbu.
La miniature du baptême du Christ (fo 100 ro)[161] est mise en couleurs pour la première fois dans l'édition de Walter.

La reconstitution des textes de l'Hortus se révèle toutefois bien plus difficile que celle des miniatures. À cette époque, personne ne s'est véritablement consacré à cette tâche complexe. Vers , Joseph Walter entreprend un important travail d'identification et de restitution des passages conservés dans différentes copies. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à mener à bien l'ensemble du projet. Walter réussit néanmoins à reconstituer environ 30 000 lignes de l'œuvre originale, qui ne constituent pas l'intégralité du texte et qu'il ne publie pas. Si ce travail sur l'écrit demeure inédit et reste conservé à la Bibliothèque humaniste, les miniatures font l'objet d'une nouvelle édition coloriée en . Joseph Walter meurt toutefois avant l'aboutissement de cette publication[162],[163].

Après la mort de Joseph Walter le , son ami et mécène Étienne Fels prend en charge les derniers aspects financiers et techniques de l'édition afin d'en assurer l'achèvement. Publié à la fin de l'année , le volume comprend un texte d'introduction, la description des images et 50 planches reproduisant les miniatures. Parmi elles, 22 sont imprimées en couleurs et certaines sont rehaussées de dorures. L'édition s'appuie sur les lithographies du comte de Bastard, les gravures d'Engelhardt ainsi que sur les planches peintes à la gouache par Keller. Cette nouvelle publication marque une étape importante dans la redécouverte de l'œuvre de Herrade. Les miniatures retrouvent une partie de leur richesse visuelle grâce à la couleur. L'ouvrage contribue ainsi à renouveler l'intérêt pour l'Hortus, mais aussi pour l'art, la culture et la société du XIIe siècle[164],[165].

Reconstitution scientifique

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Une nouvelle étape dans la reconstitution de l'œuvre d'Herrade débute en à l'Institut Warburg de Londres, sous l'impulsion de Rosalie B. Green, historienne de l'art rattachée à l'Index of Christian Art de l'université de Princeton, et de Michael Evans, spécialiste de l'iconographie médiévale. Leur objectif est de restituer aussi fidèlement que possible l'organisation du manuscrit original. Rosalie Green réunit une équipe de chercheurs pour mener à bien ce projet : Michael Curschmann étudie les gloses en moyen haut allemand, Kenneth Levy les annotations musicales et Julian Brown, professeur au King's College de Londres, la graphie des textes copiés sur les reproductions[166].

L'analyse profite également des travaux de Christine Bischoff, archiviste paléographe alsacienne qui consacre en sa thèse de l'École nationale des chartes aux textes de l'Hortus. Originaire de Guebwiller, elle poursuit les recherches entamées par Joseph Walter, puis parvient à identifier et à reconstituer une grande partie des poésies et des extraits compilés par Herrade. Elle se joint à l'équipe de l'Institut Warburg[167],[168].

Pour les miniatures, Rosalie Green privilégie les copies réalisées avant la destruction de l'original plutôt que les versions retouchées des éditions postérieures. Avec l'aide de Robert Will, directeur du service d'architecture de la Ville de Strasbourg et spécialiste de l'art roman en Alsace, elle rassemble les nombreux calques et reproductions qui permettent de restituer conjointement les textes et les images dans une disposition proche de celle du manuscrit disparu[169].

L'équipe dispose également d'un document du XIIe siècle issu du même atelier que l'Hortus : le flabellum de Hohenbourg, conservé à Londres. Identifiée par Rosalie Green comme un éventail liturgique utilisé à l'abbaye de Hohenbourg, cette bande de parchemin présente de fortes ressemblances stylistiques avec les miniatures du manuscrit. L'excellent état de conservation de ses couleurs et de ses dorures donne une idée de l'aspect des enluminures produites dans la région à la fin du XIIe siècle[170].

Les deux faces du flabellum de Hohenbourg permettent d'avoir une idée précise des couleurs et des dorures utilisées à la fin du XIIe siècle dans l'atelier qui a produit l'Hortus. (British Library)

L'étude dirigée par Rosalie Green est publiée en sous la forme de deux volumes intitulés Commentary et Reconstruction. Le premier rassemble les études scientifiques, tandis que le second propose une recomposition feuillet par feuillet du manuscrit, accompagnée d'une table détaillée des miniatures et des textes conservés ou disparus. Grâce aux copies, calques et relevés réalisés avant , l'équipe parvient à restituer 187 scènes complètes sur les 346 recensées dans l'ouvrage original. Quelques-unes ne sont reconstituées que partiellement, et 91 scènes, soit 26 % de l'ensemble, sont définitivement perdues, ainsi qu'un tiers des textes. La publication de Green marque l'aboutissement d'un siècle de recherches[7],[162].

Édition complémentaire

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Page enluminée montrant un personnage rejeté par une grande baleine près des murailles et des portes d'une ville.
La miniature montrant Jonas et la baleine à Ninive (fo 64 ro)[171] fait partie de l'édition en couleurs.

Dans le prolongement des précédentes tentatives de restitution, le chanoine Auguste Christen, recteur du sanctuaire du mont Sainte-Odile, entreprend à son tour une nouvelle édition de l'Hortus. Son projet débute au cours de l'été , lorsqu'il rencontre une artiste peintre et professeure d'arts plastiques à Colmar, Claude Tisserant-Maurer, à qui il confie la reconstitution en couleurs des copies de miniatures demeurées en noir et blanc. Auguste Christen ne connaît pas encore les travaux scientifiques dirigés par Rosalie B. Green.[172].

Page enluminée montrant un homme guidant un groupe de personnages et ouvrant un passage dans l'eau avec un bâton.
Le passage de la mer Rouge par Moïse (fo 40 ro)[173] figure parmi les reproductions coloriées.

Contrairement aux éditions antérieures, la démarche entreprise ne vise pas seulement à reproduire les copies, mais aussi à redessiner les images afin de leur donner une unité stylistique. La première publication date de , suivie d'une deuxième en . Accompagnée d'un commentaire explicatif, l'édition complète paraît en sous le titre Hortus deliciarum, édition Tisserant-Christen[174].

Malgré l'investissement important de ces deux auteurs, cette édition est parfois considérée davantage comme une interprétation artistique que comme une stricte reconstitution du manuscrit, certaines couleurs et l'organisation des planches ne correspondant pas toujours aux copies ou aux découvertes scientifiques[175].

Travaux académiques

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Après la destruction du manuscrit original, l'histoire de l'Hortus s'est donc poursuivie à travers les tentatives de reconstitution à partir des copies et des calques réalisés avant . Ces documents sont aujourd'hui conservés dans plusieurs institutions à Strasbourg, parmi lesquelles la Bibliothèque nationale et universitaire, la Bibliothèque du Grand Séminaire, la médiathèque André-Malraux et le musée de l'Œuvre Notre-Dame, ainsi qu'à la Bibliothèque nationale de France à Paris. Les copies publiées par Christian Maurice Engelhardt et Auguste de Bastard d'Estang ont fait l'objet de campagnes de numérisation au début du XXIe siècle afin d'en faciliter l'étude et la diffusion[68].

Au-delà de sa reconstitution matérielle, l'Hortus constitue un sujet de recherche scientifique. Son iconographie, ses textes, son histoire, sa dimension religieuse et sa portée culturelle donnent lieu à plusieurs travaux. Après avoir participé à l'édition dirigée par Rosalie B. Green, Robert Will consacre plusieurs articles aux miniatures entre et . En , l'historienne Fiona J. Griffiths, professeure à l'université Stanford, publie une étude consacrée aux chanoinesses de l'abbaye de Hohenbourg et à l'œuvre d'Herrade. Les miniatures font également l'objet d'un mémoire de master soutenu à l'université de Strasbourg par Agnès Guglielmi en , témoignant de l'intérêt académique suscité par le manuscrit disparu[176],[177].

Dans un ouvrage collectif consacré à la poésie dans les manuscrits du Moyen Âge et publié en , Francesco Stella, professeur de littérature médiévale à l'université de Sienne, étudie les interactions entre les textes et les miniatures de l'Hortus, montrant que leur articulation participe pleinement à l'éducation des chanoinesses voulue par Herrade[178].

Dans la même publication, deux chercheuses formées à l'université de Strasbourg consacrent également leurs travaux à l'iconographie du manuscrit. Béatrice Louys étudie plusieurs représentations théologiques sous l'angle de leur symbolique, tandis qu'Ilaria Ponti Grimm analyse la miniature de l'Arbre de Jessé, consacrée à la généalogie de Jésus et qui comporte des particularités uniquement présentes dans l'Hortus[179],[180].

Enfin, les textes de l'ouvrage sont également étudiés. Roberto Angelini, membre d'une société savante à Florence, réexamine les vingt-six poèmes latins qui ont été recopiés avant la destruction du manuscrit. Cette étude met en évidence leur élaboration et leur style. L'origine de ces textes sélectionnés par Herrade serait incertaine bien qu'ils aient été longtemps attribués à des poètes français de la vallée de la Loire du XIIe siècle. Ces travaux illustrent la diversité des recherches consacrées à l'Hortus dans les domaines de l'histoire de l'art, de la littérature médiévale et des sciences des religions[181].

Composition

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Description matérielle

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Page enluminée divisée en plusieurs scènes montrant des personnages rassemblés autour d'une grande croix, puis un crucifiement entouré de figures humaines, d'animaux et d'inscriptions en latin.
Les miniatures, comme celle de la Crucifixion (fo 150 ro)[182], sont accompagnées d'extraits de la Bible et d'autres œuvres.
(Bibliothèque nationale de France)

La description matérielle la plus ancienne et la plus précise de l'Hortus est rédigée le par Jérémie-Jacques Oberlin et Jean Laurent Blessig, alors que le manuscrit est conservé à la bibliothèque municipale de Strasbourg, installée dans l'ancienne église des Dominicains. À l'origine, l'ouvrage compte 342 feuillets en vélin épais, blanc mais rugueux. Parmi eux, 255 mesurent environ 50 à 53 cm sur 36 à 37 cm, tandis que les 69 autres sont des demi-pages ou des quarts de page[7],[6].

L'Hortus présente une riche ornementation, avec 346 scènes illustrées réparties dans l'ensemble du manuscrit, pour la plupart peintes en couleurs et parfois rehaussées à la feuille d'or. L'iconographie comprend de grandes miniatures, des scènes narratives, des diagrammes, des figures allégoriques, des calendriers et des compositions généalogiques. Étroitement liées aux textes, ces images participent pleinement à la transmission d'un enseignement religieux et moral aux chanoinesses de l'abbaye de Hohenbourg[6],[183].

Le texte est réparti sur deux colonnes d'environ cinquante lignes chacune et rédigé en textura, c'est-à-dire en écriture gothique primitive. Le procédé de la rubrication est appliqué aux titres et à certaines initiales afin de former des rubriques à l'encre rouge facilitant la lecture et le repérage dans le manuscrit. D'après les estimations réalisées à partir des copies conservées, le nombre de lignes de texte s'élève à environ 45 000[53],[184].

Les miniatures sont accompagnées de légendes explicatives, qui contribuent à éclairer le sens des scènes représentées et les idées développées dans l'ouvrage. Malgré la richesse de son iconographie, le manuscrit comporte peu d'éléments décoratifs en dehors des miniatures elles-mêmes : les lettrines enluminées et les frises ornementales en sont absentes[185],[184].

Le manuscrit est relié et placé dans un étui au cours du XVIe siècle. Christian Maurice Engelhardt décrit ainsi l'état matériel de l'ouvrage au début du XIXe siècle :

« Que le codex était initialement sans reliure est montré par la saleté sur la face extérieure du premier et du dernier feuillet, qui, puisqu'ils devaient servir de couverture, ne portent d'écriture que sur la face interne, d'où vient que le titre d'origine se trouve au verso du premier feuillet. Plus tard on a ajouté une reliure d'épais ais de bois recouverts de fine peau de truie avec des figures réalisées en gaufrage, et, encore plus tard, une couverture en velours rouge, qui laisse apercevoir la précédente par ses trous ; en outre, la tranche a été recouverte de couleur jaune, et dorée par-dessus ; en reconnaît encore les traces des fermoirs[186]. »

Organisation du manuscrit

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Page enluminée en deux registres montrant le Christ face à deux personnages tenant des astres, puis le Christ entouré d'animaux terrestres et aquatiques.
La création des astres et celle des animaux (fo 8 vo)[187] figurent sur l'un des premiers feuillets.
(Bibliothèque nationale de France)

Une note inscrite en chiffres romains au début et à la fin du manuscrit original indique que l'Hortus comprend 342 feuillets. Probablement ajoutée au XIVe siècle, cette mention laisse penser que le volume a d'abord été conservé sous forme de liasses avant d'être relié[186].

L'ouvrage suit une structure précise. Les deux premiers tiers sont consacrés à l'histoire biblique. Le manuscrit débute par la Création, avec les anges et la chute de Lucifer, puis évoque les grands épisodes de l'Ancien Testament considérés comme annonçant la venue du Christ. Les feuillets suivants sont consacrés à la vie du Christ, depuis la Nativité jusqu'à l'Ascension, ainsi qu'aux débuts du christianisme à l'époque des apôtres[53].

Le dernier tiers aborde des thèmes allégoriques et moraux liés à l'Église, à l'Apocalypse et au droit canonique. L'organisation de l'Hortus suit ainsi le déroulement de l'histoire du salut dans la tradition chrétienne. Le manuscrit s'achève par une liste des papes, des calendriers liturgiques, puis par des miniatures représentant la fondation de l'abbaye de Hohenbourg et la communauté des chanoinesses au temps d'Herrade, accompagnées de plusieurs poèmes en l'honneur du monastère. Aucun explicit, c'est-à-dire aucune formule finale marquant officiellement la fin de l'ouvrage, n'a été relevé[188],[189].

Par son organisation générale, l'ouvrage se rapproche des grands traités théologiques du XIIe siècle[67],[190].

Thèmes et motifs du Moyen Âge

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Page enluminée montrant des évêques, des musiciens, des hommes manipulant des figurines articuliées de chevaliers, des personnages levant les bras et deux figures allongées sur des lits.
La vie quotidienne du XIIe siècle est illustrée à travers deux joueurs de marionnettes (fo 15 vo)[191] et le roi Salomon dans son lit (fo 204 vo)[192].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

L'Hortus est avant tout une œuvre religieuse destinée à l'enseignement des chanoinesses de Hohenbourg. Herrade ne cherche ni à rassembler toutes les connaissances de son temps ni à composer une encyclopédie, mais à transmettre une vision chrétienne du monde fondée sur l'interprétation symbolique des textes sacrés[193].

Toutefois, le manuscrit fournit de nombreuses informations sur la société du XIIe siècle. Les scènes bibliques sont représentées avec des objets, des vêtements et des habitudes de l'époque d'Herrade. Les miniatures permettent ainsi d'observer la vie quotidienne, les pratiques religieuses et les autres occupations. La représentation du dernier repas du Christ constitue par exemple un témoignage précieux sur la cuisine médiévale[194].

Certaines miniatures reflètent les préoccupations morales du Moyen Âge. L'une d'elles montre le roi Salomon observant deux jeunes gens jouant avec des figurines articulées de chevaliers. Cette scène sert à condamner le jeu et les duels[195].

Page enluminée composée de scènes de combat entre chevaliers, siège d'une ville fortifiée et décapitation d'un personnage agenouillé.
Le combat de Josué contre les Amalécites (fo 40 ro)[191] et le siège de Dan par Abraham (fo 34 ro)[196] montrent l'armement médiéval du XIIe siècle.
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Parmi les thèmes les plus présents figure le combat entre les vertus et les vices, inspiré de la Psychomachie du poète latin Prudence. Très populaire au XIIe siècle, ce motif représente les qualités chrétiennes affrontant les péchés en véritables batailles. Il ne s'agit plus seulement d'un duel entre figures symboliques, mais d'affrontements collectifs où les vertus, moins nombreuses, triomphent finalement des vices[197].

Ces scènes constituent également une source précieuse sur les armures du XIIe siècle. Elles montrent des guerriers en cotte de mailles, coiffés de heaumes à nasal et armés de longues épées et de lances. Les détails des boucliers, des chevaux et de leur harnachement témoignent du soin apporté par les enlumineurs à la représentation des armes et des techniques de guerre[198].

Les miniatures offrent ainsi un vaste aperçu de la société du XIIe siècle. Princes, chevaliers, paysans, bergers, artisans, mendiants ou malades y sont représentés. Les images montrent aussi bien les habits et le mobilier que certains aliments, comme le bretzel, déjà identifiable dans le manuscrit[199].

Page enluminée composée de scènes de banquet, de personnages assis ou debout, de musiciennes et de plusieurs souverains tenant des objets ou des instruments.
La musique médiévale et les arts de la table sont représentés à travers le festin d'Esther (fo 60 vo)[10] et le psaltérion tenu par le roi David (fo 59 ro)[200].
(Bibliothèque nationale et universitaire)

Les enlumineurs accordent une attention particulière aux vêtements. Les personnages bibliques les plus importants, comme le Christ, les anges ou les apôtres, conservent une apparence inspirée de l'Antiquité, souvent représentés pieds nus et vêtus de longues tuniques. Les autres figures portent en revanche les vêtements, coiffes et accessoires du XIIe siècle. Le manuscrit montre ainsi une grande variété de costumes civils, religieux et militaires. Certains personnages sont identifiables par des attributs récurrents : les Juifs portent par exemple un chapeau pointu et une bourse, conséquence de l'antijudaïsme chrétien au Moyen Âge. L'Hortus constitue ainsi un témoignage précieux sur les codes visuels et l'apparence de la société médiévale[185],[201].

L'ouvrage est également une source importante pour la connaissance des techniques et des modes de vie. Les enluminures représentent des sièges de châteaux, des moulins, des bateaux, des travaux agricoles et des outils. Les images permettent ainsi d'observer la manière dont les hommes et les femmes du XIIe siècle travaillaient, mangeaient, s'habillaient ou habitaient[202],[65],[68].

Plusieurs miniatures illustrent avec précision les travaux des champs et les progrès techniques du XIIe siècle. Une scène de labour montre une charrue à roues munie d'un soc métallique et d'un versoir, tirée par deux bœufs avec un joug et adaptée aux sols lourds de la plaine d'Alsace. D'autres images représentent un semeur portant son grain dans les plis de sa cape, un moissonneur coupant les épis à la faucille, ou encore le fonctionnement d'un moulin à eau. Cette dernière représentation, particulièrement détaillée, est parfois considérée comme l'un des premiers dessins techniques d'un système d'engrenages actionnant les meules. Le manuscrit montre aussi un pressoir à vin où le Christ foule le raisin dans une représentation symbolique inspirée de la viticulture médiévale. Par la précision de ces détails, l'Hortus constitue un témoignage du travail quotidien dans les campagnes du XIIe siècle[203],[204].

Iconographie

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La représentation artistique occupe une place essentielle dans l'organisation et la compréhension de l'Hortus, qui compte 336 miniatures réparties sur 156 feuillets et près de 7 000 personnages. Parmi les scènes connues et décrites, 86 n'ont jamais été copiées avant la destruction de l'œuvre, tandis que plusieurs feuillets illustrés avaient déjà été découpés avant la Révolution française, ne laissant subsister que des fragments cousus à la reliure. Comme dans de nombreux manuscrits médiévaux, aucune inscription ne permet d'identifier les enlumineurs ni d'affirmer que les miniatures aient été exécutées directement par Herrade[205],[206].

Page enluminée représentant un grand bâtiment avec de nombreux personnages à l'intérieur autour d'une figure centrale sur un trône.
L'Église est représentée comme une reine qui rassemble tous les chrétiens dans un seul édifice défendu par les anges contre les démons (fo 225 vo)[1].
(Bibliothèque nationale de France)

Les compositions sont très variées. Certaines miniatures représentent des personnages isolés ou de petites scènes, tandis que d'autres occupent plusieurs pages sous la forme de vastes ensembles narratifs, comme le Jugement dernier ou le combat des vertus et des vices. Des influences de l'art byzantin, de Sicile, de Souabe et de Bavière sont perceptibles dans les attitudes des personnages, les compositions et certains motifs décoratifs. L'ensemble suit un programme cohérent destiné à accompagner l'enseignement religieux dispensé à l'abbaye de Hohenbourg[53].

Les miniatures de l'Hortus se distinguent par leurs couleurs vives. Les artistes ont principalement utilisé du rouge, du bleu outremer et du vert clair, complétés par du violet, du jaune, de l'or et parfois de l'argent. Selon Auguste de Bastard d'Estang, les peintures auraient été exécutées par trois artistes distincts, en raison des différences stylistiques observées dans le dessin[73].

La technique employée repose sur une esquisse préparatoire tracée à la plume puis mise en couleur à la gouache sur le parchemin laissé apparent pour servir de fond. Les traits sont repris en noir ou en bistre afin de renforcer les contours, les ombres et les effets de lumière. L'or est réservé aux nimbes entourant les têtes des figures divines, des anges et des saints. Les barbes et les cheveux de la plupart des personnages sont souvent blonds ou châtain clair, tandis que les visages sont parfois rehaussés de rose aux joues. En revanche, les démons sont entièrement peints en noir bleuâtre ou en gris ardoise[207].

Comme dans beaucoup d'œuvres du Moyen Âge, les bâtiments apparaissent simplifiés et les personnages présentent des visages arrondis et de grands yeux ouverts. Ces caractéristiques correspondent aux conventions de l'art médiéval du XIIe siècle[201].

Postérité

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Héritage médiéval

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Des similitudes existent entre l'Hortus et les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, en particulier les deux roses du bras sud du transept, réalisées vers . Par leur composition et leur iconographie, elles rappellent deux miniatures du manuscrit élaboré quelques décennies plus tôt, à la fin du XIIe siècle, au début du chantier de cette partie de la cathédrale gothique[208],[209].

La rose occidentale, consacrée à l'Ancien Testament, montre en son centre une figure à deux têtes, associant Moïse et Jésus Christ, entourée de médaillons qui représentent des hommes portant des offrandes. La rose orientale, dédiée au Nouveau Testament, présente le Christ, seul cette fois-ci, couronné et coiffé d'une mitre, tenant un calice au milieu de figures féminines qui symbolisent les vertus chrétiennes sous les traits de moniales. Dans l'Hortus, les mêmes éléments apparaissent sur les deux miniatures correspondantes, également de forme circulaire. Malgré les nombreux points communs, il ne s'agit toutefois pas de copies directes, les images ayant été réalisées selon des techniques et des usages différents, sur verre et sur parchemin[211].

Photographie d'une colonne composée de statues d'anges dans une cathédrale
Plusieurs spécialistes ont supposé que les miniatures de l'Hortus ont inspiré les statues du pilier des Anges de la cathédrale de Strasbourg au XIIIe siècle.

Ces similitudes pourraient s'expliquer par des échanges entre l'abbaye de Hohenbourg et les milieux artistiques de la région. Les chanoinesses ont peut-être fait appel à des artistes extérieurs pour participer à l'illustration du manuscrit, suggérant l'existence d'une formation et d'une culture commune entre les enlumineurs de l'Hortus et les vitraillistes actifs sur le chantier de la cathédrale de Strasbourg[212].

Dès le XIXe siècle, les restaurateurs de la cathédrale avaient remarqué les ressemblances entre les miniatures de l'Hortus et les roses du transept sud. La question d'un atelier commun est alors soulevée. En , Joseph Walter avance l'hypothèse de la présence d'artistes liés à l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Ces rapprochements pourraient aussi s'expliquer par la circulation de modèles graphiques, comparables à ceux du carnet de croquis de Villard de Honnecourt[213].

Les liens entre le manuscrit et les sculptures de la cathédrale sont en revanche moins nombreux. Joseph Walter souligne néanmoins des points communs avec le pilier des Anges, également situé dans le transept sud. Dans sa thèse publiée en , l'historien de l'art Adolf Weis estime que les sculpteurs du XIIIe siècle ne connaissaient pas directement l'Hortus, mais plutôt un recueil de modèles apparenté au manuscrit. Il relève notamment des similitudes dans les attitudes des personnages, les torsions des corps et les représentations d'anges sur le pilier[208],[214].

D'autres spécialistes se sont emparés de la question. Jean Wirth a également proposé de rapprocher le pilier des Anges de la miniature de l'Hortus consacrée au Jugement dernier, dans l'hypothèse d'une inspiration régionale commune. Les historiens de l'art Otto Homburger et Jean-Philippe Meyer partagent le même avis. Willibald Sauerländer rejette toutefois cette idée, mais confirme une correspondance avec les roses du transept sud[215],[216].

Recherche de fragments perdus

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Le nombre de feuillets de l'Hortus a progressivement diminué au fil des siècles : une note du XIVe siècle en comptait 342, contre 330 en , puis 324 quelques années plus tard. Ces disparitions ont conduit à s'interroger sur l'existence de fragments conservés hors du manuscrit original[186].

Au début du XIXe siècle, le professeur Jean Geoffroy Schweighaeuser découvre sur un marché aux puces de Strasbourg une bande de parchemin enluminée dont le style rappelle fortement les miniatures de l'œuvre d'Herrade. Il achète ce document et le transmet à son beau-frère, Christian Maurice Engelhardt, auteur de la première publication consacrée à l'Hortus en [217],[218].

Le parcours de la bande de parchemin demeure ensuite mal connu jusqu'à sa réapparition à la fin du XIXe siècle. Des copies en sont envoyées à Strasbourg par le peintre Eugène Grasset en , puis reproduites dans la reconstitution de l'Hortus réalisée par Alexandre Straub et Gustave Keller. En , le document est acquis par le British Museum de Londres, ce qui fait naître la rumeur de la découverte de fragments originaux du manuscrit disparu. Joseph Walter démontre toutefois qu'il n'a jamais appartenu à l'œuvre d'Herrade, même s'il provient probablement du même atelier. Sa fonction exacte reste longtemps discutée, avant que l'hypothèse d'un flabellum, c'est-à-dire un éventail liturgique, ne s'impose[217].

En , Rosalie Green lui donne le nom de flabellum de Hohenbourg en raison de ses ressemblances stylistiques avec les miniatures de l'atelier de Herrade. Conservé à la British Library, il demeure considéré comme le témoin le plus proche de l'aspect original des peintures de l'Hortus, dont au moins plusieurs feuillets manquent lors de la destruction du manuscrit en [94],[219].

Influence artistique et littéraire

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Photographie d'un bas relief mural représentant un portrait de femme de profil.
Le portrait d'Herrade apparaît sur une façade de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg réalisée en .

Après la destruction des bibliothèques du Séminaire protestant et de la ville en , les autorités allemandes en Alsace-Lorraine fondent la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg afin de remplacer les collections disparues. Édifiée dans le quartier de la Neustadt, elle possède une façade monumentale ornée de médaillons représentant des portraits de savants, d'auteurs et d'artistes qui ont marqué l'histoire de l'Europe. Réalisé en par le sculpteur Johann Baptist Riegger, ce décor met aussi à l'honneur plusieurs personnalités alsaciennes et lorraines, parmi lesquelles Jean Sturm, Augustin Calmet, Martin Schongauer, Jean Geiler de Kaysersberg et Martin Bucer. Herrade y apparaît comme la seule femme représentée. Son portrait renvoie explicitement à l'Hortus disparu et établit un lien symbolique entre l'ancienne et la nouvelle bibliothèque[220],[221].

Photographie d'une peinture murale représentant une femme assise à un pupitre et dessinant sur un parchemin avec une plume d'oie près d'une cheminée et d'un chat.
Joseph Sattler représente Herrade à son écritoire sur une peinture murale à Boersch, reprise dans une revue artistique en .
(Bibliothèque nationale et universitaire)

À la même époque, un renouveau artistique se développe dans la région autour de la redécouverte du patrimoine local. Il émerge vers dans le hameau de Saint-Léonard, près de Bœrsch, où Anselme Laugel aménage sa demeure familiale et Charles Spindler installe son atelier. Avec Joseph Sattler et d'autres artistes, ils y fondent le cercle de Saint-Léonard, dont les créations sont diffusées dans la revue Elsässer Bilderbogen – Images alsaciennes[222],[223].

Photographie d'une peinture murale représentant une femme assise à un pupitre et dessinant sur un parchemin avec une plume d'oie.
Charles Spindler réalise aussi un portrait d'Herrade au château de la Léonardsau en .

La figure d'Herrade devient alors une source d'inspiration. En , Sattler réalise dans la maison de Laugel une peinture murale représentant l'abbesse composant l'Hortus. Spindler reprend ce thème en pour décorer un des salons du château de la Léonardsau, construit pour le baron Albert de Dietrich à Obernai. Son œuvre, peinte au-dessus d'une cheminée, montre également Herrade à son pupitre, dans un décor inspiré du Moyen Âge et marqué par une évocation discrète du pilier des Anges à l'arrière-plan[222],[223].

La fin de l'administration allemande en et le rattachement de l'Alsace-Lorraine à la France n'interrompent pas cette dynamique. L'influence artistique de l'Hortus gagne alors l'abbaye de Hohenbourg elle-même. À la demande de l'évêché de Strasbourg, d'importants travaux de restauration et d'agrandissement du monastère sont menés entre et sous la direction de Robert Danis, architecte en chef des monuments historiques[224].

Peinture murale représentant soixante portraits de femmes
Robert Gall s'est inspiré de l'Hortus pour réaliser la fresque des chanoinesses de l'abbaye de Hohenbourg.

À cette occasion, l'artiste Robert Gall réalise plusieurs fresques reprisent des miniatures du manuscrit disparu, en s'appuyant sur les travaux de Christian Maurice Engelhardt, d'Alexandre Straub et de Gustave Keller. Ces peintures murales sont exécutées entre et , avec la participation de Joseph Walter qui dirige ce projet artisitique. Pour les scènes consacrées à la vie de Jean le Baptiste, Gall s'est directement inspiré du flabellum de Hohenbourg. Avec le développement du tourisme et des pèlerinages au mont Sainte-Odile au XXe siècle, ces peintures murales contribuent à diffuser l'iconographie de l'Hortus dans le lieu même où l'œuvre a été conservée à ses débuts[164],[225].

Intérieur d'une chapelle décorée de mosaïques montrant une grande figure centrale entourée de personnages, d'inscriptions et d'ornements architecturaux.
Franc Danis s'est inspiré de l'Hortus pour réaliser en la mosaïque du dôme de la chapelle des Larmes du mont Sainte-Odile.

Alors que Gall est chargé de peindre les couloirs de la partie principale de l'abbaye, Robert Danis confie en la décoration de la chapelle des Larmes, située sur la terrasse du monastère, à son fils Franc Danis. Celui-ci puise également son inspiration dans l'Hortus. Pour concevoir la coupole, l'artiste réalise une mosaïque reprenant la miniature du Christ entouré des vertus du Nouveau Testament. Dominée par l'or et le bleu azur, la composition rappelle l'art byzantin et l'art religieux de la Sicile du XIIe siècle[226].

L'Hortus a également inspiré plusieurs œuvres littéraires. En , l'écrivain Maurice Mutterer publie un roman intitulé La reine Sibylle, dans lequel il évoque le manuscrit d'Herrade et le séjour de Sibylle d'Acerra à l'abbaye de Hohenbourg[227].

Logo associant une silhouette de personnage médiéval à une inscription "Fédération des sociétés d'histoire & d'archéologie d'Alsace" sur plusieurs lignes.
La Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace utilise la figure du moissonneur de l'Hortus pour son identité visuelle comme symbole du patrimoine local.

La destruction du manuscrit en nourrit aussi des récits fondés sur l'hypothèse de sa survie. Hubert Bari développe ce thème dans son roman La Bibliothèque, publié en . L'intrigue imagine une enquête menée par un journaliste découvrant, plus d'un siècle après le siège de Strasbourg, que l'Hortus aurait été mis à l'abri par le bibliothécaire Auguste Saum pour échapper aux bombardements. S'il ne s'agit que d'une fiction, l'idée continue d'alimenter les rêves de redécouverte[228],[229],[230].

L'iconographie du manuscrit a également inspiré l'identité graphique de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace, dont le logotype reprend la miniature du semeur. En , ce motif apparaît sur la couverture du Bulletin fédéral, puis sur celle de la Revue d'Alsace à partir de . Par la suite, il évolue progressivement jusqu'à une version stylisée adoptée en pour les publications de la Fédération, perpétuant ainsi le souvenir de l'œuvre d'Herrade[231].

Notes et références

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  1. La date de , parfois avancée pour l'accession d'Herrade à la fonction d'abbesse de Hohenbourg, résulte d'une inversion de chiffres dans un ouvrage du Hugues Peltre au XVIIe siècle et largement reprise par la suite. L'année est indiquée en marge d'une page de l'Hortus, ce qui conduit Marie-Thérèse Fischer à situer sa nomination vers [22].
  2. Cette scène n'occupe qu'une des trois faces sculptées de cette stèle de style roman, réalisée à la fin du XIIe siècle et conservée à l'abbaye de Hohenbourg. Les deux autres faces représentent respectivement le duc Etichon-Adalric d'Alsace remettant la charte de fondation du monastère à sa fille Odile, ainsi que Léger d'Autun, associé à la famille des ducs d'Alsace. La stèle a été martelée pendant la Révolution française, notamment les visages du duc, de ses proches et de la Vierge à l'Enfant. Les deux abbesses sont identifiées grâce à la mention de leur nom en latin : Relind abba et Herrat abba[30].
  3. L'ouvrage est en haut allemand précoce et s'intitule Ein schöne warhafftig und hievor ungehörte hystorie des Fürstlichen stammens und härkommens der heiligen junckfrawen Otilie..., ce qui signifie « Une histoire belle, authentique et jamais entendue jusqu'ici au sujet de l'origine et de l'ascendance princières de la sainte vierge Odile… »[85].

Références

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Annexes

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Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

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Contexte de réalisation

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Histoire du manuscrit

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Auteure de l'original

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Reconstitution de l'original

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  • [Guglielmi 2016] Agnès Guglielmi (mémoire de master sous la direction de Denise Borlée), Les miniatures de l'Hortus deliciarum (vers 1175-1185) : étude des copies et des reconstitutions d'un manuscrit disparu, vol. 1 : Texte, Strasbourg, Faculté des Sciences historiques, , 214 p. (lire en ligne Accès libre).
  • [Guglielmi 2017] Agnès Guglielmi, « Les copies des miniatures de l'Hortus deliciarum : état actuel des connaissances », Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire, no 60, , p. 101-119 (ISSN 0575-0385).
  • [Schlaefli 2002] Louis Schlaefli, « L'autre vie de l'Hortus deliciarum », dans Georges Bischoff, Guy Bronner et Marie-Noële Denis, Le Mont Sainte-Odile, haut lieu de l'Alsace : archéologie, histoire, traditions, Strasbourg, Musées de Strasbourg, , p. 139-145.
  • [Will 1983] Robert Will, « La reconstitution des miniatures de l'Hortus deliciarum, à la recherche des sources », Cahiers alsaciens d'archéologie, d'art et d'histoire, no 26, , p. 99-116 (ISSN 0575-0385, lire en ligne, consulté le ).

Auteurs des reconstitutions

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  • [Lapointe 1986] Lucienne Lapointe, « Engelhardt Christian Maurice (Christian Moritz) », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, (lire en ligne).
  • [Meyer 2002] Hubert Meyer, « Walter Marie Georges Joseph », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 39, (ISBN 2-85759-038-5), p. 4084-4085.
  • [Muller 1993] Claude Muller, « Keller Gustave », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, (lire en ligne).
  • [Schlaefli 2000] Louis Schlaefli, « Straub Alexandre », dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, (lire en ligne).

Fac-similés

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  • [Bastard 1869] Auguste de Bastard, Peintures et ornements des manuscrits classés dans un ordre chronologique, pour servir à l'histoire du dessin depuis le IVe siècle de l'ère chrétienne jusqu'à la fin du XVIe siècle, t. XI, Paris, Imprimerie impériale, , 35 p. (lire en ligne Accès libre).
  • [Christen et Gies 1990] Auguste Christen (dir.) et Charles Gies (ill. Claudia Tisserant-Maurer), Hortus deliciarum : reconstitution du manuscrit du XIIe siècle de Herrade dite de Landsberg, Strasbourg, Coprur, .
  • [Engelhardt 1818] (de) Christian Maurice Engelhardt, Herrad von Landsperg, Aebtissin zu Hohenburg, oder St. Odilien, im Elsaß, im zwölften Jahrhundert und ihr Werk : Hortus deliciarum. Ein Beytrag zur Geschichte der Wissenschafte, Literatur, Kunst, Kleidung, Waffen und Sitten des Mittelalters von Christian Moritz Engelhardt, Stuttgart ; Tübingen, J.-G. Cotta, , 12 p. (lire en ligne Accès libre).
  • [Green 1979] (en) Rosalie B. Green (dir.), Michael Evans, Christine Bischoff, Michael Curschmann et al., Hortus deliciarum, vol. 1-2, Londres, Institut Warburg, coll. « Studies of the Warburg Institute » (no 36), , 508-244 p. (ISBN 0-85481-055-2).
  • [Rott et Wild 1944] (de) Jean Rott et Georg Wild, Hortus deliciarum : Der « Wonnen-Garten » der Herrad von Landsberg : Eine elsässische Bilderhandschrift aus dem 12. Jahrhundert, Mülhausen, Braun, , 12 p.
  • [Rott 1945] Jean Rott et Elisabeth Rott, Hortus deliciarum : le Jardin des délices, de Herrade de Landsberg, un manuscrit alsacien à miniatures du XIIe siècle, Strasbourg, Oberlin, , 12 p.
  • [Straub et Keller 1899] Alexandre Joseph Straub et Gustave Keller, Hortus deliciarum : publié aux frais de la société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, Strasbourg, Imprimerie strasbourgeoise, 1879-1899, XXV-71 p. (lire en ligne Accès libre).
  • [Straub et Keller 1901] Alexandre Straub et Gustave Keller, Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, Herrade de Landsberg : Hortus deliciarum, Strasbourg, Schlesier & Schweikhardt, , XXV-66 p.
  • [Walter 1952] Joseph Walter, Hortus deliciarum : recueil de cinquante planches, dont vingt-deux en couleurs selon l'original et vingt-huit en trois tons, Strasbourg ; Paris, F.-X. Leroux, , 116 p.

Postérité

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Articles connexes

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Liens externes

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