Lorraine (IGP)
Un lorraine[note 2] est un vin mousseux d'indication géographique protégée de zone (il y a des IGP régionales, des IGP départementales et des IGP de zone) qui peut être produit sur l'essentiel du vignoble de Lorraine, c'est-à-dire sur des parties des départements de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse et de la Moselle.
| Lorraine | |
| Type d'appellation(s) | IGP de zone |
|---|---|
| Reconnue depuis | 2021 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble de Lorraine |
| Localisation | Meurthe-et-Moselle, Meuse et Moselle |
| Climat | semi-continental |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
1 639 heures (à Metz-Frescaty) |
| Superficie plantée | 51,269 hectares (en 2023)[1] |
| Cépages dominants | auxerrois B[note 1], chardonnay B, gamay N et pinot noir N |
| Vins produits | mousseux blancs, rosés et rouges |
| Production | 2 396 hectolitres (en 2023)[1] |
| Rendement moyen à l'hectare | 46 hl/ha (en 2023) |
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Histoire
modifierDurant la période de 1871 à 1919, où l'Alsace-Moselle était un territoire de l'Empire allemand, des producteurs de vin effervescent s'y installèrent pour fournir le marché allemand en forte croissance. Le Champagner-Kellerei Schloss Vaux (du nom du château de Vaux, près de Metz) était alors un mousseux connu ; les propriétaires déménagèrent quand la Moselle redevient française, s'installèrent en 1921 à Eltville am Rhein dans le Rheingau et continuèrent à produire du mousseux (du Sekt) sous le nom de Schloss Vaux[2]. Côté français (limité alors aux départements de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle), la coopérative de Bruley (près de Toul) produisait un « grand mousseux lorrain » au début du XXe siècle[3]. La production en Lorraine a quasiment disparu après la crise du phylloxéra et la Première Guerre mondiale[4].
La production reprend de façon modeste à partir des décennies 1980 et 1990[4]. Ce n'est qu'au XXIe siècle, après 14 ans de démarches[5] et l'interdiction d'utiliser le nom de « crémant de Lorraine » (car il n'avait pas été utilisé auparavant)[6], que la création de l'IGP « lorraine » est acceptée par l'INAO, homologuée par l'arrêté du [7], modifié en [3]. Le , l'IGP est reconnue au niveau européen par publication au Journal officiel de l'UE[8].
La Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC) a tenté un recours juridique en contre l'IGP lorraine (les IGP mousseux étant des concurrents), arguant de la faible antériorité de cette production, mais elle a été déboutée par la décision du Conseil d'État du , qui a validé le cahier des charges d'[4].
Vignoble
modifierLa production du mousseux « lorraine » ne concerne qu'une petite surface, mais son aire d'appellation est considérablement plus vaste. Selon les Douanes, la superficie revendiquée en 2023 est de 18,150 hectares pour faire du mousseux blanc et de 8,628 pour faire du rosé[9].

La zone autorisée à produire l'IGP lorraine comprend non seulement les aires d'appellation de l'IGP côtes-de-meuse ainsi que des AOC côtes-de-toul et moselle, mais est bien plus vaste, couvrant quatre zones correspondant aux côtes (des cuestas) que sont d'ouest en est la côte du Barrois (roches datant du Portlandien), les côtes de Meuse (de l'Oxfordien supérieur, dans le Verdunois, le Toulois et le Saintois), les côtes de Moselle (du Bajocien, dans le pays thionvillois, le pays messin et le Nancéen), la côte infraliasique (le Lias étant le Jurassique inférieur) et la côte de Lorraine (ou côte du Muschelkalk, soit le Trias moyen), soit les vallées de l'Ornain, de la Meuse et de la Moselle[10].
Aire de production
modifier| Image externe | |
| Carte des communes concernées | |
La production de l'IGP lorraine est autorisée sur 78 communes du département de la Meurthe-et-Moselle, 43 communes de la Meuse et 57 communes de la Moselle.
Meurthe-et-Moselle : Agincourt, Allamps, Amance, Arnaville, Atton, Autreville-sur-Moselle, Bainville-sur-Madon, Barisey-la-Côte, Belleville, Bezaumont, Blénod-lès-Pont-à-Mousson, Blénod-lès-Toul, Boucq, Bouxières-aux-Chênes, Bouxières-aux-Dames, Bruley, Bulligny, Chaligny, Champey-sur-Moselle, Champigneulles, Charmes-la-Côte, Chavigny, Choloy-Ménillot, Custines, Dieulouard, Domgermain, Dommartemont, Dommartin-sous-Amance, Écrouves, Essey-lès-Nancy, Eulmont, Faulx, Foug, Houdemont, Jezainville, Lagney, Laître-sous-Amance, Landremont, Laneuveville-derrière-Foug, Laxou, Lay-Saint-Christophe, Leyr, Loisy, Lucey, Ludres, Maidières, Maizières, Malleloy, Malzéville, Marbache, Maron, Maxéville, Messein, Millery, Montauville, Montenoy, Mont-le-Vignoble, Mousson, Neuves-Maisons, Norroy-lès-Pont-à-Mousson, Pagney-derrière-Barine, Pagny-sur-Moselle, Pompey, Pont-à-Mousson, Pont-Saint-Vincent, Prény, Saint-Max, Seichamps, Sexey-aux-Forges, Toul, Trondes, Vandières, Vandœuvre-lès-Nancy, Ville-au-Val, Villers-lès-Nancy, Villers-sous-Prény, Viterne et Vittonville.
Meuse : Apremont-la-Forêt, Bar-le-Duc, Boncourt-sur-Meuse, Buxières-sous-les-Côtes, Combres-sous-les-Côtes, Culey, Euville, Frémeréville-sous-les-Côtes, Girauvoisin, Givrauval, Guerpont, Hannonville-sous-les-Côtes, Han-sur-Meuse, Herbeuville, Heudicourt-sous-les-Côtes, Geville, Ligny-en-Barrois, Loisey, Longeaux, Longeville-en-Barrois, Loupmont, Mécrin, Menaucourt, Montsec, Nançois-sur-Ornain, Pont-sur-Meuse, Resson, Saint-Julien-sous-les-Côtes, Saint-Maurice-sous-les-Côtes, Saint-Mihiel, Sampigny, Savonnières-devant-Bar, Silmont, Sorcy-Saint-Martin, Tannois, Thillot, Trésauvaux, Tronville-en-Barrois, Varnéville, Velaines, Vigneulles-lès-Hattonchâtel, Vignot et Void-Vacon.
Moselle : Ancy-Dornot, Apach, Arry, Ars-sur-Moselle, Augny, Ay-sur-Moselle, Le Ban-Saint-Martin, Berg-sur-Moselle, Bertrange, Bronvaux, Château-Salins, Châtel-Saint-Germain, Contz-les-Bains, Corny-sur-Moselle, Fèves, Féy, Guénange, Hagondange, Basse-Ham, Hauconcourt, Illange, Jouy-aux-Arches, Jussy, Kœnigsmacker, Haute-Kontz, Lessy, Lorry-lès-Metz, Lorry-Mardigny, Maizières-lès-Metz, Malling, Manom, Marange-Silvange, Marieulles, Marsal, Mondelange, Morville-lès-Vic, Moyenvic, Norroy-le-Veneur, Novéant-sur-Moselle, Pierrevillers, Plappeville, Plesnois, Rettel, Richemont, Rozérieulles, Salonnes, Saulny, Scy-Chazelles, Semécourt, Sierck-les-Bains, Talange, Terville, Thionville, Uckange, Vaux, Vic-sur-Seille et Yutz[3].
Climatologie
modifierEncépagement
modifierSelon le cahier des charges, sont autorisés les cépages suivants : l'aubin B[note 1], l'auxerrois B, le cabernet cortis N, le chardonnay B, le gamaret N, le gamay N, le johanniter B, le meunier N, le müller-thurgau B, le muscaris B, le pinot blanc B, le pinot gris G, le pinot noir N, le pinotin N, le riesling B, le solaris B et le souvignier gris G[3].
La majorité de la production en mousseux blanc se fait avec de l'auxerrois, complété par du chardonnay, du pinot gris et parfois du pinot blanc ; en rosé et rouge avec du gamay ou du pinot noir. Certains producteurs produisent en mono-cépage, d'autres en assemblage ; il y a quelques blanc de noirs (fait avec du gamay).
Rendements
modifierLe rendement maximum autorisé par le cahier des charges est de 90 hectolitres par hectare[3].
Selon l'INAO, la surface en 2023 a été de 51,269 hectares, pour une production totale de 2 396 hectolitres[1] (un hectolitre = 100 litres = 133 bouteilles de 75 cl), soit un rendement moyen de 46,7 hl/ha.
Vins
modifierLe cahier des charges de l'IGP autorise sous le nom de lorraine la production de vin mousseux rouges, rosés et blancs[3]. La production de l'IGP lorraine doit se faire selon la « méthode traditionnelle », c'est-à-dire avec une seconde fermentation alcoolique en bouteille ; l'élevage doit se faire sur lies pendant au moins neuf mois[3].
Volumes
modifierSelon les Douanes, la superficie et la production déclarées ont été de[9] :
| Année | lorraine mousseux blanc | ||
|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2021 | 15,9117 | 815,58 | 51 |
| 2022 | 11,5857 | 734,25 | 63 |
| 2023 | 18,1505 | 890,16 | 49 |
| 2024 | 21,8213 | 964,37 | 44 |
| Année | lorraine mousseux rosé | ||
|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2021 | 4,0326 | 186,29 | 46 |
| 2022 | 3,9316 | 272,98 | 69 |
| 2023 | 8,6283 | 350,35 | 41 |
| 2024 | 4,0367 | 201,59 | 50 |
La production en rouge reste anecdotique (un producteur).
Gastronomie
modifierComme les autres vins effervescents, le lorraine se sert classiquement à l'apéritif, mais convient aussi lors d'un pique-nique, le long d'un repas festif, ou en accompagnement d'un dessert pas trop sucré.
Les producteurs pouvant utiliser un total de 17 cépages, en assemblage ou en mono-cépage, les vins sont très diversifiés. Les mousseux blancs ont une robe allant du jaune paille au doré soutenu, le nez évoquant une peu les fleurs blanches (chèvrefeuille, ou jasmin), les agrumes (citron, ou clémentine) ou les fruits jaunes (pêche, ou abricot). Les mousseux rosés ont une robe saumonée à rose intense, le nez rappelant les petits fruits rouges (fraise, ou groseille) voire le pamplemousse. Les quelques mousseux rouges sont rouge cerise à grenat, plutôt sur les fruits rouges mûrs[3]. La bouche est vive.
Le mousseux de Lorraine est idéalement à servir frais (aux environs de 5 à 8 °C), sans être glacé (un réfrigérateur est souvent vers 2 à 5 °C), car le froid anesthésie les parfums et le goût. Le simple fait de le verser dans son verre (pas forcément une flûte ou une coupe, une forme en tulipe est préférable) le réchauffe rapidement de plusieurs degrés. L'idéal pour maintenir le vin à bonne température est de servir la bouteille dans un seau rempli d'eau bien fraiche, ou d'un mélange d'eau et de glaçons. Les verres à vin ne sont pas à nettoyer au lave-vaisselle, mais à la main, sans aucun détergent (qui laisserait un goût) et à l'eau chaude. Une bouteille entamée peut être refermée avec un bouchon stoppeur (pour conserver l'effervescence) et remise au frais pour le repas suivant, mais le vin se conservera peu de temps, perdant son parfum et ses bulles, renforçant vite son acidité.
Producteurs
modifierAvant 2021, la production était commercialisée comme « vin de France – méthode ancestrale » ou « méthode traditionnelle ». En 2023, selon l'INAO, l'IGP lorraine est produit par 12 viticulteurs, 32 récoltants-vinificateurs, deux négociants et une coopérative[1], tous de taille modeste (liste non exhaustive) :
- en Meurthe-et-Moselle :
- domaine de l'Ambroisie, à Toul ;
- maison Crochet, à Bulligny ;
- domaine Demange, à Bruley ;
- Vincent Laroppe, à Bruley ;
- domaine Lelièvre, à Lucey ;
- domaine de la Linotte, à Bruley ;
- domaine Regina, à Bruley ;
- Les Vignerons du Toulois (coopérative), à Mont-le-Vignoble ;
- domaine Claude Vosgien, à Blénod-lès-Toul ;
- en Meuse :
- GAEC de l'Aumonière, à Viéville-sous-les-Côtes ;
- domaine Léo-Paul Liénard, à Vigneulles-lès-Hattonchâtel ;
- domaine de Meussaumont, à Vigneulles-lès-Hattonchâtel ;
- domaine de Montgrignon, à Vigneulles-lès-Hattonchâtel ;
- domaine de Muzy, à Combres-sous-les-Côtes ;
- en Moselle :
- Domaine de la Croix de Mission, à Marange-Silvange ;
- Domaine du Stromberg, à Malling ;
- Domaine Gauthier, à Vic-sur-Seille ;
- Domaine Oury Schreiber, à Marieulles ;
- Domaine Sommy, à Féy ;
- Domaine Sontag, à Contz-les-Bains ;
- Domaine Château de Vaux, à Scy-Chazelles.
Notes et références
modifierNotes
modifier- 1 2 Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
- ↑ Le nom du lieu devient ici le nom du produit, par antonomase : c'est un nom commun, il s'écrit donc avec une minuscule, cf. références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine. Sauf que le cahier des charges rajoute une majuscule au nom du vin, pour le différencier d'un nom générique, principe repris sur les étiquettes et les déclarations.
Références
modifier- 1 2 3 4 « Les vins "Lorraine" enregistrés en IGP », sur inao.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ (de) « Schloss Vaux – Unsere Geschichte », sur schloss-vaux.de (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Cahier des charges de l’indication géographique protégée « Lorraine » », homologué par l'arrêté du publié au JORF no 0298 du et au BO Agri du .
- 1 2 3 Hélène Bras, « IGP Lorraine : son cahier des charges est validé – Production de vins mousseux de qualité et IGP Lorraine », (consulté le ).
- ↑ « Lorraine : les viticulteurs fêtent leurs « quatorze ans de combat » pour obtenir l’IGP pour les vins mousseux », sur republicain-lorrain.fr, .
- ↑ « IGP Lorraine pour les vins mousseux : les viticulteurs à la fête », sur republicain-lorrain.fr, (consulté le ).
- ↑ « Cahier des charges de l’indication géographique protégée « Lorraine » », homologué par l'arrêté du publié au JORF du .
- ↑ « Communiqué de presse : les vins « lorraine » enregistrés en IGP » [PDF], sur inao.gouv.fr, .
- 1 2 « Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects : superficies et volumes en production par produit », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ « Les vins « Lorraine » enregistrés en IGP – Aire géographique » [PDF], , p. 2.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Roland Rohn, Guide des vins de Lorraine, Metz, Éditions des Paraiges, , 143 p. (ISBN 979-10-90185-64-7).