Paradis latin
Le Paradis latin (graphié Paradis Latin) est un cabaret music-hall parisien situé 28, rue du Cardinal-Lemoine dans le Quartier latin (5e arrondissement).
| Type | Cabaret music-hall |
|---|---|
| Lieu |
5e arrondissement de Paris, |
| Coordonnées | 48° 50′ 53″ nord, 2° 21′ 11″ est |
| Inauguration | 1803 |
| Anciens noms | théâtre Latin (1803-1870) |
| Site web | www.paradislatin.com |
Inauguré en 1889, il est le plus ancien cabaret de la capitale. Il appartient depuis 2018 à l'homme d'affaires franco-brésilien Walter Butler.
Historique
modifierL'origine de la salle remonte à 1802, année où le Premier consul Napoléon Bonaparte fait bâtir le théâtre Latin, rue des Fossés-Saint-Victor, sur les ruines du collège fondé par le cardinal Jean Lemoine en 1302 et détruit en 1793[1]. L'inauguration a lieu l'année suivante.
En 1830, le théâtre Latin – et plus particulièrement son sous-sol où est installée une taverne surnommé l'« Abreuvoir littéraire » – devient un des hauts lieux hétéroclites à la mode où se côtoient artistes, écrivains, journalistes, hommes politiques, bourgeois, étudiants et aristocrates[1]. Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alexandre Dumas fils, Honoré Daumier et Prosper Mérimée sont des habitués. Honoré de Balzac en fait le décor d'un passage des Illusions perdues[1]. Il est détruit par un incendie durant la guerre franco-prussienne de 1870, lorsque le chancelier prussien Otto von Bismarck assiège Paris. Ses ruines calcinées subsistent pendant 17 ans.
En 1887, un appel d'offres est lancé en prévision pour réhabiliter le lieu de la préparation de l'Exposition universelle de 1889. Un consortium comprenant une filiale du groupe de Gustave Eiffel remporte le marché et le bâtiment le théâtre en même temps que la tour du Champ-de-Mars[1]. La nouvelle salle est inaugurée le (quatre mois avant la tour) sous le nom de Paradis latin. La presse admire son « élégance de cathédrale » ainsi que sa coupole, fixée au plafond et sur laquelle figurent en lieu des points cardinaux les mots « Opérette », « Ballet », « Pantomime » et « Excentricités », résumant l'éclectisme de la future programmation[1]. Elle affiche complet tous les soirs. Parmi les succès de la saison se distingue La Mandragore, pièce adaptée d'un conte libertin de Machiavel dont l'héroïne est Yvette Guilbert (immortalisé par Henri de Toulouse-Lautrec), vedette de la chanson depuis quelques mois et qui allait devenir l'interprète favorite du compositeur Léon Xanrof[1].
Alors que les cafés-concerts, plus nombreux que jamais, présentent tous les mêmes tours de chant stéréotypés (le comique troupier, le comique paysan, le poivrot, la gommeuse, la chanteuse patriotique, etc.), les directeurs du Paradis latin choisissent d'adopter un nouveau genre de spectacles importé trois ans plus tôt par Édouard Marchand pour ses Folies Bergère : la revue de music-hall, alliant vedettes de la chanson, acteurs et artistes de cirques (acrobates, équilibristes, jongleurs, contorsionnistes, montreurs d'ombres chinoises, etc.).
La nouvelle formule ne tient néanmoins que quelques saisons car le centre de la vie artistique et mondaine s'est désormais déplacé à Montmartre avec entre autres l'ouverture du Moulin-Rouge. En 1894, la grande salle ferme ses portes. Seule la taverne du sous-sol est conservé, animée par Chopinette, élève de Bruant mais n'en ayant ni le talent, ni l'autorité. Sa clientèle, faite en forte majorité d'étudiants, ne lui permet pas de survivre au-delà de 1903[réf. nécessaire].
Le faïencier-verrier Charles-Louis Leune (1859-1941) rachète le lieu, devenu entrepôt, pour y installer son atelier, créant la marque Étaleune[2]. Il a néanmoins l'intuition de protéger la coupole d'origine de la chaleur des fours sous un faux-plafond[1]. Prospère tout au long des années 1920 grâce à sa collaboration avec Auguste Heiligenstein et les frères Daum, la société Leune ne résiste pas à la crise de 1929 et dépose le bilan[3]. Le bâtiment est revendu à un entrepreneur pharmanceutique qui fait rapidement faillite à son tour[1].

En 1973, le promoteur immobilier Jean Kriegel achète l'immeuble pour le transformer en appartements. Alors qu'il entame la démolition des cloisons intérieures, il découvre que ce qu'il prenait pour un entrepôt est en fait un trésor architectural, mettant au jour les structures métalliques puis la coupole[1]. Contraint de stopper les travaux en raison de la préservation du patrimoine parisien mais également sensible à la beauté du lieu, il décide de ressusciter le mythique cabaret selon les plans originaux d'Eiffel déposés à la Bibliothèque nationale[1].
Il nomme directeur artistique Jean-Marie Rivière, figure de la nuit parisienne qui a entre autres fait la renommée de l'Alcazar. Assisté des Frédéric Botton et Pierre Simonini, celui-ci y présente la première revue Paris Paradis le , qui remporte immédiatement un triomphe. La sculpturale Herma Vos, soliste au Lido, est engagée comme meneuse[1]. Le Paradis latin reconquiert son statut de haut lieu des . Après une seconde revue, Nuit de Paradis, co-écrite en 1979 avec Jean-Jacques Debout et Roger Dumas, toujours menée par Herma Vos, Jean-Marie Rivère quitte l'établissement pour animer un spectacle à Las Vegas[4]. Jean Kriegel poursuit néanmoins sur sa lancée, montant quatre revues dans les dix ans qui suivent : Paradisiac (1981) de Frédéric Botton, musiques de Francis Lai et Michel Berger, Champagne (1984) et Hello Paradis (1987) de Christian Dura et Viva Paradis (1990) de Philippe Rondest.
Jean Kriegel passe la main en mai 1995 à Sidney Israël, propriétaire de l'Alcazar, lesquels produisent deux nouvelles revues confiées également à Christian Dura : Paradis d'amour (2001) et Paradis à la folie (2008). Parallèlement, le fils de Sidney, Harold, diplômé de l'école de cuisine le Cordon bleu, hisse la qualité de la restauration à de nouveaux standards tout en développant la politique de marketing et la communication numérique de l'établissement[1].
En 2018, l'investisseur franco-brésilien Walter Butler qui souhaite se lancer dans l'entertainement, rachète à 100 % le Paradis latin à la famille Israël[5].
En 2019, l'élaboration d'une nouvelle revue, L'Oiseau Paradis, pour fêter les 130 ans du Paradis latin, est confiée au chorégraphe Kamel Ouali. Iris Mittenaere, Miss Univers 2016, est choisie pour être la meneuse de revue de l'Oiseau Paradis[6],[7]. À cette occasion, le cabaret est redécoré par Oscar Lucien Ono.
- 1977 : Paris Paradis de Jean-Marie Rivière, Frédéric Botton et Pierre Simonini
- 1979 : Nuit de Paradis de Jean-Marie Rivière, Jean-Jacques Debout et Roger Dumas
- 1981 : Paradisiac de Fredéric Botton, Francis Lai et Michel Berger
- 1984 : Champagne de Christian Dura
- 1987 : Hello Paradis de Christian Dura
- 1990 : Viva Paradis de Philippe Rondest
- 2001 : Paradis d'amour de Christian Dura
- 2008 : Paradis à la folie de Christian Dura
- 2019 : L'Oiseau Paradis de Kamel Ouali
Le Paradis latin en chiffres
modifier- Dîner : 720 couverts par soirée
- Pâtisserie : Serge Bréda et Jean-Jacques Massé, meilleurs ouvriers de France
- Cave à vin : 45 000 bouteilles de champagne par an, 80 000 de Bordeaux (Château Margaux, Sauternes…), grands crus de Bourgogne…
- Prestation d'entreprise : soirées à thème ou dansantes privées, défilés de mode, conférences, réceptions, cocktails, soirées de gala, suivis d'un dîner ou d'un déjeuner-spectacle.
Anecdotes
modifierC'est au Paradis latin que se sont rencontrés dans les années 1980 Thierry Paulin (surnommé le « monstre de Montmartre ») et Jean-Thierry Mathurin, connus pour leur série de meurtres de « vieilles dames »[8].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Félix José Hernández, « Le Paradis latin de Paris, de Philippe Auguste à Machiavel (1201-1899) », sur cartasaofelia.com, , p. 87-95.
- ↑ « Lune — Veilleuse Art Déco en bronze nickelé et globe en verre gravé 1930 », sur artettechniques.com.
- ↑ « Verrerie de Leune », sur Le Verre et le Cristal, .
- ↑ Claude Fléouter, « Le Paradis latin sans son bateleur », sur Le Monde, .
- ↑ « Les projets du financier Walter Butler pour relancer le Paradis latin », Challenges, (lire en ligne).
- ↑ « L’ancienne Miss France, Iris Mittenaere, devient meneuse de revue au Paradis latin », Le Parisien, (lire en ligne).
- ↑ « Iris Mittenaere, ancienne Miss France et Miss Univers 2016, a trouvé un nouveau travail », GQ, (lire en ligne).
- ↑ Céline Carez, « Thierry Paulin, le tueur de vieilles dames, semait l'effroi à Paris », sur leparisien.fr, (consulté le ).

