Percée de Bioul
La percée de Bioul (ou trouée de Bioul) est l'appellation donnée à l'ensemble des combats qui se sont déroulés dans l'Entre-Sambre-et-Meuse du 23 au lors de la Première Guerre mondiale. Ils ont opposé la 4e division d'armée belge et une partie de la garnison de Namur à des unités de la IIe armée allemande du général von Bülow et de la IIIe armée allemande du général von Hausen. Ils font partie de la bataille des Frontières.
| Date | du 23 au |
|---|---|
| Lieu | Bioul (Belgique) |
| Issue |
|
| Lieutenant-général Michel | Generaloberst von Bülow Generaloberst Max von Hausen |
| Garnison de Namur (4e division d'armée belge et troupes de forteresse) | Corps de la Garde, XIIe corps saxon et XII corps saxon de réserve |
| 12 000 morts, blessés et prisonniers | 2 000 morts et blessés |
Batailles
- Liège (8-1914)
- Namur (8-1914)
- Frontières (8-1914)
- Anvers (9-1914)
- Grande Retraite (9-1914)
- Marne (9-1914)
- Course à la mer (9-1914)
- Yser (10-1914)
- Messines (10-1914)
- Ypres (10-1914)
- Givenchy (12-1914)
- 1re Champagne (12-1914)
- Hartmannswillerkopf (1-1915)
- Neuve-Chapelle (3-1915)
- 2e Ypres (4-1915)
- Colline 60 (4-1915)
- Artois (5-1915)
- Festubert (5-1915)
- Quennevières (6-1915)
- Linge (7-1915)
- 2e Artois (9-1915)
- 2e Champagne (9-1915)
- Loos (9-1915)
- Verdun (2-1916)
- Redoute Hohenzollern (3-1916)
- Hulluch (4-1916)
- 1re Somme (7-1916)
- Fromelles (7-1916)
- Arras (4-1917)
- Vimy (4-1917)
- Chemin des Dames (4-1917)
- 3e Champagne (4-1917)
- 2e Messines (6-1917)
- Passchendaele (7-1917)
- Cote 70 (8-1917)
- 2e Verdun (8-1917)
- Malmaison (10-1917)
- Cambrai (11-1917)
- Bombardements de Paris (1-1918)
- Offensive du Printemps (3-1918)
- Lys (4-1918)
- Aisne (5-1918)
- Bois Belleau (6-1918)
- 2e Marne (7-1918)
- 4e Champagne (7-1918)
- Château-Thierry (7-1918)
- Le Hamel (7-1918)
- Amiens (8-1918)
- Cent-Jours (8-1918)
- 2e Somme (9-1918)
- Ligne Hindenburg (9-1918)
- Meuse-Argonne (10-1918)
- Cambrai (10-1918)
| Coordonnées | 50° 20′ 26″ nord, 4° 47′ 57″ est | |
|---|---|---|
[[Fichier:Modèle:Géolocalisation/Namur|280px|(Voir situation sur carte : [[Modèle:Géolocalisation/Namur]])|class=noviewer notpageimage]]
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Contexte
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La situation militaire en Belgique en est le principal centre d'intérêt de l'état-major allemand. En application du plan Schlieffen, le général von Moltke, chef d'état-major des armées allemandes, prévoit de traverser rapidement la Belgique. Cette action de la plus grande masse d'armées allemandes doit permettre de déborder les armées françaises du Nord-Ouest par un mouvement tournant en coup de faux et à les prendre à revers en les coupant de leurs arrières. Pour l'état-major français, le front belge ne constitue que le flanc gauche de l'attaque principale qui a lieu en Lorraine. La Belgique sert donc de champ de bataille aux deux principaux belligérants : l'initiative y est allemande, avec le franchissement de la frontière de la Belgique le [1].
Les IIe et IIIe armées allemandes traversent la Belgique dans un vaste mouvement tournant centré sur les Ardennes. La IIe a pour mission de traverser la Sambre à l'ouest de Namur et la IIIe franchit la Meuse d'est en ouest, de Namur à la frontière française[1]. Ces deux armées coopèrent pour mettre le siège autour de Namur. Le à midi, Namur tombe aux mains des Allemands après un bombardement intense par l'artillerie lourde qui brise la résistance de la position fortifiée de Namur. Le au soir, le général français Charles Lanrezac ordonne la retraite de sa 5e armée française sur une ligne Avesnes-Regniowez puis La Capelle-Hirson-Charleville afin de tenter de se rétablir. Les flancs de la retraite belge sur la Sambre et sur la Meuse se retrouvent ainsi à découvert. C'est pourquoi la division belge, les troupes de forteresse et le régiment français amorcent une retraite problématique pour rejoindre les lignes françaises plus au sud et éviter l'encerclement par les deux armées allemandes[2].
Forces en présence
modifierAllemagne
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La IIe armée allemande, commandée par le Generaloberst Karl von Bülow est composée de huit corps d'armée (14 divisions) et trois divisions de cavalerie. Le corps de réserve de la Garde qui fait partie de cette armée est détaché de l'armée pour participer au siège de Namur, de sa position fortifiée et poursuivre la garnison de Namur en retraite[1]. Sur la Meuse, la IIIe armée allemande du général von Hausen compte cinq corps d'armée (huit divisions d'infanterie et deux divisions de cavalerie) dont les XIIe corps saxon et XIIe corps saxon de réserve auxquels la garnison de Namur va se trouver confrontée.
Belgique
modifierLa garnison de Namur qui retraite est constituée de la 4e division d'armée belge (8e régiment de ligne, 10e régiment de ligne et 13e régiment de ligne) et d'une partie des troupes de forteresse de la position fortifiée de Namur soit environ 28 000 hommes.
France
modifierLe contingent français est constitué du 45e régiment d'infanterie français de Laon (environ 2 000 hommes) sous le commandement du lieutenant-colonel Grumbach et du 3e bataillon du 148e régiment d'infanterie français. Ces unités ont été détachées de la 5e armée française pour participer au siège de Namur.
Déroulement de la retraite
modifierLe en fin de matinée, le lieutenant-général Michel ordonne la retraite de la garnison de Namur dans l'Entre-Sambre-et-Meuse par Arbre, Bioul et Sosoye afin de rejoindre les lignes françaises plus au sud. Accompagné de son état-major, il quitte Namur en voiture et arrive au soir à Sosoye. Les Allemands pénètrent dans Namur à midi[3]. Or, les Allemands ont une étape d'avance sur la garnison. Il repoussent déjà la 5e armée française du général français Charles Lanrezac de Fosses-la-Ville sur Saint-Gérard. Au sud-est, ils franchissent la Meuse en de nombreux endroits (Rouillon, Houx, Dinant, Anseremme, Freÿr et Waulsort). Un étroit couloir de 6 à 7 km de large et une seule route longue et sinueuse passant par Bioul permettent encore aux Français et aux Belges d'échapper à la tenaille des IIe armée et IIIe armée allemandes. Au cours de la retraite, chacun s'en va au petit bonheur, étant donnés l'affolement et le défaut de liaison. Des colonnes de fumée et de flammes montent des villages qui brûlent au loin. La chaleur est étouffante et la troupe n'est plus à certains moments qu'une véritable cohue progressant avec lenteur[4].

Á Bioul, règne un encombrement indescriptible. Á la nuit tombante, la situation s'aggrave. Deux tentatives pour rallier Denée à l'ouest sont arrêtées net par des tirs de mitrailleuses à la sortie de Bioul. Après la retraite des troupes françaises de couverture, la dernière route de retraite vers le sud-ouest vient d'être coupée par le 1er régiment de la Garde prussienne. Au soir du , deux bataillons de ce régiment s'enterrent au sud de Denée alors qu'un bataillon et une compagnie de mitrailleuses s'installent dans le village. Au sud de Bioul, des troupes belges empruntant le chemin qui se dirige vers le bois de Ronquière sont bloqués par des tirs venant de ce bois.

Une trentaine d'officiers belges et français décide de tenir un conseil de guerre qui se tient de 22 à 23 h dans les dépendances du château de Bioul. Les débats sont parfois houleux et le major Georges Delcourt du 13e régiment de Ligne[5] s'écrie : « s'il le faut, nous passerons à la pointe des baïonnettes »[6]. C'est le choix de la percée qui l'emporte au petit matin du . Á l'issue de ce conseil, l'instituteur du village[7] se présente spontanément pour proposer aux officiers belges de les guider à travers le bois de Ronquière. En effet, le chemin en terre à emprunter est libre d'Allemands et permet d'aboutir sans coup férir à la gare de Maredsous plus au sud[8]. Le départ d'abord décidé pour minuit est reporté à 3 h du matin afin d'éviter de s'engager dans une obscurité trop profonde[4].

Dans la nuit du 23 au , le route sinueuse menant d'Arbre à Bioul est toujours encombrée de charrois. Canons, caissons, mitrailleuses et bagages sont immobilisés ; seule l'infanterie peut se frayer un passage. Á Bioul, séjournent des milliers de soldats belges, beaucoup sans chefs et sans armes[9]. Une fusillade ininterrompue s'entend au nord ; sur la moitié du tour de l'horizon les villages et les fermes en flamme jalonnent la marche des troupes allemandes : dans la direction du sud-est, une immense lueur révèle le brasier de Dinant[4].
Au petit matin du , les troupes belges et françaises à Bioul se mettent en route dans différentes directions : Maredsous et Sosoye au sud, Ermeton-sur-Biert au sud-ouest et Warnant au sud-est. En effet, les nombreuses troupes belges sont encore dispersées entre Bioul et Arbre et, selon l'inspiration de leur chef, adoptent l'une ou l'autre de ces directions. Pour compliquer la situation un message de l'état-major du lieutenant-général Michel, parvenu à 2 h indique que le passage par Warnant est encore libre d'ennemis. Le temps imparti aux troupes belges est toutefois compté. Á 6 h 30 du matin, le 1er régiment de la Garde prussienne, installé au village de Denée, se met en route vers l'ouest (Biesmerée). D'autre part, venant de la vallée de la Meuse, des hussards saxons, avant-garde du XIIe corps de réserve de Dresde remontent pendant la matinée le cours de la Molignée par Warnant, Sosoye, Maredret et provoquent des escarmouches avec la garnison de Namur[4].
Parti de Bioul en direction d'Ermeton-sur-Biert, le 3e bataillon du 13erégiment de Ligne suit la grand-route de Fraire à l'ouest de Bioul puis oblique vers le sud. Á 9 h, ils traverse Ermeton-sur-Biert puis, par le plateau de Biert, se dirige vers Couvin. Or, les éclaireurs allemands ont repéré leur progression. Le 1er régiment de la Garde prussienne qui avait déjà atteint Biesmerée fait demi-tour et attaque l'arrière-garde belge constituée de 200 à 300 hommes. Embusqués dans les maisons d'Ermeton et au château d'Ermeton, les Belges ouvrent un feu nourri et infligent de lourdes pertes aux Allemands. Des renforts allemands submergent la résistance belge[4].

Á Bioul, la principale colonne belge s'ébranle à 3 h du matin. L'avant-garde, composée d'un détachement de cavalerie et d'infanterie arbore les couleurs belges et françaises pour éviter tout feu ami. Le gros des troupes constituées de différents régiments d'infanterie et de mitrailleurs traverse le bois de Ronquière par un chemin étroit et rocailleux. Il n'est toutefois pas gardé par les Allemands et la colonne parvient sans encombre à la gare de Maredsous, poursuivant sa route par Maredret, Flavion, Rosée, Romerée et Mariembourg[4].
Le 13erégiment de Ligne fait quant à lui mouvement vers le sud-est par le chemin de Warnant. Vers 6 h, il se heurte au XIIe corps saxon qui a franchi la Meuse à Yvoir. Après un violent combat où les Belges sont pris à partie par l'artillerie, une partie des Belges reflue vers le hameau de Mont et parvient à gagner Sosoye tandis que l'arrière-garde est faite prisonnière à Warnant et à Denée[4].
Le en fin de matinée, plus d'un millier de soldats belges est encore bloqué à Bioul. Certains sont épuisés tandis que d'autres ont dû livrer des combats d'arrière-garde ou ont été retardés par l'encombrement de la route d'Arbre. Ils trouvent toute issue coupée alors que l'artillerie allemande ouvre le feu sur la localité. Á 13 h 30, les Allemands font leur entrée dans le village et font prisonnier les Belges encore présents[4].
Pour les rescapés de la garnison de Namur, le reste du chemin est parcouru sous une chaleur accablante, les hommes étant fourbus, souffrant de la faim et de la soif. Ils gagnent successivement Flavion, Rosée, Vodecée et atteignent Mariembourg le 24 au soir. De là un train les conduit à Couvin. Le , ils se remettent en marche à partir de Couvin et atteignent le village d'Auvillers en France après une marche de 42 km. Couverts par les 10e et 11e corps d'armées français, ils sont désormais hors d'atteinte.
Conséquences
modifierOn peut estimer à 18 000 les pertes belges (tués, blessés, prisonniers) lors de la bataille et la retraite de Namur. Une bonne partie de la garnison de Namur (environ 12 000 soldats) a pu s'échapper de Bioul[4],[3]. Le , au moins 6 000 Belges ont été faits prisonniers[10].

Les Allemands se sont reprochés d'avoir laissé échapper une partie importante de l'armée belge qu'ils auraient pu si facilement constituer prisonnière car la Garde prussienne qui se trouvait le 23 à 19 h à Saint-Gérard et à 20 h à Denée n'a rien fait pour rejoindre les Saxons du XIIe corps d'armée qui avaient passé la Meuse à Hun et barrer la retraite à l'adversaire. Le chef de la IIe armée allemande, von Bülow, s'en est excusé dans ses Mémoires. « Il pensait c'était l'affaire de la colonne de l'aile droite de la IIIe armée d'intervenir de ce côté »[4].
Les différents combats dans lesquels les Belges ont été impliqués dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ont, en outre, efficacement contribué à freiner la progression de la Garde prussienne et du XIIe corps saxon pendant toute la journée du permettant au 1er corps français de se dégager.

Début , la division de Namur rejoint l'armée belge concentrée à Anvers par voie terrestre puis maritime via les ports du Havre, Zeebruges et Ostende. Elle reprendra le combat au siège d'Anvers et sur le front de l'Yser.
Comme partout ailleurs en Belgique, les Allemands exercent des représailles à Ermeton-sur-Biert en raison de la résistance du 13e régiment de Ligne. Ils incendient 86 maisons du village avec des cartouches incendiaires en indiquant à ses habitants que « tout village où on s'est battu devait être brûlé »[4]. Par ailleurs, les soldats belges ont trouvé les villages traversés lors de leur retraite vidés de leurs habitants qui avaient pris la fuite.
Lieu de mémoire
modifierLes soldats de la garnison de Namur tués lors de la retraite ont été enterrés au cimetière militaire belge de Marchovelette.
Références
modifier- 1 2 3 Général J. Rouquerol, Charleroi août 1914, Paris, Payot,
- ↑ Tyng 1935, p. 99.
- 1 2 Jean Baudhuin, « Défense de la position fortifiée de Namur en août 1914 », Le Guetteur Wallon, no 4,
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Schmitz Jean et Nieuwland Robert, L'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, Cinquième partie, L'Entre-Sambre-et-Meuse, Bruxelles et Paris, G. Van Oest & Cie,
- ↑ Il sera tué sur le front de l'Yser, le .
- ↑ Colonel Émile Bujac, Namur: la bataille, la retraite, août 1914, Paris, Chiron,
- ↑ Octave Léonard. Il a été récompensé pour son assistance par la croix de Chevalier de Léopold II.
- ↑ « Au 13e de Ligne », Vers l'Avenir, , p. 5 (lire en ligne
) - ↑ A. Falise, Itinéraire d'un soldat du 8e de Ligne, Jambes, Le Guetteur Wallon,
- ↑ « Le canton de Dinant », Vers l'Avenir, , p. 2 (lire en ligne
)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean Baudhuin, Défense de la position fortifiée de Namur en août 1914, Le Guetteur Wallon, n°4, Namur, 1976.
- Jean Schmitz et Norbert Nieuwland, L'invasion allemande dans les provinces de Namur et le Luxembourg. Quatrième partie. Le combat de Dinant. I. La conquête de la Meuse et Cinquième partie. L'Entre-Sambre-et-Meuse, G. Van Oest & Cie éditeurs, Bruxelles et Paris, 1921.
- A. Falise, Itinéraire d'un soldat du 8e de Ligne, Le Guetteur Wallon, n°4, Jambes, 1994.
- Capitaine-commandant Paulis, La Belgique héroïque et vaillante. Quelques épisodes de la retraite de Namur, Revue de la Presse, n°145, 18 juillet 1918.
- Erich Schneider, La bataille de Namur d'août 1914.
- Ernst von Eisenhart, Rothe/Dr. Martin Lezius, Das Ehrenbuch der Garde, Band I und II. Die preussiische Garde im weltkriege 1914-1919, Tradition Wilhelm Kolk, Vaterländische Verlag Oskar Hinderer, Berlin, Stuttgart.
- Colonel Émile Bujac, Namur: la bataille, la retraite, août 1914, éd. Chiron, 1924.