Spilogale putorius

espèce de mammifères

Spilogale (Stricto sensu), Moufette tachetée (Stricto sensu), Moufette tachetée orientale, Putois rayé

Spilogale putorius
Description de cette image, également commentée ci-après
Spilogale
2.58–0 Ma
38 collections
Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Carnivora
Sous-ordre Caniformia
Famille Mephitidae
Sous-famille Mephitinae
Genre Spilogale

Espèce

Spilogale putorius
(Linnaeus, 1758)

Statut de conservation UICN

( VU )( VU )
VU A2abc+3bc+4abc : Vulnérable

Répartition géographique

Description de l'image Spilogale putorius rang (update).png.

Synonymes

Spilogale putorius, la Spilogale ou la Moufette tachetée au sens strict, mais plus spécifiquement désignée sous les noms de Moufette tachetée orientale ou encore de Putois rayé, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Méphitidés. Bien qu’elle porte le nom de « Putois » (avec putorius comme épithète spécifique), il s’agit bien d’une moufette (sous-famille des Méphitinés), qui se caractérise notamment par une taille très petite et un corps svelte, ainsi que par des motifs particuliers alliant de quatre à six rayures blanches interrompues sur fond noir, lui conférant un aspect tacheté unique.

Cette espèce vit principalement dans la partie sud-orientale des États-Unis. Strictement nocturne et particulièrement agile, elle possède d'excellentes aptitudes arboricoles appuyées par des coussinets plantaires adaptés et de longues griffes antérieures qui lui permettent également de creuser efficacement. Elle est célèbre pour sa posture de défense spectaculaire où elle se dresse en poirier sur ses pattes avant avant de projeter son liquide nauséabond. Jadis commune, ses populations ont subi un déclin massif de plus de 90 % à la fin du XXe siècle, ce qui en fait aujourd'hui une espèce protégée ou en danger critique d'extinction dans plusieurs États américains.

Dénominations

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  • Nom scientifique valide : Spilogale putorius (Linnaeus, 1758) selon Mammal Diversity Database ()[2] ;
  • Nom normalisé anglais : Eastern spotted skunk ;
  • Noms vulgaires : Moufette tachetée orientale (Mouffette tachetée orientale, Mofette tachetée orientale)[3], Moufette tachetée de l’Est[4] ;
  • Noms vernaculaires :

Cette espèce portait originellement les noms de Conépate ou encore Zorille, mais ces appellations désignent d’autres taxons aujourd’hui.

Taxonomie

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Illustration du Zorille (Viverra zorilla) dans Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur, mit Beschreibungen, 1776.

Si l’on exclut la moufette rayée, originellement décrite sous le nom de Viverra memphitis (voir cette section), la moufette tachetée a été la seule espèce décrite dès la dixième édition du Systema Naturae en 1758, ce qui fait d’elle la première espèce de Méphitidé décrite et validée officiellement par la Commission internationale de nomenclature zoologique en 1905. Le nom Viverra putorius a été choisi en référence au fait qu’elle était désignée sous le vernaculaire de Polecat en anglais et sous le nom de Putorius americanus striatus par le naturaliste britannique Mark Catesby dans The Natural History of Carolina, Florida and the Bahama Islands, publié entre 1731 et 1743[15],[16].

Le zoologiste Johann Christian Daniel von Schreber, dans son Die Säugthiere in Abbildungen nach der Natur, mit Beschreibungen, lui donne le nom de Viverra zorilla, car le nom Viverra putorius (qui est l’espèce du Spilogale, citant Linné) est en réalité déjà préoccupé par le conépate rayé (Conepatus semistriatus) décrit et illustré juste avant. Dans son Histoire naturelle, Buffon décrit l’espèce sous le nom de Zorille[17]. Le nom vernaculaire de Buffon et le nom binominal de Schreber seront compilés par Gmelin dans l’édition du Systema Naturae de 1793[14].

Sous-espèces

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La seconde sous-espèce fut découverte en 1898 comme une espèce distincte sous le nom de Spilogale ambarvalis[18], puis reclassée a posteriori.

En 2005, trois sous-espèces étaient recensées selon Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[19] :

Sous-espèces actuelles

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À la suite de révisions phylogénomiques récentes séparant le taxon interrupta au rang d'espèce distincte, deux sous-espèces subsistent.

Liste des sous-espèces actuelles selon ITIS ()[20] :
Sous-espèce, nom et auteur Description Synonymes
Spilogale putorius putorius (Linnaeus, 1758) Sous-espèce nominale, originaire des régions centrales et des Appalaches. Sa taille est plus importante au nord qu'au sud.
Spilogale putorius ambarvalis Bangs, 1898 Sous-espèce de plus petite taille, confinée à la péninsule de la Floride. Spilogale ambarvalis Bangs, 1898

Phylogénie

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Phylogénie des Méphitinés basée sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012)[21], modifié au niveau du genre Conepatus pour positionner la Moufette de Humboldt sur une branche adjacente au Chingue, conformément aux affinités génétiques discutées par Schiaffini et al. (2013)[22], ainsi que l’étude de M. McDonough et al. (2021)[23] :

Mephitidae

Genre Mydaus (Télagons)



Mephitinae

Genre Conepatus (Conépates)




Genre Mephitis (Moufettes rayées)



Genre Spilogale (Moufettes tachetées)

Moufette tachetée naine (Spilogale pygmaea)



Clade occidental

Moufette tachetée occidentale (Spilogale gracilis)



Clade de Sonora

Moufette du désert (Spilogale leucoparia)



Moufette tachetée méridionale (Spilogale angustifrons)




Clade oriental


Moufette tachetée orientale (Spilogale putorius)



Moufette interrompue (Spilogale interrupta)




Moufette du Yucatán (Spilogale yucatanensis)










Description

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Anatomie et spécimens de Spilogale putorius.
Fourrure de Skunk dans une collection de Francfort en Allemagne.
Squelette pris au Smithsonian National Museum of Natural History.

La moufette tachetée orientale arbore un corps svelte et allongé, bas sur pattes, s'achevant par une tête petite et conique au museau court et arrondi[24]. Elle est nettement plus petite que la moufette commune (Mephitis mephitis), sa taille globale n'excédant pas celle d'un gros écureuil. La longueur tête-corps varie entre 23 à 33 cm, à laquelle s'adjoint une queue touffue de 8 à 28 cm. Les mâles affichent un dimorphisme sexuel modéré en étant légèrement plus grands et plus lourds que les femelles[24]. La masse corporelle globale de l'espèce oscille généralement entre 206 à 885 g, mais peut s'étendre de 200 à 1 000 g selon les individus[24], avec des moyennes d'environ 700 g pour les mâles et 450 g pour les femelles[25]. Les femelles possèdent trois paires de tétines pour l'allaitement des jeunes[24].

Sa robe est constituée d'une fourrure noire luisante et dense, la longueur des poils étant maximale sur la queue et minimale sur la tête[24]. Elle est parsemée de motifs blancs complexes : une petite tache blanche orne le front et une autre se situe en avant de chaque oreille[24]. La partie antérieure du corps présente six lignes blanches longitudinales bien distinctes, tandis que la partie postérieure arbore deux bandes transversales interrompues, complétées par une tache blanche sur chaque côté de la croupe et deux autres à la base de la queue[24], conférant cet aspect « tacheté »[26]. Chaque membre se termine par cinq doigts[24]. Les pattes antérieures sont équipées de griffes recourbées particulièrement acérées, mesurant plus du double de celles des membres antérieurs, ce qui constitue une adaptation idéale pour creuser le sol[24]. Cet animal endothermique affiche une symétrie bilatérale ainsi qu'un métabolisme de base moyen mesuré à 1,674 W[24]. Bien que sa vision nocturne soit relativement faible, elle compense ce déficit par une ouïe fine et un sens de l'odorat extrêmement développé pour localiser ses proies et s'orienter dans l'obscurité[26].

La formule dentaire est composée de 34 dents au total[24]. La mandibule supérieure possède 3 incisives, 1 canine, 3 prémolaires et 1 molaire (la deuxième prémolaire étant très réduite ou absente), tandis que les mâchoires inférieures comprennent une molaire supplémentaire de chaque côté[25].

Écologie et comportement

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Répartition et habitat

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L'aire de répartition historique de cette espèce se situe exclusivement à l'est du Mississippi, s'étendant du sud de la Pennsylvanie jusqu'au sud de la Floride, et vers l'ouest jusqu'aux limites du dit fleuve[23]. Elle occupe principalement les zones boisées, les savanes et les prairies d'herbes hautes, affichant une nette préférence pour les environnements rocheux qui lui offrent de nombreuses cavités pour sa cacher[24]. En dehors du cœur de son domaine, des études de suivi à long terme (notamment au Kansas) montrent que les zones de transition géographique entre S. putorius et S. interrupta partagent des similitudes quant au choix de micro-habitats forestiers denses, bien que l'espèce de l'Est reste confinée aux bordures forestières et ripisylves plus humides[27]. Elle s'établit dans des terriers qu'elle creuse elle-même ou s'approprie des excavations abandonnées par d'autres animaux[24]. Hormis la saison de reproduction, ces animaux à tendance grégaire préfèrent cohabiter à plusieurs individus au sein d'un unique abri[24]. Elle utilise aussi volontiers les granges et infrastructures agricoles abandonnées.

Activité

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Une Spilogale dans un parc National.

C'est un animal strictement nocturne, discret et particulièrement vif. Des autres espèces du genre, S. putorius est réputée pour être beaucoup plus alerte et active que la majorité des autres moufettes[24]. Elle possède de solides dispositions arboricoles lui permettant de grimper facilement aux arbres pour échapper au danger ou s'y abriter, fait unique parmi les méphitidés nord-américains[24]. Bien qu'elle n'hiberne pas au sens strict, ses phases d'activité se réduisent drastiquement lors des périodes d'hivers rigoureux ou de fortes chaleurs estivales. En période froide, jusqu'à huit individus peuvent s'associer au sein d'un même terrier pour préserver leur chaleur corporelle.

Comme les autres moufettes, elle possède une paire de glandes anales extrêmement développées destinées à l'autodéfense[24]. Si elle se sent gravement menacée, elle peut projeter une sécrétion huileuse et nauséabonde à une distance atteignant m, en visant généralement la face de l'agresseur[24]. L'espèce se distingue par une parade défensive spectaculaire : avant d'asperger son adversaire, elle tape frénétiquement des pattes avant sur le sol, hérisse sa fourrure, puis se dresse verticalement en faisant un véritable poirier. Elle marche ainsi sur ses membres antérieurs en direction de l'intrus tout en tournant la tête pour ajuster son tir[24], ne déclenchant sa projection qu'en ultime recours à une distance de deux à trois mètres[26]. Ses principaux prédateurs naturels incluent le Lynx roux, divers grands carnivores ainsi que les rapaces nocturnes.

Alimentation

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C’est un animal omnivore dont les sources de nourriture opportunistes dépendent étroitement des saisons[24]. En hiver, son régime comprend des lapins (notamment les lapins à queue blanche) et du maïs cultivé ; au printemps, elle consomme principalement des insectes et des souris sylvestres indigènes ; en été, les insectes prédominent, complétés par de petites quantités de fruits, d'oiseaux et d'œufs ; en automne, son alimentation est presque exclusivement constituée d'insectes[24]. C'est un excellent prédateur pour la capture des rongeurs[24]. Fait remarquable, cette espèce est également connue pour renverser et détruire les ruches d'abeilles afin d'en consommer les rayons de miel, supportant sans broncher les nombreuses piqûres qu'elle reçoit à cette occasion[24].

Reproduction et cycle de vie

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L'accouplement se produit principalement au printemps, durant les mois de mars et d'avril[24]. Toutefois, dans les États du sud, certaines femelles peuvent s'accoupler plus tardivement en juillet ou en août si elles n'ont pas trouvé de partenaire ou si elles ont perdu leur première portée ; des cas de femelles élevant deux portées au cours d'une seule année ont ainsi été observés[24]. Pendant la saison de rut, les testicules des mâles s'hypertrophient et leur taux de testostérone augmente, atteignant un pic en avril mais se maintenant jusqu'en juillet si les femelles sont réceptives à une seconde portée[24]. Les mâles ont tendance à errer de manière intensive et deviennent alors particulièrement agressifs, un phénomène au cours duquel ils aspergent sans hésitation tout gros animal croisant leur chemin[24].

Le comportement de parade inclut une brève course-poursuite qui s'achève lorsque le mâle saisit la femelle par la peau du cou (le tarse), les deux partenaires se laissant ensuite tomber sur le flanc[24]. La copulation dure généralement une minute et peut être répétée entre 10 et 20 fois de suite[24]. La gestation dure environ 50 à 65 jours, avec une moyenne brute estimée à 31 jours hors retard d'implantation chez certains individus[24]. La portée compte en moyenne 5 à 6 petits (les portées moyennes de l'espèce sont fixées à 5 petits)[24]. Les nouveau-nés naissent aveugles et parfaitement impuissants, mais leur corps est déjà recouvert d'un fin duvet qui dessine distinctement les marquages noirs et blancs caractéristiques[24]. Leurs yeux s'ouvrent entre 30 et 32 jours, et ils commencent à marcher et à jouer à l'âge de 36 jours[24]. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de 152 jours (environ 5 mois) pour les deux sexes selon les données démographiques, bien qu'ils ne se reproduisent généralement dans la nature qu'à partir de leur onzième mois[24]. L'espérance de vie moyenne constatée en captivité peut atteindre 10 ans[24].

La Spilogale et l’Homme

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Menaces et conservation

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La moufette tachetée orientale est délibérément chassée ou piégée par l'Homme pour la valeur commerciale de sa fourrure[24]. Elle est également victime de nombreuses collisions routières accidentelles avec les automobilistes en raison de ses déplacements relativement lents lorsqu'elle tente de traverser les voies de circulation[24].

Autrefois commune au sein des paysages ruraux où elle régulait efficacement les populations de rongeurs des granges, la moufette tachetée orientale a connu un effondrement global et spectaculaire de ses populations, estimé à plus de 90 % à travers toute son aire de répartition historique entre 1940 et 1980[26]. La situation s'avère particulièrement précaire dans les zones de sympatrie historique comme le Kansas, où les suivis contemporains indiquent une quasi-disparition des signalements pour S. putorius au profit d'infimes populations relictuelles de S. interrupta[28]. L'utilisation intensive de pesticides réduisant ses ressources alimentaires, la modernisation des infrastructures agricoles supprimant ses gîtes, les feux de forêt ainsi que l'impact du développement routier et du trafic automobile figurent parmi les causes majeures évoquées[29].

Risques sanitaires

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Sur le plan épidémiologique, l'espèce constitue un réservoir sauvage notable pour des agents pathogènes majeurs tels que la rage, la maladie de Carré ou l'histoplasmose, ce qui a pu accentuer localement son déclin[26]. Le fardeau parasitaire global (notamment les attaques de nématodes crâniens), combiné à l'isolement récent de petites populations fragmentées, fragilise grandement la résilience immunitaire de l'espèce face aux épizooties[30].

Notes et références

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Références

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  24. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 Myers, P., R. Espinosa, C. S. Parr, T. Jones, G. S. Hammond, and T. A. Dewey. The Animal Diversity Web (online). Accessed at https://animaldiversity.org, consulté le .
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Bibliographie

modifier
  • (en) Jenell de la Peña, Characterizing the ecology of plains (Spilogale interrupta) and eastern (Spilogale putorius) spotted skunks: a systematic literature review and population assessment in Kansas, Pittsburg State University, , thèse de master (lire en ligne)

Voir aussi

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Liens externes

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