Treize trésors de l'île de Bretagne
Les Treize Trésors de l'île de Bretagne (en gallois : Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydain) sont une série d'objets de la tradition galloise de la fin du Moyen Âge. Des listes de ces objets apparaissent dans des textes datant des XVe et XVIe siècles[1].
Le nombre de trésors est toujours donné à treize, mais certaines versions ultérieures énumèrent des objets différents, remplaçant ou combinant des entrées pour maintenir le nombre.
Manuscrits
modifierManuscrits :
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Historique
modifierLes divers trésors (tlws) comprennent des récipients ou ustensiles pour la nourriture et la boisson (panier, chaudron, pot, plat, corne et couteau), des objets liés à l'armement (épée, pierre à aiguiser) et au transport (licou, char), des vêtements (manteau) et d'autres objets encore (pierre, anneau et échiquier). La plupart des objets sont localisés dans le Hen Ogledd ou « Vieux Nord »[3], les régions de langue brittonique de ce qui est aujourd'hui le sud de l'Écosse et le nord de l'Angleterre ; certains manuscrits anciens font référence à l'ensemble de la liste comme étant des trésors « qui se trouvaient dans le Nord ».
Des versions ultérieures complètent également la liste simple par des commentaires explicatifs sur chaque trésor. Les différentes versions de la liste incluent les trésors suivants (voir détail plus bas)[3] :
- Poignée-Blanche, l'Épée de Rhydderch Hael (Dyrnwyn, gleddyf Rhydderch Hael) ;
- Le panier de Gwyddno Garanhir (Mwys Gwyddno Garanir) ;
- La Corne de Brân Galed du Nord (Corn Brân Galed o'r Gogledd) ;
- Le char de Morgan Mwynfawr (Car Morgan Mwynfawr) ;
- Le licol de Clydno Eiddyn (Cebystr Clydno Eiddin) ;
- Le couteau de (Cyllell Llawfrodedd Farchog) ;
- Le chaudron de Dyrnwch le Géant (Pair Dyrnwch Gawr) ;
- La pierre à aiguiser de Tudwal Tudglyd (Hogalen Tudwal Tudclyd) ;
- Le manteau de Padarn Beisrudd (Pais Badarn Beisrydd) ;
- Le pot/cruche...
- ...et le plat de Rhygenydd le Clerc (Gren a desgyl Rhygenydd Ysgolhaig) ;
- L'échiquier de Gwenddoleu ap Ceidio (Gwyddbwyll Gwenddoleu ap Ceidio ) ;
- Le manteau d'Arthur en Cornouailles (Llen Arthyr yng Nghernyw) ;
- Le manteau de Tegau à la Poitrine-d'Or (Tegau Eurfron (en), épouse de Caradoc).
- La pierre et l'anneau d'invisibilité qu'Eluned offre à Owain.
- Le coutre (cwlldr) de Tringer, fils de Nuddnot.
Parmi les trésors les plus anciens cités sont le panier, le chaudron et l'échiquier[3]. Les listes ultérieures incluent également deux trésors supplémentaires : le Manteau de Tegau Eurfon et la Pierre et l'Anneau d' Eluned (en). Lorsqu'ils apparaissent, l'un des autres trésors est abandonné, et le Pot et le Plat de Rhygenydd le Clerc sont comptés comme un seul objet[réf. nécessaire]. Les nouveaux objets proviennent de sources littéraires plutôt que traditionnelles ; le Manteau provient d'une version du conte de Caradoc, tandis que la Pierre et l'Anneau d'Eluned proviennent du conte en prose Owain, ou la Dame de la Fontaine.
Les fonctions de ces objets sont liées aux facultés (déplacement, vue), aux probations (bravoure) et à l'abondance des biens. Des histoires devaient s'attacher à chacun d'entre eux. Ces listes ont été approchées des objets merveilleux rapportés du Sid par Crimthann Nia Nar. Leur attribution à des personnages du Nord, « Gogledd », évoque l'origine des objets de pouvoir irlandais rapportés des Îles au Nord du Monde. Ces trésors prenaient-ils place sur une roue de l'année[3]?
Description
modifierCertains des objets magiques répertoriés peuvent être considérés comme ayant des origines plus anciennes dans la tradition narrative galloise. Les objets 1, 2 et 7, par exemple, sont également décrits dans le conte moyen-gallois Culhwch ac Olwen (daté provisoirement d'environ 1100), dans lequel Ysbaddaden le Géant donne à Culhwch, le cousin du roi Arthur, une liste de tâches impossibles (anoetheu) qu'il doit accomplir pour gagner la main de sa fille Olwen.
Dyrnwyn, l'épée de Rhydderch Hael
modifierRhydderch Hael est l'un des Trois Généreux de Bretagne mentionnés dans les Triades galloises comme un des « Trois hommes généreux de l'île de Bretagne : Nudd le Généreux, fils de Senyllt, Mordaf le Généreux, fils de Serwan, et Rhydderch le Généreux, fils de Tudwal Tudglyd »[4].
Il possédée une épée (gleddyf) nommée Poignée-Blanche (Dyrnwyn)[5]. Elle est décrite ainsi[6] :
« Si un homme de bonne famille le tirait lui-même, il s'enflammait de la poignée à la pointe. Et quiconque le demandait le recevait ; mais à cause de cette particularité, tous le rejetaient. C'est pourquoi on l'appelait Rhydderch le Généreux. »
Il est possible que cette épée soit la même que celle de Wrnach, bien que leurs propriétés diffèrent[7].
Le panier de Gwyddno Garanhir
modifierOn raconte que Gwyddno Garanhir (ou Gwyddno Garanir, « Longue-tige ») possédait un panier (mwys) qui multipliait la nourriture : si l'on mettait de la nourriture pour un homme dans le panier et que l'on l'ouvrait à nouveau, on constatait que la nourriture était multipliée par cent[6].
Il est cité dans le conte Culhwch et Olwen, parmi les nombreuses exigences du géant Yspaddaden à Culhwch comme conditions pour qu'il puisse épouser sa fille Olwen[8] :
« Même si tu obtiens ceci, il y a encore quelque chose que tu n'obtiendras pas. Le panier de Gwyddneu Garanhir, si le monde entier se réunissait, trois fois neuf hommes à la fois, la viande que chacun désirait s'y trouverait. J'exige d'en manger la nuit où ma fille deviendra ton épouse. Il ne le donnera à personne de son plein gré, et tu ne peux l'y contraindre. »
La Corne de Brân Galed
modifierLa Corne de Brân Galed (« l'Avare »), venue du Nord, aurait possédé la propriété magique de garantir que « toute boisson désirée s'y trouvait »[9]. Des notes marginales du texte du manuscrit Peniarth 147 (vers 1566) précisent cette brève entrée en précisant que Myrddin avait contacté les rois et seigneurs de Bretagne pour réclamer leurs trésors. Ils acceptèrent à la condition qu'il obtienne la corne de Brân Galed, estimant que la tâche serait impossible à accomplir (que ce soit en raison de la réputation d'avarice de Brân ou pour toute autre raison). Cependant, Myrddin réussit tant bien que mal à obtenir la corne à boire et reçut ainsi les autres trésors. Il emporta son trésor à la « Maison de Verre » (Tŷ Gwydr), où il resterait à jamais. En remontant la préhistoire de la corne jusqu'à la mythologie grecque, les mêmes notes racontent qu'Hercule avait retiré la corne de la tête du centaure qu'il avait tué, dont la femme avait ensuite tué le héros dans une vengeance sanglante[6],[10].
La divergence entre le surnom de Brân (« l'Avare ») et la propriété particulière de la corne enchantée semble s'expliquer par le poète gallois Guto'r Glyn, qui vécut au milieu du XVe siècle et fut donc contemporain des premières mentions du Tri Thlws ar Ddeg. Il raconte que Brân Galed était un noble du nord, que Taliesin transforma en un homme supérieur au Tri Hael, c'est-à-dire les trois hommes les plus généreux de Bretagne selon l'une des triades galloises,[11]. Parmi les bardes ultérieurs faisant allusion au trésor figurent Tudur Aled (en) et Iorwerth Fynglwyd[12].
L'identité de Brân Galed (à ne pas confondre avec Brân le Bienheureux) est incertaine. Son origine du nord, généralement décrite en termes généraux, est précisée ailleurs. Une note du XVIe siècle, rédigée par le scribe Gruffudd Hiraethog (en) (mort en 1564), identifie Brân comme le fils d'un certain Emellyr, ce qui semble faire référence au Brân fils d'Ymellyrn, décrit dans le cycle de poèmes de Llywarch Hen comme un adversaire des rois de Rheged. Ce dernier a également été assimilé au Brân combattant à Cynwyd (nord du Pays de Galles) dans le poème Gwarchan Tudfwlch, possiblement contre Owain de Rheged[13].
Le char de Morgan Mwynfawr
modifierLe char appartenant à Morgan Mwynfawr (« le Riche ») est décrit comme un véhicule magique qui permettrait d'atteindre rapidement n'importe quelle destination souhaitée[6],[14].
Le licol de Clydno Eiddyn
modifierAppartenant à Clydno Eidyn (Cebystr Clydno Eiddin ou Kebystr Klydno Eiddin), il était fixé à une agrafe au pied de son lit. Quel que soit le cheval qu'il désirait, il le trouvait dans ce licol[6]. Le licol de Clydno Eiddyn était aussi appelé le licol pratique, car il permettait d'attirer les chevaux de valeur[réf. nécessaire].
Le couteau de Llawfrodedd le cavalier
modifierLe couteau (Kyllell) de Llawfrodedd Farchog (en) (Llawfrodedd le cavalier), qui servirait à vingt-quatre hommes à manger à table[6].
Le chaudron de Dyrnwch le géant
modifierOn dit que le chaudron (paire) de Dyrnwch (ou Diwrnach) Gawr (le Géant) fait la différence entre les lâches et les braves : alors qu'il ne ferait pas bouillir la viande d'un lâche, il la ferait bouillir rapidement si elle appartenait à un brave[6],[15],[16].
La description remonte probablement à une histoire similaire à celle du conte moyen-gallois Culhwch ac Olwen, faisant également partie des anoetheu que Culhwch doit obtenir pour le banquet de mariage[13],[8] :
« Même si tu obtiens ceci, il y a encore quelque chose que tu n'obtiendras pas. Le chaudron de Diwrnach Wyddel, l'intendant d'Odgar, fils d'Aedd, roi d'Irlande, pour faire bouillir la viande de ton festin de noces. »
Le roi Arthur demande le chaudron au roi Odgar, mais l'intendant (maer) Diwrnach refuse de renoncer à son bien le plus précieux. Arthur se rendit en Irlande pour rendre visite à Diwrnach, accompagné d'un petit groupe, et fut reçu chez lui. Mais lorsque Diwrnach refusa une seconde fois d'accéder à sa requête, Bedwyr (ou Bédivère, le champion d'Arthur) s'empara du chaudron et le confia à l'un des serviteurs d'Arthur, qui devait le porter sur son dos. D'un seul coup d'épée appelé Caledfwlch (Excalibur), Llenlleawg l'Irlandais tua Diwrnach et tous ses hommes. Un affrontement avec les forces irlandaises s'ensuivit, mais Arthur et ses hommes les repoussèrent. Ils embarquèrent sur leur navire Prydwen (en) et, emportant le chaudron chargé du butin de guerre, retournèrent en Bretagne[17].
Dans Culhwch, aucun pouvoir particulier n'est attribué au chaudron de Diwrnach. Cependant, le poème antérieur Preiddeu Annwfn (en) (Le Butin d'Annwfn) fait référence à une aventure d'Arthur et de ses hommes pour obtenir un chaudron aux propriétés magiques équivalentes à celui figurant sur la liste des treize trésors. Dans ce poème, le propriétaire du chaudron n'est pas un seigneur irlandais, mais le roi d'Annwn, l'Autre Monde gallois, ce qui suggère que la version de Culhwch est une tentative ultérieure d'évhémériser un conte plus ancien[18],[19].
Le nom de Diwrnach, qui dérive de l'irlandais Diugurach et ne présente aucune provenance littéraire, a peut-être été choisi par l'auteur de Culhwch ac Olwen pour souligner le cadre irlandais de son histoire. Bien que Dyrnwch ne soit pas lui-même décrit comme un Irlandais, il est probable que son nom remonte à Diwrnach. Les manuscrits existants de Tri Thlws ar Ddeg présentent également des variantes orthographiques telles que Dyrnog et Tyrnog, sans la terminaison à consonance irlandaise, mais dans l'ensemble, celles-ci s'expliquent mieux comme des approximations galloises d'un nom étranger[19].
La pierre à aiguiser de Tudwal Tudglyd
modifierTudwal Tudglyd (ou Tudwal Tutklyd) est l'un des Trois Généreux de Bretagne mentionnés dans les Triades galloises comme un des « Trois hommes généreux de l'île de Bretagne : Nudd le Généreux, fils de Senyllt, Mordaf le Généreux, fils de Serwan, et Rhydderch le Généreux, fils de Tudwal Tudglyd. »[4].
Concernant sa pierre à aiguiser (Hogalen) : si un brave aiguisait son épée dessus, si elle faisait couler le sang d'un homme, celui-ci mourrait. Si un lâche aiguisait son épée dessus, il (son adversaire) serait épargné[6].
Le manteau de Padarn Beisrudd
modifierLe manteau (ou la tunique) de Padarn Beisrudd (ou Peisrudd[20] ou Beisrydd[21]) au Manteau : si un homme bien né le mettait, il serait à la bonne taille pour lui ; si c'était un rustre, il ne lui irait pas[6].
D'autres versions avancent qu'aucun mal ne surviendrait à quiconque la porterait, ou qu'elle conviendrait à un noble ou à un rustre, qu'il soit grand ou petit et qu'elle lui siérait aussi bien qu'à Padarn lui-même[22]. Il convient de mentionner que Patern de Vannes était également réputé détenir une très belle tunique[23].
Le pot et le plat de Rhygenydd Ysgolhaig
modifierÉchiquier de Gwenddoleu ap Ceidio
modifierL'échiquier (Gwyddbwyll) de Gwenddoleu ap Ceidio (Gwenddolau, fils de Ceidio) : si les pièces étaient posées, elles joueraient seules. L'échiquier était d'or et les pions d'argent[6].
Dans le conte gallois Peredur ab Evrawc, Peredur entre dans un château où il trouve un tel échiquier magique[25] :
« Lorsqu'il arriva dans la salle, la porte était ouverte et il entra. Il aperçut un échiquier dans la salle, et les pièces jouaient les unes contre les autres, seules. Le camp qu'il favorisait perdit la partie, et les autres poussèrent alors un cri, comme s'ils étaient des hommes vivants. Furieux, Peredur prit les pièces sur ses genoux et jeta l'échiquier dans le lac. Après cela, voici que la jeune fille noire entra et lui dit : « Le Ciel ne te sera pas favorable. Tu préfères faire le mal que le bien. » « Quel reproche me portes-tu, jeune fille ? » demanda Peredur. « Tu as causé à l'Impératrice la perte de son échiquier, qu'elle n'aurait jamais perdu pour tout son empire. Pour le récupérer, tu dois te rendre au château d'Ysbidinongyl, où se trouve un homme noir qui ravage les domaines de l'Impératrice. Si tu peux le tuer, tu récupéreras l'échiquier. Mais si tu y vas, tu n'en reviendras pas vivant. » « Veux-tu m'y conduire ? » demanda Peredur. « Je te montrerai le chemin », répondit-elle. Il se rendit donc au château d'Ysbidinongyl et combattit l'homme noir. Ce dernier implora la clémence de Peredur. « Je t'accorderai ma clémence », dit-il, « à condition que tu fasses remettre l'échiquier à l'endroit où il se trouvait lorsque je suis entré dans la salle. » La jeune fille s'approcha alors de lui et lui dit : « Que le Ciel te malédiction pour ton œuvre, puisque tu as laissé en vie ce monstre qui ravage tous les biens de l'Impératrice. » « Je lui ai donné la vie sauve », dit Peredur, « afin qu'il puisse faire restituer l'échiquier. » « L'échiquier n'est plus à l'endroit où tu l'as trouvé ; retourne donc et tue-le », répondit-elle. Peredur retourna donc et tua l'homme noir. »
Le Manteau d'Arthur en Cornouailles
modifierOn dit que le manteau (llen ou gwenn[26]) du roi Arthur rend invisible quiconque se trouve en dessous (en), tout en lui permettant de voir les autres[6].
Cet objet est connu par deux autres sources : les contes en prose Culhwch et Olwen (vers 1100) et Le songe de Rhonabwy (début du XIIIe siècle). Un manteau très similaire apparaît également dans la deuxième branche du Mabinogi, Branwen ferch Llŷr (en) (Branwen, fille de Llŷ), où il est utilisé par Caswallawn pour assassiner les sept intendants abandonnés par Brân le Bienheureux et usurper le trône[27].
Dans Culhwch, le manteau d'Arthur figure parmi les seuls objets qu'Arthur refuse d'offrir au protagoniste Culhwch, mais il n'est ni nommé ni décrit. Cependant, les noms de plusieurs autres objets contiennent l'élément gwyn, signifiant « blanc ; sacré ; béni », suggérant des liens avec un autre monde pour l'ensemble de la liste[28].
Dans Le Songe de Rhonabwy, le manteau est nommé Gwenn et possède des propriétés analogues à celles données dans la liste des Treize Trésors, bien qu'ici ce soient ceux qui le recouvrent qui deviennent invisibles[29].
Le manteau de Tegau à la poitrine d'or
modifierTegau à la Poitrine d'Or (Tegau Eurfron (en), épouse de Caradoc) était une héroïne galloise. Les Triades galloises la présente comme une des « Trois chastes jeunes filles de l'île de Bretagne : Trywyl, fille de Llynghesawl à la main généreuse ; Gwenvron, fille de Tudwal Tudclud ; et Tegau Eurvron, qui était l'une des trois belles dames de la cour d'Arthur ». Elle y est aussi décrite en tant qu'une des « Trois belles dames de la cour d'Arthur : Dyvir aux cheveux blonds ; Enid, fille du comte Yniwl ; et Tegau Eurvron. C'étaient les trois excellentes dames de la cour d'Arthur »[4].
Son manteau ne pouvait être porté par une femme ayant violé son mariage ou sa virginité. Il descendait jusqu'au sol lorsqu'il était porté par une femme fidèle, mais ne pendait que sur les genoux d'une épouse infidèle.
Un commentaire du Percy Folio[30] souligne :
« Aucun incident n'est plus fréquent dans la fiction romantique que l'emploi d'un artifice magique pour tester la fidélité conjugale ou la constance amoureuse. Dans certains romans de la Table Ronde, et dans les contes qui s'en inspirent, cette expérience est réalisée au moyen soit d'une corne enchantée, dont les propriétés empêchent tout mari déshonoré ou toute épouse infidèle de boire sans renverser son sang, soit d'un manteau qui ne convient qu'aux femmes chastes. Les plus anciens exemples connus de ces ordalies sont fournis par le Lai du Corn, de Robert Bikez, un ménestrel français du XIIe ou XIIIe siècle, et le Fabliau du Mantel Mautaillé, qui, de l'avis d'un critique compétent, date de la seconde moitié du XIIIe siècle et n'est que l'ancien lai transformé. (Wolf, Ueber die Lais, 327, sq., 342, sq.) Il ne faut cependant pas supposer que l'une ou l'autre de ces pièces nous présente la forme primitive de cette invention humoristique. Robert Bikez nous dit qu'il a appris son histoire d'un abbé, et que ce « noble ecclésiastique » n'était qu'un élément plus ancien dans une tradition que la curiosité ne remontera jamais à sa source. Nous nous contenterons de relever les cas les plus remarquables d'utilisation de ces talismans et d'autres similaires dans la littérature d'imagination. »
La pierre et l'anneau d'Eluned la Fortunée
modifierC'est un anneau magique (en) rendant son porteur invisible quand on tourne son chaton à l'intérieur de sa main et qu'on ferme la main dessus. Il est confié par Laudine (ou Eluned (en)) à Owein lorsqu'il est enfermé entre deux herses dans les contes semblables Owein ou la Dame à la fontaine et Yvain ou le Chevalier au lion[31].
Joseph Loth, dans sa traduction d'Owein, explique dans une note de bas de page[32] :
« Il est question, dans des récits de tous pays, d’anneaux de ce genre. L’anneau de Gygès est un des plus fameux. Celui-ci est compté, dans un texte gallois que je cite d’après lady Guest, parmi les treize raretés de l’île, gardées primitivement à Caerlleon sur Wyse. Ces curiosités avaient été emportóes par Myrddin, fils de Morvran, dans la maison de verre à Enlli ou Bardsey Island. D’autres en font la propriété de Taliesin. « La pierre de l’anneau d’Eluned qui tira Owein ah Urien : feutre la herse et le mur ; quiconque la cachait était caché par elle. » »
Le coutre de Tringer, fils de Nuddnot
modifierArticles connexes
modifier- Quatre trésors, les quatre reliques de l'Irlande
- Les Chroniques de Prydain, qui incluent Dyrnwyn dans son mythe.
Références
modifier- ↑ Mary Jones. "Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydain". From maryjones.us. Retrieved June 16, 2009.
- ↑ Rachel Bromwich (en), Trioedd Ynys Prydein (1978): 242-3.
- 1 2 3 4 5 Philippe Jouët, Dictionnaire de la Mythologie et de la Religion Celtiques, 2024, p. 1035.
- 1 2 3 Triads of Britain, Iolo Morganwg (1823), traduit par William Probert, 103 & 108. (lire en ligne, en anglais).
- ↑ Tri Thlws ar Ddeg, ed. and tr. Bromwich (1978): p. 240-1.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) « Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydain : The Names of the Thirteen Treasures of the Island of Britain, which were in the North (d'après Trioedd Ynys Prydein. trans. and ed. by Rachel Bromwich. Cardiff: UWP, 1961.) », sur The Celtic Literature Collective (consulté le )
- ↑ « L'épée de Rhydderch Hael : Dyrnwyn », sur L'Arbre Celtique
- 1 2 Culhwch et Olwen (lire en ligne, en anglais)
- ↑ Tri Thlws ar Ddeg, ed. and tr. Bromwich (1978): 241.
- ↑ Rachel Bromwich (en), Trioedd Ynys Prydein (1978): 245.
- ↑ Mary Jones, "The Horn of Bran", citing Guto'r Glyn, Gwaith Guto'r Glyn, ed. Ifor Williams and Llywelyn Williams. Cardiff, 1939. p. 218, lines 61-4.
- ↑ Carey, Ireland and the Grail, p. 74 note 33.
- 1 2 Carey, Ireland and the Grail, p. 69-70.
- ↑ Peter C. Bartrum, « Morgan ab Athrwys », dans A Welsh Classical Dictionary : People in History and Legend up to about 1000 A. D., National Library of Wales, 1993 (lire en ligne archive), p. 552-553.
- ↑ « Le chaudron de Diwrnach », sur L'Arbre Celtique
- ↑ Tri Thlws ar Ddeg, ed. and tr. Bromwich (1978): p. 240 and 242.
- ↑ Culhwch ac Olwen, ed. Bromwich and Evans, p. 24 and 37; tr. Jones and Jones, p. 103, 115-6. Bromwich, Trioedd Ynys Prydein (1978): 246.
- ↑ Green, Concepts of Arthur.
- 1 2 Sims-Williams, "The significance of the Irish personal names in Culhwch and Olwen." p. 603-4.
- ↑ Rachel Bromwich, The North Britain Triads (Trioedd Ynys Prydein), (lire en ligne)
- ↑ « Le manteau de Padarn Beisrydd », sur L'Arbre Celtique
- ↑ Études Celtiques, Peter Bartrum Tri Thlws ar Ddeg Ynys Brydain (The Thirteen Treasures of the Island of Britain) [article] vol. 10, fascicule 2, 1963. p. 469-470.
- ↑ C.f §21 de sa Vita
- ↑ « La cruche et le plat de Rhygenydd l'ecclésiastique », sur L'Arbre Celtique
- ↑ Peredur ab Evrawc, lire en ligne, en anglais
- ↑ « Le Manteau d'invisibilité d'Arthur (Gwenn) », sur L'Arbre Celtique
- ↑ Jeffrey Gantz (translator) (1987). The Mabinogion. New York: Penguin. ISBN 0-14-044322-3., p. 80.
- ↑ Culhwch ac Olwen, ed. Bromwich and Evans, p. 63.
- ↑ Gantz, p. 185.
- ↑ Percy's Folio Manuscript: Ballads and Romances, vol. II, London, N. Trübner & Co., 1867, p. 301 (lire en ligne)
- ↑ Rachel Bromwich, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, University of Wales Press, , 576 p. (lire en ligne)
- ↑ Joseph Loth, traduction d'Owein, lire en ligne.
Bibliographie
modifierSources primaires
modifier- Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydain, éd. et tr. Rachel Bromwich, Trioedd Ynys Prydein. Cardiff : Presses de l'Université du Pays de Galles, 1978 ; éd. révisée. 1991 (Édition critique des textes trioedd avec notes, publiés pour la première fois en 1961). Annexe III. Édité à partir de Cardiff MS. 17, p. 95–6 et autres variantes.
- Culhwhc ac Olwen, éd. Rachel Bromwich et D. Simon Evans, Culhwch and Olwen: An Edition and Study of the Oldest Arthurian Tale. University of Wales Press, 1992 ; trad. Jones et Jones, The Mabinogion.
- Trioedd Ynys Prydein . trans. et éd. par Rachel Bromwich. Cardiff : UWP, 1961.
Sources secondaires
modifier- Carey, John. L'Irlande et le Graal . Aberystwyth : Celtic Studies Publications, 2007.
- Gantz, Jeffrey (traducteur) (1987). Le Mabinogion. New York : Penguin. .
- Green, Thomas (2007). Concepts d'Arthur . Stroud, Gloucestershire : Tempus. (ISBN 978-0-7524-4461-1).
- Jones, Marie. "Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydain" . De maryjones.us. Récupéré le .
- Jones, Mary. « La Corne de Bran » . Source : maryjones.us. Consulté le .
- Sims-Williams, Patrick. « L'importance des noms irlandais dans Culhwch et Olwen », Bulletin of the Board of Celtic Studies, 29 (1982) : 607–10.
Lectures complémentaires
modifier- Bartrum, Peter C. "Tri Thlws ar Ddeg Ynys Prydein." Études Celtiques 10 (1963). 434-77.
- Rowlands, Eurys I. "Y Tri Thlws ar Ddeg." Llên Cymru 5 (1958/9) : 33-69, 145-7.