Château d'Oiron
Le château d'Oiron (anciennement Oyron) est un édifice situé à Oiron (commune de Plaine-et-Vallées), en Deux-Sèvres. Le château de style Renaissance et classique fut bâti principalement par la famille Gouffier.
| Château d'Oiron | ||||
Le château d'Oiron en 2024. | ||||
| Période ou style | Château fort (premier château) Renaissance et Classicisme (château actuel) |
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| Début construction | XVe siècle | |||
| Fin construction | XVIIIe siècle | |||
| Propriétaire initial | Guillaume Gouffier | |||
| Propriétaire actuel | État | |||
| Destination actuelle | Musée | |||
| Protection | ||||
| Coordonnées | 46° 57′ 06″ nord, 0° 04′ 39″ ouest | |||
| Pays | ||||
| Région historique | Nouvelle-Aquitaine | |||
| Département | Deux-Sèvres | |||
| Commune | Oiron (Plaine-et-Vallées) | |||
| Géolocalisation sur la carte : Deux-Sèvres
Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Aquitaine
Géolocalisation sur la carte : France
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| Site web | https://www.chateau-oiron.fr/ | |||
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Classé monument historique en 1923 puis inscrit en 1943, il est depuis 1946 une propriété de l'État, qui imagine pour le lieu, une collection d'art contemporain.
Histoire
modifierOrigines de la seigneurie d'Oiron au Moyen-Âge (jusqu'en 1450)
modifierLa plus ancienne mention connue du nom "Oiron" date de l'année 955 ou 956 à travers le cartulaire de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers mentionnant le nom de "Orioni"[1].
Au XIIe siècle, la seigneurie d'Oiron appartient à une famille locale, les d'Oiron (Aimery d'Oiron est chanoine de Saint-Laon de Thouars au XIIe siècle).
Le , le domaine entre possession des Thouars sous le vicomte Hugues II († 1333), sa veuve Jeanne de Bauçay l'eut en douaire dès 1350. Dans une charte du , elle prend le titre de Dame de Mauléon et d'Oiron puis y fonde l'aumônerie Sainte-Anne avec l'aval de l'évêque de Poitiers, Fort d'Aux[2].
Les dernières propriétaires de cette famille sont Péronnelle († 1397), elle y fonde en 1396 le couvent des chartreux qui doit accueillir treize religieux[3], et Isabeau de Thouars, fille de Louis Ier de Thouars, le neveu d'Hugues II. Lors du décès de Péronnelle, sa sœur Isabeau était marié avec Ingelger Ier d'Amboise († 1373 ; fils aîné de Pierre Ier d'Amboise) et c'est leur fils, Pierre II († 1422) qui en prend possession.
En 1422, date de la mort de Pierre II, Louis d'Amboise (1392-1469) hérite du domaine, mais il décide de vendre Oiron le à Pierre Bérard, maître d’hôtel du roi Charles VII, trésorier de France et seigneur de Chizé, ainsi qu'à Jacques Charrière contre 5 000 écus d'or. Puis vers la fin des années 1440, Jean Barillet dit de Xaincoins, receveur général des finances, rachète le domaine à ces derniers[4]. Lié à Jacques Cœur († 1456), il est disgracié en 1449 (procès du au ), avant même la chute de l'Argentier de Charles VII (1422-61), il est condamné et ses biens sont saisis par la Couronne[5].
La famille Gouffier et Oiron (1450-1700)
modifierGuillaume Gouffier : le premier du nom à Oiron (1450-1461 puis 1465-1495)
modifierCharles VII donne la terre d'Oiron à Guillaume Ier Gouffier (1420/25-1495), sénéchal de Saintonge et chambellan du roi, le . Il est cependant disgracié dès 1457, mais si plusieurs de ses possessions lui sont retirées, il conserve la terre d'Oiron[6]. Néanmoins, son domaine est saisi quelques années plus tard par Louis XI lors de son avènement à la couronne en 1461 (le nouveau roi se venge des favoris de son père Charles VII), Xaincoins retrouve alors Oiron.
Il finit par récupérer définitivement le domaine le et y obtient le droit de haute justice en par lettre de Louis XI au détriment de la vicomté de Thouars, qui est alors sous contrôle du roi[7]. Les descendants de Guillaume Gouffier vont conserver Oiron jusqu'en 1700, date de la vente du domaine à Madame de Montespan[8].
Guillaume Gouffier assure par ailleurs la puissance de sa famille en se mariant d'abord avec Louise d'Amboise (1429-1460, fille de Pierre d'Amboise) puis après le décès de cette dernière avec Philippe de Montmorency († 1516, fille de Jean II et tante du connétable Anne), c'est ainsi qu'auraient pu arriver à Oiron certains portraits de cette famille.
C'est à Guillaume que l'on doit le premier château d'Oiron entouré de quatre tours, il s'inspire du château du Plessis-Bourré édifié par Jean Bourré (1424-1506) entre 1468 et 1473[9].
Il décède le et c'est son fils Artus qui hérite du domaine.
Au plus près de la cour : Artus un très proche de François Ier (1495-1519)
modifierArtus Gouffier de Boisy (1474-1519 ; fils de Philippe de Montmorency) suit Charles VIII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515) pendant les guerres d'Italie où il reçut la terre de Caravaz (devenu marquisat de Carabas dans Le Chat Botté de Charles Perrault), il laisse alors à sa mère, Philippe de Montmorency, le soin de gérer le domaine, ce qu'elle fait jusqu'à sa mort en 1516.
Durant ses voyages en Italie, Artus s'intéresse à l'art de ce pays et c'est lui qui commence l'importante collection de peinture familiale. C'est alors qu'il se voit confier l'éducation du jeune duc d'Angoulême héritier du trône de France, le futur François Ier (1494-1547 ; 1515-47) grâce à son mariage avec la fille de Louis XII, Claude de France, ce dernier n'ayant pas d'héritier mâle.
Dès son accession au pouvoir, François Ier nomme Artus grand maître de France, le , l'une des charges les plus importantes du royaume. Il accompagnera par la suite le roi dans de nombreuses batailles notamment celle de Marignan. Le rôle et l'importance que jouent Artus pour François Ier est très forte, au point que toute la cour séjourne au château le [10].
Peu de temps avant sa mort, en 1519, il reçoit du roi le titre de duc de Roannez et devient pair de France, érection inédite pour un non prince de sang, son décès annule cependant l'enregistrement du titre et il faudra attendre en 1566 pour que son fils, Claude († 1570) devienne duc.
Au château, il entreprend la construction de la galerie basse de l'aile nord, ce sont ses seules réalisations son décès à seulement 44 ans met un terme à de plus amples projets.
Sa plus grande œuvre reste à l'extérieur du château avec la reconstruction de l'église du village, qu'il transforme en collégiale, elle est achevée par sa veuve, Hélène de Hangest et son fils Claude. Elle est consacrée par l'évêque de Poitiers, Gabriel de Gramont et abrite aujourd'hui encore son gisant ainsi que celui de sa mère, de son fils Claude, et l'un de ses frères Guillaume (ca. 1482-1525 à Pavie)[11].
Ce dernier, amiral de France, fut le bâtisseur du château de Bonnivet (aujourd'hui disparu), qui fût en son temps l'une des plus belles demeures de la Renaissance française[12].
Après la mort d'Artus des suites d'une crise de goutte, sa veuve peut continuer pleinement à jouir du domaine jusqu'à sa mort début 1538, c'est ensuite son fils Claude qui en prend pleinement possession hérite et avec lui, il va atteindre son apogée.
Importante transformation du château : Claude Gouffier, collectionneur et homme important du XVIe siècle (1519-1570)
modifierClaude Gouffier profite du prestige de son père, pour se faire une place de choix à la cour, il est cependant moins proche de François Ier que son paternel, bien qu'il accompagne le roi lors de batailles, notamment celle de Pavie en 1525.
Il obtient en conséquences des charges, bien que prestigieuses, sans équivalence par rapport à celle d'Artus. Il est nommé dès 1535 premier gentilhomme de France puis en 1545, capitaine des cent Gentilshommes de la Maison du Roi. Enfin, un an plus tard, il devient grand écuyer de France, titre qu'il gardera jusqu'à sa mort en 1570, c'est le plus prestigieux de sa vie et de nombreuses références à ce dernier, ainsi qu'à celle de capitaine des cent Gentilshommes, sont présentes au sein du château notamment sur la tour dite de l'épée construite entre 1548 et 1550[13].

Le grand écuyer va radicalement changer la face du château, en transformant le logis médiéval en un château Renaissance sur le modèle de celui du Plessis-Bourré. Sa réalisation la plus notable encore visible aujourd'hui est l'érection d'une magnifique galerie peinte au premier étage au cours de la première moitié du XVIe siècle (voir dans la rubrique consacrée).
Même si l'importance de Claude est moindre que l'était celle de son père, il jouit d'un certain prestige notamment sous le règne d'Henri II (1547-1559) et de ses successeurs, en profitant de faveurs auprès de Catherine de Médicis (1519-1589), qui l'appel "Mon cousin"[14].
L'un des témoignages qui montre son importance auprès des différents souverains, c'est les deux fois où il accueille la cour au château. La première est celle d'Henri II en [15], avec notamment Catherine de Médicis, Diane de Poitiers († 1566) et Anne de Montmorency (1493-1567) ; la deuxième est celle de Charles IX (1560-1574) avec Catherine de Médicis en , lors de leur Grand Tour de France[16].
Les dernières années de la vie du grand écuyer sont compliquées, le château est pillé une première fois en , par les Huguenots lors de la 3e guerre de Religion qui agissent sous les ordres de François de Coligny d'Andelot, son cousin au troisième degré (ils ont le même arrière-grand-père, Jean II de Montmorency). Il est alors fait prisonnier et emmené à La Rochelle[17], et n'est libéré que le par Louis Ier de Bourbon-Condé en échange d'une forte rançon payée par Charles IX[18]. Le château est à nouveau pillé en par les Huguenots, toujours lors de la 3e guerre de Religion, avant la bataille de Moncontour.
Il meurt à Villers-Cotterêts, le , et est inhumée dans la collégiale d'Oiron, où son gisant est encore visible aujourd'hui derrière celui de son paternel.
Louis Gouffier : l'opposition au pouvoir (1582-1642)
modifierConnaissant leur apogée sous le règne de François Ier, les Gouffier vont connaitre une lente mais longue perte d'importance à la cour après les morts successives des rois Valois : Henri II († 1559), François II († 1560), Charles IX († 1574) et Henri III († 1589).
L'arrivée au pouvoir d'Henri IV (1589-1610) beau-frère d'Henri III, instaure une nouvelle dynastie, celle des Bourbon, mettant un terme à la maison des Valois et de facto à l'influence des Gouffier.
La famille Gouffier connaît également des moments compliqués avec la mort à seulement 29 ans de Gilbert Gouffier en 1582, sa veuve occupe le rôle de tutrice pour leur jeune fils : Louis Gouffier alors âgé de seulement six ans.
Arrivé à l'âge adulte, il devient gouverneur de Poitiers le puis conseiller d'État le . Il est également capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du Roi et servit pendant la guerre de Savoie qui dure de 1600 à 1601[19].
Ses choix politiques le mettent plusieurs fois en opposition directe avec la royauté, c'est notamment le cas quand il conteste la régence de Marie de Médicis, en allant jusqu'à soutenir le prince de Condé, Henri II de Bourbon, qui le sollicite plusieurs fois pour qu'il lui ouvre les portes de la ville[20]. En 1620, il décide cette fois de soutenir Marie de Médicis dans la seconde guerre qui l'oppose à son fils Louis XIII[21].
Au début des années 1630, il soutient désormais Gaston de France frère cadet de Louis XIII et le rejoint dans son exil en Lorraine par opposition au cardinal de Richelieu. Cette action lui vaut d'être condamné à mort par contumace fin , puis d'être à nouveau condamné à la même sentence, le de la même année, pour faux monnayage, cause qui lui vaut une troisième condamnation le . Cette condamnation se transforme finalement en exil forcé à Oiron[22].
Cet exil est l'occasion pour lui de faire de continuer les importants travaux qu'il a déjà commencé au château depuis le milieu des années 1620. Il fait d'abord élever le pavillon du Roi en reconstruisant le corps de logis qui n'avait que peu évoluer depuis l'époque de son grand-père Claude. Il fait réaliser différents décors peints et plafonds, dont une salle des Amazones ornée de quinze tableaux « à grands personnages », des travaux de décoration intérieurs attribués à Jacques Despied et à Charles Beaubrun (déjà cité, avec son frère Henri, par Henri Clouzot) - à qui le duc avait commandé sept tableaux le pour la salle de l'appartement du Roi - qui s'associent le pour les ouvrages de peinture à y faire ; Despied, qualifié de vitrier, ira ensuite dorer des cadres au château de Thouars, propriété des ducs de La Trémoille[23].
Un portrait de Louis Gouffier est conservé au musée Sainte-Croix à Poitiers, tandis qu'un autre présumé du petit-fils de Claude Gouffier qui orné autrefois la salle des Amazones est encore aujourd'hui au château (c'est le seul de cette salle encore conservé à Oiron), les deux tableaux sont attribués à Antoine Ricard[23].
Il fait également construire une chambre du roi dont les peintures au plafond montrant notamment les chutes d'Icare et de Phaéton rappelle l'exil forcé de l'ex-gouverneur de Poitiers à Oiron, elles font également allusion à la rivalité qui l'oppose au cardinal de Richelieu.
Louis Gouffier retrouve néanmoins les faveurs du roi, après qu'une lettre de Louis XIII, daté du , le place dans l'armée d'Italie commandé par le cardinal de Valette, il est alors « porteur de dépêches »[24].
Disparition de la famille Gouffier à Oiron (1642-1667)
modifierSa descendance fait perdre tout le peu d'influence qu'il reste à la famille : son fils Henri Gouffier (1605-1639) meurt prématurément. Une nouvelle période où aucun Gouffier n'est en âge de s'occuper de ses affaires s'ouvre, Anne-Marie Hennequin, veuve d'Henri Gouffier s'occupe de la tutelle de son fils Artus III de Roannez (1627-1696).
Ce dernier achète en 1651 à François de La Rochefoucauld, sa charge de gouverneur du Poitou, il décide de soutenir la régence d'Anne d'Autriche et du cardinal de Mazarin pendant la Fronde des princes.
Il devient également un ami intime de Blaise Pascal (1623-1662), il se convertit au jansénisme et décide de se retirer à l'abbaye de Port-Royal au milieu des années 1660, sans pour autant prendre « prit une manière d'habit d'ecclésiastique sans être jamais entré dans les ordres » selon Saint-Simon[25].
Après cette retraite, Artus III cède en 1667 son héritage à sa sœur Charlotte Gouffier de Roannez (1633-1683), elle aussi très proche de Pascal, après l'avoir préalablement mariée le de la même année avec le duc de La Feuillade, François III d'Aubusson (1625-1691).
XVIIe siècle : les La Feuillade, une renaissance de courte durée (1667-1700)
modifierAprès ce mariage, La Feuillade devient également duc de Roannez, il est ensuite fait maréchal de France en 1675 : l'évocation de sa charge est visible à travers des bâtons posés en sautoir sur certains bâtiments, puis devient gouverneur du Dauphiné en 1681.
Il fait édifier par l'entrepreneur Guillaume Cornesse – son père Jacques Cornesse édifia le château voisin de Thouars à la fin des années 1630 – le pavillon dit « des Trophées », qui intègre dans le corps de logis la chapelle et l'escalier Renaissance, du rare type dit « à noyau central évidé ».
L'inventaire après décès de son épouse, le , mentionne « le salon neuf, la chambre de la tour neuve et les pavillons neufs de l'avant-cour », figurés sur la vue du château levée en 1699 par Louis Boudan pour François Roger de Gaignières. L'apparence actuel du château est l’œuvre de La Feuillade qui transforme profondément le bâtiment hérité après le décès de Louis Gouffier.

Il réalise tous ces travaux, dans l'idée de faire venir Louis XIV au château ; mais ce dernier, le jugeant certainement trop éloigné de la vie de la cour, ne vient pas et La Feuillade se désintéresse alors totalement d’Oiron pour aller aménager la place des Victoires à Paris[26].
Le maréchal, qui acquit en 1679 la terre de Curçay, et en 1686 de celle de Moncontour, est mentionné résidant au château en ; la demi-lune dite « en patte-d'oie » commandant trois grandes allées plantées d'ormes qu'il fait tracer dans l'axe central du château est inspirée des exemples de celui de Richelieu, également en Poitou, et surtout de Versailles[27].
De son mariage avec Charlotte Gouffier il a quatre enfants, mais un seul, Louis d'Aubusson (1673-1725) aussi maréchal, atteint l'âge adulte et devient l'héritier de la famille, héritant du château à la mort de son père. Dans le deuxième tome de ses Mémoires, Saint-Simon (1675-1755) courtisan de Louis XIV, parle de lui en ces termes[28] :
« Il paraissait avoir des amis, et il en trompa longtemps. C'était un cœur corrompu à fond, une âme de boue, un impie de bel air et de profession ; pour tout dire, le plus solidement malhonnête homme qui ait paru depuis longtemps. »
Il rend hommage pour la terre d'Oiron le , mais endetté il ne réalise aucun travaux dans le monument. Il vend Oiron ainsi que Curçay, Moncontour et Tersay (proche d'Oiron) pour 340 000 livres le à son créancier Pierre Sauvage, bourgeois de Paris, probable prête-nom d'une « bande noire ». Ayant exercé sa faculté de réméré, il est remis en possession du domaine le , mais revend finalement définitivement les lieux le de la même année, mettant fin à 250 ans de présence des Gouffier et leurs descendants à Oiron.
Entre les mains des Montespan (1700-1739) et des Villeroy (1739-1772)
modifierMadame de Montespan, propriétaire la plus connue des lieux (1700-1707)
modifierLouis d'Aubusson a revendu le domaine pour 315 600 livres, et par personnes interposées, à Madame de Montespan (1640-1707), qui finalisa le budget d'acquisition avec les 100 000 livres données par Louis XIV pour racheter un collier de 21 perles qui en valait 150 000, selon Saint-Simon[29]. La Montespan achète également la terre de Tercé contre 21 000 livres le également à d'Aubusson[30].
Cet achat était fait au profit du seul fils légitime de la favorite, Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin (1664-1736), que Louis XIV fit successivement lieutenant général (1702), gouverneur de l'Orléanais (), surintendant des bâtiments, jardins, arts et manufactures () ainsi que duc et pair (1711).
Le marquis, qui reçut de sa mère 340 000 livres destinées à cet achat le , fut déclaré adjudicataire du domaine d'Oiron le .
L'ex-favorite se partagea alors entre Oiron — dont elle était usufruitière et où elle transféra le l'hospice de la Sainte-Famille qu'elle avait créé en 1693 à Fontevraud-l'Abbaye ; où sa sœur, Marie-Madeleine-Gabrielle (1645-1704), était la reine des Abbesses à laquelle le roi confia l'abbaye de Fontevraud — et ses cures à Bourbon-l'Archambault.
Au château elle fit poser des plaques de cheminées avec ses armes, datées de 1700, dont de nombreuses sont encore visibles aujourd'hui, et des carrelages en faïence de Nevers à camaïeu bleu sur fond blanc dont il restait six caisses à sa mort et qui sont désormais visibles pour une partie dans l'ancienne bibliothèque du château.
Elle fait également poser plafond, parquets à compartiments, portes et lambris dont un cabinet entièrement "boisé" de chêne naturel ; la chapelle de l'hospice, destinée à recevoir cent pauvres, fut bénie le , cette dernière, sert aujourd'hui de maison de retraite. Dans un souci de symétrie, elle fait également construire le premier et le deuxième étage de la tour droite du château dite "des ondes", en référence au blason de sa famille, les Rochechouart, et à sa devise : « Avant que la mer fût au monde, Rochechouart portait les ondes ».
Sa mort en alors qu'elle prend les eaux dans ses cures de Bourbon-l'Archambault met un terme à de plus amples travaux[31].
Entre désintérêt pour le lieu et lente décadence : la période du duc d'Antin (1708-1739)
modifierEn et son fils, Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin (1665-1736), fit transporter des meubles dans son château de Bellegarde, sa résidence préférée ; quelques meubles portant les armes des Rochechouart sont signalés à l'hospice local par un auteur anonyme de la fin du XIXe siècle.
En 1713, le duc d'Antin fit lever par Hippolyte Matis, géographe et arpenteur du roi, un Recueil des vues, plans et cartes du château et de la seigneurie d'Oiron, des baronnies de Moncontour et de Curçay, grand in-folio relié contenant cinq vues, cinq plans et quinze cartes, qui fut suivi par ceux de ses autres domaines : le duché d'Antin et le marquisat de Montespan en 1717, le marquisat de Gondrin en 1720, et celui du château de Petit-Bourg en 1730.
Devenu ensuite inutile pour la gestion du domaine, il resta en mains privées pendant deux siècles : signalé en 1847 chez Héracle de Polignac de Fontaines (1789-1856) au château d'Outrelaize (Calvados), il passa ensuite à son gendre Gabriel d'Oilliamson (1817-1877), puis à d'autres collectionneurs ; finalement acquis par l’État pour le Centre des monuments nationaux à la vente Alde le , il fut exposé au château du au .
Son fils aîné, Louis de Pardaillan (1689-1712), marquis de Gondrin, étant mort à 23 ans, il se démit en 1724 de son duché-pairie au profit de l'aîné de ses petits-fils, Louis (1707-1743), dit le duc d'Epernon, qui fut après lui gouverneur de l'Orléanais (et renonça à sa succession).
Désintérêt accru et château inhabité : une propriété de la famille de Villeroy (1739-1772)
modifierLouis-Antoine mourut à 71 ans en 1736, « laissant d'énormes dettes qui provoquèrent de nombreux procès » selon Dumolin. Ainsi, le sa veuve, Julie-Françoise de Crussol, fille d'Emmanuel II de Crussol d'Uzès et de Marie-Julie de Sainte-Maure, et le procureur de son second petit-fils Antoine-François de Pardaillan, marquis d'Antin, vendirent pour 500 000 livres les terres d'Oiron, Curçay, Tersay et Moncontour au tuteur de Gabriel de Neufville de Villeroy (1731-1794), marquis de Villeroy, alors âgé de huit ans[30]. C'est un descendant de Charlotte Gouffier de Boisy, l'une des sœurs d'Artus qui s'est mariée avec René de Cossé de Brissac, l'arrière grand-mère de Neufville de Villeroy étant Marguerite-Marie de Cossé-Brissac.
Il conserve la terre pendant 33 ans mais ne vient cependant jamais à Oiron, le seul important travaux qu'il entreprend, est la suppression du toit du pavillon du roi ; devenu duc de Villeroy, il la revend le .
Les Boisayrault : propriétaires moins illustres et moins fortunés (1772-1946)
modifierAchat aux Villeroy et habitation du château
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C'est Pierre-Jacques Fournier (1734-1800) seigneur de Boisayrault en Saumurois (à Doué ou au Coudray), ancien lieutenant-colonel de cavalerie, qui acquit le domaine (dix ans plus tard, il fit dresser un Atlas des plans géométriques des fiefs de domaine de haute justice d'Oiron).
Lors de la Révolution, le marquis d'Oiron émigra mais pas son épouse, Louise-Geneviève Cirey (ou Ciret) de Bron. Durant cette période, le château est pillé et en garde encore aujourd'hui les stigmates. Il faut ensuite attendre , pour que les Boisayrault retourne en possession d'un domaine amoindri, aux décors intérieurs malmenés et aux insignes nobiliaires mutilés.
Ainsi, le premier préfet des Deux-Sèvres, Claude-François-Étienne Dupin (1767-1828), répondant à une enquête ministérielle, dit que « les peintures de la galerie s'abîment, l'on entrepose du blé dans les grands appartements et (que) le propriétaire s'est retranché au rez-de-chaussée » (Notice sur les anciens châteaux des Deux-Sèvres, brochure manuscrite de 56 pages. - arch. Direction de l'Architecture).
Des érudits locaux s'y intéressent et lui consacrent des pages : en 1824, c'est Pierre de Bourniseaux, et en 1839, Charles de Chergé, inspecteur des monuments historiques pour le département de la Vienne, précise que les larges douves manquant d'eau furent occupées par des plantations de froment. En 1840, l'inspecteur des monuments historiques Prosper Mérimée signale le mauvais entretien des peintures de la galerie Renaissance, et la nécessité de sauvegarder cet ensemble jugé exceptionnel qui sert, comme au début du siècle, d'entrepôt à grains.
Oiron, un important domaine de chasse
modifierDurant cette période, Oiron est également un domaine de chasse très important, notamment grâce au parc de plusieurs milliers d'hectares qui est situé non loin du château.
Vers 1830 le châtelain fit mettre dans les douves dépourvues d'eau des cerfs et des chevreuils[32].
En 1866, le marquis d'Oyron, domicilié au château de Paulmy, loua le domaine pour six ans à son cousin germain et beau-frère Ernest (1834-1911), vicomte d'Oyron et baron de Verrières, résidant en ce château ; deux ans plus tard, le récit de ses "laisser courre" sera donné sous la forme d'une lettre du vicomte G. d'Aviau de Piolant publiée dans le Journal des Chasses du et La Curée chaude du de la même année[33].
Vers 1870 furent déposées les œuvres décoratives jugées les plus originales de la demeure, une série de dix termes en terre cuite sculptés en ronde-bosse avec une figure ou un masque sur la face antérieure, sur gaine courte, d'origine inconnue. Les premiers termes, des satyres en bronze également dépourvus de bras, apparaissent à Fontainebleau vers 1535 ; ceux d'Oiron, métaphores sculptées de la devise de Claude Gouffier - « Ici est le terme (la fin ou la mort) » - occupaient les niches des contreforts de la galerie Renaissance, sans qu'il soit certain que ce soit leur destination première.
L'aile droite du château est déjà aménagée en écuries, sellerie, petit et grand chenil, et l'accès au grand escalier et à l'étage noble protégé par une barrière de bois à claire-voie « rongée parles chiens à deux endroits ». Le petit salon de compagnie au rez-de-chaussée du pavillon des Trophées est orné de dix gravures à sujets de chasse.
Lorsque, dix ans après, il fut devenu comte à la mort de son frère, Ernest de Boisayrault fit édifier dans le Grand Parc un important rendez-vous de chasse appelé « château de Saint-Léonard », et fit procéder à certains travaux dans le château, notamment en créant au centre du rez-de-chaussée un grand vestibule ou hall de 22 mètres sur 10, avec armoiries dans le sol en mosaïque de marbre et au-dessus des portes, lambris de chêne ornés de peintures et de filets or, nombreux bois de cerfs, et en faisant refaire la salle à manger.
L'équipage, qui portait le nom de Rallye-Loudun - tenue vert foncé, bouton or, tête de cerf en argent en 1889 - était composé de « bâtards poitevins tricolores de 24 à 22 pouces ».
En 1879, le comte Auguste de Chabot (1825-1911), qui publiera en 1891 son Récit d'une chasse au cerf dans le parc d'Oiron fin , citera deux beaux spécimens de la cette vieille race fort estimée des veneurs, issus de six chiens de la meute d'Henri de Vauguyon, que le vicomte d'Oyron fit croiser avec des chiennes de la lignée de Pindray, selon un témoignage daté du .
Le , Le Figaro annonçait la vente de « trois bons chevaux de chasse, vite, sautant bien, et de vingt chiens du Haut Poitou, composant l'équipage de M. le marquis d'Oyron »[34].
Le journal La Croix daté du fait état de la condamnation à dix ans de travaux forcés d'un braconnier "qui avait répondu par deux coups de fusil à M. d'Oyron" qui a refusé qu'on braconne sur sa propriété[35]. Des chasses à courre sont encore mentionnées en 1913 et 1914, la dernière par Le Figaro, le [36].
Des travaux mais un long déclassement
modifierÀ Pierre-Jacques Fournier de Boisayrault succédèrent ses descendants et derniers seigneurs d'Oiron[37] : son fils Pierre-Auguste (1768-1837), père de Pierre (1803-1864 ; x Élisabeth, fille de Marc-René-Marie de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson), père d'Auguste Fournier de Boisayrault (1828-1877)
Ce dernier, marquis d'Oyron, reprend les travaux dès 1869, après une première campagne effectuée dans les années 1820, et les confient à l'architecte chinonais Noël Daviau, qui démolit le toit à haut comble et le dernier étage du Pavillon du Roi, alors couvert d'une voûte et terminé en attique, remania l'intérieur du pavillon symétrique dit des Trophées et le rez-de-chaussée du corps de logis principal. Un auteur anonyme de cette époque lui attribue aussi la réfection de la cour « suivant son dessin primitif (grâce au) magnifique manuscrit exécuté pour le duc d'Antin » ; il la flanqua d'un pavillon carré dans le style du XVIIe siècle. Cependant, le décès d'Auguste à même pas 50 ans met un terme définitif aux travaux qui ne reprendront pas par la suite[9].
En 130 ans de présence, cette famille modernisa à plusieurs reprises les appartements mais ne put toujours financer le lourd entretien de la grande demeure, où plus aucun élément notable ne sera ajouté ; de plus, afin de réduire ou d'éviter l'impôt foncier, des ouvertures furent bouchées, les grandes pièces cloisonnées et entresolées, et des parties entières, comme le second étage des deux pavillons, abandonnées.
Selon la mode de l'époque, l'architecte ajouta au chiffre des Gouffier ceux de son client et de son épouse, née Gertrude Willefride Quartina Blanche de Stacpoole (ca. 1833-1899), fille de Richard Fitzgeorge (en), Ier duc de Stacpoole (1787-1848)[37].
Un album anonyme des années 1880 relatif au château (fonds du Centre des monuments nationaux), illustré de plusieurs eaux-fortes, certaines signées de Boulard fils (1852-1927 ; fils d'Auguste) et d'Eugène Sadoux (1840-1906) et d'une aquarelle représentant le terme ou hermès reproduit ci-dessus, signé d'un monogramme (Daviau ?).
Le , dans le cadre d'une excursion de la société archéologique de Touraine, l'abbé Louis-Auguste Bossebœuf (1852-1928) le visite puis consacre un article au château et à la collégiale.
En 1892, l'architecte Henri Deverin (1846-1922), exécuta des relevés du château (archives des Monuments historiques en 1931) ; en 1896, il est dit que la propriétaire "l'habite peu, mais en ouvre largement l'accès aux visiteurs".
En 1903, Arthur Bouneault s'intéresse aux clés de voûte de la chapelle ; en 1906, l'historien d'art niortais Henri Clouzot (1865-1941), évoquera le château et son décor peint.
Dans les années 1900, le photographe poitevin Jules Robuchon (1840-1922) prend des clichés de quatre des dix statues posées sur des piédestaux dont une Vénus et un Mars (?) et un homme sans tête - que l'on retrouve en 1994 "complétées" (têtes et masques refaits, gaines allongées) et patinées dans la collection Wildenstein à New York - adossés au mur Ouest de la galerie ; ces clichés furent publiés dans son ouvrage Paysages et Monuments du Poitou (VIII, 10e livraison, 1884) - dont la rédaction de la partie relative au château et à l'ex-collégiale d'Oiron est due à Daviau - et édités en cartes postales.

Ainsi, les clichés de Robuchon montrent une demeure mal entretenue et entourée d'une abondante végétation, des chevaux devant le portique aménagé en écuries et, à l'intérieur, un grand médaillon en marbre sculpté du profil de Louis XIV richement encadré (lauriers, masque du soleil, fleurs de lys, ruban, couronne royale), peut-être une autre épave du mobilier Montespan, probablement celui dont André Hallays regrettait la disparition dans un article du , et que Maurice Dumolin dit être passé au château de Purnon à Verrue - transmis en 1893 aux Rochequairie par voie de mariage entre Élisabeth Marie Gertrude Fournier de Boisayrault (1865-1901) et Daniel Jérôme Robineau de Rochequairie (1856-1919).
Après des difficultés successorales au cours du XIXe siècle et les ventes, la demeure connaîtra le sort de bien d'autres; vers 1910, dans son numéro consacré au Poitou, la revue du Touring Club de France décrit un château inhabité « où l'on montre encore quelques tableaux anciens ». En 1931, Maurice Dumolin indique que le chartrier est conservé au rez-de-chaussée du pavillon des Trophées, où vit la dernière occupante du château, la vicomtesse d'Oiron, qui en était usufruitière.
Certaines photographies montrent un parterre au centre de la cour d'honneur, le sol partiellement dépavé de la galerie Renaissance (dont sept des onze fenêtres sont bouchées), deux portes-fenêtres créées pour accéder à la terrasse Est (l'une a été conservée), et à l'intérieur quelques fauteuils et un écran de cheminée de style Empire dans les grandes salles d'apparat au décor délabré, et sur le manteau de la cheminée de la chambre du Roi « la médiocre effigie d'un portrait d'un gentilhomme en armure, sous un écusson de Jacques de Boisayrault et de son épouse » (portrait présumé de Louis Gouffier, restauré et conservé sur place).
De la même façon, les cartes postales du photographe loudunais Dando-Berry (né en 1862[38]) montrent de petites cheminées de marbre insérées dans les grandes cheminées anciennes ; dans les appartements des derniers propriétaires, d'autres cheminées à trumeaux ou glaces ont été conservées, avec aux fenêtres des cantonnières, ultimes vestiges du décor du XIXe siècle. D'autres cartes postales furent éditées vers 1960 par le service commercial des Monuments Historiques ; en 1979 l'architecte en chef des monuments historiques Pierre Bonnard évoquera du « mobilier évanoui sous l'œil complice d'un domestique indélicat » sans précision de date.
En 1877, le domaine passa au fils d'Auguste de Boisayrault, Gustave-Marie (1858-1883), mort accidentellement à 25 ans des suites d'une chute de cheval, puis revint à sa mère la marquise d'Oiron ; après sa mort en son domicile du château de Paulmy le , sur décision judiciaire le mobilier des deux châteaux fut vendu aux enchères les 23 et . Déjà, en 1878, dans le cadre de la succession de son époux, "cinq pièces de tapisseries des Gobelins d'époque Louis XIV ayant appartenu à Madame de Montespan", avaient été vendues à Drouot pour 7 550 francs[37].
Selon Dumolin (1931), en 1902, « une ou plusieurs tapisseries dans la chapelle » furent vendues et un lot de carreaux de faïence (six avaient été donnés au musée de Niort en 1905) fut « pillé ».
Après le démembrement du domaine, le château revint au neveu de la défunte Louis-Pierre (1863-1906), le fils d'Ernest de Boisayrault vicomte d'Oiron. Il épousa le Marie‐Antoinette Marguerite Laigre‐Lessart, âgée de 37 ans et qui lui survécut 40 ans (morte le et inhumée au cimetière communal). En 1901, le couple réside au 54, rue Ampère à Paris et au château Saint-Léonard qui se trouve dans les bois d'Oiron non loin du château puis le couple prend possession du château ensuite. Ce sont ensuite les parents de Marie-Antoinette Marguerite, Claudine († 1897) et Albert († 1911) qui vivent à Saint-Léonard[37]. Entre-temps, la vicomtesse put racheter les 590 hectares du Grand Parc ainsi que le Petit Parc formé de quelques hectares entourant les douves : vestiges d'un domaine de 2 500 hectares selon l'arpentage de 1713.
Propriété de l'État (depuis 1946)
modifierLe château, avec sa cour, ses grilles, le petit parc et les terrains immédiatement attenants, fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Cette protection est ensuite complétée : l'ensemble des parcelles dans le champ de visibilité du château fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le [39].
Afin d'assurer la sauvegarde du bâti, l'État décide l'expropriation en 1941 : une procédure est conclue avec la dernière propriétaire[40], qui continue de résider dans l'appartement du rez-de-chaussée du pavillon des Trophées jusqu'à son décès le [41].
À son acquisition, le château est proche de la ruine, l'État procède pendant un demi-siècle à d’importants travaux de restauration, qui démarrent avec la mise hors d'eau du bâti vers 1950[41]. La galerie des peintures, le cabinet des Muses et les plafonds de la grande salle et de la chambre du roi sont ensuite restaurés entre 1955 et 1975.
Une réflexion s'engage alors pour la valorisation du monument, d'un intérêt architectural majeur, mais vide de tout mobilier. À l'écart du circuit des châteaux de la Loire, Oiron peine à attirer des visiteurs[41]. En 1987, la présentation d'une exposition d'art contemporain, Meltem, fait naître l'idée de faire du château un lieu d'accueil de l'art vivant[41],[42].
L'État relance alors l'achèvement de la restauration du monument, qui s'étend à la remise en état des jardins. Le parti est pris de restituer au minimum les décors lacunaires, et de ne conserver que les traces existantes des éléments décoratifs anciens[41].
Curios & Mirabilia : l'art contemporain au château (depuis 1993)
modifierQuelques années après Melterm, le but est désormais de créer une collection d'art contemporain, dont les fondements seront inspirés par les collections historiques du monument, dispersées au cours des siècles, cette dernière voit le jour en 1993 et se nomme : Curios & Mirabilia.
Elle est conçue par Jean-Hubert Martin (né en 1944) et rassemblent les œuvres de 63 artistes, qui sont la propriété du Centre national des arts plastiques. Elle concrétise la plus importante expérience menée en France d’inscription d’une création contemporaine dans un patrimoine ancien ; en 1996, la collection s’est enrichie de nouvelles œuvres et peut, pour la première fois, être présentée dans sa totalité ; elle cherche à renouer avec l’esprit de curiosité de la Renaissance en s’appuyant sur l’idée des anciennes collections que présentaient les Cabinets de curiosités[43].
Cette référence historique, traitée librement par les artistes, permet le lien avec le monument et redonne ainsi le sentiment d’un lieu habité aujourd’hui, tout en réactivant le souvenir des prestigieuses collections de Claude Gouffier.
Curios & Mirabilia prend appui sur l’idée d’un autre rapport au monde, celui qui à la Renaissance privilégiait une approche sensible de la connaissance. Aussi, l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vue et bientôt le goût, sont sollicités pour transformer la visite d’un monument historique en expérience sensorielle. Les senteurs du mur de cire de Wolfgang Laib, les sonorités de la musique de Gavin Bryars, les fauteuils de John Armleder pour le délassement du visiteur, les jeux visuels comme celui du couloir des illusions (Felice Varini) et toutes les créations réalisées pour ce château concourent à créer un parcours plein de surprises et d’émerveillements[44].
Une des originalités de Curios & Mirabilia réside dans la volonté d’envisager le château avec un rôle social en l’inscrivant dans son environnement humain. Ainsi, grâce à une galerie de portraits des enfants de l’école d’Oiron (Christian Boltanski) ou au dîner annuel imaginé par Raoul Marek pour 150 Oironnais, représentés sur un service de table, la population de la commune est conviée comme sujet et témoin de la création.
Le dialogue avec l’Histoire s’instaure de manière forte dans les salles qui ont le mieux conservé le souvenir de leur fonction historique.
- dans la salle d'Armes, où s’affirment puissance et pouvoir, Daniel Spoerri répond ironiquement aux princes du XVIIe siècle par ses corps en morceaux qui réintroduisent quotidien et banalité comme nouvelle source du merveilleux.
- dans la chambre du Roi (les appartements d’apparat de Louis Gouffier, XVIIe siècle), lieu de la présence symbolique du pouvoir royal, restituée au silence de l’Histoire par la monochromie des peintures de Claude Rutault ;
- dans la « Galerie des Chevaux », Georg Ettl réveille l’iconographie ancienne et l’Histoire.
La collection Curios & Mirabilia est constituée des œuvres des 63 artistes suivants[45] :
La collection est complétée au fil des années par des œuvres d'autres artistes, qui ne font pas partie de la collection originale[46],[47] :
| Artistes | |
|---|---|
| Daniel Firman (né en 1966) | Tony Oursler (né en 1957) |
| Benoît Huot (né en 1966) | Philippe Ramette (né en 1961) |
| Žilvinas Kempinas (né en 1969) | Sean Scully (né en 1945) |
| Nelson Leirner (en) (1932-2020) | |
Oiron et Vaux-le-Vicomte ?
modifierVers 1875, le magnat du sucre Alfred Sommier (1835-1908), restaurateur du domaine de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), « se serait intéressé au château d'Oiron, délabré également et dont les terres avaient été dispersées, mais cette région l'aurait tenu trop éloigné de ses affaires et Vaux lui procurait une belle œuvre de résurrection à entreprendre. Cet intérêt s'est peut-être manifesté alors qu'il songeait à un établissement pour Alexandre, son second fils, mort en 1889 »[48].
Architecture et décors
modifierDescription
modifierLe château comme nous le voyons extérieurement, date pour l’essentiel du XVIe siècle et du XVIIe siècle, cependant l'intérieur du château a de nombreuses fois été modifié, notamment au rez-de-chaussée, où l'aménagement date principalement du XIXe siècle.
Le corps de bâtiment principal, commencé du côté Sud (pavillon de droite) par Louis Gouffier vers 1620, fut terminé dans le même style par La Feuillade vers 1670 ; le tympan de son fronton décoré de trophées porte un écu portant les armes de François d'Aubusson ("d'or, la croix ancrée de gueules"), qui, mutilé en 1793, fut restauré à la fin du XIXe par Daviau.
L’aile droite, formée d'un portique couvert en terrasse et d'un pavillon est l’œuvre de La Feuillade (1670-1680) et de Madame de Montespan (1700-1707).
Seule l’aile gauche, occupée par des galeries, et le remarquable grand escalier Renaissance à noyau central évidé, "englobé" au XVIIe siècle et conservé intact dans le corps de logis principal, datent du XVIe siècle. En bas du grand escalier, on trouve quelques fresques du XVIe siècle, moins bien conservées que celles de la grande galerie.
Le château conserve de nombreux éléments anciens de décoration, notamment des plafonds à la française, au rez-de-chaussée et à l'étage, dans la salle des Armes, autrefois Grande salle du Roi, et, plus encore, la Chambre des Muses au décor Louis XIII entièrement conservé et la Chambre du Roi, inachevée (les décors ne sont conservés qu'au plafond, les murs étant ornées des "Plates peintures" géométriques de Claude Rutault).
Galerie Renaissance
modifierHistoire
modifierCommencée avant 1547 et terminée au début des années 1550, elle est exécutée grâce à la technique de la peinture à l'huile sur enduit[49].
C'est une commande de Claude Gouffier pour rendre hommage à son amour des arts de la Renaissance, l'idée de cette galerie lui vient certainement à la suite de son emprisonnement en Italie entre 1536 et 1538 après sa capture à Brignoles par Ferdinand Ier de Guastalla : il aurait vu dans un château italien, son inspiration pour la galerie des chevaux située au rez-de-chaussée vient du palais du Te, une galerie ressemblante à celle-ci[50]. Si elle est est la plus grande galerie peinte conservée en France après celle de François-Ier au château de Fontainebleau, ses peintures se rapprochent plus de celles d'Ulysse également à Fontainebleau peinte quelques années après et disparue en 1738.
La galerie longue de 55 mètres et large de 6,10 mètres est un travail attribué par certains historiens d'art à Noël Jallier qui est totalement inconnu. Cette information vient de Benjamin Fillon, érudit poitevin, qui dit en 1864 que le travail aurait été payé le , 182 livres tournois pour « quatorze grandes histoires » même s'il avance par la suite le chiffre de 482 livres tournois, ce qui parait plus vraisemblable.
Le peintre est-il un artiste venu de Fontainebleau, ou, autre suggestion due à la découverte fortuite d'un dessin préparatoire, acquis en par le musée du Louvre, laisse penser qu'il s'agit-il d'un atelier d'Émilie[51]. Les deux hypothèses ne sont pas incompatibles, vu le grand nombre d'artistes italiens ayant travaillé à Fontainebleau.
La galerie débute par une cheminée en hommage à François Ier, puis immédiatement à droite de celle-ci, on peut voir l'inscription ci-dessous[52] :
« A François de Valois, roi des Français, prince très chrétien, très invincible et très puissant, doué de la plus haute et plus exceptionnelle prudence, vaillante, justice et autres qualités d'âme et de caractère que chacun peut admirer, eu égard à l'intégrité de sa parole et de sa conduite, à sa clémence envers les siens, à son gouvernement excellent et heureux en temps de paix comme en temps de guerre, après avoir célébré autant de triomphes qu'il a mis en déroute d'armée ennemies... »
L'inscription continue sur le panneau situé juste à côté est aujourd'hui illisible mais la fin de l'inscription a été retrouvée[53] :
« ... Claude Gouffier, Grand écuyer du roi, afin que la mémoire d'un si grand prince perdure à jamais, et en témoignage de gratitude, a érigé et consacré [cette galerie] au père de la patrie, au refondateur de la France, à l'excellent prince, au roi bienfaiteur, le restaurateur de tous arts et de toutes sciences. 1553. »
Les peintures de la galerie racontent la guerre de Troie, avec les Chants cypriens, l'Iliade, la Petite Iliade ainsi que le début de l'Énéide, trois scènes ne racontent pas cette guerre, deux montrant les enfers et le chien Cerbère et le huitième des douze travaux d'Hercule où il doit ramener les juments de Diomède au roi d'Árgos, Eurysthée. Deux de ces peintures ont été refaites après un incendie ayant gravement endommagé le château en 1627 ainsi qu'après la destruction du quatrième mur d'enceinte par le maréchal de La Feuillade au cours des années 1660.
Le plafond est lui aussi du XVIe siècle, sur le modèle du château de Châteaubriant, mais n'est peint qu'au XVIIe siècle sous Louis Gouffier et évoque des thèmes héraldiques. Le sol, également peint, serait le plus vaste du XVIe siècle encore conservé en France[54].
Les peintures nécessitent une restauration d'urgence quand l’État acquiert le château en 1946, la première a lieu à la fin des années 1950 mais les peintures faites à la gouache ne tiennent pas. Une deuxième restauration a lieu de 1956 à 1971, dirigée par Émile Rostain puis une dernière dans les années 2000, qui est plus fidèle à l'originale que les deux précédentes.
Peintures
modifierAssemblée des Dieux
modifierPremière peinture, après le prologue de la cheminée évoquée ci-dessus, elle débute le cycle troyen en évoquant la réunion des Dieux à l'occasion du mariage de Thétis et Pélée, les parents d'Achille. La Discorde qui n'est pas invitée aux noces jette une pomme d'or au milieu de l'assemblée qui est destinée « à la plus belle des déesses de l'Olympe ».
Jugement de Paris
modifierPour attribuer la pomme d'or, les Dieux décident de faire appel à Pâris jeune berger qui n'est d'autre que le fils de Priam, le roi de Troie. Alors qu'il garde ses moutons, Athéna, Aphrodite et Héra apparaissent à lui pour décider laquelle est la plus belle, Pâris opte pour Aphrodite qui lui promet l'amour de la plus belle femme du monde.
Enlèvement d'Hélène
modifierCette peinture est la troisième de la galerie et c'est elle qui illustre l'évènement déclencheur de la guerre de Troie avec l'enlèvement de la plus belle femme du monde, Hélène, par Pâris. Cependant, cette dernière est la femme du roi de Sparte, Ménélas qui décide de se venger en déclarant la guerre aux troyens soutenu par son frère : Agamemnon.
Sacrifice d'Iphigénie
modifierQuatrième peinture de l'ensemble, elle évoque la substitution d'Iphigénie, fille d'Agamemnon, pourtant promise au sacrifice par une biche.
Combat près des vaisseaux
modifierPremière peinture qui évoque le début de la guerre, elle représente une scène de bataille mais ne met pas en scène d'acteurs particuliers.
Bûcher de Patrocle
modifierScènes de combat
modifierPeinture la moins bien conservée de l'ensemble, elle est amputée de plus de moitié à cause de l'agrandissement de la porte survenue dans la deuxième moitié du XVIIe siècle par le maréchal de La Feuillade. Comme pour le Combat près de vaisseaux, elle ne met en scène aucun acteur majeur de la guerre de Troie.
Combat singulier
modifierPeinture la mieux conservée de l'ensemble, elle évoque le combat entre Pâris et Ménélas, ce premier est battu mais est sauvé de la mort par Aphrodite protectrice du prince troyen.
Mort d'Hector
modifierPeinture également bien conservée, elle met en scène la mort d'Hector tué par Achille qui venge ainsi son ami Patrocle.
Le cheval de Troie
modifierPeinture la plus emblématique du cycle troyen, elle représente la ruse imaginée par Ulysse pour pénétrer dans Troie et mettre ainsi fin à près de dix ans de guerre. Ici, le cheval est représenté presque vivant, cette peinture illustre alors l'attachement particulier de Claude Gouffier pour cet animal, de part sa fonction de grand écuyer.
Fuite d’Énée
modifierLes armes et les combats d’Énée
modifierCette dernière peinture évoque trois scènes en une, toujours tirée de l'Énéide, celle centrale étant la fabrication par Vulcain des armes d’Énée après son arrivée en Italie. Une fois dans le pays, il fonde la ville d'Albe la Longue ; ses propres descendants sont les fondateurs légendaires de Rome, Romulus et Rémus.
- Peintures de la Galerie Renaissance
- Fuite d'Enée
- Mort d'Hector
- Jugement de Pâris
- Assemblée des dieux
- Combat singulier
- Vue du plafond XVIIe siècle de la Galerie Renaissance.
- Vue de la Galerie Renaissance et du plafond du XVIIe siècle.
Extérieurs
modifierParc
modifierEn , une nouvelle phase de développement artistique est lancée : le ministère de la Culture concrétise le projet de création d'un parc contemporain, dont la mise en œuvre, accompagnée de nouvelles commandes publiques, se fait sous la responsabilité artistique de Paul-Hervé Parsy, alors administrateur du château, et du paysagiste Pascal Cribier (1953-2015), le programme est mené durant l'hiver 2005-2006, avant d'être arrêté en 2008.
Écuries
modifierBrantôme († 1614), évoquant la passion de Henri II pour les chevaux, mentionne Oiron comme l'une des quatre plus grandes écuries du royaume après celle de Tournelles, Meung-sur-Loire et Saint-Léger-en-Yvelines[55].
Les communs, conservés sur l'actuelle avant-cour, sont antérieurs à celle-ci qui a été créée entre 1676 et 1682 par La Feuillade, qui souhaitait certainement cacher à la vue des visiteurs les bâtiments préexistants. L'implantation des communs est déterminée par l'ancien chemin qui, avant d'être détourné par La Feuillade, se poursuivait jusqu'à la rue de l’Église, coupant en biais l'actuelle avant-cour.
Un factum de procès de 1643 contre la veuve de Louis Gouffier, Claude-Éléonore de Lorraine, fait référence au « coingt de la cour des écuries proche de la grange au foin » et au « potager près les écuries ».
Élie Brackenhoffer, qui visite les lieux en 1643, indique, dans Voyages en France, la présence des écuries dans la basse-cour qu'il doit traverser pour accéder au château[56].
Le potager se trouvait à proximité des actuels communs selon un plan de 1713. Comme il n'est pas fait mention des écuries dans la liste exhaustive des travaux exécutés par Louis dans le factum, celles-ci sont antérieures et très certainement attribuables à Claude.
L'élévation sud présente une porte dont le corps de moulures, qui fait office de couronnement, est surmonté en son centre d'une épée, symbole de la charge de grand écuyer de Claude. Cela permet de dater l'édification de ces écuries entre 1546 et 1568, date à laquelle sont cités 90 chevaux dans la basse-cour d'Oiron dans des vers de La Motte-Messemé (1546-1597)[57].
Seul l'accès des écuries tourné vers la basse-cour est mis en valeur par son encadrement de pilastres[57].
Il reste aujourd'hui, seulement quelques traces de ces écuries, elles ont été modifiées au fil des années en une ferme, qui est acquise par l’État en 1998. Elle est aménagée en lieu de résidence pour les artistes et peut également servir lors de manifestations organisés par le monument.
Collection des Gouffier
modifierConstitution d'une collection
modifierLa cour d'honneur fut ornée d'une grande statue équestre métallique du roi Henri II "en Victorieux, tenant une palme à la main" selon un inventaire de 1559, retranscrit par son détenteur, l'archéologue controversé, Benjamin Fillon (1819-1881), d'une vasque en marbre attribuée à l'Italien Jean II Juste (vers 1510-1577) qui sert de bénitier dans l'ex-collégiale (église paroissiale dès 1801) et d'un mortier en marbre provenant du château (conservé au musée d'Agesci à Niort)[58].
Benjamin Fillon, grand amateur de céramique ancienne et auteur de l'Art de terre chez les Poitevins (1864), posséda également le terme au crâne dégarni et barbu provenant de la série de dix, qu'il acquit probablement lors de la dépose de ces œuvres : donné par son épouse Clémentine (+ 1873) au musée de la Céramique de Sèvres, puis transféré en 1935 au musée du Louvre, celui-ci en est le seul vestige conservé en France ; les quatre autres précités, provenant de la collection Morgan, furent acquis en 1944 par le marchand d'art Georges Wildenstein (1892-1963), et étaient aux mains de ses héritiers en 1994.
Des statues en cette matière gélive participèrent aux siècles suivants au décor extérieur d'autres grandes maisons comme la série des Muses XIXe du château de Terre-Neuve à Fontenay-le-Comte ou la Léda (même époque, marquée d'un nom italien) du jardin de celui de Dampierre-sur-Boutonne, provenant d'une autre propriété saintongeaise.
Le frère cadet d'Artus, Adrien (ca. 1479-1523), cardinal et légat, aurait reçu de Raphaël La Petite Sainte Famille aujourd'hui conservé au Louvre, mais il se peut également que c'est Claude Gouffier lui-même qui en est le premier propriétaire.
L'épouse d'Artus, Hélène de Hangest aurait également constitué une importante collection de dessins, certains peut-être de sa main.
Claude Gouffier acquit en Italie des œuvres de Raphaël comme le Cérès[59], une Pietà du Pérugin, ou attribués au Primatice ou à Giovanni Bellini, etc. Cependant, la pièce la plus remarquable de la collection semble être le portrait du roi Jean II Le Bon (milieu du XIVe siècle), la peinture est acquise par François Roger de Gaignières puis par la bibliothèque nationale de France, après la dispersion de la collection Gaignières, elle est aujourd'hui conservé au musée du Louvre[60].
Aucune bibliothèque n'est mentionnée dans les inventaires, mais en 1683, il est fait état de 353 volumes reliés en parchemin et de 218 « autres reliés en veau de plusieurs couleurs qui sont historiens et romans fort anciens », certains reliés pour Claude, car François Roger de Gaignières (1642-1715) dit en détenir plusieurs et il reproduira une de ces reliures qu'il acquit probablement avec des tableaux en 1700.
Sur quatorze reliures de Claude Gouffier signalées en 1994, dix étaient encore connues dont trois en mains privées ; elles ont appartenu aux plus célèbres bibliophiles du XIXe siècle, notamment Guillaume Libri (1803-1869), le baron Jérôme Pichon (1812-1896), qui a possédé des objets d'art de Gouffier, le comte de Lignerolles et Henri d'Orléans (1822-1897), fils du roi Louis-Philippe Ier.
On cite entre autres un recueil de dessins de mors de chevaux, revêtu initialement d'une reliure d'orfèvrerie (no 393 de la vente Pichon du 19/04/1869) offerte à Claude Gouffier par Galiotte, comtesse de Ringrof, la fille de son prédécesseur Galiot de Genouillac (1465-1546), des livres de piété dont un livre d'heures manuscrit sur parchemin et enluminé (entre 1550 et 1558, Morgan Library and Museum, New York)[61], et un psautier français sur papier de Clément Marot (bibliothèque de l'Arsenal, Paris)[62].
En , Claude Gouffier demanda dans son testament que les tapisseries garnissant le château soient conservées en place par son héritier ; à sa mort est vendu le mobilier de l'hôtel de Boisy à Paris, comprenant nombre de portraits et une série de « 68 tableaux painctz en huille... garnis de leurs moulures dorées »[63]. Huit furent acquis par le président d'Orsay (Arnoul II Boucher d'Orsay, † 1591, père de Charles Ier, 1548-1610 : tous deux Premiers présidents du Grand Conseil, et grand-père de Charles III Boucher d'Orsay, † 1714, promoteur du Quai d'Orsay à Paris).
La fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, Claude de France (1547-1575), achète quant à elle des tableaux sur cuir par Noël Guérin ; les collections conservées à la capitainerie d'Amboise, une de ses charges, furent également dispersées. Un autre inventaire fut établi en 1571.
Un inventaire de 1631 mentionne plus de 600 tableaux dans la chapelle (inscriptions signalées par Dumolin), 592 en dans le château même[64], et plus de 400 œuvres réparties entre Paris, Versailles et Oiron en 1683, certains de ces tableaux étant attribués à Albrecht Dürer (1471-1528) et Hans Holbein (1497-1543).
Dispersion de la collection
modifierLa dispersion de la collection débute après de nombreuses ventes qui ont lieu après le décès de Louis Gouffier en 1642. Elle se poursuit avec Artus III Gouffier, duc de Roannez qui vent La Petite Sainte Famille, longtemps attribué à Raphaël mais qui l'est aujourd'hui à Giulio Romano. On la retrouve dans la collection de Louis-Henri de Loménie de Brienne (1635-1698), lequel la cèdera ou la donnera à Louis XIV en 1665[65].
En 1670, François III d'Aubusson offrit au roi le Saint Jean Baptiste au désert de Raphaël, que la famille possédait depuis les années 1515, aujourd'hui conservé au musée du Louvre à Paris[66].
La dissémination de ce qui restait en 1700 de l'ex-collection Gouffier est due à Madame de Montespan notamment au profit de Dom Charles Conrade, bénédictin de Saint-Jouin-de-Marnes qui lui échangea des tableaux contre des livres ou en acheta en plusieurs fois au profit de François Roger de Gaignières[67]. Quelques portraits royaux, probables restes de la collection des ducs de Roannez, sont mentionnés dans l'inventaire après décès de la marquise (archives départementales des Deux-Sèvres) ordonné par son fils à partir du . Cet inventaire est découvert dans les archives du château par l'historien thouarsais Hugues Imbert (1822-1882), qui en lut des extraits à la Sorbonne en 1867, il a été publié partiellement l'année suivante par Pierre Clément, puis intégralement par Grégory Vouhé en 2015 ; un auteur anonyme mentionne que Fillon aurait détenu un « autre inventaire dressé en 1707 ».
Subsistent aujourd'hui au château et dans l'ex-collégiale, entre autres, un Saint Jérôme dans le désert[68], une Résurrection (école anversoise, XVIe siècle), une copie française d'une Vierge à l'Enfant de Pierre Paul Rubens (1577-1640) dont l'original est perdu, des Baubrun et une série d'œuvres de Jacques Blanchard (1600-1638), citée en 1683.
Par ailleurs, trente-quatre bustes en profil d'empereurs romains et de rois de France décorent les allèges des fenêtres sur les trois côtés ; seuls subsistent ceux de la façade de la galerie Renaissance[69].
Effigies de Claude Gouffier
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- Portrait présumé par François Clouet (vers 1555 ? collection Fogg Art Museum, Massachusetts)[70] ;
- Portrait, "crayon d'après Clouet" fait partie des 362 dessins attribués à cet artiste acquis d'un lord par le duc d'Aumale (vers 1543-1550, musée Condé à Chantilly)[71] ;
- Portrait par François Clouet vers 1568, peinture sur bois (château de Versailles)[72] ;
- Dessin portant la mention "Le grand maître de Boisy", certainement Artus (vers 1516, musée Condé à Chantilly)[73] ;
- Portrait de Claude Gouffier à genoux, présenté par son patron ; le dessin de Gaignières est reproduit par Dumolin (qui le dit dans le chœur de l'église paroissiale) ainsi que celui de sa 2e épouse Françoise de Brosse-Penthièvre, baronne de Palluau, présentée par Saint François d'Assise, son pendant[74] ;
- Monogramme de Claude Gouffier ressemblant à celui d'Henri II, cependant les deux "D" de celui de Claude, ne sont pas entremêlés mais se touche seulement, on reconnait alors les deux "C" de Claude Gouffier, et le "H" de sa mère Hélène de Hangest.
Fréquentation
modifierIntégré au Centre des monuments nationaux, le château est ouvert au public toute l'année et est le monument historique le plus visité des Deux-Sèvres.
| Année | Visiteurs |
|---|---|
| 2019 | 23 600 |
| 2020 | 10 920 |
| 2021 | 15 080 |
| 2022 | 22 830 |
Lieu de tournage
modifierEn 1978, le château sert de décor au réalisateur Marcel Camus qui tourne environ quinze jours dans le lieu, plusieurs scènes de la série télévisée Le Roi qui vient du sud, centrée sur Henri IV, et qui est diffusée en février-mars 1979 sur TF1[76].
En 1988, le téléfilm Catherine de Médicis, avec Alice Sapritch dans le rôle principal a été en partie tourné au château[77].
L'émission Secrets d'Histoire du , consacrée au cardinal de Richelieu, a tourné plusieurs plans dans le monument avec Stéphane Bern[78].
En , l'équipe de l'émission tourne à nouveau plusieurs séquences au château dans le cadre d'un numéro consacré à Madame de Montespan[79].
De nombreux reportages de France 3 Poitou-Charentes, mettent en avant le château d'Oiron[80].
Notes et références
modifierRéférences
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Voir aussi
modifierBibliographie
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- Grégory Vouhé, « Charles et Henri Beaubrun, Antoine Ricard et Jacques Despied et les décors de Louis Gouffier à Oiron », Revue historique du Centre-Ouest, Société des antiquaires de l'Ouest, vol. VIII, , p. 43-78.
- Les trésors du Grand Ecuyer : Claude Gouffier, collectionneur et mécène à la Renaissance (cat. exp.16 novembre 1994 - 27 février 1995, Musée National de la Renaissance, Château d'Écouen), Éd. de la Réunion des Musées Nationaux, , 152 p. (ISBN 978-2-7118-3069-5).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
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