Collision ferroviaire de Los Yébenes
La collision ferroviaire de Los Yébenes est un accident survenu le à 8 h 54 sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, dans la commune de Los Yébenes, non loin de celle d'Urda, dans la province de Tolède (Castille-La Manche, Espagne), dix mois seulement après l'accident ferroviaire d'Adamuz. Un train à grande vitesse AVE de la compagnie nationale Renfe percute par l'arrière une rame de l'opérateur ILSA opérant sous la marque Iryo. Selon un bilan provisoire, l'accident fait au moins 69 morts, ce qui en fait la plus grave catastrophe ferroviaire en Espagne depuis celle de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013.
| Collision ferroviaire de Los Yébenes | ||||
| Caractéristiques de l'accident | ||||
|---|---|---|---|---|
| Date | ||||
| Type | Collision par rattrapage et déraillement | |||
| Causes | Reprise de marche autorisée après une panne du système LZB (enquête en cours) | |||
| Site | Commune de Los Yébenes, proche d'Urda (province de Tolède, Castille-La Manche, Espagne) | |||
| Coordonnées | 39° 25′ 40″ nord, 3° 49′ 05″ ouest | |||
| Caractéristiques des appareils | ||||
Une rame Renfe S-103, du même type que celle impliquée. | Une rame Iryo ETR 1000, du même type que celle impliquée. | |||
| Type d'appareil | S-103 | ETR 1000 | ||
| Compagnie | Renfe | ILSA | ||
| No d'identification | AVE 2080 | Iryo 6076 | ||
| Lieu d'origine | Madrid-Atocha | Madrid-Atocha | ||
| Lieu de destination | Séville-Santa Justa | Séville-Santa Justa | ||
| Passagers | 397 | 147 | ||
| Bilan | ||||
| Morts | 24 | 45 | ||
| Blessés | plus de 100 | |||
| Géolocalisation sur la carte : Espagne
Géolocalisation sur la carte : Castille-La Manche
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Contexte
modifierLa ligne à grande vitesse Madrid-Séville, mise en service en 1992, est équipée du système de signalisation embarqué LZB, qui gère l'espacement entre les trains[1]. Le , un déraillement à Adamuz, en Andalousie, sur la même ligne, avait fait 46 morts[2].
Déroulement
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Vers 8 h 30, une panne informatique interrompt le système de sécurité LZB sur un tronçon d'environ 63 km près d'Urda. Six trains s'arrêtent alors automatiquement[1]. À 8 h 36, le centre de contrôle du gestionnaire d'infrastructure Administrador de infraestructuras ferroviarias (Adif) autorise le train de la Renfe à repartir « en marche normale », en violation du protocole de sécurité qui impose une marche à vue, soit une vitesse maximale de 40 km/h. La rame Iryo reçoit la même consigne quatre minutes plus tard. La conductrice de ce train rappelle le régulateur à 8 h 48 pour indiquer qu'elle n'est pas en mesure de repartir, et son interlocuteur accuse réception, tandis que la rame de Renfe circule à une vitesse estimée à 160 à 180 km/h et se trouve à 17 km de l'Iryo[1],[3].
La collision a lieu à 8 h 54 (7 h 54 UTC) entre deux trains à grande vitesse, l'un de l'opérateur ILSA, opérant sous la marque Iryo, et l'autre de la compagnie nationale Renfe, près de la gare d'Urda, selon un porte-parole des services d'urgence espagnols interrogé par l'AFP[2]. Le train de Renfe percute l'arrière de la rame d'Iryo[1]. Le ministre des Transports, Óscar Puente, évoque lors d'une conférence de presse une « collision par rattrapage » due à « une décision erronée » de reprise du trafic[1].
Les deux trains transportent respectivement 397 et 147 passagers[4]. Au moins quatre voitures se sont renversées, selon la Garde civile[5].
Bilan
modifierLe bilan humain s'alourdit au fil de la journée. Les autorités régionales annoncent d'abord au moins 30 morts, puis 31[2], puis 64 peu avant 14 h[6]. Le président de la Castille-La Manche, Emiliano García-Page, le porte ensuite à au moins 68 morts[7], dont 24 dans le train de Renfe[8]. Le jeudi , il annonce 69 après la découverte d'une nouvelle victime sur le site[9]. Ce bilan reste provisoire.
Les deux conducteurs présents dans la cabine du train de la Renfe, Antonio Acedo, âgé de 36 ans, et Daniel Muñoz Cob, âgé de 31 ans, ont perdu la vie dans la colision[10].
Plusieurs ressortissants français restent injoignables, selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui n'a pas communiqué leur nombre[9].
Parmi les victimes figure l'ancienne ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale Fátima Báñez, 59 ans, présidente de la fondation de la CEOE. Elle voyageait à bord du train Iryo en direction de Séville, où elle devait participer à une journée consacrée aux entreprises andalouses. Sa mort est d'abord annoncée mais sans autre information la concernant, elle est déclarée disparue[11],[12],[13]. Son décès est confirmé le lendemain par le Parti populaire[14].
Le nombre de blessés varie selon les sources. Emiliano García-Page fait état de 64 blessés, dont 24 graves[7], tandis qu'un autre décompte évoque 15 blessés très graves et 53 blessés moins sérieusement atteints[15]. Des médias locaux avancent un chiffre de 179 blessés[5].
Avec 69 morts, c'est la plus grave catastrophe ferroviaire en Espagne depuis l'accident de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, qui avait fait 79 ou 80 morts[16]. Elle est plus meurtrière que l'accident ferroviaire d'Adamuz en sur la même ligne de chemin de fer[2].
Conséquences
modifierLa circulation ferroviaire entre Madrid et l'Andalousie est interrompue après l'accident, selon le gestionnaire d'infrastructure Adif[17]. Renfe suspend la vente de billets entre Madrid et l'Andalousie jusqu'en décembre[7].
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, se rend sur place et décrète trois jours de deuil national, du jeudi au samedi [18].
Dans le monde du sport, la Fédération royale espagnole de football (RFEF) reporte les 24 matchs du premier tour de la Coupe du Roi prévus le , « en signe de respect et de solidarité » envers les victimes[19]. Le Real Madrid, le FC Barcelone et l'Atlético de Madrid présentent leurs condoléances aux familles des victimes[20].
Organisation des secours
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Peu après l'accident, le gouvernement de Castille-La Manche annonce avoir activé le niveau 1 du plan territorial de gestion des urgences (PLATECAM). Le service de prise en charge et de coordination des urgences et des secours (Servicio 1-1-2) ordonne ainsi le déploiement d'un poste de commandement avancé (PMA) sur les lieux de la catastrophe et convoque la réunion du centre de coordination opérationnelle (CECOP). Sur le terrain sont déployés des agents de la Garde civile, des pompiers des corps provinciaux de Tolède et de Ciudad Real, des personnels du service régional de santé publique (SESCAM), des volontaires de la protection civile et des équipes de soutien psychologique de la Croix-Rouge et des travailleurs sociaux[21]. Le PLATECAM est relevé au niveau 2 quelques heures plus tard, après que les autorités régionales ont sollicité le déploiement de l'unité militaire d'urgence (UME)[22]. Le PLATECAM est ramené au niveau 1 le [23].
Enquête
modifierUne enquête judiciaire est confiée à un tribunal d'Orgaz[8]. En parallèle, l'Autorité administrative indépendante chargée des enquêtes techniques sur les accidents et incidents ferroviaires, maritimes et de l’aviation civile (AITAT) ouvre sa propre enquête, avec l'appui de la Garde civile. Celle-ci interroge l'employé du centre de contrôle d'Adif qui régulait la circulation au moment de la collision[24].
Le ministre des Transports, Óscar Puente, attribue l'accident à une décision « inexplicable » du centre de contrôle d'Adif, qui a autorisé la reprise de la marche du train de Renfe alors que la signalisation l'interdisait. Il écarte l'idée de démissionner[25].
Cette version est contestée. Des ingénieurs et des syndicats, dont l'UGT et le CSIF, refusent de faire de l'erreur humaine l'unique explication, réclament une enquête indépendante et demandent un audit des quelque 700 millions d'euros investis dans la ligne Madrid-Séville[26]. Le président d'Iryo présente ses condoléances aux familles et demande que l'enquête soit respectée[15].
Le , l'AITAT publie son premier rapport, dans lequel elle estime la vitesse du choc entre 160 et 260 km/h. Les enquêteurs précisent que cette vitesse sera affinée grâce à l'examen des boîtes noires embarquées à bord des trains et qu'ils mèneront des investigations relatives à la panne du système LZB et aux procédures appliquées[27].
Réactions
modifierRéactions nationales
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Le roi Felipe VI déplore « une terrible tragédie »[28]. Avec la reine Letizia, il exprime sa tristesse après la catastrophe[16].
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, se dit « consterné » par ce « grave » accident[29] et annule ses engagements de la journée[30]. Il se rend ensuite à Urda[31] et déclare que « toute l'Espagne est en deuil »[8]. Il promet que l'État répondra avec la plus grande fermeté[31]. Il juge inacceptable que l'Espagne connaisse deux accidents ferroviaires à grande vitesse la même année[8], tout en affirmant que rien n'indique que leurs origines soient liées[31].
Le président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, se dit « très préoccupé » sur X[32] et estime que « les Espagnols méritent des réponses »[31]. Le , la porte-parole du comité de campagne du PP, Ester Muñoz, appelle à la démission du ministre des Transports[33].
L'accident survient à un mois des élections générales du 29 novembre. La plupart des formations suspendent leurs activités de campagne, dont le PSOE et le PP[34]. Vox fait exception : son président, Santiago Abascal, maintient son meeting de Valladolid et dénonce des tentatives d'« utiliser le deuil pour faire taire les critiques » sur l'état des infrastructures ferroviaires[34]. Le , la cheffe de file de la coalition de gauche Front large (FA), Ada Colau, appelle à la démission d'Óscar Puente, plusieurs partis membres du FA faisant partie du gouvernement[35].
Réactions internationales
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France : le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères indique que la France « a appris avec une vive émotion le dramatique accident de trains survenu ce jour en Espagne »[7]. Le président de la République, Emmanuel Macron, a exprimé, sur les réseaux sociaux, la solidarité de la France envers le peuple espagnol[36].
Italie : la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, a exprimé dans un communiqué du gouvernement italien, le soutien de celui-ci à l'égard du peuple espagnol et de son gouvernement[36].
Pologne : le président de la République, Karol Nawrocki, et le président du Conseil, Donald Tusk, ont exprimé la solidarité et le soutien du gouvernement polonais envers le peuple espagnol, en précisant notamment que « la Pologne » se tient aux côtés de l'Espagne[37].
Portugal : le président de la République António José Seguro et le premier ministre Luís Montenegro ont exprimé la solidarité du Portugal envers le peuple et le gouvernement espagnols. Ils ont en outre proposé l'envoi de techniciens portugais afin de sécuriser le réseau ferroviaire espagnol[38].
Belgique : la Belgique adresse ses condoléances à l'Espagne[16]. Le SPF Affaires étrangères indique qu'aucune victime belge n'a été identifiée à ce stade[18].
Royaume-Uni : le Premier ministre Andy Burnham commence son intervention hebdomadaire à la Chambre des communes en adressant ses pensées à toutes les personnes touchées en Espagne par l'accident[36].
Ukraine : le président Volodymyr Zelensky présente ses plus sincères condoléances au peuple espagnol sur X et souhaite un prompt rétablissement aux blessés[36].
Maroc : le roi Mohammed VI adresse un message de condoléances à Felipe VI et à la reine Letizia, les assurant de « l'entière solidarité du Royaume du Maroc » face au drame[39].
Union européenne : l'Union européenne se dit prête à apporter « toute son aide » aux autorités espagnoles[36]. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, écrit sur X : « L'Europe est aujourd'hui en deuil à vos côtés »[32].
États-Unis : l'ambassadeur des États-Unis en Espagne, Benjamin Leon, a exprimé la solidarité de son pays aux Espagnols[40].
L'Organisation mondiale de la santé : son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, présente ses condoléances à ceux qui ont perdu un proche et parle d'« un jour déchirant pour l'Espagne »[36].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 « En direct, accident entre deux trains en Espagne : le ministre des transports espagnol évoque « une collision par rattrapage » due à « une décision erronée » de reprise du trafic après une panne du système de sécurité », Le Monde,
- 1 2 3 4 « Accident ferroviaire en Espagne : un bilan provisoire fait état d'au moins 31 morts et plus de 80 blessés », sur rtbf.be,
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- ↑ « Ce que l'on sait de la collision de trains meurtrière près de Tolède, en Espagne », sur franceinfo.fr,
- 1 2 « Direct – Espagne : collision entre deux trains au sud de Tolède », sur rtbf.be,
- ↑ « Tragédie ferroviaire en Espagne, le bilan s'alourdit à 68 décès après l'accident de train », sur dhnet.be, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Collision meurtrière entre deux trains en Espagne », sur franceinfo.fr, (consulté le )
- 1 2 3 4 « Espagne : la collision de trains d'Urda fait au moins 68 morts », sur atlasinfo.fr, (consulté le )
- 1 2 « EN DIRECT - Collision de trains en Espagne : le bilan s'alourdit à 74 morts selon le Ministère des transports », sur https://www.lefigaro.fr/international/en-direct-accident-train-espagne-collision-morts-pedro-sanchez-catastrophe-deuil-renfe-bilan-20261029#1f1d3b71-2cb5-6b5c-94bc-0d1b9f93e235 (consulté le )
- ↑ « Collisions de trains en Espagne : Qui étaient Antonio et Daniel, les conducteurs de l’AVE de la Renfe ? », 20 Minutes, .
- ↑ (es) José M. Rodríguez Silva et Carlos Segovia, « Fátima Báñez, ex ministra de Trabajo con Mariano Rajoy, entre los desaparecidos en el accidente », El Mundo, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (es) Nuria Santesteban Silanes, « El PP sigue sin noticias confirmadas sobre la exministra Báñez tras el accidente de Urda », Agence EFE, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (es) Cristina De la Hoz, « Las horas más amargas de la familia de Fátima Báñez », El Independiente, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (es) Raquel Pascual Cortés, « Muere la exministra Fátima Báñez, que viajaba en uno de los trenes siniestrados en Urda » [« L'ancienne ministre Fatima Báñez, qui voyageait à bord de l'un des trains impliqués dans l'accident d'Urda, est décédée »], El País, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « García-Page porte à 68 le nombre de morts dans l'accident de train d'Urda et chiffre à 15 les blessés très graves », sur democrata.es, (consulté le )
- 1 2 3 « Tragédie ferroviaire en Espagne, le bilan s'alourdit à 68 décès après l'accident de train », sur dhnet.be, (consulté le )
- ↑ « Tragédie ferroviaire en Espagne : une collision entre deux trains fait au moins 31 morts et 80 blessés à Urda, près de Tolède », sur lavenir.net, (consulté le )
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- ↑ (es) Álvaro Celorio et Cristina G. Bolinches, « El primer informe sobre el accidente de Urda estima que la colisión del AVE con el Iryo se produjo a “entre 160 y 200 km/h” » [« Le premier rapport sur l’accident d’Urda estime que la collision entre le train AVE et le train Iryo s’est produite à une vitesse comprise entre 160 et 200 km/h. »], ElDiario.es, (lire en ligne, consulté le )
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- 1 2 « Espagne : 64 morts dans une collision ferroviaire, la campagne électorale suspendue », sur linfodrome.com, (consulté le )
- ↑ (es) Daniel Ríos, « Ada Colau pide expresamente la dimisión de Óscar Puente: “Se lo hemos trasladado a la Moncloa” » [« Ada Colau réclame expressément la démission d'Óscar Puente : « Nous en avons informé la Moncloa. » »], ElDiario.es, (lire en ligne, consulté le )
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- ↑ (en) Telewizja Polska S.A., « Nawrocki, Tusk send condolences over Spain train crash », sur tvpworld.com (consulté le )
- ↑ (pt) Leonardo Ralha, « Colisão entre comboios de alta velocidade: Portugal oferece ajuda a Espanha », sur Diário de Notícias, (consulté le )
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