Gérard Oury
Max Gérard Houry, dit Gérard Oury, né le à Paris et mort le à Saint-Tropez, est un réalisateur, scénariste et acteur français.
| Nom de naissance | Max Gérard Tenenbaum |
|---|---|
| Naissance |
16e arrondissement de Paris (France) |
| Nationalité | Française |
| Décès |
(à 87 ans) Saint-Tropez (France) |
| Profession |
Réalisateur-scénariste Acteur |
| Films notables |
Le Corniaud La Grande Vadrouille Le Cerveau La Folie des grandeurs Les Aventures de Rabbi Jacob L'As des as |
En tant que réalisateur, ses plus grands succès sont Le Corniaud, La Grande Vadrouille et Les Aventures de Rabbi Jacob, tous portés par Louis de Funès. Il est le scénariste de tous ses films, à l'exception de Fantôme avec chauffeur. Il a également été l'auteur et le metteur en scène d'une pièce de théâtre. Il a réalisé dix-sept longs-métrages.
Réalisateur de grands succès populaires, il est honoré à la fin de sa carrière d'un César d'honneur en 1993, décerné en l'honneur de l'ensemble du cinéma comique français, d'une entrée à l'Académie des beaux-arts en 1998, au fauteuil de René Clément, et d'une rétrospective consacrée à son œuvre au Festival de Cannes 2001.
Biographie
modifierEnfance et début de carrière
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Fils d'un violoniste juif d'origine russe, Serge Tenenbaum, et de Marcelle Houry (1894-1980), critique d'art au journal Paris-Soir, résidant au 24 ou au 26, rue de la Tour (immeubles de dimensions différentes et de même architecte anonyme) à Paris, elle-même juive mais non pratiquante[1], Max Gérard Tenenbaum prend ensuite officiellement, en 1950, le nom de jeune fille de sa mère, devenant Max Gérard Houry[2]. Il mène une scolarité sans histoire au lycée Janson-de-Sailly et y côtoie François Périer, Jean Dutourd et Maurice Siegel. À dix-sept ans, il suit les cours de René Simon, puis il entre au Conservatoire en 1938, aux côtés de Bernard Blier et François Périer, dans la classe de Béatrix Dussane. Pensionnaire de la Comédie-Française en 1939, il obtient son premier rôle que lui confie Édouard Bourdet dans Britannicus, en remplacement d'un acteur mobilisé. En 1940, il fuit la zone occupée avec sa compagne comédienne, Jacqueline Roman (élue miss Exposition en 1937), d'abord en zone libre, puis à Marseille, à Monaco et enfin à Genève afin d'échapper aux mesures antisémites ayant cours dans la France occupée. En 1942, il ne reconnaît pas sa fille unique, la réalisatrice Danièle Thompson, pour lui éviter le statut imposé aux juifs. À Marseille, il participe aux émissions de théâtre de la radio nationale, repliée sur place. À nouveau évincé pour les mêmes raisons, il est remarqué par Paul Olivier, l'agent de Raimu, qui l'engage dans une revue avec Alibert, Raimu et Rellys. Raimu le prend un temps sous son aile. C'est aussi à cette époque, en zone libre, qu'il fait ses premiers pas au cinéma, en tant qu'acteur, dans Les Petits riens et Médecin des neiges (1942), de Marcel Ichac.

Après la Seconde Guerre mondiale, il revient en France. Il joue au théâtre (notamment Les Vivants d'Henri Troyat, au Vieux-Colombier en 1945), et quelques seconds rôles au cinéma (Antoine et Antoinette, de Jacques Becker, en 1948). Il boucle ses fins de mois avec les toiles que lui remettait Raoul Dufy, l'un des amis artistes de sa mère, qui l'avait initié à l'art.
On le voit aussi dans La Belle que voilà (1949) de Jean-Paul Le Chanois. C'est dans ce film, dont le scénario est de Françoise Giroud, qu'il embrasse pour la première fois Michèle Morgan, dans une scène tournée dans un ascenseur. Un baiser de cinéma qui n'enflamme pas l'actrice. Dans Garou-Garou, le passe-muraille (1951) de Jean Boyer, il reçoit des claques de la part de Bourvil, « le meilleur homme qu'il m'ait été donné de connaître », disait-il. On le voit encore dans La nuit est mon royaume (1951) de Georges Lacombe, La Fille du fleuve (1955) de Mario Soldati, La Meilleure Part (1956) d'Yves Allégret ou encore Le Dos au mur (1958) d'Édouard Molinaro.

En 1958, il s'essaie au scénario dans Le Miroir à deux faces, coécrit avec André Cayatte. C'est à cette occasion qu'il entame une relation sentimentale avec Michèle Morgan, qui ensuite va demeurer sa compagne jusqu'à son décès.
En 1960, la même année où débute son activité de réalisateur en tournant La Main chaude et La Menace, Gérard Oury effectue un retour inattendu et remarqué au théâtre. Il termine sa carrière de comédien de théâtre sur un rôle prestigieux puisque le metteur en scène Raymond Rouleau fait appel à lui pour interpréter Don Salluste dans Ruy Blas à la Comédie-Française[3]. Il devient ainsi pensionnaire du « Français » pour la seconde et dernière fois, après l'avoir été en 1939[3]. Affirmant que « personne [dans la troupe de la Comédie-Française] n'est à l'heure actuelle apte à jouer le rôle » de Don Salluste, Raymond Rouleau a imposé qu'il soit interprété par Gérard Oury[3],[note 1]. Or, les sociétaires sont contre le fait de faire venir un acteur de l'extérieur, « de surcroît metteur en scène de cinéma », pour tenir ce rôle que pourraient jouer avec brio des acteurs du « Français » ; Gérard Oury lui-même juge que des pensionnaires comme François Chaumette ou Bernard Dhéran auraient très bien pu interpréter Don Salluste « différemment mais aussi bien que [lui] »[3]. La troupe n'apprécie pas non plus qu'une dérogation dans son contrat d'engagement autorise Oury à quitter la pièce au bout de seulement six mois, pour partir réaliser son troisième film, car cela leur est interdit par le décret dit « de Moscou », sauf autorisation expresse de l'administrateur[4]. Enfin, des tensions éclatent entre Raymond Rouleau et l'interprète de don César de Bazan, Robert Hirsch, tous deux de grands noms du théâtre, amenant Hirsch à quitter avec fracas les répétitions le , près d'une semaine avant la présentation au public de la pièce[4],[5]. Le lendemain, par voie de presse, l'acteur rend Gérard Oury responsable de son départ : « Je quitte Ruy Blas parce que je ne suis pas d'accord avec la mise en scène. Elle est trop rigide et ne tient pas compte de ma personnalité. Surtout, je ne peux pas jouer avec Gérard Oury, acteur imposé par Raymond Rouleau et dont je déplore l'engagement[6] ». Les deux acteurs ne se côtoient pourtant que lors de deux scènes, très courtes, la scène 2 de l'acte I et la 7 de l'acte IV[6]. Se sentant « à la fois bouc émissaire et dindon de la farce », Oury pense à partir également et se rend dans le bureau de l'administrateur Maurice Escande, qui le convainc de rester[6]. À la sortie du bureau, Oury rencontre Hirsch et tous deux en viennent aux mains[6],[5]. La presse parisienne rapporte leur violente dispute : L'Aurore, France-Soir, Paris-Presse titrent « Hirsch et Oury se battent sous les yeux de l'administrateur », « Ils se sont colletés pour Ruy Blas », « De Gaulle va arbitrer l'affaire Ruy Blas ». La première de Ruy Blas a lieu le vendredi , en présence du président de Gaulle (qui salue Oury d'un « maître ») et du ministre de la Culture Malraux[7]. Jacques Destoop joue le rôle-titre et Claude Winter la reine[7], tandis que Rouleau a remplacé Robert Hirsch par Jean Piat[8],[5], qui se révèle très bon dans le rôle de Don César[4],[9]. Oury interprète un don Salluste « un peu triste, hiératique, très digne » mais l'idée de détourner en comédie ce drame de Victor Hugo lui vient, trouvant ainsi l'inspiration pour ce qui devient dix ans plus tard La Folie des grandeurs[5].
« À chaque représentation, pendant l'acte II dont je ne suis pas, ou tandis que mort j'attends de me relever, je pense qu'on pourrait faire de ce drame une irrésistible comédie : quiproquos valet-maître, maître déguisé en laquais, duègne folingue, Barbaresques chez lesquels Salluste expédie son cousin César, maison truquée, reine d'Espagne somme toute complètement idiote. Et ce Salluste, pourquoi toujours le faire jouer en troisième couteau ? Moi, je le distribuerais à un acteur comique, Louis de Funès par exemple. Je sais, il est inconnu mais il a du génie, on s'en apercevra bientôt. Je m'amuse au jeu des titres. (…) Ruy Blaze avec un Z ? Les Sombres Héros ? (Sombréros !) Ou tiens, pourquoi pas : La Folie des grandeurs ? »
— Gérard Oury, 1988[10].
Premières réalisations
modifierGérard Oury réalise son premier film, La Main chaude, en 1959. C'est l'histoire d'une riche veuve qui prête 100 000 francs à Lécuyer (interprété par Alfred Adam) pour qu'il envoie son fils à la campagne. Or, Lécuyer donne cet argent à sa maîtresse pour qu'elle avorte. Mais n'étant pas enceinte elle remet la somme à son autre amant afin qu'il s'achète un scooter. En fait, il se sert de ce pactole pour séduire une jeune femme qu'il croit riche… Lors de sa sortie en salle en 1960, le film est un échec commercial.
Gérard Oury se met en scène dans un rôle de docteur dans La Menace, qui a pour interprètes principaux Robert Hossein et Marie-José Nat.
Une première réussite
modifierGérard Oury rencontre le succès en 1962 avec Le crime ne paie pas, qui réunit une distribution d'exception, avec entre autres Michèle Morgan et Louis de Funès. Ce film se déroule en 4 sketches, inspirés des célèbres bandes dessinées verticales de Paul Gordeaux du journal France-Soir.
Le comédien Louis de Funès qui tournait dans l'un de ces sketches déclare à Oury : « Quant à toi, tu es un auteur comique, et tu ne parviendras à t'exprimer vraiment que lorsque tu auras admis cette vérité-là »[11]. Le réalisateur suit cette suggestion et prépare sa première comédie, Le Corniaud. Gérard Oury planche ensuite sur quelques synopsis de comédies à mettre en scène[a].
Son principal projet suivant est cependant un nouveau drame, tiré des aventures du HMS Fidelity pendant la Seconde Guerre mondiale et de son truculent lieutenant commander français[12],[b],[c],[cit. 1]. Le rôle du précédent capitaine du navire marchand est destiné à Charles Vanel, tandis que le rôle du lieutenant Péri qui en fait un bateau corsaire est prévu pour Jean Gabin et plus tard Yul Brynner[12],[d],[c],[e]. Oury travaille à l'adaptation avec Jean-Charles Tacchella, René Havard et l'auteur d'un roman sur le sujet, Marcel Jullian[e]. Le projet est d'abord mis à mal par la défection du premier producteur, ruiné[e]. Son ami Alain Poiré de la Gaumont accepte ensuite de le produire, après avoir financé sa deuxième réalisation, La Menace[d]. Ce film intitulé Le Cargo de la colère n'est finalement jamais tourné[12],[d],[note 2]. Les exigences salariales considérables de René Havard, rendu gourmand par le succès d'Un taxi pour Tobrouk (1961), sont l'une des raisons[e]. Ce projet avorté permet néanmoins à Oury de faire de Jullian son partenaire d'écriture sur ses idées ultérieures[12],[d],[c],[e].
Le temps des succès
modifierGérard Oury et Marcel Jullian écrivent, sur des dialogues d'André et Georges Tabet, l'histoire d'Antoine Maréchal (Bourvil), un honnête commerçant utilisé par Léopold Saroyan (Louis de Funès), un trafiquant, pour convoyer de Naples à Bordeaux une Cadillac remplie d'héroïne, d'or, de diamants et de diverses pierres précieuses, s'inspirant de l'affaire de la French Connection. Le tournage a lieu en France à Paris et en Italie à Rome et Naples en 1964. L'année suivante Le Corniaud est le plus gros succès du box-office avec près de 12 millions de spectateurs.
Oury renouvelle l'expérience avec La Grande Vadrouille, qui réunit à nouveau Bourvil et Louis de Funès. Le réalisateur écrit le scénario avec sa fille Danièle Thompson, qui fait ses débuts comme scénariste et coécrit tous les films de son père jusqu'à Vanille fraise, en 1989. L'histoire se déroule en 1942. Un avion anglais est abattu par les Allemands au-dessus de Paris. Les trois pilotes sautent en parachute et atterrissent sur le toit de différents immeubles de la capitale. Ils sont aidés par deux civils français, un chef d'orchestre, Stanislas Lefort (Louis de Funès), qui fait répéter à l'Opéra La Damnation de Faust de Berlioz, et un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet (Bourvil), qui acceptent de les mener en zone libre et deviennent ainsi, malgré eux, acteurs de la Résistance. Lors du tournage, c'est Louis de Funès lui-même qui a dirigé La Marche hongroise, à la grande surprise des musiciens du palais Garnier. Le film remporte un succès phénoménal et historique : avec 17 272 987 spectateurs, La Grande Vadrouille, sorti en , a longtemps été le numéro 1 du box-office français. Il faut attendre 1998, et les 20 millions d'entrées de Titanic, de James Cameron, pour que le record soit battu. Le film de Gérard Oury est le plus gros succès public de l'histoire du cinéma français pendant plus de quarante ans, jusqu'en , quand Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon le dépasse, suivi en 2011 par Intouchables.
En , alors que les étudiants s'attaquaient aux pavés parisiens, Gérard Oury, lui, s'inquiétait de savoir s'il allait pouvoir tourner son sixième long métrage, Le Cerveau. C'est l'histoire de deux gagne-petit du crime (Bourvil et Jean-Paul Belmondo) qui veulent attaquer un train transférant les fonds de l'OTAN, alors qu'un as britannique du braquage surnommé le Cerveau est déjà sur le coup. « Un film plein d'idées chères », comme le dit aujourd'hui la fille de Gérard Oury, coscénariste du film. Mais le roi du rire est riche de ses deux précédents succès. Aussi peut-il s'offrir le luxe de faire un film en scope avec des stars françaises, mais aussi anglo-saxonnes — David Niven (dans le rôle-titre) et Eli Wallach (un parrain de la mafia italienne) —, une séquence animée, des effets spéciaux, des cascades, des milliers de figurants, une copie de la statue de la Liberté, et même des images de la vraie, filmées à New York du pont du paquebot France. Pour financer cette folie des grandeurs, la Gaumont s'est associée à la Paramount, qui compte sortir ce film à dimension internationale aux États-Unis. Cela oblige dans un premier temps les scénaristes, Danièle Thompson et Marcel Jullian, à équilibrer l'importance des rôles entre vedettes locales et étrangères, puis Gérard Oury à filmer en même temps une version en français et une autre en anglais… Fin , les étudiants sont rangés des barricades et le tournage du Cerveau commence enfin. Il dure trente semaines. Mais dans la bonne humeur. Un jour qu'Alain Poiré est de passage sur le plateau, Oury lui dit : « C'est fou ce que je m'amuse ». Ce à quoi le producteur lui répond : « Tu as des amusements coûteux ». Ils rapportent aussi. Sorti en France le , Le Cerveau est un carton avec plus de 5,5 millions de spectateurs. Rien de tel aux États-Unis. Déstabilisée par l'échec de La Kermesse de l'Ouest, une comédie musicale avec Clint Eastwood, la Paramount sort The Brain dans une version amputée, sans y croire. C'est l'échec.
Après le succès du Cerveau, Gérard Oury devait retrouver le tandem Louis de Funès/Bourvil, qui avait contribué à son succès, dans un film prévu pour s'intituler Les Sombres héros. Mais Bourvil mourut quelques mois avant le début du tournage. En plein désarroi, de Funès et Oury envisagent de ne pas faire le film. Après un remaniement de scénario le rôle de Bourvil revient à Yves Montand. C'est Simone Signoret qui a soufflé l'idée à Oury, quelques jours après le décès de Bourvil[11]. Parodie de Ruy Blas, l'histoire est celle de Don Salluste (interprété par De Funès) qui profite de ses fonctions de ministre des Finances du roi d'Espagne pour s'enrichir. La Reine qui le déteste réussit à le chasser de la cour. Ivre de vengeance, il décide de la compromettre. Son neveu Don César ayant refusé de se mêler au complot, il choisit son valet Blaze, transi d'amour pour la souveraine, pour tenir le rôle du prince charmant. À force de quiproquos, il ne parvient qu'à s'attirer les faveurs de la peu avenante Doña Juana (Alice Sapritch). Lors de sa sortie, La Folie des grandeurs a été l'un des grands succès de 1971. 4e au box-office de cette année-là avec 5 563 160 entrées après Les Aristochats, Les Bidasses en folie et Mourir d'aimer.
En 1973, Gérard Oury et Louis de Funès se retrouvent pour un dernier film Les Aventures de Rabbi Jacob. Ce dernier campe Victor Pivert, un homme d'affaires irascible et raciste, qui se retrouve malgré lui confronté à un règlement de comptes entre terroristes d'un pays arabe. Pour semer ses poursuivants, il se déguise en rabbin, après avoir croisé à Orly des religieux juifs en provenance de New York, et pris leurs vêtements. Pour les besoins du tournage, Gérard Oury a fait reconstruire l'ensemble du hall d'arrivée d'Orly et transposa la rue des Rosiers dans un quartier tranquille de la région parisienne. La scène où Louis de Funès tombe dans une cuve de l'usine de chewing-gum fut particulièrement éprouvante pour l'acteur, mais le cinéaste se souvient surtout des difficultés rencontrées à New York. Lors du tournage dans le Lower East Side, les juifs orthodoxes se montrèrent particulièrement agressifs et lui reprochèrent de réaliser « a pornographic picture ». La sortie du film fut programmée pour 1973 et tomba au même moment que la guerre du Kippour. Le caractère religieux du film provoqua plusieurs réactions inattendues et violentes. Georges Cravenne, célèbre publicitaire, fut chargé de la promotion du film. L'épouse de ce dernier, Danielle Cravenne, se persuada que le film contenait un message politique « anti-palestinien ». Le jour de la sortie, elle détourna un avion et menaça de faire sauter l'appareil si le film n'était pas interdit. L'avion atterrit et la jeune femme fut abattue d'une balle en pleine tête. Sa mort fut qualifiée de coup publicitaire et Gérard Oury reçut d'innombrables lettres d'insultes et de menaces : « Je ne changeai rien à ma vie, mais les jours qui suivirent je me promenais armé d'un pistolet ». Néanmoins, le film fut un « carton », avec 7,3 millions d'entrées.
Projets inaboutis et retour au théâtre
modifier« Gueules bâillonnées pour qui voudrait ouvrir la bouche hors la ligne, films qu'on ne devrait pas voir parce qu'on n'aurait pas dû les tourner, mai 68 avait pourtant clamé : « Il est interdit d'interdire ! » C’est la dérive, la lutte aveugle des Khmers rouges experts en « lecture de films », car les Cahiers du cinéma se définissent ainsi (…). Le terrorisme intellectuel pratiqué par des mollahs fachos-gauchos préparant l'avènement des Pinochet, des Jaruzelski, il faut le dénoncer, montrer ces gens-là tels qu'ils sont : minables, tristounets. Il faut surtout se moquer d'eux. « Après Rabbi Jacob, nous le pouvons! » dis-je à de Funès. Je le sens un peu restrictif. Je sais pourquoi : Chaplin, Le Dictateur. Il n'a pas tort. C'est dur d'arriver derrière un chef-d'œuvre. Mais si Hitler, Mussolini et Staline sont morts, combien d'autres crocodiles leur ont succédé, plus modernes dans leur art de faire : goulags, cliniques psychiatriques, casernes sanglantes du côté de Santiago »
Indigné par les critiques politiques acerbes adressées par la presse cinéphilique aux Aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury entend dénoncer ces excès dans une nouvelle comédie sur l'intolérance, ridiculisant les dictatures du monde d'alors, de droite comme de gauche : Le Crocodile, lancé dès 1974[13],[14],[g],[h],[i]. Louis de Funès doit camper un dictateur d'un pays du sud : despote d'extrême droite, Crochet — « petit colonel cupide, teigneux, couard avec des faiblesses : le fric, sa femme, son fils » — est renversé par un coup d'État ourdi par son épouse et le chef de sa police. Il est jeté en prison puis prend le parti de ses anciens opposants révolutionnaires et parvient à reconquérir le pouvoir en créant une dictature d'extrême gauche[13],[h],[j],[k]. Oury a écrit le scénario avec Danièle Thompson et, même si ce film n'a plus de rapport avec le judaïsme, le rabin Josy Eisenberg[j]. Il est prévu que l'acteur-vedette sera entouré de Régine Crespin, Aldo Maccione et Charles Gérard[14],[13]. De nouveau, Bertrand Javal produit ce projet risqué[l],[m]. Les prises de vues sont annoncées pour [13],[k]. Oury effectue des repérages dans la Grèce récemment libérée de la dictature des colonels et obtient du nouveau gouvernement ravi de moquer le régime précédent la mise à disposition d'effectifs de police, de casernes, de palais nationaux et de matériel militaire[n],[i]. Le tournage est également prévu en Tunisie et au Nouveau-Mexique[o].
Louis de Funès, pourtant très sollicité, s'obstine ne plus vouloir tourner que sous la direction d'Oury et repousse toute autre proposition de film afin de pouvoir préparer Le Crocodile,mais il s'épuise entretemps au théâtre[o],[p]. En , deux mois avant le début du tournage, l'acteur est victime de deux infarctus consécutifs[q],[i]. Les médecins consultent le scénario et le jugent trop physique pour lui, parce qu'il y a trop de lieux de tournages différents et de scènes difficiles, voire de cascades[13],[m]. Le Crocodile est reporté, dans l'attente de son éventuel rétablissement[m]. Jusqu'alors très amis, Louis de Funès et Gérard Oury s'éloignent progressivement l'un de l'autre, même si chacun déclare à la presse vouloir tourner à nouveau ensemble[r],[m]. Pour se renflouer, Bertrand Javal produit un scénario écrit par Danièle Thompson et Jean-Charles Tacchella, Cousin, Cousine, au beau succès critique et commercial[15],[m]. Dans une tentative désespérée, face aux millions de francs de pertes causées par Le Crocodile, Javal tente d'escroquer les assurances en misant sur l'éventuelle mort de Louis de Funès avant la fin de l'année suivante[q]. L'acteur, choqué par ces manigances, déclare en renoncer au film, sur l'avis des médecins[m].

Le réalisateur enchaîne alors sur L'Entourloupe, l'histoire d'un grand chef d'orchestre français qui débarque à New York à la recherche de son fils kidnappé[i]. Le scénario est destiné à Lino Ventura, bon ami qu'il espère depuis longtemps diriger[i]. Le chef d'orchestre est aidé dans ses aventures tragi-comiques par un brillant policier américain ; les deux protagonistes ont en commun d'avoir chacun une mère affectueuse et possessive, à la manière d'Oury lui-même[s],[i]. Madeleine Renaud est prévue pour le rôle de la mère du Français[s],[i]. Oury et Thompson sont rejoints dans leur travail par les scénaristes américains David et Leslie Newman (en)[s]. Le projet, coproduit par Jacques Bar et Goffredo Lombardo, nécessite l'appui d'une major hollywoodienne (à l'instar du Cerveau) et requiert donc une vedette bankable locale dans le rôle du flic[s],[i]. Des discussions s'engagent[i]. Danièle Thompson, introduite par Cousin, Cousine (1975), est envoyée le soumettre à Woody Allen, qui explique ne plus tourner que dans ses propres films[i]. Oury tente d'intéresser au projet Al Pacino, Elliott Gould et Sylvester Stallone, mais ceux-ci refusent après avoir lu le scénario[s],[i]. Dans la longue attente entre deux rendez-vous avec les stars ou les patrons de studios, Oury écrit une pièce de théâtre inspirée de son expérience d'acteur[i]. Lors d'une party, Ventura est outré que Jack Nicholson, également contacté pour être son partenaire, lui propose un rail de cocaïne ; il repart aussitôt en France[i]. Le scénario de L'Entourloupe n'attire aucun acteur ni producteur[i]. Découragé, Gérard Oury abandonne et rentre à Paris[11],[i].
À la suite de l'abandon de ces deux projets, Gérard Oury se consacre à la pièce de théâtre écrite à Hollywood : Arrête ton cinéma[i]. Cette comédie montre les répétitions d'une pièce de théâtre politico-dramatique, pleine de mise en abyme et de renvois de la fiction à la réalité[t],[i]. Oury met en scène pour la première et unique fois une pièce de théâtre[i]. Il a suscité l'intérêt de deux éminents producteurs dramatiques, Marie Bell et Lars Schmidt[i]. Françoise Fabian et Jacques Weber tiennent les rôles principaux de l'actrice et du metteur en scène[i]. Arrête ton cinéma, joué à partir de , est un échec critique et public[i]. Moins de cent représentations sont données au théâtre du Gymnase[16],[i]. Après quatre années mouvementées et riches en déceptions, Oury se remet au cinéma[i]. À la demande du producteur Jacques Dorfmann, fils de Robert, il imagine un film pour les Charlots, le trio de chanteurs-acteurs loufoques[u]. Ravi de travailler avec cette nouvelle génération, il se retire néanmoins du projet lorsqu'il comprend que le producteur ne lui octroira pas un budget à la hauteur de ses idées et de ses ambitions[u]. Du synopsis laissé par Oury, un scénario est ensuite écrit par Jacques Lanzmann et réalisé par Serge Korber : Et vive la liberté !, sorti en , au maigre succès[v],[u].
Nouveaux comédiens et nouveaux succès
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Gérard Oury se renouvelle avec l'une des principales vedettes comiques de la nouvelle génération : Pierre Richard[17],[w]. Il écrit avec Danièle Thompson une comédie prenant place en mai 68, intitulée Y a pas de mai ! : dans la confusion des grèves, pénuries et manifestations, un avocat traverse la France avec un client condamné à mort évadé, dans l'espoir d'obtenir la grâce présidentielle auprès du général de Gaulle[17],[w]. Oury n'avait suivi la période que de loin, trop préoccupé par ses répercussions sur Le Cerveau[x]. Face au « grand blond » dans le rôle de l'avocat, Oury attribue celui du taulard à Victor Lanoux, sans savoir qu'il formait avec Pierre Richard un duo d'humoristes dans les années 1960[17],[x]. Oury revient auprès d'Alain Poiré et la Gaumont pour la production[x]. Il confie la musique à Philippe-Gérard, ancien camarade d'exil en Suisse, depuis devenu un compositeur de chansons à succès[x]. Outre de rares archives couleur, les scènes de barricades de mai 68 sont reconstituées[x]. À peine dix ans après les évènements, les autorités s'opposent à filmer les affrontements dans Paris et les décors sont donc reproduits aux studios d'Épinay[17],[x]. Cela n'empêche pas les étudiants engagés dans la figuration de se déchaîner sur les vraies ou fausses forces de l'ordres en face d'eux[17],[x]. Gérard Oury et Pierre Richard amorcent une excellente entente, riant de leurs malchances respectives[x].
Retitré La Carapate sur insistance du producteur[17], le film, sorti en , totalise près de trois millions d'entrées, un gros succès mais marquant une perte de vitesse du cinéaste en comparaison avec ses précédents films[x]. À cette période, Oury subit une opération de la cataracte mais perd quasiment la vision à un œil[y].
En 1979, Gérard Oury rencontre sur la côte d'Azur la vedette comique britannique Peter Sellers (auquel il avait proposé le rôle-titre dans Le Cerveau) et attise son intérêt avec Le Crocodile[14],[z],[q]. Sellers est partant pour jouer le rôle principal[13],[z],[i]. Galvanisé par la possibilité d'une grande production hollywoodienne, Oury travaille avec Jim Moloney, scénariste attitré de Sellers, sur une version « plus américaine » du scénario, pour le compte de Trinacra Films[13],[z],[q],[18]. La mort de Peter Sellers, le , d'un infarctus, éteint brutalement le projet[13],[z],[q]. Après deux crises cardiaques pour un seul film, Danièle Thompson prend peur et avertit son père « Jamais deux sans trois : la prochaine fois, ce sera toi. Je ne veux pas que tu fasses le film »[14],[z].
En parallèle de cette tentative avortée, Gérard Oury collabore une seconde fois avec Pierre Richard pour tourner Le Coup du parapluie, inspiré par les tentatives d'assassinats de dissidents bulgares par les services secrets soviétiques à Paris et à Londres à l'aide d'un parapluie empoisonné[aa]. Oury aurait aimé reconduire le duo Richard-Lanoux mais le scénario ne s'y prête pas[ab]. Pierre Richard campe un comédien sans envergure qui, pensant se rendre à une audition pour un rôle de tueur dans un film, se retrouve engagé par de véritables mafiosi comme tueur à gages, tout en croyant que le « contrat » en question est celui du film ; il doit éliminer un trafiquant d'armes en usant d'un parapluie dont la pointe contient du cyanure[aa]. En plus du Goldfinger Gert Fröbe, du menaçant Gordon Mitchell et de son beau-fils Mike Marshall, Oury fait un pas vers la génération suivante, venue du café-théâtre, en engageant dans des rôles importants les jeunes Valérie Mairesse, Gérard Jugnot et Dominique Lavanant[ac]. Le , un soir de tournage, sa mère Marcelle Houry meurt ; le travail, dès le lendemain, l'aide à affronter cette épreuve[ad]. Danièle Thompson le fait rapidement quitter son appartement de la rue de Courcelles, où il était voisin de sa mère depuis 1949[ad]. Sa vue commence à se brouiller, l'obligeant à désormais porter de grosses lunettes[ab]. Sorti en , Le Coup du parapluie est, avec 2,4 millions d'entrées, un succès dans la même veine que La Carapate[x]. La même année, Thompson est aux sommets avec La Boum, dans lequel le truculent personnage de la grand-mère Poupette s'inspire de Marcelle[ab].

En , Gérard Oury propose à Jean-Paul Belmondo une deuxième collaboration : L'As des as[ae]. L'histoire est celle d'un entraîneur de l'équipe française de boxe aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, ancien aviateur de la Grande guerre, qui se retrouve à devoir protéger un enfant juif et sa famille, jusqu'à affronter Hitler dans son chalet du Berghof[ae],[af]. Le tournage a lieu en Autriche et en Allemagne, principalement dans les studios de la Bavaria à Munich, et en France pour les scènes aériennes (à bord de répliques d'avions d'époque)[ag]. Belmondo coproduit le film — aux cotés d'Alain Poiré — et renonce intégralement à son cachet parce qu'il a « le désir de stigmatiser sous le ton léger de la comédie, l'antisémitisme et l'intolérance »[af]. Oury négocie directement auprès de Leni Riefenstahl l'utilisation d'images de son documentaire de propagande nazi Les Dieux du stade pour montrer les authentiques épreuves sportives[19],[20],[ag].
L'As des as, sorti en , bat des records historiques au box-office français et cumule 5,4 millions entrées, soit le deuxième succès de l'année derrière E.T., l'extra-terrestre[ag]. La presse critique se ligue contre L'As des as pour défendre un film en mauvaise posture, Une chambre en ville de Jacques Demy, imputant l'échec commercial de ce dernier à la réussite du film d'Oury[ag],[af]. Oury et Belmondo ripostent en publiant une cinglante « Lettre aux coupeurs de têtes », qui dénonce l'intolérance des critiques et leur mépris du public, rappelant d'ailleurs que le succès d'un film peut inciter le public à aller en voir d'autres[ag]. La polémique reste amère pour Oury, la critique semblant remettre en question tout son travail, alors qu'il a largement fait ses preuves auprès du public[ag].
Pendant la postsynchronisation de son film, Oury a croisé dans les studios Louis de Funès, au travail sur Le Gendarme et les Gendarmettes[ah]. Les retrouvailles sont chaleureuses et tous deux sont même tentés de relancer Le Crocodile[ah]. Oury lui promet une nouvelle mouture du scénario qui tiendrait compte de son état de santé, son jeu étant devenu beaucoup moins physique depuis les infarctus de 1975[ah]. Au détour d'un interview pour L'As des as, Oury maintient que réaliser enfin Le Crocodile n'est pas exclu et laisse le secret sur l'acteur auquel il pense avec sa fille[21]. La mort de Louis de Funès le , d'un troisième infarctus, coupe court à leur enthousiasme[ah].

Gérard Oury s'intéresse après au nouveau comique no 1 de l'époque, Coluche, pour La Vengeance du serpent à plumes[ai]. L'humoriste est devenu bankable au cinéma par les films de Claude Zidi et s'est récemment frotté au drame dans Tchao Pantin[ai]. Claude Berri, lié par contrat à Coluche, produit le film[aj]. Oury s'inspire d'une mésaventure subie par la maîtresse de Serge Tenenbaum : pendant des vacances, elle avait sous-loué son appartement à un groupe de jeunes hommes et femmes apparemment sans histoires, pour apprendre ensuite par une violente intervention de la police qu'ils étaient des terroristes affiliés à la bande à Baader, stockant des armes chez elle[ai]. Comme pour Le Corniaud, Oury y mêle le souvenir d'un voyage au Mexique avec François Reichenbach[ai]. Le film raconte l'histoire de Loulou Dupin, grossier préposé aux tire-fesses dans une station de ski, qui hérite de sa grand-mère d'un appartement à Paris ; il a l'agréable surprise d'y trouver deux jeunes femmes qui appartiennent à un groupe terroriste d'extrême gauche et préparent un attentat avec des complices au Mexique ciblant les chefs d'État de la conférence Nord-Sud de Cancún[aj]. Coluche est entouré de proches comme Luis Rego (affublé d'un singe), Farid Chopel, Ged Marlon et Josiane Balasko ainsi que de la belle Maruschka Detmers[ai]. Bien que Coluche aime son œuvre et partage son admiration de Louis de Funès[ai], le réalisateur et lui manquent de complicité sur le tournage[22]. Déjà coûteux, le film accuse de lourds dépassements de budget à cause du tournage mexicain[ak]. La Vengeance du serpent à plumes n'obtient pas tout le succès espéré et n'occupe que le no 11 au box-office de cette année-là, avec 2,6 millions d'entrées[23]. Oury pense un temps relancer Le Crocodile avec Coluche, jusqu'à que l'accident mortel de l'humoriste mette un terme à cette ambition[14],[24].

Il réalise deux ans plus tard Lévy et Goliath, un film dans la même veine que Les Aventures de Rabbi Jacob, sur cette communauté hassidique opposée à la modernité[al]. L'intrigue suit Moïse Lévy, un juif ultra-orthodoxe, diamantaire, qui se trouve involontairement mêlé à un trafic de drogue et doit compter sur son frère Albert, bien qu'ils soient brouillés ; les deux frères, aux modes de vie contraires, doivent affronter le trafiquant Goliath[am]. Jeunes têtes d'affiche, Richard Anconina vient d'être révélé par Tchao Pantin et Paroles et Musique et l'humoriste Michel Boujenah sort du triomphe de Trois Hommes et un couffin[am]. Ils sont entourés de Maxime Leroux, Souad Amidou, Jean-Claude Brialy et de vieilles connaissances d'Oury, Robert Hossein et Roger Hanin[an]. Oury tente une comédie moins onéreuse et spectaculaire, privilégiant la tendresse au comique pur, s'intéressant davantage aux relations des deux frères qu'à ses ressorts comiques habituels[am]. Il inscrit aussi le film dans l'air du temps en montrant un Paris marginal, dangereux, de nuit[25]. Le tournage est « très joyeux » pour Oury[an]. Une amitié durable naît entre le réalisateur, Boujenah et Anconina[an]. Oury retrouve son ami Alain Poiré à la production[am]. Lévy et Goliath, sorti en , totalise plus de 2,1 millions d'entrées[an].
En , Gérard Oury achève la rédaction d'une autobiographie, Mémoires d'éléphant[ao]. Ces mémoires riches en anecdotes, faisant des allers-retours dans le temps, racontent sa vie et sa carrière jusqu'à L'As des as[26],[ao]. Il met particulièrement en avant les figures de sa mère Marcelle et sa grand-mère Mouta[26]. Il ne mentionne pas son père biologique José Luis Sanchez Besa de Avila mais évoque ambigüment Serge Tenenbaum comme « cet homme que j'ai appelé papa toute ma vie… »[27].
Popularité déclinante, reconnaissance tardive
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Gérard Oury retourne à la grande comédie d'aventures, teintée de film d'espionnage, avec Vanille Fraise, tirant un vaudeville du cas des espions de l'affaire du Rainbow Warrior qui agissaient sous la couverture d'un faux couple[ap],[aq]. Il pense d'abord réunir Catherine Deneuve et Michel Blanc, avant de s'orienter vers un couple mixte composé de Sabine Azéma, connue pour les films d'Alain Resnais, et Isaach de Bankolé, révélé par Black Mic-Mac (1986)[ap]. Le scénario envoie une ancienne espionne, devenue mère de famille, reprendre du service sous le nom de code « Vanille » avec comme mission de faire sauter en Italie un bateau contenant des missiles, alliée à « Fraise » qu'elle doit faire passer pour son mari, alors que tout les oppose[aq],[ap]. Son véritable mari, à la fois jaloux et volage, est campé par Pierre Arditi, souvent associé à Azéma[ar]. Le film est produit par les Films Ariane d'Alexandre Mnouchkine[as].
Vanille Fraise, sorti en , engrange seulement 768 518 entrées, un résultat bien inférieur à Lévy et Goliath[28],[ar]. Pour la première fois depuis La Main chaude (1960), un film d'Oury ne franchit pas le seuil du million[ar]. Déjà ses précédents scores de deux ou trois millions d'entrées, pourtant honorables, ne le satisfaisaient pas au regard des sommets atteints par le passé au box-office[ar]. Sentant un certain essoufflement depuis plusieurs films, Danièle Thompson met fin après Vanille Fraise à vingt-cinq d'écriture de scénarios avec son père, d'autant plus qu'elle est accaparée par d'autres collaborations, en particulier avec Patrice Chéreau pour La Reine Margot[at].
Après la défection de sa fille, Gérard Oury rencontre divers scénaristes, jeunes auteurs de théâtre ou de télévision[au]. Il s'adjoint pourtant finalement du partenaire d'écriture de ses débuts, Marcel Jullian[au]. Ils élaborent une idée longtemps envisagée par Oury, une comédie sur l'avarice : La Soif de l'or[au]. Le film est porté par Christian Clavier, qui signe avec eux les dialogues, ainsi que Tsilla Chelton, Catherine Jacob et Philippe Khorsand[av]. Clavier interprète Urbain Donnadieu, PDG résolument avare, élevé par sa grand-mère Zézette dans le culte du profit et qui tente de transférer en Suisse une partie de sa fortune, sous forme de lingots d'or ; son ex-épouse, Fleurette, et son meilleur ami, amant de celle-ci, contrecarrent ses plans[av]. Le rôle principal rappelle ceux tenus par Louis de Funès[av], jusque dans le jeu adopté par Clavier[aw]. Oury regrette a posteriori de ne pas avoir inséré de personnage « à la Bourvil » pour contrebalancer cet ensemble d'individus cupides et malhonnêtes[av]. La Soif de l'or, sorti fin , réunit un million et demi d'entrées[28],[av]. Oury en espérait davantage, au vu du triomphe de Clavier dans Les Visiteurs au même moment[av].
Entretemps, en , Gérard Oury reçoit un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, récompensant à travers lui tout le « cinéma comique français », souvent négligé par les prix[29]. Il offre aussitôt la statuette à sa veuve de son acteur-fétiche, Louis de Funès, mort dix ans auparavant[14],[29]. La même année, à l'occasion du vingtième anniversaire de Rabbi Jacob, Paul Nahon et Bernard Benyamin proposent au cinéaste de réaliser pour l'émission Envoyé spécial un reportage sur la situation au Proche-Orient, à une époque d'avancée du processus de paix israélo-palestinien par la signature des accords d'Oslo[30],[31],[ax]. Il est ravi de cette brève incursion dans le journalisme, métier de sa mère[ax]. Retournant dans ce pays visité vingt ans auparavant, Oury part documenter les relations entre israéliens et palestiniens sur le terrain, ainsi que leurs rapports contrariés à ces accords historiques alors plein d'espoirs[30],[31]. Il ponctue son reportage d'extraits du film[30]. Le documentaire l'amène en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, à la rencontre de juifs libéraux ou orthodoxes, de musulmans et des différentes communautés chrétiennes ; il reçoit un accueil chaleureux et constate la notoriété de sa comédie auprès des Israéliens et des Arabes[31],[ax]. Le reportage est diffusé à la veille de Noël 1993, sur France 2[ax].
En 1995, le cinéaste crée l'évènement en s'associant avec un autre maître de la comédie à la française, Francis Veber[ay]. La réunion de tels réalisateurs de ce statut est très rare, d'autant plus que Veber n'écrit plus de scénarios pour les autres depuis les triomphes de ses propres réalisations, La Chèvre (1981), Les Compères (1984) et Les Fugitifs (1986)[ay] — cependant, Veber est alors à une période faible de sa carrière[32]. Ils écrivent ensemble Fantôme avec chauffeur, l'aventure post-mortem d'un grand patron et de son chauffeur, morts quasiment en même temps, qui restent sur Terre quelques jours en tant que fantômes, prennent conscience des torts qu'ils ont causés de leur vivant et entreprennent de les réparer[ay]. Oury, profondément marqué par la mort de sa mère seize ans plus tôt, vit avec la conviction que les disparus continuent d'entourer les vivants[ay]. Il tourne avec bonheur avec Philippe Noiret et Gérard Jugnot, qu'il avait déjà dirigé par le passé, et se confronte agréablement au défi des modernes effets spéciaux numériques nécéssaires à ce récit fantastique[ay]. Dans ce film crépusculaire, Oury tend vers davantage de tendresse et de mélancolie[33],[ay]. En dépit des noms impliqués et des trucages (pourtant à la mode dans Les Visiteurs et Les Anges gardiens), Fantôme avec chauffeur, sorti en , est un échec critique et public avec environ 400 000 entrées[28],[33],[ay].
À bientôt 80 ans, Gérard Oury prend la réalisation d'un projet monté par Smaïn, le remake d'une comédie de Marcel Pagnol, Le Schpountz (1938), pour lequel le jeune humoriste compte reprendre le rôle tenu par Fernandel[y]. C'est Alain Poiré, par ailleurs grand ami de Pagnol, qui suggère Oury à Smaïn[y] Le film raconte l'aventure d'Irénée, un naïf qui rêve de devenir une vedette du cinéma, et s'immisce auprès d'une équipe de tournage venue faire des repérages dans sa région ; lassé par cet envahissant candide, les membres de l'équipe, moqueurs, lui font signer un faux contrat lui promettant le premier rôle d'un film[y]. Oury admire l'œuvre de Pagnol depuis sa rencontre avec Raimu pendant la guerre[y]. De plus, cette histoire d'un jeune homme aspirant à devenir acteur fait écho à ses propres débuts[y]. Il écrit l'adaptation avec l'humoriste de Canal+ Albert Algoud[y]. Dans le même temps, il se réjouit que sa fille Danièle entame son premier film en tant que réalisatrice, La Bûche (où un personnage de violoniste russe, tenu par Claude Rich, rappelle Serge Tenenbaum)[y]. Durant la préparation, Oury est victime d'un accident cardiaque[y]. Une valve aortique artificielle lui est posé, il passe cinq jours en réanimation[y].
Bien que convalescent, il s'obstine à tourner Le Schpountz, filmé en extérieurs près de Marseille et en studios dans la région parisienne[y]. Smaïn est entouré de Sabine Azéma, Ticky Holgado et Martin Lamotte[y]. À quelques jours de la fin du tournage, Oury subit une thrombose oculaire et perd soudainement la vue à son seul œil valide, de manière irréversible[34],[az]. Il termine cependant son film, dans des conditions extrêmement difficiles[az]. Le Schpountz, sorti en , ne trouve pas son public, faisant moins de 200 000 entrées[28],[y]. Le film demeure son ultime réalisation, à cause de sa santé[y]. Alors qu'il enchaînait d'un film à l'autre depuis plus de trente ans, Oury est anéanti à l'idée de devoir abandonner son art[y]. En , la mort d'Alain Poiré l'affecte profondément[y].
Le , Gérard Oury est intronisé au sein de l'Académie des beaux-arts par Pierre Schoendoerffer, sous la coupole de l'Institut de France, après avoir élu membre le , dans la section des créations artistiques dans le cinéma et l'audiovisuel, au siège qu'occupait René Clément[35],[ba]. Oury rejoint plusieurs confrères dont Schoendoerffer, Roman Polanski, Henri Verneuil et Jeanne Moreau[bb]. Son épée d'académicien réalisée par Pierre-Yves Trémois représente une pellicule de bronze gravée des titres de ses films[bb]. Il y fait inscrire aussi la fameuse phrase tirée du film Le Quai des brumes « T'as d'beaux yeux, tu sais. », hommage à sa compagne Michèle Morgan[bb]. Sur son habit vert, il porte la cape d’académicien de Marcel Pagnol, offerte par sa veuve Jacqueline[35],[bc]. Après le discours de réception de Schoendoerffer, Oury doit lire son hommage à son prédécesseur, René Clément, mais sa vue déficiente le contraint à le déléguer à son grand ami Jean-Paul Belmondo[35],[bc]. En plus de le réconforter en ces temps de déclin physique, il ressent cette prestigieuse reconnaissance institutionnelle comme une revanche sur les années où une autre institution, la Comédie-Française, l'empêchait de travailler car juif[ba]. Son fauteuil à l'Académie des beaux-arts est occupé depuis 2007 par Jean-Jacques Annaud[36].
Dernières années
modifierEn , Oury, presque aveugle mais toujours actif, publie Ma Grande Vadrouille chez Plon. Loin d'être une autobiographie, ce livre de souvenirs rassemble une série d'anecdotes et de pensées classées par ordre alphabétique. Le lecteur voit ainsi défiler des tranches de vie où apparaissent aussi bien Bourvil, Louis de Funès que le Général de Gaulle, Coluche, Jean-Paul Belmondo ou l'élue de son cœur Michèle Morgan. Toute la vie de Gérard Oury, comédien passé réalisateur avant d'être intronisé membre de l'Institut, est ainsi contenue dans un abécédaire amusant.
« L'horizon s'est rétréci et je marche presque à tâtons, sans canne blanche, mais tout de même avec une canne au manche recourbé et un embout de caoutchouc. Constamment exaspéré lorsque quelqu'un veut charitablement m'aider, je l'envoie dinguer mais j'en ai besoin. Je vois mal la télé, très mal le cinéma lorsque l'image bouge ou que la photo du film est sombre. Je ne peux plus conduire ma voiture, ni lire mon courrier ou tout simplement un livre. Les dizaines, les centaines de bouquins qui furent mes nourritures terrestres me sont interdits et demeurent inutiles sur les rayons de ma bibliothèque. Oui, bien sûr, il me reste cassettes et transistors. Je les trimballe partout (…). Mais l'horreur, dans ma tête, c'est aussi de ne plus pouvoir réaliser un film, ce qui est aussi merveilleux que de réaliser un rêve. »
— Gérard Oury, Ma Grande Vadrouille, 2001[y].

Le , le Festival de Cannes rend hommage à Gérard Oury, entouré à l'occasion de sa famille, mais aussi de Smaïn, Michel Boujenah et Jean-Paul Belmondo. Le cinéaste évoque : « Je n'ai jamais eu de film sélectionné à Cannes. Tout vient à point à qui sait attendre ». Il déclare également qu'il n'y a pas de recette pour faire un film, c'est un apport d'auteurs, de techniciens. La fille de Gérard Oury, Danièle Thompson, son petit-fils Christopher Thompson déclarent qu'il a vu son grand-père travailler et son plaisir à travailler, son humour, ils évoquent également la projection de Rabbi Jacob et le bonheur du public. La compagne du réalisateur Michèle Morgan explique qu'elle a tourné avec son compagnon à ses débuts. Elle parle de lui comme d'un artisan, quelqu'un qui a beaucoup d'humour. Jean-Paul Belmondo lui, raconte que ce qui l'intéressait dans le cinéma c'était de jouer des vaudevilles, que Gérard Oury lui a donné de grands rôles. Pour finir, le réalisateur tire la leçon de ses années de cinéma : du travail et une bonne histoire.
Le , Gérard Oury est élevé à la dignité de grand officier de l'ordre national du Mérite par Jacques Chirac, lors d'une cérémonie dans la salle des fêtes de l'Élysée à laquelle assistent notamment Michèle Morgan et Danièle Thompson et toute sa famille. Le Président de la République déclare que les films du metteur en scène se distinguent par « un comique sympathique, sans prétentions intellectuelles, fraternel et efficace », avant d'ajouter que Gérard Oury est « un comique dont la vérité est universelle comme celle de Molière ».
Cette même année, en octobre, La Grande Vadrouille est projetée dans une version restaurée à l'Opéra de Paris en présence du réalisateur.
En 2003, Gérard Oury redevient brièvement acteur pour le film-testament de son confrère Pierre Schoendoerffer, Là-haut, un roi au-dessus des nuages, dans le rôle d'un général au visage grave et impassible, sa dernière apparition au cinéma[bb]. En , il dément la rumeur, propagée lors du festival de Cannes 2006, d'un projet de remake du film Le Corniaud avec Benoît Poelvoorde et Jamel Debbouze, produit par Studiocanal et écrit par Franck Magnier et Alexandre Charlot ; il annonce n'avoir jamais donné son accord à un tel projet et que celui-ci n'était « en aucun cas à l'ordre du jour »[37]. À la même période, il autorise Charles Talar, producteur de Notre-Dame de Paris, à créer une comédie musicale d'après Les Aventures de Rabbi Jacob, étant rassuré par l'implication de Vladimir Cosma et Danièle Thompson dans le projet[38],[39].
Mort et hommages
modifierDans les dernières années de sa vie, Gérard Oury, aveugle, repose sur l'assistance de sa fille unique, Danièle Thompson, dans les problèmes du quotidien[bd]. Sa compagne Michèle Morgan est toujours à ses côtés mais, vieillissante elle aussi, elle traverse par ailleurs l'épreuve de la mort de son fils Mike Marshall[bd]. Il n'a plus la forme physique pour se rendre chez elle à Neuilly-sur-Seine chaque week-end comme à leur habitude[bd]. À l'approche de l'été 2006, le médecin familial annonce à sa fille que l'état de santé d'Oury est très dégradé[bd]. Malgré cela, Danièle lui propose de maintenir leur séjour annuel dans sa maison de Saint-Tropez, là où Oury et Morgan peuvent vivre ensemble[bd]. Pour lui éviter un voyage éprouvant, et qu'on ne le voit pas diminué, sa fille dépense sans compter pour affréter un petit avion privé[bd]. Gérard Oury meurt quelques jours plus tard, le [2], à l’âge de 87 ans, dans sa villa tropézienne, entouré de ses proches[bd]. En hommage, les chaînes télévisées bouleversent leurs programmes pour diffuser ses films[40].
Le monde culturel et politique s'exprime sur sa mort[41]. Le président de la République, Jacques Chirac, salue un « maître du rire et de la bonne humeur » qui était aussi « un formidable créateur de mythes »[41]. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, rend hommage au « plus grand de nos cinéastes populaires, qui assumait pleinement son métier de distraire, de divertir. Des dizaines de millions de spectateurs ont ri aux éclats, happés par la force comique de ses films, par le rythme des poursuites haletantes, des subterfuges extravagants et des situations cocasses qu'il ne cessait d'inventer, avec une parfaite maîtrise technique » ; son prédécesseur Jack Lang affirme : « Au Panthéon du cinéma populaire de haute qualité, Gérard Oury figure en première place »[41]. Le Premier ministre, Dominique de Villepin déclare « Je perds un ami et la France l'un de ses plus grands cinéastes » : « pour la première fois, le roi du rire nous laisse seuls, lui qui a su mettre en lumière ce je ne sais quoi qui nous rassemble. Gérard Oury voulait enchanter nos vies en conteur généreux avec le sens du partage, donnant vie à des personnages éternels. [Son cinéma] ponctue nos vies en visant juste avec des personnages ordinaires révélant petitesse et grandeur d'âme. À travers ses films, il nous rend meilleurs »[41],[42].
Le CNC lui attribue d'avoir « su créer un véritable genre. Devenu le grand maître d'une comédie « à la française », Gérard Oury avait apporté des œuvres magistrales. Son regard sur la société, qu'il rêvait tolérante et fraternelle, a enrichi le patrimoine cinématographique français d'œuvres humanistes de référence »[41]. Gilles Jacob, président du festival de Cannes, précise : « Au cinéma populaire, il faut ajouter intelligent parce que c'est quelqu'un qui avait le sens de la comédie, le sens du rythme, de la vitesse du récit, du timing, le tout avec une absence de prétention » et « disait des choses profondes d'une manière légère […] On parle toujours de la comédie à l'italienne, Gérard Oury, c'est la comédie à la française et c'est un titre de gloire »[41].

Le cinéaste est enterré le à Paris au cimetière du Montparnasse[43],[42],[bd]. À ses funérailles, de nombreuses personnalités sont présentes : sa fille Danièle Thompson, son petit-fils Christopher Thompson et sa sœur Caroline, sa compagne Michèle Morgan et sa famille, et de nombreux acteurs comme Anouk Aimée, Richard Anconina, Pierre Arditi, Sabine Azéma, Jean-Paul Belmondo, Michel Boujenah, Jean-Claude Brialy, Robert Hossein, Gérard Jugnot, Pierre Richard, Smaïn, Valérie Lemercier, les réalisateurs Alexandre Arcady, Alain Corneau, Claude Lelouch, Claude Pinoteau, Jean-Marie Poiré, les écrivains Jorge Semprún et Marek Halter, ainsi que le Premier ministre Dominique de Villepin, le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, l'ancien ministre Jack Lang, les journalistes Claire Chazal et Philippe Labro[43],[42],[40]. Trois cents admirateurs anonymes sont également là[43],[42]. Un hommage spirituel est rendu par le rabbin Josy Eisenberg, coscénariste de Rabbi Jacob[42],[bd]. Il est porté en terre au son des musiques de ses films interprétées par un quatuor à cordes[bd]. Il est inhumé dans la 5e division, dans le carré juif, auprès de sa mère Marcelle et de son ex-épouse Jacqueline Roman (morte à New York en 1981)[be]. Michèle Morgan le rejoint en 2016[44].
Mon père l'As des As
modifierEn 2019, sa fille unique Danièle Thompson publie un livre consacré à son père Gérard Oury, Mon père, l'As des As, dans lequel « elle décrit avec une grande tendresse ce que furent les vingt ans d'amour entre lui et sa mère, Jacqueline Roman ». Surtout elle y révèle que le père biologique de Gérard Oury n'était pas Serge Tenenbaum mais un aviateur chilien héros de guerre nommé José Luis Sanchez Besa de Avila[45].
Analyse de son œuvre
modifierPrincipes comiques, thèmes, inspirations
modifierDes sujets sérieux sources de comédie
modifierGérard Oury aime fonder ses comédies sur l'actualité[27],[bf],[bg]. Le Corniaud tourne en dérision l'affaire Jacques Angelvin, interpellation pour trafic de drogue liée à la French Connection, Le Cerveau est calqué sur l'attaque du train postal Glasgow-Londres (le « casse du siècle »), l'enlèvement du militant tiers-mondiste Mehdi Ben Barka influence Les Aventures de Rabbi Jacob[27],[bf]. Ce dernier film égrène aussi des références au conflit israélo-arabe, à la diplomatie pétrolière, aux ventes d'armes de France et aux récurrentes grèves post-mai 68[bh]. Le Crocodile devait moquer les dictatures de l'époque[bf]. La Carapate revient sur mai 68 dix ans après et met en scène la fuite à Baden-Baden du général de Gaulle[bf]. Le Coup du parapluie est inspiré par les tentatives d'assassinats de dissidents bulgares par les services secrets soviétiques à Paris et à Londres à l'aide d'une pointe de parapluie empoisonné[aa]. Évoquant le terrorisme d'extrême gauche des Années de plomb, l'intrigue de La Vengeance du serpent à plumes inclut la conférence Nord-Sud de Cancún[aj]. Lévy et Goliath traite de nouveau des rivalités judéo-arabes[bf]. Vanille Fraise parodie les faux époux espions de l'affaire du Rainbow Warrior[27],[bf]. La Soif de l'or se nourrit de récents scandales financiers d'« évasion fiscale »[bf]. Oury adapte plus rarement des œuvres littéraires : La Menace tiré du roman Les Mariolles de Frédéric Dard[46], Le crime ne paie pas d'après la bande dessinée du même nom de Paul Gordeaux (inspirée de crimes réels) et La Folie des grandeurs, librement adapté du drame Ruy Blas de Victor Hugo ; Le Schpountz est un remake du film de 1938 de l'écrivain-cinéaste Marcel Pagnol[47].
L'Histoire est aussi source d'inspiration. La Grande Vadrouille puise son intrigue dans un véritable fait divers de la Seconde Guerre mondiale : en 1942, un avion allié canadien a été abattu au-dessus de Paris et les membres de l’équipage ont dû sauter en parachute, l'un atterrissant sur les toits des Grands Magasins du Louvre et un autre place de Clichy[49]. La vision de l'Occupation dans le film reflète aussi l'époque de création, 1966, en épousant le « mythe résistancialiste » du gouvernement gaulliste, en montrant des Français unanimement et spontanément résistants, sans évoquer la collaboration[50]. La Folie des grandeurs brode une Espagne du XVIIe siècle à la fois fantaisiste et fidèle historiquement, en illustrant la pression fiscale de l'époque, la misère du peuple et le rôle prépondérant des « Grands » auprès du pouvoir royal ; un gag anticipe la guerre de Succession d'Espagne qui termine ce siècle[51]. La scène du désert des « Barbaresques » a pour cadre un contexte réel, la traite d'esclaves blancs au nord de l'Afrique[52]. L'As des as prend place pendant la « Grande guerre » puis lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936, organisés par le régime nazi, en pleine « montée des périls » de l'entre-deux-guerres[ae]. Ce film revêt également une certaine dimension autobiographique[24]. Le cinéaste confère au petit Simon sa fascination d'enfance pour les débuts de l'aviation de guerre et pour les champions de boxe[24],[ae]. Le personnage du pilote héroïque Jo Cavalier pourrait être inspiré, consciemment ou non, du père biologique de Gérard Oury, l'aviateur pionnier chilien José Luis Sanchez Besa[27],[24]. De même, celui de Gabrielle, qui part en Allemagne interviewer Adolf Hitler, a des similitudes avec sa mère, Marcelle Houry, journaliste et femme indépendante des années 1930 (elle aussi tombée amoureuse d'un aviateur), travaillant à Paris-Midi comme elle[24],[bi].
Le réalisateur relève dans son œuvre un triptyque consacré à l'intolérance et la communauté juive, avec Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), plongeant un bourgeois raciste au sein du quartier juif de Paris dans le costume d'un rabbin, L'As des as (1982), montrant l'héroïque Jean-Paul Belmondo sauver une famille en fuite dans l'Allemagne nazie des Jeux olympiques de 1936, et Lévy et Goliath (1987), confrontant deux frères juifs aux modes de vie opposés, l'un ultra-orthodoxe et l'autre libéral[53]. À l'inverse de Rabbi Jacob, Lévy et Goliath met directement au centre de l'action un juif rigoriste, fin talmudiste, soudainement confronté au monde extérieur, à la vue des femmes, à la violence, au racisme, à la sexualité, aux trafics de drogue et aux travestis[am]. Ce troisième film reproduit la veine « œcuménique » en réconciliant deux frères juifs, l'un éloigné de la religion et désormais marié à une non-juive et l'autre, intégriste, qui tombe amoureux d'une musulmane[an]. Si le réalisateur rapproche ce dernier film de Rabbi Jacob, le critique Mickaël Lanoye l'associe plutôt au succès récent de la comédie communautaire Black Mic-Mac (1986), ainsi qu'à une vague de « comédies juives » des années 1980[25]. Les Aventures de Rabbi Jacob fait figure de « grand ancêtre » de la comédie communautaire à la française[54],[bj].
Un mélange d'influences
modifierLes comédies d'Oury sont pétries d'influences. Son comique associe la bouffonnerie de la comédie à l'italienne et le rythme du burlesque américain, assortis d'un esprit très français[55]. L'un de ses maîtres comiques est Ernst Lubitsch, réalisateur allemand émigré aux États-Unis, en particulier avec son film To Be or Not to Be (1942), farce sur le nazisme[56],[bk]. Lors de l'écriture de La Grande Vadrouille, il se jauge à ce film pour traiter avec humour de la Seconde Guerre mondiale et, plus tard, l'érige en mètre-étalon de la ridiculisation de l'antisémitisme quand il prépare Les Aventures de Rabbi Jacob[56],[bk]. Le subterfuge de la véritable barbe volée à un rabbin est directement inspiré d'une scène de To Be or Not to Be dans laquelle la confusion régnait entre plusieurs postiches de boucs[56],[bk]. L'influence transparaît de nouveau fortement dans L'As des as[57].
Méthodes de travail, ampleur et esthétique des films
modifierUne longue préparation
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Pour l'écriture de ses scénarios, Gérard Oury impose de longues séances et pointilleuses séances de travail, sur plusieurs mois[bl]. Ces journées d'écriture s'étalent aux heures de bureau[bm]. Il prône cette méthode pour parfaire le scénario et épuiser toutes les idées[bn]. Marcel Jullian, coscénariste sur Le Corniaud, La Grande Vadrouille, Le Cerveau, La Folie des grandeurs et plus tard La Soif de l'or, se remémore de séances d'écritures éprouvantes, à l'opposé de l'image de légèreté supposément associée à un tel travail[bl]. C'est d'ailleurs parce qu'il juge cette ampleur de travail déraisonnable et lassante, surtout pour une comédie, que Jullian refuse de poursuivre avec Les Aventures de Rabbi Jacob, alors qu'il est de plus en plus pris par ses activités éditoriales[bn].
« Surtout, n'allez pas croire qu'on rit aux larmes en écrivant une histoire supposée procurer ce genre de divertissement au public à qui on la destine. Au fond, on s'amuse davantage quand on est aux prises avec un sombre drame. L'agencement du mécanisme du rire relève davantage du montage d'un réseau câblé que d'une partie de « rigolade ». Par voie de conséquence, on est plus sérieux lorsqu'on veille de près au fonctionnement de roulements à billes que lorsqu'on raconte une histoire destinée à faire frémir. Là , il arrive souvent qu'on ait recours au fou rire pour s'en évader un peu.
Ensuite, Gérard est un inquiet, génial et perfectionniste ; quand il s'attelle à un scénario, on dirait presque qu'il se condamne à être triste pour ne pas cesser d'être sérieux. Et puis Oury, avec Le Corniaud, entrait dans le comique, comme dans tout ce qu'il entreprenait, avec l'état d'esprit d'un trappiste. Il y avait des phrases inscrites sur les murs pour maintenir le moral de nos séances, du genre : « Il faut surprendre le public avec ce qu'il attend », des froncements de sourcils , des supplications et d'amicales gronderies ; puis, quand on insistait, il finissait par rire, lui aussi, peut-être plus par amitié que par conviction. […] On travaillait très tard. »
— Marcel Jullian, Mémoire buissonnière, 2000[bl].

Dans ses premières comédies, Oury délègue les dialogues aux frères Georges et André Tabet[bo]. À partir de La Grande Vadrouille, Danièle Thompson rejoint son père[bl]. Cette collaboration s'étale jusqu'à la fin des années 1980[56]. Selon Jullian, « la jeunesse, le charme et l'impertinence de Danièle […] parvenait de temps à autre à dérider [Oury] » au milieu de ce travail acharné[bl]. Oury détaille : « Peut-être parce que je lui ai enseigné cette approche du métier, Danièle ne renâcle nullement à reprendre cinquante fois l'écriture d'une scène dont nous avons discuté cent fois. Couple étrange qui ne divorcera jamais, nous nous corrigeons indéfiniment. (…) Parler de complicité serait minimiser l'état d'osmose qui fait fonctionner le tandem que nous formons. Amour filial, paternel, mécaniques de pensée identiques, tout concourt à nous faire atterrir au même moment à la même conclusion. S'il arrive que nous ne soyons pas d'accord, l'affrontement est rude. Reine du coup de gueule, de la rhétorique et du dernier mot, Danièle me convainc parfois. Lors de ces algarades, l'autorité paternelle disparaît, celle du metteur en scène prévaut et il m'arrive perfidement d'en user. Rouges de colère, nous hurlons, nous esclaffons et repartons vers d'autres idées, d'autres mots, d'autres rires… »[f]. Durant l'écriture de Rabbi Jacob, le rabbin Josy Eisenberg est invité comme consultant et devient un inspirant coscénariste[58],[bp]. Après la défection de sa fille, Oury collabore avec Christian Clavier, Francis Veber ou Albert Algoud[y].
Quand la préproduction d'un film prend corps, le scénario est peaufiné aux côtés des autres corps artistiques et techniques[bq]. Ancien acteur arrivé tardivement dans la réalisation, Gérard Oury compense son manque de connaissances en élaborant très précisément son découpage technique avec les responsables des images durant les mois de préparation, plutôt que de concevoir ses plans au moment du tournage[59]. À partir du Corniaud, le cadreur Alain Douarinou prépare ce découpage avec lui : « Gérard n'était pas, au départ, particulièrement doué pour la mise en scène […]. La technique ne l'intéressait d'ailleurs que de manière très secondaire »[br]. Tous les membres de l'équipe présents dans les bureaux de production peuvent s'impliquer dans le processus créatif, pour inventer ou améliorer des gags, ou se les voir soumettre pour en vérifier l'effet[bq],[cit. 2]. Le scénario évolue en fonction de la faisabilité des gags, déterminée par les spécialistes « truqueurs » sous l'égide de l'assistant-réalisateur[bq]. En plus de concevoir les gags imaginés par les scénaristes, ces truqueurs sont volontiers invités à enrichir le film d'autres effets comiques[bq]. Oury fait parfois appel à des gagmen, comme les fantaisistes Grosso et Modo sur Le Corniaud et La Grande Vadrouille[bs].
« [Lors de la préparation du Corniaud, Oury] avait installé, au milieu de son salon, un grand plateau de contreplaqué posé sur des tréteaux, sur lequel je traçais mes angles. Le scénario dialogué était prêt. […] Pour ce découpage technique, je continuais à pratiquer la méthode apprise avec Autant-Lara et Max Douy que j'avais perfectionnée en travaillant avec Robert Hossein et également avec Oury pour Le crime ne paie pas. Je l'améliorais petit à petit et je l'ai encore utilisée par la suite pour La Grande Vadrouille, Le Cerveau et La Folie des grandeurs. Sur cette table, nous travaillions face à face. Gérard, fignolant ses gags et ses dialogues, me livrait, une à une, les scènes dont il venait de parachever l'écriture. Il me laissait le soin d'en faire le découpage en plans successifs selon le déroulement de l'action et l'importance du texte. […] Mon propre travail consistait à préciser sur un plan, selon l'action, les mouvements des acteurs, la direction de leurs regards, donc les angles, les déplacements de la caméra, le sens et la longueur des travellings, les focales préconisées, le minutage prévu, etc. Tout ceci était appliqué au tournage très précisément. Il résultait de cette préparation un recueil de feuilles manuscrites, une par plan ou plutôt par n° de scénario. C'était ce que Gérard appelait La Bible. »
— Alain Douarinou, Un homme à la caméra, 1991[br].
Du comique-spectacle à grands moyens
modifierAu delà de leur efficacité comique, les films de Gérard Oury sont réhabilités pour leur ambition, l'ampleur de leurs moyens et une certaine qualité esthétique[bt],[60],[61]. Dès sa première comédie, Le Corniaud, il impose aux producteurs de tourner en couleurs, en extérieurs plutôt qu'en studios, sur des voitures travelling à la place de la traditionnelle technique de la transparence, en son direct au lieu de la postsynchronisation et requiert une longue durée d'écriture et de tournage, le tout afin de se départir des bas standards du cinéma comique français d'alors[62],[60],[bu],[bv]. Il décrète : « Ras-le-bol les productions comiques bon marché, moches et vulgaires. Je tournerai dans des sites magnifiques »[60],[bw]. Peu avant, seuls les Branquignols avec La Belle Américaine (1961) avaient osé une comédie avec de larges moyens, impressionnant Oury[63].

Par le triomphe colossal du Corniaud, Oury lance le principe des superproductions comiques dans le cinéma français[64]. Il renouvelle le genre cantonné en France à la comédie de mœurs et de dialogues en offrant au spectateur de l'évasion et du grand spectacle[60]. Ses choix artistiques font mouche en pleine crise de la fréquentation cinématographique française, érodée par l'arrivée de la télévision et la concurrence d'autres loisirs[60],[bv]. Les habitudes de consommation du cinéma des Français ont changé, le public va désormais au cinéma pour voir un film précis, tandis que le hasard du programme est laissé au petit écran : les comédies d'Oury se démarquent alors par la couleur, le grand format d'image, du spectacle et une longue durée, offrant ce que la télévision ne peut pas[60],[bv]. De plus, ses films racontent des histoires sans sexe ni vulgarité, ni véritable immoralité, ni trop de violence, capable d'attirer et convenir à un large public familial[60],[65].

Les scénarios inventés par Oury et ses coauteurs, de par leur cadre, leur intrigue et leurs gags, requièrent de grands budgets[66],[bx]. Au début de sa carrière de réalisateur, la couleur, le son direct et le tournage hors des studios constituent encore un luxe en France[bv]. Chacun de ses films se sert de comédiens célèbres, de courses-poursuites, de scènes d'actions, de cascades physiques ou de véhicules (en tout genre), de multiples gags à base d'accessoires truqués ou décors à transformations, d'effets spéciaux mécaniques ou optiques[bf]. Certains gags de quelques secondes demandent des journées de réglages et de tournage pour quelques secondes à l'écran[by]. Dans Lévy et Goliath, La Soif de l'or et surtout Fantôme avec chauffeur, il convoque les modernes effets spéciaux conçus par ordinateur, d'habitude l'apanage du divertissement américain[bf]. Oury inclut également une séquence de dessin animé dans Le Cerveau et un générique en animation 3D dans La Soif de l'or[bf].
Afin d'accomplir toutes ses idées, il bénéficie des meilleurs budgets du cinéma français[bz]. Les 14 millions de francs de La Grande Vadrouille constituent en 1966 le plus gros jamais assemblé par un producteur indépendant[67]. Le Cerveau marque en 1969 le plus important jusqu'alors réuni pour un film français, 30 millions de francs[68],[bz],[cit. 3]. La Vengeance du serpent à plumes bat ce record en 1984 avec 60 millions de francs[69]. L'As des as coûte 40 millions de francs en 1982[70], Vanille Fraise 50 millions en 1989[as].
Son cinéma fait la part belle aux grands espaces, aux décors naturels et monuments fameux à travers le monde[66],[bf],[cb],[61]. L'entregent et l'aisance d'Oury auprès de la haute société lui permettent d'obtenir des lieux parfois rarement accordés[71],[cb]. Il filme ainsi de nombreux monuments italiens et français (dont la villa d'Este et la cité de Carcassonne) dans Le Corniaud, l'opéra Garnier et les hospices de Beaune dans La Grande Vadrouille, le paquebot France mobilisé dans le port du Havre dans Le Cerveau, plusieurs châteaux et palais nationaux espagnols dans La Folie des grandeurs (directement accordés par le futur roi Juan Carlos), l'hôtel des Invalides (et des cavaliers de la Garde républicaine) dans Les Aventures de Rabbi Jacob ou encore le temple des guerriers de Chichén Itzá dans La Vengeance du serpent à plumes[71],[cb].
Cette façon de concevoir ses comédies divise la critique. Le Corniaud est globalement salué pour ce principe nouveau de comédie à grand budget[cc], permettant au cinéma français de rivaliser avec Hollywood[12],[cd]. Dès les films ultérieurs, une partie de la critique se retourne et désapprouve cette abondance de moyens, dénonçant un « cinéma commercial »[cc],[ce]. En 1971, Oury s'insurge dans Télérama : « Commercial ? Cet adjectif stupide me fait bondir ! Il ne signifie rien sinon que le public va voir ces spectacles. Quelle est l'ambition d'un auteur depuis Euripide jusqu'à Jean Anouilh ou Harold Pinter ? Qui rêve de jouer ses œuvres devant des chaises vides ? (…) Faire des films à messages est une mode. Moi, je n'ai qu'un message, celui du rire. Quand les hommes rient, ils ne sont pas méchants »[ce]. Il écrit également en 1988 : « je continue à croire au cinéma-spectacle, plus compliqué à réaliser que la lecture à trois d'un bouquin abscons devant une caméra-stylo. On vous encense moins. On vous étrille même »[cc]. Les plus grandes attaques viennent en 1982 lors de la polémique L'As des as / Une chambre en ville, quand les critiques se liguent pour accuser le premier d'avoir écrasé le second par ses moyens financiers et sa campagne de promotion, dénonçant un « film préconçu pour le succès » et un « public potentiel détourné »[cf],[cg],[ch]. Oury s'autocite dans La Vengeance du serpent à plumes : le personnage de Coluche déconseille à celui de Luis Rego de parler de La Grande Vadrouille à une intellectuelle cinéphile, plutôt adepte de « cinoche emmerdant »[72]
Des collaborations de renom
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Gérard Oury tient à engager les meilleurs artistes-techniciens du moment, passés par le cinéma le plus exigeant[60],[62],[bo],[ci]. Henri Decaë (Le Corniaud, La Folie des grandeurs, Rabbi Jacob, Le Coup du parapluie, La Vengeance du serpent à plumes) est le directeur de la photographie de Jean-Pierre Melville, de René Clément et de films fondateurs de la Nouvelle Vague[73]. Celui de La Grande Vadrouille, Claude Renoir a œuvré pour son oncle Jean Renoir, Henri-Georges Clouzot et des cinéastes américains[74],[cj]. Albert Jurgenson (de toutes les comédies d'Oury jusqu'à Vanille Fraise) est le monteur d'Alain Resnais[75]. Pionnier du son direct, procédé cher à Oury, l'ingénieur du son Antoine Bonfanti (Le Corniaud, La Grande Vadrouille, La Folie des grandeurs) a perfectionné sa technique en extérieurs avec la Nouvelle Vague[76]. Cadreur audacieux chez Max Ophuls, Alain Douarinou a mis en images Le crime ne paie pas, Le Corniaud et Le Cerveau[77]. Sur L'As des as, tourné en Allemagne, Oury s'adjoint de Xaver Schwarzenberger, le chef-opérateur de Rainer Werner Fassbinder, et de Rolf Zehetbauer, décorateur d'Ingmar Bergman[bi]. Pour La Soif de l'or, le chef-opérateur italien Tonino Delli Colli, collaborateur de Pier Paolo Pasolini, Federico Fellini ou Sergio Leone[au].
Jacques Fonteray (La Folie des grandeurs, Le Crocodile, Le Coup du parapluie, L'As des as, Lévy et Goliath) s'est illustré par ses costumes pour des productions historiques et l'ovni Barbarella[78]. Éminent décorateur de théâtre et de cinéma, Georges Wakhévitch, conçoit les décors de Le crime ne paie pas (ainsi que les costumes pour ce film) et de La Folie des grandeurs[79],[ck]. Jean André (La Grande Vadrouille, Le Cerveau, La Carapate, Le Coup du parapluie) est le chef-décorateur attitré de Roger Vadim[80].
De même, il confie la musique de ses films à des compositeurs de renom, dont Georges Delerue (Le crime ne paie pas, Le Corniaud, Le Cerveau), Michel Polnareff (La Folie des grandeurs et La Vengeance du Serpent à Plumes) et Vladimir Cosma (Rabbi Jacob, Le Coup du parapluie, L'As des as, Lévy et Goliath, La Soif de l'or, Le Schpountz)[81],[82].
Des comédies à l'image léchée
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L'oeil nourri des œuvres des peintres de son enfance, Gérard Oury prend soin de certains détails esthétiques[bt]. En composant un plan de La Grande Vadrouille exposant le parterre de spectateurs et les balcons de l'opéra Garnier dans la scène du concert, il fait déplacer une figurante habillée d'une robe mauve pour la situer au centre, afin de contraster avec le reste des tenues du public, officiers allemands en feldgrau ou SS en uniformes noirs : il tire le principe d'un tableau de Raoul Dufy où un pupitre vert et lumineux détonne avec l'orchestre sombre[bt],[cl],[83]. À travers plusieurs films apparaît une teinte de vert précise, qu'il jugeait particulièrement comique, un vert certainement sorti de tableaux de Dufy : la Jaguar de Saroyan dans Le Corniaud, les pompons de don Salluste dans La Folie des grandeurs et le chewing-gum dans Les Aventures de Rabbi Jacob[62],[bt],[cm],[bq].

La lumière, les décors et costumes, l'ambiance de La Folie des grandeurs s'inspirent des œuvres de Diego Vélasquez, peintre de cour du XVIIe siècle, et ses disciples[51],[71],[bt],[cn]. Sur ce film, Oury réclame à son directeur de la photographie Henri Decaë de forcer les couleurs afin d'accentuer les constrastes[cn]. Pour L'As des as, Oury engage un directeur de la photographie et un chef-décorateur allemands qui avaient déjà reproduit l'atmosphère glauque et grisante du Berlin de l'entre-deux-guerres dans de précédents films[bi]. S'il tente de livrer une « image de comédie, mais en même temps très belle », Oury est parfois limité par les nécessités du comique : par exemple, sur La Grande Vadrouille, « ce n'était pas évident [pour Claude Renoir de bâtir sa lumière]. Parfois, l'image est belle dans le clair-obscur. Mais pour que les gens rient, il faut qu'ils voient ce que font les acteurs »[cj].
Selon Philippe Lombard, spécialiste du cinéma populaire français, « il y a une vraie volonté de spectacle et d'évasion qu'on ne trouve plus beaucoup chez nous aujourd'hui, pas même dans [les comédies à succès]. Gérard Oury ne voulait pas faire des comédies, il voulait faire de beaux films. Il y a toujours chez lui un souci de l'esthétique, une certaine idée du cinéma et de la France »[61]. Pour l'acteur-scénariste Alexandre Astier, dans La Grande Vadrouille, « Oury ne fait pas du carton-pâte. Il y a une vraie attention – et du pognon ! – apportée à la reconstitution du Paris occupé qui n'a rien à envier aux films [dits] sérieux »[61]. Autre réalisateur de comédies à grand spectacle, Jean-Marie Poiré explique qu'Oury « avait besoin de faire de grands films. Il prenait toujours de grands artistes pour faire ses films. Les producteurs de films dramatiques, chiants, merveilleux ou historiques ont quand même un certain respect pour les artistes. Les producteurs de comédies veulent se bourrer les poches. Ils ont un côté vendeurs de caramels, qui n’est pas très plaisant. Oury a bousculé ça. […] La comédie doit être faite avec autant de soin que Lawrence d’Arabie »[84].
« Quand j'étais jeune, il y avait deux réalisateurs de comédie que j'aimais beaucoup pour des raisons absolument opposées. L'un est d'ailleurs plus un cinéaste, c'est Gérard Oury, et l'autre plus un réalisateur, c'est Claude Zidi. Je me réjouissais de la sauvagerie, de la cruauté jubilatoire que j'éprouvais chez Zidi, et j‘étais très sensible à l‘extrême élégance de Gérard Oury, à sa grande tendresse. Chacun a quelque chose de très français qui est pourtant le contraire : la gauloiserie pour Zidi, et le raffinement pour Oury. J'aimais aussi ce côté très bricolé des films de Zidi et le côté magnifiquement fabriqué des films de Oury. […] C'est cette excellence technique [dont le travail du monteur Albert Jurgenson] qu'on aimait dans ses films, alors qu'on trouvait le cinéma français de l'époque […] souvent paresseux.
À chaque fois, je suis frappé par la manière dont [ses films] sont faits. Rabbi Jacob est peut-être par son sujet le plus passionnant, et La Folie des grandeurs peut-être le plus beau. Il y a ce trait de plume très précis, qui n'est pas dans la structure du scénario, qui est vraiment dans le filmage, C'est un film très très bien filmé. Il y aussi ce rapport singulier à l'être humain. Comment il arrive à se moquer de quelqu'un, à le faire tomber par terre, à nous faire rire, sans cruauté. Ce n’est jamais bas. Du coup, j'ai une tendresse pour l'homme, et pour ses films. J'admire son rapport aux êtres humains. Parmi les comédies de ces années-là, il n‘y en a pas beaucoup dans lesquelles on trouve cette attitude-là. […] Toujours cette extrême humanité du regard. Cet amour de ce qui est beau chez les gens. […] C'est ce qui fait que, pour moi, Gérard Oury est un cinéaste. Il à un point de vue sur le monde, et même dans les films de la fin qui sont un peu en dessous, il garde cette élégance par rapport aux êtres humains. Il ne peut pas s'empêcher, c'est sa façon de faire de filmer, de placer la caméra, de mesurer la longueur des plans, de donner du champ ou un contrechamp à celui-ci ou à celle-là. On reconnaît tout de suite une hauteur de vue. Une hauteur d’âme plutôt. »
— Arnaud Desplechin, 2019[co].
Filmographie
modifierRéalisateur
modifier- 1960 : La Main chaude (+ acteur, scénariste et dialoguiste)
- 1961 : La Menace (+ acteur et scénariste)
- 1962 : Le crime ne paie pas (+ scénariste)
- 1965 : Le Corniaud (+ scénariste)
- 1966 : La Grande Vadrouille (+ scénariste)
- 1969 : Le Cerveau (+ scénariste)
- 1971 : La Folie des grandeurs (+ scénariste)
- 1973 : Les Aventures de Rabbi Jacob (+ auteur de l'histoire, scénariste et dialoguiste)
- 1975 : Le Crocodile (projet de film) (+ auteur de l'histoire, scénariste et dialoguiste)
- 1978 : La Carapate (+ scénariste)
- 1980 : Le Coup du parapluie (+ scénariste)
- 1982 : L'As des as (+ scénariste)
- 1984 : La Vengeance du serpent à plumes (+ scénariste)
- 1987 : Lévy et Goliath (+ scénariste)
- 1989 : Vanille Fraise (+ scénariste)
- 1993 : La Soif de l'or (+ scénariste)
- 1996 : Fantôme avec chauffeur
- 1999 : Le Schpountz (+ scénariste)
Scénariste
modifier- 1958 : Le Miroir à deux faces, d'André Cayatte (coscénariste, + acteur)
- 1959 : Un témoin dans la ville, d'Édouard Molinaro (coscénariste)
- 1959 : Babette s'en va-t-en guerre, de Christian-Jaque (auteur de l'histoire)
- 1959 : Voulez-vous danser avec moi ?, de Michel Boisrond (adaptateur)
- 1996 : Leçons de séduction (The Mirror Has Two Faces), de Barbra Streisand – réadaptation du Miroir à deux faces
Acteur
modifier- 1942 : Le Médecin des neiges de Marcel Ichac (court métrage)
- 1942 : Les Petits Riens de Raymond Leboursier : Philinthe
- 1947 : Antoine et Antoinette de Jacques Becker : un client
- 1949 : Jo la Romance de Gilles Grangier : Roland Grenier
- 1949 : Du Guesclin de Bernard de Latour : le dauphin, puis le roi Charles V de France
- 1950 : La Souricière d'Henri Calef
- 1950 : La Belle que voilà de Jean-Paul Le Chanois : Bruno
- 1951 : Garou-Garou, le passe-muraille de Jean Boyer : Maurice, le complice de Susan
- 1951 : Sans laisser d'adresse de Jean-Paul Le Chanois : le journaliste aigri
- 1951 : La nuit est mon royaume de Georges Lacombe : Lionel Moreau
- 1952 : Le Costaud des Batignolles de Guy Lacourt : le narrateur

- 1953 : Horizons sans fin de Jean Dréville : voix uniquement
- 1953 : La Belle Espionne (Sea Devils) de Raoul Walsh : Napoléon
- 1953 : La Rose et l'Épée (The Sword and the Rose) de Ken Annakin : François, le dauphin de France
- 1953 : Le Fond du problème (The Heart of the Matter) de George More O'Ferrall : Yusef
- 1954 : Commando à Rhodes (They Who Dare), de Lewis Milestone : le capitaine George Two
- 1954 : L'Éternel féminin (L'amante di Paride) de Marc Allégret et Edgar George Ulmer : Napoléon Bonaparte
- 1954 : Détective du bon Dieu (Father Brown) de Robert Hamer : l'inspecteur Dubois
- 1955 : Les héros sont fatigués d'Yves Ciampi : Villeterre
- 1955 : La Fille du fleuve (La Donna del fiume) de Mario Soldati : Enzo Cinti
- 1956 : La Meilleure Part d'Yves Allégret : Gérard Bailly, un ingénieur
- 1956 : La Maison des secrets (House of Secrets ou Triple Deception) de Guy Green : Julius Pinder
- 1956 : Le Ciel des hommes d'Yvonne Dornès : voix uniquement (court métrage)
- 1957 : Méfiez-vous fillettes d'Yves Allégret : Marcel Palmer
- 1957 : Les Marines de François Reichenbach : récitant (court métrage)
- 1958 : Le Septième Ciel de Raymond Bernard : Maurice Portal
- 1958 : Le Dos au mur d'Édouard Molinaro : Jacques Decrey
- 1958 : Le Miroir à deux faces d'André Cayatte : le docteur Bosc
- 1959 : Le Voyage (The Journey) d'Anatole Litvak : Teklel Hafouli
- 1963 : Pas de lauriers pour les tueurs (The Prize) de Mark Robson : le docteur Claude Marceau
- 1964 : À couteaux tirés de Charles Gérard
- 1964 : Le Vrai Visage de Thérèse de Lisieux de Philippe Agostini : voix uniquement (court métrage documentaire)
- 1986 : Un homme et une femme : Vingt ans déjà de Claude Lelouch : un spectateur de Quarante ans : déjà ! (caméo)
- 2003 : Là-haut, un roi au-dessus des nuages de Pierre Schoendoerffer : le général de La Motte-Noire
Collaborations récurrentes
modifierGérard Oury a tourné à de nombreuses reprises avec Louis de Funès (5 fois), Bourvil (3 fois), Pierre Richard et Jean-Paul Belmondo (2 fois).
Théâtre
modifierAuteur et metteur en scène
modifier- 1977 : Arrête ton cinéma de Gérard Oury, mise en scène de l'auteur, théâtre du Gymnase
Comédien
modifier- 1939 : Britannicus de Racine, mise en scène Jean Yonnel, Comédie-Française
- 1939 : Bérénice de Jean Racine, Comédie-Française : Rutile (5 fois, 1939-1940)
- 1945 : Les Vivants d'Henri Troyat, théâtre du Vieux-Colombier
- 1947 : Borgia de Herman Closson, mise en scène Claude Sainval, Comédie des Champs-Élysées
- 1948 : Thermidor de Claude Vermorel, mise en scène de l'auteur, théâtre Pigalle
- 1949 : Les Amants d'Argos de Jean-Claude Eger, mise en scène René Rocher, théâtre Verlaine
- 1950 : La neige était sale de Frédéric Dard d'après Georges Simenon, mise en scène Raymond Rouleau, théâtre de l'Œuvre
- 1951 : Anna Karénine de Raymond Rouleau d'après Tolstoï, mise en scène Raymond Rouleau, théâtre de la Renaissance : Alexis Karénine
- 1955 : Pour le meilleur et le pire de Clifford Odets, mise en scène Raymond Rouleau, théâtre des Mathurins
- 1957 : La Guerre du sucre de Robert Collon, mise en scène Yves Allégret, théâtre des Bouffes-Parisiens
- 1960 : Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène Raymond Rouleau, Comédie-Française : Don Salluste
- Radio : feuilleton radiophonique La Marie des Isles de Francis Didelot d'après Robert Gaillard (1952), réalisé par Ange Gilles, avec Sophie Desmarets, et Georges Aminel.
Publications
modifier- Gérard Oury, Mémoires d'éléphant, Paris, Orban, (réimpr. Presses Pocket, 1989 (ISBN 2266030639) et Plon, 1999 (ISBN 2259191835)), 330 p. (ISBN 2-85565-435-1). Son autobiographie remplie d'anecdotes.
- Gérard Oury, Ma grande vadrouille, Paris, Plon, , 250 p. (ISBN 2259193528).
Honneurs
modifier- 1991 :
Commandeur de la Légion d'honneur - 1992 :
Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres[85] - 2002 :
Grand officier de l'ordre national du Mérite - 1993 : César pour l'ensemble de sa carrière
- 1998 (mars) : membre de l'Académie des beaux-arts (élu au fauteuil de René Clément).
- 2001 : Palme d'or d'honneur du festival de Cannes 2001[86],[87],[88]
- 2011 : une place Gérard-Oury, dans le 8e arrondissement de Paris, est inaugurée en présence de Roman Polanski, Danièle Thompson et Bertrand Delanoë. Elle se situe à l’intersection des rue de Courcelles, rue Rembrandt et rue de Monceau, ancien emplacement de la place du Pérou déplacée dès 2005.
Résultats au box-office
modifier| Film | Année | Box-office France[89] (entrées) |
|---|---|---|
| La Main chaude | 1960 | 524 786 |
| La Menace | 1961 | 1 005 769 |
| Le crime ne paie pas | 1961 | 1 327 403 |
| Le Corniaud | 1965 | 11 741 156 |
| La Grande Vadrouille | 1966 | 17 272 987 |
| Le Cerveau | 1969 | 5 547 305 |
| La Folie des grandeurs | 1971 | 5 563 354 |
| Les Aventures de Rabbi Jacob | 1973 | 7 295 727 |
| La Carapate | 1978 | 2 923 257 |
| Le Coup du parapluie | 1980 | 2 451 606 |
| L'As des as | 1982 | 5 452 598 |
| La Vengeance du serpent à plumes | 1984 | 2 663 303 |
| Lévy et Goliath | 1987 | 2 166 907 |
| Vanille Fraise | 1989 | 768 518 |
| La Soif de l'or | 1993 | 1 517 890 |
| Fantôme avec chauffeur | 1996 | 406 874 |
| Le Schpountz | 1999 | 205 809 |
| Total | 68 835 249 | |
Acteurs ayant tourné avec Gérard Oury
modifierGérard Oury a tourné avec de nombreux acteurs :
- Bourvil
- Louis de Funès
- Jean-Paul Belmondo
- David Niven
- Eli Wallach
- Terry-Thomas
- Paul Préboist
- Guy Grosso
- Michel Modo
- Yves Montand
- Macha Méril
- Jacques Charrier
- Venantino Venantini
- Benno Sterzenbach
- Marie-France Pisier
- Coluche
- Pierre Richard
- Smaïn
- Sabine Azéma
- Ticky Holgado
- Martin Lamotte
- Philippe Noiret
- Gérard Jugnot
- Jean-Luc Bideau
- Daniel Gélin
- Béatrice Agenin
- Sophie Desmarets
- Christian Clavier
- Tsilla Chelton
- Catherine Jacob
- Philippe Khorsand
- Bernard Haller
- Denise Péronne
- Marine Delterme
- Pascal Greggory
- Pierre Arditi
- Isaac de Bankolé
- Jacques Perrin
- Patrick Timsit
- Richard Anconina
- Michel Boujenah
- Jean-Claude Brialy
- Maxime Leroux
- Sophie Barjac
- Maurice Chevit
- Souad Amidou
- Robert Hossein
- Isabelle Mergault
- Didier Pain
- Maruschka Detmers
- Luis Rego
- Farid Chopel
- Josiane Balasko
- Jackie Sardou
- François Dunoyer
- Clémentine Célarié
- Henri Attal
- Valérie Mairesse
- Gert Fröbe
- Maurice Risch
- Dominique Lavanant
- Roger Carel
- Mike Marshall
- Robert Dalban
- Philippe Bruneau
- Victor Lanoux
- Raymond Bussières
- Claude Brosset
- Jean-Pierre Darras
- Yvonne Gaudeau
- Jacques Frantz
- Clément Michu
- Suzy Delair
- Marcel Dalio
- Claude Giraud
- Henri Guybet
- Claude Piéplu
- Miou-Miou
- Popeck
- Jacques François
- Xavier Gélin
- Dominique Zardi
- Gérard Darmon
- Alice Sapritch
- Karin Schubert
- Raymond Gérôme
- Jacques Balutin
- Henri Génès
- Paul Mercey
- Pierre Tornade
- Patrick Préjean
- Max Montavon
- Mario David
- Marie Dubois
- Andréa Parisy
- Mary Marquet
- Colette Brosset
- Henri Virlogeux
- Danielle Darrieux
- Christian Marin
- Edwige Feuillère
- Michèle Morgan
- Gérard Hernandez
- Michael Lonsdale
- Gino Cervi
- Jean Servais
- Pierre Mondy
- Annie Girardot
- Pierre Brasseur
- Marie-José Nat
- Elsa Martinelli
- Paolo Stoppa
- Paulette Dubost
- Alfred Adam
- Dominique Davray
- Au cours de sa carrière, il travaille fréquemment avec certains acteurs et cascadeurs, parmi lesquels Claude Carliez, Rémy Julienne ou encore François Nadal.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Raymond Rouleau a également imposé que la création des décors soit confiée à l'Italienne Lila De Nobili.
- ↑ Bien avant d'abandonner le projet, Gérard Oury avait commencé à préparer le tournage en demandant à Pierre Messmer, alors ministre des Armées, l'autorisation de tourner à bord de l'un des derniers sous-marins de la Seconde Guerre mondiale encore en service. Pure coïncidence : Messmer avait failli se faire embarquer sur le fameux bateau mais, ayant découvert un poteau de torture sur la plage arrière, il préféra y renoncer et s'engagea dans la Légion étrangère[d].
Citations
modifier- ↑ Gérard Oury, 1988 : « Un an auparavant, j'ai rencontré Marcel Jullian. Des copains officiers de marine m'avaient raconté une histoire incroyable mais vraie : celle du lieutenant de vaisseau Costa [en réalité Péri], né moitié corse, moitié viet. Entre 40 et 42, ce mec avait coulé plusieurs sous-marins allemands avant de disparaître corps et biens avec son navire-bordel camouflé en cargo. Je parle du sujet à Alain Poiré. Il accepte de le produire. J'apprends entre-temps qu'un bouquin existe, relatant l'aventure. L'auteur rapplique. Il s'appelle Marcel Jullian. Nous travaillons ensemble mais Le Cargo de la colère reste en rade »[d].
- ↑ Bernard Stora, 2018, à propos de la préparation de Rabbi Jacob[bq] : « On entend souvent se marrer dans le bureau d'Oury. Des fois, un émissaire passe dans mon bureau pour nous dire : « Venez, on a trouvé un gag ! » Et on le teste sur nous. S'il a résisté à la nuit, le gag est gardé. Sinon il est déchiré. Sur le bureau d'Oury, il y a une rame de papier, des ciseaux, un feutre noir, du scotch et un tube de colle. Son script est énormément retravaillé. C'est très stimulant. »
- ↑ En plein tournage de dénouement du Cerveau, au port du Havre, avec le France, la copie de la statue de la Liberté, des vedettes internationales, une fanfare, des majorettes, une foule de figurants, Gérard Oury, grisé par cette effervescence, lance à son producteur Alain Poiré « C'est fou ce que je m'amuse ! » : Poiré lui répond « Tu as des amusements coûteux ! »[ca].
Références bibliographiques
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Voir aussi
modifierBibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Sur Gérard Oury
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Sur ses films
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- Vincent Chapeau (préf. Danièle Thompson), Sur la route de La Grande Vadrouille : les coulisses du tournage, Paris, Hors collection, (réimpr. 2016), 105 p. (ISBN 2258063833).
- La Grande vadrouille : un film de Gérard Oury, Paris, L'Avant-scène Cinéma, coll. « L'Avant-scène Cinéma » (no 515), , 134 p. (ISBN 2-84725-011-5).
- Gilles Gressard, Les Aventures de Rabbi Jacob, TF1 Vidéo, , 80 p. (BNF 39247999) — livret accompagnant le DVD du film.
- Olivier Rajchman, Première Classics, vol. no 6 : Les mystères de Rabbi Jacob : récit d'un tournage épique, Paris, Première, Hildegarde, , 22-53 p. (ISSN 2605-8472).

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Bibliographie complémentaire
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- Jean-Marc Loubier, Louis de Funès : petites et grandes vadrouilles, Paris, Robert Laffont, , 564 p. (ISBN 978-2-221-11576-3 et 2-221-11576-7, lire en ligne).
Documentaires
modifier- Jean-Pierre Lavoignat et Christopher Thompson, Gérard Oury, « Il est poli d'être gai », 2001, Studio Canal, présentation en ligne.
- Serge Khalfon et Laurent Delahousse, Bourvil, de Funès, Belmondo, les secrets du cinéma de Gérard Oury, émission Un jour, un destin, , France 3.
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives au spectacle :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à la musique :
- « Cinéma - Mort de Gérard Oury, réalisateur de La Grande Vadrouille », Le Devoir, du .
- « Gérard Oury, dernier clap », diaporama du Monde.
- « Hommage à Gérard Oury et aux musiques de ses films », TraxZone, .
- Vidéo : Gérard Oury en 1969, une archive de la Télévision suisse romande.