Bisexualité dans la littérature

genre littéraire qui traite de la bisexualité et du biromantisme
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La bisexualité dans la littérature (dite parfois « littérature bisexuelle ») inclut des œuvres littéraires (de tous genres) et des auteurs qui abordent le thème des désirs, romances ou relations avec des hommes et des femmes. Cela inclut les personnages, les intrigues et/ou les thèmes décrivant un comportement bisexuel chez les hommes et les femmes.

Paul Verlaine est marié et père de famille lorsqu'il tombe amoureux d'Arthur Rimbaud (tous 2 en bas à gauche). Verlaine aborde dans sa poésie des amours bisexuelles autobiographiques, notamment dans Romances sans paroles, recueil en partie inspiré à la fois des relations de Verlaine avec son épouse, ainsi que de sa liaison avec Rimbaud[1].

Bien que le mot « bisexualité » n'existe que depuis le XIXe siècle, le thème des amours et des désirs envers les deux sexes est plus que millénaire dans la littérature mondiale ; parmi les plus anciens exemples se trouvent les littératures et philosophies grecques et latine. On en trouve des traces dans différentes cultures. Au XXe et XXIe siècles, la littérature bisexuelle peut être comprise comme étant un sous-genre de la littérature LGBT (LGBT étant un sigle anachronique avant l'époque moderne).

Aperçu

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Tête (au nez manquant) de statue représentant Anacréon.
Anacréon (~-550 à -464), poète lyrique grec, louant le plaisir du vin, des femmes et des jeunes hommes.

La littérature bisexuelle comprend des œuvres mentionnant, étudiant ou traitant de la bisexualité, ainsi que des œuvres avec des protagonistes bisexuels. La littérature représentant ou décrivant des expériences ou relations d'une personne ou d'un personnage avec des hommes et des femmes peut être retracée jusqu'à l'Antiquité (notamment grecque et latine), où ces représentations sont alors décrites positivement[2]. Toutefois, vue au prisme d'une grille de lecture binaire et réductrice hétérosexualité-homosexualité, la bisexualité a été fréquemment dans le passé effacée ou niée par les critiques ou les œuvres d'analyse littéraire et culturelle[2]. Le sexisme présent dans la Grèce et la Rome antiques semble avoir limité la possibilité d'expression d'amours féminines bisexuelles ou lesbiennes[2].

La bisexualité apparaît plus sporadiquement dans la littérature des siècles suivants, avec notamment le cas de Shakespeare en littérature anglaise. À l'époque moderne, quelques œuvres ont des thèmes ou des personnages bisexuels, tels Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir de John Cleland[réf. souhaitée], au XIX e siècle la poésie de Paul Verlaine, ou encore certains écrits de Lord Byron ou Oscar Wilde, tous 3 étant eux-mêmes bisexuels.

La seconde moitié du XXe siècle fut marquée par une augmentation des publications sur la bisexualité, souvent sous l'influence de la nouvelle apparition d'organisations bisexuelles. La majeure partie de ce travail était une réponse à l’absence de la bisexualité dans les archives historiques et dans la période contemporaine. Il en résulte des récits contemporains dont l'objectif est de légitimer la bisexualité en tant qu’identité sexuelle[3].

Une grande partie de la littérature bisexuelle se concentre sur « la mise en évidence de la présence de la bisexualité dans l'histoire, la spécificité des expériences bisexuelles et son existence en tant que forme viable d'identification sexuelle »[3].

Bien qu'il existe des exemples notables d'hommes et de femmes exprimant un intérêt pour les deux genres de manière romantique et sexuelle dans d'anciennes œuvres littéraires, l'émergence des mouvements LGBT au XX e et XXI e siècles a inspiré une vague de littérature aux thèmes LGBT, dont bisexuels. Bien que la plupart de ces œuvres littéraires se concentrent sur les relations lesbiennes et gays (avec lesquelles la littérature bisexuelle a des ressemblances et des divergences avec les littératures gays et lesbiennes[2]), la bisexualité dans la littérature moderne gagne progressivement en visibilité.

Histoire

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De l'Antiquité à l'époque moderne

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Grèce antique

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« Ce n'est ni l'incessante succession de beuveries et de parties de plaisir, ni les jouissances qu'on trouve auprès des jeunes garçons ou des femmes, ni celles que procurent les poissons et tous les autres mets qu'offre une table abondante, qui rendent la vie agréable [...] » (132)


Philosophie
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Confrontés à la coexistence du désir masculin de leurs contemporains pour les deux sexes, des philosophes grecs se sont penchés sur une double question : identifier les différences entre les amours envers des hommes par rapport aux amours envers des femmes, et chercher à déterminer lequel serait « supérieur », non d'un point de vue moral, mais social (utilité à la Cité)[4].

Dans Le Banquet de Platon, écrit au IVe siècle av. J.-C., ce qui pourrait bien faire de lui le plus ancien traité grec sur l'Amour, notamment entre hommes[5], Pausanias ne semble pas contre le fait d'allier enseignement et relations sexuelles[6]. Agathon quant à lui estime que la « bonne » pédérastie concourt à l'éducation du jeune homme, les relations sexuelles ayant lieu lorsqu'il s'approche de l'éphébie (autours de 18 ans)[6]. Agathon rapproche le rapport sexuel, et l'éjaculation qui en découle, à la transmission du savoir, du plus expérimenté vers le plus jeune, à la manière d'un vase plein (le maître) qui remplit un vase vide (l'élève)[7].

Socrate[note 1] oppose à cette vision très classique de l'époque une autre approche, qu'il déclare tenir d'une étrangère : l'éducation « féminine », basée sur la procréation[9]. Dans La République, Socrate semble également être plus prudent sur l'aspect sexuel de la pédérastie, déclarant qu'un éraste : « doit avoir avec l'objet de ses soins des rapports tels que jamais on ne le soupçonne d'être allé plus loin, s'il ne veut pas encourir le reproche d'homme ignorant et grossier[6]. » Socrate est lui-même représenté comme n'étant pas insensible à la beauté des jeunes hommes, dépeignant dans les Mémorables « cette bête sauvage qui s'appelle “un garçon dans sa fleur”, plus dangereuse que le scorpion, parce qu'elle inocule un venin qui rend sa victime folle, même si celle-ci n'entre pas en contact avec lui[10]. »

Platon a varié sur sa position sur les amours masculines, les soutenant dans Le Banquet, où il juge qu'il est parfaitement acceptable de faire la cour à un jeune homme, et admirable de réussir à le séduire[11]. Il semble faire évoluer sa position dans Les Lois (écrits lorsqu'il est plus âgé)[12], où il voit une « conduite si dégradante », et une pratique qui est, dit-il, « source de tant de maux non seulement privés mais publics[13],[14],[note 2]. » Platon critique là « les fortes passions » que la pédérastie peut engendrer chez ceux qui y participent[12] ; pour lui, l'amant devrait davantage se consacrer à l'âme du jeune homme qu'à son corps[16].

« Celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes. »

Plutarque, Dialogue sur l'amour[17],[18].

Pour Zénon de Kition, le fondateur de l'école stoïcienne, il faudrait choisir ses partenaires sexuels non pas en fonction de leur sexe ou de leur genre, mais en fonction de leurs qualités personnelles[19].

Platon, dans Les Lois, note qu'il est tout à fait possible d'exercer une maitrise de ses désirs sexuels en louant l'exemple d'un athlète qui, durant toute la durée de son entrainement, s'abstient de toute relation avec « une femme ou un jeune »[20].

Thème de la comparaison de l'amour des femmes et des jeunes hommes
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Cypris allume les feux de l'amour féminin,
Éros, lui, pourvoit au désir masculin.
Qui dois-je préférer ? La mère ou bien son enfant ?
Cypris me dit : « Pour toi, Éros est triomphant. »

 Méléagre, Choix, exemple poétique de présomption de bisexualité[21]

Le thème de la comparaison de l'amour des femmes et de l'amour des jeunes hommes, et de leurs avantages respectifs, est un classique de la littérature grecque ancienne, et est fréquemment débattu par les hommes d'esprit[22]. Par exemple, Ératosthène fait l'apologie des relations avec les femmes : celles-ci durent bien plus longtemps que celles avec les garçons, puisque la beauté de ces derniers s'évanouit avec l'apparition d'une barbe[22]. Plutarque apporte lui aussi sa préférence à l'amour des femmes, mais pour une raison différente : partager toute sa vie avec son épouse mène selon lui à la vertu[22]. Strabon, pour sa part, indique que ses goûts le poussent davantage du côté des jeunes hommes[22]. Les Lettres érotiques de Philostrate d'Athènes incluent une alternance de lettres d'amour adressées à des femmes et à des jeunes hommes[23].

Les nombreux exemples de débats comparants l'amour des jeunes hommes et l'amour des femmes dans la littérature grecque ne doivent ainsi pas être compris comme une opposition philosophique entre homosexualité et hétérosexualité, mais comme un simple exercice d'apprentissage de la rhétorique, où l'orateur s'entraine à utiliser successivement des arguments en faveur d'une position, puis de la position inverse[24].

Littérature
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La bisexualité est également présente fréquemment et mentionnée incidemment dans les sources primaires et la littérature grecque. Ainsi, Lucien de Samosate, dans Le navire ou les souhaits, présente un personnage imaginaire qui souhaiterait obtenir un anneau magique réalisant tous ses désirs : l'objet enchanté, selon le personnage, ferait tomber amoureux de lui « les beaux garçons, les femmes, et des peuples entiers »[20].

Dans les sources primaires en général, les jeunes hommes et les femmes sont largement vus comme étant interchangeables les uns avec les autres ; Xénophon note dans l'Anabase qu'après une guerre, lorsque a été donné l'ordre de libérer des prisonniers, « les soldats obéirent, sauf lorsque certains contrebandiers, poussés par le désir d'un beau garçon ou d'une belle femme, réussirent à s'enfuir avec ce butin[20]. »

Poésie
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Buste présumé de Sappho. Copie romaine d'un original grec du Ve siècle av. J.-C., musées du Capitole (MC 1164).

Sappho est l'un des rares exemples féminins qui de cette période ; elle célèbre dans sa poésie à la fois l'amour des femmes et fait état de claires relations érotiques avec hommes[2]. Janet Bode, dans View from Another Closet: Exploring Bisexuality in Women (1976), indique ainsi que Sappho a été faussement réappropriée comme « lesbienne », alors que Sappho mentionne clairement dans ses écrits ses attirances pour les hommes et valorise le mariage[2].

Tout comme Homère ou Pindare, Anacréon est un exemple majeur de bisexualité dans la poésie grecque antique[2] ; d'après la Souda, « sa vie fut consacrée à l'amour des garçons et des femmes et à la poésie. Il est l'auteur de chansons de banquet, de poèmes iambiques et de ce qu'on appelle les poèmes anacréontiques[25]. » Un article de l'American Journal of Philology compare ainsi les figures poétiques de Théognis de Mégare vis-à-vis de celle d'Anacréon : « Alors que « Théognis » est modéré, loyal, presque exclusivement pédéraste et concentré sur les affaires publiques, « Anacréon » est immodéré, libertin, bisexuel et concentré sur ses préoccupations privées[26]. »

L'helléniste Caroline Fourgeaud-Laville note qu'en Grèce antique, la poésie lyrique d'Anacréon  notamment celle où il déploie avec la même intensité son talent à louer la beauté d'une femme ou celle de Critias  est autant appréciée que celle de Sappho[27].

La Couronne de Méléagre de Gadara contient des épigrammes d'amour portant sur des femmes et des jeunes hommes intéressant le poète[28]. Chaque poème traite individuellement du cas de l'homme ou de la femme désirés par Méléagre, les poèmes étant personnalisés selon les caractéristiques individuelles de l'objet du désir ; tous ces personnages des deux sexes, en revanche, sont décrits comme étant très désirables[29].

Comédie
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La bisexualité est également très présente dans les comédies d'Aristophane, dont les héros semblent ouverts à n'importe quelle opportunité sexuelle sans attachement (tant qu'ils sont actifs), une approche qui horripile Socrate et Platon[30]. Dans Les Grenouilles, Héraclès demande à Dionysos, qui confesse une envie sexuelle, si son désir se porte sur une femme, une jeune homme ou un homme mûr - cette dernière option étant un ressort comique, Dionysos étant le seul dieu grec a avoir été représenté comme étant sexuellement passif[30]. À la fin des Chevaliers, le protagoniste se voit offrir comme récompense à la fois un jeune homme et plusieurs femmes[30].

Littérature latine

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Une page du Satyricon de Pétrone illustrée par Georges-Antoine Rochegrosse.

L'historien Paul Veyne note que non seulement l'expression d'aimer un garçon ou une femme revient très fréquemment dans la littérature latine, mais que pour les auteurs romains, « l'un valait l'autre, et ce qu'on pensait de l'un, on le pensait de l'autre »[31]. Il cite en exemple le philosophe Plotin, qui exhorte à ce que les penseurs « méprisent la beauté des garçons et des femmes »[31]. Le thème de la bisexualité masculine est très présent dans les écrits de Plutarque, Cicéron et Catulle[2], ainsi qu'Horace, qui « répète qu'il adore les deux sexes » dans sa poésie[32].

Un universitaire (en) indique notamment que les lecteurs modernes de Catulle sont souvent frappés par sa liberté de ton dans l'usage d'un langage sexuellement explicite décrivant des actes homosexuels et hétérosexuels[33]. L'historien note aussi une ressemblance avec la bisexualité dans la Grèce antique, estimant que « c'est dans la poésie de l'âge d'or augustéen que l'on se rapproche le plus de l'indifférence bisexuelle caractéristique d'une grande partie de la poésie érotique grecque[33]. »

Paul Veyne note également, que, quels que soient leurs propres inclinaisons personnelles, les auteurs latins louent l'amour des deux sexes de manière à plaire à l'ensemble de leur lectorat[32]. Comme dans la littérature grecque, l'un des thèmes de la littérature latine « légère » est de comparer l'amour des femmes et des jeunes hommes, et d'essayer d'en déterminer leurs avantages et inconvénients[32].

Du Moyen Âge à l'époque moderne

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William Shakespeare, l'un des plus célèbres auteurs de langue anglaise.

L'« homosexualité » que John Boswell met en avant dans son ouvrage Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality (1980), pourrait tout aussi bien être vu comme de la bisexualité puisque les références aux relations sexuelles entre hommes sont souvent replacées dans des descriptions de nombreuses autres formes de plaisir érotique et de transgression sociale[34]. Bien que les relations homosexuelles soient alors souvent considérées comme particulièrement dérangeantes pour l'Église et les pouvoirs de l'époque, elles ne semblent nulle part classées de manière binaire comme relevant d'une identité excluant l'attirance pour les membres du sexe opposé[34].

Littérature et poésie anglophones
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Il existe de la même manière un érotisme polymorphe de la Renaissance : notamment les « tensions bisexuelles explicites » dans les œuvres de Shakespeare et Marlowe[34].

En 2020, Stanley Wells (en) and Paul Edmondson[35], deux universitaires en littérature anglaise spécialistes de l'œuvre de Shakespeare, publient aux Cambridge University Press un livre[36] centré sur l'analyse des sonnets shakespeariens et concluent à la bisexualité « sans aucun doute possible » de Shakespeare[37],[38]. Les chercheurs notent en outre les relations de Shakespeare avec des hommes et des femmes durant ses plus de trois décennies de mariage à Anne Hathaway[37]. Enfin, les chercheurs notent que, s'il est à la mode depuis les années 1980 de prétendre que Shakespeare est homosexuel, cela est incorrect car le poète est marié et a des enfants[37].

John Wilmot aborde, entre autres et de manière très crue, des thèmes (bi)sexuels dans son œuvre littéraire[39], écrivant par exemple ces vers :

« I storm and I roar, and I fall in a rage, And missing my Whore, I bugger my Page »

« Je me déchaîne, je rugis, et je m'effondre de rage, Et comme ma putain me manque, j'encule mon page[40]. »

Littérature arabe
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Dans la littérature et la poésie musulmanes médiévales, le thème de la bisexualité (désir envers des femmes et, dans ce contexte culturel, des adolescents) est fréquent dans les classes lettrées et privilégiées[41] ; l'amour des garçons (mujuniyyat) est globalement répandu dans le Badghad des Abbassides[42].

Croquis d'Abu Nuwas
Dessin du XXe siècle d'Aboû Nouwâs.

La poésie amoureuse d'Aboû Nouwâs porte elle sur des personnes des deux sexes[43],[44],[45], une inclination qu'il partage avec le calife Mohammed al-Amin[46]. Aboû Nouwâs est un auteur prolifique ; ses poèmes d'amour ont été classés, dans le diwan (recueil poétique rassemblant les œuvres d'un auteur) créé par Abu Bakr Al-Suli, en deux parties : les poèmes adressées aux femmes (mu'annathat, à peu près un tiers de ses poèmes d'amour), et les poèmes d'amour adressés aux jeunes hommes (mudhakkarat, environ les deux tiers)[43],[45],[note 3].

Côté féminin, il mentionne une femme nommée Janan, qui semble être la seule femme qu'il ait jamais vraiment aimée[45]. Côté masculin, un de ses poèmes, L'an neuf « rassemble de nombreux éléments esthétiques de l'aimé qu'on retrouve dans la poésie arabe bédouine consacrée à la femme : yeux de gazelle, visage éclatant comme la lune, dents étincelantes, taille fine qui ondule, démarche chaloupée, fragrance du parfum[42]. » Il a été noté que les échansons jeunes, presque toujours chrétiens, et peu velus, l'attirent particulièrement[47].

La métaphore de la chasse est employée : le poète est un chasseur, la femme désirée est une gazelle, et le jeune homme désiré, un faon[42]. De plus, certains de ses poèmes d'amour sont adressés à une personne dont il est difficile de déterminer le genre[43], Nouwas faisant parfois un éloge d'une certaine ambiguïté des sexes[42]. Ainsi, il peut s'éprendre d'un jeune homme efféminé, comme d'une fille à la garçonne ; le poème La garçonne proclamant[42] :

« Je suis frappé d'amour pour la belle garçonne,

pour ses accroche-cœurs en forme de scorpion.

Sa taille, droite et mince comme une colonne,

est bien prise dans ses tuniques à boutons.

Aussi bien que de fille elle sert de garçon.

Car c'est ainsi que ma maîtresse est ma garçonne

et que ma vie est dans ses mains à l'abandon. »

puis, dans le poème Le garçon-fille, il décrit un garçon efféminé[42] :

« Au jardin embaumé du parfum des violettes,

un mince garçon-fille accourt, pour nous servir.

Sa tunique et sa croupe sont d'une coquette.

Efféminé, il a les doigts teintés au henné.

Ses cheveux sur le front sont tirebouchonnés,

en accroche-cœurs, sur les joues.

Avec le mal d'amour il joue […] »

Bien qu'Aboû Nouwâs ne soit pas le premier poète arabe à exprimer des désirs homoérotiques - de nos jours, il est surtout célèbre pour ses amours pour des adolescents[44] -, il est resté plus célèbre et influent que tous les autres dans ce domaine[43], et est plus globalement entré dans la postérité comme l'un des plus célèbres poètes de langue arabe[48].

Époque moderne

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Avant 1900

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Photo sépia : homme élégamment vêtu, assis, soutenant son visage d'une paume et tenant une cane dans son autre main.
Oscar Wilde en 1882.

L'un des premiers exemples connus de bisexualité dans la littérature moderne est Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir de John Cleland. Dans le roman, le personnage principal, Fanny, a « des relations sexuelles excitantes et satisfaisantes avec d'autres femmes ainsi qu'avec des hommes »[49][réf. non conforme]. À cette époque, les relations entre personnes du même sexe sont considérées comme un comportement plutôt qu'une identité, et par conséquent, les relations homosexuelles (y compris en cas de bisexualité), sont rares dans les œuvres littéraires[49].

Un exemple plus connus de personnages supposés bisexuels est Dorian Gray ainsi que les personnages secondaires du Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde. Wilde lui-même était marié et avait des enfants, mais ses contemporains pensaient qu'il avait eu des relations extraconjugales avec des femmes et des hommes. Quelque temps après la publication du Portrait de Dorian Gray, Wilde a été convoqué au tribunal pour des accusations d'indécence grave pour sa représentation de connotations homosexuelles et des rumeurs sur ses propres relations homosexuelles[50]. Dans les adaptations modernes de l’histoire, le personnage de Dorian Gray est souvent représenté comme bisexuel[51].

L'Éveil de Kate Chopin met en scène Edna Pontellier, qui se révèle « capable de répondre physiquement à une femme et d'aimer les femmes » malgré de nombreuses relations sexuelles avec des hommes. Bien que la sexualité de son personnage principal ne soit jamais explicitement mentionnée, Chopin connaissait ou lisait à propos de l'homosexualité et la bisexualité dans des œuvres écrites par des auteurs tels que le poète Américain Walt Whitman ou le nouvelliste Français Guy de Maupassant, et cela a probablement influencé l'ambiguïté sexuelle de son personnage[52].

XXe siècle

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Photo en noir et blanc de Gore Vidal jeune.
Gore Vidal déclare que « nous sommes tous bisexuels, cela fait partie de notre nature[53]. »

Le XXe siècle voit une augmentation de la littérature bisexuelle, mais pas de beaucoup, puisque de nombreux auteurs ont suivi la tendance de l'époque qui consiste à aborder des sujets radicaux et controversés dans leurs écrits. En 1926, Richard Bruce Nugent publie sa nouvelle expérimentale « Smoke, Lilies, and Jade », qui décrit les difficultés d'un homme à comprendre son attirance pour plusieurs personnes, en particulier un homme qu'il surnomme « Beauty ». Néanmoins, la première partie de cette époque, tout comme la précédente, a vu une absence de reconnaissance ou une mauvaise identification de la bisexualité dans la littérature. Gore Vidal était un auteur, essayiste et intellectuel public notable qui s'identifiait comme bisexuel et a écrit Un garçon près de la rivière, roman de 1948 décrivant la bisexualité comme l'état humain « naturel »[54]. Des personnages bisexuels apparaissent également dans les romans de l'Afro-américain James Baldwin, notamment dans son roman de 1956 La Chambre de Giovanni[55].

Durant les années 1960, malgré des accomplissements pour les bisexuels dans la construction du mouvement pour les droits LGBT de l'époque, la littérature bisexuelle a peu progressé. Certains romans, comme En terre étrangère et La Main gauche de la nuit, dépeignent des personnages comme des races sans genre ou avec un genre clair, qui sont donc bisexuels. Ce concept a été repris dans d’autres romans au cours des années suivantes. Dans les années 1970, les bisexuels ont gagné en reconnaissance dans les médias et, par conséquent, il y eut de nombreuses publications sur la nature de la bisexualité. Les magazines Time et Newsweek ont tous deux publié des articles sur le « chic bisexuel », attirant l'attention du grand public sur la bisexualité[56]. Par conséquent, la bisexualité est apparue plus souvent dans la littérature. En 1976, fut publié le premier roman d'Anne Rice : Les Chroniques des vampires, et la série présentait plusieurs personnages principaux bisexuels ou biromantiques[57].

Dans les années 1980, le mouvement bisexuel a commencé à bénéficier d’une plus grande reconnaissance. Les militants ont permis de faire la distinction entre la bisexualité et l’échangisme sexuel[58]. L’une des raisons pour lesquelles les médias grand public avait ce préjugé était que les romans et la littérature ont rarement identifié la bisexualité, même lorsqu’elle était décrite. La plupart du temps, il est simplement implicites qu'un personnage est bisexuel plutôt que montré ou explicitement déclaré. Vers la fin de la décennie, la presse grand public a publié des articles concernant la « menace du sida que les bisexuels faisaient peser sur les hétérosexuels »[58].

Dans les années 1990, la littérature bisexuelle est devenue plus importante. En 1991, le premier magazine trimestriel bisexuel national des États-Unis, Anything That Moves : Beyond The Myths Of Bisexuality, fondé par Karla Rossi, fut publié pour la première fois par le Bay Area Bisexual Network[59]. En 1991 fut également publié l'un des livres les plus influents de l'histoire du mouvement moderne pour les droits des bisexuels, Bi Any Other Name: Bisexual People Speak Out[60], une anthologie éditée par Loraine Hutchins et Lani Ka'ahumanu. BiNet USA a mené une campagne suite aux Lambda Literary Awards, où les œuvres littéraires bisexuelles ont été contraintes de concourir dans les catégories lesbiennes[61]. En 1995, Marjorie Garber, professeure spécialisée dans l'étude de Shakespeare à l'université Harvard, a soutenu l'idée selon laquelle la plupart des gens seraient bisexuels s'il n'y avait pas « la répression, la religion, la répugnance, le déni, la paresse, la timidité, le manque d'opportunités, la spécialisation prématurée, un manque d'imagination ou une vie déjà pleine à craquer d'expériences érotiques, même avec une seule personne ou un seul genre » dans son livre Vice Versa : Bisexuality and the Eroticism of Everyday Life[62]. En 1994, un journal mensuel appelé Bi Community News a commencé à être publié au Royaume-Uni[63]. En 2000, le militant bisexuel Dr Fritz Klein a fondé le Journal of Bisexuality, la première revue universitaire trimestrielle sur la bisexualité[64],[65]. Cependant, d’autres médias se sont montrés plus mitigés en termes de représentation des bisexuels.

Des années 2000 à nos jours

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Au début du XXIe siècle, la bisexualité a continué d’être sous représentée dans la littérature gay et lesbienne malgré l’essor progressif de la littérature LGBT[66],[67]. Bien que de nombreux exemples de bisexualité dans la littérature de cette époque relèvent encore de la science-fiction et de la fantasy, se déroulant dans des mondes où les opinions sur la sexualité diffèrent des normes sociétales, ces dernières années, la bisexualité a commencé à apparaître davantage dans la fiction contemporaine[68]. Les années 2000 ont également vu l’émergence de la littérature pour jeunes adultes LGBTQ+, puisque les romans pour adolescents ont offert une plateforme aux histoires de passage à l’âge adulte, et donc aux histoires de coming out[69]. En 2014, le premier livre du genre, Bisexuality: Making the Invisible Visible in Faith Communities de Marie Alford-Harkey et Debra W. Haffner, a été publié[70].

Publications modernes notables

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Fiction
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  • Smoke, Lilies and Jade de Richard Bruce Nugent (1926)
  • La Couleur pourpre d'Alice Walker (1982)
  • La Chambre de Giovanni de James Baldwin (1956)
  • Maurice par EM Forster (1971)
  • Orlando de Virginia Woolf (1928)
  • Un autre pays de James Baldwin (1962)
  • Split Screen, de Brent Hartinger (lauréat du Lambda Literary Award pour la littérature bisexuelle en 2007)
  • Call Me by Your Name d'André Aciman (2007) (Lauréat du Lambda Literary Award pour la fiction gay en 2007, avec le protagoniste bisexuel)
  • Holy Communion de Mykola Dementiuk (Lauréat du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2009)
  • Love You Two de Maria Pallotta-Chiarolli (Lauréate du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2009)
  • The Lunatic, the Lover, and the Poet de Myrlin Hermes (Lauréat du Lambda Literary Award pour la Fiction Bisexuelle en 2010)
  • Boyfriends with Girlfriends par Alex Sanchez (2011)
  • The Correspondence Artist de Barbara Browning (lauréate du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2011)
  • In One Person de John Irving (lauréat du Lambda Literary Award pour la littérature bisexuelle en 2012)
  • My Education de Susan Choi (lauréate du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2013)
  • Give It to Me d'Ana Castillo (Lauréate du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2014)
  • The Life and Death of Sophie Stark par Anna North (Lauréate du Lambda Literary Award pour la littérature bisexuelle en 2015)
  • La trilogie Broken Earth de NK Jemisin (2015–2017)[71]
  • Marrow Island d'Alexis M. Smith (Lauréat du Lambda Literary Award pour la fiction bisexuelle en 2016)
  • Star-Crossed de Barbara Dee (2017)
  • Les sept maris d'Evelyn Hugo de Taylor Jenkins Reid (2017)
  • Sirènes & Muses d'Antonia Angress (2022)
Poésie
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  • The Horizontal Poet de Jan Steckel (lauréat du Lambda Literary Award pour la non-fiction bisexuelle en 2011)
  • Mouth to Mouth d'Abigail Child (première lauréate du Lambda Literary Award pour la poésie bisexuelle en 2016)

Notes et références

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  1. Socrate est souvent troublé à la vue de beaux jeunes gens, comme Charmide par exemple[8].
  2. Dans Les Lois, Platon s'interroge sur le remède à trouver pour « se préserver d’un tel danger » (τοιούτου κινδύνου), si contraire au but visé par le législateur dans la cité, c’est-à-dire l’acquisition de la vertu. Plus nettement encore, il considère l’amour masculin comme contre nature ; le personnage de l’Athénien s’adresse à Mégillos de Lacédémone et Clinias de Crète en ces termes : « Si, dans le domaine sexuel, on suit la nature (άκολουθῶν τῇ φύσει / akolouthōn tē physei), on redonnera force de loi à ce qui se faisait avant Laïos et l’on interdira d’user, comme de femmes, d’hommes et de jeunes garçons dans ces relations, appelant en témoignage la nature animale pour montrer que, dans les relations sexuelles, le mâle ne s’attaque pas au mâle, parce que ce serait contre nature[15]. ».
  3. Comme la majorité de ses poèmes sont adressés à des jeunes hommes, et malgré ses autres poèmes louant des femmes, Aboû Nouwâs est parfois présenté par les commentateurs modernes comme « homosexuel »[47].

Références

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  1. (en) Russell S. King, « Verlaine's "Romances sans paroles": The Inscription of Gender », Nineteenth-Century French Studies, vol. 27, nos 1/2, , p. 117–131 (ISSN 0146-7891, lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Hall 2002, p. 1.
  3. 1 2 MacDowell, « Historicising Contemporary Bisexuality », Journal of Bisexuality, vol. 9, no 1, , p. 3–15 (DOI 10.1080/15299710802659989, hdl 11343/34739)
  4. Cantarella 2002, p. 54.
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Bibliographie

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Articles connexes

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