Représentations de la bisexualité

Exemples et analyses de bisexualité dans la culture, l'art et la société au cours de l'histoire

Les représentations de la bisexualité[note 1] dans l'art, la culture, et au sein de la société en général revêtent de nombreuses formes selon les époques et les cultures. Elles varient également selon la diversité des médias ou supports, tout au long de l'histoire : littérature, mythologie et philosophie dès les périodes pré-modernes, auxquels s'ajoutent progressivement cinéma, télévision, médias de masse, musique et jeux vidéos dans la période contemporaine.

Représentation côté à côte d'une fresque antique d'Europe chevauchant un taureau, et d'une peinture de Zeus, torse nu, assis sur son trône olympien avec une coupe de vin à la main, qui tient de l'autre la tête de Ganymède dénudé pour l'embrasser.
Zeus, roi des dieux de la mythologie grecque, s'engage dans des amours avec de nombreuses figures féminines, telle Europe (fresque de Pompéi), mais aussi avec Ganymède (peinture du XIXe siècle), jeune prince troyen décrit comme le plus beaux des hommes.

Longtemps occultée et effacée, notamment au XXe et XXIe siècles, la bisexualité émerge progressivement comme étant plus visible, en partie grâce aux efforts croisés du mouvement bisexuel et des différentes communautés bisexuelles.

Mythologie

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Mythologie égyptienne

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Seth, marié avec Nephthys, a des relations avec des figures masculines, dont Horus[1]. Seth est généralement dépeint négativement dans la mythologie égyptienne[1].

Mythologie grecque

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Deux peintures côte à côte, l'une représente Apollon pris de chagrin enserrant son amant Hyacinthe, venant d'être tué, l'autre représente Apollon poursuivant une nymphe
Apollon a poursuivi de ses ardeurs aussi bien des hommes que des femmes (La Mort d'Hyacinthe de Jean Broc et Apollon et Daphné de John William Waterhouse).

Dans la Grèce antique, les dieux comme les hommes sont indifféremment attirés par les deux sexes[2]. Zeus, l'époux d'Héra, a séduit le mortel Ganymède ; Poséidon, le mari d'Amphitrite, s'est engagé dans des relations homosexuelles avec Pélops ; Apollon a séduit de nombreuses femmes, dont Coronis (ainsi naquit Asclépios), mais s'est aussi engagé dans des relations avec des jeunes hommes, notamment Hyacinthe et Cyparisse[3]. Dans nombre de mythes, les relations homosexuelles sont des enlèvements de jeunes hommes par des dieux[4],[note 2].

De même dans Le Banquet de Platon, Aristophane relate un mythe platonicien : à l'origine, il existe trois types d'êtres humains, les mâles, les femelles et l'androgyne. Chaque être est pourvu de deux sexes : le mâle possède deux pénis, la femelle deux vagins, alors que l'androgyne possède les deux sexes[6]. S'étant rebellés contre les dieux, ces êtres se retrouvent coupés en deux par Zeus en guise de châtiment ; pris de pitié pour l'espèce humaine, il demande toutefois à Apollon de les soigner afin qu'ils ne meurent pas de cette blessure. Malgré leur guérison, les êtres humains, à présent séparés, n'ont de cesse que de chercher à se retrouver par l'union sexuelle : ainsi le légitime les amours aussi bien hétérosexuelles qu'homosexuelles[7],[8]. Dans le même texte, Phèdre estime que l'amour ultime « fait que les hommes, comme les femmes mourraient pour leur moitié », citant en exemple Alceste, prête à se sacrifier pour son mari Admète, et Achille, prêt à mourir pour Patrocle[9].

Enfin, nombre de héros grecs sont également bisexuels : Théocrite, dans ses Idylles, relate le désespoir d'Héraclès, ayant perdu son amant Hylas, kidnappé par des nymphes, séduites par sa beauté[10]. Ce mythe est d'ailleurs utilisé par Théocrite pour consoler Nicias du départ de son aimé, en cherchant à le convaincre qu'il est naturel pour un jeune homme de rechercher à un moment donné l'amour des femmes ; si Héraclès s'est résigné à perdre son Hylas, Nicias peut lui aussi faire de même avec son aimé[11].

Mythologie hindoue

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La bisexualité est présente dans la mythologie indienne, notamment hindoue[12]. Plusieurs divinités changent de genre, oscillant entre une forme masculine et féminine ou l'androgynie, et certaines expriment des attirances bisexuelles. Dans cette mythologie, seuls les individus doués de magie semblent pouvoir réaliser leurs désirs bisexuels[12].

Mythologie nordique

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Dans la mythologie scandinave, le dieu fripon Loki est à la fois bisexuel et en mesure de changer d'apparence physique[13]. Au XXIe siècle, sa bisexualité est également dépeinte dans la culture populaire, notamment dans l'univers Marvel[14].

Autres mythologies

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Littérature et philosophie

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William Shakespeare, l'un des plus célèbres auteurs de langue anglaise.

La littérature représentant ou décrivant des expériences ou relations d'une personne ou d'un personnage avec des hommes et des femmes peut être retracée jusqu'à l'Antiquité, où les représentations sont positives[15]. Toutefois, vue au prisme d'une grille de lecture binaire et réductrice hétérosexualité-homosexualité, la bisexualité a été fréquemment dans le passé effacée ou niée par les critiques ou les œuvres d'analyse littéraire et culturelle[15]. Le sexisme présent dans la Grèce et la Rome antiques semble avoir limité la possibilité d'expression d'amours féminines bisexuelles ou lesbiennes[15].

La littérature bisexuelle a des ressemblances et des divergences avec les littératures gays et lesbiennes[15].

Philosophie, poésie et littérature grecques antiques

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Confrontés à la coexistence du désir masculin de leurs contemporains pour les deux sexes, des philosophes grecs se sont penchés sur une double question : identifier les différences entre les amours envers des hommes par rapport aux amours envers des femmes, et chercher à déterminer lequel serait « supérieur », non d'un point de vue moral, mais social (utilité à la Cité)[16].

Dans Le Banquet de Platon, écrit au IVe siècle av. J.-C., ce qui pourrait bien faire de lui le plus ancien traité grec sur l'Amour, notamment entre hommes[17], Pausanias ne semble pas contre le fait d'allier enseignement et relations sexuelles[18]. Agathon quant à lui estime que la « bonne » pédérastie concourt à l'éducation du jeune homme, les relations sexuelles ayant lieu lorsqu'il s'approche de l'éphébie (autours de 18 ans)[18]. Agathon rapproche le rapport sexuel, et l'éjaculation qui en découle, à la transmission du savoir, du plus expérimenté vers le plus jeune, à la manière d'un vase plein (le maître) qui remplit un vase vide (l'élève)[19].

Socrate[note 3] oppose à cette vision très classique de l'époque une autre approche, qu'il déclare tenir d'une étrangère : l'éducation « féminine », basée sur la procréation[21]. Dans La République, Socrate semble également être plus prudent sur l'aspect sexuel de la pédérastie, déclarant qu'un éraste : « doit avoir avec l'objet de ses soins des rapports tels que jamais on ne le soupçonne d'être allé plus loin, s'il ne veut pas encourir le reproche d'homme ignorant et grossier[18]. » Socrate est lui-même représenté comme n'étant pas insensible à la beauté des jeunes hommes[22]. Platon a varié sur sa position sur les amours masculines, les soutenant dans Le Banquet, où il juge qu'il est parfaitement acceptable de faire la cour à un jeune homme, et admirable de réussir à le séduire[23]. Il semble faire évoluer sa position dans Les Lois (écrits lorsqu'il est plus âgé)[24], où il voit une « conduite si dégradante », et une pratique qui est, dit-il, « source de tant de maux non seulement privés mais publics[25],[26],[note 4]. » Platon critique « les fortes passions » que la pédérastie peut engendrer chez ceux qui y participent[24], selon lui, l'amant devrait davantage se consacrer à l'âme du jeune homme qu'à son corps[28].

« Ce n'est ni l'incessante succession de beuveries et de parties de plaisir, ni les jouissances qu'on trouve auprès des jeunes garçons ou des femmes, ni celles que procurent les poissons et tous les autres mets qu'offre une table abondante, qui rendent la vie agréable [...] » (132)


Pour Zénon de Kition, le fondateur de l'école stoïcienne, il faudrait choisir ses partenaires sexuels non pas en fonction de leur sexe ou de leur genre, mais en fonction de leurs qualités personnelles[29].

La bisexualité est également présente fréquemment et mentionnée incidemment dans les sources primaires et la littérature grecque. Ainsi, Lucien de Samosate, dans Le navire ou les souhaits, présente un personnage imaginaire qui souhaiterait obtenir un anneau magique réalisant tous ses désirs : l'objet enchanté, selon le personnage, ferait tomber amoureux de lui « les beaux garçons, les femmes, et des peuples entiers »[30]. Dans les sources primaires en général, les jeunes hommes et les femmes sont largement vus comme étant interchangeables les uns avec les autres ; Xénophon note dans l'Anabase qu'après une guerre, lorsque a été donné l'ordre de libérer des prisonniers, « les soldats obéirent, sauf lorsque certains contrebandiers, poussés par le désir d'un beau garçon ou d'une belle femme, réussirent à s'enfuir avec ce butin[30]. » Platon, dans Les Lois, note qu'il est tout à fait possible d'exercer une maitrise de ses désirs sexuels en louant l'exemple d'un athlète qui, durant toute la durée de son entrainement, s'abstient de toute relation avec « une femme ou un jeune »[30].

Sappho est l'un des rares exemples de bisexualité féminine grecque ; elle célèbre dans sa poésie à la fois l'amour des femmes et fait état de claires relations érotiques avec hommes[15]. Janet Bode, dans View from Another Closet: Exploring Bisexuality in Women (1976), indique ainsi que Sappho a été faussement réappropriée comme « lesbienne », alors que Sappho mentionne clairement dans ses écrits ses attirances pour les hommes et valorise le mariage[15].

Thème de la comparaison de l'amour des femmes et des jeunes hommes

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Cypris allume les feux de l'amour féminin,
Éros, lui, pourvoit au désir masculin.
Qui dois-je préférer ? La mère ou bien son enfant ?
Cypris me dit : « Pour toi, Éros est triomphant. »

 Méléagre, Choix, exemple poétique de présomption de bisexualité[31]

Le thème de la comparaison de l'amour des femmes et de l'amour des jeunes hommes, et de leurs avantages respectifs, est un classique de la littérature grecque ancienne, et est fréquemment débattu par les hommes d'esprit[32]. Par exemple, Ératosthène fait l'apologie des relations avec les femmes car la beauté des s'évanouit avec l'apparition d'une barbe[32]. Plutarque apporte lui aussi sa préférence à l'amour des femmes, car partager toute sa vie avec son épouse mène selon lui à la vertu[32]. Strabon, pour sa part, indique que ses goûts le poussent davantage du côté des jeunes hommes[32]. Les Lettres érotiques de Philostrate d'Athènes incluent une alternance de lettres d'amour adressées à des femmes et à des jeunes hommes[33].

Les nombreux exemples de débats comparants l'amour des jeunes hommes et l'amour des femmes dans la littérature grecque ne doivent pas être compris comme une opposition philosophique entre homosexualité et hétérosexualité, mais comme un simple exercice d'apprentissage de la rhétorique, où l'orateur s'entraine à utiliser successivement des arguments en faveur d'une position, puis de la position inverse[4].

Littérature latine

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L'historien Paul Veyne note que non seulement l'expression d'aimer un garçon ou une femme revient très fréquemment dans la littérature latine, mais que pour les auteurs romains, « l'un valait l'autre, et ce qu'on pensait de l'un, on le pensait de l'autre »[34]. Il cite en exemple le philosophe Plotin, qui exhorte à ce que les penseurs « méprisent la beauté des garçons et des femmes »[34]. Le thème de la bisexualité masculine est très présent dans les écrits de Plutarque, Cicéron et Catulle[15], ainsi qu'Horace, qui « répète qu'il adore les deux sexes » dans sa poésie[35].

Un universitaire (en) indique notamment que les lecteurs modernes de Catulle sont souvent frappés par sa liberté de ton dans l'usage d'un langage sexuellement explicite décrivant des actes homosexuels et hétérosexuels[36]. L'historien note aussi une ressemblance avec la bisexualité dans la Grèce antique, estimant que « c'est dans la poésie de l'âge d'or augustéen que l'on se rapproche le plus de l'indifférence bisexuelle caractéristique d'une grande partie de la poésie érotique grecque[36]. »

Paul Veyne note également, que, quels que soient leurs propres inclinaisons personnelles, les auteurs latins louent l'amour des deux sexes de manière à plaire à l'ensemble de leur lectorat[35]. Comme dans la littérature grecque, l'un des thèmes de la littérature latine « légère » est de comparer l'amour des femmes et des jeunes hommes, et d'essayer d'en déterminer leurs avantages et inconvénients[35].

Du Moyen Âge à l'époque moderne

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Portrait de Colette, « la Reine de la bisexualité » par Ferdinand Humbert, vers 1896.

L'« homosexualité » que John Boswell met en avant dans son ouvrage Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality (1980), pourrait tout aussi bien être vu comme de la bisexualité puisque les références aux relations sexuelles entre hommes sont souvent replacées dans des descriptions de nombreuses autres formes de plaisir érotique et de transgression sociale[37]. Bien que les relations homosexuelles soient alors souvent considérées comme particulièrement dérangeantes pour l'Église et les pouvoirs de l'époque, elles ne semblent nulle part classées de manière binaire comme relevant d'une identité excluant l'attirance pour les membres du sexe opposé[37].

Il existe de la même manière un érotisme polymorphe de la Renaissance : notamment les « tensions bisexuelles explicites » dans les œuvres de Shakespeare et Marlowe[37].

En 2020, Stanley Wells (en) and Paul Edmondson[38], deux universitaires en littérature anglaise spécialistes de l'œuvre de Shakespeare, publient aux Cambridge University Press un livre[39] centré sur l'analyse des sonnets shakespeariens et concluent à la bisexualité « sans aucun doute possible » de Shakespeare[40],[41]. Les chercheurs notent en outre les relations de Shakespeare avec des hommes et des femmes durant ses plus de trois décennies de mariage à Anne Hathaway[40]. Enfin, les chercheurs notent que, s'il est à la mode depuis les années 1980 de prétendre que Shakespeare est homosexuel, cela est incorrect car le poète est marié et a des enfants[40].

Au XIXe siècle, la bisexualité est reflétée à la fois dans la vie et dans l'œuvre de Lord Byron[37]. Sa bisexualité est abordée en 1985 dans un livre centré de Louis Crompton (en), Byron and Greek Love[37].

La bisexualité est également un thème présent dans la pornographie littéraire du XIXe siècle, notamment dans The Adventures of a Schoolboy (1866) et My Secret Life (1888), ainsi que les nouvelles publiées dans le journal The Pearl (1879-1880), dans lequel les corps se mêlent sans guère prêter attention à la classe sociale ou au sexe des partenaires[37]. La pornographie victorienne regorge de vignettes où des hommes et des femmes ont des relations sexuelles avec des personnes 2 sexes. Les représentations de triolisme et de relations à 4 semblent davantage liées à une identité de libertinage qu'au choix d'un objet sexuel fixe[37].

Mademoiselle de Maupin est un roman de Théophile Gautier, s'inspirant de la vraie Mademoiselle de Maupin, une femme née au XVIIe siècle, bisexuelle et talentueuse escrimeuse, ce qui scandalise la société de son temps[42],[43].

XXe et XXIe siècles

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La littérature bisexuelle en tant que théorisation de la bisexualité peut être tracée jusqu'à Freud (Trois essais sur la théorie sexuelle), Wilhelm Stekel (Bi-sexual love) et Fritz Klein (The Bisexual Option)[15].

Bande dessinée et comics

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Le bleu est une couleur chaude (2010) traite de la bisexualité de sa protagoniste, Adèle[44]. Adaptée en film en 2013, l'œuvre reçoit à la fois une réception critique positive et un important succès commercial auprès du public[45].

La bisexualité de John Constantine est canonique depuis les années 1990, mais l'histoire de la réalisation et de la découverte de sa bisexualité par le personnage durant sa jeunesse n'est publiée qu'en 2024, pour la Saint-Valentin[46].

Dans les années 2010, plusieurs personnages historiques importants de comics américain sont dépeints ou confirmés comme étant bisexuels, dont Wonder Woman et Catwoman[47],[48].

Harley Quinn, longtemps confinée au rôle de compagne éprise du Joker, est confirmée comme bisexuelle en 2017, et en couple avec un autre personnage de DC, Poison Ivy[49],[50].

Dans les années 2020, Peacemaker, Tim Drake (3e Robin de l'univers de Batman), Star-Lord et Jon Kent, le fils de Clark Kent et donc nouveau Superman (il a été noté que Superman, étant initialement vu comme un « symbole d'espoir, de vérité et de justice » devient alors une « icône bisexuelle fendant le ciel ») sont confirmés comme bisexuels[51],[52],[53],[54].

Cinéma

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Marlon Brando, sex symbol américain, fait sensation en révélant publiquement sa bisexualité en 1976.

La bisexualité au cinéma a reçu moins d'attention que les thèmes de l'homosexualité (masculine et lesbianisme)[55]. Les premiers films dépeignant la bisexualité semblent être les films muets américain A Florida Enchantment et allemand Zapatas Bande (tous deux de 1914)[55]. Les films de cette époque ne sont pas sous le coup d'une censure particulièrement forte, et peuvent donc aborder les thèmes de la bisexualité et de l'homosexualité de manière subtile, en évoquant le sujet, en y associant en général quelques considérations religieuses[55].

Alors qu'Hollywood s'impose progressivement comme la plus puissante force du cinéma mondial, une censure beaucoup plus étroite se met en place avec le code Hays[55]. Les mots « gay » et « bisexuel » ne peuvent alors même pas être prononcé à l'écran[55]. Des réalisateurs vont progressivement s'émanciper du code, ce qui cause son abandon dans les années 1960, ce qui n'amène pas pour autant une représentation positive immédiate[55]. Un exemple d'allusion imagée des films des années 1960 est la sccène de Spartacus où Crassus indique à un autre personnage qu'il aime « et les escargots, et les huitres »[56].

Le film Making Love (1982) est l'un des premiers à traiter du cas d'un personnage bisexuel sans trop de négativité ; un homme se séparant de son épouse pour aller vivre avec un autre homme[55]. Sans être un succès commercial, ce film marque un moment fort dans l'histoire du cinéma hollywoodien en ce qu'il semble être le premier à décrire des bisexuels comme des personnes normales[55].

En 1992, Basic Instinct représente la bisexualité féminine, mais l'associe à la criminalité[57].

Bien que dans les années 2020, plus de personnages LGBT sont représentés à l'écran que jamais auparavant, les progrès se concentrent surtout sur la représentation de l'homosexualité et de la transidentité au détriment de celle de la bisexualité[57]. Les clichés et discriminations propres à la société dans son ensemble continuent à avoir une certaine influence sur la représentation de la bisexualité au cinéma, qui est encore fréquemment présentée comme à la fois « transgressive » et « excessive »[57].

Télévision et séries télévisées

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Callie Torres (Grey's Anatomy) et le protagoniste de Lucifer sont deux exemples de bisexualité dans les séries télévisées[58].

Web-séries et autres productions audiovisuelles sur Internet

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Logo de Heartstopper, rose.
Heartstopper décrit la réalisation que fait un personnage principal de sa bisexualité, et le développement de sa romance avec un autre protagoniste[59].

Dans les années 2010, une hausse du nombre de personnages bisexuels est remarquée[60].

En 2018, The Guardian met en avant les personnages bisexuels de série suivants : Piper de Orange Is the New Black, Ilana dans Broad City, Darryl de Crazy Ex-Girlfriend, nombre de personnages de Transparent, Stella dans The Fall, Petra et Adam dans Jane the Virgin, Oberyn de Game of Thrones, Rosa dans Brooklyn Nine-Nine et Annalise dans How to Get Away With Murder[61].

L'acteur Dan Levy reçoit en 2020 un Emmy pour son rôle du bisexuel David Rose dans Bienvenue à Schitt's Creek[62].

Dans la décennie 2020, la bisexualité semble mieux représentée à la télévision qu'au cinéma, Brooklyn 99 and Heartstopper en étant deux exemples[57]. L'acteur de Hearstopper Kit Connor (lui-même bisexuel[63]) s'est élevé en 2022 contre la sous-représentation « choquante » de la bisexualité, notamment masculine, à la télévision[64].

Musique

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Freddie Mercury est un exemple emblématique d'occultation de la bisexualité ; selon une de ses biographes, il a tour à tour été présenté comme hétérosexuel ou gay, malgré ses relations avec des hommes et des femmes[65].

Le thème de la bisexualité dans la musique a longtemps eu tendance à être présenté soit comme une sorte d'« expérimentation », soit comme un érotisme subversif s'adressant à un regard hétéronormatif, par exemple avec Te Amo de Rihanna ou Not Myself Tonight de Christina Aguilera[66]. Au début du XXIe siècle, des chanteuses annoncent publiquement leur bisexualité, pour annoncer plus tard « ne plus vouloir du tout en parler » (Jessie J) ou reconnaissant dans un second temps avoir menti pour attirer l'attention (Nicki Minaj)[66].

Dans les années 1970, certaines personnalités de la musique réalisent des coming outs, aux conséquences et issues variables : alors que les coming outs de chanteuses sont très rares à cette époque, Dusty Springfield révèle sa bisexualité dans les années 1970 (au XXIe siècle, cela a été considéré comme courageux, au vu de l'homophobie de cette période) ; sa musique et sa popularité déclinent en conséquence[67],[68],[69],[70]. David Bowie, quant à lui, brise également un tabou en en annonçant sa bisexualité dans une interview accordée au Melody Maker et en reparle avec Playboy en [71]. Si cette annonce a été plutôt bien accueillie en Europe, la réaction est selon lui moins positive aux États-Unis[72].

Dans l'univers du rap, Frank Ocean annonce publiquement sa bisexualité en 2016[73],[74], écrivant sur son blog Tumblr quelques jours avant la sortie de l'album Channel Orange, comment il est tombé amoureux d'un garçon pour la première fois quand il avait 19 ans, et l'importance que cette personne a eu sur le reste de sa vie[75]. Cette annonce fut largement remarquée pour la visibilité que cela donna à la bisexualité dans l'industrie de la musique[76] (quelques critiques comparèrent son impact culturel à une annonce similaire de David Bowie[77]). Sa révélation pourrait faire évoluer la mentalité du milieu - pas particulièrement reconnu pour son soutien aux personnes LGBT[73] - vers davantage de tolérance[78].

En 2013, la chanson Girls/Girls/Boys de Panic! At The Disco est vu comme un soutien à la communauté LGBT, avant que son chanteur Brendon Urie ne fasse son coming out en tant que pansexuel[79].

Dans le cadre de la chanson française, l'association communautaire Bi'Cause recense en 2013 une vingtaine de chansons ayant pour sujet la bisexualité, dont Lomer (Richard Desjardins), Depuis qu’il vient chez nous (Dalida), Sans contrefaçon (Mylène Farmer), Troisième sexe (Indochine), Les impedimenta (Anne Sylvestre), Le bruit des bottes (Jean Ferrat), Polyamoureux (Marc Havet), Martine Boude (Alain Bashung), To bi or not to bi (Ysa Ferrer), Les Amants (Rita Mitsouko), Question d’amour et de temps (Jann Halexander), Des attractions désastre (Etienne Daho), Laurence (Franck Monnet)[80].

En 2022, le magazine spécialisé Billboard liste parmi les chansons anglophones célébrant la bisexualité I Kissed A Girl (Katy Perry), Te Amo (Rihanna), Michael (Franz Ferdinand), Poker Face (Lady Gaga), Boyfriend (Dove Cameron), Girls/Girls/Boys (Panic! At the Disco), Lover I Don’t Have To Love (Bright Eyes), John, I’m Only Dancing (David Bowie), Take Me On The Floor (The Veronicas), 1st Position (Kehlani), Cool For The Summer (Demi Lovato), Strangers (Halsey), Curious (Hayley Kiyoko), Chanel (Frank Ocean) et Make Me Feel (Janelle Monae)[79].

Dans la pop, certaines paroles de la chanson Medicine de Harry Styles ont été interprétées comme relevant de la bisexualité, celui-ci faisant une représentation de la chanson en éclairage bisexuel[66]. Janelle Monáe, qui se revendique pansexuelle, utilise aussi ces couleurs dans le clip de sa chanson Make Me Feel[66].

Dans les années 2010 et 2020, des accusations de queerbaiting (faire parler de soi ou chercher à faire vendre sa musique en prétendant jouer sur une image LGBT, notamment de bisexualité, ou donner quelques éléments, indices ou clins d'œil plus ou moins ambigus en ce sens) touchent plusieurs artistes, dont Ariana Grande, Harry Styles, Taylor Swift ou encore Cardi B[81],[82].

Jeux vidéo

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Pionniers

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Cosplay de Zagreus, protagoniste d'Hades (2020), jeu salué pour sa représentation de la bisexualité[83],[84].

Le premier personnage LGBT jouable du jeu vidéo semble être le bisexuel Curtis Craig, dans Phantasmagoria II: A Puzzle of Flesh (1996), ce qui est très progressiste pour l'époque[85].

Metal Gear Solid (1998) représente plusieurs personnages bisexuels, mais ils n'échappent pas au trope du méchant, assez efféminé[86],[87].

Les Sims occupent une place à part dans la représentation LGBT, et de la bisexualité en particulier, dans l'univers du jeu vidéo[88],[89]. Dès le premier jeu en 2000, les Sims sont alors parmi les seuls personnages de jeux vidéos spontanément bisexuels, c'est-à-dire pouvant entretenir des relations avec des hommes comme avec des femmes[90],[91]. Les Sims sont l'un des tout premiers jeux où les joueurs peuvent entrer dans des relations amoureuses avec les autres personnages sans distinction de leur genre[89]. Les Sims 2, 3 et 4 creusent ces aspects, le mariage entre personnes de même sexe étant par exemple débloqué dans les Sims 3[92],[93]. Jugé comme l'un des jeux vidéos « les plus inclusifs jamais conçu », à partir du jeu 4 les options et possibilités se multiplient pour que les joueurs puissent s'identifier et personnaliser au maximum leurs personnages[94].

Playersexuality

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En anglais, la notion de playersexuality (mot formé de player « joueur » et sexuality « sexualité ») a également été employée : les personnages des Sims peuvent être attirés par le personnage du joueur, quel qu'il soit[90].

Dragon Age: Origins fait figurer deux personnages bisexuels, Zevran et Lelianna. PC Gamer note que cette visibilité a lieu dans un climat politique et sociétal compliqué sur les questions LGBT, la bisexualité étant ouvertement représentée dans ce jeu 4 ans avant la légalisation du mariage entre personnes de même sexe Royaume-Uni et 6 ans avant sa légalisation aux États-Unis[95].

Dragon Age 2 (suite de Dragon Age) et Baldur's Gate 3 sont également des exemples de mécaniques playersexuality[90].

Quel que soit le personnage incarné par le joueur, Skyrim permet des mariages avec des hommes ou des femmes[90].

Les premières occurrences de playersexuality ont été initialement très appréciés des joueurs bisexuels, notamment millenials, face à une très faible représentation de la bisexualité[90].

Vers davantage de représentation

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Dans les années 2010, et surtout 2020, les représentations de personnages et d'histoires bisexuels se multiplient tout en étant parfois plus nuancés et réalistes, dépeignant la bisexualité comme un trait de caractère à part entière.

Dans Fallout: New Vegas, un mécanisme de personnalisation rendant le personnage incarné par le joueur bisexuel lui permet aussi de le rendre plus fort[96].

Des personnages ayant une véritable bisexualité (ne dépendant pas seulement du joueur, mais en tant que trait de caractère de leur personnalité) apparaissent progressivement dans les années 2010[90]. Mae de Night in the Woods (2017) est pansexuelle et en parle ouvertement dans le jeu[90].

Les représentations de la bisexualité gagnent à la fois en fréquence et en réalisme dans les années 2020, avec par exemple Alex Chen dans Life Is Strange: True Colors (2021), puis le personnage de Max Caulfield dans Life Is Strange: Double Exposure (2024)[90].

Annexes

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Notes et références

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  1. La bisexualité est définie ici au sens d'attraction (sexuelle et/ou romantique) et pas dans son sens passé d'hermaphroditisme.
  2. Bernard Sergent note que les mythes sur la pédérastie indiquent toujours une initiation ; ce n'est qu'à la fin de la période classique et à la période hellénistique alors que se multiplient les récits mentionnant la pédérastie qu'apparaissent des mythes qui en font un usage hors de tout contexte initiatique[5].
  3. Socrate est souvent troublé à la vue de beaux jeunes gens, comme Charmide par exemple[20].
  4. Dans Les Lois, Platon s'interroge sur le remède à trouver pour « se préserver d’un tel danger », si contraire à l’acquisition de la vertu. Il considère l’amour masculin comme contre nature[27].

Références

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  1. 1 2 (en) Jacob Ogle, « 15 LGBT Egyptian Gods », sur The Advocate, (consulté le ).
  2. Caroline Fourgeaud-Laville, La Grèce Antique : Vérités et Légendes, Perrin, , 272 p. (ISBN 978-2-262-10460-3), p. 122.
  3. (en) Joseph Pequigney, article « Classical Mythology », p. 3 (lire en ligne).
  4. 1 2 Sandra Boehringer, « Le « hors champ » du sexuel : les Anciens et les relations entre femmes », Genre, sexualité & société, no 1, (ISSN 2104-3736, DOI 10.4000/gss.446 Accès libre).
  5. Colette Jourdain-Annequin, « Bernard Sergent, L'homosexualité dans la mythologie grecque, Préface de Georges Dumézil, 1984. (Bibliothèque historique) », Revue des Études Anciennes, vol. 89, no 1, , p. 181–184 (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  6. Luc Brisson, « Introduction », dans Platon, Le Banquet, Paris, Flammarion, , 5e éd., p. 44.
  7. Caroline Fourgeaud-Laville, La Grèce Antique : Vérités et Légendes, Perrin, , 272 p. (ISBN 978-2-262-10460-3), p. 126.
  8. Luc Brisson, « Introduction », dans Platon, Le Banquet, Paris, Flammarion, , 5e éd., p. 44-45.
  9. (en) William N. Eskridge Jr., « A History of Same Sex Marriage », Yale Law School, , p. 1442 (archivé sur archive.org).
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Bibliographie

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Ouvrages

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Histoire
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Période contemporaine
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Articles universitaires

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Autres publications et articles

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Jeux vidéos
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Musique
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Télévision et séries
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Articles connexes

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