Urva urva
Urva (Stricto sensu), Mangouste crabière
Statut CITES
Répartition géographique
- Gulo Urva B. H. Hodgson, 1836 (Protonyme) [1]
- Urva cancrivora B. H. Hodgson, 1837 [1]
- Mesobema Cancrivora B. H. Hodgson, 1841 [1]
- Herpestes cancrivorus A. Murray, 1866 [1]
- Herpestes urva Trouessart, 1904 [1]
- Urva hanensis Matschie, 1908 [1]
- Mungos urva Gyldenstolpe, 1916 [1]
- Herpestes urva annamensis Bechthold, 1936 [1]
- Herpestes urva formosanus Bechthold, 1936 [1]
- Herpestes urva sinensis Bechthold, 1936 [1]
- Herpestes urva urva Wozencraft, 2005 [1]
- Urva urva Patou, McLenachan, Morley, Couloux, A. P. Jennings & Veron, 2009 [1]
Urva urva, l’Urva au sens strict, mais plus communément désignée sous le nom de Mangouste crabière, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Herpestidés. Cette mangouste asiatique est l’espèce type du genre Urva, réhabilité à la suite d’études génétiques à la fin des années 2000.
Reconnaissable à sa silhouette trapue, son pelage d'un gris à brun foncé et sa bande blanche caractéristique s'étendant du coin des babines jusqu'aux épaules, l'Urva est adaptée à la vie semi-aquatique grâce à des membranes interdigitales développées. Omnivore opportuniste mais principalement carnivore, elle affectionne particulièrement la proximité des cours d'eau où elle chasse crabes, amphibiens, poissons et petits rongeurs.
Son aire de répartition s'étend sur une large partie de l’Asie du Sud-Est, depuis le Nord-Est du sous-continent indien et le Sud de la Chine jusqu'à la péninsule Malaisienne, Taïwan et Hainan. Malgré la pression du piégeage non sélectif et la déforestation dans certaines plaines, l'espèce demeure fréquente et adaptable, ce qui lui vaut d'être classée en « Préoccupation mineure » (LC) par l'UICN.
Dénominations
modifier- Nom scientifique valide : Urva urva (B. H. Hodgson, 1836) selon Mammal Diversity Database ()[1] ;
- Nom normalisé anglais : Crab-eating Mongoose ;
- Nom vulgaire typique en français : Mangouste crabière[2][3] ;
- Autres noms vulgaires : Mangouste urva[4],[5], Mangouste mangeuse de crabes ;
- Noms vernaculaires : Urva[4],[6], Mangouste.
Étymologie
modifierL'épithète spécifique et le nom générique Urva proviennent directement de la dénomination népalaise « Arva » ou « Urva », employée par les populations locales pour désigner l'animal[7]. L'épithète du synonyme cancrivora dérive du latin cancer (« crabes ») et -vorus (« qui dévore »). Les épithètes sous-spécifiques rappellent leurs origines géographiques respectives : Annam (Viêt Nam) pour annamensis, l'île de Formose (Taïwan) pour formosanus, et la Chine (Sinae) pour sinensis.
Taxonomie
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L'espèce est décrite pour la première fois en 1836 par le naturaliste britannique Brian Houghton Hodgson sous le protonyme de Gulo Urva [8]. Il base sa description sur un spécimen mâle adulte constitué de la peau BMNH 43.1.12.33 et du crâne BMNH 45.1.8.54[9] collecté dans le Centre et le Nord du Népal, dont le nom vernaculaire local est « Urva » [8].
L’année suivante, en 1837, Brian Houghton Hodgson érige le nouveau genre Urva, estimant que l'espèce occupe une position intermédiaire entre le genre Herpestes (les mangoustes) et le genre Gulo (les gloutons). À cette occasion, il renomme l'espèce sous la combinaison Urva cancrivora [10], en référence à son régime alimentaire principalement composé de crabes et de grenouilles. Dans sa description anatomique détaillée, Hodgson souligne notamment la présence de glandes anales capables de projeter un fluide aqueux très nauséabond à grande distance pour se défendre [11].
Cependant, l’espèce est par la suite reclassée au profit de genres plus généraux comme Herpestes ou Mungos. En 1936, le mammalogiste allemand Heinz Bechthold révise les formes asiatiques de ce qui était alors communément appelé la mangouste Urva (Herpestes urva) et y décrit trois nouvelles sous-espèces[12] ; la sous-espèce nominale est réaffirmée plus tard par Wozencraft dans Mammal Species of the World (version 3, 2005) ()[13] :
- Herpestes urva urva (Hodgson, 1836), la sous-espèce nominale originaire du Centre et du Nord du Népal [8] ;
- Herpestes urva annamensis Bechthold, 1936, décrite à partir d'un spécimen récolté à Phu-Zui en Annam (actuel Viêt Nam) (holotype femelle adulte BMNH 28.7.1.42), caractérisée par une fourrure longue aux jarres fortement tachetées de blanc [14] ;
- Herpestes urva formosanus Bechthold, 1936, insulaire et propre à l'île de Formose (Taïwan) (holotype femelle adulte ZMB 21171), se distinguant par un pelage nettement plus court, lisse et d'une teinte globale plus sombre [15] ;
- Herpestes urva sinensis Bechthold, 1936, distribuée dans les régions montagneuses du Sud de la Chine (province du Guangdong) (holotype mâle adulte ZMB 36597), qui constitue la forme la plus septentrionale de l'espèce et se reconnaît à ses nuances tirant sur le brun-rouille et le jaunâtre [16].
Au cours des années 2000, les études phylogénétiques moléculaires ont montré que le genre Herpestes tel qu'il était défini était polyphylétique ; les mangoustes asiatiques ont ainsi été réhabilitées dans le genre Urva, dont Urva urva est l'espèce type[17],[18]. Les analyses génétiques (Patou et al., 2009) indiquent que le taxon frère de l'Urva est la Mangouste à queue courte (Urva brachyura), formant un clade qui a divergé du reste des mangoustes asiatiques au Miocène supérieur, il y a environ 11 à 8 millions d'années[17]. Dans le même temps, l’espèce est considérée comme monotypique au sein de plusieurs classifications contemporaines, telles que répertorié par ITIS ()[19].
Phylogénie
modifierPhylogénie des Herpestidés basée sur les travaux de Veron et al. (2004)[20], Barycka (2005)[21] et Patou et al. (2009)[22] :
| Herpestinae (Herpestinés) |
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Description
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| Formule dentaire | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| mâchoire supérieure | |||||||
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| 2 | 4 | 1 | 3 | 3 | 1 | 4 | 2 |
| mâchoire inférieure | |||||||
| Total : 40 | |||||||
| Dentition de la Mangouste crabière. | |||||||
La Mangouste crabière est une espèce de grande taille, trapue et robuste. La longueur tête-corps varie entre 44 et 55,8 cm, la queue mesure de 26,5 à 34 cm et le poids total oscille entre 1,8 et 4 kg, les mâles s'avérant plus lourds et imposants que les femelles[23],[24]. Le poil de couverture est particulièrement long et lâche (4 à 5 cm sur le dos), formé de poils annelés de teintes sombres et claires procurant une teinte d'ensemble gris à brun-noirâtre[23]. La tête fine arbore un iris jaune, un sommet du crâne tavelé de blanc et des oreilles courtes et arrondies. Le menton est blanc, la gorge grisée, la poitrine sombre et le museau tire sur le jaune pâle. L'un de ses traits morphologiques les plus distinctifs réside dans la présence d'une large bande blanche longitudinale de 8 à 9 cm qui s'étend du coin des babines jusqu'aux épaules[23]. Les membres sombres se terminent par des griffes puissantes et des soles plantaires presque intégralement poilues[24], avec des doigts reliés par de larges membranes interdigitales adaptées à la natation comme aux sols boueux[23]. De part et d'autre de l'anus se trouvent deux volumineuses glandes anales de la taille d'une cerise, capables de projeter à distance un fluide aqueux fétide en cas d'agression[23].
Sur le plan anatomique et génétique, le caryotype de la Mangouste crabière est noté 2n = 35/36[25]. Pour un spécimen de 50,7 cm pesant 2,36 kg, la masse cérébrale mesurée s'élève à 20,91 g[26].
Répartition et habitat
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La Mangouste crabière occupe une vaste aire de répartition en Asie, s'étendant du Népal, du Nord-Est de l'Inde et du Bhoutan jusqu'au Bangladesh, à la Birmanie, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, le Viêt Nam et la péninsule Malaisienne, tout en incluant le Sud de la Chine (jusqu'à Hong Kong), Taïwan ainsi que l'île d'Hainan [27]. Dans la péninsule Malaisienne, sa limite méridionale de répartition s'arrête au niveau de l'État de Terengganu [27]. Bien que considérée comme commune en Indochine, en Birmanie, en Thaïlande et dans le Nord-Est de l'Inde, elle s'avère nettement plus rare à la périphérie de son aire de répartition, notamment au Népal, au Bangladesh, dans le Bengale-Occidental et en Malaisie [27].
L'espèce fait preuve d'une grande plasticité écologique quant au choix de son habitat. Elle fréquente les forêts humides sempervirentes ou décidues (y compris dégradées ou fortement fragmentées), les forêts karstiques de calcaire, les maquis buissonneux, les plantations, ainsi que les zones humides [27]. Dans le Nord-Est de l'Inde, elle est également documentée au sein des savanes herbeuses hautes des parcs nationaux de Kaziranga et Manas, dans les forêts secondaires de plaine, ainsi qu'à la périphérie d'infrastructures industrielles ou de raffineries de pétrole [27]. Quoique régulièrement observée le long des cours d'eau, des rizières et des zones agricoles à proximité d'habitations humaines, elle s'étend sur un important gradient altitudinal depuis le niveau de la mer jusqu'à plus de 1 800 m d'altitude dans l'Himalaya oriental, le Bengale et les montagnes indochinoises [27].
Écologie et comportement
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En dépit des assertions passées la qualifiant de nocturne, la Mangouste crabière est un animal principalement diurne [27]. Son comportement à l'égard de l'Homme varie selon la pression cynégétique locale : dans les zones préservées, elle s'approche facilement en raison d'une certaine myopie et d'une faible crainte naturelle, tandis qu'elle devient extrêmement farouche et craintive dans les régions où la chasse aux projectiles ou au chien est répandue [27]. Elle se déplace en solitaire ou au sein de petites unités familiales pouvant compter jusqu'à quatre individus[24]. Pour ses périodes de repos, elle aménage des terriers dans le sol ou s'abrite au creux des rochers.
Son régime alimentaire opportuniste se compose principalement de crabes, de crustacés, de poissons, d'amphibiens comme des grenouilles, de petits mammifères comme des rongeurs, de reptiles, d'oiseaux, d'insectes, de mollusques et d'écrevisses [27]. Des analyses fécales détaillées menées dans la réserve rurale de Taohong, dans la province du Jiangxi en Chine, entre 1992 et 1994, ainsi que dans la forêt de Fushan à Taïwan, confirment la prépondérance des crustacés d'eau douce, des insectes et des amphibiens dans son régime alimentaire[28],[29]. La biologie de sa reproduction demeure peu documentée ; la durée de gestation est estimée à environ neuf semaines, soit 50 à 63 jours, ce qui indique un rythme reproductif plus lent que celui des autres mangoustes asiatiques proches [27]. En captivité, la longévité maximale enregistrée s'élève à 13 ans et 4 mois [27].
Par ailleurs, l'espèce abrite plusieurs parasites et agents infectieux. À Taïwan, des examens parasitologiques ont mis en évidence des atteintes cardiorespiratoires dues au nématode Pulmostrongylus herpestis[30], ainsi que des nématodes rénaux appartenant au genre Capillaria[31]. L'animal agit de surcroît comme un réservoir naturel pour plusieurs sérogroupes de bactéries du genre Leptospira, agents de la leptospirose[32].
Menaces et conservation
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La Mangouste crabière est classée dans la catégorie « Préoccupation mineure » (LC) sur la liste rouge de l'UICN [27]. Cette évaluation s'explique par une vaste aire de répartition mondiale, une importante résilience face à la dégradation et la fragmentation de son habitat, ainsi que sa présence continue dans des zones soumises à une forte pression par la chasse [27]. Bien que les populations de plaine connaissent un déclin marqué lié à la déforestation et à l'accessibilité accrue pour les chasseurs (notamment au Laos et au Viêt Nam), la stabilité de l'espèce dans ses bastions en Inde, en Birmanie, en Thaïlande et au Cambodge compense ces pertes à l'échelle globale [27].
L'espèce fait l'objet d'un piégeage non sélectif intense dans le Nord de l'Asie du Sud-Est, sans qu'il existe toutefois de chasse ciblée ou de demande spécifique pour sa viande dans la restauration [27]. Des abattages de représailles surviennent ponctuellement lorsque des individus attaquent les volailles, sans que cela n'impacte les populations au niveau global [27]. En Inde, les mangoustes font parfois l'objet d'un piégeage ciblé afin d'en prélever les poils pour la confection de pinceaux de peinture traditionnels [27].
Sur le plan juridique, l’Urva bénéficie d'une protection légale directe en Chine, en Thaïlande, en Birmanie et en Malaisie [27]. En Inde, elle est inscrite à l'Annexe IV de la loi de protection de la faune sauvage de 1972 dans le cadre de l’Indian Wild Life Protection Act et figure à l'Annexe III de la CITES pour la population indienne [27].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- (en)/(de)/(pl) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Crab-eating mongoose » (voir la liste des auteurs), en allemand « Krabbenmanguste » (voir la liste des auteurs) et en polonais « Mangusta krabożerna » (voir la liste des auteurs).
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Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) Mammal Diversity Database (MDD) : Urva urva (consulté le )
- (en) Mammal Species of the World (3e éd., 2005) : Herpestes urva (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Urva urva (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Urva urva (Hodgson, 1836) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Urva urva (Hodgson, 1836) (consulté le )
- (en) CITES : Herpestes urva (Hodgson, 1836) (+ répartition sur Species+) (consulté le )
- (fr) CITES : taxon Herpestes urva (sur le site du ministère français de l'Écologie) (consulté le )